What the hell am I doing here ?

Je sais plus quoi lui dire tu sais.

C’était ma mission. Ça a toujours été ma mission. De nous toutes, je devais nous ramener à la maison. Toujours. Et j’ai toujours réussi tu sais. Même bourrée à gerber, même avec des chevilles ayant triplé de volume, même perdue au milieu de ville hostile sans GPS, même en panne d’essence ou avec un pneu crevé et qu’il fallait traîner la mobylette sur deux kilomètres. Je nous ai toujours ramené à la maison. Même quand elle s’écroulait sur un coin de trottoir parce qu’il y avait trop de larmes pour marcher droit. Même quand le monde s’écroulait sur nous, que le sol se dévidait, que nos os se brisaient jusque dans nos tympans, que les murs toujours avaient plus d’yeux pour nous surveiller, que les monstres ne prenaient plus la peine de cacher leur sourire carnassier. Je nous ai toujours ramené à la maison. Même quand il fallait ramener des potes encore plus bourrés, ou qu’il fallait se battre pour eux parce qu’ils s’étaient foutu dans la merde. Même quand on n’avait plus envie de rentrer.

Envers et contre tout
je nous ai toujours ramené à la maison
Envers et contre tous
je l’ai toujours ramenée à la maison

Mais maintenant je ne sais plus quoi lui dire. Il n’y a plus d’endroits où la ramener. Il n’y a que des abris trop temporaires pour vraiment stopper l’angoisse. Comment savoir où les monstres se cachent quand d’une nuit à l’autre il faut tout recommencer ? Tu sais elle a les larmes au bord des cils tout le temps maintenant. Elle sourit, vieille habitude. En vrai, je ne sais plus où la ramener. Quand elle choisit de descendre trois stations plus tôt pour « prendre l’air », je sais qu’elle cherche où rentrer dans la marche. Je guide ses pas, je l’oblige à rentrer à l’abris, même si c’est juste une nuit ou deux. Je la force à ne pas regarder les monstres trop longtemps dans les yeux. Plus de maison, plus d’endroit où les confiner. Elle doit vivre avec continuellement maintenant. C’est lourd à porter un monstre. C’est lourd à vivre. Les frontières s’amenuisent et disparaissent quand on a rien à quoi les accrocher.

Je lui répète à longueur de journée que ça va aller. Que c’est bientôt fini. Je tiens les comptes pour elle. Je fais des listes. J’essaie de prévoir. Mais le temps se délite sous nos doigts. Pas de point fixe pour accrocher une horloge. Je lui que ça va aller, encore. Qu’elle peut le faire. Qu’on va finir par rentrer, c’est juste que cette fois, la route est un peu longue. Un peu trop longue. Mais il faut bien qu’elle aille quelque part.

Forcément, elle doit le sentir que j’y crois de moins en moins. Que je m’essouffle et fatigue.Et bientôt, je n’aurai plus la force de nous protéger des monstres qui voyagent sur nos épaules. J’accélère, je ramasse les porte-bonheurs, les éclats colorés. Il faudrait tenir, encore un peu. Le temps d’arriver au bout de la route. Le temps de la ramener à la maison qui doit bien exister quelque part. Je ne sais pas combien de temps encore j’ai devant moi avant l’extinction du compte à rebours. Il faut espérer que je tienne jusqu’à la maison, car déjà les monstres ont les dents enfoncées dans ses épaules.

Je ne sais plus quoi lui dire tu sais.
Et elle le sait.

I’m a fake with blood on my hands…

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