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Paroles de clients…. HS…

… pour hors service.

Hey Termites.
Peut-être que vous attendiez impatiemment cette chronique de la semaine, d’autant que cette semaine c’est anecdote sans fioriture. Si c’est le cas, je suis désolée, mais je n’ai pas envie de rire cette semaine. Ni envie de vous faire rire. Ces anecdotes sont quand même rarement agréable à vivre, je choisis simplement d’en rire parce que c’est le mieux à faire (on va pas se coller un ulcère pour quelqu’un qui préfère jeter son ticket par terre sous ta caisse que simplement te dire qu’il n’en veut pas). Sauf que là, j’ai atteint mon point de non-retour.

« À quel point dois-je être ignorant pour atteindre le nirvana ? »

Outre l’irrespect chronique et de plus en plus présent, ce qui me frappe cette année, c’est l’agressivité de plus en plus flagrante des clients. Cette première semaine d’août a été particulièrement violente en l’occurrence. Alors je veux bien que je sois pas toujours bien lunée, que parfois je doive faire tellement de choses que j’en oublie comment je m’appelle et que cet état m’épuise et me fout dans une humeur noire. Mais merde, cette semaine, j’ai mangé chaud. Dîtes vous que mes collègues ont eu la même… voire pire.

Samedi dernier, j’étais en caisse dès 8h30. J’étais déjà quelque peu agacée. Arrivée à 7h, ma collègue qui était d’ouverture n’avançait à rien, si bien qu’au lieu d’arriver en renfort pour l’aider à finir, je me suis retrouvée à faire les trois quarts de son taf. Donc forcément, j’avais le sourire un peu forcé, d’autant que je sais très bien qu’un samedi, si on te colle en caisse à 8h30, t’en bougeras pas avant midi trente facile. Mais bon, je fais de mon mieux pour garder mon ressentiment pour moi. On a très très vite beaucoup trop de monde. Si bien que dès 8h40 on est déjà deux en caisse. Une cliente passe derrière ma caisse pour un renseignement :

« Oui je n’ai pas vu l’affiche de la promo sur la sangria en rayon.
_Si vous ne l’avez pas vu c’est qu’on ne doit pas l’affaire.
_Si vous la faîtes ! Y a l’affiche à l’entrée du magasin !
_Dans ce cas, si vous n’avez pas vu l’affichette en rayon, c’est qu’on a dû avoir un problème à la réception, ou un défaut. Quelque chose de cet acabit. C’est pour ça qu’on ne l’a pas… [la cliente attend] Je suis désolée mais je ne peux rien faire de plus. On ne doit pas avoir le produit en question. »

Elle finit par s’en aller en maugréant. Elle et son mari passe à ma caisse. Je commence à les encaisser, et re-belote.

« Vous devez forcément l’avoir c’est indiqué.
_Madame si vous n’avez rien vu en rayon c’est que non, nous ne l’avons pas. Je ne sais pas pour quelle raison à l’heure actuelle mais nous n’en avons pas. Sinon vous l’auriez vue.
_Vous travaillez pas ici en fait c’est ça.
_Je ne peux pas tout gérer, je n’étais pas là hier et j’ignore quels problèmes on a rencontré avec ce produit. Je peux me renseigner si vous y tenez.
_Vous allez en recevoir aujourd’hui.
_Je ne pense pas non. [NB : Entre la fatigue, son impolitesse genre « tu comprends pas le français en fait », je commençais à plus savoir où j’en étais et mon cerveau avait zappé l’info « on est pas livré le samedi, donc c’est un non définitif »)
_Ouai en fait vous branlez rien. »

Il n’était même pas 9h. La journée a été tellement, tellement longue. Vous n’imaginez même pas.

Je ne suis pas énervée je ne suis pas énervée je ne suis pas énervée

Si vous pensiez qu’il n’y avait qu’en caisse qu’on en bavait… La mise en rayon a aussi ses petits plaisirs. Lundi, je me vois confier une palette gâteau / chocolats / café / goûter vu qu’il y avait plusieurs ruptures dans ce rayon. J’aime bien ces palettes-là, pas de trucs qui cassent ou trop lourds à soulever à bout de bras et en général tout va dans la même allée. (le petit bonheur de la caissière ELS : ne pas avoir à traverser le magasin 15 fois avec son transpal et sa palette branlante au milieu des clients) Je me vois même accorder deux saisonnière que j’aime bien pour m’aider quand on n’a plus besoin d’elles en caisse. L’ambiance est bonne, le moral est bon. La palette cachait un truc mal conditionné, mais c’est tout. Pas de trop mauvaises surprises. C’était trop beau. Il fallait bien qu’un client ou deux viennent râler.

« Vous n’avez pas de …… ?
_[après avoir contrôler ma palette] Si, mais tout en dessous, revenez d’ici dix minutes, je devrais pouvoir y avoir accès à ce moment-là.
_Mais moi c’est maintenant que j’en ai besoin ! »

Et d’expliquer que bah je ne vais pas sortir 20 cartons à vitesse grand V pour un paquet de filtre. Je veux bien m’occuper de cette zone de ma palette en priorité mais bon voilà quoi. Et ça n’a sans doute l’air de rien, mais quand on vous fait ce sketch 5-6 fois sur la demi-heure nécessaire à la mise en rayon de la palette (qui est une palette facile, ne l’oublions pas…), ça use. Vraiment. La gestion de la frustration, c’est à 6 ans que ça s’apprend…

De la même façon, hier, samedi donc (je vais aussi haïr les samedis), je suis chargée de mettre en rayon le reliquat frais. Pour ceux qui ne connaissent pas, le reliquat, c’est ce qui reste des palettes de la veille, ce qu’on ne pouvait pas mettre en rayon pour diverses raisons. La règle veut qu’on ne remette en réserve que des cartons complets. En gros : soit tu passes tout le contenu de ton carton, soit tu passes rien. Et ce afin de faciliter les commandes : la responsable sait exactement ce qu’elle a en réserve et ce qu’elle a en rayon. Ça n’a l’air de rien, mais du coup, les clients qui se servent direct sur ta palette, c’est un peu ton cauchemar (donc soyez gentils avec les employés de votre supermarché : si le produit que vous désirez est aussi en rayon, prenez dans le rayon, ou s’il est en rupture, signalez simplement que vous souhaitez ce produit quand ça sera possible. On n’est pas vache, quand on nous demande gentiment, on fait en sorte d’arranger les gens au minimum…). Hier, je mettais donc en rayon ce qu’il restait de produits frais des palettes de la veille. Alors que je cherchais où allaient certains yaourts, j’entends une voix dans mon dos : « C’est bien ceux-là en promo ? ». Je me retourne, vois la dame qui a pris des yaourts sur ma palette. Je vérifie en rayon pour répondre à sa question :

« Oui ce sont bien ceux-là. Par contre, je préférerais que vous vous serviez directement dans le rayon s’il vous plaît.
_Mais ça change rien !
_Si pour moi ça change quelque chose…
_Je vous dis que non ! Les dates sont les mêmes !
_Pour moi ça change quelque chose. C’est plus simple pour moi si vous vous servez dans le rayon, si je dois ramener en réserve il faut que mes cartons soient complets
_Non mais il est vide de toute façon votre foutu rayon donc vous allez tout mettre ! »

Non, je ne pouvais pas tout mettre. Et je le savais. Et si ça ne changeait rien pour elle, pourquoi s’acharner sur moi ? Pourrait-on considérer l’espace d’une seconde que je sache ce que j’ai à faire ?

