Posts Tagged: Les aiguilles en moins

Engluer.

X-RX – Blood on the dancefloor

Sirène silence
pas de réponse
Loin quelque part par là
Une boîte
Ça revient toujours à une boîte
Une boite à boîte
Un stock de boîtes

Sirène silence
pas de réponse.
Repère et griffonnage,
en périphérie de la conscience.
Voiture qui passe
Voiture qui laisse une boîte
Parking et périphérie
Définitivement.

Sirène silence
pas de réponse.
Gratte gratte gratte
Fuir le tictac
Fuir le surplace de l’aiguille.
Tôt ou tard
là en périphérie
coincé au milieu des boîtes
l’immobilité gagne.

Sirène silence
pas de réponse.
Derrière la vitre
une voix deux voix
téléphone et mail
contre slash et arobase.
Derrière la vitre
on gère le parking à boite.

Sirène silence
pas de réponse.
Connexion impossible
Signalement immédiat
Télécommande et boîte de clés
Et toujours en décalage.

Sirène silence
pas de réponse.
Registre absent
signature instable
colonne ligne abstraction procédure
Coups sur la vitre
Doigt dans le vide
Erreur dans la procédure
Encore.

Sirène silence
pas de réponse.
Quand même un sourire des fois
dissimuler un soupir souvent
Température monte
Larme intégrante
Pendule récalcitrante.

Sirène silence
pas de réponse
pas de réponse
silence
silence
sirène
En boucle au milieu du vide
en périphérie des boîtes

4h26 At last we meet again

Il faudrait te raconter, encore et encore. Et moi je joue les équilibristes.
Voir le vide dévaler ta conscience.
Voir le vide avaler la mienne.
Quand il n’y a rien à dire mais qu’il faut le dire quand même, combien de soupirs pour paraître sincères ?

La nuit j’entends les plantes carnivores grandir
Dis moi pourquoi les gens ont peur du noir quand les monstres sont cachés dans le silence ?

Le poids est insoutenable et me dévisse l’épaule
Mes bras sont perdus, mes jambes ne réagissent pas, mes paupières n’obéissent plus.
Le poids de plus en plus. Les minutes défilent mais moi pas.
Le temps s’amenuise et moi avec.
Les minutes s’égrainent et moi avec.
Je me dilue à chaque seconde, toujours le sourire aux lèvres.
Souris putain saloperie.

Encore l’équilibre à trouver.
Entre les mots et les silences
Entre le déni et la conscience
Entre l’un et l’autre
Et encore il faudrait te raconter
Ce n’est plus l’histoire qui t’importe
Simplement que je sois là pour raconter.
Je n’écoute plus les mots qui sortent de ma bouche depuis longtemps.
Ce ne sont plus les miens quand je raconte à la commande.

La nuit j’entends les plantes carnivores grandir.
Souris saloperie souris

Et pourtant je raconte encore.
Parce qu’il te faut une histoire
Il te faut quelqu’un pour te raconter
Surtout
C’est ça l’importance
Quelqu’un pour prononcer les mots
Quelqu’un pour te les dire

Et pourtant je raconte encore.
Mon existence en corrélation au nombre de mots proférés
Ma grammaire un peu plus abîmée à chaque bosse
J’ai laissé tomber les cutters pour m’amocher directement la syntaxe.
Pas de corps symbolique qu’ils ont dit
Ils se sont trompés
Il n’y a plus de corps qui soit mien depuis longtemps.
Les mots c’est une question de vie ou de mort.
Dernier recours
Dernier fil auquel se tenir

La nuit j’entends grandir les plantes carnivores
Dis moi pourquoi les gens ont peur du noir ?

Je raconte encore
Nos histoires se croisent
se heurtent
se combinent
se meurtrissent
se fissurent
et se mélangent.
Trop de reflets qui n’ont plus de point de départ
D’échos déformés par l’espace temps.

Je raconte encore
Mais je ne sais plus pour qui.
Qui de toi ou de moi en a le plus besoin ?

Je raconte encore
parce que je ne sais rien faire d’autre

Je raconte encore
j’entretiens ma propre illusion
ma propre machination

Je raconte encore
et mêle ton fil au mien

Je raconte encore
quand c’est tout ce qui reste
même sans affinité

Je raconte encore
pour te sortir de ma carcasse
toi et tous les autres
parce qu’il n’y a plus ni corps ni mots qui m’appartiennent
je raconte encore

Je raconte encore et toujours
jusqu’à l’épuisement
jusqu’au point final

Je raconte encore
parce qu’un jour c’est tout ce qu’il restera
parce que peut-être déjà c’est tout ce qu’il reste

Le seul problème
c’est que même si tu n’écoutes que d’une oreille pour vérifier que quelqu’un raconte
je ne sais plus quoi te raconter.
Et je ne trouve plus d’histoire à laquelle me raccrocher.
Plus aucune de mes comptines
n’a le moindre effet sur ma conscience vrillée.

