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Le client est roi ou la tragique histoire de Bouton d’Or…

Qu’ouïs-je ? Qu’entends-je ? Cet article aurait déjà plus d’une semaine de retard ? Diantre, mais c’est terrible Sans doute qu’il était caché derrière les oeufs. Ou bien que j’avais des dossiers administratifs multicolores nécessitant donc la prise simultanée de cocaïne et de LSD. Ou encore que j’étais d’ores et déjà en train de chercher à nouveau du travail à peine rentrée dans mon fief rennais. Ou alors peut-être que je buvais des bières en terrasse. Ou que je rempotais Rambo qui a profité de ses vacances pour pousser, ainsi qu’une forêt de patates sauvages qui squattait mon placard de cuisine. Ou bien finalement un peu tout ça à la fois… Mais toujours est-il que je ne pouvais pas vous laisser sans faire un bilan de cette saison ! Le genre de bilan qui redonne foi en l’humanité et qui fait du bien et qui donne le sourire et qui donne envie de croire que nous ne sommes pas le cancer de cette planète ! Et bien Lecteur, je suis désolée, mais il y avait rupture de stock de ce type de bilan. Du coup, bah j’ai fait comme j’ai pu, j’ai pris la marque en dessous, tu sais, celle tout en bas du rayon, ou en tout en haut…Selon les usines, ça a exactement le même goût. Alors lecteur, es-tu prêt pour un bilan de l’humanité à la qualité lidl ? Non ? C’est balo.

Quand la fin de saison a été tellement intense que je mets un moment à récupérer un rythme de vie...

Quand la fin de saison a été tellement intense que je mets un moment à récupérer un rythme de vie… « Je suis allé jusqu’au boulot et puis je me suis souvenu… qu’on était samedi. »

Et je me rends compte que je n’ai pas dit un mot de ces clients qui en sont pas nécessairement méchants, juste maladroits… Ces clients qui savent que tu es en train de bosser à autre chose et qui aimerait te poser une question, tout en te faisant savoir qu’ils savent qu’ils te dérangent mais qu’ils veulent juste une info vite fait et puis après ils s’en retournent vers d’autres aventures… Ces clients ils sont rigolos parce que du coup, ils ont des façons originales d’entrer en contact avec toi. Des gens à peu près aussi doués socialement que je le suis.

« Bonjour, vous travaillez là ? »
Non non. J’ai un polo bleu avec écrit en gros lidl et je passe la serpillière, mais non, je ne travaille pas là. C’est juste mon kiff de passer la serpillière chez lidl dans un polo bleu moche qui gratte et qui pue. Y a des gens ils font du macramé, ou du coloriage pour se détendre, moi je passe la serpillière dans une grande surface. Ça me détend.

« Je vous dérange là ? »
Non non. Je suis en équilibre sur des pots de nutella avec des cartons de pots de confiture à bout de bras au-dessus de la tête. Moi je dis que c’est le moment parfait pour qu’on tape la causette. Dîtes moi tout. Quels sont vos rêves ? Vos peurs ? Plutôt slip ou caleçon ? Ça vous dérange si je me vautre comme une merde ?

« Je vois bien que vous êtes occupée, mais vous pouvez m’attraper ça ? »
Euh oui
« et ça ? »
oui…
« et ça »
dis donc tu veux pas que je fasse tes courses non plus !

Il y a aussi ce paradoxe incroyable qui entoure la personne mystérieuse qu’est la caissière… Parce que la caissière, tout le monde le sait, c’est un être un peu con, un être qui a raté sa vie et a donc a atterri dans le rebut de l’humanité, à peine humaine, la caissière a besoin qu’on lui explique tout lentement, qu’on lui répète et qu’on lui explique étape par étape. C’est important. La caissière, c’est l’autre. Il est donc essentiel de bien maintenir cette différence. Un peu comme on continue à dire « migrant » plutôt que « réfugié d’une guerre qu’on a nous même armé » ou bien « gens qui n’ont rien demandé à personne mais ont vu leur vie réduite en cendres en 30 secondes ». Ne surtout pas se rappeler que la caissière est une vraie personne. MAIS des fois, parce que c’est arrangeant, on prête à la caissière des pouvoirs quasi-surnaturels, une intelligence de prix nobel, et une connaissance du monde à faire pâlir les plus grandes bibliothèques du monde. On peut aller demander à la caissière mille et une choses… et être surpris qu’elle ne sache pas répondre.

« Dîtes le [insérez nom de vin de votre choix] c’est un vin plutôt amer non ?
_Aucune idée madame..
_Ha, parce que j’aime plutôt les vins doux, alors qu’est-ce que vous pouvez me conseiller ?
_Aucune idée madame…
_Comment ça ? Vous travaillez pourtant bien ici !
_Certes, mais je ne suis pas oenologue. D’ailleurs, je déteste le vin. Je les trouve tous dégueulasse pareil. À part qu’il y a des dégueulasses rouges et des dégueulasses blancs. Mais au goût c’est pareil. Je crois qu’il y a une très bonne cave à [nom de ville pas loin], ils sauront parfaitement vous conseiller par contre »

Car bien entendu, mes compétences en oenologies avaient été au centre de mon  entretient de recrutement…

« Vous connaissez une boîte de nuit dans le coin ?
_Non.
_Bah quand même ! Vous êtes jeunes pourtant.
_Oui, mais j’aime pas les boîtes de nuit. Y en a. Mais je sais pas où.
_Faut sortir voyons ! Regardez, nous on est jeune, on sort ! Jolie comme vous êtes !
_Je sors. J’aime pas les boîtes de nuit. J’aime pas danser. J’aime pas que vous me parliez comme ça. Au revoir bonne journée. »

Des fois, la caissière aussi est une marchandise.

Quand avec les collègues on fatigue et qu'on se dit qu'il va être urgent d'aller boire un verre

Quand avec les collègues on fatigue et qu’on se dit qu’il va être urgent d’aller boire un verre « Monte ! Je te conduis à ton verre »

Mais je suis mauvaise. Car grâce aux clients, j’ai aussi appris plein de choses. Par exemple, j’ai appris à quoi ressemblait l’alcoolisme !

« Excusez-moi, vous n’avez plus que ça en rosé ?
_Ha non, regardez j’ai tout ça encore. Vous avez largement le choix.
_Non mais en cubis.
_Ha ! [vérifie sa palette] Non en effet désolée… C’est ma dernière palette et je n »ai pas d’autres cubis de rosé dessus.
_Parce que du coup, j’ai été obligé de prendre un cubis de rosé pamplemousse et j’aime pas ça !
_Euh… mais en bouteille on a plein d’autres choses vous savez…
_Non je veux en cubis !
_Et bien en cubis je n’ai rien d’autre…
_Tant pis, j’aime pas le rosé pamplemousse mais bon »

Donc que je récapitule… l’élément essentiel, c’était que le vin soit en cubis ? Qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse ? Un truc du genre ? Donc, tu préfères boire un truc que t’aimes pas, mais le boire en quantité ? Je ne suis pas spécialiste en addictologie, mais je me dis que quand on en arrive à prendre en quantité un vin qu’on sait dégueulasse alors que d’autres options étaient largement ouvertes (ne rien prendre, plusieurs bouteilles d’un autre, prendre une bouteille d’un autre pour patienter et revenir plus tard, prendre un cubis de rouge ou de blanc), je ne sais pas, mais pour moi ça commencer sérieusement à ressembler à de l’addiction…

Et j’ai appris plein d’autres choses ! Par exemple, que certains mots avaient changé de sens. Ainsi, saviez-vous (bordel, j’ai failli écrire « sachiez-vous »…) que le mot « amabilité » avait changé de sens de telle sorte qu’il était devenu un synonyme de « serviabilité », voire même de « servitude ».
Alors que j’étais seule en caisse parce qu’il n’était que 8h40 (soit dix minutes après l’ouverture, pour rappel), le client qui faisait suite à celle que j’étais en train d’encaisser m’apostrophe, alors même que je n’ai même pas fini d’enregistrer les articles de la dame.

« Je voudrais un autre sac.
_Ils sont sous la caisse monsieur.
_Y en a plus à votre caisse.
_[contorsion façon tour d’horizon] Vous en avez aux autres caisses monsieur. Je ferai en sorte d’en remettre à la mienne dès que possible… »

Et je retourne à ma cliente pour finir de m’occuper d’elle. Le vieux ne bouge pas, puis finit par grommeler et s’en va chercher un sac à la caisse juste derrière moi. J’en termine avec la dame et commence à l’enregistrer. Quand d’un coup :

« Vous pourriez être aimable quand même ! Vous auriez pu aller le chercher le sac ! »

Et ça tombe bien, parce que toi aussi tu pouvais aller le chercher. Même que techniquement, tu avais beaucoup plus les moyens de le faire que moi, puisque tu n’avais rien de mieux à faire qu’attendre et tes courses, alors que je travaille et que ce n’est même pas ton tour… Qui plus est, si t’as vraiment la flemme, y a lecler et super U qui proposent des services drive, t’auras même pas à t’emmerder à le remplir le sac. D’un côté je n’ai pas le droit de dire tout ça, de l’autre, j’en ai marre de me faire agresser pour un oui pour un non, et je ne pense pas être en tort, et moi aussi j’aimerais un peu de respect. Alors finalement…

« De la même façon, vous auriez pu me dire bonjour. Comme ça on est quitte.
_Je vous ai dit bonjour !
_Non mais c’est pas grave monsieur, je vous souhaite quand même une bonne journée. »

PARCE QUE C’EST ÇA L’AMABILITÉ MA GUEULE !

Quand la défense des clients pour être des connards c'est que d'autres font pire...

Quand la défense des clients pour être des connards c’est que d’autres font pire… « Oh calme toi, t’en fais trop. T’as fait bien pire ! »

D’ailleurs, certains clients sont teeeeeeellement aimables qu’ils viennent nous apprendre notre boulot ! Rappelez vous, la caissière est un peu conne, alors des fois, il est de bon ton de lui réexpliquer comment elle doit faire pour encaisser des articles.

« Faut que vous retiriez votre carte.
_Mais j’ai pas fait mon code !
_Vous avez mis votre carte trop tôt. Si vous ne me dîtes pas que vous payez par carte, je ne peux pas dire à la machine que vous payez par carte
_Et alors ? On est à une caisse carte bleue uniquement !
_…. Non. C’est une caisse normale… et même si c’était carte bleue uniquement, faudrait quand même lui dire que vous allez payer.
_Mais j’ai vu le signe carte bleue !
_…. c’est le signe « handicapé » pour indiquer que c’est une caisse prioritaire… »

Sur ma dernière semaine, selon monsieur Lidl, on n’était plus en saison. Sauf qu’encore une fois, monsieur Lidl a oublié d’en avertir les clients, qui se sont du coup pointés en masse sous prétexte qu’on était lundi, alors que nous avions déjà trois collègues de moins… On a du monde au point d’avoir des files jusqu’à la moitié des rayons. Résultat, vers midi trente, ma responsable vient nous remplacer chacun notre tour pour qu’on ne pisse pas sur les clients prenne une pause. Lorsque je reviens, je la remercie d’avoir pris sur son temps pour qu’on puisse souffler. Elle termine avec son client et me rend ma place. Alors qu’elle s’en allait remplacer quelqu’un d’autre, celui-ci l’apostrophe :

« Il faudrait au moins une ou deux caisses de plus !
_Je sais monsieur, mais nous manquons de personnel, nous faisons de notre mieux. [s’en va un peu plus loin]
_[en la suivant] Non mais laissez moi vous expliquer pourquoi il vous manque une caisse ! »

Je n’ai pas entendu la suite mais… laisse moi deviner… parce que c’est la merde ? Parce que y a vraiment beaucoup de clients ? Parce que ça serait plus confortables pour tout le monde, clients comme caissiers ? Parce que les gens sur le terrain ne peuvent pas faire leur boulot correctement à cause du monde dans les rayons ? Parce que même aux urgences un 15 août t’attends pas aussi longtemps ? Parce que certains clients qui en ont marre d’attendre balancent leurs trucs partout et qu’il faudra ramasser derrière eux et qu’en attendant ça rajoute encore plus au bordel ambiant ? Parce que du coup le magasin devient de plus en plus dégueulasse de minutes en minutes mais personne n’est dispo pour s’en occuper ? parce que les clients nous crachent leur mauvaise humeur à la gueule en arrivant en caisse comme si c’était notre faute et qu’on n’en était pas victime au même titre qu’eux ? raaaaaah putain, c’est beaucoup trop difficile comme question ! Je n’arrive clairement pas à trouver la solution du problème… Heureusement que ce client était là ! Rien de tel qu’un peu de condescendance mêlée à une bonne dose de mansplaining sexiste pour améliorer ton quotidien ! Car grâce à l’explication courageuse de cet homme, ma responsable a pu résoudre le problème et pondre deux nouveaux caissiers qui sont venus renforcer nos rangs, nous permettant ainsi de libérer du monde du magasin ! Hein ? Ha non… non non… my bad… en fait ma responsable était juste un peu plus irritée et on a continué à galérer parce que sous-effectif tout ça tout ça. Hum. Je me demande ce qui n’a pas fonctionné… sûrement que ma responsable, en bonne caissière qu’elle est, n’a pas compris toute l’explication du monsieur… beaucoup trop de subtilités je pense… diantre, qu’est-ce qu’on va faire d’elle ?

J’ai aussi appris que le secret médical on s’en battait les couilles avec la porte-fenêtre du voisin (parce que ça ferait des tâches sur la nôtre). Un jour que j’avais la chance et la joie d’être à la caisse prioritaire, j’ai donc fait passer des gens… en priorité. Oui je sais, un tel niveau de suspens et de surprise dans ce métier, je vous jure, c’est éprouvant… Et personnellement, pourquoi ils ont une priorité, je m’en fous. Ce n’est pas mon job. Ils me disent bonjour, me montrent leur carte et ça me va, je me débrouille. Mais bien souvent, ces gens oublient tout simplement de signaler aux gens qu’ils doublent, bah qu’ils les doublent. Alors bien entendu, ils y ont le droit et les gens n’ont pas le droit de s’y opposer. Mais toujours dans notre envie de vivre dans un monde plus civilisé, ça ne coûterait rien de regarder son voisin « bonjour, je vous informe que je peux passer en priorité. Désolé du dérangement, passez une bonne journée » Serait-ce compliqué ? Non. Alors si tu en as pas mal qui s’en foutent royalement et prennent leur mal en patience, certains sont un peu exaspérés du manque e politesse minimum, me balançant que « nous aussi on pourrait avoir un handicap et une carte de priorité, juste ça ne se verrait pas », un argument très juste. Après en général quand ça arrive, les gens se signalent. Mais argument très juste quand même. La remarque ne me paraît pas démesurée. Certains à l’inverse, vont embarquer leur poussette avec moults grognements et soupirs pour bien faire entendre leur exaspération et attendre plus loin. « Non mais moi je trouve ça intolérable ! Ça me gonfle des trucs pareils sérieux quoi ! J’avais pas vu putain que c’était une caisse priorité ! » Encore une fois… mais pourquoi tu en fais toute une scène ? N’as-tu rien de mieux à faire de ton énergie ? Une autre fois, encore mieux :

« Pourquoi vous l’avez fait passé ? Vous avez pas l’impression qu’on se fout de votre gueule ? Ça se voit qu’elle a rien !
_Je n’en sais rien, elle avait la carte, ce n’est pas à moi de juger le besoin qu’elle a ou non de cette priorité
_Moi je vous dis qu’elle n’a rien !
_Vous avez un diplôme de médecine ? Parce que j’avais une grand-mère qui avait les reins pourris, voire qui n’avait plus de rein, en dyalise un jour sur deux, et une carte de priorité. Mais ça se voyait pas. Pourtant il suffisait d’un coup de vent pour qu’elle s’écroule. Alors vous pouvez râler, mais je n’ai pas à demander pourquoi un client possède une carte de priorité. Ce n’est pas mon travail. Moi, j’applique la consigne. Demandez à votre médecin si vraiment vous estimez être lésés. »

Merde. Des fois, faut juste arrêter de me faire chier.

Quand les clients font vraiment trop chier, qu'il y a beaucoup trop de pression et qu'on commence à tous se parler mal entre collègues...

Quand les clients font vraiment trop chier, qu’il y a beaucoup trop de pression et qu’on commence à tous se parler mal entre collègues… « Stop ! au nom de l’amour ! »

D’ailleurs, une autre cliente m’a aussi appris que je me faisais exploitée (nooooon sans déconner ? bordel ! je ne l’aurais jamais cru !). Un autre jour du mois d’août où nous avions du monde (ce qui élimine peu de jours… dîtes vous bien que de début à trois jours avant ma fin de contrat le 28, je n’ai pas fini une seule fois à l’heure), je me galère joyeusement en caisse parce que devinez quoi ? Il y a vraiment trop de monde. Arrive alors une cliente…

« Franchement vous pourriez ouvrir une autre caisse.
_J’aimerais bien, mais je n’ai pas de collègues disponibles pour cela.
_Et en rayon j’en ai vus !
_Oui, ils ont déjà d’autres tâches à finir, ils ne sont pas disponibles. Nous faisons au mieux madame pour limiter la gêne occasionnée…
_Quand même, c’est toujours pareil chez vous !
_[tiens c’est le moment où faut arrêter de faire chier] Mais madame, vous savez bien comment on fait pour garder des prix bas non ? La direction a deux possibilités : soit couper la qualité, soit couper les salaires. Et comme ils veulent que vous reveniez, devinez qui on a coupé dans l’affaire ? Le but du jeu est donc qu’on soit systématiquement en sous-effectif. À un moment, forcément, ça ne marche plus.
_[m’attrape la main pour me consoler] C’est vrai que vous êtes exploitée quand même ! C’est pas possible des choses pareilles… »

Réaction 1. J’avais tellement envie de lui rire jaune au nez… Mais comme je n’ai très bien trouvé comment faire, je me suis abstenue. Donc, non seulement tu sais que je bosse dans des conditions de merde qui sont pensées pour que je ne puisse même pas penser à respirer dans ma journée, mais en plus, tu trouves quand même le moyen de me reprocher les failles du système dont je suis la première victime puisque c’est ma santé qui y passe, quand c’est juste ton temps ? Vraiment… TU FOUS MA GUEULE ??? Ce qui nous mène à la réaction 2…. ha la politesse de l’enculé… Quand les clients te voient être l’heureux gagnant du jeu « qui va aller ramasser la merde sur le parking » et en profitent pour te coller dans ton sac les restes de leur pic-nic « merci hein » tout en te disant que les gens abusent quand même, avant de mieux laisser tomber leur ticket de caisse par terre en montant dans la voiture. Et des comme ça t’en as tellement tout le temps… la politesse de l’enculé… je vois pas mieux pour expliquer ce moment où un client compatis à ta situation après t’en avoir blâmé et foutu plein la gueule. Trop aimable. C’est le genre de situation qui fait qu’au bout d’un moment, tu ne crois purement et simplement plus qu’un client puisse avoir un mot gentil de façon totalement gratuite et désintéressée pour toi. Et pourtant, ça arrive.

Alors avant de passer à la partie finale où on tapera encore un coup sur monsieur Lidl histoire de finir en beauté, une petite mention spéciale aux quelques uns qui ont vraiment été gentils pour être gentils. Ceux qui disent bonjour juste parce qu’ils te croisent, ceux qui t’aident à ramasser le carton qu’un client vient de faire tomber de ta palette, ceux qui t’aident à nettoyer quand ils ont cassé une bouteille à ta caisse parce que « c’est normal, c’est pas votre travail de réparer mes conneries quand même, je suis désolé… », ceux qui te défendent parce que tu viens de te faire traiter de connasse, ceux qui chantent Eyes of the tiger pour le fun avec toi, ceux qui ont un mot gentil parce que ça se voit que tu es à quatre endroits à la fois, ceux qui te disent gentiment que tu t’es trompé, ils ont pas 45 baguettes mais 4, mais c’est pas grave ça arrive, merci de nous rembourser, ceux qui te demandent s’ils peuvent t’emprunter ta poubelle, ceux qui insistent auprès de leurs gamins pour qu’ils te disent bonjour et au revoir parce que c’est important, ceux qui disent haut et fort que c’est pas grave que tu ais mis du temps à venir en caisse, après tout tu fais ton travail, t’allais pas venir les mains pleines de jus de poubelle, désamorçant par là même les clients qui eux allaient te reprocher le temps d’attente, ceux qui te laissent le temps de boire parce qu’il fait 40 à l’ombre et que tu dégoulines jusque sur la caisse, ceux qui placent un petit compliment comme ça, ceux qui te sourient, ceux qui ont « tout bien rangé le tapis et les boissons dans le cadis pour que ça soit plus facile », ceux qui font l’effort de penser une blague juste pour toi, ceux qui se rappellent que si eux ils sont en vacances, ce n’est pas ton cas, ceux qui te filent leur recette pour aller avec tel produit, ceux qui s’inquiètent pour ton épaule, etc… Heureusement qu’il y en a des comme ça…

Quand les clients ne se donnent même plus la peine de faire des phrases complètes.

Quand les clients ne se donnent même plus la peine de faire des phrases complètes. « Toi ! Nourriture ! Maintenant ! »

Mais heureusement, pour compenser tout ça, nous avons la chance d’avoir une direction compréhensive, humaine et d’un soutien sans commun égal ! Enfin c’est ce qui est écrit sur les papiers qui sont suspendus partout dans les espaces des employés (contrairement aux papiers des syndicats qui eux sont cachés dans le couloir par où passent les convoyeurs pour accéder au coffre)(mais non voyons, je ne dis pas qu’on rend volontaire l’accès à l’information syndicale compliquée ! Je dis juste que dans les espaces informatifs disponibles, on fait des choix.)(Après comme disait mon prof d’éco au lycée « c’est un choix de société »). Mais tiens puisqu’on parle d’affiches suspendus… Y en a plein de types, outre celles qui te rappellent qu’il faut sourire, celles qui te rappellent des procédures que tu dois suivre dans le monde parfait et idéal de Monsieur Lidl, celles qui servent de mode d’emploi, tu as aussi l’affiche de l’auto-laveuse qui personnellement est une de mes préférées tant elle me fait sentir toute la considération que la société a pour ses employés. Au dessus de l’auto-laveuse, il y a donc un panonceau qui stipule qu’il faut bien entretenir l’auto-laveuse (et pas à coup de pieds) et qui te rappelle que la plupart des problèmes viennent du non-entretien de la dite machine. Si les choses s’étaient arrêtées là, pourquoi pas. Sauf qu’on te précise aussi que « votre auto-laveuse coûte 19 857€ » (non jle connais pas par coeur, c’est un ordre d’idée). Comme ça, tous les jours, quand tu remplis l’auto-laveuse (ce qui prend un temps fou) ou que tu la nettoie (ce qui éclabousse copieusement tes lunettes), tu peux tranquillement te rappeler que l’auto-laveuse vaut plus cher qu’un an de ton salaire, donc que tu vaux moins que l’auto-laveuse. Car si on se soucie de l’entretien de l’auto-laveuse, on se soucie beaucoup moins de ta santé, puisqu’après tout tu es remplaçable.

Petit détour… vous vous rappelez ces foutues alarmes aux issues de secours ? On a passé tout l’été à s’en plaindre, tout l’été à dire que ça te niquait très sérieusement les oreilles, tout l’été à dire que c’était insupportable. On a mis en place des solutions que la direction a rejetées parce que « pas concept ». À force, à la mi-août, ils ont fini par nous dire qu’ils allaient mettre en place des bandes adhésives sur les portes pour que ça soit plus visible. À la fin août, toujours rien n’avait été fait, et personne n’en a reparlé. Après tout, c’est pas comme si à force de m’en bouffé toute une matinée juste avant la visite médicale professionnelle, la nana m’avait dit qu’il y avait un problème dans mon audition, par ailleurs excellente, qu’à part les sons aigus je ne percevais plus ceux que je devais percevoir. Quand j’ai expliqué le bordel sonore, l’infirmière m’a dit de ne pas m’inquiéter, qu’avec du repos ça reviendrait normalement. Parce que moi, je bossais là-bas deux mois et demi. Comment ça se passe pour mes collègues qui y bossent à l’année ? À quel moment ils vont se reposer ? À quel moment les dégâts de ces alarmes deviennent irréversibles ? De la même façon qu’ils ont attendu qu’un collègue se fasse cogner pour nous envoyer un vigile trois jours (sans doute pour qu’on l’ouvre pas trop), ils attendent quoi ? Que trois caissiers perdent l’usage d’une oreille ? Tout ça parce que c’était pas concept de mettre un panneau « sens interdit » comme dans environ toutes les autres enseignes ? Et quel recours pour ces gens-là que le système finit par persuader que c’est « normal » que ça fait partie du taf, tout en continuant de leur en demander plus sans augmenter ni les salaires ni les effectifs ? Et puisqu’on en est à lever le point, que dire de ce genre d’enquêtes qui font purement et simplement froid dans le dos et font que tu te réjouirais presque de ta situation ? Désolée pour cette minute pseudo-révolutionnaire, mais ça m’a tellement débecté de voir quelle peu d’estime finalement on accorde aux humains dans ce genre de boîte, de voir à quel point le système est pensé pour que tu trouves normal de ne pas avoir de pause, pour que tu en arrives même à en vouloir au collègue qui ne veut / peut pas terminer trente minutes plus tard. Ça m’a énervée de voir comment finalement, on finit tous par perdre ce qu’on a de meilleur pour ne finalement qu’être des espèces de machines, un bon élément du système, sur lequel on crache, mais qu’on continue quand même d’entretenir, persuadé de ne pas avoir d’autres choix… et j’avoue qu’aujourd’hui, je me pose justement beaucoup de questions sur la possibilité d’autres choix justement… J’ai pas de réponse. Tout ce que je sais c’est que y a plein de gens qui sont coincés dans ces systèmes et qui n’ont pas la possibilité de penser à d’autres issues, parce que quand t’es dedans, tu n’as absolument pas le temps d’y penser. Si tu arrives déjà à continuer d’en rire, à continuer d’être respectueux envers tes collègues et les clients, et bien c’est déjà énorme.

