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Le vol du Pépin de raisin

IAMX – I come with knives

Il y a des accident de parcours. Le Pépin se demandait toujours comment le monde pouvait se permettre de lui en demander autant. Le monde, c’était un truc pas logique pensait le Pépin. Le monde était immense et venait constamment lui rappeler qu’il était tout petit, tellement petit qu’il en était insignifiant. Sauf que dans le même temps, le monde exigeait qu’on soit toujours plus. Encore et toujours plus. Et le Pépin avait beau se regarder dans un miroir encore et encore, il n’était jamais qu’un minuscule pépin de raisin sec. Biologiquement parlant, il n’était pas sensé pouvoir tenir debout. C’est ce que le monde lui répétait.

Pépin un jour pépin toujours,
petite chose à la biologie non maîtrisée,
viens que je te raconte les histoires empoisonnées 
les espoirs acides qui brûlent la langue et l’estomac
les relents capricieux qui embrument le cerveau
Pépin petit pépin
viens chanter la chanson désharmonieuse
des corps en déroute
et des pensées malimbriquées
Pépin un jour pépin toujours
viens qu’on te redémarre
qu’on te relance le système
qu’on t’explique la vie
en mal en noir en sombre
le monde est grand Pépin

Il y a de ces accidents de parcours qui arrivent au détour du chemin. Une ornière, un dos d’âne ou une minute d’inattention. Ce genre de choses est si vite arrivées qu’on a à peine le temps de mettre un nom dessus qu’on est déjà éjecté de la voiture sous le choc. La collision rongeait encore les os du Pépin des jours après. La chanson maudite prolongeait la vibration à chaque mouvement. Il avait voulu soigner le mal par le mal. Il avait voulu battre les cartes, résultat, le Pépin était devenu un Icare ayant volé trop près des enfers. Il s’était brûlé la conscience et les ailes. Il ne pouvait plus voler le Pépin. À peine pouvait-il tenir debout. La chanson continuait. Le Pépin était à cours d’argument. Les accidents semblaient plus nombreux que le parcours lui-même. La route ne déroulait plus sous ses pieds. Le Pépin vivait dans une impasse et tout était foutu et tout était sa faute parce que le monde vous voyez est grand et que lui le Pépin il est tout petit alors il a essayé mais ça ne sert à rien quand on est un tout petit pépin dans un grand monde ça ne sert à rien à rien du tout on se brûle les ailes et l’estomac sans parvenir au moindre résultat alors pourquoi il continuerait à essayer de voler quand il ne peut même pas tenir debout ?

Pépin un jour pépin toujours
petite chose à la biologie non maîtrisée
viens que je te raconte les histoires sucrées
les espoirs pansements qui réparent la peau abîmée
les odeurs suaves qui dégonflent les yeux gonflés de larmes
Pépin petit pépin
il y a toujours d’autres chansons
des accord qu’on ne connaît pas encore
des mélodies qui n’ont pas été écrites
pour enchanter des corps qui n’y croient plus
et des pensées qui se cachent d’elles-mêmes
Pépin un jour pépin toujours
viens qu’on retrace les marelles
qu’on réinvente les comptines
et qu’on redessine ton histoire
qu’on lui choisisse d’autres mots
d’autres fins d’autres destins

Il y a des accidents de parcours et parfois le Pépin ne sait pas pourquoi il continue de se réveiller le matin. Il aimerait bien que ça s’arrête. Mais ça ne s’arrête pas. Dans le miroir, Icare, continue de battre des bras même une fois la peau carbonisée au dernier degré. De guerre lasse, le Pépin se dit que peut-être il a raté quelque chose, un quelque chose que seul Icare pouvait voir de là-haut. Quelque chose qui vaudrait la peine de continuer. À son bureau, le Pépin trace encore et encore de nouveaux plans. De nouvelles ailes. De nouvelles idées. De nouvelles pensées. Il y passe tellement de temps à son bureau que parfois il s’y endort. Il ne sait pas où tout ça va. Il ne sait pas ce qu’il dessine à son bureau. Ça lui fait peur. Au point qu’il lui arrive encore de tendre l’oreille à la mélodie empoisonnée qui lui grave les os façon pyrogravure.

Dans le miroir, Icare chantonne.

