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Un matin à la laverie

Rise Against – Ready to fall

Ce matin à la laverie j’ai enfin compris.
Ce matin à la laverie j’ai compris pourquoi certains en arrivaient à tirer dans le tas.
Au hasard. Sans revendication autre que celle de tuer.

C’est marrant comme ça m’a frappé d’un seul coup. La violence de l’inanité. De l’insoluble inanité. Interminable inanité. Tellement tellement, tellement tout le temps. C’est devenu évident. Genre clair comme de l’eau de roche et autre commodité littéraire d’usage. Enfin marrant… Faut une sacrée dose d’humour noir, je te l’accorde. C’est juste… tu vois comme on cherche des réponses dans toutes les impasses possibles et imaginables alors que la réponse était juste là. À attendre qu’on arrête de se voiler la face. Ce matin à la laverie j’ai compris pourquoi certains en arrivent à tirer dans le tas.

I’m standing on the rooftop

Ce matin à la laverie c’est donc devenu aussi évident qu’une introspection minimaliste.
Ce matin à la laverie j’ai calculé. Je travaille 7 jours sur 7. Je n’ai plus de vacances depuis des années, seulement des arrêts maladie quand le corps ne suit plus et monte à 40° de fièvre pour le plaisir de me voir redescendre. Tout ça pour rester bien sagement bien gentiment sous le seuil de pauvreté.
Ce matin à la laverie j’ai ri quand j’ai ajouté au bilan qu’en prime il fallait aussi que je passe mon temps libre à la laverie, donc.
Et ce matin la laverie c’était la sortie culturelle de la semaine. Tous les parents leurs paires de chiards à la main à attendre que les machines tournent alors que si les gosses ne savent pas faire une chose c’est attendre.

I think I’m at the edge now

Ce matin à la laverie entre les hurlements parce que « c’est moi qui met la pièce la lessive », les coups de pieds dans les hanches, le mec qui lorgne sur mes seins par dessus son tel, c’est devenu évident. La rage sourde et bouillonnante dans le fond des veines. Les larmes qui attendent patiemment de pouvoir se cacher derrière les lunettes de soleil. Les mains qui tremblent sur les pages du manga. Les yeux qui ont du mal à suivre la logique des cases. Vraiment, c’était évident. À ne pas comprendre pourquoi on continue de demander pourquoi.

I’m standing on the rooftop
Ready to fall
I think I’m at the edge now
But I could be wrong

Parce que ce matin à la laverie, moi et mon épuisement, les parents sans nulle part où mettre les gamins, alors sans doute les parents et leur épuisement, l’autre du même âge que moi qui remet son manteau pour éviter le regard de l’homme, et la petite vieille qui n’arrive même plus à faire sa lessive toute seule. Putain c’était tellement évident.

Now I’m standing on the rooftop
Ready to fall

Ce matin à la laverie c’est devenu tellement évident. L’épuisement chronique. Et surtout surtout comment on est tous gavés de haine jusqu’au fond de la gorge. Ça proteste pour les oies à Noël et ça oublie qu’on en a tous plein la gueule de cette haine. Haine de l’autre du monde de nous-même du système. Et c’est presque de l’art comment elle survit cette haine tu vois. Comment elle se nourrit de nous et comment on la nourrit on l’entretient on la polie on la vernit. Comment on fait en sorte que chacun se déteste soi-même un peu plus pour qu’on accepte toutes les humiliations qu’on ira consoler à grands coups d’achats divers. Et on a beau le savoir ça marche quand même. De l’art je te dis. Sauf que les canards les oies on finit par les égorger quand vient l’heure. Alors que toi moi les parents à la laverie et le mec et son regard vitreux et la petite vieille et les gosses qui courent et la nana planquée dans son manteau, va falloir qu’on fasse avec. Tous les jours. Avec cette haine de nous et nos vies. Avec le gavage interminable.

I think I’m at the edge now
But I could be wrong
I’m standing on the rooftop
Ready to fall
Ready to fall

Tu sais comme on aime bien dire que chaque personne a son prix ? Moi j’ai toujours dit que chaque personne avait une date de péremption. Si t’as de la chance ça correspond à peu de choses près à la date de ta mort. Si t’en n’as pas c’est l’avenir à garder les yeux dans le vide, ou pire, les yeux dans les souvenirs à ressasser des pourquoi et des si.

