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Les éclats dans le miroir

Dolores O’Riordan – October

Je ne sais pas. Moi tu sais on m’a habituée à ce que le monde soit noir. Une ombre. J’ai appris à n’être jamais plus qu’une ombre. À ne jamais rien attendre ni espérer ni vouloir. Juste accepter.

            Et pourtant… 

            Pourtant il y au milieu de l’ombre quelque chose qui s’use et fatigue. Il y a quelque chose qui s’étire tellement que sa nature même se trouble. Quelque chose qui meurt à petit feu sans même rendre compte. Quelque chose qui s’efface et s’étire et disparaît. Jusqu’à devenir transparent.
Des fois c’est ça. C’est tout moi. Une ombre transparente. Si transparente que même moi je ne me vois plus. Il n’y a plus rien derrière ni autour. Ombre transparente et translucide. Tellement que quand je me regarde dans le miroir, je suis incapable de me voir moi-même. Je ne vois plus que des éclats. Des envies que je ne me rappelle pas avoir formulées mais qui sont bien là. Et je leur cours après de toutes mes forces. Je voudrais déjà y être. Je voudrais les avoir déjà toutes remplies. Et puis finalement non, je recule, retiens le moment où elles se réaliseront. Parce qu’alors restera le doute immonde : et maintenant quoi ? Que faire une fois les envies remplies comblées satisfaites ? C’est quoi l’étape après ? Et puisque je ne me suis pas posé la question de ces envies, comment pourrais-je savoir ce qui vient après ? Je ne veux pas après. Alors là dans le miroir, devant ce visage de femme que je ne reconnais pas, je constate simplement les éclats d’envies que je n’ai jamais voulus, et qui sont pourtant les miens maintenant.
Dans le miroir, je ne vois plus que des éclats. Des pensées autres qui ne m’appartiennent pas, qui sont arrivées là je ne sais pas comment. Ces choses que je dis et pense et crois pourquoi ? Je ne suis pas sûre. Pourtant, il faudrait accepter de penser par ailleurs, il faudrait accepter l’insupportable manipulation. À quel moment m’a-t-on mis ces idées dans la tête ? Et pourquoi n’ai-je pas résisté plus ? Est-ce que je crois vraiment qu’il faut que je perde dix kilos, que la voisine est vraiment laide depuis qu’elle ne s’épile plus et que son copain est ridicule à mettre du vernis ? Dans le fond pourquoi ? Je me sens bien avec ces dix kilos. La voisine fait bien ce qu’elle veut de ses poils et son copain de ses ongles. Qu’est-ce que ça peut me faire ?
Dans le miroir, je ne vois que des éclats. De toutes les femmes que j’ai croisées connues considérées. Je compare. Je mesure. Je regarde à quel point certaines sont meilleures et de loin. À quel point je suis tellement loin derrière elles. À quel point il y aurait tant à changer dans cette vieille carcasse. Ont-elles fait de meilleurs choix que les miens ? Et lesquels ? Est-ce qu’elles avaient envie des mêmes choses que moi ? Envie vraiment ? Si bien qu’elles ont fini par l’avoir pour de vrai, alors que moi je suis toujours là, à chercher dans un miroir de salle de bain mal aménagée les traces de l’ombre translucide que je suis. Parce qu’elles, elles étaient vraies. Alors elles ont eu une vraie vie. Tandis que moi j’existe de moins en moins. Et puis il y a aussi toutes les autres. Je vérifie régulièrement à quel point je suis meilleure qu’elles. Parce que j’ai ma propre salle de bain avec son miroir au-dessus. Parce que ma peau est parfaite sous mon maquillage idéalement posé. Parce que mes vêtements sont toujours parfaitement en accord avec la tendance. Parce que j’ai toujours lu les livres qu’il fallait, vu les films qu’il fallait. Je dis toujours la bonne chose au bon moment. Jamais chez moi rien ne dépasse.

Parce que je suis transparente.