Pépin petit pépin
ce n’est pas grave
il faut juste voler plus haut
il faut essayer encore
il faut aller caresser le soleil
il faut aller voir
Pépin
même quand ça brûle la peau
le soleil est toujours plus chaud
et demain toujours plus beau
Pépin c’est promis
demain on volera plus haut
je te montrerai comment on fait
pour ne plus avoir peur de la chute
pour s’élever plus léger
pour ne plus regarder en bas
Pépin petit pépin
demain toi et moi on s’envole
on verra le monde d’en haut
et ce jour-là
pépin petit pépin
le monde si grand sera tout petit
Tu verras. 

À portée de cri

Un cri dans la nuit ne veut pas mourir. Dans la rue il erre, sans corps et sans structure. Le cri se heurte aux murs, le cri ne sait pas s’il faut qu’il évite les gens ou s’il faut qu’il les dévore. Le cri dans la nuit ne veut pas mourir, alors la nuit le suit. Des lambeaux d’obscurité sont collés à lui. Drôle de costume qui s’accroche et lui lèche la peau toujours plus fort. Parfois le cri essaie de s’y cacher, parfois le cri essaie d’avaler la nuit toute entière pour que nul ne puisse jamais la voir. Le cri ne sait pas sous quel jour se montrer. Faut-il étaler ses éclats, ses fracas, et tous les soupirs qui s’en suivent ? Ou bien faut-il se draper de toute la noirceur du monde comme s’il s’agissait de l’étoffe la plus précieuse qui soit ? Le cri se refuse à mourir… Quel que soit le prix à payer, le cri continue sa route. Le cri engloutira toutes les rues du monde pour survivre. Le cri dans la nuit ne veut pas mourir et c’est tout ce qui lui importe.

Mais ça Pépin, ce n’est pas toi. C’est juste un cri dans la nuit. Et si enfin il venait à mourir, cela ne signerait pas ton épitaphe, bien au contraire…

Le dictionnaire des mots invisibles

Il faudrait inventer de nouveaux pour te parler. Des mots faits exprès pour te consoler. Des mots qu’on aurait inventé juste pour toi. Des mots pour répondre à tes questions. Des mots pour te réchauffer le coeur et sécher tes larmes. Des mots pour te réinventer une histoire.

Les pépins comme toi, encore tout jeune et tout petit, ils ne savent pas encore que de tels mots n’existent pas. Tu auras beau plongé dans le dictionnaire de toutes tes forces, ils n’y sont pas. Nulle encyclopédie ne possède que la réponse que tu cherches. Aucune formule préfabriquée de pourra dire ce que tu veux cracher. Pas de lieux communs pour te dire d’affaire. Ces mots-là, ils n’existent pas.

Alors comment je peux faire moi, pour te les donner quand même ? Je vois bien que c’est là le remède que tu cherches. Mais dans une ultime cruauté je dois être celle qui te dira qu’ils n’existent pas. Ils sont comme le monstre du Loch Ness : on en parle encore et encore mais jamais aucune preuve ne vient étayer son existence. Ils sont comme ça, les mots que tu cherches.

Je ne peux pas les dessiner avec la facilité dont tu as besoin. Mes doigts engourdis pourront parcourir les touches aussi vite qu’ils peuvent, ça ne sera jamais assez rapide pour te soulager. Mais je peux dessiner des mots Loch Ness. Des mots à tête de dragon qu’on devine sur une photo floutée. Des mots avec des écailles à soulever pour découvrir des trésors cachés, des écailles à collectionner, à colorier. Des mots flottant, des mots volants. Des mots histoires pour s’en dormir. Des mots forces pour continuer d’y croire, continuer d’avancer. Je peux inventer des mots cachettes où passer la nuit, des mots masques pour faire peur à ceux qui s’approcheraient trop près, des mots tours de passe-passe pour gagner du temps, des mots illusions pour s’impressionner soi-même. Avec un peu d’imagination, je pourrai même te trouver des mots pavés à jeter au visage du destin ou du passé, des mots sortilèges pour maudire, des mots incantation pour se hisser plus haut. Les mots Loch Ness ont ça de bien qu’ils seront tout ce qu’il te faudra.

