Toutes directions

C’était l’heure des choix. Le pépin se retrouvait à un embranchement. C’est pas qu’il y ait tant de routes possibles, quoique. C’est surtout qu’elles étaient annoncées n’importe comment. Des panneaux indicateurs dans tous les sens. Partout. Ca montait très haut tellement il y avait de panneaux. Tellement qu’on ne pouvait voir les derniers, ils étaient cachés par les nuages. Le pépin était bien embêté parce que lui il voulait savoir.

Il voulait savoir où elles menaient ces routes. Avant de s’engager il voulait tout savoir : le temps qu’il fera, le nombre de nids de poules, la hauteur des dos d’ânes et les éventuels voyageurs qu’il pourrait croiser. Il voulait savoir combien de temps il lui faudrait pour arriver à destination et combien de kilomètres faisait la route. C’était important avant de choisir son chemin. Mais le pépin ne pouvait pas lire tous les panneaux.

Ce n’était pas juste. Lui il était tout petit, juste un pépin de raisins secs. Bien sûr qu’il ne pouvait pas lire tous les panneaux ! Il était obligé de demander conseil à des plus grands que lui. Mais les plus grands sont chiants. Sous prétexte qu’ils pouvaient lire plus de panneaux que le petit pépin, ils voulaient tout expliquer au pépin. Comment s’habiller, quoi mettre dans sa valise, quelle chaussure et même ils lui disaient qu’il serait tellement plus heureux s’il faisait comme les grands lui disaient.

Le pépin commença à détester les grands. Il n’avait pas demandé à ce qu’on choisisse pour lui. Il voulait juste que ceux qui pouvaient voir plus loin lui lisent les panneaux hors de portée. De colère le pépin criait que même les grands ne pouvaient pas lire tous les panneaux, personne n’a les yeux qui voient derrière les nuages. Mais il avait bien du mal à se faire entendre de tous ces grands qui maintenant voulaient lui tenir la main pour traverser.

La nuit venue, le pépin se sentit drôlement seul au milieu du brouhaha résidu des grands et de leurs conseils. Tout seul au milieu de la foule. Toutes les voix se cognaient entre elles et ça lui faisait mal à la tête. Il lisait les panneaux qu’il pouvait à s’en faire pleurer les yeux. Il voulait imprimer les messages de danger jusqu’à avoir mal au ventre. Il pensait qu’il allait falloir apprendre la carte par coeur pour trouver son chemin. Et elle était bien trop grande la carte.

Un matin, le pépin comprendra que des panneaux, il faut s’en fabriquer soi-même, parce qu’on ne peut pas lire derrière les nuages. Même pas les grands. Ce n’est pas la route qu’il faut choisir, ce sont les panneaux. Mais le pépin a encore le temps de voir ça.

Indochine : Popstitute

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