Désolée pour ce petit encart de sériosité, je ne m’y attendais pas moi-même, fallait que ça sorte. Alors histoire de détendre l’atmosphère, parlons de compacteuse maudite voulez-vous ! Parce que pour en revenir à notre auto-laveuse : bien sûr si c’est mal entretenu, ça entraîne des pannes qui auraient pu être évitées. D’un autre côté… si vous veniez réparer quand on vous dit qu’il y a un problème, peut-être que le problème n’empirerait pas jusqu’à ce qu’il faille purement et simplement changer la putain d’auto-laveuse ! Et j’ai pas fait de grandes études de chef, mais je sais que la banque est toujours gagnante : si vous préférez laisser l’auto-laveuse se détériorer, alors même que nous avons signalé un problème que nous ne pouvons régler, jusqu’à devoir la changer, c’est que vous estimez que vous perdez moins d’argent à remplacer la dite auto-laveuse plutôt que de la réparer. Alors venez pas me péter les burnes comme quoi l’auto-laveuse elle coûte tant et que j’ai intérêt à la laver correctement avec les larmes de mes yeux parce que y a un moment c’est quand même un peu facile de tout jeter sur la gueule du salarié tout en bas de l’échelle ! Parce que c’est ce qui s’est passé cet été. Dès la mi-juillet, on a commencé à signaler des défaillances de l’auto-laveuse (pourtant neuve). Comme souvent cet été, on a pris un putain de vent. Nous avons donc doublé les mesures à faire pour l’entretenir, histoire d’être sûr. Mais ce qui devait arriver finit par arriver, et à la mi-août, on aurait aussi vite fait d’organiser un combat de catch dans la boue entre le rayon poisson surgelé et pastis que de passer l’auto-laveuse. Il a donc fallu la changer. Et ce même si nous avons bien suivi tous les petits protocoles d’entretien.

Quand j'attends que l'auto-laveuse se remplisse...

Quand j’attends que l’auto-laveuse se remplisse… « Une bonne sieste te fait sentir mieux, mais pas seulement. Elle permet aussi de réduire le temps de travail »

Et quand on en a eu fini avec l’auto-laveuse, c’est la compacteuse qui s’est mise à faire des siennes… Pour ceux qui ne savent pas (ou qui n’ont pas lu The Punkedelike Circus, dans lequel un compacteur fait disparaître des artistes de cirque incapable…)(c’est mon site, jme fais de la pub si je veux), un compacteur, ou une compacteuse (le genre de la chose n’est pas vraiment arrêté… j’ai entendu l’un comme l’autre…), c’est une grosse machine qui écrase. En fonction des lieux, elle va écraser les ordures courantes, ou dans notre cas, les cartons. En gros ça te fait des cubes d’ordures, ça prend moins de place. Un jour, une flaque d’huile fut découverte sous la dite machine. Ce qui est quand même rarement bon signe. Et puis, la machine a commencé à faire du bruit;.. beaucoup de bruit… C’était vraiment impressionnant. Au choix, tu avais l’impression d’une chose à l’intérieur qui hurlait, ou d’un être vivant qui se faisait écrasé. En plus d’être un bruit extrêmement désagréable à l’oreille (parce que jusque là comme vous l’avez bien compris, on manquait de bruits extrêmement désagréable à l’oreille)(les parenthèses ne suffiront jamais à porter toute l’ampleur de mon cynisme sarcastique)(et pourtant j’en mets beaucoup…). Bien évidemment, nous avons cherché la cause du problème sans la trouver. Nous l’avons signalé. Et histoire de changer les bonnes habitudes, nul n’est venu. Bordel, on aurait eu plus de chance de recevoir de l’aide si on était une sonde spatiale perdue dans une putain de couronne d’astéroïdes ! En rentrant, alors que j’en parle à ma famille, mon frère suggère alors la chose suivante « elle est possédée ! C’est le démon qui cherche à se frayer un chemin jusqu’à nous ! Fuyez pauvres fous ! » À partir de ce moment, il était évident qu’il s’agissait là de la seule explication pertinente et qu’aucune autre suggestion n’était valide. J’en ai fait part à mes collègues, tout en suggérant un sacrifice, qu’il aurait suffi de jeter dans la compacteuse, afin d’apaiser la bête. Pour une bête raison de droit du travail (son décès n’était pas encore officiel à ce moment-là), on ne m’a pas autorisé à jeter un collègue ou un client. Je fus moulte déçue. On a donc continué à ne pas comprendre ce qui se passait. Le matin elle était à nouveau silencieuse, et au fur et à mesure de la journée, le bruit revenait et s’intensifiait, jusqu’au moment où on commençait à purement et simplement s’inquiéter de la voir nous exploser à la gueule. Puis elle n’a plus fait de bruit. Puis elle n’a plus marché du tout. Voilà, à force de ne nous envoyer personne, on avait gagné le jackpot. Plus rien ne marchait. Aucune commande ne réagissait. Même arrêter / redémarrer ça ne marchait pas. C’est te dire… On a appelé. Et alors là, accroche toi bien à ton slip, tu sais ce qu’on nous a répondu ? « Ça ne fait pas 48 heures, on ne vous enverra personne avant ce délai. » DONC, que je récapitule : nous sommes un magasin côtier qui bats des records de CA, pourtant tout le monde s’en bat de ce qui nous arrive, et en plus il est évident que cette augmentation violente du CA va de paire avec une augmentation non négligeable du nombre de cartons à compacter ALORS COMMENT ON FAIT QUAND LA COMPACTEUSE EST MORT À 10H DU MAT ?? Et on ne nous a jamais envoyé personne. On en a chié pendant deux jours. À force d’appuyer sur tous les boutons dans tous les sens possibles, les collègues ont réussi à la relance. Sans qu’on sache ce qui merdait. Sans que personne ne bouge son cul pour régler le problème. Alors, vraiment, avant de faire porter la responsabilité du non entretien du matériel au petit personnel, va peut-être falloir se remettre en cause deux secondes et demi sur la gestion générale du putain de bordel ! Et peut-être aussi arrêter de nous prendre pour des cons. ÇA ça serait top.

Parce qu’on va taper une dernière fois sur les chefs (mais c’est leur boulot, c’est ce qui justifie leur salaire). Une fois n’est pas coutume, on nous a rabaché les oreilles je sais pas combien de fois d’une « visite » (si tu as lu « inspection », non tu n’es pas pris d’une subite et violente dyslexie, tu as juste toi aussi appris que plein de mots avaient des synonymes inattendus et non validés par l’Académie Française)(qui de toute façon ne valide pas grand chose, mais c’est un autre sujet…). Parce que nouveau magasin, ils ont fait venir les chefs mag de toute la côte ouest pour faire de la pub sur comment ça allait partout maintenant. Et des responsables de ci ou ça en cravates qui ne se présentent jamais et pensent que tu vas tout lâcher pour leur serrer la main (non je n’ai pas pris un malin plaisir à mettre deux fois plus de temps à mettre mon vin en rayon, c’est pas mon genre. Je voulais impressionner le grand chef, parce comme il se présentait pas bah moi je pouvais que supposer que c’était le Super Méga Patron et alors il fallait bien que mes bouteilles soient parfaitement parallèles les unes aux autres, pour le « facing »)(je pourrais faire un article entier sur l’anglicisation des termes de travail… tu veux ?). Et un jour on nous annonce donc la visite du Grand Chef d’Allemagne (ces Allemands ils ont des noms bizarres quand même…). Branle bas de combat et tout le monde sur le pont. Pendant une semaine on récure tout de fond en comble, limite si on nous fait pas faire les joints du carrelage à la brosse à dent (mais pourquoi on se ferait chier à ce point sur ce foutu carrelage alors qu’ils l’ont même pas fini et que c’est pour ça qu’on peut pas le nettoyer correctement ?), on niquel tout. Le tout avec blinde de pression et de stress qu’on se balance à la gueule les uns les autres parce que tout le monde commence à être plus qu’épuisé et à ne plus pouvoir tenir ses nerfs. On se répartit en binôme, et on attaque la mise en rayon. Au bout de dix minutes, appel de ma responsable au micro pour nous demander de virer nos bouteilles d’eau du PC. Pour info, quand tu es en caisse, tu peux avoir ta bouteille d’eau à porter de main, c’est facile. Quand tu es sur le terrain, c’est un peu plus compliqué. Du coup, la plupart d’entre nous laissait sa bouteille  côté du PC, une espèce de bureau avec plein de trucs utiles, dans la réserve. Ce qui nous permettait de l’attraper assez vite en passant. Et bien figurez-vous que pour le grand chef d’Allemagne, ceci est du bordel non désiré. Et franchement, ça m’a putain de gonfler. Il a fait super chaud tout l’été, ces putain de polos de merde sont hyper chauds… Je trouvais à la limite de l’irrespect que d’un coup on nous demande de virer notre eau pour la mettre dans un endroit difficile d’accès (soit la laisser à un collègue en caisse où on ne va jamais du coup, soit en salle de repos un étage et un coup de badge au dessus de tout ça). Ma responsable était elle-même bien emmerdée « Moi tant que c’est pas le bordel et qu’on peut travailler, ça me dérange pas ». Bah non… tant qu’on en a pas 400 000 et qu’on en fout pas partout, c’est de l’évidence. Mais non. Pas de bouteille d’eau en vue pour le Grand Chef d’Allemagne. Et respirer ? On peut aussi dans le magasin ? Ou l’oxygène est réservé aux clients et nous faut qu’on sorte ? Oui bien sûr, uniquement par derrière, en passant par le local poubelle pas de problème… La santé du salarié, c’est définitivement pas concept. Bref, ce jour-là j’ai pas pu boire assez, je suis rentrée avec des chevilles qui avaient doublé de volume. Autant vous dire que ça ma mise de bonne humeur.

Quand j'en ai marre et que j'envisage de refaire le lidl à ma façon.

Quand j’en ai marre et que j’envisage de refaire le lidl à ma façon. « Bon, j’ai dû faire quelques petites « modifications »…. mais ton bureau ikea est fini maintenant ! »

Mais on ne va pas s’arrêter là ! Non non non. Comme les grands chefs allaient venir, il fallait éviter de dépoter. Alors dépoter, c’est quand tu bourrines un peu au moment de la mise en rayon, histoire de ne pas mettre un carton en reliquat alors que tu sais que l’article se vend très bien et que d’ici ce soir le carton en trop sera déjà quasi écoulé… Et bah là non. Et ça n’a l’air de rien… mais en plein été, on dépote beaucoup, mais genre BEAUCOUP. Résultat ? Avec ma binôme d’amour, on s’est donc retrouvé à faire de la triple manut car la boîte de notre palette de gâteaux ne passait pas sans dépoter… et pareil pour le vin… Au moment où on fait le vin, on nous demande de vraiment nous faire chier à tout refaire les facings tout bien (les bouteilles le plus avancées possible vers le client et les étiquettes vers lui aussi)(ce qui ne l’empêchera de toute façon pas de ne pas lire le bon prix alors que tout est bien écrit mais bon faut avouer que c’est plus joli)(t’as vu j’ai progressé pendant l’été sur l’appréciation de l’esthétique du magasin !)(la cote de parenthèse est un bon indicateur de la cote de sarcasme). Et puis d’un coup on nous dit de ranger la palette parce qu’ils arrivent alors faut faire de la finition. et c’est la panique et on a blinde de reliquat et je me retrouve toute seule pour ramener du reliquat de bouteilles qui cassent sur une palette non filmée en réserve alors que tout le monde me dit d’aller plus vite. BONHEUR. Et puis on attaque la mise à plat… encore… Et finalement, on nous fait lâcher la mise à plat pour retourner sur la mise en rayon parce que finalement… ils viendront pas. Non, je ne me suis pas énervé. Je suis restée très calme. Et j’ai explosé de rire. Parce que y a un moment je vois pas ce que tu es sensée faire d’autre. Des moments comme ça, on t’a tellement mis la pression, tellement tiré sur les nerfs, tellement rogné sur ce que tu pouvais être… que vraiment, à part rire, il reste rien à faire.

Et c’est sans doute la raison de ces chroniques. Même si pas toujours de qualité, et souvent plus sarcastique que vraiment drôle.

Donc bon, si vous avez suivi mes aventures tout l’été, vous l’aurez compris : soyez gentils avec votre caissier ou caissière. On vous demande pas de lui raconter votre vie ou de lui faire des cadeaux. Un bonjour un merci quand vous demandez un renseignement. Ne soyez pas Bouton d’Or, toujours à trouver que c’est trop ou pas assez. Vous ferez du bien à un être humain et au final vous y gagnez aussi… Et puis sinon bah… vous prenez le risque que le caissier ou la caissière écrive un blog et ainsi de vous retrouver affiché devant tout l’internet. TU RENDS COMPTE ! Alors dis bonjour. Namé. En plus, c’est contagieux des fois, ça désamorce certains clients comme ça ! Je compte sur vous pour être des héros du quotidien, ça demande beaucoup moins d’effort que d’être un héro de film d’action, et ça coûte vachement moins cher (surtout si tu profites des promos correctement tu vois).

Cet article est encore une fois dédié, et encore plus que les autres, à mes collègues avec qui j’ai quand même pu faire quelques beaux souvenirs, bien rigolé, et sans qui j’aurais sans doute fini par envoyer de la cervelle de fada sur les murs… Une grosse pensée et plein d’admiration pour vous. Du courage à ceux qui retournent à la case recherche de taf. Une bière à mon prochain retour par là-bas !

Je vous fais un gros Wall of Death à tous
Et on se retrouve bientôt pour d’autres aventures (parce qu’il m’est déjà arrivé plein de choses en deux semaines) quelque part sur  Facebook et twitter.

 

La théorie du chorizo et ses mignardises…

Aujourd’hui, un énooooorme pot pourris de phrases de clients, de saloperies diverses et variées, sans oublier les blagues pourries et les questions connes bien sûr !

Quand j’arrive sur le parking du boulot, et qu’il est blindé, alors qu’il devrait pas l’être… « Arrivé jusqu’au boulot, mais tenté d’appeler pour dire que je suis malade alors que je suis sur le parking »

Remontons un peu en arrière, car j’avais oublié de vous parler de ça… (ou plus exactement, j’étais prise dans le tourbillon de ma vie avant de tomber dans un grand trou noir baptise « déprime devant l’inutilité fulgurante de ma vie »)(une destination que je ne vous recommande guère pour vos vacances !) Pour la réouverture du magasin, Monsieur Lidl, qui ne manque décidément jamais d’idées pour nous pourrir la vie, avait mis en place des bons de réductions.Le genre de trucs qui ne cause absolument aucun problème et qui fait que tout se passe bien. Nan j’déconne ! C’était la grosse merde. Un genre de samedi du mois d’août mais qui aurait duré les deux premières semaines de juillet. Si vous n’avez jamais eu l’occasion d’utiliser le moindre bon de réduction, voici comment ces petites choses fonctionnent : sur le bon, est indiqué le montant (en général ça se compte en centimes), sa date de validité, les conditions d’obtention (certains produits ou marques uniquement, ou bien telle quantité du même produit, produits complètement exclus du bon). Les bons lidl obéissaient donc aux conditions suivantes : 5€ pour 30€ d’achat, 7€ pour 50€ d’achat, deux premières semaines de juillet, hors alcool, uniquement dans le lidl où je travaille. Des conditions plutôt simples, tout est indiqué sur le bon. Sauf que, comme toujours, je suis une grande naïve (et toi aussi lecteur) : bien entendu personne ne l’a lu. Donc une semaine avant la date indiquée, qui était pourtant indiquée en gros dessus, les gens ont commencé à nous présenter leurs bons, que nous avons refusés. Certains ont ri de leur inattention, nous disant qu’ils reviendraient à ce moment-là (noooooooooon). D’autres ont râlé « putain vous faîtes chier franchement, comme si ça changeait quelque chose ! » Bah oui, ça change quelque chose. Il y a une règle, qui est clairement indiquée qui plus est, elle est faite pour être respectée. Comme toutes les règles. Qui plus est, comme Monsieur Lidl n’est pas trop là pour faire des cadeaux à la plèbe, il nous faut justifier toute réduction offerte, donc, tous les bons de réduction doivent être conservés. Et si on se trompe, on se fait taper sur les doigts. Parce que comme d’hab, si la règle est enfreinte, ce n’est pas le client qui se fera engueulé, ça sera le caissier. Alors forcément, oui, les règles, on les respecte. Mais tout ça n’est qu’un modeste échauffement !

Bien entendu, il y a eu tout ceux qui m’ont présenté le bon de 7€ de réduction alors qu’ils étaient loin des 50, là aussi ça a râlé. Mais passe encore. Parce que le hors alcool par contre, il était écrit un peu plus petit. Du coup ça demandait un effort (nous sommes des monstres placés là pour pourrir la vie du client, rappelez vous !). Alors forcément, personne, absolument personne n’a fait attention. La première fois que j’ai dû refuser un bon pour cette raison « mais en quel honneur ! vous faîtes chier franchement, c’est bon pour 5€ ! ». Putain, quand je pense que je me faisais chier à repérer si oui ou non on atteignait les 30 ou 50€ minimum d’achat hors alcool pour faire au plus simple, et que je me faisais insulter quand c’était pas le cas… Mais on en a eu des encore mieux ! Une cliente revient me voir après avoir été rangé ses courses dans sa voiture, elle me tend son bon « J’ai oublié de vous le donner, vous pouvez me faire la réduction ? ». Tu veux pas 100 balles et un mars tant que tu y es ? Je réponds donc poliment que non, ce n’est pas possible, ça ne marche pas comme ça. « C’est votre faute toute façon vous allez trop vite alors vous devez prendre mon bon ! » De deux choses l’une… Certes, je fais en sorte de respecter les cadences imposées par Monsieur Lidl, sauf que si je vois que la personne en face ne peut pas suivre le rythme, je ralentis car ça ne sert à rien : je serai obligée de l’attendre pour le règlement, les produits s’entassent, augmentant le risque de casse ou de les abîmer, et ça peut mettre certains clients de (très) mauvaise humeur. Je nique donc un peu ma prod pour m’adapter au client en face et compenser en « satisfaction » du client, et accessoirement, limiter mes chances de me faire insulter, ou de devoir perdre du temps, et donc encore plus de prod, à nettoyer pour eux. Donc venir me dire que je vais trop vite n’est pas un argument valable avec moi. Qui plus est, comme j’ai de toute façon dû l’attendre pour qu’elle paye, elle avait tout le temps de sortir son bon. Ce qu’elle n’a pas fait. Si elle avait effectivement sorti son bon mais que pour une raison X ou Y je suis allée beaucoup trop vite et que je ne l’ai as enregistré, là oui, c’est ma faute, je trouve une solution pour réparer. Mais là… bah t’as oublié t’as oublié, qu’est-ce que tu veux que je te dise ?? En plus, je veux dire, la nana a pris le temps d’aller ranger ses courses dans sa caisse, pour revenir me foutre son bon sous le nez et me dire que j’avais oublié. J’ai horreur de ça. J’ai horreur qu’on m’accuse ou qu’on m’engueule pour des choses dont je ne suis absolument pas responsable. Si bien que comme je devais justement sortir de caisse à ce moment-là, je l’ai plantée là avec son bon et je suis partie passer mon balais. Non mais.

Mais encore mieux ! Parce que certains n’ont vraiment peur de rien… Au tout début, genre le premier jour, toute l’équipe n’avait pas encore repérée que c’était hors alcool, et c’est justement suite à ce connard cette mésaventure que tout le monde a bien enregistré l’info. L’homme en question passe à la caisse d’une collègue, il en a pour presque 70€, uniquement de vin. Ma collègue l’encaisse et puis d’un coup, alors qu’il allait partir, le mec sort son bon et lui colle sur la gueule en exigeant qu’elle l’enregistre et donc lui rembourse les 7€ de réduction. Elle essaie d’expliquer que ça ne marche pas comme ça, mais le mec lui balance tellement qu’il est dans le commerce et que si, il sait que c’est possible qu’elle finit par douter et appelle une responsable (parce que toute façon elle aurait eu besoin pour faire la manip). La responsable vient et lui dit la même chose. Le mec continue d’insister et refuse de bouger. La chef mag finit par s’en mêler. Au final, il a fallu rembourser tout le caddie pour réencaisser tout le caddie et enregistrer le bon de réduction. Une heure après, une autre responsable signale que l’alcool est hors conditions. Voilà comment à force de gueuler, de faire chier, d’insister, tu fais buguer toute une équipe. Conclusion : arrêtez d’être gentil, soyez un connard.

Quand à 8h10 les clients sont déjà tous collés aux portes alors qu’on ouvre à 8h30. « Servante ! Pourquoi mon petit déjeuner au lit n’est pas encore prêt ? »

Et justement, vous vouliez devenir un Parfait Connard mais vous ne savez pas trop comment vous y prendre ? Ne vous inquiétez plus lecteurs ! Le client lidl est là pour vous ! C’est parti pour le pot pourris… (cette expression n’a jamais aussi bien exprimer ma pensée…)
Comme le système ne nous met pas assez la pression niveau productivité, certains clients se disent qu’ils en rajouteraient bien une couche. Ainsi, un jour la chef mag m’appelle pour me demander de commencer un peu plus tôt le lendemain. Ainsi, au lieu de commencer à 8h15, je commence à 6h. Joie. Je mets le frais en rayon (rejoie). J’ai fini un quart d’heure avant l’ouverture tandis que ma collègue chargée de mettre en rayon le non-food (le rayon « bazar » où les articles ne sont là qu’occasionnellement, on reçoit des nouveaux produits tous les lundis et jeudis) galère un peu. Je viens donc l’aider à terminer. Sauf que nous n’avons pas réussi à finir avant l’ouverture du magasin alors même qu’il nous restait une palette et demi. Sauf que, pour le non-food, certains se pointent au magasin dès 8h10, histoire d’être sûr qu’à 8h30 ils puissent se jeter sur une des 50 paires de cisailles qu’on a reçues. J’imagine qu’à 8h40 ils sont déjà en train de tailler leurs haies… ha bah non, en fait ils ont pas de haie. En fait la cisaille va dormir dans un cabanon à jardin au toit qui fuit pendant des mois, même que presque un an après, ils se pointeront au même lidl avec leur cisaille non entretenue et rouillée en exigeant un remboursement parce que la qualité lidl c’est vraiment de la merde. Mais je dérive (pour changer…). Donc nous galérons légèrement. Heureusement, c’est une collègue avec qui je fonctionne assez bien en binôme, donc on arrive quand même à s’organiser pour aller au plus vite. Mais enough is never enough et nous sommes harcelées par les clients « vous avez pas reçus ça ? y a rien dans la case… ». Si un jour en jeu de rôle vous vous retrouvez avec un perso catégorie « client lidl » sachez que vous avez des stats de merde niveau perception de votre environnement. Au bout de la quatrième fois qu’ils te font le coup, t’as juste envie de dire « mec, y a des box vides avec l’affiche du produit que tu veux, des cartons partout, dont plein non ouverts, et deux filles qui courent dans tous les sens, soit pour disposer les dits cartons, soit pour les ouvrir… que peux-tu déduire de ces informations subtiles ?? » Je ne sais pas mais moi quand je fais mes courses, que je suis dans un rayon ou des gens sont en train justement de mettre en rayon, si mon produit n’est pas là, j’en déduis que soit c’est en rupture totale, soit juste pas encore là… Et si seulement ça s’arrêtait à cette question con ! « Bah vous pouvez pas me le sortir maintenant ? jsuis pressé ! » Mais bien sûr ! Je vais me niquer le dos à dégager les cartons tout au-dessus de celui où il y a le produit que tu veux pour tes beaux yeux… Aller, passons que tu demandes par curiosité parce qu’on sait jamais (et c’est vrai que quand on peut, on fait, ne serait-ce que parce que ça les fait décoller de notre palette), mais t’en as qu’insistent ! « non mais vraiment, j’ai pas que ça à foutre moi ! » Parce que moi je suis en train de me toucher la nouille là… et on continue, parce que c’était vraiment une matinée merveilleuse. Ce jour-là, on avait aussi reçu… genouillères, coudières, poignetières (si si), pansements anti-ampoule, sparadraps, compresses… et fallait que je m’amuse à foutre tout ça dans le même bac alors même que c’était pour certains des tout petits cartons pas de la même taille les uns que les autres… bonheur (non, je n’ai pas fini par tout jeter comme une grosse bourrine argant que les clients mettraient tout en bordel en même pas une heure)(bon d’accord si jlai fait, mais j’ai d’abord bien mis les cinq premiers, mais le sixième était de trop…). Les espèces d’atèles de genou et compagnie étaient déjà en rayon, je mettais le reste (les trucs bien chiants). Un couple de petits vieux vient pour une atèle de genou. Elle me demande à quoi équivalent L XL et compagnie en taille… truc que je ne sais jamais déjà quand moi je me choisis des fringues. Je ne peux donc guère l’aider à part en lui indiquant ce qui est plus petit que l’autre. Elle relève un peu sa jupe et me montre son genou « à votre avis il me faut quelle taille ? ». …. Aller, encore une fois on va dire pourquoi pas… elle aurait pu tomber sur quelqu’un avec « l’oeil » qu’il faut pour les tailles et qui aurait pu la conseiller. Pas de chance, c’était moi, la borgne de service sans vision D ni perspective et absolument aucun intérêt pour la cause vestimentaire. Je réponds gentiment que je ne peux malheureusement pas l’aider, qu’à la limite, j’allais pour proposer une solution bis quand monsieur a balancé avec un sourire goguenard « non mais laisse elle sait pas, elle a commencé hier, ou alors c’est pas son rayon 😀 ». Mais oui, vas-y, déshumanise moi je vais mieux pouvoir t’aider oui ! C’est bien connu, quand on manque de respect aux gens soudainement ils ont des idées qui fusent. J’ai balancé un « non ELLE sait pas et ELLE a encore du boulot » avant de planter les gens et mon sixième carton pour aller mettre les fameuses cisailles en rayon.