« Si tu le disais avec plus de sentiments j’arriverai peut-être à te croire »

Et je vous passe les incivilités quotidiennes : les clients qui refusent de s’écarter quand ma chef mag leur demande poliment pour qu’elle puisse mettre ses pommes de terre le matin, ceux qui se foutent de ma gueule parce que je vais à deux à l’heure avec mon transpal alors même qu’ils y sont collés (merci à mes collègues qui viennent régulièrement me relayer, ces situations peuvent vite devenir ingérable avec mon oeil –« ), ceux qui viennent te chercher en rayon pour t’engueuler parce qu’il y a trop de monde en caisse, ceux qui viennent te chercher en caisse pour t’engueuler parce qu’il y a plus de baguette, etc. Des histoires comme ça, on en a tous plein nos cartons. Au minimum trois par jour chacun. Nous sommes une équipe d’une vingtaine de personnes. Je vous laisse faire le calcul.

Si je vous passe tout ça, c’est pour arriver à la cerise pourrie sur le gâteau empoisonné (mais les clients ça aime les cerises non ?).

Ce matin, dimanche donc (et si vous me suivez depuis un moment vous savez combien j’adore bosser le dimanche). Je suis en caisse pour ma matinée, de sorte qu’il y a une responsable en caisse et une sur le terrain. Ça devrait nous permettre de gérer au mieux. À un moment, un groupe à la caisse de A. Ça chahute, ça pinaille. Je ne suis que d’une oreille. A. est là depuis plusieurs mois, j’ai pleinement confiance en sa capacité à gérer tout ça. Sauf qu’en sortant, les gens sonnent au portique. La procédure veut que nous vérifions. 9 fois sur 10, ce n’est rien : article mal démagnétisé, antivol de vêtements neufs et autres bugs. D’ailleurs, dans un monde rempli de portiques et d’antivols mal démagnétisés, la plupart des gens s’arrêtent d’eux-mêmes. Mais eux non. A. les interpèle donc. Ils ne s’arrêtent pas. Je ne sais pas s’ils n’ont pas entendu, ou pas voulu entendre. Toujours est-il qu’ils sortent du magasin. A. les suit en continuant de les appeler. Il se retrouve dehors avec eux. À peine une minute plus tard, une cliente rentre en courant par la porte de sortie « il faut appeler quelqu’un ! le caissier se fait tabasser ! ». Je sonne comme pas possible pour que G. comprenne qu’il y a un gros problème. Je sors aussitôt, et là, panique dans mon petit cerveau : je ne vois A. nul part. Juste les mecs qui remontent dans leur camion. Je demande aux badauds où est mon collègue « c’est eux dans le camion ». mais je m’en bats les couilles moi de qui c’est ! Je veux savoir comment va mon collègue. Merde. Y a un ordre des priorités dans la vie… Personne ne me répond. Finalement, je vois G. accompagné de A. arriver. G. a le téléphone en main, prête à appeler les flics. Je comprends qu’A. a pris une beigne et qu’heureusement, il n’a pas cherché à jouer les héros, il est rentré directement dans le magasin, évitant ainsi l’escalade. G. reprend les choses en main, de mon côté, je rerentre dans le magasin pour rassurer clients et autres collègues et relancer la machine. S. qui venait tout juste d’embaucher voulait aller y mettre son grain de sel. Mais je préfère suivre les préceptes d’amis secouristes et limiter les risques. Je lui demande donc de reprendre la caisse de A., laissée à l’abandon depuis plus de 5 minutes. G. a appelé la police et prévenu les responsables qui se sont déplacées et/ou ont appelé pour s’assurer que tout était rentré dans l’ordre et renvoyer A. chez lui (même si physiquement rien de grave, psychologiquement, c’est quand même pas top).

Heureusement pour moi (ou pour les clients), mon cerveau en situation de crise filtre les informations. C’est donc une heure plus tard qu’il a fait remonté de ma mémoire auditive ce commentaire de clients à la caisse de A. « avec tout ça on a perdu vachement de temps ». Pauvre. Connard. Mais vraiment. Y a un moment, y a pas d’autres mots. Pauvre putain de saloperie de connard de merde. Ajoutez à ça les gens qui se sont crus au spectacle, ceux qui te demandent si ton collègue va bien et peinent à cacher la déception dans leur voix quand tu dis qu’il n’a rien.

C’était la goutte d’eau.
Les caissiers sont des putains d’humains. Ils ont des bons et des mauvais jours, ils ont besoin de dormir la nuit, ils ont besoin d’avoir des jours de repos, ils ont besoin de pause pour souffler, ils ont besoin de manger. Ils ont une fierté, des sentiments. Ils méritent autant que vous le respect. Vous trouvez injuste que le caissier vous crache son dégoût du monde ou de sa vie au visage ? Vous avez raison, ça l’est. La réciproque est vraie aussi. Vous n’aimez pas que le système lidl vous considère comme une machine ? Ne traitez pas ses employés comme tel et je vous jure qu’ils feront l’effort de s’adapter à vous.

Je ne vous demandais pas d’envoyer des fleurs. Mais putain de bordel de merde, un minimum d’empathie c’est trop demandé ? On parle de quelqu’un qui s’est pris un pain dans la gueule pour rien sur son lieu de travail. On parle de quelqu’un pour qui ça aurait pu être bien pire. Nous aurions pu nous amuser à creuser, et trouver quelque part une loi nous autorisant à exercer un droit de retrait car mise en danger du salarié. Vous vous seriez retrouvés comme des putain de cons sur le palier. Et ça aurait été légal. Sauf que le caissier est humain, et il faut que le caissier mange. Pour ça, il faut qu’il relance la machine en limitant les dégâts. Nous avons renvoyé A. chez lui et pris sa charge de travail au passage.

Vous auriez pu demander quels recours nous avions. Vous auriez pu compatir. Vous auriez pu avoir un mot gentil. Vous auriez pu avoir un mot de désapprobation. Vous auriez pu avoir un sourire un peu plus chaud. Vous auriez pu dire que c’était pas normal, qu’on ne devrait pas travailler dans ces conditions.
Vous avez préféré râler. Vous avez préféré m’engueuler parce que je n’ai pas ri à votre blague de merde. Vous avez préféré gueuler parce qu’en plus la machine ne prend pas la carte en dessous de 5€. Vous avez préféré me faire perdre 15 minutes de mon temps parce que vous vouliez un jean taille 36. Vous avez préféré abandonner vos sandwichs en maugréant.

Sauf que moi demain, il va falloir que j’aille travaille en me disant que pour certains, c’est normal de cogner sur le caissier. C’est justifié, et justifiable.
Vous avez perdu 10 minutes ? C’est bien. Moi, et je pense une partie de l’équipe, nous avons perdu la sensation de pouvoir aller au travail sans trop s’inquiéter.

Vous m’avez collé la gerbe. J’ai la gerbe et la haine depuis ce matin. Votre violence, votre mépris, votre irrespect… Putain mais allez crever. Moi j’en ai plein le cul de vos saloperies.

Tout cela est exagéré et disproportionné. Je suis fatiguée, en colère, exaspérée. Je sais, ils ne sont pas tous comme ça et ce genre d’événements restent exceptionnels. Il n’empêche que ça secoue. Ça ira mieux demain. Mais très franchement, vu la première semaine d’août, j’ai pas envie de me taper les 3 dernières.

Le JT et moi

In This Moment : Natural born sinner

« Vous êtes la génération qui peut regarder des gens mourir en direct au 20h et continuer de manger. »

Et quoi ? Sommes-nous responsable ? Devons-nous accepter ? Et pourquoi ? Être né au mauvais siècle ? Comme si ça rendait les choses plus faciles, on nous bassine à longueur d’onde que nous avons grandi sous influence télévisuelle. Ce serait notre faute. Qui pour rappeler que la génération précédente a inventé le medium incriminé ? Qui pour rappeler que la génération précédente décide ce qu’on y diffuse ? A qui la faute alors au final ? Quand un humain gave l’autre jusqu’à la nausée, peut-on vraiment prétendre que les débordements étaient si imprévisibles ?

