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Engluer.

X-RX – Blood on the dancefloor

Sirène silence
pas de réponse
Loin quelque part par là
Une boîte
Ça revient toujours à une boîte
Une boite à boîte
Un stock de boîtes

Sirène silence
pas de réponse.
Repère et griffonnage,
en périphérie de la conscience.
Voiture qui passe
Voiture qui laisse une boîte
Parking et périphérie
Définitivement.

Sirène silence
pas de réponse.
Gratte gratte gratte
Fuir le tictac
Fuir le surplace de l’aiguille.
Tôt ou tard
là en périphérie
coincé au milieu des boîtes
l’immobilité gagne.

Sirène silence
pas de réponse.
Derrière la vitre
une voix deux voix
téléphone et mail
contre slash et arobase.
Derrière la vitre
on gère le parking à boite.

Sirène silence
pas de réponse.
Connexion impossible
Signalement immédiat
Télécommande et boîte de clés
Et toujours en décalage.

Sirène silence
pas de réponse.
Registre absent
signature instable
colonne ligne abstraction procédure
Coups sur la vitre
Doigt dans le vide
Erreur dans la procédure
Encore.

Sirène silence
pas de réponse.
Quand même un sourire des fois
dissimuler un soupir souvent
Température monte
Larme intégrante
Pendule récalcitrante.

Sirène silence
pas de réponse
pas de réponse
silence
silence
sirène
En boucle au milieu du vide
en périphérie des boîtes

4h26 At last we meet again

Il faudrait te raconter, encore et encore. Et moi je joue les équilibristes.
Voir le vide dévaler ta conscience.
Voir le vide avaler la mienne.
Quand il n’y a rien à dire mais qu’il faut le dire quand même, combien de soupirs pour paraître sincères ?

La nuit j’entends les plantes carnivores grandir
Dis moi pourquoi les gens ont peur du noir quand les monstres sont cachés dans le silence ?

Le poids est insoutenable et me dévisse l’épaule
Mes bras sont perdus, mes jambes ne réagissent pas, mes paupières n’obéissent plus.
Le poids de plus en plus. Les minutes défilent mais moi pas.
Le temps s’amenuise et moi avec.
Les minutes s’égrainent et moi avec.
Je me dilue à chaque seconde, toujours le sourire aux lèvres.
Souris putain saloperie.

Encore l’équilibre à trouver.
Entre les mots et les silences
Entre le déni et la conscience
Entre l’un et l’autre
Et encore il faudrait te raconter
Ce n’est plus l’histoire qui t’importe
Simplement que je sois là pour raconter.
Je n’écoute plus les mots qui sortent de ma bouche depuis longtemps.
Ce ne sont plus les miens quand je raconte à la commande.

La nuit j’entends les plantes carnivores grandir.
Souris saloperie souris

Et pourtant je raconte encore.
Parce qu’il te faut une histoire
Il te faut quelqu’un pour te raconter
Surtout
C’est ça l’importance
Quelqu’un pour prononcer les mots
Quelqu’un pour te les dire

Et pourtant je raconte encore.
Mon existence en corrélation au nombre de mots proférés
Ma grammaire un peu plus abîmée à chaque bosse
J’ai laissé tomber les cutters pour m’amocher directement la syntaxe.
Pas de corps symbolique qu’ils ont dit
Ils se sont trompés
Il n’y a plus de corps qui soit mien depuis longtemps.
Les mots c’est une question de vie ou de mort.
Dernier recours
Dernier fil auquel se tenir

La nuit j’entends grandir les plantes carnivores
Dis moi pourquoi les gens ont peur du noir ?

Je raconte encore
Nos histoires se croisent
se heurtent
se combinent
se meurtrissent
se fissurent
et se mélangent.
Trop de reflets qui n’ont plus de point de départ
D’échos déformés par l’espace temps.

Je raconte encore
Mais je ne sais plus pour qui.
Qui de toi ou de moi en a le plus besoin ?