Si vous voulez être un connard, la déshumanisation ça marche super bien comme vous pouvez le voir ! Parler à l’autre à la troisième personne marche bien. Une variante c’est de vous foutre ostensiblement de la gueule de cette personne quand elle ne peut clairement rien faire, ou qu’elle n’a pas le droit de répondre. Ça marche bien aussi. Un jour comme ça, alors que j’étais sur le frais (décidément), je galérais foutrement avec mes cartons (paye ta narration redondante…). Étagère du bas, j’ai le corps à moitié dans le frigo, j’essaie de trouver une façon de positionner ma tête et mes épaules pour que mes bras puissent dégager les cartons du fond. L’opération est un peu délicate, et chiante, et prend un peu de temps. Environ deux-trois minutes. Certains clients voulaient des produits sur les étagères du haut. Un client respectueux de ma personne aurait gentiment attendu deux minutes que je finisse de galérer pour accéder à son produit. C’est d’ailleurs ce que voulait faire madame quand elle a vu monsieur s’engager « mais attends qu’elle ait fini ! _Barf ! Elle a l’habitude qu’on l’emmerde c’est bon » … Dis moi connard de merde, tu veux pas t’essuyer les pieds sur mon dos non plus tant que tu y es ? Parce que le temps qu’il se décide (parce qu’en plus il hésitait entre le sandwich de gauche et le sandwich de droite bien sûr), moi j’étais coincée dans l’étagère du bas, le dos tordu, les bras en train de forcer pour maintenir mon équilibre et la prise sur le carton que j’allais pour remettre en place mais que je ne peux plus remettre en place parce que je ne peux tout simplement plus bouger. Mais c’est normal parce que « j’ai l’habitude » ??? Connard, va bien te faire éviscérer en enfer, mais t’inquiète ça sera pas grave, ils ont l’habitude d’éviscérer les gens en enfer. Putain, si les quinze personnes avant toi elles grillent le feu rouge, tu le grilles aussi parce que tout le monde en a rien à battre de mettre les autres en danger ? Les gens sont cons putain les gens sont cons…

Quand tu te rappelles qu’on t’a fait signer un avenant à ton contrat attestant que tu respecteras le SBAM, et que d’ailleurs les portes menant au magasin sont ornées de miroirs indiquant « souriez vous entrez en scène »…. « allez, sois mignon, c’est dans notre contrat ! »

Certains se croient tellement tout permis qu’ils n’hésitent même plus à rentrer dans les espaces pourtant clairement identifiables comme privés. Cela fait déjà deux trois fois qu’on doit faire sortir des clients de la réserve. Non contents de rentrer dans la boulangerie, certains vont jusqu’à te chercher dans la réserve parce qu’ils veulent « du pain pour leur chien ». Et pour vous dire à quel point ça ne leur pose aucun soucis, quand on leur demande de sortir de là, leur première réaction n’est pas de s’excuser; tel un gosse qui se rappellerait soudainement qu’il n’a pas le droit d’entrer dans le bureau, leur première réaction, c’est de rappeler leur demande. Ils sont tellement sûrs de leur bon droit qu’ils sont choqués du fait qu’on commence par leur dire de sortir. Ils insistent et insistent et si limite s’il faut pas qu’on les vire à coup de balais, ce qui bien sûr nous vaut de nous entendre qu’on n’est pas aimables.

Et on peut continuer hein… L’autre jour, grosse grosse journée… un truc de fou. Des files d’attente qui s’étiraient jusqu’à la moitié du magasin… J’étais persuadée d’embaucher à 13h. Je dis bonjour à un collègue que je croise et qui limite me traite comme le messie « ooooh ! la relève ! », je lui demande donc de m’expliquer la matinée… j’ai aucun mal à le croire dans la mesure où à 13h ils sont encore à six caisses et les files sont longues. En regardant sur le tableau des tâches, je réalise que je devais commencer à 13h30. Je ressors pour demander à mon collègue où est la responsable, histoire de savoir si elle veut que je prenne en avance « non mais demande pas ! s’il te plaît pointe ! ». Devant le bordel, je ne me fais pas prier… Du coup, en début d’aprem, je me suis retrouvée à faire plein de petites tâches diverses histoire de remonter le magasin (en gros le remettre en ordre). Je me fais bien sûr à chaque fois alpaguer par des clients qui me reprochent le chaos de la matinée, ou bien me reprochent de ne pas savoir ce qui s’était passé le matin… ce qui bien sûr me met d’excellente humeur. Dans mes missions, on me demande de passer l’auto-laveuse dans tout le magasin. L’auto-laveuse, cet espèce de gros veau super chiant à manipuler au milieu des clients. Un vrai bonheur. Je ne vais pas vite. Mais comme toute l’équipe est déjà hyper stressée de sa matinée (et te rebalance donc son stress dans la tronche), que les clients n’en ont rien à foutre de ta gueule, ce qui devait arriver a fini par arriver. En voulant tourner, j’ai tapé le pied d’un client qui me coupait devant. Je roulais à deux à l’heure, donc je ne pense pas lui avoir fait très mal, mais quand même. J’arrête tout, m’excuse (trois fois), lui demande si ça va et s’il y a besoin de nettoyer ou désinfecter. Si je peux comprendre que cela soit agaçant ainsi que le fait d’être en tort, je ne suis pas sûre de pouvoir cautionner la réponse suivante « non mais putain vous êtes vraiment trop con ! c’est de l’incompétence ! même pas foutue de faire un truc simple ! pis toute façon vous avez pas à faire ça à cette heure-là ! ». J’ai redémarré l’auto-laveuse et je me suis barrée sans un mot de plus. J’espère qu’il y avait une plaie et qu’elle va s’infecter. Na.T’auras une bonne raison de te plaindre si ta jambe est gangrenée !

Tiens d’ailleurs, avant l’auto-laveuse, ce jour-là, on m’a demandé de faire la mise à plat dans le frais (ce rayon me suit jusque dans mes rêves, faut que j’en fasse une nouvelle d’ailleurs…). La mise à plat, c’est quand on enlève tous les cartons vides, qu’on reconditionne ceux qui restent et qu’on range la merde laissée par les clients (parce que pour faire trois pas pour remettre ton article à sa place quand tu peux l’abandonner là ?) Alors que j’arrive enfin au bout et qu’il me reste à finir le rayon des yaourts, un homme ventripotent se sépare de son groupe d’amis parce qu’il veut des yaourts nature. Je suis un peu speed parce que j’ai bien compris qu’il fallait tout faire très vite alors que le rayon est dans un état désastreux. Du coup, je suis un peu hyper concentrée sur ce que font mes bras et mes mains et j’oublient un peu le reste du monde. Si bien que je n’entends pas tout de suite les « hey ! hé ho ! » sur ma gauche. Quand je les entends, je me dis d’abord qu’il appelle ces potes parce que quand même, on en est quand même pas à m’appeler comme si j’étais un chien. Bah si. Du coup ça m’a énervée, alors j’ai mis un point d’honneur à ne pas sortir la tête de mon frigo alors même que les « hého ho ! » continuaient. Quand je suis enfin sortie pour passer au suivant, le mec me balance limite son paquet de yaourt dans la gueule « hé ! Les yaourts là, ils sont sucrés ou pas ? » Je suis prodigieusement agacée de la situation. Ça fait deux minutes que le mec me hèle comme un chien pour une information qu’il pourrait avoir par lui-même ? « Je ne sais pas. Si c’est le cas ce doit être écrit dessus. _Je sais pas lire. » Trop bonne trop conne, je me sens stupide. Sur le moment, prise dans le stress de l’après-midi infernal qui s’annonce, je ne me dis pas « s’il savait vraiment pas lire, il le balancerait pas comme ça, rappelle toi quand c’est vraiment arrivé quelqu’un qui nous a demandé quelque chose de con parce qu’il savait pas lire ». Et puis j’ai pour principe de toujours commencer par croire les gens. Donc je dis que non ils ne le sont pas. Comme je le vois reposer son paquet du coin de l’oeil, je me dis qu’il en cherche peut-être des sucrés, et comme je me sens toujours cons de l’avoir envoyer chier s’il savait vraiment pas lire, je prends deux secondes pour lui indiquer où en trouver des sucrés « oui oui j’ai vu ». Pauvre connard de merde. Le mec en question avait décrété que je ferais le taf à sa place, alors voilà. Le mec n’avait aucun problème à perdre trois minutes de sa vie pour m’humilier pour son plaisir. Trop cool. Sans parler des gens qui ne peuvent vraiment pas lire…

Quand au final, j’ai bien envie de dire aux clients d’aller se faire enculer à sec, mais comme j’ai pas le droit je trouve le moyen de les planter dans leurs conneries. « Non je ne remets pas en cause ton autorité, tu n’en as aucune ! »

Et puisqu’on en est à parler des gens qui te hèlent comme un chiant… Une autre journée de fou (on les a un peu beaucoup collectionnées… d’où, paradoxalement, le manque d’article, comme vous pouvez le voir, j’étais plutôt d’humeur à arroser les gens de napalm que de mon humour noir dévastateur)… Je pointe à 10h, après avoir regardé sur le tableau des tâches, je vois que je suis en caisse. Je sors de la réserve pour trouver la responsable du coffre et récupérer mon caisson. Je n’ai pas fait deux pas hors de la réserve « hep hep hep ! ». Super. Je m’en vais donc voir les gens, qui bien sûr ne daignent pas me dire bonjour, « y a pas les prix ! c’est quoi les prix des abricots ? _Je ne sais pas, je vais aller demander en caisse et je vous dis ça. _Tant que vous y êtes on veut le prix des melons et des pêches ! Y aucune affiche dans votre rayon ! » Regard sur ma montre, il est 10h02… la journée sera longue. Je m’en vais en caisse, salue mes collègues, leur demande les tests prix nécessaires, écrit le tout sur mon bras parce que je sais que j’ai le temps d’être arrêté quatre fois avant de retrouver les clients en question, ce qui laissera le temps aux chiffres de complètement se mélanger dans ma tête. « Quand même. Et sinon l’autre jour on a acheté un filet de pêche, le lendemain elles étaient quasiment toutes pourries ! Vous faîtes quoi dans ce cas ? » Bah je remonte le temps, puis je bloque tes pêches dans un autre espace-temps pour qu’elles pourrissent moins vite. J’avais surtout envie de lui dire qu’elle avait qu’à mieux choisir. Comme jusque là je n’avais eu ni bonjour, ni s’il vous plaît, ni excusez-moi, ni merci… je l’ai plantée là. « Je suis désolée, des tris sont faits régulièrement pour éviter ce type de désagrément. Malheureusement moi je ne peux rien faire de plus. Bonne journée. » Tu veux me prendre pour une conne ? Pas de soucis, je suis pas contrariante, je serai conne, et je ne ferai aucun effort. Merde à la fin. Regard sur ma montre, 10h07. Oh putain…

Pardon lecteur ? Tu es trop jeune pour être un vieux con ? Oh mais ne t’inquiète pas ! J’ai aussi la recette pour être un jeune connard, pas de problème. L’autre jour, j’étais en caisse. Ma collègue me prévient par micro qu’un groupe de petits jeunes va se pointer avec de l’alcool, qu’elle n’a pas tout compris de leur conversation mais qu’elle trouvait ça étrange… une histoire de photo, qu’on n’allait pas poser de question… bref, elle m’enjoint à vérifier les pièces d’identité. Je repère le groupe, et en effet, ce beau monde paraît bien jeune. Genre tellement imberbe que même moi à 13 ans j’avais plus de poils que les mecs à ma caisse. Et effectivement, l’attitude un peu fuyante de qui sait qu’il est pas trop dans son bon droit. Au dernier moment, ils changent pour aller à la caisse de mon collègue derrière, Super Flèche, aka énorme boulet égoïste et non fiable de l’équipe. Ne l’entendant même pas demander de pièce d’identité (sans doute trop pressé d’aller en pause j’imagine…), je me retourne un peu colère et demande à ce qu’on nous présente une pièce. « non mais c’est bon ils sont majeurs _dans ce cas-là il n’y aura pas de soucis à nous montrer la pièce d’identité ». Et nos amis les jeunes ont fait la connerie à ne pas faire : ils se sont énervés. D’expérience, même quand tu te plantes de trois ans, les gens majeurs ne se mettent pas à te traiter de connasse quand tu leur demandes leur papier. S’ils ne l’ont pas ils soupirent, râlent un peu, mais vont la chercher et reviennent. Fin de l’histoire. « Non mais on est majeurs putain ! _Dans ce cas-là montrez-moi une pièce d’identité et nous n’aurons aucun soucis à vous vendre la bouteille. » Là-dessus, la nana me sort son smartphone et me montre la photo du papier temporaire qu’on reçoit après avoir passé le permis, le temps que la préfecture t’envoie le vrai. « Je suis désolé mais ceci n’est pas une pièce d’identité. _Bah si ! Y a mon nom ! Ça dit que j’ai le permis ! _Ce n’est pas suffisant. Ce papier n’est pas une pièce d’identité, il ne comporte ni photo ni date de naissance ni adresse. Qui plus est, une photo ne pourra jamais être considérée comme un papier d’identité. _Bah c’est tout ce que j’ai alors vous vous démerdez vous faîtes avec. _Non. Ce n’est pas une pièce d’identité. En ce qui me concerne c’est non, fin de l’histoire. _Non mais c’est bon elle est majeure putain ! Y a son nom dessus ! _En l’occurrence, rien ne me prouve qu’il s’agisse bien de son nom, de son papier. _Putain vous êtes con ! Hé tu t’appelles bien Ludivine… Ludivine… comment tu t’appelles déjà ? » Ha en voilà un mytho bien préparé ! Je commence à avoir sérieusement envie de leur dire que c’est pas en me gueulant dessus qu’il va leur pousser un poil de slip… Je campe donc sur mes positions, sort de ma caisse et commence les manipulations pour annuler le ticket sur la caisse de mon collègue, histoire de faire comprendre que c’est moi qui commande et que la discussion qui n’avait d’ailleurs jamais commencé est close. « Ouai bah on va aller la chercher la pièce d’identité ! Et ça vous fermera bien la bouche ! _Mais oui, y a pas de soucis Choupinou. Vous nous ramenez une pièce d’identité et je vous vends autant d’alcool que vous voulez. » J’imagine que si la porte coulissante pouvait se claquer ils l’auraient claqué avant de mettre du Maître Gims à fond histoire de faire savoir qu’ils étaient pas contents. Plus tard, je pars prendre ma pause. Au casque, ma collègue, la même que tout à l’heure, m’informe que les ados sont revenus, mais pas avec une pièce d’identité, avec un adulte. Preuve est donc faîte pour toute l’équipe. Quand je reviens, j’en reparle à Super Flèche en lui disant de faire plus attention la prochaine fois… « non mais c’était son père, et il m’a bien dit qu’elle était majeure » Je baisse les bras… y a un moment, qu’est-ce que tu veux dire ? Elle était tellement majeure qu’en rentrant chez elle, elle avait le choix entre sa carte et son père, elle choisit de ramener son père ? Et moi je suis la Grande Impératrice de toute la Chine.

Quand au bout d’un moment, il faut appeler un chat un chat : les clients sont cons et puis c’est tout. « Je pense que je vais renvoyer ce livre à Amazon « Tours d’évasion faciles pour Magicien Amateur » »

Il va être temps d’arriver au bout de cet article avec la fameuse Théorie du Chorizo, baptisée ainsi grâce à mon frère… Une des choses qui m’agacent est de passer mon temps à dire aux clients où sont les choses. Pourquoi ça m’agace ? Parce que si certains semblent vraiment paumés, si d’autres tournent depuis quinze minutes sans voir le truc sous leur nom, ou encore si Monsieur Lidl a décidé que les filtres à café seraient mieux avec l’aluminium et les sacs poubelle qu’avec le café (Monsieur Lidl doit boire du thé) ou bien les cacahuète d’un côté du magasin et les chips de l’autre, l’alcool et le vin d’à côté, la bière de l’autre… certains ne s’emmerdent tout simplement. Quand ils te voient, tu représentent un genre de Lidl Drive à toi tout seul, au point que des fois j’ai juste envie de tendre la main « une pièce pour le guide ». Comment on le sait ? Parce que trop souvent, il te suffit juste de tendre le bras parce que c’est à côté, ou qu’ils viennent purement et simplement de passer devant. Mais je t’entends petit lecteur ! « des exemples ! des exemples ! des exemples ! ». Tu vois comment tu es, en fait tu demandes que ça qu’on te livre l’humanité en pâture… Aller va, si t’as du napalm j’ai des allumettes.

Quand je dois indiquer un produit à un client alors que celui-ci n’est pas à côté, je préfère souvent utiliser un repère plutôt que dire « deuxième allée », je trouve que c’est plus pratique, plus direct. Mais comme d’hab, des fois jme trompe. Une fois donc, une petite vieille vient me demander où est l’huile. Je repère dans ma tête, regarde où on en est « Vous voyez les oeufs là ? _Oui. _Et bien ça sera dans ce rayon-là, juste en face madame ». Elle s’en va donc. Cinq minutes après elle revient me voir « vous vous êtes trompée. Ou Alors ça a dû être changé de place, en face c’est le lait » Ha ouai. J’aurais dû préciser qu’il fallait faire deux pas sur la gauche pour avoir l’huile. Honte à moi.

Une autre fois, alors que je faisais la mise à plat dans le frais (parce que ça faisait longtemps), j’entends une nana dire à sa gamine « non mais je vais pas m’emmerder à chercher quand même » avant de venir me demander où était le truc devant lequel elle venait de passer sans le voir puisqu’elle avait décidé que j’allais le trouver pour elle.

Un autre jour, je mettais le frais en rayon (incroyable non ? ), pareil, la gueule coincée dans l’étagère du bas, à me contorsionner entre deux portes et dix cartons de carottes râpées ou de piémontaise. « Excusez-moi » Oh chouette, une madame polie ! Je m’extraie de mon frigo, j’avais à peine retrouvé un équilibre stable sur mes genoux (parce que je suis accroupie hein, rappelez-vous) qu’elle me colle littéralement un prospectus dans la gueule pour me demander où étaient les tables à repasser, que du coup je ne pouvais pas voir, parce que je vois très mal quand les choses sont à 2 mm de mon visage. D’une, j’ai failli me vautrer, de deux, paye ton invasion d’espace privé… Surtout que si elle avait pris deux secondes pour le lire son putain de prospectus, elle aurait vu qu’il y avait la date à laquelle on les avait. En plus, c’était un mercredi. Alors sans réfléchir j’ai annoncé que c’était pas aujourd’hui, parce qu’on ne reçoit ce genre d’articles que les lundi et jeudi…

Et ce même jour, genre dix minutes après… alors que j’écrase un peu mes cartons avant de partir en pause (parce que j’ai un peu rappelé que j’étais là depuis 5h et que pour une fois j’aimerais bien ne pas me faire avoir en ayant ma pause à 11h…), un vieux me fonce dessus « c’est où le chorizo ? _Vous venez de passer devant… _hahaha » lol.i.lol. Comment on en arrive  la Théorie du Chorizo ? Je suis du genre à beaucoup prendre sur moi. Paradoxalement, je râle beaucoup sur mes machines, mais je perds assez rarement mon sang froid face aux clients, au point que mes collègues savent que je commence effectivement à le perdre, il devient urgent de me faire aller en pause sous peine de voir de la cervelle de fada sur les murs… Du coup, quand je rentre du taf, ou quand je suis avec des collègues à la pause, faut bien que j’évacue. Alors je raconte toutes les merdes, les petits et les grosses, les agressions, les petites et les grosses, jusqu’à ce que mon cerveau puisse à nouveau fonctionner correctement. Donc mes parents et mon frère ont l’habitude de me laisser un temps où je vide juste mon sac en insultant la terre entière et sa mère (carrément, j’ai peur de rien moi). Un jour une de ces conversations s’est fini ainsi :

Mon père : Vivement que t’ais fini de bosser là-bas… y a ta vision de l’humanité, qu’était déjà pas bien haute, qui est en train de sérieusement se dégrader.
Mon frère : Mais non, elle se dégrade pas. C’est tout pareil. C’est juste que maintenant elle a des mots. Tu vois les fois où elle s’énerve parce que la société fait n’importe quoi et que c’est pas juste ? Bah maintenant elle sait. Parce que si les gens ils ont la flemme de chercher le chorizo alors qu’ils passent devant, comment tu veux qu’ils travaillent à la paix dans le monde ?
moi : Putain t’es un génie OO

Bon d’accord, c’est un peu gros. Mais il y a des moments comme ça, où tu réfléchis quand même beaucoup au potentiel des gens… Quand tu les vois te faire un sourire gentil parce que tu viens de te faire lourdement draguer (je vous raconterai une autre fois), ou qu’un vieux à cramer ses fusibles en hurlant, quand ils ramassent un carton abandonné au milieu du rayon, quand ils laissent passer la femme enceinte ou le papy et sa jambe en plastoque sans qu’on leur demande de respecter la priorité, quand ils filent les 10 centimes qui manquent au client précédent, qu’ils te laissent boire un coup d’eau, qu’ils te demandent comment ils peuvent te rendre la tâche plus facile, etc etc c’est con, mais ce sont des actions d’empathie gratuites… Alors qu’à l’inverse, quand ils décrètent que c’est ok de te marcher dessus parce que tout le monde le fait, normal de même pas te dire bonjour, en ont rien à foutre de pourrir la vie, t’humilient pour leur plaisir, te rabaissent au stade de machine, t’accusent de tous les mots de la terre…  bah perso je me dis que j’aimerais pas que ma vie dépende de leur forfait téléphonique. Et voilà donc la Théorie du Chorizo : certaines personnes considéreront que c’est toi à de trouver le chorizo pour elle, de le couper et compagnie, et d’autres t’en proposeront une tranche.

C’est donc sur cette pseudo philosophie de comptoir que je vais vous laisser ! L’article est long, mais encore une fois, j’en ai laissé plein de côté… Comme toujours, on se retrouve sur Facebook et twitter.

La chanson de la semaine c’est le retour de Dir en Grey que je découvre avec un peu de retard… mais qui fait vraiment plaisir !

Et une découverte musicale grâce à L’Oiseau Lyre

Le concept, le pragmatisme et Gérard.

La dernière fois, je parlais de la paranoïa des clients, mais peut-être qu’il est temps que je parle de la mienne. Parce qu’à force de bosser là-bas, je finis vraiment par avoir la sensation que tout est fait pour m’emmerder. Et je ne dis pas ça parce que mon bras droit a l’air de sortir tout droit d’un film de zombis de mon frère après avoir passé deux jours à mettre le frais en rayon. Je dis ça parce que, clairement, les cartons veulent ma peau.