Alors les bombes sautent. Et personne ne zappe. Nabilla poignarde son compagnon et ma grand-mère m’accuse d’avoir fait de cette femme ce qu’elle est. Elle ne zappe pas pour autant. L’image choisit. L’inondation se poursuit, l’invasion continue. L’image nous rampe dans le cerveau. Jusqu’à ce que même sans télé on les connaisse sur le bout des doigts. Même avec toute la bonne volonté du monde, impossible d’y échapper. Je connaîtrai le visage de l’homme poignardé, j’aurai vu la synagogue et le corps du rabbin explosé. J’ai voulu zappé et j’ai essayé. Suis-je responsable à la fin ? Peut-on m’inclure dans la part d’audience quand je consomme autant de programmes par inadvertance que je n’avale de cigarettes en fréquentant les fumeurs ?

Je connais les grilles et les contenus sans même avoir à payer la redevance. Internet, média libre ? Mon cul. Premier relais de la télévision. Cracher dans la soupe pour mieux la servir. Je n’y arrive plus. Avoir accès à toute l’actualité du monde à n’importe quel moment. Ne pas savoir est criminel. Savoir est dangereux pour la santé mentale. Et quand bien même… ce n’est pas comme si les destins humains étaient innombrables. L’horreur se multiplie et se subdivise pour mieux se ressembler. Un jeu des 7 différences à l’échelle mondiale, imprimé sur ton paquet de céréales pour que tu trouves la sortie du labyrinthe à peine le café avalé. Voir les morts en direct et continuer à manger. C’est ce qu’on fait non ?

J’étais là en direct aux attentats de Boston. J’étais là en direct quand ils ont ramassé les corps à Jerusalem. J’étais là tout le temps. J’étais là quand la femme dans le métro s’est mise à pleurer. J’étais là quand un homme à frapper une jeune fille parce qu’elle était basanée. J’ai écouté les histoires. Les amies violées, les femmes battues, l’argent qui fait défaut au point d’arrêter d’exister, la solitude, la violence au travail, la discrimination. J’ai tout entendu. Mon cerveau déborde autant d’images que d’histoires et je ne sais plus quoi en faire. Je ne comprends plus rien.

On me dit on me répète que ce monde est le mien. Que ma génération mange en regardant mourir sans rien faire. Mais je n’ai pas tué. Je ne sais pas pourquoi tout le monde s’intéresse à Nabilla. Je ne comprends pas pourquoi les morts à Jérusalem. Je n’arrive plus à calmer mes amies en larme parce que la société leur répète qu’elles sont responsables. Les mots n’ont plus de poids, plus de sens. Je voudrais vomir, je voudrais crier. Mais ça changerait quoi ? Mes colocataires parlent d’une révolution mais je n’y crois plus depuis longtemps. Le monde est englué, les dés pipés depuis le début. Le monstre s’auto-suffit et le serpent se mord la queue.

Je ne comprends plus. Le fossé entre ce que je crois juste et ce qui est s’agrandit. Les paradoxes grossissent sans qu’on puisse les stopper. Les gros titres multiplient les constats d’une évidence à toute épreuve : saviez-vous que la majorité de la population est complexée ? On vous explique que c’est mal. Et on vous explique comment maigrir, avoir une meilleure peau, être mieux dans sa peau, accepter son boulot. Allez y cherchez encore. Le désespoir fait vendre. Alors pourquoi montrerait-on autre chose que les morts à la télé ?

Putain je comprends pas. Le monde va dans le mur. Comment peut-on croire que rendre les gens désespérés pour leur faire bouffer macdo n’est pas qu’une solution à court terme ? Comment peut-on encore être surpris ? Je ne comprends pas ce monde qui est sensé être le mien. Je suis dégoûtée et lasse. L’envie de jeter l’éponge maintenant. Parce qu’à quoi bon ? Une autre pub me rappellera combien je suis tordue pour mieux me vendre leur remède miracle, un autre reportage me dira les morts à l’autre bout du monde pour lesquels on m’accusera, un autre coup de téléphone me rappellera la détresse, un autre métro amènera son lot d’horreur… A quoi bon ? On ne peut jamais éteindre la télé, et on ne peut pas se priver de nourriture dans l’espoir de se racheter une conscience.

Alors maintenant ? Je suis sensée faire quoi ? Que peut faire ma génération pour racheter tous les maux dont celle d’avant l’accuse alors qu’elle nous a lié les mains et plombé les pieds avant de nous jeter dans le grand bain ?

Tartine de cynisme et déconfiture

Bonjour monde ! Alors que je suis en train de faire des cookies et que je me suis déjà brûlée trois phalanges (m’en fiche j’en ai en rabe), quand bien même seulement 9 cookies sont pour le moment sortis du four, je viens vous donner de mes nouvelles. Car cela fait bien longtemps que je n’ai pas pris le temps de vous conter mes aventures estudiantines ! J’ai une excuse : je n’en avais juste pas le temps. Et aucun des quelques fragments dont j’ai noirci mes carnets, mes brouillons, mes textes de théâtre et autres cours ne méritaient de figurer en ces lieux (c’est vous dire le niveau) (et l’état de mes brouillons de mémoire et textes de théâtre) (on pourrait aussi parler de l’état de mes jambes et bras car en manque de papier il faut bien trouver des solutions, mais dans la mesure où je ne dispose pas d’appareil photo pouvant capturer pareil art je vous épargne ma pilosité molletienne).

Ceci était une introduction.

Aujourd’hui, mes transitions vont laisser sérieusement à désirer. Mais je vous aime quand même. Je crois.