La nuit les plantes carnivores grandissent.
Qu’on les entende ou pas. 
Mais souris saloperie, souris. 

Vis là comme Sisyphe

Aesthetic Perfection – All beauty destroyed

Le problème quand on est un pépin, c’est que forcément, on n’a pas de main. On n’est pas équipé pour s’accrocher. C’est con à dire, tellement. C’est le genre d’effroyable évidence qui troue la conscience quand on se décide à ouvrir les yeux. Le genre d’évidence tellement évidente que les yeux ne tombent jamais dessus. Alors forcément, on se trompe de problème. Les pépins en premier.

Parce que du coup, le petit Pépin de raisin sec, quand il gravit la colline, il retombe. À chaque fois. il grimpe et grimpe. Il se force, il force son corps de pépin à prendre de l’élan pour gravir toutes les épreuves qui s’opposent à lui. Ça lui demande beaucoup d’efforts au pépin. Normalement, on n’est pas sensé avoir à tordre son corps comme ça pour qu’il avance. Mais le pépin si. Parce que c’était un pépin, donc pas de jambes, pas de mains. Juste son corps même pas rond, ovale, à faire rouler comme ça en haut de toutes les collines et le long de tous les précipices du monde. Alors forcément c’est pas très précis. Forcément le pas de côté finit toujours par arriver. On n’a pas de frein quand on est un pépin. Alors on a le choix : soit on s’épuise sur la route et on retombe mollement dans le vallon, si on a de la chance que ça soit juste un vallon et pas un abîme placé là par un architecte bourré, soit on arrive en haut mais pris dans l’élan, on retombe de l’autre côté, et à nouveau la dégringolade les yeux fermés en priant pour que de l’autre côté ça soit un vallon et pas un putain d’abîme. Parce que c’est fou comme il y a d’abîmes dans ce monde quand on n’a pas de bras pour se raccrocher au bord, pas de jambe pour freiner la chute.

If you don’t stop scratching
scars re-open.

Alors tu vois, le Pépin, c’est un peu un Sisyphe des temps modernes caché dans un bout d’écorce à venir. Sauf que le Pépin, il est pas bien sûr d’à qui il peut reprocher sa nature de pépin. Sisyphe au moins, il savait pourquoi, il savait qui maudire jusqu’à la fin de l’éternité ou de celle d’après. Le Pépin pas vraiment. Y a bien des noms qui lui traversent le cerveau, mais dans le fond, il arrive jamais vraiment complètement à se convaincre. Parce qu’après tout, il avait qu’à choisir d’être autre chose qu’un pépin non ? Il avait qu’à trouver le moyen d’être autre chose qu’un pépin et merde, fin du problème. Si être un pépin était la cause du problème, alors il suffirait de ne plus être un pépin pour le résoudre.

Easy as fucking ABC.

There’s no
nothing’s left to see

once all beauty’s destroyed

Pour ça que le Pépin continue de rouler de colline en vallon. Le Pépin continue de tanguer entre les précipices. Le Pépin continue de se balancer entre l’idée de tout arrêter et l’envie de continuer. Alors bon, il se dit qu’il va essayer encore un peu et qu’il verra bien après. Sisyphe encore. Parce qu’après quoi ? Après cette éternité ou celle d’encore après ? Parce que tout lui paraît une éternité au Pépin. Tout lui paraît montagne aux neiges éternelles ou abîmes sans fin ni fond. Alors il veut bien continuer encore un peu jusqu’à voir ce qui viendra après… mais après quoi ?

Il roule il roule le Pépin. Il balance son corps, prend son élan, attrape le vent, jette son corps sur les rochers et les cailloux, sur les arbres et les branchages. Il s’en fout d’avoir mal. Il veut juste l’atteindre ce sommet où paraît-il le soleil brille et réchauffe les corps et les âmes. Il a pas l’impression d’en demander trop. Juste un tout petit bout de terre, un tout petit bout de soleil. Et juste sentir qu’il y a droit qu’il peut rester là. Parce qu’il a rien fait de mal, à personne, juste il veut son coin de soleil. On lui a tellement dit que c’était bien le soleil, de sentir qu’il faisait chaud, de se sentir comme dans des bras accueillants. Merde. Son âme pour un bout de soleil. Il s’en fout des bleus à l’âme et au corps, des coupures et des égratignures, des nuages dans sa tête quand le corps s’engourdit trop. Rien à foutre du tout. Parce qu’au cas où, si jamais le Pépin n’atteignait jamais le sommet de la colline, au moins il aurait eu un bout de soleil… et même si c’est du faut, qu’est-ce que ça change ? Quelle différence quand on croit qu’on ne pourra jamais atteindre le sommet de la colline ?