« Quand tu te réveilles le matin en pensant qu’on est vendredi… mais qu’en fait on est seulement jeudi. »

Le nouveau truc maintenant dans ce nouveau magasin, à chaque fois que je signale quelque chose, ou demande une modification histoire de nous simplifier la vie, on me répond de façon quasi systématique « c’est pas concept ». Ha. Passons sur le fait que ça ne veut absolument rien dire (non, on ne peut pas utiliser un nom comme si c’était un adjectif et prétendre que ça fait parfaitement sens. On. ne. peut. pas. Fuck you marketing team…), et faisons semblant que ça veuille dire quoi que ce soit… Je sais, ça demande un effort, mais comme tout mot pseudo-technique employé dans n’importe quel milieu professionnel, à force de te l’entendre répéter, tu finis par croire que ça veut vraiment dire quoi quelque chose. (genre à MacDo, je trouvais très français de dire « je fais la close ce soir ». Voilà voilà)(la domination sera linguistique ou ne sera pas)(et la parenthèse n’est pas domination malheureusement) Commençons simplement voulez-vous…

Maintenant, toute la façade du magasin est une immense baie vitrée, ce que la claustrophobe en moi apprécie moultement tandis que la photosensible en moi le déplore tout aussi fortement. La sortie se fait dans le coin du magasin. En fait avant, on avait un sas de sortie et un sas d’entrée bien distincts, alors que maintenant on a un seul grand sas en coin qui donne d’un côté sur la porte d’entrée, de l’autre sur la sortie (c’est très clair je te jure). Le long de la baie vitrée, deux issues de secours, des portes qu’il faut ouvrir en appuyant sur une poignée. Dessus, il est clairement écrit « issue de secours » à « hauteur d’yeux » (les guillemets c’est parce que l’hauteur d’yeux en question elle est réglementaire, pour ne pas dire réglementée…) en vert. Bien entendu, les issues de secours sont ouvertes dans la journée, sinon ça servirait un peu à rien (mais juste un peu). Et les issues de secours sont mises sous alarme à longueur de journée, si bien que comme n’importe quelle porte du magasin, si on l’ouvre sans le badge, l’alarme sonne. Vous commencez à le voir venir où je prends quand même la peine de vous le raconter ? Aller je vous raconte, j’ai rien d’autre à foutre (à part regarder Indi dormir au bout du canapé, ce qui est tellement mignon que j’ai presque l’impression de ne pas passer un été de merde par excellence). Régulièrement, nous avons donc des clients qui sortent par l’issue de secours, ce qui fait retentir l’alarme, ce qui nous oblige à appeler un responsable pour qu’il ou elle arrête le supplice d’un coup de badge magique. Plusieurs choses… Déjà, que quelqu’un m’explique pourquoi les issues de secours sont sous alarme. Une alarme dans un magasin, c’est pour te faire savoir quand quelqu’un force l’entrée non ? Quelle est la logique ? Qu’on les branche quand le magasin est fermé, là aussi ça a du sens (quoique, j’imagine que tout est centralisé, alors si le mec a niqué l’alarme au centre, il les a toutes niquées non ? genre ça n’arrive pas ça : « mouhahaha, j’ai niqué l’alarme de l’entrée et même celle du coffre ! je suis trop fort ! tiens pour le fun je vais sortir par l’issue de secours » *TULUTULUTULUTLUTUTLUTUTLUTLUTLU* Non, je ne pense pas…), mais en journée ? Quelle est l’utilité d’une telle démarche ?? Qu’on m’explique pourquoi mes tympans méritent pareille agression régulièrement dans ma journée de travail… Sérieusement, je vais me coucher, j’entends encore les alarmes dans ma tête… Que les gosses ne voient pas l’inscription, je peux entendre. Pour certains, elle est genre trois têtes plus haut que leurs yeux… et d’autres savent même pas lire… ou alors pas le français… Quant aux adultes… deux choses. À notre défense : quand vous allez dans un magasin, à part celle des toilettes (si tant est qu’il y en ait), est-ce que vous ouvrez la moindre porte ? Non. Le client étant roi, faudrait pas trop qu’il se fatigue, alors les portes s’ouvrent par magie devant lui. TADA. Du coup, les clients qui sortent par là ne devraient-ils pas tilter que s’ils doivent produire un effort, aussi risible soit-il, pour sortir, c’est sans doute qu’il y a un soucis ? À la défense des clients (autres que les enfants que pour une fois je vais excuser)(après tout leur plus grand crime est d’exister mais à la limite, ça non plus ils y sont pour rien) : il est bien indiqué issue de secours, mais en vert avec une vue dégagée sur le parking gris et les plates bandes vertes, dans une écriture toute fine police 12 (et encore). Du coup, si tes yeux ne tombent pas dessus, je peux entendre que tu ne vois pas l’indication. Bon je peux l’entendre parce que je n’ai pas entendu l’alarme ce matin et que j’écoute du Dir en Grey… parce que dans les faits, cet alarme me vrille tellement la gueule sur le moment que j’ai juste envie de leur éclater les dents sur le mur.

Mais comme un tel comportement ne rentre pas dans le cadre du SBAM, j’ai demandé à ma responsable s’il ne serait pas plutôt possible d’accrocher une affiche rouge sur la porte, histoire que cette fois les gens tiltent vraiment : c’est visible et ça ne bloque pas la sortie. « c’est pas concept ». Ha. C’est quoi le concept ? Qu’on soit tous sourd à la fin de l’été ? Qu’on ait tellement bouffé cette alarme dans la gueule qu’on démolisse le coupable alors que dans le fond l’erreur peut être compréhensible ? Et du coup, un taser c’est concept ou pas ? Non mais je demande hein… y a peut-être une case dans le bon de commande pour ça…


Pendant ce temps-là, dans le salon, mon frère rentre alors que j’écoute Moonspell un peu fort

moi : je t’avais pas entendu rentrer.
lui : non je me doute. 
moi : faut bien que la campagne ait des avantages !
lui : non pis je comprends, t’as des enceintes géantes alors t’es là « oh un peu plus fort, tiens encore un peu plus fort, un petit plus fort encore, bon j’ai les oreilles qui saignent mais on doit pouvoir mettre un peu plus fort »
moi : ah bah comme dirait papa, « les guitares c’est comme les graisses on les aime saturées » ! 


« Je suis à moitié procrastinateur et à moitié sociopathe. Donc je te tuerai demain… ou peut-être le jour d’après. »

Mais continuons donc sur nos bons concepts ! Figurez-vous qu’une poubelle non plus, c’est pas concept. Voilà. Alors qu’est-ce qu’on nous a collé comme poubelles ? Dans le hall d’entrée, nous avons des « poubelles » : dans un renfoncement du mur, vous avez quatre trappes « déchets quotidiens » « papier, carton » « pile » « ampoule ». Du coup vous allez me dire « mais qu’est-ce qu’elle nous chie, elle voit bien que y en a des poubelles ». Ha haha. Que tu es naïf petit lecteur ! Sache que le monde recèle autant de secrets dégueulasses que ces poubelles cachent de merde ! Car si elles ont tout de l’apparence designée de la poubelle « concept », dedans, c’est tout vide. Rien n’est prévu pour un sac, ou un éventuel contenant. Alors qu’est-ce qu’on met ? Des cartons de boulangerie dans lesquels nous sont livrées les baguettes. Résultat ? La poubelle « piles » doit être vidée régulièrement sous peine de ne pas pouvoir la soulever puisque pas de prise (et les cartons lidl c’est pas les plus solides du monde)(mais on va y revenir !). Quant à la poubelle « déchets quotidiens », il faut la vider à la main dans un sac poubelle digne de ce nom parce qu’il faudra quand même recycler le carton. Conseil : mettre des gants. Parce qu’entre les bouts de verre (bande de connards), les canettes pas vraiment finies, les trucs qui ont commencé à moisir et dégouliner, c’est pas trop la joie. Je veux bien que bosser à MacDo m’est quelque peu endurcie niveau dégueulasserie (si toi aussi tu as déjà eu à vider les bacs de graisse des grills, tu sais de quoi je parle), c’est quand même pas la joie quand après faut que tu retournes en caisse. Un vrai putain de bonheur. Changer une poubelle devrait me prendre cinq minutes top chrono. Mais avec ce brillant système très concept, il m’en faut quinze. Vous êtes des génies les mecs ! C’est joli, certes, mais ce n’est ni pratique, ni efficace, et pas tellement hygiénique. Well done.

Mais non, je n’ai pas fini ! Comme ce n’est pas suffisant (parce que dans un monde capitaliste, enough is never enough, on n’en fait jamais assez), il n’y a pas de poubelle dehors du tout. Par contre, il y a un cendrier. Au début, je trouvais ça plutôt bien, ça manquait dans l’ancienne configuration, du coup les gens les jetaient partout et c’était franchement dégueulasse (surtout quand t’es le couillon désigné pour aller ramasser). Au moins maintenant, on en retrouve plus partout. Un bon point pour Monsieur Lidl. Sauf que comme y a pas de poubelle, que se passe-t-il ? Et bien il arrive que les clients n’aient pas l’idée d’abandonner leur ticket de caisse ou la petite merde X ou Y à ta caisse, ou par terre dans le hall. Ils sont pris d’un regain de non connerie, et du coup, ils le mettent… dans le cendrier. Alors là lecteur, il va falloir que tu sois très attentif… À ton avis, il se passe quoi quand on met des bouts de papier dans un cendrier où des gens éteignent leurs mégots ? Ne crois pas que je te pose la question parce que je te crois débile ! Loin de moi cette idée saugrenue, après tout on ne se connaît pas… Mais apparemment la réponse est loin, très loin d’être évidente, alors je me dis que peut-être on pourrait jouer aux devinettes… Eh bien figure-toi lecteur que quand on met des bouts de papier et un élément en feu (même tout petit) dans un tube d’acier, et bien ça brûle. Incroyable non ? En une semaine, ça fait déjà deux fois qu’ils nous mettent le feu au cendrier. Ce qui amuse drôlement la pyromane en moi, mais bon quand même. J’ai donc eu l’occasion de passer pour une psychopathe puis que la conversation s’est déroulée comme suit : une dame rentre un peu paniquée dans le magasin et me saute dessus : « y a le feu ! le cendrier brûle, ça fume ». Effectivement, je constate que ça fume sacrément noir. Deux secondes de réflexion afin d’évaluer le potentiel danger direct… mon cerveau arrive à la conclusion que dans la mesure où le cendrier est un tube clos, le feu va mourir de lui même tôt ou tard, et comme le truc fume comme pas permis, personne ne va avoir l’idée de le toucher, donc personne ne risque de se brûler. J’en conclus que je peux terminer ce que je fais et aller m’occuper de l’importun. « Bah, il va pas aller bien loin de toute façon, je finis de m’occuper de mes clients et j’y vais. » Apparemment, vue la tête de la dame, ce n’était pas la réaction attendue. Ceci dit j’avais raison : dix minutes après même pas, n’écoutant que mon courage, je me saisis d’un seau d’eau ayant contenu des fleurs et m’en vais affronter les flammes. Le combat fut bref, mais elles luttèrent héroïquement. Le souvenir de leur agonie restera à jamais gravé dans ma mémoire, toujours je porterai ce poids sur ma conscience. Attendez je crois que des tartines de nutella m’appellent, je reviens !


Pendant ce temps-là, dans les rues de Nantes, je marche avec ma super copine, quand soudain, elle s’arrête net et s’écrit : « Regarde ! Une librairie ! On y va ? ». Mais que voilà une définition du shopping qui me plaît !


Quand mes cartons commencent à me gonfler et que je leur apprends la vie. « Je pense qu’il a compris la leçon, maintenant il y réfléchira à deux fois avant de squatter le coin de soleil ! »

Cette fin de semaine, j’ai gagné le droit de faire le frais… j’ai eu la joie d’y passer pas mal de temps… un vrai bonheur… comme peuvent d’ailleurs en témoigner tous les points de suspension de cette phrase… Le frais c’est la quintessence de tout ce qui est chiant dans la mise en rayon… Tout y est pour te faire chier… Rotation des produits (dates les plus « loin » dans le fond), « ouverture » cartons à faire (arracher un bout du carton pour que les clients puissent avoir accès facilement au produit, notamment pour les étagères du haut), rapidité obligatoire car chaîner du froid à respecter, palettes mal conditionnées, clients qui se servent directement dessus, et surtout, cartons mal pensés et rayon conditionnés au poil de cul près. Sérieusement, tu sens que le truc est pensé pour qu’il n’y ait pas un millimètre carré sans marchandise proposée à la vente. Tout est hyper serré, des produits sont placés hyper haut (à tel point que j’hésite toujours à faire ma rotation à l’envers, car les clients se serviront dans les cartons du bas de la pile puisque ce sont eux qu’ils atteignent le plus facilement… mais comme je risque d’être la seule à le faire, ça va tout mélanger les dates alors je m’abstiens) et vraiment… ces putains… de cartons… de merde… Bordel mais même le carton il est lidl ! Je vous jure, on la sent l’économie de bout de chandelle sur la matière première ! Les cartons sont fins au possible, si bien que la moindre humidité les ramollit et les fait se déchirer sous le poids des yaourts… ce qui n’est absolument pas un problème puisque comme chacun sait : y a jamais la moindre humidité dans un frigo ! Jamais ô grand jamais ! J-A-M-A-I-S ! MAIS BORDEL DE CONS DE MERDE ! Donc… tu prends ton carton sur ta palette, celui-ci commence déjà à se tordre, se plier. Tu constates qu’il faut que tu fasses une rotation complète, à savoir, sortir les six cartons du même produits déjà en rayon pour foutre le tiens en dessous, puis remettre le tout. SAUF QUE ! Ces six cartons-là, ils avaient eux aussi déjà commencé à se tordre et se plier sur la palette quand ils ont été mis en rayon… et ils sont encore plus humides après le frigo… et comme ils sont serrés ratatinés contre ceux autour parce que limite t’es obligé de les enfoncer à coup de marteau pour qu’ils rentrent entre les références autour parce qu’il n’y a pas d’air du tout ! y a pas un millimètre de marge de manoeuvre ! Alors forcément, bah le carton humide, quand tu essaie de le sortir avec son poids de marchandises dedans, que tu dois l’extirper du rayon plus que le retirer, il se passe quoi ? Bah il se déchire ! Et si t’es un gros winner of da life, et bah des fois, les packs de yaourts dedans, et bah ils font pareil ! Voilà. Tout se déchire sous tes mains au point qu’au bout de la moitié d’une palette tes mains sont bleues à cause de l’humidité et de la peinture des cartons. Et attends parce qu’une fois que tu as quand même réussi à extirper le tout en réussissant à n’avoir aucune perte, sans déloter les yaourts, mais pas sans avoir insulter leurs mères à tous, cartons et yaourts (l’autre matin avant l’ouverture, ma responsable m’entend râler et jurer vertement, mais a eu la bonne idée de me laisser m’énerver dans mon coin), que tu as trié tes dates au cas où la rotation ça serait un peu la fête du slip, que tu as posé le carton que tu voulais mettre en rayon, non sans avoir forcé comme un bourrin, parce qu’en plus les coins des cartons se coincent les uns dans les autres, ou encore dans les équerres des étagères, et bah après, IL FAUT REMETTRE LE TOUT ! Il faut remettre des cartons encore plus humides, encore plus disloqués, encore plus déchirés, encore plus abîmés, dans un rayon tellement au poil de cul que tu te demandes s’il faudrait pas mettre dix plaquettes de beurre en frais magasin direct parce que peut-être ça glisserait mieux, sans te tromper dans l’ordre des dates, avec parfois des clients qui viennent t’interrompre, et la petite voix dans ta tête qui calcule combien de temps ces cartons ont passé hors du frigo, combien de temps tu mets sur ta palette totale et elle se demande à partir de quand tu auras définitivement rompu la chaîne du froid et putain y a un fromage blanc qui vient de t’éclater à la gueule ET BORDEL DE TA MÈRE LA PUTE EN STRING DE BORDEL DE BITE À CUL ! Merde. Même un fist dans un mec constipé ça passe plus facilement bordel. Ha oui pis bien sûr, j’ai oublié de vous dire que pendant ce temps-là, les cartons en question vous déchirent les bras parce que mettre des cartons en rayon c’est encore plus dangereux que de jouer avec un chat.

Alors du coup, forcément, quand je suis levée depuis 4h du mat, que j’attaque la 5ème palette de frais, que mon collègue râle autant que moi (mais pas tout à fait dans le même style, disons qu’il est moins véhément), je me mets à imaginer à quoi peut bien ressembler la réunion des monsieurs en cravate de chez Lidl qui nous ponde ces chouettes petites idées…

« Ouai alors dans la nouvelle version, les frigos, on met des portes ? Aller ! On met des portes ! C’est grave stylé les portes !
_Le truc Gérard c’est que si on met des portes, bah c’est pas pratique pour la mise en rayon… tu sais ils vont pas avoir assez de mains pour les tenir ouvertes, et puis y aura forcément des articles qui tomberont en plein entre deux portes…
_Bah, pendant ce temps-là ils ont pas le temps de lire la convention collective !
_Bien ouèj Gérard ! Comment on fait pour les commandes ?
_Alors moi je propose qu’on leur colle 25 cartons de crème aux oeufs.
_Mais pourquoi autant ??
_Parce que j’adore la crème aux oeufs. Alors il faut qu’ils aient plein de crèmes aux oeufs. C’est bon la crème aux oeufs.
_T’abuses Gérard, ça va les faire chier quand même.
_Mais non ! T’as qu’à les envoyer à la place d’un truc genre les brassés aux fruits.
_Ça se vend pas vachement bien les brassés aux fruits ?
_Aucune idée, j’en achète jamais. Du coup c’est pas trop grave s’ils ont pas de stock.
_D’ailleurs en parlant des stocks, on a réglé cette histoire de date ?
_T’emmerdes pas ! Tu leur envoies trois quatre dates différentes par référence, ça aussi ça va bien les faire chier !
_Putain Gérard t’es on fire aujourd’hui !
_Ouai, j’ai vidé ma corbeille à papiers dans le cendrier !
*rires gras autour de la table*
_Attendez attendez ! Je sais ! Tu sais les cartons pour les bocaux d’anchois ? Pense à les faire tous fins, et surtout, pas assez haut pour empêcher l’anchois de se casser la gueule.
_T’as déjà fait mieux Gérard.
_Ok, alors que dis-tu de mettre tous les cartons de surimis en dessous de la palette, et dessus, on monte des piles et des piles de cartons de salades toutes faites genre piémontaise et autre ? Histoire de les faire voyager jusqu’à la tour de Pise.
_Gérard… t’es un génie… putain, c’est tellement beau quand tu parles j’en ai la larme à l’oeil… »

Je suis sûre que ça passe à peu près comme ça ! Bon d’accord, on n’est pas à la virgule près non plus, mais je suis persuadée que je suis pa loin… Y a beaucoup trop de Gérard à lidl !


Pendant ce temps-là, dans le couloir, mon frère rentre en imitant le chat :

« Je suis làààà ! Est-ce que tu as bien entendu que j’étais là ? Parce que je suis là ! je suis rentré !
_Pourquoi tu fais ton Gribouille ?
_Bah parce que comme t’es toute seule tout le temps à la maison en ce moment, jme suis dit ça se trouve elle en profite pour se balader à poil. Alors du coup je te préviens ! Comme ça on évite les incidents ! »


Aller promis, la prochaine fois on parle à nouveau des conneries des clients… J’avais juste envie de changer !
Comme toujours, on se retrouve sur Facebook et twitter (ce qu’il est un peu con de préciser vu que la plupart d’entre vous arrive de là mais bon, question de principe !)

La chanson de la semaine, le retour de Betraying the Martyrs :

La théorie du complot et la politesse.

Mais voilà déjà trois semaines que je ne vous ais point raconté mes aventures lidliennes ! À tel point que je ne suis même pas sûre de me souvenir de tout ce qui a pu se passer depuis tout ce temps… je m’en vais donc essayer de vous retrouver les plus mémorables…Sans plus attendre et sans transition donc !

En effet, le café me paraît un bon début.

Ces dernières semaines, j’ai pu constater un truc assez étonnant chez nos amis les clients (dit-elle comme elle parlerait de « nos amis les bêtes »)(ha non non, je parle beaucoup mieux des bêtes), une espèce de tendance qui se résumerait ainsi : beaucoup d’entres eux sont intimement persuadés que nous sommes là pour les arnaquer. Alors qu’en fait non. On est là pour faire du fric. Pardon, je rectifie. On est là pour que Monsieur Lidl fasse du fric, la nuance est importante. Et je l’ai déjà dit, mais si Monsieur Lidl est un arnaqueur, c’est le plus mauvais arnaqueur de toute la terre. Genre même moi qui ne sait pas mentir et suis dotée d’un visage se sentant obligé de vous expliquer ce que je pense, je serai meilleure arnaqueuse que Monsieur Lidl si je me donnais la peine de cracher sur mon intégrité. Parce que Monsieur Lidl écrit les règles du jeu tout partout, il faut juste se donner la peine de les lire (juste). En attendant, le constat est simple : nous sommes sciemment là pour arnaquer volontairement les gens. Tels des méchants de comics, les employés lidl cherche à soutirer le plus d’argent possible des poches des honnêtes citoyen comme n’importe quel politicien d’ailleurs. Ça aussi ça revient souvent. Alors je ne sais pas si c’est juste la sensation d’enculage qui revient au même, où juste si le rapprochement entre capitalisme et politique est devenu tel qu’on ne fait plus la différence entre l’un et l’autre. En attendant, ça donne des situation au ridicule consommé sans modération.

Une collègue m’appelle en caisse, apparemment il y a une promotion sur les paquets de chips et elle ne s’est pas faite. Je vais voir en rayon ce qu’il en est et constate qu’il y a bien une promotion… sur trois paquets achetés. Or la cliente n’en avait que deux. La cliente n’a lu que le chiffre en gros sans voir qu’il était précisé « x€ l’unité, pour trois achetés, sinon c’est y€ ». Alors certes, le tarif Y était écrit en plus petit, mais c’était quand même très largement lisible. Je reviens donc en caisse et explique ceci à la cliente qui de rage décrète qu’elle veut être remboursée parce que c’est de l’arnaque votre truc.
Une collègue m’appelle parce que le melon ne passe pas au bon prix. Je vais « vérifier » en rayon. Je mets des guillemets dans la phase précédente car je vais moins vérifier que faire genre que je vérifie, le fait est que je sais déjà très bien ce qui s’est passé. Le melon du monsieur est passé au bon prix. C’est juste qu’une autre sorte de melon était moins chère, du coup le client a considéré que c’était à ce prix-là. « C’est mal foutu votre truc ! c’est pas clair ! ». Je me demande vraiment ce qu’il vous faut de plus que des pancartes « melon charentais » « melon canaris » « melon galia ». Si tu as un doute sur qui est qui (ce qui après tout est possible), tu demandes. Gentiment (on va y revenir à ça d’ailleurs, j’en ai marre faut que je vide mon sac à ce sujet.). Et voilà.
« La moustiquaire ne passe pas au bon prix ! C’est pas 23€ ! » « Dis moi chère Grande Responsable Non-Food de mon coeur, on a plusieurs références de moustiquaire ou on a un problème de prix ? _On a plusieurs références, plusieurs tailles donc plusieurs prix. Mais bon les gens ils voit le prix qu’ils veulent toute façon ! » J’explique donc à la cliente qu’il y a dû y avoir mélange dans les bacs et que celle-ci passe bien à ce prix-là. « Non non moi j’ai vu 16 ! _Ça devait être une autre référence madame. Du coup que fait-on ? Vous la prenez quand même ou je l’annule ? _Mais non ! Moi c’est une de cette taille et blanche que je veux ! _Donc elle est à 23€ _Non ! » MAIS SI ! Alors maintenant tu fermes ta gueule ou je te la fourres dans le cul ta moustiquaire !!! « Toute façon c’est mal foutu votre truc » Ça tombe bien, toi aussi. Voilà.
« Les vins ils sont sensés passer à -50% la deuxième bouteille. » S’en va vérifier, reviens. « Vous n’avez pas pris la bonne. C’est le fin en dessous qui est en promotion. _C’est mal foutu !!! Non mais vraiment c’est pas clair, comment on est sensé savoir ? _Il y a le nom du produit en promotion sur l’affiche du prix, ce même nom qui est aussi sur l’étiquette de la bouteille. _Alors partout ailleurs les affiches sont en dessous des produits sauf chez vous où c’est au dessus alors forcément on se fait avoir ! C’est de l’arnaque votre truc ! » Exactement. D’ailleurs quand ils ont choisi de mettre les affiches au dessus des produits plutôt qu’en dessous, c’est exactement ce qu’ils se sont dit. « On va indiquer très clairement sur toutes les affiches à quel produit elles correspondent MAIS on va les mettre AU DESSUS des produits ! _Putain Gérard, t’es un génie ! » Grands dieux, les réunions marketing chez lidl ça doit faire fumer du cerveau bac +5 c’est moi qui te le dit… Alors par contre pour la domination du monde on repassera…
« Le pain ciabatta il est indiqué à 29 centimes » Cette déclaration me laisse un peu circonspecte. Ça me paraît franchement pas cher du tout pour un pain. D’autant que je sais qu’il est en promo, et que le ticket indique bien qu’une réduction a été faite, et que le pain en question passe à 79 centimes au lieu de 99. Donc bon… Je me doute que vraissemblablement il y a erreur de la cliente (comme environ 80% des fois…), mais par acquis de conscience, je demande quand même à un collègue au micro d’aller vérifier de quoi il retourne. Par chance, le collègue en question avait enfin daigné sortir le micro de sa poche pour le mettre sur son oreille. « Il passe bien à 79centimes, mais M. s’est planté quand elle a mis dans les bacs, donc certains se retrouvent dans le mauvais bac, mais sur l’étiquette c’est bien marqué « croissants 29centimes » (NDR : j’ai pas compris c’était le bac de quoi au juste, mais dans l’histoire on s’en fout). J’explique donc à la cliente qu’il y a eu erreur de notre part au niveau de la mise en rayon, que si elle le souhaite je peux rembourser le pain si finalement elle n’en veut pas. Elle hausse un sourcil, commence à me dire qu’elle l’a vu à ce prix. Je la coupe aussitôt « il y a eu erreur de notre part au niveau de la mise en rayon mais le pain ciabatta est bien indiqué à 79 centimes et l’étiquette indique bien que ce sont les croissants qui sont à 29 centimes ».
« Votre collègue s’est planté ! Il n’a pas fait la réduction !!! » Oh ! Tout doux Tornado ! Déjà bonjour et c’est bon, y a pas mort d’homme. Ok, il n’a pas vu l’étiquette et n’a pas appliqué le rabais, mais c’est bon, je vais te le faire…
À ma caisse, une cliente achète deux pâtes feuilletées. L’une est en rabais (= la DLC est dans quelques jours, du coup le produit est à -30%), l’autre est en 0 gaspi (= nouvelle procédure de Monsieur Lidl que je valide à 100%, le jour de la DLC, les produits en rabais non vendus sont enregistrés en perte, et mis en vente à des prix dérisoires, genre 50 centimes pour de la viande, ou là 20 centimes, dont une partie s’en va au restau du coeur ou autres assos). Elle me demande si les deux sont passées à 20 centimes. Je suis alors prise d’un doute en me disant que j’ai peut-être raté l’étiquette 0 gaspi, je vérifie, il n’y en avait pas. La cliente ajoute « ce sont les mêmes ! ». Je comprends « ce sont les mêmes dates », du coup je vérifie les DLC en me disant que peut-être l’une d’elle a échappé au collègue en charge de ça. Les dates sont différentes alors je confirme que l’une est bien à 20 centimes et l’autre même pas 1€. « Oui mais j’aimerais bien qu’elle soit à 20 centimes ! » Bah oui, mais non. Et elle n’a pas à l’être… Il n’y a pas d’oubli de notre côté, et rien n’indique d’ailleurs qu’il puisse y en avoir. Tu aimerais certes, mais ça ne change rien…
Tiens tant qu’on parle du 0 gaspi… Quand on peut, on met aussi les légumes en 0 gaspi. En gros, on prend une cagette, et on la remplit de légume qui font un peu la gueule en rayon (et qui donc ne se vendront pas de toute façon), on met le tout en vente pour 1€. Et quand je dis qu’on remplit la cagette, ce n’est pas une expression. Pour 1€, vous pouvez donc avoir : un chou-fleur, une ou deux salades, des carottes, des courgettes, et quelques fruits. Alors certes, il faudra couper des bouts des fruits, enlever quelques feuilles à la salade et les pointes des carottes, mais ça reste quand même hyper avantageux. Ces cagettes sont mises en bout de caisse. Je vois des clients regarder alors je leur explique le principe. Ils regardent les différentes cagettes (leur contenu varie) : « elles font la gueule leurs carottes, pareil pour les salades ! feraient mieux de les donner oui « . Putain. Comme vous commencez à le savoir, je n’ai pas l’esprit corporatiste, et je suis la première à descendre l’entreprise en flèche quand elle prend des décisions avec lesquelles je ne suis pas d’accord mais alors là… Monsieur Lidl ne fait aucun profit sur cette vente, les légumes en question sont enregistrés en perte. Non seulement il ne fait aucun profit mais en plus l’argent est reversé à des assos caritatives. Et oui les légumes font la gueule, c’est le principe, mais franchement, pour le contenu, 1€, c’est donné. Pour la seule et unique fois dans ce magasin, tout le monde est gagnant, SAUF Monsieur Lidl (enfin si, il l’est quand même un peu, ça fait du bien à son image de marque, faut bien le dire). Alors merde. J’en ai marre de ces gens qui veulent tout tout de suite sur un plateau d’argent avec le petit doigt en l’air. Tu veux des légumes gratuits ? Fais les pousser dans ton jardin. Fin de la négociation.