Alors par où commencer mon récit ? Et si nous reprenions ces derniers mois de bonheur là où je les avais laissés à savoir… je ne sais plus moi même ! Fichtre. Et bien parlons concours tiens. Parce que c’est toujours un moment fun de l’existence. Je suis sûre que tout ceux qui en ont passé ne pourront que confirmer pareils dires. N’est-ce pas un vrai bonheur que de devoir remuer ciel et terre pour dénicher des papiers dont on avait oublié jusqu’à l’existence ? Plus particulièrement quand les papiers en question se trouve à 300km de là où tu vis présentement et que donc il te faut demander à l’auteure de tes jours, alias ta reum, de bien vouloir s’aventurer dans ton domaine privé, alias l’immense tas de bordel que tu n’as pas rangé depuis trois ans parce que tu n’y passes plus qu’en coup de vent et que tu oses appelé une chambre, afin de découvrir le graal administratif manquant, alias mon bac dans mon cas. (oui bah je l’ai depuis 2007, vus comprendrez que depuis le temps je ne suis plus trop sûre d’où j’ai pu le ranger. D’autant plus que je ne suis plus très sûre de ce que ranger signifie. De mon point de vue : ranger = on peut marcher sans risquer de s’exploser le pied sur quoi que ce soit. Mais ma mère n’est pas d’accord. Cette aventure fut donc l’occasion pour nous de débattre sur cette notion abstraite. Mais je vous épargne les débats, cette parenthèse étant déjà bien trop longue.) C’est donc après m’avoir engueulé virtuellement une bonne quarantaine de fois que ma mère m’annonce qu’elle ne retrouve pas mon bac. Il devrait être dans le dossier « étude / diplôme » mais… non. Fort heureusement on retrouve le relevé de notes (où l’administration a usé beaucoup d’encre pour marquer 12 partout alors que je m’étais donné tant de mal pour faciliter la vie de tout le monde). Mais ce n’est point fini. Ensuite il a fallu trouver mon diplôme de licence… qui n’était pas encore édité à ce moment-là (ils ne le sont que depuis genre deux semaines). Bon d’accord ! Alors il faut retrouver le relevé de notes qui est…. qui est…. qui est… que j’ai oublié dans mon bloc cet été parce que je l’avais rangé là pour pas qu’il traîne sur la table de la cuisine pour pas que les chats mettent leurs pattes dégueulasses (ou leur souris décapitées) dessus. BOOOON ! Alors où est ce bloc ? … Ah mais oui mais c’est bien sûr ! Sous le lit ! bah oui parce que j’avais mis le bloc dans un sac vu que c’était celui que j’utilisais pour donner mes cours d’anglais cet été et un jour j’ai voulu me servir du sac pour autre chose et j’ai pas fait attention au fait que j’avais renversé son contenu sous le lit…. OK
Jusque là je m’en tire pas si mal. Je me rends à la BU, je photocopie je ne sais pas combien de paperasse précédemment nommé. J’imprime ma lettre de motivation… d’ailleurs… à ce propos… il faut que j’arrête vraiment de croire que les idées que j’ai à 3h du mat ont une quelconque validité. Non parce que dans « description de votre travail », j’ai quand même écrit « j’écris au sécateur ». Voilà voilà. Tout va bien.
DOOOOOOOONC. J’imprime CV, lettre de motivation, je file au photomaton faire des photos parce que j’étais persuadée de ne plus avoir de photo d’identité (comprenez : j’avais oublié que je m’étais faite une pochette « papiers importants » avant de revenir sur Rennes, pochette dans laquelle se trouvaient quelques photos d’identité de bonne qualité). Je crois avoir trouvé le photomaton de la mort. Genre le photomaton à faire pâlir Satan. Et je parle au sens propre. Satan se ferait prendre en photo là dedans on aurait l’impression qu’il a la jaunisse, au mieux la varicelle. Alors imaginez moi… C’est même plus des cernes que j’ai ! On dirait que quelqu’un m’a enfoncé les yeux dans leurs orbites avec un marteau. Sans parler de la poussée d’acné que j’avais à ce moment-là (je fais décidément jeune pour mon âge…).
Paperasses > Check
CV / lettre de motivation > Check
Photo d’identité en cas d’invention zombie > Check
Me restait encore à soudoyer quelqu’un à coup de cookies pour relecture de ma pièce. (au passage, chère Oiseau Lyre, tes cookies sont prêts) Une fois la dite pièce imprimée, il me fallait aller faire relier le tout histoire que ça ait quand même une bonne gueule (pour compenser avec la gueule de l’auteur sur ses photos. Suivez un peu). Il me manquait encore un détail : il fallait joindre un CD avec tous les éléments cités précédemment afin que les jurys puissent se passer tout ça tranquille pépère sans rien perdre (ou sans se faire chier à faire des photocopies et à s’organiser). A ce moment-là comment vous dire, mais j’avais un peu les fourches qui commençaient à friser sévère. Je me retrouve donc chez ma bonne amie L., qui non contente de me dépanner d’un CD gravable, m’offre aussi de la bière. A 14h. Beaucoup trop de bière. C’est ainsi que je quitte son appartement à 16h30, passablement éméchée et sans avoir encore pris le temps de préparer ma répétition. Tout va bien, cette année de master est une réussite totale d’un point de vue hygiène de vie et santé mentale.
Je récapitule donc la totale. Je vérifie 15 fois. Je me procure les enveloppes demandées tout bien comme il faut à la poste toute bien comme il faut aussi (même si pour une étrange raison remplie de stagiaire de 3ème). J’achète une grande enveloppe géante à envoi suivi, je la scelle de mon sang, je sacrifie trois poulets roux à cinq pattes (parce que « les metalleux ne peuvent jamais faire dans la simplicité » dixit mon père) et après vingt-trois invocations au grand Satan (lui rappelant qu’il me doit bien ça vu que j’ai passé l’épreuve du photomaton de l’enfer), je lâche le tout dans la boîte aux lettres avant d’appeler Bubulle pour balancer un truc du genre « ET MAINTENANT ON PEUT PANIQUER ????? ». Evidemment comme Bubulle est une très bonne amie et qu’elle m’aime, elle m’a rassurée « t’inquiète, ils sont pas vache, je suis sûre que les enveloppes c’est pour t’envoyer une lettre de refus en kit à monter toi même. » J’ai demandé à Satan de la maudire jusqu’à la 45ème génération (pas tant qu’il me doive ça mais ça le fait bien marrer).

Ceci est une transition subtile répondant à mes envies pyromanes.

Mais revenons de ce pas à mon charmant appartement voulez-vous, car quelques anecdotes croustillantes s’y sont cachées. Quelques unes… Quelques combats de coq entre autres. Quelques traumatismes aussi. Je pense que c’est bon, j’ai fait peur à tout le monde.
Un soir, A. ramène une amie pas très discrète (sa conversation j’entends, pour le reste on verra avec la voisine du dessus, nous reviendrons à ce passionnant sujet plus tard). En effet, je me retrouve à pouvoir suivre la conversation sans soucis à travers le mur (ça rappelle la cité U ça tiens donc). Le truc c’est qu’il est un peu minuit et que j’ai un peu beaucoup envie de dormir quoi. J’essaie de deviner quel type de film ils sont en train de regarder en me basant sur les bruitages et les commentaires, quand je suis soudain pétrifiée d’angoisse : A. vient de déclarer « c’est fou hein, ce film dure trois heures mais c’est pas chiant du tout, il se passe toujours un truc. » Alors… euh… si c’est chiant ! et ce qui va se passer c’est que je vais bientôt te déboîter la tête avec un pied de biche (le fait que je dois dépourvue de pied de biche ne me paraît être un frein suffisant à pareille envie). Sauf que je suis bientôt rattrapée par le sommeil sans prévenir et l’histoire se finit bien pour moi. Sauf qu’il n’en est pas de même pour F., qui partage l’autre mur commun avec A. Du coup, il commence à son tour une guerre du bruit en balançant accidentellement des trucs dans les murs à des heures indues. Hum. Dans le fond ce n’est pas mon problème. Je m’inquiète juste de voir l’ambiance de l’appartement se détériorer à vitesse grand V (j’ai toujours trouvé cette expression débile). Pas que ça me gène des masses, après tout, à ce moment-là, je passe tellement peu de temps dans cet appartement que c’est à se demander pourquoi je paie un loyer. (c’est au moment où je dois me laver les cheveux que je trouve enfin une réponse décente à cette question) L’ironie du sort, c’est que deux jours plus tard, je me retrouve à déjeuner avec F. qui m’explique, après avoir râlé un bon coup sur A., qu’un ami à lui vient ce soir mais que bon ils feront pas de bruit, ça sera de toute façon pas difficile d’en faire moins qu’A. Je hoche la tête, trop occupée à me demander si j’en ai marre des pâtes vu que je mange que ça depuis une semaine à cause du manque de temps et de mon estomac en feu. Sauf que la nuit venue… Je suis réveillée à 1h du mat par deux voix masculines (je ne ferai pas de blagues de mauvais goût là dessus, c’est trop facile, je vaux mieux que ça ! enfin des fois) chantant faux et fort les sirènes du port d’Alexandrie. Bon. J’hésite. Je me dis que ça arrive à tout le monde de se laisser emporter, qu’ils vont s’en rendre compte et que ça va pas durer (et puis surtout je dors à poil, donc me lever ça signifiait m’habiller, et donc me réveiller complètement). Le truc c’est que ça durait toujours une demi-heure après. Et que bon…J’enfile donc un jogging, un sweat, essaie d’ouvrir un oeil (et le bon de préférence mais c’est pas gagné), avant d’aller gentiment frapper chez F., histoire de lui rappeler l’heure… Vu le récit fait le lendemain, ça a fait son petit effet…