Je raconte encore
parce que je ne sais rien faire d’autre

Je raconte encore
j’entretiens ma propre illusion
ma propre machination

Je raconte encore
et mêle ton fil au mien

Je raconte encore
quand c’est tout ce qui reste
même sans affinité

Je raconte encore
pour te sortir de ma carcasse
toi et tous les autres
parce qu’il n’y a plus ni corps ni mots qui m’appartiennent
je raconte encore

Je raconte encore et toujours
jusqu’à l’épuisement
jusqu’au point final

Je raconte encore
parce qu’un jour c’est tout ce qu’il restera
parce que peut-être déjà c’est tout ce qu’il reste

Le seul problème
c’est que même si tu n’écoutes que d’une oreille pour vérifier que quelqu’un raconte
je ne sais plus quoi te raconter.
Et je ne trouve plus d’histoire à laquelle me raccrocher.
Plus aucune de mes comptines
n’a le moindre effet sur ma conscience vrillée.

La nuit les plantes carnivores grandissent.
Qu’on les entende ou pas. 
Mais souris saloperie, souris. 

Un matin à la laverie

Rise Against – Ready to fall

Ce matin à la laverie j’ai enfin compris.
Ce matin à la laverie j’ai compris pourquoi certains en arrivaient à tirer dans le tas.
Au hasard. Sans revendication autre que celle de tuer.

C’est marrant comme ça m’a frappé d’un seul coup. La violence de l’inanité. De l’insoluble inanité. Interminable inanité. Tellement tellement, tellement tout le temps. C’est devenu évident. Genre clair comme de l’eau de roche et autre commodité littéraire d’usage. Enfin marrant… Faut une sacrée dose d’humour noir, je te l’accorde. C’est juste… tu vois comme on cherche des réponses dans toutes les impasses possibles et imaginables alors que la réponse était juste là. À attendre qu’on arrête de se voiler la face. Ce matin à la laverie j’ai compris pourquoi certains en arrivent à tirer dans le tas.

I’m standing on the rooftop

Ce matin à la laverie c’est donc devenu aussi évident qu’une introspection minimaliste.
Ce matin à la laverie j’ai calculé. Je travaille 7 jours sur 7. Je n’ai plus de vacances depuis des années, seulement des arrêts maladie quand le corps ne suit plus et monte à 40° de fièvre pour le plaisir de me voir redescendre. Tout ça pour rester bien sagement bien gentiment sous le seuil de pauvreté.
Ce matin à la laverie j’ai ri quand j’ai ajouté au bilan qu’en prime il fallait aussi que je passe mon temps libre à la laverie, donc.
Et ce matin la laverie c’était la sortie culturelle de la semaine. Tous les parents leurs paires de chiards à la main à attendre que les machines tournent alors que si les gosses ne savent pas faire une chose c’est attendre.

I think I’m at the edge now

Ce matin à la laverie entre les hurlements parce que « c’est moi qui met la pièce la lessive », les coups de pieds dans les hanches, le mec qui lorgne sur mes seins par dessus son tel, c’est devenu évident. La rage sourde et bouillonnante dans le fond des veines. Les larmes qui attendent patiemment de pouvoir se cacher derrière les lunettes de soleil. Les mains qui tremblent sur les pages du manga. Les yeux qui ont du mal à suivre la logique des cases. Vraiment, c’était évident. À ne pas comprendre pourquoi on continue de demander pourquoi.

I’m standing on the rooftop
Ready to fall
I think I’m at the edge now
But I could be wrong

Parce que ce matin à la laverie, moi et mon épuisement, les parents sans nulle part où mettre les gamins, alors sans doute les parents et leur épuisement, l’autre du même âge que moi qui remet son manteau pour éviter le regard de l’homme, et la petite vieille qui n’arrive même plus à faire sa lessive toute seule. Putain c’était tellement évident.

Now I’m standing on the rooftop
Ready to fall

Ce matin à la laverie c’est devenu tellement évident. L’épuisement chronique. Et surtout surtout comment on est tous gavés de haine jusqu’au fond de la gorge. Ça proteste pour les oies à Noël et ça oublie qu’on en a tous plein la gueule de cette haine. Haine de l’autre du monde de nous-même du système. Et c’est presque de l’art comment elle survit cette haine tu vois. Comment elle se nourrit de nous et comment on la nourrit on l’entretient on la polie on la vernit. Comment on fait en sorte que chacun se déteste soi-même un peu plus pour qu’on accepte toutes les humiliations qu’on ira consoler à grands coups d’achats divers. Et on a beau le savoir ça marche quand même. De l’art je te dis. Sauf que les canards les oies on finit par les égorger quand vient l’heure. Alors que toi moi les parents à la laverie et le mec et son regard vitreux et la petite vieille et les gosses qui courent et la nana planquée dans son manteau, va falloir qu’on fasse avec. Tous les jours. Avec cette haine de nous et nos vies. Avec le gavage interminable.

