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La colère, le féminisme, les hommes blancs cis hétéro et plus si affinité.

J’ai tellement à dire que je ne suis pas sûr d’où je suis sensé commencer cet article. Il faut dire aussi que ça fait un an que je le rumine, que je le réfléchis. Parce qu’à la base, il y a une interrogation de mon frère suite à deux vidéos de Marion Séclin sur qui l’internet tout entier est tombé parce que diantre, elle s’énerve ! Et ça c’est mal. Comment voulez-vous qu’on comprenne quoi que ce soit si elle s’énerve ? C’est pas pédagogique. Et puis elle confond tout.

Mais le fait que quand tu démontes tout le truc, c’est plutôt ceux (ou en tout cas la plupart de ceux) qui lui sont tombés dessus qui mélangent tout, et valident ainsi l’argumentation, et sa forme. Alors on va essayer de démêler tout ça..

Tu sais que je suis très en colère quand je laisse tomber les chatons mignons.

Commençons par facile : la Pédagogie.
Oh qu’il est doux qu’il est beau l’argument de la pédagogie ! D’autant plus pervers qu’il n’est pas complètement faux. En effet, si vous voulez expliquer quelque chose à quelqu’un, il est en général admis que lui gueuler dessus ou l’insulter est une plutôt mauvaise idée. Le rabaissement systématique, l’humiliation ou encore la condescendance sont généralement reconnus comme de mauvais, de très mauvais moyens d’éducation. Je ne vais pas vous faire pas un cours sur les angoisses que se traînent les enfants élevés à grands coups de brimades, les souffrances infligées par des profs maladroits ou volontairement mauvais. Je vais honteusement partir du principe que c’est un postulat de base. En général, quand tu veux expliquer quelque chose à quelqu’un, qu’il s’agisse d’un théorème de math, de pourquoi mettre le hamster dans le congélateur c’est mal ou de pourquoi la peine de mort c’est mal, c’est mieux de le faire avec compréhension, patience et empathie. On est tous d’accord sur ça.

Mais ça ne veut pas dire qu’à l’occasion il n’est pas nécessaire de taper du poing sur la table.
Cette année j’ai donné cours à l’université à trois groupes différents. Pour deux d’entre eux, ça s’est très bien passé. Le troisième était infernal, insupportable, bruyant, dissipé, irrespectueux. Ma collègue et moi avons dû mettre en place des règles plus strictes pour permettre aux éléments motivés de pouvoir travailler. Et puis un jour, l’insomnie de trop, l’irrespect de trop. J’ai purement balance à trente élèves de fermer leur gueule (sic) « C’est quelque chose qu’on apprend en CP. En cours, quand quelqu’un parle, vous vous taisez. Vous êtes grands maintenant. Fermez. Vos. Gueules. » Bien entendu, il n’y a là pas de quoi être fier. Mais quand tu as usé toute la communication non violente du monde, toutes les approches et techniques, et qu’en face ça ne bouge toujours pas, clairement dire aux gens qu’ils déconnent à plein tube reste la solution la plus efficace. Est-ce que ça a marché ? Oui et non. Certains se sont effectivement calmés, une prof d’université n’est pas sensée parler comme ça, ce décalage dans la violence a permis de redessiner une limite. Il a aussi permis à ceux qui voulaient bosser de voir que je prenais le problème en compte. Même si on ne va pas se voiler la face, les pires sont rester pénibles…. mais ce sont pris une taule à leur exam parce que parfois il y a quand même une justice dans le monde.

Mon intervention coléreuse n’a donc pas résolu le problème, en tout cas pas complètement. Mais elle a clairement posé qu’il y avait un problème. Les personnes qui en souffraient se sont senties soutenues. Certains ont pris acte et ont rectifié le tir. Les autres ne se sont tout simplement pas senti concernés. Pour eux, ils n’étaient pas le problème. Mon cours ne servait à rien, et donc par extension moi non plus. Il n’était donc pas nécessaire, d’obéir aux règles basiques d’un cours. Il n’y avait donc, dans leur vision des choses, pas de problème.

Quand tu te dis qu’un exemple ne ferait pas de mal…

Si tu crois que je digresse lecteur, tu sous-estimes amplement ma capacité à filer les métaphores. Le problème de mes étudiants étaient donc de ne pas considérer leur attitude comme un problème. Au cas où cette mise en parallèle de pattern serait encore trop subtil, mettons les pieds dans le plat : beaucoup d’hommes (cis blancs hétéros) ne réalisent pas qu’ils font partie du problème. Je dirais même la plupart d’entre eux. Loin de moi l’idée de les réduire tous à des petits cons d’ado en pleine crise (même si c’est tentant)(affreusement tentant), mais il faut bien admettre que beaucoup n’arrive pas à comprendre ça : qu’ils sont une partie active du problème. Tranquillement mais sûrement, nous arrivons à ces merveilleuse notions que sont la culture du viol, l’oppression et compagnie. En bonne partie pour démonter le discours suivant : quand on dit à un moment que son discours et / ou son comportement tient de la culture du viol, celui-ci nous répondra très vraissemblablement qu’il n’est pas un violeur, not all men et bla et bla et bla.

Prenons donc un instant voulez-vous, et prenons le maintenant histoire de ne plus abîmer nos pelles sur la tête des pro-NotAllMen. Parce que beaucoup te diront qu’ils n’aiment pas le terme de culture du viol parce que « on n’entretient pas ça activement ». Ce qui est occulter avec une mauvaise foi crasse qu’ici le terme culture a plus à voir avec la culture française / américaine / de ton coin du monde qu’avec la culture des betteraves. Que je sache, la plupart des gens autour de moi évoluent dans une culture française, d’héritage juédo-chrétien. En ce sens, certains de leurs comportements, de leurs valeurs, de leurs comportements s’inscrivent dans ces dîtes cultures. Oui oui oui, sachez que quand vous glorifiez tel ou tel artiste parce qu’il souffre teeeeellement mais que grââââce à ça il produit des trucs de dingue, vous êtes en pleine culture du martyr, très très très chrétien ça. Pour autant, vous n’en avez pas conscience, pas plus que vous ne cherchez à promouvoir la pensée chrétienne. C’est un trait que vous avez hérité, une façon de pensée qui valorise la souffrance et en fait l’échelle à partir de laquelle vous évaluez le monde et les gens. Avouez, c’est qu’à moitié glorieux formulé comme ça hein ? Vous n’y êtes pour rien : vous n’êtes pas si vieux, vous n’avez pas été élevé sur une île déserte, vous avez donc hérité d’une histoire, de valeurs, d’une vision du monde. Vous entretenez tout ça tout simplement parce que vous pensez et agissez tous les jours en suivant les règles dont vous disposez.

Et peut-être qu’un jour, pour une raison X ou Y, vous allez vous dire « mais est-ce que pas un peu pourri quand même de vivre dans un monde où ne sont légitimes que les gens qui se donnent corps et âme à leur travail, au détriment de leur propre santé physique et mentale ? pourquoi est-ce qu’on continue de faire ça ? ». À partir de là, vous allez réfléchir, regarder autour de vous. Vous allez essayer de retracer cette pensée. Et si vous êtes honnête, à un moment, vous allez vous demander à quel point vous perpétrez ces traditions-là vous aussi. Alors vous allez peut-être vous rendre compte que vous valorisez plus le travail d’un artiste si vous avez connaissance des tourments qu’il a traversé (hastag inspiration porn…) au point parfois de croire qu’il faut aller mal pour être artiste (non non et non, quand on va trop mal on se tire une balle dans la tête, et un artiste mal est un mauvais artiste. merde), vous allez peut-être arrêter de regarder votre collègue de travers parce qu’iel s’en va bel et bien à 18h, comme indiqué sur son planning, d’ailleurs, dans la foulée, vous allez peut-être même arrêter de considérer que votre valeur est corrélée au nombre d’heures sup que vous faîts. Et cetera. Et cetera.

Et bah la culture du viol, c’est pareil.

Quand tu prends conscience de toutes les saloperies sexistes, transphobes, racistes, homophobes, classistes, psychophobes et validistes que tu as pu prononcées.

BIEN SÛR que 99,9999% des hommes blancs cis hétéros ne cherchent pas consciemment à opprimer leur prochain (femme non-cis racisé non-hétéro). En vérité, l’homme blanc cis hétéro est une petite créature fragile à qui on a appris que tout lui était dû. Bien entendu, pas parce qu’il est un homme, cis, hétéro, ou blanc, juste parce qu’il est lui et qu’à partir de là le monde s’ouvre à lui, plein de possibilités, et que s’il bosse assez, il aura tout ce qu’il veut. De ce fait, l’homme blanc cis hétéro est naïvement persuadé qu’il en va de même pour tout le monde, puisque nul ne lui a précisé qu’il était avantagé. Donc, si les autres n’obtiennent pas ce qu’il obtient, c’est bien qu’ils ne s’y prennent pas comme il faut, puisque lui n’est qu’un homme et qu’aucun passe droit ne lui a été attribué.

Si bien que comme mes étudiants, sûr de leur bon droit à se foutre éperdument de ce que je racontais puisque mon cours « n’était pas utile », les hommes blancs cis hétéros sont sûrs de leur bon droit et ne voient aucun problème autour d’eux. Tout va très bien madame la marquise. En vérité, c’est là que les problèmes commencent. Parce que en soi, c’est vrai : on ne peut pas complètement leur en vouloir. Qui me dit que j’aurais fait mieux à leur place ? J’agis sur les privilèges que j’ai, mais est-ce que je ne le fais pas uniquement parce que j’ai conscience des oppressions que je subis et cherche donc à éviter de les répercuter sur autrui ? En tant que prof, je ne peux pas reprocher à mes élèves / étudiants de ne pas savoir quelque chose qu’on ne leur a pas expliquer. Le problème avec cette métaphore, c’est qu’à un moment le fil se casse : en tant que prof, je suis payée pour expliquer ci ou ça à mes élèves / étudiants, parfois je suis même payée pour l’expliquer et le réexpliquer et le reréexpliquer et ainsi de suite. C’est mon travail. L’évaluation de ce travail étant la compréhension de l’élève, c’est mon but final. Mais dans la vie… quand ce sont mes amis, mon frère, mon père, un collègue, à qui je dois expliquer tout ça, quel est le but final ? Comment évaluer la réussite de mon explication ? Les dés sont faussés dès le départ : parce que je suis humaine, je vais naturellement et naïvement supposer que les gens qui m’aiment vont faire, à la hauteur de leur moyen, en sorte de ne pas me blesser, voire même, faire en sorte que je me porte bien. Parce que je suis héritière d’une certaine culture du romantisme,  dans laquelle je baigne, je peux même des fois m’attendre à ce que ceci se fasse naturellement. Heureusement pour moi, j’ai eu la bonne idée de comprendre assez vite que les humains ça se lisaient pas comme des livres et que des explications de textes étaient quasiment systématiquement nécessaire (et ce quelle que soit la relation). Mais alors donc, c’est quoi le but ? Que les hommes autour de moi prennent conscience du mal qu’ils font aux femmes autour d’eux ? Du mal qu’ils me font ? Qu’ils changent ? Si oui quoi ? Dans quelle mesure ? Et surtout : à quelle vitesse ? Parce que si je souffre, je suis déjà occupée à gérer ma souffrance, puis-je me permettre d’expliquer encore et encore les conséquences du harcèlement de rue sur mon existence au risque de m’entendre balancées les saloperies d’usage qui ont de très fortes chances de sortir de la bouche des gens même que j’aime ? S’ils se ratent, suis-je capable de leur pardonner en me répétant encore et encore que l’intention était louable et que plus tard j’expliquerai, alors tant pis si en attendant je passe pour une hystérique qui s’énerve pour « rien » ? Suis-je capable d’accepter d’être à la fois l’oppressée et à la fois celle qui s’excuse s’efface s’explique constamment pour ces mêmes oppressions ? Suis-je capable de serrer les dents sur ma double peine jusqu’au moment où enfin, les hommes qui m’aiment se décident à bouger un tant soi peu ?