There’s no
nothing’s left of me
when all beauty’s destroyed

Et parce que Sisyphe c’est cyclique, ce que le Pépin oublie à force de vivre sa vie au jour le jour, c’est que la nuit finit toujours par revenir. Alors encore le Pépin voudrait s’accrocher. À un label une étiquette, un mot magique qu’il pourrait incruster dans sa chair de pépin. Parce que les mots c’est magique, on n’a pas besoin de main pour s’y accrocher. On peut directement se les incruster dans le coeur et c’est bon, le tour est joué. Sauf qu’au moins les branches, on peut choper la première qui passe et ça marche. Alors que les mots, il faut bien choisir… Parce qu’une fois planté, on ne peut plus les enlever. Enfin si, mais ça part pas comme ça les mots dans le fond du corps et du coeur. Faut pas se tromper… et ça c’est trop de pression. Les mots qu’il devrait dire le Pépin pour qu’on l’aide, c’est beaucoup trop dur. Les mots qu’on devrait lui dire au Pépin pour l’aider, c’est beaucoup trop risqués. Les mots qu’il devrait choisir le Pépin pour s’aider, c’est beaucoup trop glissant. Il le sent bien que les mots lui glissent des lèvres comme il glisse sur les flans des collines et des précipices. Il lui faut un mot magique au Pépin. Un nom derrière lequel s’abriter, un nom pour s’assumer, un nom pour se battre, un nom pour grimper les montagnes, un nom pour soigner sa chair meurtrie. Ou alors un nom à affronter, un nom à maudire, un nom à proscrire, un nom à éviter, un nom à combattre, un nom à cartographier, un nom à disséquer. C’est ça qu’il lui faudrait au Pépin. Sauf qu’il y en a tellement. Et qu’avant la magie du mot suprême, il faut en passer par tous les mots qui font mal. Et ça, le Pépin, il en a marre.

There’s no
nothing’s left of me
when all beauty’s destroyed
There’s no
nothing’s left to see
once all beauty’s destroyed

Alors en Sisyphe increvable, le Pépin roule et roule, collectionne les bleus les égratignures et les coupures en arrivant à se persuader que tout cela est normal. Parce qu’après tout, à force de ne rien avoir connu d’autre, comment il pourrait penser autrement ? C’est un Pépin, pas un dieu qui s’amuse à faire pousser des cailloux énormes à des gens jusqu’à la fin de l’éternité, celle-là ou un autre. C’était même pas précisé dans le contrat.

Et c’est ça le problème avec les évidences. C’est qu’on oublie, on oublie tellement qu’on se trompe de problème. On ne voit même pas qu’on ne regarde pas au bon endroit. Parce qu’en vrai, les pépins, ça n’a pas de bras pour s’accrocher, ou de jambe pour freiner leur course, mais c’est pas grave. Parce que les pépins sont des graines, et que où qu’elles aillent, il leur suffit d’un tout petit peu de terre pour s’enraciner, et un jour, elles poussent et grandissent et fleurissent. Alors elles n’ont plus besoin de tordre leur corps pour prendre de l’élan jusqu’en haut des montagnes, tout simplement parce qu’elles sont maintenant si grandes que leurs branches peuvent atteindre tous les sommets avec juste ce qu’il faut de patience.

Les graines ne sont pas faîtes pour rouler jusqu’en haut des montagnes.
Les graines sont faites pour les dépasser le moment venu.

Cherche la terre où planter tes racines Pépin, et c’est le soleil qui te trouvera…

Un matin à la laverie

Rise Against – Ready to fall

Ce matin à la laverie j’ai enfin compris.
Ce matin à la laverie j’ai compris pourquoi certains en arrivaient à tirer dans le tas.
Au hasard. Sans revendication autre que celle de tuer.