I think I’m at the edge now
But I could be wrong
I’m standing on the rooftop
Ready to fall
Ready to fall

Tu sais comme on aime bien dire que chaque personne a son prix ? Moi j’ai toujours dit que chaque personne avait une date de péremption. Si t’as de la chance ça correspond à peu de choses près à la date de ta mort. Si t’en n’as pas c’est l’avenir à garder les yeux dans le vide, ou pire, les yeux dans les souvenirs à ressasser des pourquoi et des si.

I’m standing on the rooftop
I’m standing on the rooftop

Alors ce matin à la laverie c’était tellement évident. Parce que putain il faut bien en faire quelque chose de toute cette haine non ? Sinon elle finit par te pourrir. On nous fout tellement dans la tête que c’est chasser ou être chassé, alors forcément à un moment t’ouvres le feu. La haine c’est terrible parce que ça marche. Et t’as beau le savoir, tôt ou tard ça finit par marcher. On pourrait vomir mais ça ne règle pas le problème. Pour vomir il a bien fallu avaler.

Ready to fall
Ready to fall

Alors ce matin à la laverie et toute cette haine et cette fatigue et cette lassitude bien pourries dans ma gorge j’ai compris pourquoi les gens en arrivent à tirer dans le tas et je me suis roulée en boule dans le coin entre les machines à laver et les sèche-linges.

READY TO FALL

Ce matin après la laverie à attendre le bus, je me suis demandée si c’était possible de terminer autrement qu’en foi gras sur la grande table d’un système sans pourquoi ni comment. D’habitude tu vois j’y arrive. J’écris, je raconte des histoires, je crée quelque chose. D’habitude tu vois mon cynisme c’est plus une blague qu’un réflexe de survie. Mais là j’ai plus que ça sur la peau pour ne pas tout lâcher. Peut-être c’est juste le blues annuel, la violence du mois de mars dans ma gueule.

But I could be wrong…
READY TO FALL

Ce matin après la laverie j’ai été terrifiée par l’idée de ne plus avoir de mot. C’est tellement de plus en plus une torture d’ouvrir la bouche pour parler, que quand le dimanche soir arrive je peux déjà plus respirer rien qu’à compter le nombre de cours qu’il va falloir assurer. Tous ses bouts de verre dans ma bouche, tous ses tessons de bouteilles coincés dans ma gorge, tous ses débris dans la langue qu’il faudrait cracher. Alors tu vois je me suis demandé si cette fois-ci j’allais vraiment arriver à créer quelque chose plutôt que de laisser cette foutue haine tout détruire.

And if you see me 
Please just walk on by
Walk on by
Forget my name
And I’ll forget it too

Parce que ce matin à la laverie j’ai compris pourquoi certains tirent dans le tas. Et c’est tellement clair et évident que s’en était presque tentant. Tout le monde fait semblant de se demander pourquoi les gens font ça alors qu’en vrai c’est tellement évident. Tout le monde a une date de péremption. Il suffit juste d’attendre.

Ready to fall
Ready to fall
Ready to fall

Du coup ce matin en rentrant de la laverie je me suis demandée quels mots j’allais pouvoir trouver pour raconter ça, pour nommer ça. Quelle histoire j’arriverais à mettre en place pour raconter ces instants de désespoir dans le fond des laveries des bus ? Combien de mots quand tout le monde tôt ou tard se retrouve face au mur avec cette haine bouillonnante dans les veines et la gorge, à se dire qu’après tout, le monde l’aura bien cherché, qu’une fois gavé de haine, il faut bien la rendre, en faire quelque chose.

Now I’m standing on the rooftop

J’aurais bien aimé en rentrant de la laverie trouver une fin heureuse à raconter. Un truc pour dire qu’on va survivre et que ça ira. Que la haine c’est plus facile certes mais pas inextricable. J’aurais voulu pouvoir me prouver que cette fois encore, j’arriverais à me saisir de toute cette haine pour en faire quelque chose d’autre. Mais tu vois, en rentrant de la laverie, j’avais juste le temps de jeter le sac de linge sur le lit, chauffer un reste de riz et partir bosser. Encore. Et parce que j’avais fini par comprendre pourquoi certains tirent dans le tas, je me suis demandé encore combien de temps avant ma date de péremption, combien de temps avant que je tire dans le tas.