Et surtout : sont-ils capables de bouger ? D’accepter de reconnaître qu’ils ont des avantages sérieux sur moi et les autres et que donc s’ils veulent vraiment m’aider, moi et les autres, il va falloir qu’ils envisagent SÉRIEUSEMENT de changer ? Pas juste pour se donner bonne conscience, mais pour de vrai, pour que les choses bougent.

L’explication est-elle réussie quand les choses bougent ? Et quand bien même, ça veut dire quoi « bouger » ? Est-ce que je peux considérer ça comme une victoire si du coup les hommes qui m’aiment considèrent enfin mes problèmes comme de vraies problèmes mais refusent d’entendre ceux de mes ami.e.s homosexuel.le.s ?

Quand il va vraiment falloir arrêter de faire chier.

Parce que le problème, c’est qu’arrive à un moment on n’a plus la force ni l’énergie, et encore moins le temps, d’expliquer. À un moment, on a juste trop mal pour ça. Ou alors on a peur.

Parce que presque toutes les femmes savent faire de leur trousseau de clé un poing américain.
Parce que je ne compte plus les amies que j’ai raccompagnées chez elles parce qu’elles avaient peur.
Parce que comme beaucoup je calcule mes itinéraires en fonction de la masse d’emmerdes que je me sens capable de gérer
Parce qu’on m’a encore renvoyé au rang de plante décorative
Parce que je sais que ça ne sert à rien de porter plainte pour viol
Parce que je dois soutenir les amies qui décident quand même de porter plainte pour viol
Parce que je connais plus de gens qui se sont fait violé.e.s que de gens en CDI
Parce que tout le monde semble autorisé à juger mes choix vestimentaires, capillaires, sentimentaux, sexuels, de vie en général
Parce qu’il m’arrive de me mettre à pleurer devant ma commode le matin
Parce que j’en peux plus de devoir gérer les conséquences de mon choix de tenue (qui selon moi devrait s’arrêter à « ce tshirt est cool »)
Parce que tout le monde a décidé que non seulement j’aurai des gosses mais qu’en plus j’aimais ça
Parce que si jamais je me mets en colère on me dira que je suis hystérique, que je m’énerve pour rien
Parce que si je me mets en colère, on invalidera d’office ce que j’ai à dire pour « vice de forme »
Parce que quand tu es femme, tu ne peux jamais avoir raison, tes choix sont forcément mauvais et tout le monde a le droit de te le dire
Parce que la première fois que je me suis vraiment reconnue dans un perso féminin dans une série j’avais déjà 25ans
Parce qu’on fait pas tellement de rôles divers au féminin
Parce que des hommes expliquent aux femmes ce qui vaut la peine qu’elles se révoltent ou pas
Parce que des personnes cis expliquent aux non-cis où sont vraiment les problèmes
Parce que des blancs expliquent aux racisés quand et où ils peuvent se rassembler pour bien respecter la liberté d’expression
Parce que des hétéros expliquent aux non-hétéros de tous bords qu’ils sont pas « homophobes mais »..
Parce que cette liste est déjà terriblement longue, mais loin, très loin d’être exhaustive

Et certain.e.s cumulent. Certains jours tout ça arrive d’un coup. Certains jours des hommes m’expliquent que le harcèlement de rue et le manspreading c’est des faux problèmes montés en boucle par des mauvaises féministes sur internet, alors que ce jours-là, une voiture a ralenti à côté de moi pour me siffler puis me traiter de salope, que le vigile de l’inter avait soudain le droit de me tutoyer (ou de me eller ? oO) parce que j’ai la cuisse tatouée, d’ailleurs un inconnu dans le métro s’est senti autorisé à toucher celui de mon épaule, qu’un vélo à piler devant moi tellement je suis jolie (en me barrant le passage of course) et qu’enfin dans le métro le mec profitait de mettre sa main dans sa poche pour me la passer au cul tant qu’il y était. Alors des fois oui, tu es en colère et tu n’as pas la force d’expliquer parce que tu ne devrais même pas avoir à expliquer que tout ça n’est pas normal. Et là j’ai deux choix : soit je suis en colère, et tant pis pour les dégâts collatéraux, soit j’entre dans un cercle vicieux où je ne parle plus de cette part de ma vie aux hommes de ma vie, entretenant ainsi leur ignorance. On a plus la force d’expliquer parce qu’on a déjà tellement tout essayé pour arriver toujours au même résultat qu’on n’en peut plus. Parce qu’on sait que si on se met en colère personne n’écoutera en faisant passer ça pour une critique constructive de la façon dont on porte notre message. Alors que merde, y a pas un moment où vous pouvez juste admettre qu’il y a des putains de bonnes raisons d’être en colère ?

Alors, aux hommes de ma vie,
aux hommes que j’aime
aux hommes qui m’aiment

sachez le, la colère, c’est salutaire.

On est d’accord, ça va piquer. On est d’accord qu’à la base vous n’y êtes pour rien. Et même nous on le sait. Bien sûr qu’on fait la différence entre la culture du viol / l’oppression patriarcale et vous, individus qui peuplez, souvent avec bonheur, nos vies. Mais il arrive à un moment où je suis bien obligée de faire comme avec mes étudiants : fermez vos gueules, et écoutez.

Parce que si je ne me mets pas en colère contre tout ça, ça veut dire que je le considère comme acquis, comme normal. Je ne veux pas de ça pour vous : je vous aime, et considère donc que vous valez beaucoup mieux que ce que ce système veut faire de vous. Et je vais donc continuer de vous faire chier jusqu’à ce que vous montriez tout le potentiel de gens biens que vous contenez (dire que vous avez du potentiel, ça suffit pas, ça me fait même pas une belle jambe). Et surtout, je refuse tout ça pour moi. Je refuse d’être un objet de décoration. Je refuse que ma valeur ne soit jugée que par celle du mec avec qui j’aurais décidé de m’installer en tout bien tout honneur et selon les règles. D’ailleurs je refuse de suivre des règles autres que celles que j’aurais choisi avec l’hypothétique partenaire en question. je refuse d’arrêter d’aller aux endroits où j’ai envie d’aller. Je refuse de devoir systématiquement choisir mes vêtements en fonction du monde extérieur. Je refuse de considérer qu’il est normal que nos corps soient mis à la bonne disposition du reste du monde façon fast-food. Je refuse de considérer que les violences que j’ai subies soient normalisée. Je refuse que celles que mes amies ont subies restent impunies. Je refuse que mon seul argument pour dépasser tout ça soit « au moins je suis blanche et hétéro… », parce que c’est quand même bien un argument de merde (et un argument de connard égoïste).

Parce que si je ne mets pas en colère, je finis moi aussi par dire des saloperies sexistes racistes transphobes psychophobes validistes classistes et homophobes, perpétuant ainsi la chaîne de la haine et de l’oppression. Et je ne veux pas être cette personne. Alors je me mets en colère, parce que si je suis en colère pour ce qui m’arrive, alors je dois l’être aussi pour ce qui arrive aux autres, même si je ne suis pas directement concernée.

Parce que si je ne mets pas en colère, je ne sais pas si j’arriverai à me lever demain. Si j’arriverai à m’habiller. Si j’arriverai à trouver la force de mener mes projets. Si j’arriverai à fournir les efforts nécessaires pour faire partie de ce monde qui m’entoure. Si j’arriverai, paradoxalement, à continuer d’aimer les hommes de ma vie malgré tout.

J’adorerais pouvoir ne plus être en colère. J’adorerais vivre dans cette douce ignorance. Mais c’est pas le cas. Et si ma seule chance de survie dans un monde décidé à me voir crever parce que j’ai perdu à pile ou face c’est d’être en colère, alors soyez sûrs que vais cracher tous les incendies dont je suis capable.

Parce que la bombe au poivre c’est dépassé.

Un peu partout, je vois fleurir les articles, ou juste les conversations à mi-mots, à base de « j’en ai marre des hommes cis blancs hétéros ». On le dit pas trop parce que padamalgamemondieunonnotallmen. Mais j’avoue que je commence à en arriver là aussi. Parce que ça use, de tout le temps devoir tout expliquer en sachant la naïveté, l’incrédulité, et parfois le déni et la violence, qu’on trouvera en face, chez ces mêmes personnes sensées nous aimer et nous soutenir.

Donc oui, des fois on se met en colère, en généralisant, sans subtilité.
Parce que s’il est des étudiants à qui il suffit de faire les gros yeux pour avoir le silence,
il est aussi des étudiants à qui il faut dire de fermer leur gueule.

En espérant avoir été à peu près claire…
À bon entendeur

(sur ce, j’ai de la sociolingusitique à lire)

 

Engluer.

X-RX – Blood on the dancefloor

Sirène silence
pas de réponse
Loin quelque part par là
Une boîte
Ça revient toujours à une boîte
Une boite à boîte
Un stock de boîtes

Sirène silence
pas de réponse.
Repère et griffonnage,
en périphérie de la conscience.
Voiture qui passe
Voiture qui laisse une boîte
Parking et périphérie
Définitivement.

Sirène silence
pas de réponse.
Gratte gratte gratte
Fuir le tictac
Fuir le surplace de l’aiguille.
Tôt ou tard
là en périphérie
coincé au milieu des boîtes
l’immobilité gagne.

Sirène silence
pas de réponse.
Derrière la vitre
une voix deux voix
téléphone et mail
contre slash et arobase.
Derrière la vitre
on gère le parking à boite.

Sirène silence
pas de réponse.
Connexion impossible
Signalement immédiat
Télécommande et boîte de clés
Et toujours en décalage.

Sirène silence
pas de réponse.
Registre absent
signature instable
colonne ligne abstraction procédure
Coups sur la vitre
Doigt dans le vide
Erreur dans la procédure
Encore.

Sirène silence
pas de réponse.
Quand même un sourire des fois
dissimuler un soupir souvent
Température monte
Larme intégrante
Pendule récalcitrante.

Sirène silence
pas de réponse
pas de réponse
silence
silence
sirène
En boucle au milieu du vide
en périphérie des boîtes

Le concept, le pragmatisme et Gérard.

La dernière fois, je parlais de la paranoïa des clients, mais peut-être qu’il est temps que je parle de la mienne. Parce qu’à force de bosser là-bas, je finis vraiment par avoir la sensation que tout est fait pour m’emmerder. Et je ne dis pas ça parce que mon bras droit a l’air de sortir tout droit d’un film de zombis de mon frère après avoir passé deux jours à mettre le frais en rayon. Je dis ça parce que, clairement, les cartons veulent ma peau.