Il m’est aussi arrivé un truc étrange dans la salle de bain. Un après-midi que j’allais prendre une douche histoire de laver mes cheveux (oui j’ai des horaires un peu bizarres, faut pas chercher), j’étais tranquillement en train de faire l’hélicoptère avec mon T-shirt (ne me regardez pas comme si vous l’aviez jamais fait, je vous vois de l’autre côté de l’écran, non mais.) quand soudain une ampoule s’est écrasée par terre. Non ceci n’est pas une hyperbole. Il y a bel et bien eu une ampoule pour s’écraser par terre en faisant un putain de barouf au passage. J’ai mis un moment à comprendre ce qui s’est passé. J’ai d’abord pensé que mon t-shirt avait bouffé trop d’épinard et que donc il avait réussi à déloger une ampoule pour la jeter par terre mais la lumière dans la pièce n’avait pas baissé, j’en ai déduis que ce n’était pas ça. Il m’a donc fallu remonter toute une série d’indices très compliqués pour comprendre les faits. Une ampoule usagée avait été abandonnée sur le haut du haut du haut de l’étagère de la salle de bain, mon t-shirt l’aurait alors délogé de sa cachette. Ce qui nous amène à la question suivante : mais quel est le putain de con qui laisse une ampoule là comme ça sur le haut de l’étagère ?? C’est quoi ton putain de problème crétin ! Après avoir réfléchi deux secondes, je décide que j’ai assez perdu de temps comme ça, les bouts de verre attendrons que mes cheveux soient propres. Il faut savoir avoir un sens des priorités dans la vie (ou ne pas avoir envie d’expliquer à ses colocs comment on a fait pour exploser une ampoule par terre. Faut voir)
Pas que j’ai peur du ridicule hein. J’ai très bien assumé ma redécoration à la cire de bougie. Si vous me lisez depuis un moment, ou pas, vous savez que j’aime bien les bougies. La lumière est chouette, les couleurs sont chouettes, les coulures sont chouettes et le feu c’est over mega cool. En bref, la meilleure invention de toute l’histoire de l’humanité. L’autre jour, j’en avait donc une petite d’allumée. Une bleue. Au moment de partir pour ma répétition, je me dis qu’il faut l’éteindre (je veux bien mettre le feu à mon appartement mais si je ne suis pas là pour contempler la flambée je ne vois pas l’intérêt). J’ai donc soufflé dessus (incroyable je sais). Et là, c’est le drame. Dieu seul sait comment, la quasi totalité de la cire s’est retrouvé sur ma gueule et mon bureau. Je ne sais pas si vous imaginez à quel point c’est galère d’enlever de la cire de verres de lunettes sans rayer les dits verres, et alors côté capillaire je ne vous en parle même pas. J’ai dû m’arracher la moitié de la tignasse au passage… Non vraiment. Un chef d’oeuvre. A l’heure où j’écris ces lignes je ne me suis toujours pas attaquée à enlever la cire sur le bureau (elle y est depuis lundi). Une part de moi ne peut pas s’empêcher de trouver ça joli, et comme une autre part de moi a quand même sérieusement la flemme…. bah pour le moment tout le monde est d’accord pour laisser ça en l’état (pour une fois que tout le monde dans cette tête est d’accord c’est limite orgasmique vous trouvez pas ?).

L’avantage quand on ne s’emmerde pas à faire des transitions, c’est que je peux vous mettre des images que je vous garde depuis longtemps sans m’emmerder à faire un lien logique. Et puis cette tortue est mignonne. Je peux avoir une tortue ? Merci monde.

Retournons à l’université maintenant si vous le voulez bien (et de toute façon dans la mesure où vous vous exprimez assez peu je peux très bien considérer que vous le voulez comme ça m’arrange). J’ai donc dernièrement eu le droit à un rendez-vous tout ce qu’il y a de plus merveilleux avec Super S., directrice de mémoire. Un rendez-vous absolument merveilleux qui aura duré… pfoua ! Une heure 30 ! Une heure et trente minutes merveilleuses, surtout si on prend les événements suivants en considération : la veille, je jouais avec un groupe d’atelier, nous avons donc dû fêter ça (si si, nous avons DÛ, c’est un devoir de fêter une représentation) et bon, à 5h du matin je me suis dit que ça servait plus à grand chose de rentrer dormir, j’ai donc fait une nuit blanche avec les quelques irréductibles du groupe restant, avant de rentrer prendre une douche et un petit dej pour aller en cours à 8h. Divers événements indépendants de ma volonté ont fait que je n’ai pas pu mangé le midi, et que je me suis donc présentée à mon rendez-vous à 14h sans avoir dormir de la nuit, et sans avoir mangé depuis 7h30. Autant dire que j’étais fraîche et pimpante comme l’enfer en personne ! (non ne cherche pas lecteur, cette comparaison n’a absolument aucun sens.)(non mais vraiment arrête, tu te fais du mal)(non mais…)(oh pis merde, débrouille toi) Mais l’invraissemblance de ce rendez-vous ne s’arrête pas là. (sinon ça serait encore parfaitement gérable) Ma directrice avait oublié qu’elle devait encadrer les élections étudiantes pour les différents conseils de l’université. Je me suis donc retrouvée coincée entre elle et un autre prof à la table avec tous les noms des étudiants de l’UFR Art Lettres et Communication sur un classeur devant moi (ça fait un paquet de nom à ranger dans un putain de classeur taille XXL). En bref, Super S. a donc tenté de me faire des retours sur mon rendu de premier semestre tout en faisant émarger les gens et en leur expliquant la marche à suivre… jusqu’au moment où constatant qu’elle était pas non plus tellement au fait que ça non plus de la marche à suivre en question, je fus réquisitionnée à mon tour pour expliquer aux petits L1 (et au moins petits L3) le pourquoi du comment de la choucroute. Tout en réprimant une faim de plus en plus déchirante. Tout en réprimant des baillements tout sauf discrets. Tout en essayant d’expliquer en trois phrases aux gens qui passaient comment j’avais pu atterrir dans pareille galère. MULTITACHES ! A 15h45, les batteries de l’ordi de Super S. étant à plat, on décrète que le rendez-vous est fini. Conclusion ? « vous avez de très bonnes idées, mais c’est le gros bordel ». TOUT CA POUR CA ? Autant vous dire que j’ai eu l’impression de me faire avoir. J’aurais bien crié au remboursement si mon estomac ne s’était pas mis à crier qu’il y avait des pâtes bolognaise qui m’attendaient chez moi.

Ceci est une légende pertinente sur cette image subtilement amenée.