 Pourtant il y a quelque chose au milieu de l’ombre qui résiste. Qui refuse de se laisser coincer entre quatre murs. Quelque chose qui se cabre. Un épi, un poil incarné, un ongle cassé. Une remarque déplacée, un goût non attendu, une envie non validée. Quelque chose résiste encore et toujours. Comme un grondement venu de loin. Le bruit des vagues, loin très loin, au milieu de l’océan, et qui pourtant gronde dans l’estomac, juste sous la peau. Il suffirait d’y plonger les mains pour jouer avec l’écume du grondement. C’est là, c’est bien là. Derrière toutes les envies préconçues et les pensées prévues à l’avance, il y a l’océan qui gronde et appelle. Et le corps sait. La mémoire de l’océan se diffuse ici dans tous les éclats du miroir.
Quelque chose résiste. Dans l’ombre du miroir, quelque chose refuse la transparence. Quelque chose reste sombre, noir comme seul peut l’être le monde. Je sais que c’est là, derrière. Derrière la transparence translucide de l’ombre que je suis devenue, il y a la noirceur elle-même. La mienne. Celle de l’océan. Le grondement profond, déchaîné. Il y a dans le miroir, un bruit sourd qui se répand. Je le guette du coin de l’œil. Je lui souris. L’ombre dans l’ombre. Rester patiente, l’attendre. Sentir la vibration. Ne pas bouger pour ne pas perturber l’écosystème. Ne pas briser la délicate fracture sur le miroir. Simplement la suivre, jusqu’au bout. Trouver la sortie. Attendre qu’elle brise le miroir d’elle-même. Et s’incruster dans la faille après coup.

 Parce que je suis transparente.
Parce que je ne suis pas trop sûre de comprendre ce que je cherche dans le miroir.
Parce que je ne sais pas ce qui se cache derrière la couche de vide.
Parce que si je ne reconnais pas la femme dans le miroir, comment saurai-je quand je tomberai enfin sur mon visage ?

Pourtant il y a quelque chose au milieu de l’ombre qui grandit. La vague grandit. Le son grossit. L’écho devient persistant. La mélodie se dessine. Et je souris. Parce que là dans le miroir, alors que la fissure grossit, que le vernis s’écaille, je me dis peut-être qu’il y a une porte de sortie, qu’il y a une solution. Alors même que je ne connais pas le problème, je me dis que peut-être une solution existe.
Et tu vois, ça déjà, ça me demande un effort monstrueux. Me dire qu’il y a peut-être un autre monde de possible. Qu’il y a peut-être autre chose que juste la comparaison éternelle, la notation intériorisée, et ce vide qui me remplit toujours un peu plus alors que j’essaie de comprendre comment tout ça a pu atterrir dans mon miroir. C’est un effort monstrueux parce qu’il faut croire dans un autre chose avant même d’avoir bien compris ce qu’était cette chose-ci. Et putain ça fait peur et j’ai trop peur.
J’ai peur des éclats dans le miroir et de cette femme que je ne reconnais pas mais qui sait déjà tout. Les chemins bien tracés ont ça de confortable qu’il n’y a plus besoin d’y penser. Moi j’ai peur. Je ne sais pas ce que je veux. Je ne suis qu’une ombre et je ne sais ni ce que je veux ni ce que je vaux. Je suis là et c’est déjà tout ce que je peux faire. Je ne peux pas plus. Mais ici, ça fait mal, ça ne suffit pas. Il faut bouger. Mais si je bouge, ce sera à moi de décider quel chemin prendre, à moi de dessiner le chemin en question. Putain j’ai trop peur.
Ça demande un effort monstrueux parce qu’il faut croire que les choses peuvent aller mieux quand tu as l’impression que ça fait tellement longtemps qu’elles vont mal que ça en est naturel maintenant. Et toi tu es qui pour changer la nature ? Petite chose fragile incapable de faire face à un miroir sans pleurer. Tu te cherches des excuses comme ça tout le temps. Incapable d’accepter ce que tu as, incapable de suivre leur chemin, et pourtant incapable de changer de destination. Comment tu veux atteindre l’océan quand tu te noies dans un verre d’eau ?  