I think I’m at the edge 
But I could be wrong

Now I’m standing on the rooftop
Ready to fall


Citation additionnelle : Rise Against – Drones

Je ne suis pas sensée avoir le temps d’écrire. Du coup je fais que ça. Comme d’hab. Comme vous pouvez le constater. Dans les bonnes nouvelles : depuis la semaine dernière j’ai enfin trouvé quelqu’un qui vendrait de la glace. YOUHOU. Le bonheur c’est simple comme un cornet pistache – caramel beurre salé. On se retrouve sur Facebook et twitter où promis dès que j’ai deux neurones qui font de la lumière j’essaie de partager du plus positif.

We Are Not Dying – Le futur est un présent continu

Wardruna – NaudiR

Les mots en tesson de verre
bien calés dans le fond de la gorge
j’ai mal à la parole.

La première personne du singulier
crisse sous les dents
la deuxième hurle
quand la troisième s’embrouille
Alors au pluriel la première abandonne
devant la deuxième absentéiste
et une troisième fracturée.

Tu sais quand ils parlent les langues de feu
quand tu rampes dans les silences
quand tu dissous inutiles
virgule après virgule
Quand ils parlent les langues de feu
tu recules toujours un peu plus.

J’ai mal à la parole
aux mots fracassés
aux tessons qui s’accumulent
et éventrent toujours un peu plus
le continuum dialectal

Tu sais quand ils parlent les langues de feu
que tu peux crever en silence.
Ta bouche aura fondu bien avant le premier complément.

Première personne du singulier
aux abonnés absents
Deuxième
pour les hurlements du miroir
Troisième
pour les cauchemars et la solitude

Do you know die Feuersprachen ?

Et toi seul dans ta langue de goudron
au palais pétrifié
aux oreilles mortifiées
immobile.
Toi dans ta langue de goudron
seul
silence et salissure
Dans ta langue de goudron
profondément englué
quand ils parlent des langues de feu.

Ich werde jede Nacht sterben.
Again and again
Over and over
Let me out
Mach mich aus

Première personne du pluriel
embrouillée jusqu’à la racine
Deuxième
en approche de définition
Troisième
en description fracturée

Et toujours dans ma bouche le verre découpe
tranche
cisaille
incise
toujours plus fissurés
des morceaux entiers de réel.

Tu sais les langues de feu
quand tu ne parles que langue de goudron
et ta bouche qui fond
et tes dents qui craquent
et ta tête qui roule
et ta langue qui enfle
quand ils parlent les langues de feu

Du wirst jede Nacht sterben,
wenn sie die Feuersprachen sprechen.
Kannst du nicht verstehen ?
And there is no way out.
Die Feuersprachen have already digged a hole in your head.

Putain pourquoi
seul dans ta langue de goudron
la bouche fondu
et la face calcinée
pourquoi
seul dans ta langue de goudron
quand ils parlent les langues de feu

Première personne du singulier
déracinée
Deuxième
intouchable
Troisième
inappropriate
Première personne du pluriel
inconciliable
Deuxième
effrayante
Troisième
indénombrable

Ich sterbe jede Nacht
J’ai mal à la parole
Dying again at dawn is no life

Putain tu les connais les langues de feu
quand dans ta langue de goudron
seul résonne le silence
alors en entier le silence à avaler

Dans ta langue de goudron
les bris de vers les uns après les autres
Dans ta langue de goudron
le silence à chaque voyelle
Dans ta langue de goudron
les non-dits dans chaque virgule
dans chaque mot
dans chaque lettre
dans chaque dits
dans chaque silence
Ta langue de goudron
comme un non-dit perpétuel
un silence avorté

Quand ils parlent des langues de feu…


Quand tu donnes 9h de cours (2h analyse de spectacle – 7h anglais en cours particulier dont 3 de conversation) entre 8h30 et 20h30 sans avoir mangé, ça donne de drôles de courts-circuits dans le cerveau. J’ai passé l’après-midi à rêver d’une énorme glace, mais sous-prétexte qu’on est (était ?) au mois de février, y avait personne pour en vendre. Le monde va mal messieurs dames. Étrangement, dans les bribes de mots ramassés dans le brouillard de mon cerveau au fil de la journée, il n’est fait nulle mention de cette brûlante envie de crème glacée. Les mots ont de drôle de priorités parfois.On se retrouve sur Facebook et twitter pour ceux que ça amuse. Je retourne bosser… (ou pas.)