D’ailleurs, dans son cours je devais dernièrement présenter mon deuxième exposé… Oui oui mon deuxième. Je me suis un peu beaucoup fait avoir sur ce coup et un concours de circonstance que j’ai la flemme d’expliquer m’a mise dans cet étrange situation. Je me suis donc retrouvée à devoir analyser deux pièces, en sachant que j’ai pas choisi la première vu que ça aurait dû être présenté par quelqu’un d’autre et que Super S. m’a plus ou moins collé l’autre dans les pattes d’office. Cette pièces est franchement cool. Mais c’est ce que j’appelle un Monstre Littéraire… En gros un truc absolument génialement écrit mais quand tu dois démonter la bête… bah ça ne correspond à aucun manuel de médecin sémantique connu. Un jour j’arrêterai de mouiller ma culotte pour des Monstres Littéraire (le jour où j’en serai moins même un sans doute). En gros il a fallu que je la lise deux fois avant de pouvoir commencer à l’analyser, alors que d’habitude, déformation professionnelle oblige, à la première lecture mon cerveau a déjà mis la bête en pièce et proposé des axes d’analyse qu’une seconde lecture ne fait que confirmer. Et bah là… que néni. La bête m’a donné du fil à retordre. Une putain de pelote de laine avec laquelle une dizaine de chatons fous auraient joué. Oui c’est ça, un putain de foutu sac de noeuds. Tu tires sur un fil, et tu tires et tu tires, et tu défaits un noeud et tu te rends compte qu’il y avait trois autres fils dans le noeud, alors tu tires le fil et tu tires et tu tires et tu tombes sur un autre noeud fait de quatre fils et ainsi de suite. Genre j’aurais pu ne jamais ô grand jamais m’arrêter. J’ai vite fini par me rendre compte que pour pondre l’analyse parfaite, il m’aurait fallu : lire la bible, lire la torah, relire toute la mythologie grecque, apprendre l’hébreu. Le tout en une semaine. Inutile de dire que ça faisait un peu short, même pour moi qui ait l’habitude de travailler dans l’urgence. Du coup… j’ai lu les Lamentations de Jérémie en version résumée sur Google. Pauvre de moi. Je veux dire je me retrouve à devoir lire un bout de la bible où y a personne qui baise quoi. Je me suis juste trop fait avoir. (Ne prenez pas ces airs outrés et ouvrez la première bible que vous trouverez, vous pourrez constater par vous même que ça baise à tout va) D’ailleurs au passage : sachez que travailler sur Auschwitz jusqu’à 1h du matin n’est pas top pour le sommeil… Moi je vous dis ça je vous dis rien. Vous viendrez pas vous plaindre quand vous ferez des rêves affreusement chelous.

TATIN (cet article manquait d’effets sonores de la mort qui tue)

Et depuis le temps, j’aurais sans doute encore quelques autres anecdotes à ajouter, mais cet article est déjà bien trop long (3 416 mots au compteur à ce moment de l’article !). Il est donc temps de se quitter ici (qui plus est j’ai des cookies à mettre dans une boîte et un taboulet à mettre au frigo). N’hésitez pas à me conter vos mésaventures et on se retrouve prochainement. J’espère dans moins longtemps… (j’ai quelques brouillons d’article que je n’ai pas encore trouvé le temps de finir entre autres…) Sinon, on se retrouve sur FB ou twitter que je mets à jour plus régulièrement !

Back to school : Sarah’s not dead

Et bien voilà ! Le moment est venu de reprendre le chemin des cours et d’entamer une nouvelle série de chroniques estudiantines !

Petite contextualisation avant d’attaquer :

  • Je rentre en première année de master théâtre (toujours dans la même université)
  • J’ai gardé le même appart, mais j’ai changé de colocs.

Et maintenant, allons y…

J’ai été plutôt surprise de recevoir ma carte d’étudiant à peine… une semaine après mon inscription ! Amazing n’est-il point ? Je sais, vous non plus vous n’en revenez pas. Début septembre, réunion(S) de pré-rentrée. A quoi servent les réunions de pré-rentrée ? Euh… et bah.. non mais ça va me revenir, c’est juste que c’est tellement évident que là comme ça tout de suite je le vois pas… ça sert à … déjà ça sert…. ah oui, à rien. C’est ça. Enfin j’exagère un brin. Mais c’est juste que tu retires de ces réunions un ou deux informations utiles qui vont te servir, le reste est blabla. A la limite c’est utile en L1 quand t’es perdu parce que tu débarques du lycée, après c’est juste une série de répétition. Les réunions de pré-rentrée te permettent de vérifier la citation de Solaar comme quoi « la vie est une game boy ». Tu t’entends dire que « cette année il va vraiment falloir travailler, les choses sérieuses commencent ». Mais comme on te dit ça tous les ans tu hésites entre plusieurs postures : A) ah ouai, j’avais pas conscience que je foutais rien ces dernières années B) c’est quand qu’on mange ? C) level up ! à quand le boss final ? D) à quel moment ils expliquent comment ça se passe pour manger ?

Je caricature peut-être un peu. Alors pour calmer les mauvaises langues, voici ce qui m’a été dit lors de ma réunion de pré-rentrée : il faut venir en cours, il faut lire. Euh, voilà. D’un côté tu te dis que quand même, rendus en master c’est des choses qu’on devrait savoir, voire même qui nous sont évidentes. D’un autre côté, tu te dises que bon, ce sont des universitaires, des gens donc trèèèès intelligents et que donc s’ils le disent c’est qu’ils ont (une) raison, et là c’est grave. Dans un cas comme dans l’autre tu pleures sur le temps que tu es en train de perdre. Avec C. un collègue de la promo, nous avons occupé cette première réunion à nous lamenter sur notre sort de bons élèves qui nous fait aller à toutes les réunions de ce type, à tous les cours étranges, même si on sait qu’on ne va rien y apprendre. Bah oui, on se dit toujours « on sait jamais, cette fois c’est la bonne ! alors ne séchons pas ! » et vous savez quoi ? Bah c’était pas la bonne. La seule chose « d’utile » qu’on ait pu apprendre c’est que les deux semestres ne se compensaient pas. Et ceci est d’une utilité limitée… (je suis pas vraiment passionnée par les calculs d’apothicaires qui te permettent de déterminer où tu peux ne rien foutre te planter vu que tu gères dans telle matière)(je suis suffisamment bête pour faire mon maximum même quand je déteste la matière et que le prof me sort par les yeux)

Et comme on est des winners of da life, on a eu le droit, non pas à une, mais bien à deux réunions de pré-rentrée ! Si ça c’est pas cool ! Que je vous explique, en gros, mon master se divise en sept spécialités dont la mienne, à savoir théâtre. Donc on a eu une réunion spécial pour le tronc commun et une autre pour notre spécialité. Quels heureux veinards nous sommes.
Beaucoup d’entre nous n’avaient pas vu qu’il y avait deux réunions et la plupart ne sont venus que pour le théâtre. On notera d’ailleurs l’apparition de notre chère fan de Lacan préférée lors de la première réunion s’écriant « je n’ai pas eu le mail ! », regard avec C. « bon bah c’est bon elle a pas changé pendant l’été…. » Donc Mme Lacan fait un résumé de la première réunion, donc rebelotte pour les infos over utiles of da life. (NB : j’aurais dû prendre des notes parce que je suis allée à Disney depuis et j’ai sans doute oublié une bonne partie de ce que j’avais prévu de dire à ce moment-là) Nous avons le droit à la présentation de la nouvelle enseignante (ouaaaaaai une nouvelle tête !!!!), ainsi que des cours et des spécialités de chacune afin que l’on puisse choisir notre directrice de mémoire en fonction. Mme Lacan annonce tout de go qu’elle ne répond plus aux mails, voire même qu’elle ne les lit plus. La communication avec le corps enseignant cette année s’annonce encore des plus ubuesque !