Parce que j’ai peur putain.
J’ai peur d’être seule. J’ai peur que personne ne me suive dans ce monde-là. Parce qui pourrait bien être assez fou pour me suivre ? Parce que pourquoi qui que ce soit me suivrait moi ? Moi je ne suis rien. Juste une ombre translucide et transparente. Je ne reconnais pas la femme dans le miroir, je ne fais plus la différence entre son ombre et celle du monde autour d’elle. Et quand je regarde dans le miroir, quand je pense à toutes les autres, je ne peux que constater : qu’est-ce que j’ai de plus ? Pire : qu’est-ce que j’ai ? Qu’est-ce qui m’appartient vraiment au milieu du miroir fissuré ? Est-ce qu’une ombre possède le corps qui la dégage ? Ou bien est-ce l’inverse.
Putain j’ai peur.
J’ai peur que si j’arrive un jour dans ce monde, il n’y ait personne d’autre. Parce que tout le monde aura eu peur. Ou parce que tout le monde aura changé d’avis. Tout le monde aura laissé tomber et j’aurais été la seule à ne pas suivre le mouvement. Ombre toujours en retard, toujours en décalage, j’aurais continué, entêtée, sur une route qui ne menait qu’à des champs vides, des forêts où les arbres qui tombent ne font aucun bruit et des mers d’huile. Je me serais battue pour atteindre ce monde, et une fois là-bas, il n’y aurait personne d’autre. Stupide idiote à toujours se croire meilleure que tout le monde pour au final ne rien changer. L’impasse dans tous les cas. La solitude dans tous les autres.
J’ai peur putain.
Parce que peut-être que ce monde n’existe même pas. Peut-être qu’on n’y arrivera jamais. Que c’est pas possible et qu’il faut accepter. Accepter d’être du mauvais côté de la ligne des discriminations, quelles qu’elles soient, et faire avec. Ou sans. Tout dépend comment on voit la chose.

 Sauf que moi je ne vois plus rien. Je ne vois plus rien d’autre que ma peur et l’océan qui bouillonne à grosses gouttes dans le fond de l’ombre et je ne sais pas quoi faire.  J’ai peur de changer parce que je risque de perdre le peu que j’ai, de plus jamais réussir à m’intégrer vraiment, de ne plus avoir de place nulle part parce qu’une fois que j’aurais craché sur le système, il me le fera payer.. J’ai peur de ne pas changer parce que je ne peux plus rester comme ça, dans cet état, à demi léthargique, complètement angoissée, maladivement vide… et transparente, remplie uniquement de ces choses qui ne m’appartiennent pas et me déforment de l’intérieur.

Il y a quelque chose dans l’ombre qui gronde.
Ma solitude toute entière.
La solitude de toutes les autres comme moi.
De tous les autres comme moi.
Et la souffrance à l’unisson de tous celleux qu’on a forcés au silence.
Quelque chose gronde.
Je commence seulement à réaliser que je fais partie du grondement, que je fais partie de celleux qui ont fissuré le miroir.
Et ça me fait peur.

La tirade de l’ombre [extrait NaNoWriMo 2017]

Igorrr – ieuD

 

La nuit j’ai peur mais faut pas le dire. Pas le montrer. Marche ou crève. Le long des rues l’inconnue se défile en silence. J’hésite. Quelque part à hurler. Auto-persuasion. Je n’ai pas peur je n’ai pas peur. Je marche exprès dans les rues non éclairées pour apprendre. À être plus forte et plus grande, à disparaître plus vite au besoin. Je m’habitue. Je suis une ombre. Je glisse je flotte, je n’existe pas. Je disparais déjà dans une rue. Je calcule. Je fais le gros dos. Je suis la chose la plus terrifiante de ces bois. Je le répète à l’infini. Les clés entre les doigts je suis la chose la plus terrifiante de ces bois.