Pendant ce temps-là, dans ma cuisine :

Ma mère : tu peux t’occuper des pâtes ?
moi : oui, tu veux quoi dedans ?
elle : Mets des fils.
moi : …. tu veux dire du fromage râpé ?
elle : bah oui !
moi : c’est quand tes vacances déjà ?

« Quand tu as pris trop d’herbe chat… et que tu commences à te demander si le chien ne complote pas pour te tuer »

Vous me dites quand vous en avez marre. Parce que ce genre de truc arrive une fois par jour au minimum. Ça arrive encore et encore et encore. Ça arrive tellement souvent qu’il y a des erreurs des clients qu’on connaît par coeur. On va vérifier par principe. Parce que le fait est que si l’erreur est humaine, la plupart du temps, c’est quand même bien le client qui se plante. Alors je me répète mais… c’est écrit.
C’est écrit c’est écrit c’est écrit c’est écrit c’est écrit
c’est écrit
c’est écrit
c’est écrit
c’est
écrit.
Merde.
Et ce que je ne m’explique pas, c’est que si tu pars du principe que de toute façon, tu vas te faire enculer, pourquoi tu n’amènes pas ton propre tube de vaseline ? Pourquoi tu ne fais pas plus attention ? Je veux dire, on le sait tous les promos, c’est comme au casino, c’est toujours la banque qui gagne. Il est évident que Monsieur Lidl (ou Super U ou Intermarché ou tout ce que tu veux) n’est pas perdant. À toi de voir si tu l’es. Est-ce que tu voulais vraiment des chips puisqu’apparemment tu t’en passes très bien ? Est-ce que tu voulais vraiment de ce vin puisqu’apparemment tu n’as pas lu l’étiquette sur al bouteille ? Est-ce que tu voulais vraiment un melon puisqu’apparemment tu n’as pas cherché à savoir à combien était vraiment celui que tu voulais ? Ou bien tu as juste vu le prix et tu as oublié tout le reste ? Tellement de fois je dois faire des remboursements ou des annulations à des gens qui sont les seuls responsables de leur erreur. Et en plus, en bonus, jme fais insulter pour avoir tenté de les enculer. (et non, cette vulgarité-là n’est pas la mienne). Alors soit les gens sont cons de base, soit de toute façon ils sont tellement persuadés que c’est comme ça que ça se passe qu’ils se disent que ça ne sert plus à rien de faire attention. Ou alors, je laisse libre court à la paranoïa, et je me dis qu’ils font exprès de se faire avoir pour nous engueuler de s’être fait avoir par la suite. Parce que oui la paranoïa c’est contagieux, à force de s’en prendre plein la gueule pour un oui pour un non, à force d’en voir chercher activement une raison de nous engueuler, on vire parano. On anticipe, on sait qu’on s’en prendra dans la gueule pour telle ou telle raison. On devient aigri par anticipation, fatigué par anticipation, usé par anticipation. Et les clients n’ont même pas le bon goût de nous donner tort. Quand je vous dis que je déteste ce que je deviens là-bas.

Et quand on ne fait pas tout ce qu’on peut pour les arnaquer, on fait exprès de leur pourrir la vie. Parce qu’on a que ça à faire. C’est évident. C’est même clairement écrit dans nos contrats : « Vous accueillez la clientèle avec le respect qu’elle mérite ». Vraiment. Si ça, ça veut pas clairement dire qu’il faut qu’on les pourrisse, je comprends plus rien…

« Vous les recevez quand les crèmes desserts ?
_Pour le moment on ne peut pas en recevoir, le frigo est en panne.
_Oui je sais ! Mais vous les recevez quand ?
_Je ne sais pas madame, il faut réparer le frigo d’abord.
_Mais quand !
_Je ne sais pas. On ne va pas mettre les crèmes dans un frigo en panne ! »

« Évidemment là c’est l’été y a plein de caissiers. Y en a que pour les touristes ! »

Oh puis ces putains de caisse priorité… Alors je sais pas comment ça se passe dans les autres magasins… attendez… mais si ! en fait je sais comment ça se passe dans les autres magasins ! parce que des fois, je vais dans les autres magasins figurez-vous (c’est même ce que je fais la plupart du temps) ! Dans les autres magasins donc, il y a une, ou plusieurs, caisses étiquetées « prioritaires », ce qui veut dire, et vous serez tous d’accord (non ce n’est pas une question, vous n’avez pas le choix, vous êtes d’accord), que tout le monde peut s’y installer, mais, si une personne handicapées d’une façon ou une autre, ou une femme enceinte arrive, on la laisse passer. Et bien vous ne me croirez jamais, mais ça se passe comme ça chez nous aussi. INCROYABLE. Mais vrai. (remets toi cher lecteur, je sais c’est une immense surprise mais courage, ça va bien se passer) Bon le truc c’est qu’on n’a pas toujours quelqu’un installé à la caisse prioritaire pour des raisons aussi diverses que variées. Comme dans tous les autres magasins. Mais ça ne nous empêche pas de respecter les priorités des gens quand il y en a. On n’est pas con non plus. Sauf que… si les gens ne le signalent pas, on ne peut pas deviner. INCROYABLE LE RETOUR DU COME BACK, Mais vrai. (ça va lecteur ? oui je sais ça fait beaucoup d’incroyable d’un coup, mais ne t’inquiète pas, nous allons y arriver ensemble). Du coup, souvent les gens nous reprochent de ne pas les avoir fait passer en prioritaire comme ils en ont le droit. Alors à chaque fois j’explique calmement que s’ils nous le disent, nous mettons tout en oeuvre pour respecter la priorité à laquelle ils ont le droit (soit faire venir un collègue spécialement pour eux, soit leur faire une place sur le tapis, ou carrément prendre leurs articles en bout de caisse). Et ce n’est pas « que de la gueule », on le fait vraiment. Sans rechigner ou négocier ou remettre en cause quoi que ce soit. On n’a absolument aucun soucis avec ça. Il suffit de demander (gentiment si possible) (on y arrive on y arrive). Souvent les gens de nous balancer « y aurait pas besoin si la caisse prioritaire était ouverte ». Ha, je comprends. En fait vous avez une carte de priorité parce que vous avez un gros, un très gros, handicap : vous êtes cons. Si la caisse prioritaire était ouverte, il y aurait eu la file à cette caisse, comme à toutes les autres. Et si vous ne aviez rien dit, vous auriez fait la queue pareille. Mais à la caisse prioritaire. Cette caisse ne nous donne pas le pouvoir de lire dans les pensées. Elle permet juste de prévenir les gens à l’avance. Mais comme les gens s’en battent les couilles et ne lisent aucun panneau aussi gros et sous leur nez soit-il, ça ne change rien. Si vous montrez votre carte prioritaire, ou que vous vous signalez d’une quelconque façon, à une caisse non prioritaire, on vous fera passer en priorité. Même si la caisse prioritaire est ouverte d’ailleurs. Parce que la vérité c’est qu’on est vraiment pas aussi salaud que les clients semblent l’imaginer.

Alors maintenant, imaginez. On est samedi matin. Et comme on le dit si bien « le samedi tout le monde en chie ». C’est beau, ça rime. On est blindé de monde quel que soit le nombre de caisses ouvertes. Une cliente vient voir M, installée à la caisse derrière moi, lui faisant savoir qu’elles ont une carte de priorité. M. me demande comment on peut faire, comme les clientes en question n’ont pas beaucoup d’articles, je les invite à passer au bout de la caisse de ma collègue pour qu’elle puisse les encaisser de suite. Aussitôt les clients qu’elle était sensé faire passer lui signale qu’ils ont eux aussi une carte. J’invite donc les clientes à plutôt venir à la mienne pour que je m’occupe d’elle. Je termine d’encaisser mes deux clientes tandis que M. explique cette histoire de signalement de priorité à ses clients pour ne pas qu’ils attendent la prochaine fois. Une fois terminé, j’encaisse les deux clientes prioritaires (assez rapidement puisqu’elles avaient très peu d’articles). Dès que j’ai fini, les clientes d’avant m’apostrophent :

« Et pourquoi elles sont passées comme ça ??
_Parce qu’elles avaient une carte de priorité
_C’est facile ça ! Moi aussi j’ai une carte et vous ne m’avez pas fait passer devant tout le monde !
_Je ne pouvais pas le savoir madame… Si vous me l’aviez dit, j’aurais fait en sorte que vous puissiez passer en priorité comme vous y avez le droit. Comme vous pouvez le voir, quand on nous prévient, on s’arrange le plus vite possible pour vous faire passer rapidement.
_C’est n’importe quoi ! Regardez, je l’ai ma carte ! Elle est là ma carte ! [elle me la colle sous le nez]
_Je vois bien, mais encore une fois je ne pouvais pas le deviner… Si vous ne vous signalez pas je ne peux rien faire.
_C’est de l’incompétence ! »

Bordel, c’était quoi mon erreur là ? À votre avis ? Ne pas avoir remonté le temps pour lire dans ses pensées et m’écrier au dessus d’une file qui allait jusqu’au milieu du rayon « hey ! vous là-bas ! la grognasse engoncée dans un débardeur rose moche trop petit pour elle et cramée par le soleil tellement que ça fripe, vous avez une carte de priorité ! alors venez donc par là ! » ? Quelque chose me dit que ça ne lui aurait pas plus non plus. Les gens ne savent pas ce qu’ils veulent en vrai…

Les excuses que j’aimerais présentées parfois. « Je suis désolée. Je ne voulais pas vomir sur le nouveau tapis. Je visais tes chaussures… »

Pendant ce temps-là, dans le bureau de mon père…

lui : Coraline, tu peux m’aider à installer ma nouvelle imprimante ? Elle trouve pas le wi-fi…
moi : What ? Mais pourquoi une imprimante aurait besoin de wi-fi ?? T’es sûre que c’est pas le bluetooth qu’elle veut ?
lui : quoi ???
moi : Attends j’arrive… mais… c’est une imprimante-fax en fait ton truc… C’est pour ça qu’elle veut le wi-fi.
lui : Ah bon ça fait fax ? 
moi : Bah… oui, c’est écrit en gros sur la boîte… Bon mais avec un peu de chance l’imprimante a pas besoin que le wi-fi soit connecté pour fonctionner…
lui : Ça veut pas marcher y a rien à faire ! J’ai suivi le mode d’emploi mais ça marche pas.
moi : T’as essayé le CD là ? Celui avec marqué installation ?
lui : Non, tu crois qu’il faut ?
moi : Euh… si t’installes les pilotes pour faire fonctionner l’imprimante elle devrait beaucoup mieux marcher oui… sans ça l’ordi la trouvera jamais…
lui : Ha ouai. Faut un pilote dans l’avion en fait ! J’aurais jamais deviné.
moi : Mais t’as lu le mode d’emploi ?? Parce que c’est écrit dessus tu sais… C’est quand tes vacances ? Parce que là t’as le niveau d’un client Lidl…


En règle générale, quand vous avez un doute, il y a un truc qui marche bien : demander. Ha oui et aussi : la politesse, l’amabilité. Putain mais sérieux… l’énergie que certains perdent… Je veux dire… la même question pourrait être posée, la même réclamation pourrait être faite sans toute l’agressivité que certain y mette. On y serait tous tellement gagnant… on économiserait tous tellement d’énergie… Et même, voyons plus grand, soyons fou : l’humanité dans son entièreté s’en porterait tellement mieux ! Je ne sais pas moi ne serait-il pas possible de remplacer : « Vous allez en remettre quand des fromages ?? Putain c’est une honte ! Ça servait à rien de tout refaire si vous êtes même pas foutu d’avoir des frigos qui marchent ! » par « Excusez-moi, mais ça fait un moment que le frigo est en panne, avez-vous une idée de la date de réparation ? » Même question. Était-ce compliqué ? Non, ce n’était pas compliqué. De la même façon, est-ce qu’on ne pourrait pas tout simplement dire « Excusez-moi mais je crois que votre collègue s’est trompé. Normalement j’ai le droit à une promotion et si je ne me trompe pas il ne l’a pas compté. à quoi je pourrais répondre allègrement « Je vérifie ça tout de suite. En effet il y a eu une erreur, je m’en excuse, je vais vous rembourser la différence de ce pas ! » Était-ce compliqué ? Non, ce n’était pas compliqué. De la même façon, pourrait-on simplement dire « Excusez-moi mais cela fait plusieurs fois qu’il y a des erreurs sur mon ticket depuis le début de l’été, pourriez-vous revoir certaines choses avec vos équipes ? » au lieu « Putain ça commence à faire ! Toute façon tous les étés c’est pareil, y en a marre, même pas foutu de savoir compter ! » Est-ce compliqué. Non. Ce. N’est pas. Compliqué.

Je n’ai absolument aucun soucis à rembourser le client quand il y a eu erreur ou négligence de notre part. Si on s’est trompé, on répare l’erreur. C’est logique. Si je constate une erreur, je ne vais pas chercher à épiloguer. Je répare, dédommage, et présente nos excuses. Sauf que des fois, c’est demandé de telle sorte que j’ai juste envie de dire aux gens d’aller se faire éviscérer en enfer. Et ce même s’ils sont dans leur bon droit. Et surtout, surtout, il y a une phrase que je ne peux plus entendre. Plus jamais. C’est le fameux « c’est par pour X€, c’est pour le principe. » Mais bien sûr. Pourquoi ça m’énerve, me demanderez-vous… Je ne vous apprendrai sans doute rien en vous disant qu’il y a plein de façons d’être blessant avec son entourage, pas forcer besoin de hurler ou d’insulter. Et ce petit « c’est pour le principe » fait partie de ces vicieusetés qui vous pourrissent le cerveau bien sournoisement sans avoir le courage d’annoncer la couleur.
L’autre jour, un samedi, où tout le monde en chiait (suivez un peu), une collègue à compter une bouteille de perrier de trop. Rien de bien grave. Une bouteille qui a dû biper deux fois sans qu’elle puisse entendre parce qu’à 6 caisses ouvertes en même temps ça demande un peu d’entraînement pour faire la différence entre les bips des voisins et les tiens. Le truc c’est qu’elle s’en est rendu compte après avoir rangé les courses dans sa voiture. Elle revient juste avec son ticket et me montre, tout en me disant que « ce n’est pas pour les 49 centimes que coûte la bouteille, c’est pour le principe ». Sauf que techniquement, je n’ai rien le droit de faire : si je ne peux pas vérifier de mes yeux (y a une dérogation pour les borgnes, j’ai le droit ne vérifier qu’avec mon oeil valide, sont quand même pas complètement vaches), je n’ai rien le droit de faire, et que donc je ne peux pas la rembourser. Ce qui est logique en fait… La cliente monte alors sur ses grands chevaux, comme quoi c’est pas des manières de faire. Ça alors. Moi qui croyais que tu t’en foutais des 49 centimes, que c’était juste une question de principe… On finit par trouver une solution (tiens lecteur, tu veux la connaître la solution ? j’ai dû aller vérifier dans la voiture la présence de deux bouteilles uniquement, revenir dans le magasin faire la manip, retourner à la voiture rendre les 49 centimes et faire signer le papier, revenir donner le papier à ma collègue pour que sa caisse soit complète. Mais à part ça je fais tout ce que je peux pour enculer les gens à sec. Pour 49 centimes.). Pendant tout ce temps, elle me répète encore et encore que c’est pas pour les 49 centimes, c’est pour le principe. Un principe qui valait donc de perdre 10 minutes de mon temps et du sien pour 49 centimes. Et vous voulez le connaître ce principe ? Parce que c’est lui qui fait que je n’en peux plus de cette phrase. Le principe en question ce n’est pas le « vous avez fait une erreur, réparez la », c’est « dans cette relation, c’est moi qui commande. » Voilà. Ni plus ni moins. Ce principe, c’est que c’est une relation de pouvoir, et qu’ils tiennent à te rappeler qu’ils sont dans la position haute alors que tu es en bas.

Si jamais ce n’était pas assez clair dans cet exemple, en voici un autre. Un autre jour où on chiait (alors que c’était même pas un samedi), pour une raison qui m’échappe, les gens étaient tous hyper hostiles et agressifs. Je suis fatiguée, je cours partout, il fait chaud, je dois tenir ma caisse et récupérer les erreurs, les remboursements, les annulations des autres caissiers. En bref je dois constamment faire trois choses à la fois. O. m’appelle : grosse connerie, elle a mal compris la cliente et a enregistré le paiement en espèce alors qu’elle voulait régler en carte. À bout de nerfs je jure dans ma barbe histoire de ne pas vider mes nerfs sur la pauvre O. qui est déjà toute affolée. Je demande à la cliente si elle n’a pas d’espèce et si ça l’embêterait. Non elle n’a rien, elle veut payer en carte, fin de l’histoire. Je grince des dents, rerâle un coup et me lance dans une manip plus ou moins interdite : j’ai dû faire un « remboursement fantôme » du montant dû par la cliente, pour réencaisser en divers le même montant afin qu’elle puisse payer par carte sans qu’il y ait de trous dans la caisse de O. Normalement on ne devrait pas faire ça parce que du coup, ce que la cliente a pris n’est pas enregistré comme sortie (en gros, la dame a payé un « divers : 18,53€ au lieu que chaque article soit enregistré un par un pour arriver au dit montant). Je rerâle dans ma barbe parce que j’ai oublié de sortir une facture correspondant au bon ticket, histoire qu’on ait quand même une trace des articles qu’elle prend, et comme c’est pour ma gueule, je me traite ouvertement d’idiote entre les dents. Bref, je n’étais sans doute pas l’exemple de la caissière rayonnante, souriante, avenante. Mais je me suis débrouillée que ma frustration et ma colère restent dirigées contre moi et moi seule. Et j’ai réparé la bourde. Et la cliente a payé comme elle le souhaitait. J’avoue j’ai pas dit ni au revoir ni bonjour ni présenté d’excuse. Je n’en avais pas l’énergie. Je suis retournée à ma caisse. À peine une minute après, la cliente fait une escale avant la sortie à ma caisse pour me balancer « c’est pas parce que c’est les vacances que vous pouvez être désagréable ! Question de principe ! » et elle s’est barré sans attendre la moindre réponse. Ça tombait bien j’en avais pas. La manoeuvre n’avait aucun autre but que de me rappeler où était ma place et qui avait le pouvoir dans l’histoire. Ça sonne peut-être paranoïaque, mais retournez l’histoire dans tous les sens : où d’autre est-ce qu’elle voulait en venir ? Elle n’attendait pas d’excuse, elle est partie dans la foulée. Elle avait déjà obtenu gain de cause. Non. C’était juste signaler que j’avais manqué à mes devoirs en ne m’inclinant pas devant elle. Et vous savez le pire ? C’est qu’à force de se prendre ce genre de trucs-là dans les dents, on a beau avoir les meilleurs collègues du monde (ce qui est mon cas), beaucoup de recul et de cynisme, arrive un moment où on ne peut plus. Ce jour-là, quelques 10 minutes après, j’ai repris une remarque du même acabit dans les dents. J’ai planté tout le monde et j’ai pris 5 minutes de pause alors que c’était pas forcément le bon moment : je ne pouvais juste plus.

D’ailleurs, si jamais j’avais encore un doute sur la valeur de mon existence, depuis ce matin (un dimanche !!!) grâce à un gentil client, je sais que ma santé physique vaut moins chère qu’un chausson aux pommes. Ce qui est con car je n’aime pas trop les chaussons aux pommes. (le problème des chaussons aux pommes c’est que quelqu’un a eu l’idée saugrenue de mettre des pommes à la place du chocolat)
Il était 8h45 (il n’y a pas d’heure pour la connerie), un client rentre dans la boulangerie et hèle A. pour savoir si on a des chaussons aux pommes. À juste titre, celle-ci lui demande de sortir car c’est un espace privé dans lequel il n’est pas autorisé. « Je vous demande un truc ! ». Haaaa ! Donc si on demande un truc aux gens, on a le droit de rentrer chez eux sans leur autorisation ? Trop cool. Putain je crois que je vais aller taper un pic-nic sur la pelouse des voisins avant d’aller réaliser une enquête de voisinage ! Bon plan. Je savais pas qu’on pouvait ENTRER d’abord et DEMANDER la permission après. Merci client. Pendant ce temps, je mets du vin en rayon. Comme le dieu du Karma m’aime beaucoup aujourd’hui (tu la sens l’ironie ou je te mets un gros panneau ?), une bouteille laissée dans un équilibre précaire par un client a été rappelé par les lois de la gravité. Je ramasse donc les bouts de verre et me retrouve donc avec des bouts de verre dans la main (dans tous les sens du terme) et du vin absolument partout. Je me dirige vite vers la réserve qui se trouve être à côté de la boulangerie. J’ai des tessons de verres dans la main gauche et la main droite dégoulinante de vin, je tiens mes deux mains dans une position bizarre pour éviter de faire tomber les bouts de verre, de me les enfoncer dans la peau, et de me foutre du vin partout parce que je déteste cette odeur (et le vin, et mettre le vin en rayon, et ramasser le vin tombé par terre, et même les étiquettes façon design de page FB de start up des bouteilles de vin). Il est donc clairement visible que je ne suis pas dans une position confortable normale. Le même client me hèle avant que je n’ai pu atteindre le bouton de la réserve (ce qui n’est pas facile à faire vu l’état de mes mains, d’autant que le bouton tactile ne réagit qu’à la peau des doigts, je vous laisse imaginer ma galère pour ouvrir cette foutue porte et ainsi accéder au sacro saint lavabo dans le labo de pain…)

« Je veux voir un responsable.
_[tête d’innocente] À quel sujet monsieur ? Il y a un problème ?
_Je veux des chaussons aux pommes. [t’as raison ce problème réclame l’intervention de la CIA dans la seconde] Je les vois de l’autre côté et j’attends !
_S’ils ne sont pas en rayon c’est qu’ils doivent être encore chauds. Il faut attendre qu’ils refroidissent pour qu’on puisse les mettre en rayon.
_C’est bon ils vont refroidir dans le sac !
_On ne peut pas les mettre en rayon tant qu’ils sont brûlants monsieur…
_Mais moi je m’en fous, on prend avec la pelle on les touche pas. Mes enfants veulent des chaussons aux pommes.
_[j’avoue ma voix commence à monter d’agacement] Mais nous on les prend à la main monsieur ! Si mon collègue s’en charge maintenant il va se brûler les mains ! »

De un : t’avais qu’à pas faire de gosses. Je vois pas pourquoi je devrais être tenue pour responsable de leur sustentation.
De deux : bordel mais vous n’en avez à ce point rien à foutre de nous que vos désirs valent qu’on se brûle au troisième degré pour un putain de chausson aux pommes ??!!
De trois : putain mais ça se voit que je suis dans la merde là ! Que je galère ! J’ai littéralement les mains qui dégoulinent de bouts de verre et de vin ! Je m’en veux d’insister mais : ÇA SE VOIT ! C’est pas genre « il fait chier mais il peut pas savoir que ma vessie va exploser / mon tampon fuit / ma palette de surgelé est en train de décéder » ça se voit que je suis dans une sale position et que je galère.