C’est marrant comme ça m’a frappé d’un seul coup. La violence de l’inanité. De l’insoluble inanité. Interminable inanité. Tellement tellement, tellement tout le temps. C’est devenu évident. Genre clair comme de l’eau de roche et autre commodité littéraire d’usage. Enfin marrant… Faut une sacrée dose d’humour noir, je te l’accorde. C’est juste… tu vois comme on cherche des réponses dans toutes les impasses possibles et imaginables alors que la réponse était juste là. À attendre qu’on arrête de se voiler la face. Ce matin à la laverie j’ai compris pourquoi certains en arrivent à tirer dans le tas.

I’m standing on the rooftop

Ce matin à la laverie c’est donc devenu aussi évident qu’une introspection minimaliste.
Ce matin à la laverie j’ai calculé. Je travaille 7 jours sur 7. Je n’ai plus de vacances depuis des années, seulement des arrêts maladie quand le corps ne suit plus et monte à 40° de fièvre pour le plaisir de me voir redescendre. Tout ça pour rester bien sagement bien gentiment sous le seuil de pauvreté.
Ce matin à la laverie j’ai ri quand j’ai ajouté au bilan qu’en prime il fallait aussi que je passe mon temps libre à la laverie, donc.
Et ce matin la laverie c’était la sortie culturelle de la semaine. Tous les parents leurs paires de chiards à la main à attendre que les machines tournent alors que si les gosses ne savent pas faire une chose c’est attendre.

I think I’m at the edge now

Ce matin à la laverie entre les hurlements parce que « c’est moi qui met la pièce la lessive », les coups de pieds dans les hanches, le mec qui lorgne sur mes seins par dessus son tel, c’est devenu évident. La rage sourde et bouillonnante dans le fond des veines. Les larmes qui attendent patiemment de pouvoir se cacher derrière les lunettes de soleil. Les mains qui tremblent sur les pages du manga. Les yeux qui ont du mal à suivre la logique des cases. Vraiment, c’était évident. À ne pas comprendre pourquoi on continue de demander pourquoi.

I’m standing on the rooftop
Ready to fall
I think I’m at the edge now
But I could be wrong

Parce que ce matin à la laverie, moi et mon épuisement, les parents sans nulle part où mettre les gamins, alors sans doute les parents et leur épuisement, l’autre du même âge que moi qui remet son manteau pour éviter le regard de l’homme, et la petite vieille qui n’arrive même plus à faire sa lessive toute seule. Putain c’était tellement évident.

Now I’m standing on the rooftop
Ready to fall

Ce matin à la laverie c’est devenu tellement évident. L’épuisement chronique. Et surtout surtout comment on est tous gavés de haine jusqu’au fond de la gorge. Ça proteste pour les oies à Noël et ça oublie qu’on en a tous plein la gueule de cette haine. Haine de l’autre du monde de nous-même du système. Et c’est presque de l’art comment elle survit cette haine tu vois. Comment elle se nourrit de nous et comment on la nourrit on l’entretient on la polie on la vernit. Comment on fait en sorte que chacun se déteste soi-même un peu plus pour qu’on accepte toutes les humiliations qu’on ira consoler à grands coups d’achats divers. Et on a beau le savoir ça marche quand même. De l’art je te dis. Sauf que les canards les oies on finit par les égorger quand vient l’heure. Alors que toi moi les parents à la laverie et le mec et son regard vitreux et la petite vieille et les gosses qui courent et la nana planquée dans son manteau, va falloir qu’on fasse avec. Tous les jours. Avec cette haine de nous et nos vies. Avec le gavage interminable.

I think I’m at the edge now
But I could be wrong
I’m standing on the rooftop
Ready to fall
Ready to fall

Tu sais comme on aime bien dire que chaque personne a son prix ? Moi j’ai toujours dit que chaque personne avait une date de péremption. Si t’as de la chance ça correspond à peu de choses près à la date de ta mort. Si t’en n’as pas c’est l’avenir à garder les yeux dans le vide, ou pire, les yeux dans les souvenirs à ressasser des pourquoi et des si.

I’m standing on the rooftop
I’m standing on the rooftop

Alors ce matin à la laverie c’était tellement évident. Parce que putain il faut bien en faire quelque chose de toute cette haine non ? Sinon elle finit par te pourrir. On nous fout tellement dans la tête que c’est chasser ou être chassé, alors forcément à un moment t’ouvres le feu. La haine c’est terrible parce que ça marche. Et t’as beau le savoir, tôt ou tard ça finit par marcher. On pourrait vomir mais ça ne règle pas le problème. Pour vomir il a bien fallu avaler.

Ready to fall
Ready to fall

Alors ce matin à la laverie et toute cette haine et cette fatigue et cette lassitude bien pourries dans ma gorge j’ai compris pourquoi les gens en arrivent à tirer dans le tas et je me suis roulée en boule dans le coin entre les machines à laver et les sèche-linges.