            La nuit j’ai peur mais faut pas le dire. Plus solide encore. Hésiter, croiser les regards, y plonger, s’imposer. Fuir les regards, détourner la tête et le chemin. Itinéraire bis, dévié, falsifié. Recommencer. Trouver le chemin le plus court et changer d’avis car la nuit est claire, la lune est haute et dans un cliché parfait les étoiles brillent de mille feux, moi aussi. Être plus grande encore. Plus forte encore. Là dans les rues non éclairées. Marcher en claquant des talons, marcher sur la pointe des pieds. Glisser disparaître. Se fondre. Encore. Camouflage parfait. Encore. Les clés entre les doigts je suis la chose la plus terrifiante de ces bois.

            La nuit j’ai peur mais faut pas le dire. Je change de chemins souvent. Je compare. Je rallonge et raccourcis au besoin. Le poids du sac, arme ou boulet. La peur au ventre les ombres se tordent sur mon passage. Monstre réel ou cauchemar les yeux ouverts. Ce n’est pas moi qui ai voulu tout ça. Pourtant je suis là je continue. Sors pas de chez toi je me dis des fois. Mais je sors quand même et je joue à me faire croire que j’ai pas peur. Je passe exprès par les rues sombres pour m’épaissir la peau et la conscience. Les clés entre les doigts je suis la chose la plus effrayante de ces bois. En vrai je ne veux pas rentrer chez moi. Pas maintenant. La nuit est longue, la lune est loin, la route est longue. Encore un peu, encore un instant. Encore un court, un très court instant avant que la rue ne me rappelle à l’ordre. Avant qu’elle ne clame mon nom un effort dans l’obscurité autrefois rassurante. Salope. Je sais comment je m’appelle la nuit.

            La nuit j’ai peur mais faut pas le dire. J’évalue en silence les ombres que je croise. Ennemie ou amie. Ombre dis moi qui tu es je saurai où me cacher. Ombre dis moi si tu vis dans la même rue que moi. Ombre dis moi si l’on peut se croiser sans encombre ou si je dois me préparer aux éclats. Ombre dis moi Salope si tu portes le même nom que moi. Ombre dis moi si tu es de ceux qui hurlent mon nom Salope à la grandeur des lampadaires. Ombre dis moi de quel camp tu es que je puisse choisir le miens. Ombre dis moi si tu nous pouvons marcher ensemble, si nous pouvons marcher encore, si toi et moi nous avons une chance de survivre à la nuit. Ombre s’il te plaît sois de ceux qui peuvent marcher avec moi. Ombre s’il te plaît ne dis pas mon nom Salope, et je ne dirai pas le tiens Salope. Ombre s’il te plaît laisse moi marcher avec toi. Ombre s’il te plaît ayons peur ensemble, qu’enfin je puisse montrer l’angoisse latente à quelqu’un, qu’enfin je puisse avouer les yeux dans les yeux la chair de poule et les mains qui tremblent, les ombres menaçantes et les clés entre les doigts même quand je ne suis pas si terrifiante au milieu des bois. Ombre je ne veux pas dire ton nom Salope, et si tu veux je regarderai ta peur dans les yeux, la reconnaîtrai comme mienne et promis je ne fuirai pas, je te montrerai comment les clés entre les doigts nous pouvons être la chose la plus terrifiante de ces bois. Ombre s’il te plaît ne sois pas de ceux qui hurlent mon nom Salope comme une invocation, ne me maudis pas au milieu de la nuit quand je ne suis plus si terrifiante que ça. Ombre s’il te plaît laisse moi rentrer chez moi quand j’en aurai assez de la nuit, pas avant, ne m’oblige pas à rentrer juste parce qu’encore une fois tu as crié mon nom Salope comme s’il t’appartenait. Ombre ne fais pas de moi ces créatures qu’on invoque en prononçant leur nom Salope au milieu des nuits où la lune est haute et les étoiles brillantes de mille clichés.

            La nuit j’ai peur mais faut pas le dire. Car sinon la nuit ne viendra plus jamais pour moi. Je serai condamnée à vivre le jour. Et bientôt alors la nuit avalera le jour et il n’y aura plus non plus de jour pour moi. Il n’y aura plus rien à l’extérieur de mes quatre murs. Je ne serai plus qu’une ombre traquée, coincée entre ces quatre murs et une porte que plus jamais je n’ouvrirai. Et qui alors me raconteras l’odeur de la lune et des étoiles ? Et quelle longévité pour une ombre qui ne peut même plus voir la lumière du jour ?