J’allongerai la liste, rajouterai des pages au dictionnaire. Jusqu’à ce que tu puisses inventer tes propres Loch Ness, avant de finalement ne plus en avoir besoin. En attendant petit pépin, n’en veut pas au monde de manquer de mots. Ne lui en veut pas de ne pas avoir les mots qu’il faut pour répondre à tes questions et enfin arrêter la douleur. Tu as encore tout le temps d’inventer ton dictionnaire pour lui expliquer. Un jour, à ton tour, tu inventeras des mots Loch Ness à offrir à ceux que le monde n’a pas pu dire.

Message in a bottle

Le pépin avait pris une grande décision. Le genre de décision qui change une vie. Enfin il espérait que ça serait le cas. Il était là, debout sur le rebord de la fenêtre et il avait décidé. Le vent lui soufflait dans les cheveux, le vide en dessous chantait ses douces berceuses, mais la nuit enveloppait le tout. Impossible de voir où la chute le mènerait. Impossible de savoir si le saut valait la peine. Le pépin pouvait aussi bien éclater en morceaux que bien tomber. Peut-être même que le pépin se trouverait des allures félines, alors il retomberait sur ses pattes, enfin. Depuis tout ce temps… ça fait tellement longtemps que ses pattes de pépin ne le portent plus vraiment.

Alors, s’il ne savait plus marcher ?

Il pouvait toujours rester dans la chambre. Se cacher encore et encore sous les couvertures. Bien sûr il y avait les cauchemars, il y avait les mains, il y avait les souvenirs, les doutes. Les et si. Les comment, les pourquoi, et surtout pas de réponse. Le pépin voyait bien : plus il restait là, plus il voyait ses jambes se dissoudre dans l’air. Peut-être qu’il avait tout inventé, peut-être qu’il en rajoutait, peut-être que tout ça n’était jamais arrivé. Ici, dans la chambre, il y avait tous les mensonges que le pépin se racontait pour que le monde tienne debout. Toutes les histoires qu’il avait inventé pour cacher la vraie. Il y avait les pièces d’un puzzle explosé qui venait lui rappeler…

Alors il fallait sauter.
Là bas, en bas, il retrouverait ses jambes. Il pourrait marcher pour de vrai, et non plus se contenter de flotter au hasard d’un coin à l’autre. La chute lui ranimerait les jambes. La chute le sortirait de là.

Là sur le rebord de la fenêtre, le pépin avait pris sa décision. Il était temps. Il avait rassemblé toutes les pièces de puzzle. Rien que cette tâche avait été épuisante. Il avait dû s’arrêter, faire des pauses, pleurer, avant de pouvoir terminer. Il était revenu sur le bord de la fenêtre. Là, il a pu mettre les pièces du puzzle dans des bouteilles.

Maintenant, il fallait sauter et trouver la mer. S’il ne pouvait plus marcher, quelqu’un pourrait bien l’aider à nager, non ?

Lettre 24

23/05/14

Grande Inconnue,

Je n’imaginais pas vous toucher tant avec une bête orange… Ni qu’elle vous mènerait si loin ! Mais j’en suis ravie. Je suis vraiment heureuse que vous ayez un travail mais, surtout, qu’il vous plaise. Ca devient tellement rare j’ai l’impression… Je suis curieuse de voir en quoi il consiste un peu plus précisément. Et j’espère que la route pour y parvenir n’est pas trop monotone.

En tout cas, merci pour les roses d’orange. Je ne connaissais pas du tout en vérité. Moi, je faisais des bougies avec des clémentines plutôt. Il faut prendre la moitié de l’épluchure et, surtout, lui laisser la tige qui passe au milieu du fruit. Ensuite, vous laissez un peu sécher, mettez de l’huile dans l’épluchure et allumez la tige. C’est joli et ça donne une bonne odeur. C’est mon père qui m’avait montré ce truc…