READY TO FALL

Ce matin après la laverie à attendre le bus, je me suis demandée si c’était possible de terminer autrement qu’en foi gras sur la grande table d’un système sans pourquoi ni comment. D’habitude tu vois j’y arrive. J’écris, je raconte des histoires, je crée quelque chose. D’habitude tu vois mon cynisme c’est plus une blague qu’un réflexe de survie. Mais là j’ai plus que ça sur la peau pour ne pas tout lâcher. Peut-être c’est juste le blues annuel, la violence du mois de mars dans ma gueule.

But I could be wrong…
READY TO FALL

Ce matin après la laverie j’ai été terrifiée par l’idée de ne plus avoir de mot. C’est tellement de plus en plus une torture d’ouvrir la bouche pour parler, que quand le dimanche soir arrive je peux déjà plus respirer rien qu’à compter le nombre de cours qu’il va falloir assurer. Tous ses bouts de verre dans ma bouche, tous ses tessons de bouteilles coincés dans ma gorge, tous ses débris dans la langue qu’il faudrait cracher. Alors tu vois je me suis demandé si cette fois-ci j’allais vraiment arriver à créer quelque chose plutôt que de laisser cette foutue haine tout détruire.

And if you see me 
Please just walk on by
Walk on by
Forget my name
And I’ll forget it too

Parce que ce matin à la laverie j’ai compris pourquoi certains tirent dans le tas. Et c’est tellement clair et évident que s’en était presque tentant. Tout le monde fait semblant de se demander pourquoi les gens font ça alors qu’en vrai c’est tellement évident. Tout le monde a une date de péremption. Il suffit juste d’attendre.

Ready to fall
Ready to fall
Ready to fall

Du coup ce matin en rentrant de la laverie je me suis demandée quels mots j’allais pouvoir trouver pour raconter ça, pour nommer ça. Quelle histoire j’arriverais à mettre en place pour raconter ces instants de désespoir dans le fond des laveries des bus ? Combien de mots quand tout le monde tôt ou tard se retrouve face au mur avec cette haine bouillonnante dans les veines et la gorge, à se dire qu’après tout, le monde l’aura bien cherché, qu’une fois gavé de haine, il faut bien la rendre, en faire quelque chose.

Now I’m standing on the rooftop

J’aurais bien aimé en rentrant de la laverie trouver une fin heureuse à raconter. Un truc pour dire qu’on va survivre et que ça ira. Que la haine c’est plus facile certes mais pas inextricable. J’aurais voulu pouvoir me prouver que cette fois encore, j’arriverais à me saisir de toute cette haine pour en faire quelque chose d’autre. Mais tu vois, en rentrant de la laverie, j’avais juste le temps de jeter le sac de linge sur le lit, chauffer un reste de riz et partir bosser. Encore. Et parce que j’avais fini par comprendre pourquoi certains tirent dans le tas, je me suis demandé encore combien de temps avant ma date de péremption, combien de temps avant que je tire dans le tas.

I think I’m at the edge 
But I could be wrong

Now I’m standing on the rooftop
Ready to fall


Citation additionnelle : Rise Against – Drones

Je ne suis pas sensée avoir le temps d’écrire. Du coup je fais que ça. Comme d’hab. Comme vous pouvez le constater. Dans les bonnes nouvelles : depuis la semaine dernière j’ai enfin trouvé quelqu’un qui vendrait de la glace. YOUHOU. Le bonheur c’est simple comme un cornet pistache – caramel beurre salé. On se retrouve sur Facebook et twitter où promis dès que j’ai deux neurones qui font de la lumière j’essaie de partager du plus positif.

Lettre au pianiste assourdi

Cher vous,

C’est étrange ce vouvoiement après tout ça, avec les confidences et les mots. Après que vous m’ayez raconté tant et tant, après m’avoir laissé tremper les mains dans votre histoire, la formalité me paraît absurde. Je suis de ceux qui fatigués des convenances erronées et baignés d’anglicisme jusqu’à la moelle passent au tutoiement en un instant. Mais comme vous semblez y être attaché, sans doute justement pour conserver ce semblant de distance, je respecterai votre volonté.

C’est étonnant comme on se raconte aux inconnus. C’est étonnant comme on est touché par des inconnus.
C’est étonnant que vous ayez voulu m’en raconter tant si vite, à moi qui n’étais que mots sur un écran.
Souvent je me suis demandé pourquoi. Mais après tout, vous n’étiez pas le premier à vouloir me confier son histoire. Sans doute qu’il ait logique que les raconteurs d’histoire de ma trempe se voient confier toutes les histoires du monde. Comme si finalement nous n’étions qu’une aire de repos pour des vies fatiguées d’avoir tant roulé leur bosse, avant de repartir toucher d’autres coeurs que ceux qu’elles ont éprouvés.