« Quand tu te réveilles le matin en pensant qu’on est vendredi… mais qu’en fait on est seulement jeudi. »

Le nouveau truc maintenant dans ce nouveau magasin, à chaque fois que je signale quelque chose, ou demande une modification histoire de nous simplifier la vie, on me répond de façon quasi systématique « c’est pas concept ». Ha. Passons sur le fait que ça ne veut absolument rien dire (non, on ne peut pas utiliser un nom comme si c’était un adjectif et prétendre que ça fait parfaitement sens. On. ne. peut. pas. Fuck you marketing team…), et faisons semblant que ça veuille dire quoi que ce soit… Je sais, ça demande un effort, mais comme tout mot pseudo-technique employé dans n’importe quel milieu professionnel, à force de te l’entendre répéter, tu finis par croire que ça veut vraiment dire quoi quelque chose. (genre à MacDo, je trouvais très français de dire « je fais la close ce soir ». Voilà voilà)(la domination sera linguistique ou ne sera pas)(et la parenthèse n’est pas domination malheureusement) Commençons simplement voulez-vous…

Maintenant, toute la façade du magasin est une immense baie vitrée, ce que la claustrophobe en moi apprécie moultement tandis que la photosensible en moi le déplore tout aussi fortement. La sortie se fait dans le coin du magasin. En fait avant, on avait un sas de sortie et un sas d’entrée bien distincts, alors que maintenant on a un seul grand sas en coin qui donne d’un côté sur la porte d’entrée, de l’autre sur la sortie (c’est très clair je te jure). Le long de la baie vitrée, deux issues de secours, des portes qu’il faut ouvrir en appuyant sur une poignée. Dessus, il est clairement écrit « issue de secours » à « hauteur d’yeux » (les guillemets c’est parce que l’hauteur d’yeux en question elle est réglementaire, pour ne pas dire réglementée…) en vert. Bien entendu, les issues de secours sont ouvertes dans la journée, sinon ça servirait un peu à rien (mais juste un peu). Et les issues de secours sont mises sous alarme à longueur de journée, si bien que comme n’importe quelle porte du magasin, si on l’ouvre sans le badge, l’alarme sonne. Vous commencez à le voir venir où je prends quand même la peine de vous le raconter ? Aller je vous raconte, j’ai rien d’autre à foutre (à part regarder Indi dormir au bout du canapé, ce qui est tellement mignon que j’ai presque l’impression de ne pas passer un été de merde par excellence). Régulièrement, nous avons donc des clients qui sortent par l’issue de secours, ce qui fait retentir l’alarme, ce qui nous oblige à appeler un responsable pour qu’il ou elle arrête le supplice d’un coup de badge magique. Plusieurs choses… Déjà, que quelqu’un m’explique pourquoi les issues de secours sont sous alarme. Une alarme dans un magasin, c’est pour te faire savoir quand quelqu’un force l’entrée non ? Quelle est la logique ? Qu’on les branche quand le magasin est fermé, là aussi ça a du sens (quoique, j’imagine que tout est centralisé, alors si le mec a niqué l’alarme au centre, il les a toutes niquées non ? genre ça n’arrive pas ça : « mouhahaha, j’ai niqué l’alarme de l’entrée et même celle du coffre ! je suis trop fort ! tiens pour le fun je vais sortir par l’issue de secours » *TULUTULUTULUTLUTUTLUTUTLUTLUTLU* Non, je ne pense pas…), mais en journée ? Quelle est l’utilité d’une telle démarche ?? Qu’on m’explique pourquoi mes tympans méritent pareille agression régulièrement dans ma journée de travail… Sérieusement, je vais me coucher, j’entends encore les alarmes dans ma tête… Que les gosses ne voient pas l’inscription, je peux entendre. Pour certains, elle est genre trois têtes plus haut que leurs yeux… et d’autres savent même pas lire… ou alors pas le français… Quant aux adultes… deux choses. À notre défense : quand vous allez dans un magasin, à part celle des toilettes (si tant est qu’il y en ait), est-ce que vous ouvrez la moindre porte ? Non. Le client étant roi, faudrait pas trop qu’il se fatigue, alors les portes s’ouvrent par magie devant lui. TADA. Du coup, les clients qui sortent par là ne devraient-ils pas tilter que s’ils doivent produire un effort, aussi risible soit-il, pour sortir, c’est sans doute qu’il y a un soucis ? À la défense des clients (autres que les enfants que pour une fois je vais excuser)(après tout leur plus grand crime est d’exister mais à la limite, ça non plus ils y sont pour rien) : il est bien indiqué issue de secours, mais en vert avec une vue dégagée sur le parking gris et les plates bandes vertes, dans une écriture toute fine police 12 (et encore). Du coup, si tes yeux ne tombent pas dessus, je peux entendre que tu ne vois pas l’indication. Bon je peux l’entendre parce que je n’ai pas entendu l’alarme ce matin et que j’écoute du Dir en Grey… parce que dans les faits, cet alarme me vrille tellement la gueule sur le moment que j’ai juste envie de leur éclater les dents sur le mur.

Mais comme un tel comportement ne rentre pas dans le cadre du SBAM, j’ai demandé à ma responsable s’il ne serait pas plutôt possible d’accrocher une affiche rouge sur la porte, histoire que cette fois les gens tiltent vraiment : c’est visible et ça ne bloque pas la sortie. « c’est pas concept ». Ha. C’est quoi le concept ? Qu’on soit tous sourd à la fin de l’été ? Qu’on ait tellement bouffé cette alarme dans la gueule qu’on démolisse le coupable alors que dans le fond l’erreur peut être compréhensible ? Et du coup, un taser c’est concept ou pas ? Non mais je demande hein… y a peut-être une case dans le bon de commande pour ça…


Pendant ce temps-là, dans le salon, mon frère rentre alors que j’écoute Moonspell un peu fort

moi : je t’avais pas entendu rentrer.
lui : non je me doute. 
moi : faut bien que la campagne ait des avantages !
lui : non pis je comprends, t’as des enceintes géantes alors t’es là « oh un peu plus fort, tiens encore un peu plus fort, un petit plus fort encore, bon j’ai les oreilles qui saignent mais on doit pouvoir mettre un peu plus fort »
moi : ah bah comme dirait papa, « les guitares c’est comme les graisses on les aime saturées » ! 


« Je suis à moitié procrastinateur et à moitié sociopathe. Donc je te tuerai demain… ou peut-être le jour d’après. »

Mais continuons donc sur nos bons concepts ! Figurez-vous qu’une poubelle non plus, c’est pas concept. Voilà. Alors qu’est-ce qu’on nous a collé comme poubelles ? Dans le hall d’entrée, nous avons des « poubelles » : dans un renfoncement du mur, vous avez quatre trappes « déchets quotidiens » « papier, carton » « pile » « ampoule ». Du coup vous allez me dire « mais qu’est-ce qu’elle nous chie, elle voit bien que y en a des poubelles ». Ha haha. Que tu es naïf petit lecteur ! Sache que le monde recèle autant de secrets dégueulasses que ces poubelles cachent de merde ! Car si elles ont tout de l’apparence designée de la poubelle « concept », dedans, c’est tout vide. Rien n’est prévu pour un sac, ou un éventuel contenant. Alors qu’est-ce qu’on met ? Des cartons de boulangerie dans lesquels nous sont livrées les baguettes. Résultat ? La poubelle « piles » doit être vidée régulièrement sous peine de ne pas pouvoir la soulever puisque pas de prise (et les cartons lidl c’est pas les plus solides du monde)(mais on va y revenir !). Quant à la poubelle « déchets quotidiens », il faut la vider à la main dans un sac poubelle digne de ce nom parce qu’il faudra quand même recycler le carton. Conseil : mettre des gants. Parce qu’entre les bouts de verre (bande de connards), les canettes pas vraiment finies, les trucs qui ont commencé à moisir et dégouliner, c’est pas trop la joie. Je veux bien que bosser à MacDo m’est quelque peu endurcie niveau dégueulasserie (si toi aussi tu as déjà eu à vider les bacs de graisse des grills, tu sais de quoi je parle), c’est quand même pas la joie quand après faut que tu retournes en caisse. Un vrai putain de bonheur. Changer une poubelle devrait me prendre cinq minutes top chrono. Mais avec ce brillant système très concept, il m’en faut quinze. Vous êtes des génies les mecs ! C’est joli, certes, mais ce n’est ni pratique, ni efficace, et pas tellement hygiénique. Well done.

Mais non, je n’ai pas fini ! Comme ce n’est pas suffisant (parce que dans un monde capitaliste, enough is never enough, on n’en fait jamais assez), il n’y a pas de poubelle dehors du tout. Par contre, il y a un cendrier. Au début, je trouvais ça plutôt bien, ça manquait dans l’ancienne configuration, du coup les gens les jetaient partout et c’était franchement dégueulasse (surtout quand t’es le couillon désigné pour aller ramasser). Au moins maintenant, on en retrouve plus partout. Un bon point pour Monsieur Lidl. Sauf que comme y a pas de poubelle, que se passe-t-il ? Et bien il arrive que les clients n’aient pas l’idée d’abandonner leur ticket de caisse ou la petite merde X ou Y à ta caisse, ou par terre dans le hall. Ils sont pris d’un regain de non connerie, et du coup, ils le mettent… dans le cendrier. Alors là lecteur, il va falloir que tu sois très attentif… À ton avis, il se passe quoi quand on met des bouts de papier dans un cendrier où des gens éteignent leurs mégots ? Ne crois pas que je te pose la question parce que je te crois débile ! Loin de moi cette idée saugrenue, après tout on ne se connaît pas… Mais apparemment la réponse est loin, très loin d’être évidente, alors je me dis que peut-être on pourrait jouer aux devinettes… Eh bien figure-toi lecteur que quand on met des bouts de papier et un élément en feu (même tout petit) dans un tube d’acier, et bien ça brûle. Incroyable non ? En une semaine, ça fait déjà deux fois qu’ils nous mettent le feu au cendrier. Ce qui amuse drôlement la pyromane en moi, mais bon quand même. J’ai donc eu l’occasion de passer pour une psychopathe puis que la conversation s’est déroulée comme suit : une dame rentre un peu paniquée dans le magasin et me saute dessus : « y a le feu ! le cendrier brûle, ça fume ». Effectivement, je constate que ça fume sacrément noir. Deux secondes de réflexion afin d’évaluer le potentiel danger direct… mon cerveau arrive à la conclusion que dans la mesure où le cendrier est un tube clos, le feu va mourir de lui même tôt ou tard, et comme le truc fume comme pas permis, personne ne va avoir l’idée de le toucher, donc personne ne risque de se brûler. J’en conclus que je peux terminer ce que je fais et aller m’occuper de l’importun. « Bah, il va pas aller bien loin de toute façon, je finis de m’occuper de mes clients et j’y vais. » Apparemment, vue la tête de la dame, ce n’était pas la réaction attendue. Ceci dit j’avais raison : dix minutes après même pas, n’écoutant que mon courage, je me saisis d’un seau d’eau ayant contenu des fleurs et m’en vais affronter les flammes. Le combat fut bref, mais elles luttèrent héroïquement. Le souvenir de leur agonie restera à jamais gravé dans ma mémoire, toujours je porterai ce poids sur ma conscience. Attendez je crois que des tartines de nutella m’appellent, je reviens !


Pendant ce temps-là, dans les rues de Nantes, je marche avec ma super copine, quand soudain, elle s’arrête net et s’écrit : « Regarde ! Une librairie ! On y va ? ». Mais que voilà une définition du shopping qui me plaît !