De mon côté, oui, j’ai bien déménagé et tout s’est bien passé. J’habite à présent dans un studio, certes pas bien grand mais je m’y sens bien. C’est une grande pièce unique avec un côté cuisine et une toute petite salle d’eau. C’est assez étroit, c’est sûr. Mais c’est chez moi. Mon chez moi. Et ça, ça fait du bien. J’y ai toutes mes affaires. Enfin… Je n’en avais pas énormément… Alors, aussi étrange que ça puisse paraître, en un mois, j’ai plus engrangé qu’en toutes ces années. Non pas que je me ruine. Non, pas du tout. En fait, je fais surtout de la récup. De trucs souvent pas très utiles… Je crois que je cherche de nouveaux repères… Du coup, c’est un joyeux bazar là-dedans. Y a des journaux, des cassettes (oui oui, des cassettes : je dois avoir mis la main sur à peu près tous les vieux Disney en cassettes !), des porte-clefs, du matériel à dessin… Je suis tombée sur une vieille montre à gousset aussi ! Ébréchée, d’accord mais sinon en parfait état de marche ! Hallucinant ce que les gens peuvent jeter. Et, même si c’est mon chez moi, je me sens pas très à l’aise dans le coin. Je veux dire : tant que je reste enfermé dans mes petits mètres carré, tout va bien. Par contre, quand je sors… Je me sens étrangère. Peut-être que c’est normal, que ça va passer… C’est pas très agréable en tout cas. L’impression d’être de passage. De pas pouvoir pleinement me poser, je sais pas… Du coup, difficile de se lancer dans des projets et tout.

En revanche, mes épreuves approchent. Et très vite ! Pourtant… Ca n’occupe qu’une place bien dérisoire dans mon esprit. Je suis complètement projetée dans l’avenir et je suis toujours pas bien sûr de ce que je veux. J’ai envoyé des dossiers à des écoles de cinéma mais bien peu prennent à mon niveau bac + rien du tout, zéro absolu.  Et encore, pas encore le bac d’ailleurs… Alors si ça marche pas, je fais quoi ? J’en sais trop rien. Attendre et voir, c’est tout ce qu’il me reste à faire.

Quant à mes petits projets de court métrages… J’ai mes premiers essais. Evidemment, c’est pas bien concluants. Et je suis assez déçue même… Mais je ne compte pas m’arrêter là. Martine, elle, est plus dans l’art manuel si je puis dire. Elle aime surtout peindre mais aussi les perles, le dessin, les scoubidous (Ca explique aussi le bazar chez nous !). Parce que oui, nous habitons ensemble maintenant. On s’est beaucoup rapprochés et elle voulait s’éloigner de ses parents. J’avoue que je n’ai pas trop compris. Je les ai vu plusieurs fois et ils ont l’air pourtant très gentils… Enfin, pour moi, c’est le coup de chance ! Vivre seule, je crois que ça aurait trop difficile. Tant pour m’en sortir que pour le moral. J’ai pas encore mis la main sur un manuel d’entrée dans la “vie adulte”. J’ai toujours vécu chez ma mère…

A son propos, non, je ne lui ai pas reparlé. Je n’en ai pas le droit à dire vrai. Je crois que ça m’arrange bien même s’il m’arrive d’être nostalgique… Je ne suis plus trop où j’en suis. J’imagine qu’elle ne veut plus entendre parler de moi. Que je ne suis plus sa fille. Qu’elle m’en veut terriblement… Je ne l’ai pas revu depuis le procès. Et, même là, j’ai pas pu lui parler franchement… Je ne sais pas ce qu’il adviendra de nous. Si tant est qu’il y ait un “nous”.

Cette lettre se fait déjà bien longue, dîtes ! Je n’avais pas fait attention… Je vous refélicite pour votre travail et votre main verte alors ! C’est marrant comme expression main verte… En anglais, il me semble qu’ils disent pouce vert. Amusant, non ?

Signez du nom qu’il vous plaira. Nous sommes (encore) bien libre de ça !

 

Lettre 22

13/05/14

 

Mon Inconnu,

Et si nous cessions définitivement de nous excuser pour nos retards (qui n’en sont pas : après tout, qui impose un temps de réponse si ce n’est nous ?) ou de préciser même que nous ne nous excuserons pas, l’autre comprenant parfaitement ? Les formules de politesses, ça ne marche pas entre nous : nous nous parlons depuis deux ans de façon toujours anonyme.