Mais le client s’en bat les couilles deux derniers points. C’est pas son problème. Ses enfants veulent des chaussons aux pommes. (et moi jveux l’eau courant. Mais bon on a pas toujours ce qu’on veut dans la vie, donc tes enfants mangeront des pains au chocolat tandis que je laverai ma vaisselle à la cristaline) Et notre santé physique vaut moins qu’un chausson aux pommes à 32 centimes.

Mon état quand je rentre du taf depuis quelques temps…


Pendant ce temps-là, dans ma salle de bain, je réalise qu’il n’y a plus d’eau. Ce qui est balot car je viens de me brosser les dents et que j’aimerais bien me rincer la bouche. Je traverse toute la maison à la recherche d’une bouteille d’eau. Je me fais engueuler par Indi qui me fait savoir qu’elle n’a pas eu à manger depuis au moins dix heures, ce qui, par conséquent, fait d’elle la petite créature la plus malheureuse de tout le monde connu. Trois jours plus tôt elle m’avait engueulée parce qu’il faisait trop chaud… Je trouve ma bouteille, rince le dentifrice et part réamorcer la pompe. Hum. Le truc c’est qu’ils en ont changé depuis la dernière fois où j’ai été confrontée au problème. Tiens, un bouton on/off. Avec un peu de chance c’est comme les ordinateurs : turn it off and on again… Une petite prière au dieu des Décisions Malencontreuses et Maladroites… et ça marche ! Je ne savais pas encore que de toute façon, la pompe était décédée. J’aurais dû me douter que ça allait être une journée de merde… Après tout c’était dimanche !


Et je sais que cet article est déjà affreusement long ! Mais je ne pouvais pas repousser cette histoire à la semaine prochaine… oh non… Car cette année, je commence à me demander s’il n’y a pas un concours du plus gros connard ! Et nous avons de très sérieux participants…

L’autre jour, un petit vieux de 60/70 ans vient à ma caisse pour un remboursement. Pour l’histoire on va dire que c’était un camescope, c’est ce que j’ai cru voir mais apparemment c’était pas ça. Mais pour l’histoire on s’en fout, là encore, ce n’est pas pertinent. Sauf que le dit appareil avait été acheté en  novembre, et qu’en magasin, sorti d’un délai d’un mois, on ne peut rien faire. Ce qui en veut pas dire qu’il n’y a pas de garanti ou de SAV. Juste que ça ne fonctionne pas comme ailleurs. J’explique donc la procédure au client, en précisant bien qu’il pourra opérer sans soucis son droit à sa garantie sans que ça ne lui coûte quoi que ce soit. Pour cela, il lui suffit d’appeler le numéro présent dans le mode d’emploi et…

« Ha parce qu’en plus c’est moi à moi d’appeler ?!
_Euh oui…
_Vous êtes pas foutu de me le réparer et en plus c’est à moi d’appeler !
_Le SAV de lidl n’est certes pas classique mais il fonctionne très bien si vous y faîtes appel…
_Vous croyez que j’ai que ça à foutre moi d’appeler ! [oui.] Alors ça pour faire de la pub à la télé avec l’argent du consommateur y a du monde ! [wait, what ? mais… c’est de l’argent privé ! Monsieur Lidl il en fait ce qu’il veut de ton pognon après coup ! Il a de compte à rendre à personne ! C’est pas l’état…] Ha bah ça c’est comme la poltique toute façon ! On se fait toujours avoir ! Mais je vous en faire de la pub moi vous allez voir ! Je vais appeler la télé moi ! [chiche. Même à télé vendée je vois pas ce que peut leur foutre…] Vous m’appelez un responsable tout de suite ! »

Et comme je suis décidément une grosse veinarde, les responsables qui avaient toutes commencé à 5h étaient en pause clope. Alors le temps qu’elles viennent…

« Vous voyez ça ? Regardez bien mon talon parce que c’est la dernière fois que vous allez le voir ! [j’aurais préféré qu’il n’y ait jamais de première fois.] J’étais un très bon client chez vous bah je reviendrai plus ! Ça sera votre faute ! Et pour 7€ ! »

Je crois que j’ai atterri dans un sketch. En fait, télé vendée ils sont bien venus, c’était pour une caméra cachée. Et à un moment y a des gens qui vont sortir de sous les caisses avec des serpentins et des confettis en criant « surpriiiiiiise ! c’était lolilol hein ? ». Non. Le temps qu’elles arrivent, il nous refait le coup du talon, nous redit qu’il va appeler la télé, et nous dit qu’il est prêt à rester là toute la journée s’il faut. Donc, tu n’as pas le temps d’appeler le numéro qui te permettra de réparer ton truc ou de le faire réparer, par contre tu peux camper devant les caisses pour expliquer au responsable que son système pour te rembourser ou réparer ton truc est nul ? Mec tu n’as pas l’impression de dire une chose et son contraire ? Non ? Ha bon. Ma Super Responsable d’amour finit donc par arriver, pour le principe (voyez comme les principes c’est sournois), s’occupe de l’annulation dont une collègue avait besoin alors même que j’aurais pu le faire en deux secondes, et vient voir notre client qui lui retient le même discours. Elle lui réexplique ce que j’ai dit. Le ton monte un peu.

« Vous voyez mon talon ? Regardez bien c’est la dernière fois que vous le voyez ! [oui je vous le remets parce que c’est tellement improbable, comment s’en lasser ?] [d’ailleurs elle aussi elle se serait passée de cette première fois]
_Très bien monsieur.
_Pour 7€ vous êtes même pas foutue de rembourser !
_C’est pas une question de montant. C’est la règle, c’est la même pour tout le monde, il n’y a pas de raison qu’on vous rembourse quand on a dit non à d’autres pour la même raison. »

Du coup, il a jeté son truc dans le mur.
Et non lecteur, tu ne te trompes pas. Un homme de 60/70 ans a donc choisi de jeter son truc dans le mur « pour le principe » parce qu’il « n’avait pas que ça à foutre d’appeler ». Voilà.

« Parfait. Comme ça le problème est réglé. Ni réparation, ni remboursement. Bonne journée monsieur. »

Le plus drôle, c’est que tout son cirque visait en partie à mettre les clients dans son camp. Mais comme aucun d’entre nous n’a réagi, comme il était visiblement agressif là où n’avions clairement rien fait, tous les clients nous ont soutenu. Au moins, pendant tout le temps qu’a duré sa crise, les clients ont été aimables avec nous, nous ont soutenu, souri, été polis. C’est cool. Enfin, d’un côté c’est agréable, de l’autre, c’est quand même dommage de constater qu’il faut qu’un vieux craque son slip et jette des trucs dans les murs pour qu’on soit considérés comme des êtres humains dignes de respect.

Non, ça ne serait pas compliqué.


Comme ça fait longtemps, vous avez le droit à deux chansons de la semaine, bande de veinards !

Ce que j’écoute pour me motiver d’aller au taf à 5h du mat :

Ce que j’ai dans la tête pendant ce genre de scène :

 

Au moins, maintenant, on sait où sont les oeufs.

Mais quoi, mais qu’est-ce qui se passe ? Est-ce bien réel ? Mais oui ! Je suis d’ores et déjà de retour, une semaine à peine après le premier article de la saison… Que voulez-vous… je suis sensée ne pas avoir le temps d’écrire, du coup forcément je fais quasi que ça, et il faut bien avouer que cette réouverture me donne moult à raconter… Alors sans plus de préambule, c’est parti pour cette deuxième semaine !

Histoire de commencer la semaine par le début… (« moi quand je me rends compte que… demain c’est lundi ! »)

Et pendant cette semaine, je me suis dit que monsieur Lidl, il doit rêver du client parfait dans des conditions de travail parfaites. Ou alors il est très con. Ou alors comme il n’a jamais été sur le terrain il n’a aucune idée de ce que sont des « conditions de travail parfaites », du coup il fait un peu n’importe quoi. Souvent, quand on m’explique les procédures que je suis sensée suivre, je regarde mes responsables avec un oeil mi navré mi amusé mi désespéré. On a des nouvelles caisses. Youhou. Alors moi quand on m’a dit ça j’espérais… un système plus facile pour les annulations… pouvoir proposer le paiement en plusieurs cartes… déduire les retours des courses plutôt que devoir faire un remboursement… Mais en fait, on nous a juste remplacé les claviers blancs par des claviers noirs. Bon ok, il faut avouer que ça se salit quand même beaucoup moins vite. Ha et y a des touches dessus qui ne marchent plus, genre celles des sacs. Donc maintenant, au lieu d’appuyer sur un bouton pour ajouter un sac, il faut se faire chier à le scanner. Joie bonheur et coup de cutter. Qui a dit perte de temps indice de prod dans le cul ? Pas monsieur Lidl bien sûr ! Car c’est vrai qu’avec les anciennes caisses, on se galérait à regarder dans les caddies, il fallait passer par dessus et faire de la gym peu élégante. Alors non, a dit monsieur Lidl, je ne vais pas exploiter mes salariés de la sorte ! Les caisses sont maintenant beaucoup plus grandes, en fait, ce sont des doubles caisses. En gros, il y a deux petits chemins pour déposer les courses des clients (histoire que client A puisse finir de ranger tranquillement pendant qu’on encaisse client B le tout sans que les articles ne se mélangent). Et pour pouvoir voir dans le caddie, vue que tout ça c’est beaucoup plus large et qu’il est moins facile de sortir de caisse, monsieur Lidl a tout prévu ! Il a placé sur la porte de l’autre caisse un miroir dans lequel se reflète le caddie et son contenu. Alors attendez il faut limite que j’aille tirer au sort pour voir par où je commence ma diatribe assassine… Mais commençons donc par le miroir ! Mais oui ! C’est vrai que c’est une bonne idée, c’est pratique. On voit plutôt bien, on emmerde plus les clients, on ne se tord pas le dos, j’avoue c’est cool. Simplement… le client est fourbe, et des fois il se met entre le miroir et son caddie. Putain mais c’est bien sûr ! Mon dieu mais comment aurait-on pu y penser ! Et bien je ne sais pas moi, en supposant peut-être que le client n’est pas soumis à l’optimisation du moindre de ses faits et ses gestes, battements de paupière et envie de pisser comprises, et que du coup des fois il accompagne son caddie plus qu’il ne pousse ou alors fait des trucs bizarres avec son caddie tout simplement… On parle quand même pas d’un truc exceptionnel… genre, un client sur deux ne pousse pas son caddie…ce que tu sais quand tu sors de ton bureau. Sans compter que je dois quand même maintenir certaines procédures, du genre, vérifier les cartons de vin. Avec l’ancien système, je pouvais facilement sortir de ma caisse pour venir voir directement dans le caddie si le client avait du mal à le sortir (ou rechignait trop), parce que faut quand même dire qu’on a pas mal de petits vieux. Mais avec ces nouvelles caisses, je dois sortir par derrière et faire le tour de toute la caisse, ajoute à ça que si la caisse derrière moi est ouverte, je dois aussi les éviter. En bref, je perds bien deux minutes juste pour cette procédure… Ou alors, je dois passer par dessus ma caisse. Si le client est en forme, il me pose son carton sur la caisse et je peux vérifier sans soucis. Mais les petits vieux vont me le soulever sur les bords du caddie (d’une main qui plus est, ce qui me laisse le temps de paniquer sur la solidité du carton), du coup, je dois me mettre en appui sur ma caisse pour voir par dessus (et au passage m’exploser l’utérus sur mon caisson ce qui est bonheur quand t’as tes règles…)(tes règles traînent à se déclencher ? explose toi les ovaires sur une caisse de lidl ! efficacité prouvée !). Donc au final, retour à la gym ridicule et à la fatigue gratuite. Joie bonheur et mal au coeur.

Mais restons donc en caisse voyons ! Parce que monsieur Lidl ne s’est pas arrêté là dans les innovations ! Maintenant, on se ramène avec un caisson ET un « counter cash », comprendre une grosse boîte en metal qu’on ajoute en caisse. Dedans, on doit mettre : chèques, factures, retours, billets de 20, 50 et 100. Selon lui, c’est super parce que comme ça, on en a moins dans notre caisson, ce qui tente moins les gens quand il s’ouvre, et limite la perte en cas de braquage car nous n’avons pas accès à la clé de ce bousin. Si je dois avouer qu’au bout de sept heures de caisses, j’aime pas trop la masse qu’il y a dans mon caisson (je suis déjà montée à trois fois mon salaire en liquide dans ma caisse en fin de journée) et que donc c’est pas complètement une mauvaise idée, il nous faut conclure que c’est à nouveau une bonne grosse idée de merde qui ne correspond en rien à la réalité du terrain. D’une part, il rajoute au moins cinq minutes de temps au moment de compter ta caisse. Ah bah oui, parce qu’avant, quand tout allait dans ton caisson, tu triais tout bien. Le soir, tu n’avais plus qu’à peser les petits paquets. Là, il faut trier le tout, refaire les petits paquets, et les compter. Et si tu ajoutes qu’en plus, on n’a toujours pas de balance correctement calibrée ou connectée à l’ordinateur, faire ton caisson en ce moment, c’est un peu un sport. Près de dix minutes par caisson, alors que si tout est bon, cinq suffisent amplement. Encore une fois, ça n’a l’air de rien, mais si tu ajoutes que parfois, on peut être jusqu’à 5 caissiers à devoir compter leur caisse, on arrive à presque une heure juste pour compter les caisses (oui parce que sur 5 y aura forcément un bug, un ticket de retour qui s’est perdu ou un rouleau de monnaie oublié dans le fond du caisson). ENJOY. Je la sens bien la saison je la sens bien. Joie bonheur et remets les compteurs à 0.

« Mais attends, tu râles alors que c’est pour ta sécurité ! » Mais oui, parce que l’argument de monsieur Lidl c’est ça : en cas bracage, on risque moins (et lui risque de perdre moins d’argent)(surtout). Alors oui… mais non en vrai. Non parce que ça peut s’arracher ce truc. Et une fois rendu chez toi, tu peux le défoncer sans trop de soucis. Enfin en tout cas, je pense que si tu en es rendu à braquer un lidl de jour, tu peux bien trouver le moyen de défoncer une grosse boîte en métal… Bref, monsieur Lidl, il est gentil, mais quand il nous pond ses procédures, tu sens bien qu’il a autant connaissance du terrain qu’un statisticien de l’INSEE croisé avec un scientifique en labo stérilisé : dans un monde parfait, ça fonctionnerait, sauf que le monde n’est pas parfait. Ni stérilisé d’ailleurs.

Quand rappeler que le magasin a ouvert y a une semaine devient un running gag. (« Je déteste les corvées ménagères ! Tu fais le lit, la vaisselle… et puis 6 mois après il faut tout recommencer ! »)

Pendant ce temps-là, au téléphone :

_Coraline, c’est papa.
_oui oui.
_Ta mère est là ?
_ nope.
_Ha. Parce que je vais faire des courses là. Tu sais s’il faut des choses.
_Non.
_Mais, tu sers à rien en fait !
_Bah je suis universitaire quand même…
_Ouais remarque je suis éduc spé…
_oui donc pour la productivité tu repasseras !


D’ailleurs, monsieur Lidl, il n’as pas trop bien saisi la notion de conditions de travail parfaites… Dès le premier jour, on a galéré avec la balance. Si vous n’avez jamais manié de l’argent en grande surface, voici comment on compte une caisse : on programme une balance pour qu’elle connaisse le poids de chaque sort de pièces et de chaque billets, on pèse ensuite chacun leur tour les petits godets de pièces, elle calcule le poids et à partir de là te dit combien tu as dans ton caisson. Ensuite on envoie à l’ordinateur qui compare avec ce que la caisse a enregistré et si oui ou non il y a écart. Avant, on râlait parce que la balance se faisait vieille et était affreusement lente. La nouvelle va vite, c’est cool. Mais elle est hyper mal calibrée. Genre, y a eu des jours, où on a dû tout recompté à la main. Mais genre, vraiment, tout. Pièces comprises. On pétait juste des gros putains de câbles. Ensuite y a eu du mieux, fallait juste compter les billets. Ensuite il fallait trier les anciens et les nouveaux billets de 10 et de 20 et les peser à part. Au bout d’une semaine et demi d’ouverture : la connexion entre la balance et l’ordinateur ne se fait toujours pas, donc il faut toujours rentrer le nombre de billets à la main dans l’ordinateur. Après avoir trié le merdier contenu dans le counter cash bien sûr. En bref, après une semaine et demi, on n’a toujours pas vraiment pu montrer et expliquer aux saisonniers comment faire leur caisson le soir parce que tout déconne tout le temps et qu’il faut toujours improviser et qu’on n’a pas le temps d’expliquer comment les responsables bricolent l’ordi et leur caisson pour arriver à bout du bordel. Ce qui est nuisible pour tout le monde : parce que si ça dure, ça pourrait être bien qu’ils comprennent afin de gagner du temps, mais pour comprendre comment on gère en cas de merdier, il aurait fallu expliquer en situation normale (dans un monde parfait et stérilisé), ce que nous n’avons toujours pas eu. Du coup, ils ne sont pas responsabilisés ni autonomisés, et en plus ils sentent perdus et incapables. Et plus la situation va durer, plus ça sera dur de les faire revenir sur une situation normale où ils doivent faire, plus il sera difficile de trouver le temps de leur expliquer la situation normale et leur rôle dedans, et plus il faudra continuer de faire pour eux, ce qui créera des tensions supplémentaires entre les saisonniers et l’équipe à l’année… un peu comme l’année dernière, mais avec un potentiel de pire assez impressionnant. (oui je suis très optimiste, comme vous le savez)

Mais on ne va pas s’arrêter en si bon chemin ! Car en une semaine et demi d’ouverture, on a eu presque une surprise empoisonnée par jour ! Tellement tellement de fun… On a eu les alarmes qui ne sont pas tombées en panne, mais marchaient beaucoup trop bien. On n’arrivait plus à les arrêter, ce qui était joie bonheur et broyeur à tympans. D’ailleurs, j’ai l’impression qu’ils nous les ont faites beaucoup plus aigües, et plus longues. Un vrai régal pour les mélomanes ! Par la suite, ce sont les caisses qui ont commencé à déconner. Nous avons déjà une caisse en panne ! Ce qui est génial. Ou pas. Parce que l’une des idées géniales de monsieur Lidl (non mais vraiment, mec, arrête d’avoir des idées, arrête de nous aider tu nous aides pas…), ça a été de créer des caisses carte bleu seulement. Génial. Dans un magasin dont le principe de base c’est l’ouverture de caisse en fonction de l’affluence, t’as pas intérêt de foirer ton ordre des caisses en fonction des horaires des collègues ! Parce que si t’as que deux caisses ouvertes donc une carte bleue seulement, je te raconte pas le merdier alors que papy vide son porte monnaie pendant que mamy te redemande encore si elle doit remplir son chèque… Donc je récapitule, en semaine 2, nous avons : 7 caisses dont 2 carte bleue seulement et une en panne. Brillant. Ha et vous vous rappelez des systèmes de numéros de caisse vert ou rouge pour l’ouverture ou la fermeture ? Et bien on en a une qui ne peut plus fermer ! Elle ne passe pas plus au rouge… Alors, c’est pas comme si de toute façon ça servait pour fermer ta caisse : les gens s’en foutent. J’ai eu un grand débat là-dessus avec une cliente qui croyait dur comme fer que le petit panneau en bout de caisse, ça marchait mieux. Alors, faisons un rapide détour pour démystifier ça. Comment le dire simplement… non. non. non. et RE NON ! Aucune différence. Statistiquement y autant de gens qui ne remarquent pas le panneau que de gens qui ne font pas attention à la couleur de la lumière. Pire, le panneau me donnait encore plus envie de les fracasser vu que certaines le voyaient clairement puisqu’ils le mettaient de côté, ou s’en servaient comme séparation. Que je sois cliente ou caissière, le fait que les gens ne regardent pas si la caisse est ouverte, il regarde s’il y a quelqu’un. Fin. Donc j’aimerais qu’on arrête de me dire que le panneau c’était mieux, ça ne l’était pas, ça ne réglait pas le problème de base : à force de faire croire au client qu’il était roi, il a fini par le croire.

Donc revenons à nos moutons… Cette caisse ne peut plus fermer, et encore mieux, tu ne peux plus appeler à ouvrir d’autres caisses. En gros, quand tu veux ouvrir une autre caisse, tu as un petit panneau où tu appuies sur le numéro de la caisse que tu veux ouvrir. C’est simple et pratique. Sauf que quand ça marche pas… il te faut sortir de caisse et aller appuyer sur les boutons d’une autre caisse pour que ça marche. Joie bonheur et télégrapheur… Depuis, il a aussi fallu ajouter : une panne de clim, les toilettes des employés condamnées car elles fuyaient devant la boulangerie, deux lettres du mot viennoiserie qui sont tombées, la ligne des TPE cartes et chèques qui déconnent à tout va. Et bien sûr la moitié des frigos en panne.

Quand mes responsables commencent à se dire qu’il va falloir me sortir de caisse avant que je ne morde un client à la jugulaire… (« non humain, je ne vais pas te briser le coeur, tu n’en as qu’un. Par contre, tes os… tu en as 206… »)

Pendant ce temps-là, dans ma chambre qui me sert de bureau…

Bon Gribouille… Ma directrice de thèse m’a dit de faire attention à l’effet récitation, qu’il faut que je travaille mon adresse. Comme Rambo n’est pas là, je te propose de me servir de cobaye. Je m’en vais donc te raconter ma thèse, tu vas voir c’est génial ! [je fais mon oral 2-3 fois] Gribouille… le froncement de moustaches, c’était clair, le retournement dans ton sommeil aussi… mais j’avoue avoir plus de mal à saisir ce que tu veux dire par ce léchage intensif d’anus. T’as qu’à le dire si ça t’emmerde ce que je raconte ! [le chat se barre] Mouhhaaaaaaahou ! Mouwaoooou ! Ce que nous pouvons traduire par « hé hé hé, j’ai ramené du manger ! regarde c’est moi qui l’ait attrapé ! » Gribouille, ta gueule. T’en avais rien à foutre de ma thèse, alors moi, j’en ai rien à foutre de ta souris. Na. 


Je mets les frigos en dernier parce qu’ils vont pouvoir me servir de merveilleuse transition avec votre partie préférée : les clients. L’autre jour, j’étais d’après-midi. D’habitude, je demande aux collègues s’il y a des choses à savoir (genre… des bugs, des trucs qui marchent pas comme il faudrait, etc), mais comme en ce moment tout le monde est en impro et en surcharge de boulot, pas toujours possible en ce moment. Je suis donc arrivée en caisse, et ça faisait pas vingt minutes que j’avais commencé à travailler qu’un mec se plante devant moi :

« Pourquoi les frigos sont complètement vides ?! Y pas de fromage !
_[n’ai pas la réponse à ce moment, je réfléchis aux raisons possibles] Je viens d’arriver, mais j’imagine qu’il s’agit soit d’une rupture, soit d’une erreur de livraison, soit d’une panne. Si vous dîtes qu’il n’y a plus de fromage du tout je pencherai plutôt pour une panne.
_C’est pas une réponse ! Je veux savoir pourquoi, vous devez me dire pourquoi.
_[comme j’ai pas envie de me faire engueuler dès le début et que j’ai la naïveté de croire que répondre à la question me donnera la paix, je contacte mes collègues via le micro, celles-ci me confirment le scénario de la panne] Mes collègues me confirment bien qu’il s’agit d’une panne. Nous sommes désolés pour la gène occasionnée…
_Et pourquoi c’est pas affiché ??! Vous devez l’afficher ! on a le droit de savoir !
_[en fait il me gonfle] Parce que j’imagine qu’elles avaient autre chose à faire, comme chercher une solution au problème. Et puis je ne comprends pas ce que ça change pour vous, ça ne règle pas votre problème qui est de ne pas avoir de fromage.
_On a le droit de savoir, vous devez informer la clientèle ! C’est votre boulot. »

Non. Mon boulot consiste à ne pas t’éclater mon caisson en fonte sur le coin de la gueule. Encore une fois, l’écrit polit tout, mais il faut bien vous dire que le mec était tellement violent et agressif dans ses propos avec moi que les trois clients suivants ont tenu à s’excuser et me dire des choses gentilles pour compenser. Comme quoi il n’avait pas à me parler comme ça, qu’il y avait pire dans la vie, que eux avaient trouvé du fromage ailleurs, et puis voilà j’y suis pour rien, ni moi ni mes collègues. Pour que trois clients non concernés prennent ma défense, c’est vous dire l’agressivité du mec, qui oscillait soit entre théorie du complot, soit l’habituel mec qui a envie de se défouler sur ta gueule. J’hésite.

