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#9 Désexistons… The Princess Bride

Chers Termites,

Je suis sûre qu’au retour de l’automne, vous n’attendez rien de moins que pouvoir vous rouler dans votre couverture, une tasse de chocolat chaud dans une main, un chat dans l’autre et une bonne histoire à entendre… Votre souhait a été entendu. Car ce mois-ci, nous allons regarder ensemble The Princess Bride ! Et je suis tellement joie que je fais du riz au lait en même temps que j’écris cet article. Ce qui signifie que oui, le lait a déjà débordé de la casserole. Mais qu’à cela ne tienne ! Désexistons voulez-vous…

Des nuages, des épées, des airs terrifiés, des bijoux…

J’hésitais à faire un résumé parce que bon, c’est quand même un classique… mais sait-on jamais, peut-être que vous vivez dans une grotte, que votre enfance était nulle ou encore que vous n’avez même pas 20 ans. Comme tout ceci peut arriver à des gens très bien, je vais quand même prendre quelques minutes pour vous raconter.. (mais d’abord je dois retrouver la fiche imdb car comme à mon habitude, je ne me rappelle quasiment d’aucun des noms des protagonistes)

Résumé : un jour, un gamin est cloué au lit par la grippe la mieux simulé de tout l’univers, quand son papy, Colombo déguisé en grand-père lambda, vient pour lui raconter une histoire… Le gamin, plutôt amateur de base-ball et de jeux vidéos n’est guère enthousiasmé par la chose, mais son grand-père lui promet des bagarres, des course-poursuites, de l’action, des cascades et un grand amour, alors finalement, il accepte. Dans le royaume imaginaire de Florin, la belle Bouton d’Or réalise qu’elle est amoureuse du garçon de ferme, Weasley, lui même amoureux d’elle. Il part alors pour la mer dans l’espoir de ramener suffisamment d’argent pour mériter sa belle, mais disparaît sans laisser de trace… Obligeant Bouton d’Or, cinq ans plus tard, à accepter d’épouser le prince Humperdinck. Malheureusement, quelques jours avant le mariage, voilà que des bandits l’enlève et qu’un mystérieux homme en noir se met à les suivre…

(mouhahaha riz au lait ! pas cette fois !)
Princess Bride, on pourrait dire que c’est un peu un genre de Shrek avant l’heure : on reprend l’univers des contes de fée et on essaie de voir si on peut en faire autre chose qu’un truc tellement cloisonné que c’est à se demander pourquoi on prend encore la peine d’en faire (si tu as répondu « pour le fric » lève la main, HIGH FIVE). Je ne vous apprendrai sans doute rien en vous disant que dans la série des formes joyeusement sexistes, le conte se pose là, et ce qu’il s’agisse de misandrie ou de misogynie. Les rôles sont clairement répartis et pas la peine d’espérer sortir des cases. Shrek et Princess Bride, qui nous intéresse aujourd’hui,  tente de voir si on peut décaler ça, et dans ce cas-là, que se passe-t-il ? Allons voir ça de plus près…

La situation de départ est assez intéressante car sous couvert d’un classicisme à toute épreuve niveau rôle de genre, on voit quand même apparaître de subtiles nuances qui font plaisir à voir et prouvent que franchement, faut quand même pas grand chose. En effet, le gamin qui est malade est un petit garçon qu’on nous pose comme tout ce qu’il y a de plus petit garçon : affiches de base ball, jeux vidéos (de base ball)(le petit garçon a des tendances monomaniaques très ouvertes sur le monde qui l’entoure) et s’en fiche franchement de tout ça. Les histoires c’est pour les filles. Papy Colombo quant à lui explique que c’est son propre père qui lui lisait quand lui-même était malade, et qu’il adorait cette histoire. D’ailleurs, son grand-père l’avait lui-même raconté à son père. Et je trouve ça fascinant. Ça fait rarement partie du rôle des hommes de raconter l’histoire quand Pauvre Petit Bout de Chou est malade (même si ce gamin joue la grippe aussi bien que je mime l’intérêt pour le foot à la télé)(ou le foot en général d’ailleurs)(ou le sport en encore plus général). Pourtant là, c’est le rôle qui échoue à Papy Colombo. Alors certes, le grand-père fait un peu paratonnerre parce que c’est quand même pas papa, ceci dit, il explique tout de même que c’est son père qui lui avait raconté en premier lieu. Si vous considérez que le film date de 1988, je vous laisse imaginer à quelle époque dans cette narration le père de Papy Colombo a pu lui raconter cette histoire :c ‘était encore moins imaginable. Et de la même façon, il est super intéressant de voir d’abord un gamin qui accepte qu’on lui raconte une histoire uniquement parce qu’on lui promet de la bagarre, et qui refuse d’ailleurs les passages de romance, avant de finalement voir celui-ci réclamer qu’on lui raconte parce que quand même, c’est chouette. Finalement, sortir des cases, c’est pas si compliqué…

Mais rentrons dans l’histoire dans l’histoire…

Tout le monde il est beau tout le monde il est blond aux yeux bleus ! Niveau casting on explose carrément les quotas de diversité !