Et oui, mon cher ! Deux ans ! Deux ans ce mois-ci ! Cela fait deux ans que j’ai reçu votre lettre ! Incroyable, non ? Nous sommes partis de si loin… Vous êtes partis d’un annuaire ! Un bête annuaire ! Pourquoi mon nom et pas le suivant ? Et maintenant, nous correspondons comme des amis perdus de vue mais toujours chers au coeur. Vos lettres me font toujours tant de bien. C’est étrange quand on y pense. Je vois l’enveloppe, reconnais votre écriture et, aussitôt, j’ai le sourire. Puis, je file m’isoler pour vous lire davantage. J’ai même une espèce de petit rituel.. Je m’assois en tailleur, sur mon lit et respire profondément avant de déchirer l’enveloppe. Après, je lis d’une traite.

Où j’en suis ? Oh il y aurait tant à dire ! Car il s’en est passé des choses de mon côté ! Je ne parviens pas encore trop à juger si c’est bon ou non mais, ça a bien changé. Par où commencer ? La fin. Car je suis trop impatiente. J’ai déménagé, ça y est ! J’ai un petit studio en centre ville. Ou plutôt… Nous avons. Je suis en collocation avec Martine. Ca va faire deux mois et tout se passe pour le mieux du monde. C’est aujourd’hui que je me rends compte qu’en réalité, avant, je n’avais jamais vécu avec qui que ce soit. Parce que, soyons clairs, vivre sous le même toit, ce n’est pas vivre ensemble… Alors j’apprends. Je découvre. Évidemment, ça demande des sacrifices, des mises au point, etc. Mais c’est tellement… Tellement… Energisant. Pardonnez ce mot, je ne trouve que ça. A deux, nous n’avons pas seulement l’énergie de deux individus, nous avons… Autre chose. Je peux pas dire une énergie de groupe, dans la mesure où nous ne sommes que deux mais, vous voyez l’idée. Bref, mon énergie est décuplée et multiple. Je veux faire plein de chose ! Du coup, pas évident de se recentrer sur les cours. Or, c’est une année décisive pour moi, eh oui: objectif bac. Surtout qu’avec tous les récents bouleversements, je suis un peu à la masse sur le programme scolaire. Enfin, je ne m’en fais pas trop. Tout devrait bien se passer.

J’en arrive finalement au début : je suis majeure. Majeure ! Pour moi, c’est juste énorme. Je suis enfin en pleine possession de mes droits ! Je vais pouvoir prendre mes propres décisions et en assumer moi-même les conséquences. Je vais pouvoir faire mes propres conneries et me manger des murs toute seule ! Et ça… Ca faisait longtemps que je l’attendais en définitive. Bon, j’ai encore un statut assez particulier si j’ai bien compris mais, je dispose de mes biens et je fais mes propres choix. C’est tout ce qui compte pour l’heure. Bref, comme vous voyez, je ne fais que parler de moi tant il y aurait à dire !

Je vous en prie, ce n’est pas ridicule ! Surtout maintenant que j’ai compris ce qu’était un foyer, un chez soi. Ce qui semble cruellement manquer à cette Esther. D’accord, je ne la connais pas, ne sait rien de sa vie mais, pour vouloir vous le retirer… Et si elle change de mari tous les 6 mois… Cette fille doit pas être très heureuse. Mais je suis bien contente que le livreur et la fleuriste continuent de se voir tient ! Et je tiens à savoir où ils en sont d’ailleurs ! Et où, vous, vous en êtes. Par ailleurs, je suis curieuse de savoir ce qu’il y avait dans ces boules à neiges…Peut-être que vous pouvez en faire quelque chose, je ne sais pas. Un intérieur d’aquarium ? Vous pourrez en profiter pour acheter des poissons même ! Quant à mes lettres, ne pleurez pas leur sort. A quoi bon garder les lettres passées ? Enfin, je dis ça… Je tiens aux objets, tout comme vous apparemment. Pour leur forte valeur sentimentale. Ils ont le pouvoir de nous ramener si loin en arrière…

Vous trouverez ci-joint ma nouvelle adresse, écrite au vert pomme. Je voulais essayé ce nouveau stylo. Sympa, non ? Il est censé sentir la pomme aussi.

Lettres 20 et 20bis

23/02/14

Mon très cher Inconnu !