Je vous parlais d’une petite vieille et son concombre imaginaire… La semaine dernière, une petite vieille passe à ma caisse avec quelques 5-6 articles. Elle fout le tout dans son sac et s’en va. Elle revient plus tard, son sac vide flottant derrière elle et me brandit son ticket :

« Vous m’avez compte un concombre ! Mais moi j’avais pas de concombre !
_Euh… c’est possible madame, mais là je ne peux rien faire, je ne peux pas vérifier ni rien…
_Mais enfin je vous dis que j’avais pas de concombre.
_Je comprends bien mais là je n’ai aucun moyen de le vérifier…
_Enfin regardez vous même ! [brandit son sac vide] »

Sur le moment je n’ai pas bien compris et j’ai tenu ma position. Elle est finalement repartie, son sac toujours flottant derrière elle. En y reréflichissant, je me suis demandée dans quel état était la pensée de la petite dame. S’il est possible que je me sois trompée (même si fort peu probable, le code du concombre faisant 3 chiffres et ne ressemblant à aucun autre code)(et comme je sais faire la différence entre une courgette et un concombre…), je ne pouvais malheureusement pas le voir. Mais qu’est-ce qu’elle essayait de me dire à brandir comme ça son sac vide sous mon nez ? Est-il possible qu’elle ait oublié une fois ses courses rangées dans sa voiture ? Bref, c’était très bizarre et très dérangeant comme situation et j’étais vraiment désolée pour cette petite dame : si erreur il y a eu, je ne pouvais pas la réparer, si soucis il y a, je ne peux que constater.

Quand je me dis que je vais enfin pouvoir prendre une pause… mais qu’en fait non. (« le téléphone du bureau ne sonne pas ? mange une bouchée ! »)

Mais remontons d’un cran en agressivité ! Je galère un peu dans le nouveau magasin. Comme j’ai passé mes deux semaines essentiellement en caisse, je n’ai pas pu tout bien repéré des nouvelles allées. Du coup, je n’ai pas encore complètement conscience de ce qu’on vend, ce qu’on ne vend plus, et où c’est. La seule différence, c’est sans doute que les oeufs doivent être beaucoup mieux rangés vu que maintenant plus personne ne me demande où ils sont. Par contre, les filtres à café ne sont plus avec le café… mais avec l’aluminium. On cherche encore la logique de ce truc (monsieur Lidl ? qu’est-ce t’as fait encore ?!). Bref, lors d’une de mes rares sorties de caisse, une bonne femme m’attrape et me demande si nous avons du lait frais. Je m’arrête un peu et contemple les frigos à la recherche des potentiels endroits où ils pourraient être si nous en avions. J’ai quand même bien conscience de ne pas pouvoir offrir une réponse définitive alors j’ai répondu ainsi : « Je crois que nous n’en avons plus. Je sais que nous en avions l’été dernier mais apparemment plus maintenant. _Non mais vous en avez eu tout l’hiver mais c’est pas possible ça ! ». Je vais donc ajouter le lait frais à la liste des aliments qui légitiment le fait de m’agresser (pour rappel, cette liste comporte déjà : le pastis, la sangria, les yaourts)(et on va bientôt ajouter les fleurs !)


Pendant ce temps, sur la voie de contournement :

mon frère : elle sert à rien cette route, ça m’énerve. Remarque c’était bien pratique pour t’emmener à l’hosto. 
_J’avoue.
_Tu veux pas te recouper à coups de cutter ?
_Ça va pas la tête ? M’a déjà fallu presque une semaine pour les convaincre de m’en filer un !
_Non mais tu vois y a un nouveau macdo qu’a ouvert pas loin de l’hosto alors faut pouvoir le tester en allant acheter des glaces pour attendre sur le parking de l’hôpital. 
_Et t’as besoin que je me coupe à 3cm de profondeur pour tester le macdo ? T’y es pas encore allé ?
_Si si. Mais faut tester dans ces circonstances ! C’est pas pareil !


Dans la série « il est beau votre magasin », je vais à nouveau vous donner l’impression que vos vies sont merveilleuses ! Cette semaine on change un peu, cette fois j’ai atterri dans une chanson des Rois de la Suède. Car est arrivé à ma caisse un mec très accroché à son smartphone en pleine conversation : « C’est magnifique ce qu’ils ont fait ! Faut absolument que tu viennes voir ! Il vaut le détour ce magasin ! » euh… Donc on est vraiment arrivé à ce moment où le magasin est un lieu qu’on visite ?? Je m’en veux d’insister mais… c’est un putain de truc pratique ! Le côté agréable c’est une stratégie marketing pour te faire cracher du pognon. Et pourquoi ça m’énerve ? Parce que c’est les mecs qui sont fiers de cracher du fric parce que monsieur Lidl a refait les peintures (d’ailleurs il a pas nettoyé les coulures sur le bois !) sont les mêmes qui attendent 10 minutes que la responsable que je suis vienne leur rembourser 14 centimes parce que le sac il passe pas au bon prix. Sérieusement, votre vie est-elle si affreuse que votre kif c’est visiter un magasin alimentaire ? Si merdique que vous préférez perdre 10 minutes de votre vie pour moins cher que le salaire d’un gamin chinois ? Putain… et lorsqu’il arrive à mon niveau, l’homme lâche son téléphone « je suis désolé, je suis au téléphone avec un ami, il est aussi fan de lidl que moi ! C’est limite une addiction au stade où on en est ! » Une addiction… à lidl… Oua. D’un seul coup je culpabilise beaucoup moins d’être sur le point de claquer 50€ pour retourner voir Epica en concert pour la cinquième fois… Joie bonheur et colimateur…

Et vous vous rappelez des sacs gratuits ? Bien. Parce qu’il va falloir arrêter de m’emmerder avec ces putains de sac ! Parce que j’ai encore eu une petite vieille pour réclamer « ça marchait comment les sacs en cadeaux ? Parce que moi je suis venue deux fois la semaine dernière et j’ai rien eu ». Et t’auras toujours rien parce que j’ai pas le droit de te filer un sac à l’oeil comme ça et parce que j’ai horreur de devoir répondre à des questions qu’on pose sans poser. Je fais exprès de pas les entendre. (oui si tu veux jouer au plus con avec moi, viens bien entraîné) Et toujours suite à l’ouverture, j’ai eu encore mieux que le « vous êtes contente de votre magasin », j’ai eu le droit à « vous êtes fière de votre magasin ? ». Sachez-le, j’ai un énorme défaut, en fait deux : je ne sais pas mentir, et quand on me pose une question, je réponds. Soyez donc sûr de vraiment vouloir la réponse quand vous me posez une question. Du coup, je me suis entendue répondre un sobre « non. » La nana m’a regardé avec des yeux outrés comme si j’avais dit un truc du genre « en fait moi je mange des enfants ». Alors soyons clairs, je ressens de la fierté pour les choses dont je suis responsable et qui étaient dures… Je suis fière de mon mémoire, mes romans, mes pièces, d’avoir pu aider mes amis dans des moments critiques, d’avoir fait progressé une élève dyslexique en anglais, à lidl d’avoir pu gérer quatre choses en même temps, d’avoir résolu un nouveau problème sans appeler mes collègues à l’aide, d’avoir réussi à trouver du temps pour réexpliquer calmement quelque chose  un saisonnier, de ne pas me mettre à hurler sur les clients alors qu’ils le mériteraient, de continuer à me lever le matin malgré les insomnies, etc. Mais la construction et la conception du lidl… bah j’y suis pour rien. Mais alors rien du tout. Alors en dégager de la fierté ? Je suis désolée, mais j’ai pas l’esprit d’entreprise. J’ai l’esprit d’équipe, mais d’entreprise, non. Macdo s’est chargé de m’en dégoûter complètement (toi aussi crève de soif au dessus d’une friteuse jusqu’à la limite du malaise pendant trois heures parce qu’il faut faire un meilleur CA que le macdo d’à côté y a concours, tu vois c’est pour motiver les gens. Connard.)  Je ne dégage donc aucune fierté à travailler dans un lidl tout neuf. Tout comme je ne ressens aucune culpabilité devant la panne des frigos ou les livraisons non effectuées : je ne suis pas responsable dans un cas comme dans l’autre. Que je sois là ou pas ne change rien, ces choses se seraient passées, et exactement pareil. Je n’ai donc ni fierté ni culpabilité à en éprouver. Je dois juste faire avec (ou sans quand on parle des frigos…)

Quand j’ai bien envie de suggérer une nouvelle campagne marketing hyper honnête. (« Promo du jour : acheter 2 pitas et payer pour les deux ! »)

Mais reparlons donc des promos qui passent pas ! Parce que je vous le rappelle, j’entube tout le monde. (ha bah faut poser le décor, et le client lidl est presque autant capable de nuances que moi à 3h du matin coincée entre une cuite à la bière et une violente déprime) La semaine dernière, nous avions donc des promos sur les fleurs. Un genre de double promo même. Deux bouquets achetés = un prix, et 50% sur ce prix-là. Je crois que je l’avais raconté la semaine dernière, mais j’ai eu le problème une première fois. Ma charmante responsable avait alors calculé à quel prix ces deux bouquets devaient être. Si bien que quand une seconde cliente est revenue, j’ai pu vérifié que son bouquet passait au bon prix, ce qui était bien le cas. Ma responsable avait pu mettre l’ordinateur à jour et tout était bon. Mais selon la cliente non. Je persiste et signe en lui disant que c’est bien à ce prix que sont sensées passer les fleurs, que ça a été vu avec ma responsable qui a calculé à la machine et vérifier dans la base de données que ça correspondait et que je ne pouvais donc rien faire. « Vous faîtes de la publicité mensongère ! C’est tout ce que vous faîtes ! Vous êtes pas foutue de calculer ! Putain j’aurais su je les aurais pas prises ! » Alors, rappel : sur internet, si c’est gratuit c’est toi le produit, dans la vie, si y a promo, t’es quand même le plus gros perdant de l’affaire. Lidl, au même titre que n’importe quelle grande surface, n’est pas une association caritative. Monsieur Lidl, il veut faire du chiffre, et il veut le faire vite. Un autre mot pour promo, c’est attrape-couillon. En vrai, à lidl, comme partout, les promos sont rarement des vrais promos. Et tout le monde le sait. Alors la chanson de la publicité mensongère, on ira la faire à quelqu’un d’autre… C’est un secret pour personne : il faut lire TOUTE l’étiquette et recalculer dans sa tête.

Hier, j’ai enfin compris pourquoi est-ce que si souvent on avait des soucis avec les promos à base de « – 20% ». Je suis appelée en caisse pour une promo qui ne s’est pas faite. Je vérifie en rayon et constate qu’il s’agit d’une promo à -20% du produit initial. Dans le micro, je demande à ma responsable si elle peut me calculer vite fait à combien le produit est sensé passer (je suis pas douée en math, je rappelle, je pourrais le calculer à la main, mais ça prendrait du temps). Il ne me restait donc qu’à calculer la différence pour pouvoir la rembourser. Quand j’arrive à la caisse du collègue, vu que je suis fatiguée, j’attrape un bout de papier et pose ma soustraction (t’as l’air con, mais au moins t’es sûr de pas te tromper). Mon collègue et la cliente se moque (ce qui fait toujours plaisir quand tu viens résoudre leur problème, au passage). J’annonce un remboursement de 54 centimes (ou un truc du genre) et commence ma manip. La cliente s’esclaffe alors que je me suis trompée (bah oui, vu que tu prends le temps de poser ton opération, on en déduit que tu es forcément une bille totale. Alors que non, c’est juste que contrairement aux mots, les chiffres ont une tendance maladive à se mélanger et se brouiller dans ma tête, mais une fois sur papier ils font à peu près ce que je veux). Elle attrape donc mon papier et recommence un truc sans rien expliquer de ce qu’elle fait, mon collègue, très aidant, en rajoute une couche en disant que lui non plus ne pensait pas à ce résultat. Alors qu’une minute plus tôt, lorsque je lui ai demandé une soustraction de tête il m’a regardé avec des yeux vitreux (donc bien le lol pour se moquer de moi et mon bout de papier après). Tandis que la cliente continue de poser son opération qui ne correspond à rien. Comme tout ce petit monde m’emmerde à me prendre pour une conne alors même que je suis sensée résoudre le soucis, je continue dans ma voix, sûre du prix donné par ma responsable (armée d’une calculatrice et plusieurs années de métier) et de mon bout de papier. Et en fait, je crois qu’ils n’ont pas du tout calculé la même chose que moi. Je crois qu’ils ne calculent jamais ce qu’il faudrait, parce que c’est récurrent. Certains semblent considérer que le montant de la réduction est en fait ce qu’ils doivent payer. D’autres se la jouent gros matheux mais sont en fait autant des billes que moi, sauf qu’ils ne veulent pas le reconnaître. Bref, je pense que je vais continuer sur cette stratégie : demander à ma responsable de vérifier à la calculatrice et poser mes soustractions sur papier si j’ai un doute. Comme ça, au pire, si on se plante, on se plante à deux. Joie bonheur et jets de fleurs.

Pour finir sur une note plus légère, je dirai simplement qu’au bout de six heures de caisse, mon cerveau a un peu de mal avec la fonction « pensée » et « à haute voix », ce qui peut parfois me mettre dans des situations délicates. Un couple passe à ma caisse. Au compteur, 5 gosses. Sauf qu’une a réussi à filer dès qu’elle en a eu l’occasion. Les parents paniquent un peu (mais pas trop) et la mère part à sa recherche en hurlant son prénom dans tout le magasin. Le père regarde de loin, la cliente suivante panique comme devant un direct de BFM depuis le Bataclan, le père revient du côté des caisses « c’est bon elle l’a retrouvée ». Je me dis tant mieux. La cliente de dire au père « cinq quand même c’est beaucoup, ça fait du travail ! ». La mère revient avec la fugueuse qu’on peut toute façon facilement retrouver au radar tant elle fait péter le compteur de décibels, et la petite famille s’en va gaiement dans le soleil couchant. La cliente suivante passe alors :

« Alala ! Vous vous rendez compte, ils en ont cinq, c’est pas rien quand même ! C’est dur de tous les surveiller !
_Oui mais l’avantage c’est que s’ils en perdent ils en ont quatre autres pour remplacer. »

C’est en voyant sa tête que j’ai réalisé que j’avais dit ça à haute voix, alors que d’habitude c’est le genre de blague que je garde pour moi (ou les SMS pour les amis pendant la pause)(parce que bon sinon c’est frustration !)… Et j’ai bien vu que là, ça aurait été une chouette idée.

En fait la seule chose qui ait vraiment changé dans ce nouveau lidl, c’est que plus personne ne me demande où sont les oeufs. (si si, deux personnes en deux semaines, par rapport à avant, je maintiens, c’est rien !)


Sans doute pas de chronique la semaine prochaine, puisque je voguerai vers Rennes pour passer mon dernier oral de financement de thèse… Croisez vos didis et sacrifiez des poulets ! La chanson de la semaine est un classique, et c’est le moment parfait pour le réviser.

Un Wall of Death à vous !

 

On prend les mêmes (ou presque) et on recommence (tout pareil)

L’année a été pleine en rebondissements et en imprévus administratifs (surtout maintenant que j’y pense), je pensais qu’en avril, grand max mai, je serais fixée quant au financement de ma thèse. Et bien non ! Car s’eût été trop facile. Je ne saurai qu’en juillet si ça passe ou ça casse. Résultat, il a fallu se trouver une saison histoire de pouvoir payer les frais d’inscription en cas de mauvaise nouvelle. Le problème, c’est que les rebondissements en question ont fait que j’ai un peu beaucoup raté le coche pour chercher. Du coup, je m’en suis retournée voir mes charmantes collègues du lidl qui étaient toutes contentes de me voir revenir, ravies que quelqu’un parle anglais et allemand, gère les caisses, et se charge de ne pas étrangler les saisonniers ou les clients.

Bref, SBAM ma gueule, saison 2016, c’est parti les choupinous ! Et voyons ce que cette première semaine nous apporte de merveilleux !

Quand à lidl c’est des pros du marketing.

Et une fois n’est pas coutume, posons le décor ! (c’est ma déformation d’universitaire… faut introduire et tout…) D’autant qu’il y a des nouveaux… Le lidl où je bosse se situe à même pas 5 km de la plage, ce qui peut vous paraître immense si vous avez grandi en ville, mais sachez que quand vous vivez à la campagne, 5 km, c’est que dalle. Genre tu peux même le faire à vélo. Limite t’es voisin tu vois… Et donc en prime, nous sommes entourés de quelque chose comme trois campings de mobil homes. Autant vous dire qu’une fois que la saison a vraiment démarré je déteste le samedi presque autant que le dimanche (mais bon le dimanche a tellement d’avance dans les scores de pourritude…). Ça faisait deux ans qu’à chaque visite des grands manitous de Starsbourg, voire même d’Allemagne, le bilanc c’était « le magasin est moche ». Ni une ni deux ! Voilà-ty pas que fermeture du magasin pendant trois mois, on rase le tout et on recommence ! Parking compris. (enfin j’espère…) Pendant ces quelques mois, mes collègues ont été envoyé de ci und de là dans d’autres lidls le temps qu’on leur refasse un magasin tout beau tout neuf. Ils ont été réintégré la semaine dernière si je ne m’abuse, le temps de tout réachalander et réouverture ce mercredi. Et c’est donc ce mercredi que je m’en venais constater que… pas grand chose n’avait changé une fois l’architecture posée. (oui, j’ai eu la naïveté de croire qu’on allait en profiter pour régler les problèmes qu’on avait jusque là et l’espoir fou qu’on n’allait pas nous en ajouter des nouveaux. Que me jette la première pierre celui qui a des pierres dans son salon.)

Mardi, mon frère m’annonce que nous allons être collègues. Car figurez-vous que Monsieur Lidl, il a embauché deux intérimaires pour assurer… la circulation sur le parking. On s’est donc demandé s’il allait passer quatre jours à garer des voitures et à récupérer des pourboires. Ce qui contraste très sérieusement avec le côté cheap du lidl. Ceci dit, si la rénovation de ce magasin a montré une chose : c’est qu’avec un bel emballage, tu fais vraiment avaler n’importe quoi aux gens [insérez ici tous les blagues dégueulasses que vous souhaitez dans tous les orifices disponibles]. Au bout de deux heures, c’est bon, j’avais compris, la rénovation du magasin avait finalement moins à voir avec un côté pratique, une volonté écologique ou une remise aux normes, qu’un immense coup marketing sur le long terme. Je sais pas vous, mais moi quand j’étais môme, faire tes courses au lidl c’était vraiment la symbole de la galère des fins de mois, quand tu pagayais dans la semoule pour joindre les deux bouts. Ces dernières années, si vous avez fait attention, l’enseigne a fait beaucoup d’efforts pour se débarrasser de cette image en misant sur le côté sympa « le vrai prix des bonnes choses », le côté authentique, une marque nationale mais intégrée à ton patelin, etc. La réouverture du magasin, ça donnait vraiment cette impression. Avec inauguration, mecs qui gèrent le parking, arrivée anticipée des saisonniers, hôtesses d’accueil et stand de dégustation. Ouai ma gueule !

Il m’était déjà arrivé dans ces pages de me demander à quel point la vie de certains clients pouvaient être pourrie. Cette semaine j’ai atteint un nouveau stade de what the fuckesque. Toute la semaine, les clients m’ont régulièrement exprimé leur enthousiasme quant à cette réouverture…


Pendant ce temps-là, chez mes parents, mon frère fait le grand rangement de sa chambre…

« Tu veux un décapsuleur ?
_Pour quoi faire ??
_Bah ouvrir de la bière banane ! 
_Jsais pas jme brosse les dents là…
_C’est pas une réponse >.<
_Bon bah oui alors !
_Trop cool ! Attends jte monte
_Mec j’ai du dentifrice plein la bouche là, jvais te gerber dessus si tu continues à m’emmerder…
_ROOOOOH ! »

« Tu veux une BD sur les légendes bretonnes super chiantes et moches ?
_… non.
_Zut. Je pensais l’avoir super bien vendue. »


D’un côté, tu as les petits vieux qui sont tout contents de voir leur magasin rouvrir. Oui oui, leur. Notez le déterminant possessif. Et puis chacun de me raconter comment il a dû se dépatouiller pendant ces trois de fermeture.
« Vraiment on est content que vous soyez de retour ! Parce qu’aller jusqu’aux autres… ça faisait quand même 30 km à chaque fois pour faire ses courses c’est pas terrible ! » Oui alors si 5 km c’est proche, 30, ça commence à piquer un peu. Surtout pour faire tes courses. 60 km de routes de campagne pour aller acheter du beurre, c’est sûr, c’est pas la fête. Notez que je m’en fous royalement.
« C’est vraiment super que vous soyez là parce que fallait que je demande à mon gendre d’aller faire les courses pour moi et moi j’aime pas demander. À chaque fois donc mon gendre allait faire mes courses et je le remboursais. Donc on s’arrangeait pour l’argent vous voyez, mais bon c’est quand même mieux maintenant que vous êtes là, je vais pouvoir me débrouiller tout seul. » Vieillir c’est moche, des fois que vous auriez oublié. (vous avez attendu cet article avec impatience, y a pas de raison que je n’entretienne pas votre cynisme un peu au passage ! »
Bref, les petits vieux du coin, ou les familles, pour qui le côté pratique de la chose prédomine.

Et puis de l’autre côté… tu as tout ceux pour qui la réouverture du lidl, c’est un peu la visite au musée. Et non je n’exagère pas.
« On est venu voir comment s’était, du coup on en a profité pour faire quelques courses. » Mais attends, c’est pas sensé être le contraire ? Genre tu as besoin de denrées alimentaires ou de 5 compresseurs (je… que… quoi ??), donc tu vas faire tes courses, et là tu en profites pour faire un petit tour et tu constates les changements… non ? Ha bon. Quand certains vont marcher en forêt pour se détendre (faut reconnaître qu’on a des chouettes forêts dans le coin !), d’autres vont acheter du PQ à lidl. C’est dans des moments comme ça que je réalise que ma vie est en fait absolument merveilleuse.

Quand je découvre le nouveau magasin de façon extrêmement pragmatique. (« Alors que je contemplais mon royaume, je compris que le sol était couvert de lino et avait besoin d’un coup d’aspirateur »)

Pendant ce temps-là, dans son bureau, mon père découvre l’internet

« Euh Coraline, tu peux venir voir ? J’ai mis mon facebook en allemand… je sais pas comment j’ai fait.. et je sais pas comment remettre en français…. »

Pour un moment de rigolade assuré, lecteur, mets le facebook de tes parents en allemand. Euphorie collective assurée.