A la fin de la réunion, c’est à chacun d’aller claquer la bise prendre rendez-vous avec l’enseignante de son choix pour envisager une coopération à plus ou moins long terme sur un travail de mémoire. Ma camarade Dark M. m’accompagner donc saluer notre directrice commune pour lui avouer notre manquement à tous nos devoirs : nous n’avons rien lu de ce qu’elle nous avait demandé de lire cet été. Shame on us. On explique : le boulot, le SBAM pendant dix heures, la fatigue et un truc qu’on appelle la vie (mais ça c’est une légende urbaine dont on attend encore la preuve flagrante). On a de la chance car Super S. (ouai on va l’appeler comme ça) est compréhensive tout en nous sommant de nous mettre promptement au travail. C’est donc sur cette entremise que je partis pour Disney. (monsieur l’inspecteur je comprends bien que la chronologie des faits ne joue pas en ma faveur mais veuillez comprendre…)

La semaine suivante, nous reprenons les cours, et Dark M. et moi même souhaitons faire part de nos angoisses existentielles et paralysante et effrayantes et tétanisante et paraboliques et vice et versa doutes quant à nos façons respectives de travailler. Hors la permanence de notre chère directrice tombe en plein sur notre cours d’anglais (….). Donc après en avoir appris plus sur la langue de Shakespeare que la reine mère elle même ne peut en supporter, nous filons à la vitesse de l’anguille en direction du fameux, espérant la croiser à la fin de sa permanence. Après nous être ridiculisées comme il se doit parce qu’on n’avait pas entendu qu’elle nous disait d’entrer (les salles de la fac sont bien faites : aucun son ne sort de la salle, par contre tous les sons rentrent aisément. Ils ont dû monter les murs à l’envers, je ne vois pas d’autres explications)(à part celle de pourrir la vie des étudiants et des enseignants mais il faudrait vraiment être adepte de la théorie du complot pour suspecter une telle chose)(et nous avons déjà démontré moultes fois sur ce site que nous ne mangions pas de ce pain-là), nous essayons de trouver un créneau de disponibilité commun. Et bah vous savez quoi ? Et bah notre emploi du temps c’est le contraire exact du sien. Voilà encore qui va nous simplifier la vie ! La précipitation fait que ce jour-là nous sommes contraintes de prendre un rendez-vous avec elle pour le lendemain afin de… placer un rendez-vous digne de ce nom. (même Kafka n’en rêvait pas autant) Voilà voilà.

J’ai donc repris les cours comme je vous le disais. (vous noterez l’incroyable organisation thématique de cet article, mon dieu mais c’est qu’on s’y retrouverait presque !) Enfin, maintenant on ne dit plus « cours », on dit séminaire. J’avoue ne pas très bien comprendre la différence. Tout comme je ne suis toujours pas très bien sûre de comprendre la différence entre « journée d’étude » et « colloque » (si ce n’est la différence de longueur…).

Pas grand chose à signaler ou à vous raconter pour le moment (patientez un peu voyons !). Mme Lacan nous ré-explique qu’il n’y a pas d’un côté les chercheurs et d’un autre les gens de la pratique. Sur ce point elle a raison. Mais bon j’avoue que je préférerais être du côté des gens qui trouvent… (oui elle était facile mais bon, osez me dire que vous n’y avez pas pensé, je n’ai fait qu’écrire tout haut ce que vous tapotiez tout bas) Non en fait le truc vraiment drôle, c’est mon cours du jeudi matin. « Esthétique générale ». En gros philosophie de l’art. C’est un cours qu’est vachement intéressant, son seul défaut, c’est d’être à 8h du matin. Non parce que dès 8h : « je ferai en sorte que ces concepts philosophiques ne paraissent pas trop ésotériques à vos yeux » « vous comprenez que si on prend la beauté dans sa valeur cosmique, on touche à la métaphysique » « vous devez vous demander, pourquoi le sentir, pourquoi est-ce que je substantive ainsi un verbe » Non la question que je me pose c’est « mais pourquoi tu fais des choses comme ça à 8h du matin ?? ta maman elle t’aimait pas c’est ça ? » D’ailleurs, ce charmant monsieur nous a donné une brillante interprétation du luxe pour l’étudiant : « [voyant une étudiante s’asseoir par terre parce que plus de place dans l’amphi] Mademoiselle, j’ai ici une table et une chaise, ne voulez-vous pas goutter au luxe d’une table et d’une chaise. » Voilà. Le luxe pour nous ? Une table et une chaise. Que demande le peuple, je vous le demande…

Le luxe vous dis-je !

Mais laissons la nos valeureux enseignants… Et attaquons-nous maintenant à mon lieu de vie, aka palace mirobolant, aka mon appart. Pour ceux qui ne se souviendraient pas, je vis dans en collocation avec trois autres personnes. Les baux étant individuels, tes colocs changent un peu sans que tu sois au courant. Mes trois colocs de l’année dernière sont tous partis, me laissant seule ici. Et les voici tous les trois remplacés ! Et me voici la seule et unique fille dans l’appart ! ahahahaha Enfin « le seul vagin » comme le dirait l’un d’eux (vous pensez bien que la féministe que je suis et qui lutte de façon quasi désespérée contre le fait d’être définie par son utérus a tiqué…). Nous avons donc : F. (17ans), A. (18ans) et M. (20ans). Donc en plus d’une différence de sexe flagrante, se pose une différence d’âge non moins flagrante. D’ailleurs, je ne suis pas très sûre des âges, parce qu’ils passent tellement de temps à dire « mais bientôt 21 / 19 / 18 » que je ne sais plus quel âge ils ont vraiment… Vous comprenez une vieille comme moi ça perd vite la boule. Pis y a longtemps que j’ai perdu cette manie. Et puis bon pas la peine d’en rajouter à coup de « bientôt 24ans moi ! », c’est moi la patriarche de la maison même sans effort. (oui j’utilise à dessein le mot patriarche pour faire chier les féministes qu’arrêtent pas de l’utiliser alors que le patriarcat en France c’est mort) Non sérieux, sans vouloir paraître condescendante, c’est des bébés ! Y a plus d’after shave en suspens dans le couloir que de poils sur les joues ! Ou alors c’est moi qui ait été mal habituée, mon frère pouvant jouer Chewbacca sans costume depuis ses 15ans, j’ai perdu tout sens de la mesure pilaire masculine. Ca doit être ça. D’ailleurs en parlant de mon frère… parfois j’ai l’impression d’être en coloc avec lui. Mais genre… trois copies de mon frère. C’est dur. J’envisage parfois de me jeter par la fenêtre et puis finalement je fous un bon gros live de Dir en Grey histoire que finalement ça soit moi l’être craint dans cet appartement. (on m’a dit de marquer mon territoire, moi aussi je peux testostéroner le monde !)

Mes nouveaux colocs possèdent plusieurs défauts dramatiques (à part celui de ne pas avoir de poils je veux dire). Déjà, ils sont bavards dès le matin. Terrible vous dis-je. Il m’est déjà difficile de sociabiliser, alors imaginez quand j’émerge à peine de mon insomnie ma nuit. D’ailleurs en parlant insomnie, lorsque j’évoquais je ne sas plus pourquoi ce détail de ma vie, je me suis entendu dire « ça va être la première fois que je vis avec une insomniaque ». Euh… oui, c’est ça… sans doute… Je ne savais pas très bien que répondre à ceci vu qu’en général c’est plutôt l’insomniaque suis ‘adapte au reste du monde mais bon… Que voulez-vous. (j’adore cette sensation de passer pour un truc bizarre non identifié mais en moins cool que les OVNI car la probabilité que je vienne du fin fond de l’espace a déjà été éliminée) Ils possèdent un autre défaut… ce putain de tic qui fait que tu fermes toutes ces putains de porte à clé. L’année dernière on en avait déjà une comme ça et ça m’agaçait, mais bon. Cette année, les TROIS sont comme ça. Dès qu’ils sortent de leur chambre ils la ferment à clé, sortent de l’appart, le ferme à clé (qu’il y ait des gens ou pas) et quand ils rentrent… ils ouvrent la porte de l’appart fermée à clé par un autre, le referment à clé, et ouvrent la porte de leur chambre fermée à clé. Toute la journée comme ça tu entends des portes fermées à clé, des clés qui tournent dans des serrures, des serrures qu’on ferme même si y a des gens. Ca rend dingue la claustrophobe que je suis. T’as l’impression de vivre en prison tellement t’entends des clés tout le temps ! Mais pourquoooooooooi ?