Vous jugiez important que « je sache ». Mais avais-je besoin de tant d’informations pour exécuter ma tâche ? Ou était-ce vous qui aviez besoin de vous assurer que je savais d’où venaient les mots que vous veniez me confier ? Une façon de vous assurer que je ne traduirais pas l’origine des mots qui vous ont compté si cher. Et même si je savais que tout cela ne me servirait pas tant, je reconnaissais tellement en vous l’angoisse brûlante de l’écrivain qui cherchant ses mots craint que le lecteur ne les trouve jamais vraiment. Je n’ai rien dit. J’ai consigné votre histoire dans un coin de ma mémoire, la douleur latente et silencieuse comprise, j’ai enregistré votre roman en pièces détachées dans un coin de l’ordinateur. Ainsi a commencé mon propre voyage dans votre vie.

Pour moi c’est toujours la même peur, la même angoisse au ventre devant ce genre de mission. À chaque relecture, à chaque roman qu’on me confie, à chaque mémoire qu’on soumet à mon oeil… la peur de trahir ce que son auteur a voulu dire. Il n’y a bien que sur le papier que mon travail consiste en corrections grammaticales. Il n’y a que les mots sur le papier pour dire des bêtises pareilles. Il y a longtemps que je sais que mon vrai travail consistait à faire en sorte que ceux, comme vous, venus me confier leurs mots, puissent avoir l’assurance d’avoir dit ce qu’ils voulaient, l’assurance qu’ils seront compris. Il y a longtemps que j’ai compris que je n’étais ni écrivain ni traducteur ni même relecteur. Longtemps que je sais que mon travail c’est de dompter les mots jusqu’à les forcer à raconter ce que l’on veut qu’il soit. Aujourd’hui que les événements se sont faits pour vous plus tragiques encore, je suis bien obligée d’admettre que l’angoisse d’échouer dans ma mission a été plus forte en plongeant dans vos pages que dans n’importe quelles autres.

Il y a des gens comme moi qui n’ont jamais compris qu’on puisse avoir peur du mot écrit.
Il y a des gens comme moi qui seulement dans les livres et le temps mesurable de la page écrite trouvent la liberté qu’ils se voient refusés partout ailleurs.
Il y a des gens comme moi qui paniquent à l’idée même d’être livrés à l’immensité du monde, loin de la sécurité offerte par les contours du mot écrit, de la page noircie et des virgules correctement apposées.
Il y a des gens comme moi qui n’ont jamais rien connu de plus merveilleux que la beauté des métaphores, les arabesques des analogies et les contreforts des oxymores.

Malgré tout cela, je n’ai pu m’empêcher de compatir à la perte que fût la vôtre. Quelle douleur cela a dû être que de perte la légèreté éphémère de la musique pour être contraint à la rigidité grammaticale. De dix doigts libres de courir de mesures en mesures, vous avez été forcé de passer au poids des mots alourdis durant des siècles. De la musique vous êtes passé au silence, et sans doute que ni moi ni personne ne comprendra jamais vraiment le poids de l’absence. Vous avez été cherché consolation et réconfort dans ces mots de pierre après avoir perdu ce qui enchantait votre monde depuis toujours…

Et devant ce poids, moi, je me suis sentie si petite. Inutile et vaine. Arriverai-je à dompter les mots pour qu’ils acceptent de se plier à votre volonté ? Arriverai-je à vous aider à trouver en eux ne serait-ce que la moitié de la magie que la musique vous donnait ?

Et voilà qu’aujourd’hui encore, alors que je vous avais perdu de vue avec mes excuses habituelles, j’apprends que la perte s’ajoute encore à la perte. Aujourd’hui, plus encore, il vous faudrait des mots magiques. Aujourd’hui plus encore il faudrait plomber les mots de tout le silence du monde pour qu’enfin ils puissent réellement dire votre absence.

Pourtant, je sais déjà la tâche impossible… Ces mots-là, on me les a tellement demandés… tant et tant de fois, tant et tant de larmes se sont tournées vers moi à la recherche de ces mots magiques qui effaceraient la peine et la douleur, qui au moins l’espace d’un instant rempliraient le vide. Combien de fois j’ai essayé, combien de fois j’ai vidé mon propre sang à leur recherche, creuser mon estomac en espérant les y découvrir, combien de fois j’ai échoué, combien de fois j’ai jeté mes métaphores et mes arabesques dans les murs de la pièce en hurlant tout le silence que ma gorge pouvait contenir… Car malheureusement, des mots pareils n’existent pas. Sans doute que c’est pour cette raison que je n’aurai peut-être pas le courage de vous envoyer cette lettre.