What the hell am I doing here ?

Je sais plus quoi lui dire tu sais.

C’était ma mission. Ça a toujours été ma mission. De nous toutes, je devais nous ramener à la maison. Toujours. Et j’ai toujours réussi tu sais. Même bourrée à gerber, même avec des chevilles ayant triplé de volume, même perdue au milieu de ville hostile sans GPS, même en panne d’essence ou avec un pneu crevé et qu’il fallait traîner la mobylette sur deux kilomètres. Je nous ai toujours ramené à la maison. Même quand elle s’écroulait sur un coin de trottoir parce qu’il y avait trop de larmes pour marcher droit. Même quand le monde s’écroulait sur nous, que le sol se dévidait, que nos os se brisaient jusque dans nos tympans, que les murs toujours avaient plus d’yeux pour nous surveiller, que les monstres ne prenaient plus la peine de cacher leur sourire carnassier. Je nous ai toujours ramené à la maison. Même quand il fallait ramener des potes encore plus bourrés, ou qu’il fallait se battre pour eux parce qu’ils s’étaient foutu dans la merde. Même quand on n’avait plus envie de rentrer.

Envers et contre tout
je nous ai toujours ramené à la maison
Envers et contre tous
je l’ai toujours ramenée à la maison

Mais maintenant je ne sais plus quoi lui dire. Il n’y a plus d’endroits où la ramener. Il n’y a que des abris trop temporaires pour vraiment stopper l’angoisse. Comment savoir où les monstres se cachent quand d’une nuit à l’autre il faut tout recommencer ? Tu sais elle a les larmes au bord des cils tout le temps maintenant. Elle sourit, vieille habitude. En vrai, je ne sais plus où la ramener. Quand elle choisit de descendre trois stations plus tôt pour « prendre l’air », je sais qu’elle cherche où rentrer dans la marche. Je guide ses pas, je l’oblige à rentrer à l’abris, même si c’est juste une nuit ou deux. Je la force à ne pas regarder les monstres trop longtemps dans les yeux. Plus de maison, plus d’endroit où les confiner. Elle doit vivre avec continuellement maintenant. C’est lourd à porter un monstre. C’est lourd à vivre. Les frontières s’amenuisent et disparaissent quand on a rien à quoi les accrocher.

Je lui répète à longueur de journée que ça va aller. Que c’est bientôt fini. Je tiens les comptes pour elle. Je fais des listes. J’essaie de prévoir. Mais le temps se délite sous nos doigts. Pas de point fixe pour accrocher une horloge. Je lui que ça va aller, encore. Qu’elle peut le faire. Qu’on va finir par rentrer, c’est juste que cette fois, la route est un peu longue. Un peu trop longue. Mais il faut bien qu’elle aille quelque part.

Forcément, elle doit le sentir que j’y crois de moins en moins. Que je m’essouffle et fatigue.Et bientôt, je n’aurai plus la force de nous protéger des monstres qui voyagent sur nos épaules. J’accélère, je ramasse les porte-bonheurs, les éclats colorés. Il faudrait tenir, encore un peu. Le temps d’arriver au bout de la route. Le temps de la ramener à la maison qui doit bien exister quelque part. Je ne sais pas combien de temps encore j’ai devant moi avant l’extinction du compte à rebours. Il faut espérer que je tienne jusqu’à la maison, car déjà les monstres ont les dents enfoncées dans ses épaules.

Je ne sais plus quoi lui dire tu sais.
Et elle le sait.

I’m a fake with blood on my hands…

The year of wandering [English translation]

Zywiolak – Psychoteka

More light, less tunnel
And how many tears in you coffe ?

To me, the future is nothing but steam on my glasses. A blurry stuff hiding my sight. If I take off my glasses to clean them, my sight gets terrible in a second. I can’t see well anymore, can’t see far, can’t see in details. My eyes get tired quicker, they blow up and my blood pressure climbs up to the migraine. If I keep my glasses cloudy, the world totally disappears. My face gets twisted in a grimace to find the right angle, the single little space where my sight can go through. The world is grey, I can only imagine things.
The future is nothing but steam on my glasses, it makes the world blurry. I can’t do as if it didn’t exist, deny its existence, block it out of my life. The operation is too hazardous. I can’t try to break the blurry. I’m stuck with glasses with no horizon. Like when you open the hoven without thinking of the heat getting out, the future hit me right in the face and here I am, blind in the middle of the kitchen, making crappy metaphor just so I can root out the evil.