Vous connaissez tous cette histoire : la femme de ménage qui tombe amoureuse du riche propriétaire et puis il s’aime, ou le patron et sa secrétaire (ou l’infirmière avec le chirurgien ?)(OUAAAAI !)(Rambo veut s’assurer que vous suivez bien de chronique en chronique, auquel cas elle sera obligée d’aller vous faire un cours de rattrapage personnel, et je serais vous, je me méfierais. J’ai retrouvé des cheveux à moi dans ces branches, je crois qu’elle essaie de me tuer dans mon sommeil). En bref, l’histoire de Cendrillon : la petite employée de rien du tout qui finit par vivre une histoire d’amour incroyable avec l’homme de pouvoir. Et biiiiiiiien… là c’est l’inverse. Weasley est le valet de ferme tandis qu’on suppose que Bouton d’Or est… euh… bah en fait on ne sait pas. On ne voit jamais âme qui vive autre que ces deux-là. Et il ne sera jamais fait mention de ses parents. Peut-on en conclure que Bouton d’Or est donc l’heureuse propriétaire de sa ferme ? Et bah oui, on va le faire parce qu’on est comme ça nous, on fait ce qu’on veut, on est des fifous. Et puis il faut bien en faire quelque chose de ce trou de scénario. Car si Weasley est bien introduit par son rôle social, qui consiste à servir Bouton d’Or et s’occuper de la ferme, Bouton d’Or est introduite comme… euh… comme… aimant donner des ordres à Weasley ? Ça fait un peu juste. Au départ, c’est assez fun parce que tu te dis que ça inverse le scénario habituel, et ça fait du bien. Le truc, c’est qu’on revient assez vite au scénario en question : une fois qu’ils se sont déclarés leur amour, Weasley part chercher fortune en mer, parce que c’est l’homme de la maison qui doit pourvoir aux besoins de sa femme, alors même que jusque là elle semblait très bien y arriver toute seule, voire même extrêmement bien puisqu’elle devait aussi faire en sorte que son valet de ferme puisse vivre. Du coup, on est en droit de se demander pourquoi. Selon Rambo, c’est pour permettre d’avoir une raison de faire mystérieusement disparaître Wesley et ainsi faire avancer le scénario. Selon Chouquette (ma basse), c’est parce que c’est le rôle de l’homme au cinéma un point c’est tout. Ça me rappelle un peu ce qu’on avait vu pour La reine des neiges, même si pour le coup c’était un peu tiré par les cheveux peut-être… (cette auto-promo de malade en attendant) D’autant qu’après que Weasley disparaisse mystérieusement en mer et soit considéré comme mort, Bouton d’Or renonce à l’amour et devient de ce fait une coquille vide qui ne fait rien du tout pendant cinq ans à part accepter la demande en mariage du prince Humperdinck, avant d’être kidnappée et d’attendre d’être sauvée. Niveau potiche, on revient sur du bien lourd quand même.

Dream Team mes bons !

Alors parlons en donc de cet enlèvement… pas qu’il y ait grand chose à dire notez bien, en vrai, on a quasiment dit tout ce qu’il y avait de plus intéressant à dire sur notre sujet dans ce film… Mais bon, continuons tout de même un peu pour le plaisir. Notre chère Bouton d’Or est enlevé par trois dangereux brigands que voici : le géant Fezzik, l’Espagnol Inigo Montoya (qui après avoir enfin pris sa revanche a décidé d’être un meme sur un internet pour assurer ses vieux jours) et le chef Vizzini.

Commençons par Vizzini… sorte de petit chef autoritaire, à peu près bon à rien, mais qui se prend pour un génie parce qu’il a lu Platon et en a retenu à peu près autant que Kévin, votre camarade de terminal occupé à voir combien de chewing-gums un dessous de table peut contenir. Le classique du méchant qui se croit génial alors qu’en fait il tient à peine la route. Il passe donc son temps à philosopher sur à peu tout et rien avec autant de talent que l’ivrogne du coin, l’haleine d’alcool rance en moins. On ne sait pas trop comment, il réussit néanmoins à faire croire à tout le monde qu’il est essentiel alors qu’il est un boulet que les autres doivent se traîner. Il a rassemblé les membres du groupe, raison pour laquelle il n’en est jamais exclu, quand bien même il insulte tout le monde copieusement. Si ça vous rappelle quelqu’un, fictif ou réel, levez la main. Plus basique comme archétype masculin, c’est le Prince Charmant.