            La nuit j’ai peur mais faut pas le dire. Alors je m’entraîne et m’épaissis la peau. Je gratte encore à l’intérieur l’angoisse et l’inexactitude. Je vais me tordre le corps et serai monstrueuse. Clés entre les doigts ou pas, je serai la chose la plus terrifiante de ces bois. Plus jamais personne ne dira mon nom Salope de peur de me voir apparaître. La bave aux lèvres et le sang aux dents je serai bien plus qu’une ombre. Je serai l’Ombre elle-même. À mon tour je ramperai derrière les lampadaires, arpenterai les rues à mon plaisir et chasserai de mon territoire tous ceux qui refuseront de plier le genou devant moi. Je grincerai des dents et craquerai mes phalanges. Je n’aurai plus mes clés entre les doigts car partout ce sera chez moi car le monde m’appartiendra. Plus jamais alors je ne ferai le moindre effort pour partager. Je traquerai à mon tour les ombres la nuit. Ces petites ombres inconnues qui fuient dans les ruelles, loin de moi, croyant m’éviter, croyant échapper ainsi à mon regard et mes dents. Je serai prédateur et je compte bien dévorer toutes les ombres qui auront le malheur de croiser ma route.

            Sauf que la nuit j’ai peur et il ne faut pas le dire. Ombre s’il te plaît, tant que nous sommes dans le même camp, dans la même équipe, et potentiellement dans la même rue, il faut que tu me dises mon nom. Celui qu’enfin je pourrai utiliser en rentrant chez moi. Celui qu’enfin je pourrai porter sans crainte et sans rancune. Ombre s’il te plaît, dis moi par où passer pour ne plus être en colère et ne plus avoir peur. Je ne sors plus par envie, uniquement par revanche, pour prouver au monde à quel point ma peau est épaisse. Je prends les rues non éclairées pour prouver encore une fois que ma peau est dure comme la pierre. Ombre s’il te plaît dis moi que tu sais comment ne plus avoir peur. Ombre s’il te plaît dis moi que toi aussi. Toi aussi la colère et la peur. Toi aussi tu as perdu ton nom aux invocations des prédateurs Salope. Toi aussi tu ne passes par les rues non éclairées que pour te prouver que tu peux encore le faire. Toi aussi quand tu ne le fais pas tu as l’impression d’abandonner, de déclarer forfait, de perdre un bout de la nuit. Toi aussi tu estimes et projettes et calcules et dévies et raccourcis et rallonges le chemin au besoin. Toi aussi les clés entre les doigts tu es la chose la plus terrifiante de ces bois.

           

            S’il te plaît, dis moi tout ça.

            Dis moi que toi aussi. Que je ne suis pas seule.

            Dis moi que toi aussi la nuit tu as peur même s’il ne faut pas le dire.

            Dis moi je t’en prie que nous puissions avoir peur ensemble

            Pour enfin ne plus avoir peur du tout

            Dis moi la rancune et la colère

            Dis moi qu’ensemble nous pourrons un jour passer d’ombre à prédateur nous aussi

            Dis moi que rien n’est écrit et que nous pouvons encore

            La bave aux lèvres et le sang entre les dents

            Etre aussi terrifiante que le monde puisse être

            Dis moi que toi aussi tu aurais voulu qu’il y ait une autre voie que celle-ci

            Celle de la peur et de la colère

            De la rancune et de la vengeance

            Dis moi que toi aussi tu voulais croire à autre chose

            Mais que tu es fatiguée

            Aussi fatiguée que moi

            Et qu’il est temps enfin

            Que toi et moi nous ayons un nom

            Un autre nom

            Un vrai nom

 

            Salope…

            Toi et moi jusqu’au bout de la nuit, nous ne sommes que des ombres loin de chez elles, et aussi terrifiantes que nous puissions être, nous ne serons jamais rien d’autres ici bas…