Quand mes cartons commencent à me gonfler et que je leur apprends la vie. « Je pense qu’il a compris la leçon, maintenant il y réfléchira à deux fois avant de squatter le coin de soleil ! »

Cette fin de semaine, j’ai gagné le droit de faire le frais… j’ai eu la joie d’y passer pas mal de temps… un vrai bonheur… comme peuvent d’ailleurs en témoigner tous les points de suspension de cette phrase… Le frais c’est la quintessence de tout ce qui est chiant dans la mise en rayon… Tout y est pour te faire chier… Rotation des produits (dates les plus « loin » dans le fond), « ouverture » cartons à faire (arracher un bout du carton pour que les clients puissent avoir accès facilement au produit, notamment pour les étagères du haut), rapidité obligatoire car chaîner du froid à respecter, palettes mal conditionnées, clients qui se servent directement dessus, et surtout, cartons mal pensés et rayon conditionnés au poil de cul près. Sérieusement, tu sens que le truc est pensé pour qu’il n’y ait pas un millimètre carré sans marchandise proposée à la vente. Tout est hyper serré, des produits sont placés hyper haut (à tel point que j’hésite toujours à faire ma rotation à l’envers, car les clients se serviront dans les cartons du bas de la pile puisque ce sont eux qu’ils atteignent le plus facilement… mais comme je risque d’être la seule à le faire, ça va tout mélanger les dates alors je m’abstiens) et vraiment… ces putains… de cartons… de merde… Bordel mais même le carton il est lidl ! Je vous jure, on la sent l’économie de bout de chandelle sur la matière première ! Les cartons sont fins au possible, si bien que la moindre humidité les ramollit et les fait se déchirer sous le poids des yaourts… ce qui n’est absolument pas un problème puisque comme chacun sait : y a jamais la moindre humidité dans un frigo ! Jamais ô grand jamais ! J-A-M-A-I-S ! MAIS BORDEL DE CONS DE MERDE ! Donc… tu prends ton carton sur ta palette, celui-ci commence déjà à se tordre, se plier. Tu constates qu’il faut que tu fasses une rotation complète, à savoir, sortir les six cartons du même produits déjà en rayon pour foutre le tiens en dessous, puis remettre le tout. SAUF QUE ! Ces six cartons-là, ils avaient eux aussi déjà commencé à se tordre et se plier sur la palette quand ils ont été mis en rayon… et ils sont encore plus humides après le frigo… et comme ils sont serrés ratatinés contre ceux autour parce que limite t’es obligé de les enfoncer à coup de marteau pour qu’ils rentrent entre les références autour parce qu’il n’y a pas d’air du tout ! y a pas un millimètre de marge de manoeuvre ! Alors forcément, bah le carton humide, quand tu essaie de le sortir avec son poids de marchandises dedans, que tu dois l’extirper du rayon plus que le retirer, il se passe quoi ? Bah il se déchire ! Et si t’es un gros winner of da life, et bah des fois, les packs de yaourts dedans, et bah ils font pareil ! Voilà. Tout se déchire sous tes mains au point qu’au bout de la moitié d’une palette tes mains sont bleues à cause de l’humidité et de la peinture des cartons. Et attends parce qu’une fois que tu as quand même réussi à extirper le tout en réussissant à n’avoir aucune perte, sans déloter les yaourts, mais pas sans avoir insulter leurs mères à tous, cartons et yaourts (l’autre matin avant l’ouverture, ma responsable m’entend râler et jurer vertement, mais a eu la bonne idée de me laisser m’énerver dans mon coin), que tu as trié tes dates au cas où la rotation ça serait un peu la fête du slip, que tu as posé le carton que tu voulais mettre en rayon, non sans avoir forcé comme un bourrin, parce qu’en plus les coins des cartons se coincent les uns dans les autres, ou encore dans les équerres des étagères, et bah après, IL FAUT REMETTRE LE TOUT ! Il faut remettre des cartons encore plus humides, encore plus disloqués, encore plus déchirés, encore plus abîmés, dans un rayon tellement au poil de cul que tu te demandes s’il faudrait pas mettre dix plaquettes de beurre en frais magasin direct parce que peut-être ça glisserait mieux, sans te tromper dans l’ordre des dates, avec parfois des clients qui viennent t’interrompre, et la petite voix dans ta tête qui calcule combien de temps ces cartons ont passé hors du frigo, combien de temps tu mets sur ta palette totale et elle se demande à partir de quand tu auras définitivement rompu la chaîne du froid et putain y a un fromage blanc qui vient de t’éclater à la gueule ET BORDEL DE TA MÈRE LA PUTE EN STRING DE BORDEL DE BITE À CUL ! Merde. Même un fist dans un mec constipé ça passe plus facilement bordel. Ha oui pis bien sûr, j’ai oublié de vous dire que pendant ce temps-là, les cartons en question vous déchirent les bras parce que mettre des cartons en rayon c’est encore plus dangereux que de jouer avec un chat.

Alors du coup, forcément, quand je suis levée depuis 4h du mat, que j’attaque la 5ème palette de frais, que mon collègue râle autant que moi (mais pas tout à fait dans le même style, disons qu’il est moins véhément), je me mets à imaginer à quoi peut bien ressembler la réunion des monsieurs en cravate de chez Lidl qui nous ponde ces chouettes petites idées…

« Ouai alors dans la nouvelle version, les frigos, on met des portes ? Aller ! On met des portes ! C’est grave stylé les portes !
_Le truc Gérard c’est que si on met des portes, bah c’est pas pratique pour la mise en rayon… tu sais ils vont pas avoir assez de mains pour les tenir ouvertes, et puis y aura forcément des articles qui tomberont en plein entre deux portes…
_Bah, pendant ce temps-là ils ont pas le temps de lire la convention collective !
_Bien ouèj Gérard ! Comment on fait pour les commandes ?
_Alors moi je propose qu’on leur colle 25 cartons de crème aux oeufs.
_Mais pourquoi autant ??
_Parce que j’adore la crème aux oeufs. Alors il faut qu’ils aient plein de crèmes aux oeufs. C’est bon la crème aux oeufs.
_T’abuses Gérard, ça va les faire chier quand même.
_Mais non ! T’as qu’à les envoyer à la place d’un truc genre les brassés aux fruits.
_Ça se vend pas vachement bien les brassés aux fruits ?
_Aucune idée, j’en achète jamais. Du coup c’est pas trop grave s’ils ont pas de stock.
_D’ailleurs en parlant des stocks, on a réglé cette histoire de date ?
_T’emmerdes pas ! Tu leur envoies trois quatre dates différentes par référence, ça aussi ça va bien les faire chier !
_Putain Gérard t’es on fire aujourd’hui !
_Ouai, j’ai vidé ma corbeille à papiers dans le cendrier !
*rires gras autour de la table*
_Attendez attendez ! Je sais ! Tu sais les cartons pour les bocaux d’anchois ? Pense à les faire tous fins, et surtout, pas assez haut pour empêcher l’anchois de se casser la gueule.
_T’as déjà fait mieux Gérard.
_Ok, alors que dis-tu de mettre tous les cartons de surimis en dessous de la palette, et dessus, on monte des piles et des piles de cartons de salades toutes faites genre piémontaise et autre ? Histoire de les faire voyager jusqu’à la tour de Pise.
_Gérard… t’es un génie… putain, c’est tellement beau quand tu parles j’en ai la larme à l’oeil… »

Je suis sûre que ça passe à peu près comme ça ! Bon d’accord, on n’est pas à la virgule près non plus, mais je suis persuadée que je suis pa loin… Y a beaucoup trop de Gérard à lidl !


Pendant ce temps-là, dans le couloir, mon frère rentre en imitant le chat :

« Je suis làààà ! Est-ce que tu as bien entendu que j’étais là ? Parce que je suis là ! je suis rentré !
_Pourquoi tu fais ton Gribouille ?
_Bah parce que comme t’es toute seule tout le temps à la maison en ce moment, jme suis dit ça se trouve elle en profite pour se balader à poil. Alors du coup je te préviens ! Comme ça on évite les incidents ! »


Aller promis, la prochaine fois on parle à nouveau des conneries des clients… J’avais juste envie de changer !
Comme toujours, on se retrouve sur Facebook et twitter (ce qu’il est un peu con de préciser vu que la plupart d’entre vous arrive de là mais bon, question de principe !)

La chanson de la semaine, le retour de Betraying the Martyrs :

La rhétorique du Kangourou… inscrivez vous qu’ils disaient !

Halló Termites !

Les choses commencent enfin à se caler ici alors il est venu le temps de vous raconter ! Car oui, en trois semaines, il y a déjà de quoi faire un article. Un jour, quelque chose dans ma vie s’est déroulée en toute simplicité : je venais de découvrir les ouvertures faciles Milka. Mais c’est bien tout. Heureusement qu’il nous reste la marmotte !

Septembre arrive et nous voilà reparti. Au programme cette année ? Arf, pas grand chose… J’ai simplement eu la bonne idée de poursuivre mes aventures en thèse. Ouai je sais, un jour, faudra vraiment que j’envisage de dormir la nuit et d’arrêter de prendre des décisions essentielles à 3h du mat. (pour ma défense, la première fois que j’ai sérieusement envisagé la thèse, j’étais bourrée et on m’a montré une vidéo où Eric Zemmour disait de la merde (ça n’en élimine pas beaucoup je sais), mais en l’occurrence, sur le sujet qui m’intéresse, si bien que j’ai jugé qu’on ne pouvais pas laisser des gens balancer des inepties pareilles)(je ne suis pas sûre que ça me défende réellement). Toujours est-il que décision est prise et que m’y voici m’y voilà.

En fait, là, j’essaie désespérément de gagner du temps. Car la situation administrative dans laquelle je me suis retrouvée est tellement absurde que… que… que je suis bien incapable de trouver une comparaison digne de finir cette phrase. C’est vous dire. Tentons de remonter le temps… J’en parle avec ma directrice de mémoire en janvier, on convient qu’il faut que je me concentre sur mon mémoire et le concours que je tente parce que bon, je reste quand même humaine. (genre) Le mois de mai arrive, je ne suis pas prise dans l’école que je voulais (vodka), le mois de juin arrive à son tour, je passe avec succès ma soutenance, avec même tellement de succès que s’en est louche mais je suis défoncée à la fatigue, ce qui est bien plus fort que la vodka (mais moins goutu). On reparle donc de cette fameuse thèse… Ma directrice et mon jury (une autre personne parce qu’on a grave les moyens à la fac) sont à fond derrière moi. Ma DR (que pour des raisons de simplicité nous appellerons dorénavant Satan) m’explique que l’idéal serait que j’arrive à obtenir un contrat doctoral, sorte de St Graal de l’étude supérieure qui te permet d’être payé pour faire ta recherche et donc de ne pas avoir à aller faire des hamburgers pour payer ton loyer, ce qui est quand même bien pratique parce qu’après tu mets de la graisse partout sur tes bouquins et à la BU ils te regardent avec des gros yeux (enfin pire que d’habitude j’entends, avoir des gros yeux doit faire partir des conditions d’emploi). Et là commence le merdier administratif. Car pour postuler à un contrat doctoral, je ne dois pas déjà être inscrite en thèse, MAIS je dois quand même posséder le statut d’étudiant. Retenez bien ça, car c’est le détail qui pourrit tout. Et non, on ne va pas rentrer dans le détail de l’incommensurable connerie du truc, j’ai une pizza à manger une fois cet article fini.