Fezzik. Ai-je vraiment besoin d’épiloguer sur son compte ? Et bien oui. Le mec est un géant. Il a clairement été engagé pour être la brute de service. Quand on lui demande d’affronter l’homme en noir, après que celui-ci ait réussi à vaincre Inigo dans une duel à l’épée, son arme se révèle être… des pierres. Voilà voilà. Pourtant, il se trouve que Fezzik, tout géant qu’il est, aime la poésie et s’amuse régulièrement à trouver la rime pour répondre à ses partenaires (c’est amusant d’ailleurs cette propension des géants à aimer la poésie, dans le Donjon de Naheulbeuk, paye ta référence, la magicienne explique aussi que « ogres sont parfois poètes »)(et ils peuvent changer les papiers peints accessoirement, mais ce n’est pas le sujet). Fezzik est aussi la parfaite maman poule : il prend soin d’Inigo lorsque celui-ci sombre dans l’alcool, prend soin de Weasley quand celui-ci manque mourir, il va chercher des chevaux pour que la princesse puisse s’en aller confortablement… Bref, on dirait l’un des brigands de Rayponce qui aime collectionner les petites licornes en verre. Un détournement du géant brutal assez classique, mais qui personnellement me plaît toujours autant… C’est quand même agréable de voir qu’on peut être tout autre chose que ce que notre corps dit qu’on est, et être heureux et accepté tel quel. (j’ai le droit à mon quota niais, c’est un conte de fée avec un happy end, alors j’ai le droit de ranger mon cynisme dans sa boîte quelques instants)

Il nous reste donc Inigo. Inigo est un maître de l’épée, quand il était gamin, il a vu son père, forgeron, fabricant d’épées, se faire tuer par un homme ayant six doigts à la main droite avec l’épée qu’il avait mis des mois à concevoir (je ne suis pas payée par l’inventeur du mot épée pour cette phrase, mais je vais y penser). Du coup, il a passé sa vie à s’entraîner avec la dite épée pour pouvoir un jour se venger de l’homme à six doigts qu’il cherche désespérément (mais que le scénario aura la politesse de mettre sur sa route par le plus grand des hasards, trop gentil le scénario). Inigo est donc un homme extrêmement talentueux dans sa partie, avide de vengeance, parce que quand même c’était papa d’amour. Il est droit, honnête et rechigne à revenir sur ses principes. Là aussi, niveau archétype, on est plutôt pas mal…

J’en ai pas trop parlé, mais comme vous pouvez le voir, les méchants ont des têtes de méchant.

Alors finalement, Princess Bride, quel est le bilan ?
Pour un film de 1988, je trouve qu’on s’en tire honorablement. Certes, la princesse est clairement une potiche qui ne vient pour rien d’autre que l’amour de son bon et doux Weasley. Mais on voit quand même poindre nombre de légers petits décalages : les héros ne sont pas toujours si héroïques, ils s’en tirent en trichant, les méchants ne sont pas si durs à cuire que ça, tout le monde a envie de voir le grand amour triompher, y compris les vieux magiciens, les adeptes de la torture, le gamin presque pas malade. Le réel avantage de ce film, plutôt que de changer radicalement les rôles de chacun, c’est plutôt de les aménager, de les agrandir. On peut être un géant et aimer la poésie et prendre soin de son prochain. On peut être un maître de l’épée avide de vengeance et quand même être sensible à la quête d’amour de l’autre. On peut être un pirate assoiffé de sang prêt à combattre pour l’amour de sa vie. On peut être une potiche et quand même être la plus têtue de l’univers (toute façon elle a fini par jouer dans House of Cards alors respecte l’autorité quoi). On peut être un petit garçon fan de bagarre et quand même vouloir que l’histoire se finisse bien avec un bisou et tout ce qui va avec. Et là dessus, je trouve que c’est une belle réussite qui fait du bien, surtout quand on voit comment nos perspectives se rétrécissent…

Un Wall of Death à vous !
Comme toujours, n’hésitez pas à partager si cet article vous a plu, et n’oubliez pas de proposer vos films pour le mois prochain ! (non je n’exploite pas votre culture cinématographique pour trouver de quoi remplir mes dimanches, c’est faux)