Pourtant je n’ai toujours pas laissé tomber. Obstinée jusqu’à l’épuisement, ou parce que dompter les mots sur la page c’est finalement la seule chose que je sache faire correctement… Je n’ai pas renoncé. Parce qu’à défaut des mots magiques, j’aurais tellement voulu vous offrir leur beauté et leurs secrets. J’aurais espéré qu’au moins, vous puissiez trouvé en haut de quoi réchauffer vos nuits, de quoi contourner vos absences à défaut de les remplir, de quoi traverser le silence qui vous a été si violemment imposé. Sans prétention aucune. Même les gens comme moi peuvent comprendre que pour vous, les mots n’auront jamais cette poésie qu’avaient les touches du piano. J’aurais espéré qu’au moins, vous y trouviez une étincelle, une lumière au bout du tunnel, même chancelante. Sans doute que c’est pour cette raison que je finirai peut-être par vous envoyer cette lettre.

En attendant de réussir à trancher, je vous envoie toutes les condoléances que j’ai pu trouvées, vidées de toutes les convenances erronées et remplies des pensées les plus sincères que j’ai pu trouvé.
Votre roman est toujours soigneusement rangé dans un coin de mon ordinateur. Un marque page où je me suis arrêté, mes notes pour la suite. Il n’attend que votre autorisation pour continuer à apparaître sur l’écran. En attendant de pouvoir à nouveau vous lire, je tacherai de dompter pour vous autant de mots que possible…

Bien à vous.

Magie Viking en rase campagne

Anilah – Warrior

Les coups de pédale ramène de vieux souvenirs. De vieilles sensations. Enfouies loin. Un retour à la case départ en forme de mue de phoenix. Enfin difficile à dire à travers la brume nocturne.

Quinze minutes de vélo
Vingt minutes de bus vers la ville
Pas de lampadaire
Des fossés
Des ornières

Les sensations remontent. À commencer par le froid qui me scie les doigts. J’avais oublié les doigts qui se glacent sur le guidon, les manches qu’on tire pour compenser l’absence de gant, l’air qu’on souffle dessus à l’occasion pour sauver ce qui peut l’être. Mes yeux pleurent tout seul. Larme par larme. Une toutes les deux minutes. La larme se forme lentement avant de glisser tout aussi lentement le long de la joue. Elle prend part au paysage. Élément constitutif comme un autre.

Donc le froid, les larmes, la musique, la nuit, l’ambiance désertique. Souvenirs.
Le corps reprend ses droits. Après la course infernale, il informe à nouveau de l’état des choses. J’essaie d’accepter l’état des lieux sans ralentir le rythme du pédalier. L’estomac qui brûle. Le genou qui claque. Le dos qui se tord. L’épaule qui se bloque. Accepter l’une après l’autre les petites douleurs accumulées, puis passées sous silence pour survivre aux derniers événements. Accepter, parce qu’il faudra en passer par là.

Quinze minutes de vélo, vingt minutes de bus
La nuit les fossés les ornières
La musique les petites douleurs et le désert
Souvenirs

Les nerfs lâchent. Le corps soulagé de ne plus se sentir en danger constant déposé le bilan. La fatigue, les yeux gonflés, les migraines avortées par manque de temps, les contusions non traitées pour les mêmes raisons, la solitude qui brûle le ventre et les veines. Alors comme à l’époque, il se passe cette chose étrange. Ce moment, ce tout petit moment, où après l’inventaire des dégâts, le corps autorise la voix à sortir. Et la voix chantent au milieu de la campagne déserte, entre les respirations haletantes sous l’effort. La voix sort enfin.

J’assiste au spectacle du corps qui se relâche alors que j’essaie de me souvenir de la route jusqu’à l’arrêt de bus, de la route jusqu’à la maison. En silence et sans négociation, j’essaie d’accepter les réclamations, les reproches et les informations qu’il a à transmettre. Le pire est passé, la route est encore longue. Il faut réparer maintenant. Réparer, récupérer, soigner, repartir. Ne pas minimise ce qui ne veut pas cicatriser. Ne pas oublier ce qui aurait pu arriver. Ne plus censurer.