Quand ma DR m’a eu à l’usure et que ça y est, je suis en thèse…

L’idée était donc de s’inscrire dans une L1 quelconque afin de conserver le statut étudiant, tout en préparant comme une tarée les auditions pour un contrat doctoral (et en travaillant à côté évidemment)(mais pas à McDo, suivez un peu). Pour des raisons que nous nommerons dorénavant Ma Vie,ou plus scientifiquement parlant la Réciproque de Milka, je n’ai pas pu m’occuper de ça avant de partir pour l’été vivre toutes les passionnantes aventures lidliennes que vous connaissez maintenant. (si vous avez l’impression que ma vie ressemble à un film de fantasy où on passe son temps à sauter d’un monde dystopique à un autre, rassurez-vous, c’est normal.) Durant l’été, mon pote K., que nous appellerons comme ça le temps que je trouve mieux comme surnom littérairement parlant, suite à une tournure d’événements imprévus, se retrouve finalement à suivre mon chemin et à s’engager en thèse (oui on doit faire partie des rares personnes à envisager la thèse comme un plan B, ça aussi c’est normal)(enfin c’est ce qu’on se dit quand on va bosser à la BU ensemble). Administrativement parlant, nous sommes donc dans la même situation ou presque (on vise pas le même type de contrat mais je vous épargne les détails), nous nous mettons donc d’accord pour aller affronter les forces de l’administration ensemble début septembre, naïvement persuadés que l’union fait la force, et qu’à deux, nous serons plus crédibles (parce que pourquoi vouloir t’inscrire en L1 quand tu viens de valider un M2 avec brio ?) et nous arriverons mieux à expliquer l’impasse la situation.

Nous nous retrouvons donc un lundi à 14h. Première étape, une salle info, histoire d’essayer de comprendre comment s’inscrire, et s’il est possible de le faire par internet. Nous n’y croyions pas trop… et nous avons bien fait. Après avoir ri jaune de notre incompétence à simplement nous inscrire à la fac alors que nous rentrons en thèse, nous nous dirigeons chemin faisant vers l’accueil de l’UFR. En période de rentrée, les horaires de celui-ci sont étendus et il se trouve même agrandi d’une appendice consistant en une table et deux jeunes femmes par qui il faut d’abord passer afin d’être correctement orienté et ainsi désengorger le bureau principal. On commence donc à attendre. Quinze minutes passent. C’est notre tour et nous expliquons, enfin soyons honnêtes, c’est surtout K. qui explique. Tout le monde est d’accord pour dire que pour le bien de l’humanité, il est tout aussi bien que je ferme ma gueule. Deux mois de SBAM, ça abîme. La charmant jeune femme nous renvoie au bâtiment de la présidence pour voir avec le service de réorientation.

Nous changeons donc de bâtiment. Le truc, c’est que le service en question se trouve au SUIO-IP, sorte de centre d’orientation géant, et que le lieu n’est pas prévu pour qu’il y ait du monde. Hors, début septembre, il y en a. Du coup, les gens s’entassent comme ils peuvent en tâchant de former une file d’attente qui n’a de file que le nom que les dames de l’accueil veulent lui donnent. Nous attendons à nouveau quinze minutes en se demandant s’il va falloir tuer le squatteur avec son casque histoire de ne pas nous faire piquer la place. Finalement, les gens à l’université sont tous gentils et la « file » a été à peu près respectée (cette digression pour vous dire qu’il reste de l’espoir dans l’humanité). Nous réexpliquons notre situation. La dame nous regarde patiemment avant de nous dire grosso merdo qu’on l’a dans le cul parce que les réorientations c’est fini depuis le 28 août et point final. Nous sommes un peu surpris.. En partie parce que pour nous, une réorientation c’est en cours d’année, ce qui n’est pas notre cas, et aussi parce qu’en cinq ans de fac, on a toujours vu des gens débarquer à n’importe quel moment de l’année sans que ça pose de problème à personne, j’en ai même vu changé de filière trois fois en deux semaines. Nous sommes entendu dire que nous étions de mauvaise foi « tout est écrit sur le site », chose qu’on ne remettait pas en cause… Nous essayions simplement de dire que sur le site ce n’était guère clair (est-il utile de préciser que l’un comme l’autre nous l’avons parcouru plusieurs fois dans l’été sans réussir à savoir à quelle case nous appartenions ?), qu’en plus, l’inscription se faisait par papier alors que nous travaillions à près de trois heures de route de la dite université… La dame ne veut rien entendre et nous renvoie à l’UFR en nous disant qu’il faut qu’on négocier pour une inscription en intra (ne me demandez pas ce que ça veut dire, je n’en sais rien, je me suis contentée de retenir la formule pour pouvoir la ressortir au moment opportun).

Retour à l’UFR ! Nous réattendons dix minutes, nous réexpliquons (nous devenons même très bons à ce jeu-là) en ajoutant la nouvelle étape, la petite dame considère qu’il faut qu’on voit avec sa responsable. Alors on change de file pour cette fois faire la queue pour avoir accès au bureau de l’UFR. Nous reréattendons quinze minutes, nous reréexpliquons à la responsable qui nous répond d’un simple « Pourquoi ils vous ont envoyés là ? Nous on peut rien faire. Faut que vous alliez à la DÉVU » Nous envisageons d’abandonner la thèse pour finalement embrasser la carrière de terroriste et plastifier la fac.

Quand à force de renvoie de bureaux en bureaux, deux heures de notre vie ont subitement disparu sans laisser d’adresse.

Nous repartons donc pour le bâtiment de la présidence pour nous rendre cette fois-ci à la DÉVU (Direction des Études et de la Vie Universitaire). Nous rereréattendons quinze minutes, nous sommes à nouveau accueillis par une Secrétaire – Filtre à qui nous rereréexpliquons la situation. Elle nous dit qu’elle ne comprend pas notre situation et nous oriente vers sa collègue, la responsable. Nous envisageons d’enregistrer cette histoire pour ne plus avoir à la raconter une fois de plus. Nous n’attendons que cinq minutes. Nous rerereréexpliquons. « Bah c’est foutu. » Tout ça pour ça. Alors qu’on envisage de se facepalm sur son bureau pour gagner du temps, nous tentons vainement de sortir les derniers arguments possibles de notre sac, mais ça ne change rien. Par lassitude, nous obtenons un « Vous pouvez essayer d’écrire une lettre au directeur de la DÉVU, peut-être qu’il pourra vous aider ».

Nous redescendons, nous retournons en salle informatique, K. décrète que c’est à moi d’écrire parce que je tape plus vite (je vous l’ai dit, nous avons usé nos derniers arguments pertinents). Nous faisons donc une belle lettre avec moult violons. Nous réussissons à vaincre le système de la fac pour imprimer. K. réussit même à retrouver un stylo noir dans le fond de son sac pour que nos signatures aient l’air encore plus officielles. Bref, nous avons fait ça dans les règles de l’art. Nous rerererereretournons à la DÉVU, nous rerereréééééééééééattendons et enfin nous donnons notre lettre à la même dame que précédemment « ha. Bah je vais transmettre » Nous nous demandons pourquoi déjà nous avons choisi de nous embarquer dans cette galère.

Une heure plus tard, la DÉVU nous rappelle pour nous dire que le directeur a bien eu la gentillesse de bien vouloir intercéder en notre faveur et ainsi nous laisser nous inscrire via le SUED (service de cours par correspondance de la fac)(vous le dîtes quand vous commencez à vomir des lettres de scrabble, on montera un Ikea tous ensemble et ça sera la joie)(enfin uniquement si vous vous inscrivez avant le 15 septembre), ce qui nous permettra de conserver le statut étudiant. Nous remercions (en serrant les dents parce qu’on n’en a plus que marre…), et à ce moment, nous croyions avoir gagné. Sauf que K. a reçu cette semaine un appel du SUED lui annonçant qu’il ne remplissait pas les critères de distance et que donc il fallait qu’il retourne auprès de l’UFR pour s’inscrire. Nous y retournons donc mercredi (oui je suis gentille, je l’accompagne)(et puis c’était ça ou retourner lire des articles de psychanalyse, alors entre la peste et le choléra, comprenez que j’ai choisi la tumeur au cerveau). Nous reeeéeéeéeéeéattendons à l’UFR (sans passer par la case petit bureau cette fois, pas la peine…). K reréreréreréexplique toute l’histoire (légèrement plus compliqué que la mienne puisque des bourses du CROUS entrent en jeu). Par chance, c’est le début de l’après-midi et la responsable a encore toute sa patience (ça doit vraiment être l’enfer ces postes là en début d’année, pour le coup je veux bien compatir…) et tente vraiment de comprendre. Elle rappelle le SUED, parce qu’à cet instant, personne ne sait où est rendu le dossier de K. À l’heure actuelle, je sais pas trop où s’en est rendu puisqu’à ce moment là, on l’a renvoyé en lui disant qu’ils allaient essayé de régler ça en interne d’ici la fin de la semaine.

La joie, la fête, la bonne humeur !
En attendant, nous nous sommes quand même mis à travailler sur nos thèses respectives. D’autant que je n’ai guère eu de nouvelles de Satan, si ce n’est qu’elle veut une problématique, un corpus et une méthodologie pour la fin septembre. Haha. Quel humour ce Satan !

Nous sommes hyper efficaces pour le moment. À tel point que finissons la journée par des bastons de photos de kangourou via Facebook. Vous m’aviez d’ailleurs demandé pour quoi… Vous rappelez vous du colloque pour lequel j’avais joué les petites mains l’année dernière ? Si ce n’est le cas, c’est par ici… toujours est-il que nous avions été témoins, K et moi, d’universitaires incapables d’arrêter de débattre sur tout ce qui leur passait par la tête. Genre, même l’annonce de la pause café et gâteaux ne les arrêtait pas. Alors que bordel… des gâteaux… D’ailleurs, même autour des gâteaux ils y étaient encore… infernaux… jte jure… Dans le même temps, je tombais sur ce post, que bien entendu je m’empressais de partager avec K que ça a à peu près autant amusé que moi. Depuis, c’est resté. À chaque fois que nous avons vu des profs n’en plus finir de débattre sur la couleur des rubans de chaussures d’un auteur du 15ème siècle, ou sur l’importance de la virgule dans le théâtre du sud-poitevinais (j’exagère à peine), nous nous sommes retrouvé à imité un combat de kangourous aussi discrètement que faire se peut. Jusqu’au moment, en ce début de septembre, où nous avons réalisé que nous étions devenu des bébés kangourous.

Nous sommes foutus.