More light, less tunnel
And how many tears in your coke ?

So here I am, in the kitchen, I’m making crappy metaphors and plan to go to the moon. Once again. Once more, once again holding on to dreams. The skin is burnt, everything is painful. The eyes are too blown, too swollen and I keep teling myself it’s gonna be ok. Because there is no other choice, it will have to be ok soon. The tunnels get longer and the claustrophobia is crawling on every walls. Anyway. Still. So, stille here, in the kitchen, my glasses full of future, or steam, or both, making lists. Vainly trying to prioritize. I make Freudian slip that can’t even work in English, and I’m crying again  because fucking translation is fucking impossible. I’m lost in translation. The body never forgets, the blood vibrates and the going back to the worst starts looking ok. The future is nothing but steam on my glasses, a blinker hiding the best when all my plans are collapsing.
So here in the kitchen, foggy glasses, my hands full of crappy metaphors and Freudian slip, I try to forget the worse. I pray for those hands, so full of bloody mess, keep finding the strength to hold on. To the slightest branch next to the precipice, the singlest hand that shows up, the slippery edge of the pool. Now, when I write a letter, the sender lives in the « Sadness Swamp » et the recipient is only a hypothesis. The converstion can go on for years…

More light less tunnel
And how many tears in your chocolate ?

In the Sadness Swamp, the time gets stuck and the future smells like rot. Like a dead end at the end of the tunnel. Or maybe it’s just my eyes that are not used to it anymore, they can’t tell the difference. They’re getting armed until the end of the eyelids. I twist my hands, looking for a way out. The hands get mixed up, tearing each other apart. Go, leave me here, but where do you go ? I’m still in the kitchen with my glasses full of a future which does not make sense. I hope that one day will come when my tears will get tired. Easy, if I stop drinking, my body will flirt with deshydration if it keeps crying with no warming. It’s not dumb enough to commit suicide isn’t it ? Just to be sure, I fill the bottle of water one more time. Still blind, I miss the tap. In the Sadness Swamp the dampness is mistress.
Still blind and bail out the kitchen. So now, the future is not only blurry, but also wet, and there is no way to find better metaphor in it. As if the words lost their color and shape in so much water. There is nothing about that in the dictionnary. Some word can’t handle more than 30° anxiety, others can’t go in the dryer without getting out of it covered in anger. A washing machine for love and a bleach for feelings… In the Sadness Swamp we recycle every word until it dies. You know, it’s all we have.

More light, less tunnel
And how many tears on your floor ?

In the Sadness Swamp, the future is nothing but steam on my glasses. I don’t know what to tell my mother anymore when she calls. Through the steam, I’m doing my best to stop the kitchen flooding. It’s going to be ok, sooner or later, it’s going to be ok. You just need to keep fighting. Just a litte bit. Just an effort. And it’s going to work. Soon the water will evaporate. Through my glasses the horizon will be seen again. Just have to wait a little bit more. Feet in the water, keep telling it’s going to be ok. Sooner or later, there will be light at the end of the tunnel. Hoping I will find out before the flooding…

L’année de l’errance.

Zywiolak – Psychoteka

Plus de lumière, moins de tunnel.
Et combien de larmes dans ton café ?

Pour moi, l’avenir c’est rien d’autre que de la buée sur mes lunettes. Un truc flou qui bouche la vue. Si j’enlève mes lunettes pour essuyer mes verres, ma vue se trouble aussitôt. Je vois moins bien, moins loin, moins précisément. Mes yeux se fatiguent plus vite, ils gonflent et sous l’effort ma tension monte jusqu’à la migraine ophtalmique. Si je garde mes verres embués, le monde disparaît totalement. Mon visage se tord en grimace pour trouver l’angle parfait, le tout petit espace où mon regard pourra percer. La vue est grise, je devine les choses.
L’avenir c’est de la buée sur mes lunettes. Il rend le monde flou. Je ne peux pas faire comme s’il n’existait, refuser son existence, la rayer complètement de ma vue. La manœuvre est trop risquée. Je ne peux pas essayer de percer le flou. Je suis bloquée, coincée avec des lunettes qui n’ont plus d’horizon. Un peu comme quand j’ouvre le four sans avoir fait attention à la buée qui s’échappe, j’ai pris l’avenir en pleine gueule et me voilà aveugle en plein milieu de la cuisine de la vie à faire des métaphores médiocres dans le seul but de crever l’abcès.