Ha puis vu qu’on parlait des déterminants possessifs et des pronoms personnels plus tôt… « Il est beau votre magasin ! » « Vous devez être contente d’avoir retrouvé votre magasin » Ce n’est point mon magasin… Techniquement, c’est même plutôt le contraire. Une fois le badge passé, concrètement, mes jambes mes bras ce que je dis mon sourire appartiennent au lidl. Donc bon… je ne suis en rien responsable d’une telle transfiguration. Et d’ailleurs, ça n’éveille en moi nulle joie ou enthousiasme… Je ne suis pas contente ou quoi… Je suis… euh… indifférente. Pour moi, le magasin, c’est comme une voiture ou un marteau : c’est un outil. C’est fait pour être pratique, sa « beauté » n’entre pas en ligne de compte pour juger de sa qualité. Ce qui m’intéresse, c’est de savoir si oui ou non je vais pouvoir faire efficacement le travail qu’on attend de moi. Voilà. Le problème, c’est que les clients n’en finissent pas de s’extasier sur la beauté de ce magasin, concept qui me dépasse donc complètement, même dans les moments où j’essaie d’y mettre de la bonne volonté, ce qui met donc à rude épreuve mon maigre sens de la conversation… Pire encore ! Cette conversation vient se rajouter à la longue liste des conversations répétitives que je me retrouve à avoir une vingtaine de fois minimum par jour, accentuant encore la sensation de ne rien être d’autre qu’un putain de bot qui répète les mêmes procédures à longueur de journée… Du coup, il y a quelques moments de désespoir quand quelqu’un change de disque :

« Alors comment vous le trouvez votre nouveau magasin ?
_Bah… les néons niquent moins les yeux !
_OO C’est tout ??!
_Mais c’est déjà super je trouve ! »

Je ne sais pas qui de mon pragmatisme ou de ma manie de répondre vraiment au question qu’on me pose aura ma peau… J’imagine que les collègues qui sont là à l’année seront sans doute beaucoup plus sensibles à la différence. Moi je passe sans doute complètement à côté. D’autant que, ce que je vois surtout, c’est ce qui ne marche pas…

Car oui, on a réouvert mercredi, et c’est déjà folklo ! Déjà, le soucis, c’est que si j’ai raté le pire du pire le mercredi matin, il y avait quand même moult la populace toute la journée. Résultat ? Pas de polo ni de chaussures mises de côté, pas de badge, pas d’étiquette avec mon nom… Il a fallu que cette chère G. appelle son mari pour qu’il ramène un carton de polos et des chaussures. Chaussures de sécu neuves qui m’ont donc bien joyeusement explosé les pieds toute la semaine (sérieusement j’ai des pierres à la place des talons !), et qui ne m’ont pas servi à grand chose vu que je suis très peu sorti de caisse, et que soyons réalistes, ça risque de continuer comme ça le temps que les saisonniers soient tous correctement formés (donc là nous allons tous prier dans le potentiel de mes jeunes collègues, et nous allons prier très forts, parce que j’en ai déjà marre des gens). Pas mon nom, ça ne m’embêtait guère, je n’aime pas que les clients sachent mon nom. J’estime que c’est pas leur affaire, et que déjà, me parler correctement et me dire bonjour ça serait un bon début. Pas de badge, ça c’est bien la merde par contre. Parce que du coup, je ne peux pas pointer, ce qui est quand même embêtant parce que je n’ai pas trop l’intention de travailler pour la gloire. Mais surtout parce que maintenant, dans ce nouveau magasin, toutes les putains de porte s’ouvrent à l’aide du badge. Putain, je dois demander à quelqu’un de m’ouvrir à chaque fois que je veux accéder à la salle de repos (genre, monsieur Lidl me hurle « non ! retourne travailler ! tu manges pas et tu vas pas faire pipi !! » tous les jours). Et quand je dis toutes les portes, c’est toutes les portes ! Même le putain de local poubelle s’ouvre à l’aide du badge. Sérieux les mecs, vous avez peur de quoi ? Qu’on vous vole une salade pourrie ? Et surtout, pour mon premier jour, personne n’a vraiment eu le temps de me faire faire le tour du magasin, ce qui fait que je n’ai rien repéré de où sont les différentes choses dont je pouvais avoir besoin pour mener à bien les différentes tâches que j’aurais à faire dans ma journée… Cerise sur le gâteau empoisonnée, mes collègues, joyeusement débordée et en vrai pas tellement plus avancée que moi (j’y viens !), ont passé leur journée à jouer au flipper avec ma tête « euh, demande à truc » « vois avec bidule ». Sauf que maintenant que ce truc est immense, vas y pour trouver truc ou bidule ! Sérieux, en fin de journée, il m’a fallu 15 minutes pour serpiller ma caisse… le temps de… trouver où sont les sceaux et les serpillères… trouver l’arrivée d’eau… m’entendre dire que j’ai pas le droit d’utiliser celle-là et qu’il faut que j’aille au local poubelle… trouver le local poubelle… constater que je ne peux pas l’ouvrir sans badge… trouver quelqu’un avec un badge… que ce quelqu’un m’explique où sont les sceaux et les serpillères et l’auto-laveuse alors que j’ai déjà dit que j’avais un sceau et une serpillère… que je trouve quelqu’un qui comprenne que je veux juste qu’on m’ouvre une porte… que je comprenne comment fonctionne l’arrivée d’eau… que je décide de prendre le risque d’inonder le lidl le jour de la réouverture parce que YOLO ! … que je décrète que putain j’en ai marre, j’ai que du produit à vitres sous la main, et que je vais donc laver mon sol au produit vitre, parce que merde, les procédures c’est comme l’informatique, c’est bien quand ça marche mais la plupart du temps tu te démerdes surtout comme tu peux (et toute façon ça a très bien marché alors merde)… 15… putains… de minutes… Je me suis sentie telle une bille dans un flipper : toujours à se prendre un revers et jamais où il faut.

Quand on ne prend pas le temps de m’expliquer et que du coup je me démerde comme je peux, j’improvise… (« Je n’ai aucune idée de ce que je suis en train de faire »)

Pendant ce temps-là, au fin fond du désespoir…

« J’ai trouvé du travail pour la saison !
_Oh !
_Mise en rayon à Super U… rayon hygiène…
_C’est toujours mieux que le rayon boucherie de chez Lecler non ?
_Ouai… Ils vont tous me regarder de haut alors je vais me répéter « j’ai bac +5 j’ai bac +5 j’ai bac+5 »
_Je te vois bien graver ça au cutter sur les rouleaux de PQ. Genre art-déco du pauvre.
_Je te déteste. Putain j’ai trouvé ! Juste pour te faire chier, quand j’aurai des gosses, et bah tu seras la marraine !
_WHAT ? Mais pourquoi tu veux faire ça ?
_Pour te faire chier ! C’est trop bien comme idée ! Trop génial ! En plus tu vas te sentir obligée de le faire super bien et tout ! ahahahahaha
_Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça… »


Mais je vous connais… et ce que vous attendez en vrai, c’est que je vous raconte les clients cons hein. Parce que vous êtes comme ça vous, vous aimez vous repentir de la bêtise humaine. Et si vous avez pitié, une partie de vous se dit peut-être qu’en une seule semaine quand même, y a pas dû y en avoir des tonnes non plus… C’est vrai qu’on a de la marge jusqu’au mois d’août. Mais ne vous inquiétez pas, le connard est de sorti en toute saison et nous allons maintenant prestement le retrouver si vous le voulez bien ! Parce que le client, il a besoin d’agresser quelqu’un, ça lui fait plaisir, ça le défoule. Alors du coup, il cherche le prétexte. Dans la série des choses qui déconnent déjà, nous avons les caisses qui se ferment toutes seules, les TPEs (la machine pour payer en carte) qui déconne, les promos qui ne se font pas, les clients qui ne savent pas lire, etc. Pour la réouverture, Monsieur Lidl, il a fait des cadeaux, parce qu’il est comme ça. En vrai, Monsieur Lidl n’est pas un gros con enfoiré de capitaliste, c’est un gentil, il veut faire plaisir. Alors il a fait du cadeau aux clients qui venaient ce jour-là, et il n’a pas regardé à la dépense : jeton lidl, sac lidl, stylo lidl. La vache. Ça déconne pas. Tout ceci avait donc lieu le mercredi. Déjà, comme il y a eu blinde de monde le matin, l’après-midi on était un peu raque en cadeau. Du coup, certains clients m’ont signifié leur mécontentement « forcément, on vient en fin de journée on n’a pas de cadeau ». Non mais mais… les gens… c’est un stylo, un putain de stylo ! Remettez vous… le truc en plus il est pourri, il se casse au bout de deux utilisations… franchement vous ratez rien… et c’est une fille qui a un stylo dans chacun de ses sacs et dans chaque pièce de son appart qui vous le dit (ça m’énerve toujours de devoir chercher un crayon, du coup j’en mets partout c’est beaucoup plus simple). Le lendemain, une bonne femme se pointe à ma caisse « j’ai pas pu venir hier du coup j’ai pas eu le sac, je peux l’avoir aujourd’hui ? _Bah… non. _Aller ! _C’était un cadeau de réouverture, la réouverture c’était hier… je peux pas madame _Il faut savoir faire plaisir aux clients vous savez ! » Ha mais oui ! Je sais bien madame. C’était marqué sur le planning « mercredi : être gentil avec le client ». Mais moi j’ai lu le planning en entier et ça donnait :

mercredi : faire plaisir aux clients
jeudi : retour au pouvoir du capitalisme sans foi ni loi
vendredi : enculage du client
samedi : enrobage du client avec dégustation et re-enculage
dimanche : bon faudrait nettoyer là quand même, ça va commencer à coller

Donc bah moi j’ai suivi le planning. Moi je suis qu’une pauvre petite caissière, je fais ce qu’on me dit. (Au passage, si la moyenne de blagues crades de cet article est au dessus de ma moyenne habituelle, c’est parce que maintenant, nous sommes équipés de petits casques avec micro pour communiquer avec les collègues d’un bout à l’autre du magasin. Or on s’en sert aussi à dire des conneries. Sauf que comme je suis en caisse, et bien je ne peux pas répondre alors qu’elles disent des saloperies et c’est TRÈS BEAUCOUP LA FRUSTRATION ! Du coup faut bien rattraper). D’ailleurs, à l’opposé, combien de clients ont exulté de joie à ma caisse, leur sac cabas cadeau en main « c’est vraiment super en plus il est magnifique ! » C’est… un… sac… cabas ! Bordel, mais à quoi ressemblent vos vie pour qu’un sac à l’image d’une photo de kiwi vous colle un orgasme pareil ?? J’ai eu l’impression de passer ma semaine dans une chanson de GiedRé… Je veux dire, c’était un jeton, un stylo, un sac… Ça serait un iphone, une tablette, une voiture, des vacances j’aurais compris… mais là… Dans un sens comme dans l’autre, ça me dépasse.


Pendant ce temps-là, dans l’administration française, la CAF continue de me verser des allocations logement mais le site de la CAF m’explique que je ne suis pas allocataire de la CAF qui me donne des allocations…


Dans la série des choses qui n’ont pas changé, nous avons toujours des clients très très courageux… Je me retrouve donc à gérer la ligne de caisse : en gros, on me colle en caisse, on me file un casque + micro, la clé de nul, et je gère les saisonniers, leur pause, leurs conneries (pour lesquelles certains ne prennent pas de pause)(oui, j’ai déjà ma bête noire. C’est pas drôle, les jeunes générations prennent de moins en moins la peine de faire semblant d’être des gens fréquentables, genre là, les collègues qui vont lire ça, savent très bien de qui je parle alors même qu’on est tous arrivé y a une semaine et qu’on est une bonne 12 en bonus pour la saison, c’est vous dire), les conneries demandes des clients en ce qui concerne les échanges et retours. En gros, je dois être à 4 ou 5 endroits en même temps. Autant vous dire qu’en cinq jours, je frôle déjà le décès cérébral (genre, je parle à ma nourriture) et que je commence à sérieusement flipper parce que je n’arrive pas à travailler mon oral de financement…Mais ce n’est guère le sujet, je paniquerai ailleurs. La plupart du temps, les clients sont compréhensifs (faut dire que me voir insulter ma machine à grand coup de « putain de saloperie de merde de chier fais ce que je te dis putain ! », ça a tendance à décourager les gens de m’emmerder deux secondes après. Mais vraiment. Je suis du genre à jurer dès qu’un truc se passe pas comme je veux, mais maintenant j’en rajoute une couche depuis que j’ai compris que ça me permettait d’avoir la paix ensuite)(manipulatrice ? nooooon ! Je suis simple caissière voyons.). La plupart du temps. L’autre jour, on avait un genre de promo à la con. De base, en achetant deux bouquets de fleurs, le client avait une réduction. Mais, là en prime, le client avait aussi 50% sur le prix final (donc une promotion sur la promotion). Sauf que la promotion ne s’est pas faite. Je sors de caisse, vais voir en rayon, j’essaie de comprendre ce qui a pu merder. Je retourne à ma caisse, et via le casque, j’appelle ma responsable pour lui expliquer le problème et que donc elle mette la base de données à jour. Je dois donc rembourser la différence à la cliente, sauf qu’entre les pourcentages, les conneries des autres, les trois choses à gérer, ma capacité en math, je savais que d’office j’allais perdre du temps à essayer de calculer pour finir sur un truc même pas sûr d’être bon. Je lui demande donc si elle peut rapidement faire le calcul pour que ça soit bon. Elle se moque gentiment de moi, comme quoi je suis nulle en math, mais bon elle s’en va quand même faire le tout à la calculatrice. Bref, tout ça prend un peu de temps, mais dans ma tête, je me dis que c’est du temps bien utilisé puisque j’ai pu répondre aux questions des collègues et résoudre le problème… Pendant que je fais signer le petit papier à la madame, mon oreille droite capte une voix d’homme en train de joyeusement râler avec le client suivant « oui ça fait 12 minutes que j’attend, je pense à ma femme qui est handicapée, et puis le personnel est mal formé c’est n’importe quoi toute façon ici ». Haaa ! Nous le retrouvons donc, le client courageux comme pas permis ! Car oui, lorsque j’en ai eu fini avec ma cliente, que j’ai pu relancer ma caisse et que j’ai gratifié l’homme d’un sourire à peine exagéré, celui-ci m’a répondu d’un grand sourire, et bonjour madame et merci et bonne journée madame. Avant de m’insulte copieusement auprès de mon frère et son pote sur le parking. Cher client courageux, je t’aime. Parce que sache que si ça me gonfle de me faire accuser à tort quand je n’ai rien faire de mal, si t’as pas les couilles de me dire quelque chose en face, je considère que tu n’as rien dit et la bonne journée à toi !

Quand les clients me racontent leur vie ou espèrent me faire changer d’avis (« Bienvenue au pays de Tout le Monde s’en Branle humain. Population : 6 milliards + 1)

Pendant ce temps-là, dans le couloir, à 6h16 du matin

Mouuuuwaaaaaou ! Mouwaaaaaou ! Ce que nous pouvons traduire par « je suis rentré !! j’ai faim !! occupez-vous de mooooooooi ! » Gribouille était donc rentré, il avait faim, il voulait qu’on s’occupe de lui. Mon père, qui partait travailler, se débrouille pour ramener le chat dans la cuisine, mais trop tard pour moi, je suis réveillée. Comme le réveil devait sonner à 8h, je caresse l’espoir saugrenu de me rendormir. Sauf que… le chat a dû manger sa gamelle, ressortir dehors, rerentrer par la fenêtre de la salle de bain, et à 6h27 du matin… Mouuuuwaaaaaou ! Mouwaaaaaou ! Mouaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaawou !!!! Ce que nous pouvons traduire par « je suis là, est-ce que vous avez entendu que j’étais là ? Parce que je suis là ! et je suis tout seul ! je suis là ! » Je me hisse sur le lit de sorte à atteindre la poignée de ma porte, j’ouvre, et Gribouille se décide à rentrer. Je ferme et m’écroule à nouveau, me vautrant dans mon espoir de me rendormir maintenant que le chat a trouvé un endroit pour dormir et donc, se faire… Mouuuuwaaaaaou ! Mouwaaaaaou ! « je suis là maintenant ! tu me fais une place ? parce que je suis là ! on va dormir ensemble et c’est trop cool ! » Et moi de répondre « putain Gribouille, c’est un lit double, devrait y avoir assez de place pour les livres, la peluche de Stitch, toi et moi sans que tu sois obligé de me planter tes griffes dans le mollet ! _Mouwaaaaaou ! » Du coup j’ai abdiqué. Et quand je suis partie, vers 8h43 direction le taff, le chat dormait de tout son long en travers du lit. Je me suis fait trollé par mon chat.


Et j’en ai eu d’autres… Mais l’article fait déjà plus de 4 000 mots… Alors je vous fais juste une petite liste en forme de teasing pour vous, et de pense-bête pour moi, et ça sera pour la prochaine fois :

  • la petite vieille et son concombre imaginaire
  • la nana qui t’agresse pour publicité mensongère
  • la nana qui t’engueule parce que tu ne sais pas ce que le magasins vendait l’hiver dernier
  • le couple qui te confond avec la machine
  • et puis on tapera sans doute un petit coup sur les grands chefs aussi tant qu’on y est…

Je conclurai simplement ici pour aujourd’hui. Quand je vous disais que même mes collègues, celles à l’année, semblaient n’en mener pas plus large que moi, c’est surtout parce qu’à l’heure actuelle, on se croirait en plein crash test. Personne ne sait vraiment comment les choses sont sensées se passer. Ou plus exactement : on a la théorie, mais il n’a pas fallu une journée pour comprendre que la théorie ne nous servirait pas à grand chose. On ne sait pas quelles quantités commander, combien il faut être pour ouvrir ou fermer le magasin, où ranger toutes les choses, etc etc. En gros, on passe beaucoup plus de temps à improviser que les chefs ne le pensent… d’autant qu’au final, ils te sortent tellement des conneries énormes à force d’être déconnectés de la réalité du terrain, qu’on leur sourit en disant que ça va bien, tandis qu’on trouve les solutions nécessaires au jour le jour. Bref, l’été sera long et folklorique !

Nous finirons simplement avec la chanson de la semaine, et je vous préviens, vous allez l’avoir en tête toute la semaine prochaine.
En attendant, un Wall of Death à vous !

Ray Charles et le Lapin Blanc – Fantasmagorie #6

Il était temps… Mais comment repartir ? Tomber de l’autre côté du box avait été facile. Il avait juste fallu se laisser glisser, aspirer et rentrer dans la danse. Une fois qu’il avait arrêté de résister, tout était devenu facile. Les choses allaient de soi. Les chiffres planaient sous ses doigts, il passait d’une tranchée à l’autre avec aisance et évitait les balles sans froncer un cil, ou presque. Mais il allait falloir partir.

Le rouleau des tapis se faisaient rouleau compresseur. En un rien de temps, ils aspiraient l’esprit et faisaient disparaître toute trace d’un quelconque passé. Une hypnose en grande distribution. Plus de lieu ni de temps, ni passé ni avenir. Simplement le tapis qui tourne et le bruit récurrent des bips. Routine bien installée. C’était impressionnant tout ce qu’on pouvait faire pour ravir les chiffres : battre les records de CA, le nombre de clients, le nombre de baguettes vendues ou jetées. Toujours aller plus vite, repousser l’indice de productivité comme on explose un immeuble désaffecté. C’était amusant, l’ordinateur était ainsi gavé de chiffre tous plus adéquats les uns que les autres. Les clients râlaient d’être ainsi traités, Ray Charles et ses comparses s’épuisaient à passer ainsi au crible de la machine leur corps et leur conscience. Et c’était amusant car finalement, la seule personne que cela rendait heureux, c’était l’ordinateur. Ce qui était, à bien y réfléchir, complètement stupide. Un ordinateur, ça ne peut pas être heureux.

Les bips faisaient rage tandis que Ray Charles cherchait encore et toujours sa solution. Un client trop pressé, trop maladroit, fit alors choir une bouteille de produit pour sol parfumé au citron. Au grand damn de l’ordinateur, Ray Charles stoppa tout dans l’espoir d’arrêter l’hémorragie chimique. Le client restait hébété à constater les dégâts que sa compagne répétait de la même voix morose « mais arrête le ! » sans pour autant bouger. Que faire ? Une serpillère ? Elles étaient toutes en plus mauvais état que ses yeux, ramasser le produit directement à la main aurait été plus rapide. L’auto-laveuse ? S’ils ne comprenaient pas qu’il fallait redresser la bouteille pour l’empêcher de couler alors comprendre qu’il fallait se pousser serait impossible… Ray Charles déroba plusieurs rouleaux de sopalin qu’il jeta sans pitié sur la flaque.

Non, ça n’a rien à voir. Et alors ?

L’inondation fut ainsi stoppée et la bouteille mise de côté. Ray Charles retourna à l’ordinateur qui grognait en silence, quelque part dans l’absence de caméra de surveillance. Non messieurs dames, pas de caméra de l’autre côté du box, mais le moteur de la calculatrice qui grogne jusqu’à ce qu’on le nourrisse. Un moteur jamais rassasié, cela va sans dire. Ray Charles savait son calcul foutu pour la semaine. Dix minutes de perdues dans la gorge de la machine, impossible de lui faire recracher, impossible de le rattraper. La machine était une boulimie impossible.

L’odeur du citron baignait Ray Charles d’une énième migraine… Était-ce les vapeurs qui lui firent part de sa présence, ou bien la douleur derrière les yeux qui effaçait entièrement le reste du monde ? Toujours est-il qu’il était là, le Lapin Blanc était là, bien assis au bout du tapis. Et le tapis pouvait tourner encore et encore, lui ne bougeait pas. Le Lapin Blanc portait son éternelle montre. Il semblait triste. Ray Charles aurait voulu tendre la main pour le toucher, s’assurer qu’il était bien là. Mais le tapis n’avait pas fini de cracher ses articles. Il fallait continuer. L’ordinateur ne pardonnerait pas un deuxième écart. Le Lapin ne bougeait pas. Pourtant il était bien assis sur le tapis, mais il ne se rapprochait jamais. Il était fixé sur sa montre. Il en cachait même la vue, Ray Charles ne pouvait voir combien de personnes attendaient encore d’être comptabilisées par la calculatrice. Il commençait à paniquer : comment faire ? pourrait-il bientôt s’en aller ? ou bien était-il encore coincé ici pour des heures ? d’ailleurs, depuis quand était-il là ?

Il accéléra. Mouvement de panique ou chant du cygne, impossible à dire. Mais il lui sembla que la solution était là et qu’il ne pouvait pas se permettre de la rater. À la première occasion, il ferma le tout. Dès que le monde sembla se dissoudre. Porté par l’odeur de citron, il ferma les lieux. Il se ferma complètement aux récriminations, attrapa sa corbeille et fonça sur le Lapin Blanc. Aussitôt, celui-ci partit en courant et hurlant. La montre était cassée. Il allait falloir la réparer si tous les deux voulaient partir d’ici.

Ça n’a toujours rien à voir.

Alors Ray Charles et le Lapin Blanc se mirent à faire tous les rayons. Ils rangèrent ce qui traînait, trouvèrent un bracelet et firent un voeu. Seulement voilà, comment savoir si le voeu allait être exaucé ou pas ? Le Lapin avait sur comment sortir. Mais sans sa montre, il était complètement perturbé et incapable de repartir d’ici. Il fallait continuer à chercher.

Ils trouvèrent du boudin dans les congélateurs, des voleurs de bonbons qui vidaient les paquets dans leurs sacs à main, des questions qui n’avaient absolument aucun sens. On leur demanda même de retrouver le soleil. Ils furent désespérés. Comment faire ? Le soleil était-il vraiment une réponse ? Pourrait-il réparer la montre ? À force de tour et de tour dans les allées, Ray Charles réalisa qu’il avait toujours sa poubelle. Certes, il l’avait rempli pendant le trajet de multiples choses : briques de lait caillé percées, listes de course, feuilles de salade, grains de raisins, emballages de glaces mangées dans le magasin et jamais payées…. De désespoir, il passa la porte du fond, prenant bien soin de sortir la barre pour bloquer la porte. Il constata que le soleil était effectivement porté disparu. La pluie tombait, tranquillement, patiemment. Elle avait le temps. L’eau coulait régulièrement, formant ici et là dans la cours quelques petites flaques. Il faisait ici une fraîcheur délicieuse. Il resta planté là un instant, à sentir la pluie tomber et nimber l’asphalte. Elle lavait les gravillons, changeait la couleur des murs et rinçait les poubelles abandonnées là.

C’est alors que le Lapin Blanc sauta sur l’une d’elle, s’écriant que les aiguilles s’étaient remises à bouger. Mais il fallait faire vite, ce n’était qu’un sursaut, une légère inclinaison de la montre qui avait relancer le mouvement. On ne pouvait savoir combien de temps cela allait durer. Il ne fallait pas prendre de risque inutile. Mais comment faire ? Le Lapin s’énerva « mais bois ! ». Ray Charles mit un moment à comprendre… la bouteille de produit sol ! La pluie avait nettoyé l’odeur de citron qui lui imbibait les mains. Le calme était revenu dans ses narines sans qu’il s’en rende compte. Dans un souffle, il retrouva la bouteille au bouchon cassé dans le fond de sa corbeille. Il eût peur… Le Lapin insista, il semblait sûr de lui. Grimaçant à l’avance, Ray Charles se décida enfin à boire. Il porta le goulot à ses lèvres, l’oesophage crispé pour en sentir le moins de goût possible. Sa langue n’envoya pourtant par les appels à la nausée auquel il s’attendait. Le liquide était bien visqueux comme il s’attendait, mais il n’avait pas vraiment de goût… du moins… pas un goût qu’il pouvait reconnaître tout de suite.

Un goût de… cerise… sangria… pastis… baguette… rosé pamplemousse… yaourts au fruits… lait de soja… charbon…

Mais pas de citron.
Quand il rouvrit les yeux, la pluie n’avait plus la même odeur. En rentrant dans le magasin, il sut. Le Lapin n’était plus là. Les tensions entre les différents collègues semblaient vouloir se calmer sans pour autant parvenir à se résoudre totalement. Toutefois, chacun avait compris la nécessité de maintenir un niveau de paix minimum. Beaucoup était déjà parti. Quand il entendit « mais putain c’est ton dernier jour en fait ! » Ray Charles comprit que c’était son tour. Il hésita vaguement, une seconde. Le temps de se demander comment on faisait pour dire au revoir à des gens qu’on apprécie vraiment dans un lieu qu’on exècre viscéralement. Entre une flaque et un rayon de soleil, il vit le Lapin Blanc se refléter sur sa voiture, désignant sa montre ostensiblement.

Il était temps de partir.

Cette série est dédiée à mes collègues. Faites attention à vous surtout, portez vous bien !