Vous n’imaginez pas comme je suis ravie de vous retrouver et, en bonne forme à ce que je lis ! Je suis également bien contente si j’ai pu réaliser ce que vous appelez un “exploit”. A la vérité, je n’y suis pour pas grand-chose. Elle ne le doit qu’à elle-même. Disons que je suis heureuse d’avoir été le petit coup de pouce qui… Non, ne fait pas déborder le vase mais, vous voyez l’image. Et, ne vous inquiétez pas, je me garderai bien de changer l’image que j’ai de cette nouvelle inconnue à cause de rumeurs que vous me rapportez. Surtout que… Vous connaissez alors à présent ce qui m’est arrivé il y a quelques mois. Il serait mal venue de ma part de la juger donc sur ce que vous contez là.
Par contre, vous m’amusez ! Je n’ai vécu que dans des grandes villes pour ma part. Alors, non, je ne sais pas trop ce qu’il en est dans les petites et je ne m’étais jamais posée la question, je me serais même imaginée qu’il en serait de même qu’ici… Parce qu’ici, c’est tout le contraire, vous savez ? Totalement anonyme. Ca a un côté effrayant. J’ai lu des trucs comme quoi, dans ce genre de grandes villes, s’il se passe un crime, eh bien plus il y a de témoins, plus ils seront passifs. Effroyable, n’est-ce pas ?J’ai même lu un bouquin qui mettait ça en scène. Je vous assure, c’est terrifiant…C’est que chacun se repose sur son voisin et retourne à ses occupations. Sans même avoir mauvaise conscience ! Après tout, le voisin va bien appeler les flics, hein ? Du moins, c’est ce que je ferai à sa place alors bon… Sauf que le voisin du voisin du voisin du voisin, il le fait pas. Et voilà. Ce phénomène a un nom même mais je ne parviens plus à m’en rappeler… Encore un nom de syndrome je crois. Bref, c’est pas gai tout ça ! Mais les grandes villes ont aussi un aspect fascinant. Du moins à mon goût… Dans le sens où vous pouvez observer les autres. A volonté même ! Soit ils ne s’en rendent même pas compte, soit, s’ils vous aperçoivent, ils vont détourner le regard par une espèce de pudeur ou honte étrange. Je trouve ça même drôle en fait ! Il m’arrive de fixer des personnes dans les yeux et dès qu’elles le remarquent, elles baissent le regard, gênés. Pourquoi on ose pas se regarder ? C’est fou tout de même…Il n’y a qu’une seule fois où la personne en face n’a pas détourner les yeux. Au contraire, elle m’a fixé en retour. Et j’ai fini par abaisser le regard… C’est très bizarre comme sensation, c’est vrai.

Mais donc, rattrapons un peu tout ce temps ! Ainsi, vous avez pu me suivre sur ces mois d’absence de correspondance mais vous, racontez-moi donc ! De mon côté, je n’ai pas grand chose à ajouter à dire vrai… C’est une période plutôt calme. Il commence à faire beau déjà. On aura même pas eu de neige cet année, c’est bien triste. J’aime tant l’hiver… Celui-ci sera passé en toute discrétion. Enfin… Il reviendra. J’ai gardé avec moi son énergie et j’ai toujours des projets plein la tête !

Allez, répondez moi donc vite. Moi, je m’en vais de suite écrire un mot de remerciement à la demoiselle inconnue.

P.S.: Je vais d’ici peu changer à nouveau d’adresse. Mais, cette fois, je prendrai bien soin de vous la faire parvenir.


23/02/14

Grande Inconnue,

Comment vous remercier ? Ce n’est pas qu’une formule polie là. Je me demande réellement comment vous remercier pour ce que vous avez fait. Honnêtement, je n’espérais pas retrouver un jour cette correspondance… Je vous remercie donc du fond du coeur. Pour autant, je ne désire pour rien au monde mettre un terme à celle-ci. Alors, si le coeur vous en dit toujours, n’hésitez pas à me répondre.

Vous trouverez ci-joint une orange. Oui, c’est incongru. Mais elles avaient beaucoup de valeur avant. Je ne sais trop pourquoi mais enfin voilà, mon petit cadeau. Puisque le temps des cerises n’est pas encore là…

P.S. : D’ici peu, je changerai d’adresse, je vous la joindrai dans mon prochain courrier.