Plus de lumière, moins de tunnel
Et combien de larmes dans ton coca ?

Donc je suis là, dans la cuisine, je fais des métaphores foireuses et des plans sur la comète. Un énième. Encore un, encore un peu s’accrocher à des fumerolles. La peau est vif, tout est douloureux. Les yeux trop gonflés, trop bouffis, à se répéter que ça va aller. Parce qu’il va bien falloir que ça aille à un moment. Les tunnels s’allongent et la claustrophobie se fait rampante. Mais quand même. Mais encore. Donc, toujours là, dans la cuisine, les lunettes pleines d’avenir, ou de buée, ou les deux, à faire des listes. Tenter vainement de prioriser. Je fais des lapsus affreusement révélateur. Deux lignes après, constater avoir écrit « veinement », passer deux minutes à chercher l’erreur. Le corps n’oublie pas, le sang vibre, le retour au pire redevient envisageable. L’avenir c’est de la buée sur mes lunettes, des œillères au meilleur quand tous les plans s’écroulent les uns après les autres.
Donc là dans la cuisine, lunettes embuées, métaphores foireuses et lapsus révélateurs plein les mains, j’essaie de mettre de côté le pire. Je prie pour que ces mains, tellement pleines de bordel, continuent de trouver la force de s’agripper. La moindre branche au bord sur précipice, la moindre main qui se tend, le rebord de la piscine. Maintenant quand j’écris une lettre, l’expéditeur habite « Marais de la Tristesse » et le destinataire n’est plus qu’une hypothèse. La conversation s’éternise…

Plus de lumière, moins de tunnel
Et combien de larmes dans ton chocolat ?

Au Marais de la Tristesse, le temps s’enlise et l’avenir a une odeur de moisi. Comme une impasse à la fin du tunnel. Ou alors c’est juste mes yeux qui n’ont plus l’habitude, ils ne font plus la différence. Ça se blinde jusqu’au bout des paupières, ça se tord les mains ça cherche son chemin. Les mains s’embrouillent, s’arrachent se déchirent. Allez y sans moi, mais aller où ? Je suis toujours dans la cuisine avec les lunettes pleines d’un avenir qui ne claircit pas. Je me dis qu’à un moment les larmes vont fatiguer. Facile, si j’arrête de boire, mon corps va frôler la déshydratation à pleurer comme ça sans préavis. Et il va quand même pas tenter de se suicider sans moi ce con ? Dans le doute, quand même, je remplis la bouteille d’eau encore un coup. En aveugle, je rate le robinet et inonde la cuisine. Au Marais de la Tristesse, l’humidité est maîtresse.
Alors toujours en aveugle écoper la cuisine. Donc maintenant, en plus d’être flou, l’avenir est humide, et pas moyen d’y trouver une métaphore de meilleure qualité. Comme si les mots s’étaient délavés gondolés à force d’autant d’eau. Ils te le disent pas ça, dans les dictionnaires, si le mot il peut résister à l’eau ou pas. Il y a des mots qui ne supportent pas l’angoisse à plus de 30°, d’autre qui ne peuvent pas passer au sèche-linge sous peine d’en ressortir couvert de rancoeur. L’amour à la machine et autre javel des sentiments. Au Marais de la Tristesse on recycle le moindre mot jusqu’à plus soif. Tu sais c’est tout ce qu’on a.

Plus de lumières, moins de tunnel
Et combien de larmes sur ton carrelage ?

Au Marais de la Tristesse, l’avenir c’est de la buée sur mes lunettes. Je sais plus quoi dire à ma mère quand elle appelle. Au travers de la buée, je jugule tant bien que mal l’inondation de la cuisine. Ça va aller, ça va finir par aller. Faut juste continuer de se battre. Encore un peu. Encore un effort. Et ça va marcher. À un moment l’eau va s’évaporer. À travers mes lunettes l’horizon sera à nouveau accessible. Faut juste attendre encore un peu. Les pieds dans l’eau, se répéter que ça va aller. À un moment, il y aura forcément de la lumière au bout du tunnel. En espérant la trouver avant l’inondation…