Et c’est donc en toute logique que la nouvelle catégorie qui accueillera mes aventures se nommera « La rhétorique du kangourou »…

Paroles de clients… FIN DE SAISON EN APPROCHE MOTHERFUCKER

Nous y sommes presque chères Termites ! Plus qu’une semaine et ma saison sera terminée. Je ne vous cacherai pas qu’il me tarde ! La semaine prochaine, nous aurons donc le dernier épisode des aventures de Ray Charles et je n’ai absolument aucune idée de ce que je vais mettre dedans. Ce qui est con pour une fin. Mais bon, j’imagine que j’ai encore des heures de caisse pour trouver une solution ! Alors ne vous inquiétez pas (ou pas trop). En attendant, et puisque vous en raffoler, voici les anecdotes de clients de la semaine…

« Vous avez demandé un sac d’oranges ! »

Et si on parlait gamin ? Hein, ces trucs-là, qui font chier… Pardon, j’exagère. Parce qu’en l’occurrence, leurs parents sont pire. Bien pire. Je commence avec une anecdote de juillet que je n’avais pas réussi à vous caser à ce moment-là. Un jour, je sors à peine de la salle de repos, que ma collègue me saute dessus, une gamine dans les bras : « elle est perdue et ses parents sont nulle part ! ». Je lui demande de développer parce que bon, ça me paraît gros… La gamine était toute seule dans un coin, elle a d’abord pensé que les parents s’étaient un peu éloignés, mais 10 minutes plus tard, elle n’avait toujours pas bougé… Elle lui a demandé où était ses parents, la petite ne savait pas et lui parlait d’ailleurs à peine, comme les mômes savent si bien le faire. Elle a fait un tour de magasin avec elle en lui demandant si elle voyait ses parents. Pas de réaction, de la petite ni d’aucun adulte. Je lui demande de réessayer, des fois qu’ils se seraient croisés. Elle revient vers moi, même résultat. On file en salle de repos, un peu inquiètes. Les responsables étaient en train de manger et nous demandent ce qui se passe. On résume. On commence à se demander s’il faut appeler les flics. Finalement, la chef mag repart avec la môme dans les bras pour un nouveau tour du magasin + parking quand un mec se fait entendre « ha bah t’es là ». DONC. Ça fait bien 15 minutes que la môme est avec nous, et tu t’inquiètes pas plus que ça ? Mais pourquoi vous faîtes des enfants si au final vous vous en foutez ?

Toujours dans la série « Un serial killer peut-il se débarrasser de mon enfant s’il vous plaît ? », l’autre jour à ma caisse, une nana avec son môme dans son caddie. Je m’occupe du client qui la précède, quand soudain la lumière fut elle se rend compte qu’elle n’a pas sa carte. « Je vous laisse tout là je reviens vite, je vais juste à la voiture chercher ma carte ! ». Et là voilà qui file en courant, laissant courses sur le tapis (ce qui est ok)(enfin jusqu’au moment où je décrète que ça ne l’est plus et que je vire tout pour faire de la place) et môme dans le caddie. Ce qui n’est pas ok du tout. Alors, je veux bien, elle s’est absentée à peine 2 minutes. Mais merde… Il aurait pu se passer plein de choses, ce n’est pas mon taf de surveiller un gosse, même si je n’avais pas une aversion épidermique pour ces miniatures, je n’en ai pas le temps. Deux minutes, c’est suffisant pour que quelqu’un y colle une beigne, le gave de bonbecs, lui montre sa bite en loosedé, etc. J’ai du mal à concevoir que tu puisses laisser un machin qu’est pas foutu de tenir debout tout seul – puisque tu le ranges dans ton caddie – comme ça au milieu d’inconnus dans un lieu qu’il connaît pas plus.Vous voyez, je peux pas avoir d’enfants, apparemment je comprends rien à la parentalité.

Ceci dit, d’autres ont trouvé la solution pour éviter de laisser les mômes tout seuls au milieu du magasin : les laisser tout seul dans la voiture. Au soleil. Vers 15h. Pendant 30 minutes. « Mais c’est ok on a laissé les fenêtres ouvertes ». Bah ouai c’est bien, mais vu que t’avais oublié la gamelle d’eau ça marche pas au final… C’est un autre môme de 12 ans qui est venu nous dire qu’il y avait des enfants dans une voiture qui pleuraient et appelaient leurs grands-parents. J’étais en coupure à ce moment-là, c’est donc mes collègues qui se sont chargés de retrouver les grands-parents pour leur signaler que bon hein, peut-être c’était pas l’idée du siècle. Le meilleur ? Les gens en question sont passés à ma caisse. Les gamines clairement stones (elles ont eu chaud et peur semble-t-il…), et le grand-père qui se foutait de leur gueule parce que bon maintenant « elles sont grandes, elles peuvent bien rester un peu toutes seules et puis avec les fenêtres ouvertes ça va ! ». Toi, à la prochaine canicule, et bien personne t’appellera pour vérifier que t’as bien bu ton verre d’eau, et tu pourras boire tout le pastis du monde, tu vas mourir DÉSHYDRATÉ et ça sera bien fait pour ta gueule.

Enfin, dans la série « enfants qui se sent très bien avec ses parents ». L’autre jour, toujours à ma caisse (je vous ai dit que j’ai fait beaucoup de caisse dernièrement et que je me sens plus mécanico-robotique déshumanisée que jamais ? ma vie s’est perdue quelque part sur le tapis roulant. Des fois, je résiste à l’envie de coller un truc dessus pour compter combien de tours il fait pendant mon temps de travail), une vieille accompagne une très vieille pour l’aider à faire ses courses et faire les siennes au passage. J’ai pas suivi toute l’histoire, tout le monde était déjà installé quand je suis arrivée à ma caisse. J’encaisse la très vieille dame qui avait un caddie relativement plein (une vieille dame qui fait ses courses pour la semaine ne remplit pas son caddie de la même façon que l’aoutien qui voyage par paquet de 10, aussi bien quantativement parlant que qualitativement…)(la petite vieille boit beaucoup moins d’alcool)(la plupart du temps) et la vieille un panier. Comme elles prennent leur temps pour ranger (pour ne pas dire qu’elles ne sont pas rapides à ranger), j’ai le temps d’encaisser les deux qu’il y en a encore plein ma caisse. La très vieille range quand le père de famille suivant commence à parler sèchement à la vieille :

« Vous avez de la chance que je sois de bonne humeur ! Parce que moi normalement votre caddie je le retourne.
_Enfin, j’aide une amie !
_Vous avez quand même doublé tout le monde, alors moi normalement le caddie c’est par terre ! »

Et ça a continué comme ça tout le temps que la très vieille range. Bien évidemment, le ton est monté. Le mec de venir lui parler de plus en plus collé, en se faisant plus grand qu’elle. Et vraiment menaçant. Comme quoi faudrait qu’elle voit à pas trop faire chier parce que ça pouvait partir. C’est quand j’ai vu les gamins essayer de se rentrer la tête dans les épaules, prêts à se cacher sous la caisse en cas de besoin que j’ai compris qu’il y avait réel danger…J’ai gardé la main sur la sonnette, et de l’autre essayé d’aider la très vieille, la meilleure solution semblant être de trouver un moyen de les faire partir vite. Sauf que le mec lui a emboîté le pas, toujours en faisant en sorte d’être tout près, il a fallu que sa femme lui court après et le ramène. On sent le bonheur conjugal. C’est dans des moments comme ça que tu te dis qu’une petite formation aux situations de crise, ça ne serait pas si mal. Parce qu’honnêtement, s’il avait vraiment frappé, je ne sais pas quelle était la meilleure solution. Sauter dans la mêlée au risque d’en prendre une et m’ajouter aux victimes ? Laisser les clients faire la même, pour arriver au même problème ? Faire en sorte que le moins de monde possible n’intervienne pour limiter les victimes et appeler les flics ? Sauf qu’un mec de 40 ans en pleine forme furieux face à une vieille de 70, y a pas besoin de frapper longtemps. Surtout quand, semble-t-il, il n’en est pas à son coup d’essai… Il pourrait être bien que monsieur Lidl pense à donner des outils à ses salariés en cas de crise, surtout si monsieur Lidl continue de considérer qu’un vigile est un trop investissement. Enfin pardon, je suis mauvaise langue. Une fois que quelqu’un a été confronté à une situation de crise et n’a pas pu la gérer, monsieur Lidl envoie un vigile. Pendant une semaine. Une semaine pendant laquelle les statistiques veulent qu’il ne se passe rien. Puisqu’il y a déjà eu la semaine d’avant. Mais bon, monsieur Lidl a fait de grandes études alors j’imagine qu’il sait ce qu’il fait…Même si on sait tous que ce qu’il fait c’est majoritairement du pognon.

« Encore une heure… » Moi le matin. Et l’après-midi aussi. En fait à chaque fois avant d’aller bosser.

Moi ce que j’aime chez les clients, c’est leur volonté de résister au système. WE GONNA TAKE THE POWER BACK ! Je ne sais pas comment vous faîtes vos courses, mais eux, ils connaissent tous les prix de tous les articles dans leur caddie. J’applaudis la mémoire. Non parce que moi, quand je fais mes courses, j’y arrive. Pourtant je suis étudiante, et souvent fauchée (entre la bière et la diète il faut choisir, j’ai choisi de me nourrir d’eau). Donc je fais attention au prix au moment où je choisis mes articles, puis je survole mon ticket histoire de voir qu’il n’y a pas d’erreur ou fausses manips. À moins d’un truc aberrant, je tilte pas. Mais euh non. À croire que leur tête sont des calculatrices. Enfin pas trop non plus…

« Non mais ça peut pas faire 41€.
_Bah si vous voyez bien.
_J’ai à peine une douzaine d’articles ! Et j’ai pris que des petites choses !
_De petites choses en petites choses ça fait 40 monsieur…
_Ça peut pas faire 40, y a une erreur !
_[après avoir vérifié qu’il n’y ait rien d’aberrant, et n’avoir rien trouvé, au cas où] Il n’y a pas d’erreur monsieur.
_Si !
_Monsieur, il arrive à la machine de ne pas avoir le bon prix en mémoire ou qu’une promotion soit mal enregistrée. Mais il est 18h alors les erreurs ont toute été trouvées. Croyez moi, la machine est programmée pour calculer, c’est ce qu’elle fait de mieux. Si vous voulez recompter le tout je vous laisse quelques minutes. »

C’est marrant mais il a arrêté de faire chier et on s’est contenté d’enlever des articles pour arriver aux 15€ qu’il avait dans sa poche. Et j’ai envie de dire qu’avec plusieurs articles à 6€, on arrive vite à 40 !

De la même façon, on ne prend pas la carte en dessous de 5€. Ce qui est une limite plutôt raisonnable je trouve… Surtout quand tu sais qu’il y a pas mal d’endroits où la limite minimum est plutôt à 15€ et qu’avant la nôtre était à 10… Donc l’autre jour, une bonne femme avec deux articles, 2,62€.