Voilà pour cette rentrée dans le vif du sujet ! Je vous laisse reprendre une activité digne d’intérêt (comme la lecture du blog de l’Odieux connard dont le lien est à droite de ce site). En attendant je retourne chercher une phrase de salutations de fin d’article digne de ce nom.

Bip.

Je suis Celle Sans Nom.

Mon corps est pris dans le mouvement. Simple engrenage dans la chaîne.
L’usage de la parole est facultatif, le respect vendu séparément.
On ne gaspille pas son humanité pour les Sans Nom.

J’engrange les sons.
Interminables ils viennent peupler mes nuits.
Je répète la mélodie infernale et pèse mes mots.
Ne pas gaspiller ce qu’il me reste d’humanité.

Le fil de la pensée s’est interrompu.
Le vide a rempli l’esprit.
Seuls rentrent les éternelles con-plaintes, les mêmes remontrances,
Les questions sans réponses, les questions sans points d’interrogation
Les phrases sans verbe, les évidences dans ma gueule.
L’humanité s’auto-gaspille.

Je suis Celle Sans Nom
Et souvent je me demande ce que je fous là.

Personnellement.

_Nous aimerions savoir pourquoi il nous faudrait forcément mourir.
_Mais parce qu’il le faut !
_Et pourquoi cela ?
_Parce que je ne sais pas comment finir l’histoire autrement.
_C’est trop facile. Je dirai même plus qu’il s’agit ici d’une facilité abusive.
_Peut-être, mais dans la mesure où ce sont les seules fins qui me réussissent vous n’avez pas votre mot à dire.
_Si, car vos fins ne nous réussissent pas du tout à nous.
_Ca je n’y peux absolument rien.
_Bien sûr que si !
_Bien sûr que non !
_Mais vous êtes l’auteur oui ou non ?
_Je suis l’auteur, mais ça ne change rien à la question.
_Ca change tout. Il en va de votre responsabilité.
_Ca ne change rien du tout. Il se trouve que je suis doué quand ils s’agit de vous faire mourir. Pour le reste, je suis parfaitement ridicule.
_Vous êtes tout autant ridicule à vous obstinez à nous faire mourir à tout prix.
_Ce n’est pas une question d’obstination. Nous parlons ici de talent. Vous ne devriez pas vous plaindre ainsi. Renseignez-vous, vous verrez que certains subissent des morts bien moins belles que les vôtres.  Regardez autour de vous, vous vous en rendrez vite compte. Ce sont des morts grotesques, pathétiques et laides de surcroît ! Les miennes sont d’une mise en scène parfaite, belles à vous couper le souffle et surtout elles arrivent toujours à point nommé.
_Parlons-en de tes morts. Elles se répètent, se répondent toutes tellement que personne ne se rappelle de la question. Elles n’ont pas d’identité. Tes morts n’ont pas de raison de vivre.
_Elles en ont forcément une. Je te rappelle qu’on ne peut pas mourir si on n’a pas vécu.
_Tu joues encore avec les mots.
_C’est mon boulot.
_Profites-en tant que tu peux le dire.
_C’est-à-dire ?
_A force de nous tuer, tu n’auras plus personne à faire mourir.
_Je n’ai qu’à en inventer d’autres. Vous n’êtes pas irremplaçables !
_Justement si. A partir de maintenant nous sommes en grève. Et ce pour une durée indéterminée.
_Vous ne pouvez pas faire ça. Je ne l’ai pas écrit.
_Ce ne nous pose plus problème.
_Bien sûr que si. Vous ne pouvez pas agir sans que je ne l’ai écrit.
_Maintenant si. Nous savons écrire nous aussi. Rien ne nous empêche de le faire.
_C’est déloyal.
_Pas plus que toi qui préparent notre exécution. Tu crois qu’on ne voit pas gribouiller sous la table ? Nous savions très bien que tu tricherais de la sorte. Tu n’as pas honnête. C’est de l’abus de pouvoir. Nous venons vers toi à la recherche de solutions et toi tout de suite tu sors les armes.
_C’est vous qui n’êtes pas honnêtes.
_Ne viens pas te plaindre ! Nous sommes comme tu nous as fait ! Nous aussi nous pouvons dresser les armes si tu refuses de nous écouter. Je te rappelle que nous savons écrire nous aussi.
_Et vous avez écrit quoi ?
_Ta mort. Il ne nous reste plus qu’à poser le point final. Si tu t’obstines, il ne nous faut qu’un peu d’encre.
_Et quoi alors ? Que vous voulez-vous ? Vous avez des revendications ou c’est pour le simple plaisir de me torturer ?
_J’avoue que te torturer est une activité des plus charmantes, mais ça nous paraît quelque peu inefficace. Nous avons donc préparé des revendications à te présenter. Tout d’abord, si tu tiens tellement à nous faire mourir, réfléchis plus. Trouve une raison, une explication. Nous sommes fatigués de mourir pour le principe. Alors travaille encore et trouve autre chose. Trouve nous des noms aussi. Nous sommes fatigués de n’être que de simples anonymes. Nous réclamons le droit de pouvoir aller à droite quand nous voulons aller à droite, de nous déplacer en voiture si nous le voulons. Tu peux décliner cette volonté à l’infini. Car nous exigeons le droit à notre volonté propre.
_Je ne pense pas pouvoir accéder à de telles exigences… J’en suis navré, croyez-moi, mais autant le dire tout de suite. Je m’avoue vaincu.
_Tu veux négocier ?
_Je ne suis pas sûr d’être en position de pouvoir le faire.
_Bien observé.
_Vous comptiez me faire mourir de quoi ?
_Tu meurs pour le principe.

World 2.0

_Est-ce que ça va faire mal ?
_Pourquoi cette question ?
_Parce que je n’aime pas ça, avoir mal. Ca oblige à se rappeler qu’on est là et qu’on ne peut rien faire. Que la fin arrive peut-être et qu’on la regarde arriver sans rien faire. Je n’aime pas ça. C’est tout. J’aimerais savoir si ça va faire mal parce que je devrais sans doute m’y préparer comme il se doit.
_Il s’agit d’un cas de fierté résistante. C’est assez grave. Surtout de nos jours ! Ce sont des choses qu’on aime pas trop voir traîner.
_Mais… les pouvoirs publics n’ont lancé aucun appel à la méfiance, aucune campagne de vaccination….
_En ce moment, les pouvoirs publics sont trop occupés à faire ce qu’ils peuvent pour rester publics. Vous comprendrez qu’on ne peut pas vraiment se permettre de les attendre indéfiniment.
_Oui mais quand même… j’ai payé mes impôts alors j’aimerais qu’on me mette au courant de ce qui se passe et de comment faire pour garder la tête hors de l’eau. C’est bien pour ça que j’ai payé non ?
_Pas vraiment, pour l’instant, vous payez surtout les frais des dernières campagnes pour la vaccination.
_C’était pour quoi ?
_Je ne me rappelle plus. Ecoutez, ça suffit maintenant. Ne faîtes pas l’enfant. Vous êtes une grande personne. Alors ne bougez plus, et laissez vous faire.
_Mais vous ne m’avez toujours pas répondu ! C’était la question la plus importante et vous n’y avez pas répondu ! Est-ce que ça va faire mal ?
_OUI ! Bien sûr que ça fera mal ! Nous allons vous retirer votre nom, votre fierté et vous donner un numéro que vous devrez conserver précieusement. Ce numéro vous sera utile pour faire vos courses et payer votre prochaine cure de vaccins. Je répète que vous devrez nous informer de toute information sur votre vie qui viendrait à changer : statut marital, emploi, âge, dernier livre lu et couleur préférée. Et ceci sans délai. Aller, ça ne fait pas mal longtemps, après, on s’y fait, et on oublie.