I’m standing on the rooftop
I’m standing on the rooftop

Alors ce matin à la laverie c’était tellement évident. Parce que putain il faut bien en faire quelque chose de toute cette haine non ? Sinon elle finit par te pourrir. On nous fout tellement dans la tête que c’est chasser ou être chassé, alors forcément à un moment t’ouvres le feu. La haine c’est terrible parce que ça marche. Et t’as beau le savoir, tôt ou tard ça finit par marcher. On pourrait vomir mais ça ne règle pas le problème. Pour vomir il a bien fallu avaler.

Ready to fall
Ready to fall

Alors ce matin à la laverie et toute cette haine et cette fatigue et cette lassitude bien pourries dans ma gorge j’ai compris pourquoi les gens en arrivent à tirer dans le tas et je me suis roulée en boule dans le coin entre les machines à laver et les sèche-linges.

READY TO FALL

Ce matin après la laverie à attendre le bus, je me suis demandée si c’était possible de terminer autrement qu’en foi gras sur la grande table d’un système sans pourquoi ni comment. D’habitude tu vois j’y arrive. J’écris, je raconte des histoires, je crée quelque chose. D’habitude tu vois mon cynisme c’est plus une blague qu’un réflexe de survie. Mais là j’ai plus que ça sur la peau pour ne pas tout lâcher. Peut-être c’est juste le blues annuel, la violence du mois de mars dans ma gueule.

But I could be wrong…
READY TO FALL

Ce matin après la laverie j’ai été terrifiée par l’idée de ne plus avoir de mot. C’est tellement de plus en plus une torture d’ouvrir la bouche pour parler, que quand le dimanche soir arrive je peux déjà plus respirer rien qu’à compter le nombre de cours qu’il va falloir assurer. Tous ses bouts de verre dans ma bouche, tous ses tessons de bouteilles coincés dans ma gorge, tous ses débris dans la langue qu’il faudrait cracher. Alors tu vois je me suis demandé si cette fois-ci j’allais vraiment arriver à créer quelque chose plutôt que de laisser cette foutue haine tout détruire.

And if you see me 
Please just walk on by
Walk on by
Forget my name
And I’ll forget it too

Parce que ce matin à la laverie j’ai compris pourquoi certains tirent dans le tas. Et c’est tellement clair et évident que s’en était presque tentant. Tout le monde fait semblant de se demander pourquoi les gens font ça alors qu’en vrai c’est tellement évident. Tout le monde a une date de péremption. Il suffit juste d’attendre.

Ready to fall
Ready to fall
Ready to fall

Du coup ce matin en rentrant de la laverie je me suis demandée quels mots j’allais pouvoir trouver pour raconter ça, pour nommer ça. Quelle histoire j’arriverais à mettre en place pour raconter ces instants de désespoir dans le fond des laveries des bus ? Combien de mots quand tout le monde tôt ou tard se retrouve face au mur avec cette haine bouillonnante dans les veines et la gorge, à se dire qu’après tout, le monde l’aura bien cherché, qu’une fois gavé de haine, il faut bien la rendre, en faire quelque chose.

Now I’m standing on the rooftop

J’aurais bien aimé en rentrant de la laverie trouver une fin heureuse à raconter. Un truc pour dire qu’on va survivre et que ça ira. Que la haine c’est plus facile certes mais pas inextricable. J’aurais voulu pouvoir me prouver que cette fois encore, j’arriverais à me saisir de toute cette haine pour en faire quelque chose d’autre. Mais tu vois, en rentrant de la laverie, j’avais juste le temps de jeter le sac de linge sur le lit, chauffer un reste de riz et partir bosser. Encore. Et parce que j’avais fini par comprendre pourquoi certains tirent dans le tas, je me suis demandé encore combien de temps avant ma date de péremption, combien de temps avant que je tire dans le tas.

I think I’m at the edge 
But I could be wrong

Now I’m standing on the rooftop
Ready to fall


Citation additionnelle : Rise Against – Drones

Je ne suis pas sensée avoir le temps d’écrire. Du coup je fais que ça. Comme d’hab. Comme vous pouvez le constater. Dans les bonnes nouvelles : depuis la semaine dernière j’ai enfin trouvé quelqu’un qui vendrait de la glace. YOUHOU. Le bonheur c’est simple comme un cornet pistache – caramel beurre salé. On se retrouve sur Facebook et twitter où promis dès que j’ai deux neurones qui font de la lumière j’essaie de partager du plus positif.