« On prend pas la carte en dessous de 5€…
_J’ai que ça.
_Je comprends bien, mais on ne prends pas la carte en dessous de 5€.
_Puisque je vous dis que j’ai que ça ! Vous pouvez bien faire une exception !
_Moi oui, la machine non. Mais vous pouvez toujours essayer de lui expliquer. Je mets votre ticket en attente, n’hésitez pas à me faire savoir les résultats des négociation. »

Mer. Deuh. Je comprends que ça puisse agacer quand t’as pas prévu et que tu dois acheter des trucs non prévus pour y arriver. Mais c’est comme ça. C’est indiqué à l’entrée du magasin, c’est indiqué en caisse, si t’as pas vu c’est dommage, mais tu peux t’en prendre qu’à toi-même. « Vous avez le droit de faire ça ? » Oui. Du moment que nous le spécifions à nos clients pour qu’ils puissent prendre leur disposition, oui. « C’est de la vente forcée ». Non. Car tu es averti. Dès l’entrée. Du. Magasin. Est-ce qu’il faut que je répète pour ceux du fond qu’auraient pas bien entendu où je me le fais tatouer directement sur la gueule ? C’EST ÉCRIT À L’ENTRÉE ALORS TU FAIS PAS CHIER. Et dans le pire des cas, tu peux toujours dire que tant pis, on n’a pas besoin de chantilly pour vivre. (on a besoin de chocolat mais on peut se passer de chantilly)

Mais parfois, le client connaît vraiment le prix des choses. Comme on arrive en fin de saison, la responsable du non-food remet en vente ce qui reste de la saison. Ce qui est un peu le bordel. Un peu beaucoup. Beaucoup trop. D’un côté, il y a les codes qui ont été désactivés depuis et que je me retrouve obligée de rentrer en manuel, me faisant ainsi faire une vingtaine d’aller-retours par heure (je vais demander une prime au kilomètre parcouru). De l’autre, il y a les affiches à recommander. Sauf que des fois, je ne sais pas, soit la responsable se trompe (alors elle vous dira que c’est impossible mais bon, vous n’êtes pas obligés de la croire, c’est pas parce qu’elle lit ces chroniques qu’il faut lui cacher la vérité : elle vieillit et mélange tous les chiffres. C’est pas grave, on l’aime quand même)(Et puis bon au passage ça lui permet de s’adonner à son activité préférée : faire chier le monde)(Sinon je t’aime très chère <3 me tape pas quand j’arrive demain !), soit l’affiche est perdue, soit on n’enlève pas la bonne… BREF. On se retrouve dans des situations bizarres. L’autre jour, je passe donc des housses de sièges de voiture qui s’enregistrent à 16€. Madame paye, puis me signale que non, ils sont à 4€. « C’est en promo » Vu le produit, ça me paraît bizarre. Je m’en vais donc vérifier de quoi il retourne. L’affiche indique bien 4€ en promo, mais le prix initial est de 6€. J’essaie de comprendre d’où vient le problème : à force de tout retourner, je finis par trouver que le code des housses ne correspond pas à celui sur l’affiche, ce qui signifie que ce n’est pas le produit concerné. J’en informe donc la responsable susnommée (ça veut dire la responsable nommée plus haut, pas que tu consommes du lait concentré sur ton temps libre)(private joke inside) qui, après m’avoir dit que je fais chier (elle m’aime), elle constate le problème et me dit de proposer un remboursement, mais de rembourser la différence puisque ce sont deux produits différents…

« Il s’agit d’un produit différent, les housses à ce prix doivent toutes être vendues et ce n’est pas la bonne affiche qui a été retirée. Je peux vous proposer un remboursement si vous ne les voulez plus.
_Je les veux au prix affiché !
_Je ne peux pas, il ne s’agit pas du bon produit. Je peux juste vous les reprendre et vous les rembourser.
_Selon la loi vous êtes obligés de le faire à ce prix.
_Je suis désolée, moi je ne peux rien faire d’autres. Si vous n’en voulez pas, je vous les rembourse et j’irai les ranger, je ne peux rien faire d’autre.
_D’accord mais la loi dit… »

Je me suis plongée dans les manipulations nécessaires au remboursement et j’ai arrêté d’écouter. Alors oui, la loi dit bien ça. D’ailleurs, nous l’appliquons régulièrement : quand nous avons oublié de retirer une affiche de promo ou qu’un produit ne passe pas au bon prix, nous remboursons la différence. Mais il ne faut pas lire la loi seulement quand ça vous arrange. Sur l’affiche, toutes les informations nécessaires à la juste reconnaissance du produit étaient présentes : description complète du produit, code d’identification… Nous ne sommes donc pas en tort. Nous avons identifié le problème et proposé une solution où aucun parti n’est lésé.

D’ailleurs, on est intègre à un point vous n’imaginez même pas ! Pas plus tard qu’hier, ma collègue m’appelle pour un remboursement. Le lait ne passait pas au bon prix. Après avoir été encaissé, les clients sont allés vérifier et en ont informé ma collège. Qui a été vérifié à son tour (pareil, toujours le besoin d’identifier le problème avant tout). Qui m’en informe ensuite pour que je puisse venir résoudre le tout. Le litre de lait était affiché à 64 centimes. Il est passé à 68 centimes. Ils avaient deux briques. Oui chères Termites, j’ai fait un remboursement pour 8 centimes. Ces gens ont choisi de perdre quinze minutes de leur vie pour 8 centimes. Putain mais à ce tarif-là, autant travailler dans une usine de jouets en Chine ! Bordel, tout ça pour 8 centimes ! Mais, à quel point votre vie est à chier pour que vous ressentiez le besoin si viscéral de perdre votre temps dans un lidl comme ça ? Non mais dîtes nous, on pourra peut-être faire quelque chose… Parce que là… J’avais presque envie de dire à ma collègue « vas-y laisse tomber file leur leurs 8 centimes, ça sera moins chiant d’avoir un trou de 8 centimes dans ta caisse que de se faire chier à faire les manips ». Ah bah oui parce que, pour rembourser la différence, moi, il faut que je rentre le montant en divers, puisqu’il n’est enregistré nulle part ! Les manipulations m’ont pris pas loin de 5 minutes, précédées des 5 minutes pendant lesquelles ma collègue a été voir de quoi il retournait, m’en a informé et a attendu que je sois disponible pour la manipulation, elles-mêmes précédées des 5 minutes où ils se sont interrogés et sont allés vérifier. Si ça, ça s’appelle pas une vie de merde… Mais bon, ils ont le droit. Alors pourquoi s’en priver ?

« C’est bizarre, mais je ne me souviens pas ce que j’ai ordonné de faire »

Cet article fait déjà 2889 mots et vous pensez qu’on touche au but ? Mais non mes bichons ! Car vous oubliez que nous sommes en août ! Et qui dit août, dit poésie, finesse, subtilité, dansons dans les pâquerettes… Nan j’déconne. Qui dit août dit aoûtiens dit putain j’veux rentrer chez moi je hais l’humanité sous toutes ses formes.

« Pour la prochaine fois, vous pourrez laisser les packs d’eau dans le caddie, nous n’en avons pas besoin.
_Ouai je sais mais on est costaud ! »

Vous m’en voyez ravie. Vraiment. Je suis heureuse de savoir que j’me nique le dos afin de compenser ta petite bite. C’est parce que tu peux pas péter le cul à ta copine que tu me pètes les couilles ?????!!!!!! (vous la sentez la patience réduite à néant ?)(Perdu ! C’était une question piège, vous ne pouvez pas la sentir. J’ai explosé une complète d’eau de source dessus après avoir pris bien soin de déposer un kéké à la gueule éclaté sous mon transpal avant.) Ça m’a rappelé le mec qui à la même période l’année dernière m’avait rembarrée d’un « ouai mais bon c’est juste pour vous quoi ». . Bande de connards de merde. (Gribouille vient de traverser la cuisine et sauter sur le canapé pour venir me ronronner dans l’oreille. Je dois émettre des ondes meurtrière jusqu’en Icelande. Remerciez cette boule d’amour d’être venue me calmer)

« Ah bah on a acheté suffisamment d’alcool pour… ce soir ! [rire gras devant un caddie à moitié plein de vin, l’autre moitié étant des chips]. »
« Je vous offre le ticket ! Vous êtes contente hein ! »
« C’est cadeau ! […] C’est cadeau […] C’est cadeau […] »

Alors, qu’on soit clair… Si j’ai pas ri, c’est pas que j’ai pas entendu, C’EST QUE C’EST PAS DRÔLE. Ça n’a d’ailleurs jamais été drôle. Au mieux, ça fait sourire. Mais quand t’es en train d’en chier à te tuer les yeux pour recopier un gen code qui fait 20 putain de chiffres, t’as vraiment pas besoin d’un gros lourd qui te répète la même vanne de merde 15 fois dans l’oreille. Ce que vous voyez pas, c’est les muscles de mes épaules qui se crispent de plus en plus parce que j’ai qu’une envie c’est te foutre ton quart de jambon dans la gueule parce que de un t’es pas drôle, et de deux, T’ES BEAUCOUP TROP PRÈS ! Sérieusement, le concept d’espace privé ça vous dit rien ?? Certains sont vraiment affreusement collés, genre, tu peux sentir leur haleine, et croyez moi, vous n’en avez aucune envie. Pire, Certains te TOUCHENT. Vous n’en savez rien pour la plupart car on ne se connaît que par écran interposé, mais j’ai horreur qu’on me touche. J’aime pas faire la bise, j’aime pas serrer des mains. Je déteste cette coutume française de la bise… Seuls mes amis ont le droit, et quelques rares élus finissent même par gagner le droit que ça soit moi qui demande à faire la bise (à partir de là c’est mort, je te colle aux basques pour toute ta vie, t’es sur ma liste de Very Important Person). Alors que des illustres inconnus se permettent de me poser une main sur l’épaule, c’est juste insupportable. J’oscille entre l’envie de vomir et l’envie de frapper. Et non, je n’exagère pas. (ceux qui me connaissent pourront témoigner) Et plus la journée passe, plus je suis fatiguée, moins je suis tolérante. Plus les gens sont pénibles / haïssables / cons, moins je supporte le moindre frôlement. Pour certains, le simple fait que le bout de leurs doigts effleurent ma main en me donnant la monnaie me donnent envie de me jeter dans la salle de repos laver mes mains… (j’ai opté pour la tactique inverse : laisser une couche de crasse salvatrice. Personne n’a envie de toucher une main couverte de lait caillé MOUHAHAHAHAHAHA) Le truc, c’est que les caisses à lidl ne sont vraiment pas bien foutues quand on est comme moi allergique à la proximité. Contrairement à beaucoup de grandes surfaces, les caissières ne sont pas cachées au milieu des bonbons. Les caisses sont faites des petits boxs dans lesquels on rentre. Lorsque le client s’installe pour remplir son caddie de ses achats, il est juste devant l’entrée du box. La plupart du temps, les portes du box ont fini arraché. Monsieur Lidl a pensé à tout, sauf au fait qu’il demande à ses caissiers de tout le temps courir et que donc, à force d’ouvrir et fermer une porte, elle finit arracher. C’est inévitable. Résultat, il n’est pas rare que des gamins rentrent dans les box. Ce qui est déjà désagréable parce que tu le vois pas et que le moindre faux geste revient à lui coller une patate dans la tête (bien fait). Le truc, c’est que certains adultes ne se gênent pas pour se caler là pour regarder l’autre ranger, ranger, ou attendre le dégel. Et ils ont beau être juste à l’entrée, je trouve ça insupportable. Je reconnais sans soucis que je fais parti des hypersensibles sur cette thématique. Mais bordel, c’est MON espace. Putain, quand t’es caissière, t’as plus de nom, plus de sentiment, plus d’heure pour manger, plus de dos à sauver de l’effort, plus de salle de repos digne de ce nom, plus d’empathie. Alors si en plus on vient squatter mon petit espace de travail (j’insiste sur le petit), bah moi je me sens juste piétinée. Genre, j’ai le même statut que le tabouret sous ma caisse. Alors je me mets à loucher sur le couvercle de mon caisson en fonte et je me demande s’il faudra que je passe l’auto-laveuse ou s’il faudra se contenter de la serpillère pour ramasser les morceaux de cervelle. En général, je ne passe pas à l’acte : l’auto-laveuse ne pourrait pas passer et la serpillère n’est vraiment pas conçu pour absorber les substances étranges.

La palme revient quand même au groupe d’aoûtiens d’hier… En entendant résonner dans le magasin un « À la claire fontaine j’ai sorti mon poireaux pour enculer Ginette », je me suis dit qu’on avait touché du lourd. Et comme j’ai beaucoup trop de chances dans la vie, en relevant la tête, j’ai pu constater qu’ils s’étaient installés à ma caisse. Florilège :

« Madame faut fouiller son sac elle a volé !
_Roh t’es con !
_Monique on t’a dit faut que t’arrête de chourrer ! [2 minutes] Hé madame faut fouiller ses poches, il a chourré !
_Mais chuteuh faut pas le dire !
_Rooooh !
_Non mais vous savez ça fait deux jours qu’elle a ses foufounnes elle est chiante [NB : tu pourras utiliser les expressions correctement merci, là on dirait que la dame a deux pubis depuis deux jours, auquel cas je peux comprendre que ça met de mauvaise humeur]
_Roooh t’es con ! [Je sais pas si c’est les règles mais le vocabulaire de madame semble limité jusque là]
_Y a des gens ils sont pas sortable ! C’est con c’est nos voisins !
_T’es con ! rooooh
_Me touche pas ! Tu veux pas que je te touche le soir, me touche pas la journée.
_Au plaisir de vous revoir !
_Je sais pas si elle pense pareil la dame ! »

Tuez moi. Je vous en supplie. On achève bien les chevaux alors ayez pitié et tuez moi !

Un wall of Death à vous…
PS : c’était le dernier dimanche aujourd’hui ! Je suis joie bonheur et volupté !

Les grands ensembles…

2h du matin, j’entends la voisine pleurer à travers le mur. Enfin, plutôt à travers le plafond si on veut être précis. Et à cette heure-là, on a rien de mieux à faire. Ca fait déjà 30 minutes que j’essaie de dormir. Mon esprit s’englue entre sommeil et conscience mais refuse de basculer complètement. Je ne sais pas si ce sont les pleurs de la voisine qui m’ont ramené cette fois, ou la fête de l’étage du dessous. On entend tout dans ces immeubles. Et la voisine, je l’entends drôlement bien. J’entends les gémissements, les sanglots, les reniflements. Elle est au téléphone, avec une amie sans doute. J’arrive même à entendre quelques bribes de conversation. Elle en a marre, elle peut pas faire ça, c’est au dessus de ses forces. On pleurer toujours pour les mêmes choses, qui que l’on soit finalement.

La douleur de la voisine semble couler du plafond et me dégouline sur le visage. A moins que ça ne soit mon cerveau qui ait raté un embranchement aux alentours d’1h45 du matin. Au moment où j’ai éteint la lumière, il est possible que je me sois trompée de chemin. Parce qu’au moment d’éteindre la lumière j’ai vu qu’il était 1h45, ce qui me laissait une heure quinze avant l’heure des monstres, possible que mon cerveau ait cramé devant l’information. Toujours est-il que je sens la souffrance de la voisine partout dans la pièce. C’est un peu comme quand tu vois quelqu’un pleurer dans la rue et que tu te demandes si tu dois faire semblant de n’avoir rien vu ou s’il faut aller lui demander ce qui se passe, ou ne serait-ce que lui offrir un mouchoir comme pour dire « je t’ai vu ». Je ne sais pas si je dois faire comme si de rien n’était, ou si la voisine aimerait que quelqu’un frappe avec une tablette de chocolat. Et merde, elle est au téléphone avec une amie, je ne la connais pas, et mes propres amis m’ont déjà joué cette foutue mélopée téléphonique. Juste pas qu’à 2h du mat c’est généralement moi à l’autre bout du téléphone, si tant est que je sois encore capable de former des phrases cohérentes.

J’entends la voisine pleurer et ça me rappelle que je ne peux pas. Le passé n’est jamais vraiment passé. En flash, mon cerveau reconvoque l’Enfer. Mon corps ne voit simplement plus l’intérêt de pleurer, il n’y trouve plus aucun soulagement. Il sait qu’il y a mieux, plus fort, plus efficace. Alors pour ne pas braver l’interdit imposé depuis, il compense. Il s’assèche, se déshydrate, jusqu’à ce que mes yeux brûlent. La douleur est lancinante et le répit inaccessible. Il accumule ainsi des mois de larmes non-avouées qu’il lâchera au moment opportun. Le tsunami pourra alors librement me déchirer le cerveau. Quatre mois de larmes en dix minutes top chrono. Tel est le nouveau contrat choisi par mon organisme dans l’espoir de retrouver ces sensations d’antan. Mais là que j’entends la voisine pleurer depuis tout à l’heure, je me fais l’effet d’un junkie devant l’armoire à pharmacie de sa grand-mère : putain pourquoi pas moi ? Pourquoi je ne peux pas ? Et plus la voisine pleure et plus cette vérité me cloue le cerveau aux paupières : je n’appartiens plus à ce monde, et malgré tous mes efforts je ne rachèterai pas les erreurs passées. Il n’y a pas de retour en arrière possible.

Il est 2h30 du matin maintenant, et j’aimerais vraiment que la voisine arrête de pleurer. Il ne me reste qu’une demi-heure… A chaque sanglot, elle interrompt le film intérieur que j’essaie de me raconter pour m’endormir. Ils disent qu’il faut écouter son corps, se concentrer sur sa respiration… Mais je ne peux pas faire ça. Si je m’y risque, j’entends ce putain de sifflement dans le mur, qui rendrait dingue le mieux dosé des anti-psychotiques, j’entends les bruits de l’immeuble, les bruits de la rue, j’entends mes veines qui craquent et mes os qui bouent, ou le contraire, ou les deux en même temps, je suis une bouillie de sons non différenciés. J’entends les rires, les yeux qui s’ouvrent tranquillement le long des murs, les fissures qui grossissent autour du lit. Non vraiment, j’ai besoin de mes films intérieurs, j’ai besoin de ces histoires complètes, fragments de bonheur et d’unité. Je ne peux pas faire autrement. J’aimerais qu’elle arrête de pleurer parce que moi je ne peux pas, parce que je ne peux rien faire pour elle, parce qu’il faut que je dorme…

Quand enfin elle s’arrête, il est 2h45. Un silence pesant remplit l’appartement. Comme après la déflagration d’une bombe. Un silence où chacun compte ses morts, ses blessés. Je finirai par m’endormir dans les 10 minutes qui suivent. Je ne sais pas comment la voisine a fini sa nuit. Le lendemain matin, je l’entendais rire avec des amis. Sans doute a-t-elle vidé ce qu’elle avait à vider. Que chacun reprenne le cours de sa vie, seul le hasard et une isolation phonique inexistante nous auront fait partagé ce moment de souffrance commun.

Le JT et moi

In This Moment : Natural born sinner

« Vous êtes la génération qui peut regarder des gens mourir en direct au 20h et continuer de manger. »

Et quoi ? Sommes-nous responsable ? Devons-nous accepter ? Et pourquoi ? Être né au mauvais siècle ? Comme si ça rendait les choses plus faciles, on nous bassine à longueur d’onde que nous avons grandi sous influence télévisuelle. Ce serait notre faute. Qui pour rappeler que la génération précédente a inventé le medium incriminé ? Qui pour rappeler que la génération précédente décide ce qu’on y diffuse ? A qui la faute alors au final ? Quand un humain gave l’autre jusqu’à la nausée, peut-on vraiment prétendre que les débordements étaient si imprévisibles ?

Alors les bombes sautent. Et personne ne zappe. Nabilla poignarde son compagnon et ma grand-mère m’accuse d’avoir fait de cette femme ce qu’elle est. Elle ne zappe pas pour autant. L’image choisit. L’inondation se poursuit, l’invasion continue. L’image nous rampe dans le cerveau. Jusqu’à ce que même sans télé on les connaisse sur le bout des doigts. Même avec toute la bonne volonté du monde, impossible d’y échapper. Je connaîtrai le visage de l’homme poignardé, j’aurai vu la synagogue et le corps du rabbin explosé. J’ai voulu zappé et j’ai essayé. Suis-je responsable à la fin ? Peut-on m’inclure dans la part d’audience quand je consomme autant de programmes par inadvertance que je n’avale de cigarettes en fréquentant les fumeurs ?

Je connais les grilles et les contenus sans même avoir à payer la redevance. Internet, média libre ? Mon cul. Premier relais de la télévision. Cracher dans la soupe pour mieux la servir. Je n’y arrive plus. Avoir accès à toute l’actualité du monde à n’importe quel moment. Ne pas savoir est criminel. Savoir est dangereux pour la santé mentale. Et quand bien même… ce n’est pas comme si les destins humains étaient innombrables. L’horreur se multiplie et se subdivise pour mieux se ressembler. Un jeu des 7 différences à l’échelle mondiale, imprimé sur ton paquet de céréales pour que tu trouves la sortie du labyrinthe à peine le café avalé. Voir les morts en direct et continuer à manger. C’est ce qu’on fait non ?

J’étais là en direct aux attentats de Boston. J’étais là en direct quand ils ont ramassé les corps à Jerusalem. J’étais là tout le temps. J’étais là quand la femme dans le métro s’est mise à pleurer. J’étais là quand un homme à frapper une jeune fille parce qu’elle était basanée. J’ai écouté les histoires. Les amies violées, les femmes battues, l’argent qui fait défaut au point d’arrêter d’exister, la solitude, la violence au travail, la discrimination. J’ai tout entendu. Mon cerveau déborde autant d’images que d’histoires et je ne sais plus quoi en faire. Je ne comprends plus rien.

On me dit on me répète que ce monde est le mien. Que ma génération mange en regardant mourir sans rien faire. Mais je n’ai pas tué. Je ne sais pas pourquoi tout le monde s’intéresse à Nabilla. Je ne comprends pas pourquoi les morts à Jérusalem. Je n’arrive plus à calmer mes amies en larme parce que la société leur répète qu’elles sont responsables. Les mots n’ont plus de poids, plus de sens. Je voudrais vomir, je voudrais crier. Mais ça changerait quoi ? Mes colocataires parlent d’une révolution mais je n’y crois plus depuis longtemps. Le monde est englué, les dés pipés depuis le début. Le monstre s’auto-suffit et le serpent se mord la queue.

Je ne comprends plus. Le fossé entre ce que je crois juste et ce qui est s’agrandit. Les paradoxes grossissent sans qu’on puisse les stopper. Les gros titres multiplient les constats d’une évidence à toute épreuve : saviez-vous que la majorité de la population est complexée ? On vous explique que c’est mal. Et on vous explique comment maigrir, avoir une meilleure peau, être mieux dans sa peau, accepter son boulot. Allez y cherchez encore. Le désespoir fait vendre. Alors pourquoi montrerait-on autre chose que les morts à la télé ?

Putain je comprends pas. Le monde va dans le mur. Comment peut-on croire que rendre les gens désespérés pour leur faire bouffer macdo n’est pas qu’une solution à court terme ? Comment peut-on encore être surpris ? Je ne comprends pas ce monde qui est sensé être le mien. Je suis dégoûtée et lasse. L’envie de jeter l’éponge maintenant. Parce qu’à quoi bon ? Une autre pub me rappellera combien je suis tordue pour mieux me vendre leur remède miracle, un autre reportage me dira les morts à l’autre bout du monde pour lesquels on m’accusera, un autre coup de téléphone me rappellera la détresse, un autre métro amènera son lot d’horreur… A quoi bon ? On ne peut jamais éteindre la télé, et on ne peut pas se priver de nourriture dans l’espoir de se racheter une conscience.

Alors maintenant ? Je suis sensée faire quoi ? Que peut faire ma génération pour racheter tous les maux dont celle d’avant l’accuse alors qu’elle nous a lié les mains et plombé les pieds avant de nous jeter dans le grand bain ?