Quinze minutes de vélo vingt minutes de bus
La nuit les fossés les ornières
Le corps la voix la fatigue

Un mois d’errance à travers la campagne
pour réparer ce qui doit l’être
cicatriser ce qui peut l’être
se souvenir du meilleur
accepter le pire

Et enfin revenir.

The death of the Clock-Woman [English translation]

My Sleeping Karma – Ephedra

A motion. Thin. Light. A quivering maybe. A vibration. A quake delicate like an origami. So little and unreal one could have missed it without even noticing. Yet, the motion was here. It was trying to grow bigger. From sigh to wave, from echo to resonance, it wanted to grow.

It was time.

 The Clock-Woman didn’t know how to react. The space had moved. She felt it. While her body was slowly swallowed by the frozen water, she felt the wreck moving. Nothing, it was nothing. It wasn’t even supposed to happen. The uroburos had frozen time. Any move was impossible. So the bathroom, in the boat perfectly moored, could make everyone safe. Stopping the run of time had been life-saving. For this, the Clock-Woman had given her skin to record every single second, memorise any single image and sound. Today, her whole skin was covered in key moments. Keys that would never open any door again if the wreck was about to get lost at sea again

Everything is fine now.

 Something had to be done. But the cold had stiffened her body until the unconscious. Until she fell on the other side of pain. Until that moment where pain is just the ghost of another life. She had to move anyway. Someone had to face the extent of the damages. And she was the only one who could do it. Someone had to move. The motion was still getting bigger. A simple touch of the floor was enough to realise the motion was real

 Supposing that there was still a floor.

The Clock-Woman looked at the bathroom again. The water had invaded all the available space. The lines of the tiles were losing their consistency because of it. There was no precision in their layout anymore. Impossible to go between them, impossible to avoid them. Simply impossible. The lines were blurry, threatening. The disolved lines were announcing the end of the world. Maybe it was a trick of the eyes, but they seem to get mixed up under the pressure of the motion, still growing, and soon to be a shock wave. The vibration seemed to prepare itself to ingratiate themselves better in the flaws.

 Someone had to stay
Someone had to observe
Someone had to write it down
study
map
statisticate everything

But there was no one. There had never been anyone. Maybe there will never be anyone. Something had to be done. The vibrations would soon swallow them all.

The Sandman couldn’t. Entirely dedicated to the panic of the moment, he was unable to fully understand what was going on. He was splitting up himself in states of emergency, still looking for a way to stop the water. The rise seemed impossible to stop. And so he was running. No time to find a solution to the problem. No time to find the original leak. So he was running, he was spreading himself in sandbags everywhere he could.  He spread and spread, grain after grain, unable to know if he would ever be strong enough to stop the flood. The Sandman was getting out of breath in panic in this space where air was getting rarer by the mnute. Between the frozen water and the rough sand, what was worse between the poison and its antidote ?

There was no one else and yet someone had to handle the emergency
One more
Because without the usual run of time, everything was an emergency
And the vibration was still getting bigger.

Pandora had created the surprise. She had moved when everyone thought she was finaly dead. Unconscious lack of concern, her arms kept wearing away by the acid finaly freed from the box. Her skin in shred was like a delicate veil, ready to wrap her if she could find how to move to act on the guilt that kept making her swallow the pain even more. If someone had told her to stop, that would have changed nothing, she would keep swimming, forcing the waving of her body until the now-exploded box. She stopped to listen long ago. Her throat was trapped by the weight of contradictory messages, and so she stopped listening.

Figute it out
No, you’re not hurting
You should have came earlier
I don’t understand why you hurt
It’s pure stupidity to have waited so long
Why did you come
I don’t see where is the problem
You can’t handle that alone
Figure it out
         on your own.

Pandora held her head straight and her voice dead for long now, she had swallowed all the snakes coming, even for a moment, in the crew. Pandora might have ended up pulling off her own tongue. She had bitten it so much to shut up, to shut up the weaknesses of the rats from the crew :   the uroburos who was dying under its own weight, the laugh of Cassandra like a curse she threw to the others as much as to herself, the blood of the dead girl unable to die for real, the unabling panic of the Sandman, the skin of the Clock-Woman who was so sick of remembering…  Pandora has swallowed her own tongue and tones of her own blood in the time. Never ever complaining. And when the bow had broken under the pressure of the screaming, the nightmares and the smell of rot, when she has been accused of every miseries, she did not complain. She laughed until she suffocated under the rising water. Because it was the only thing to do. Because it was all that was left to do. Because it was the only reasonable option.

And now the mooring lines have broken.  

Pandora knew, but Pandora couldn’t tell. Pandora was not allowed to tell. Never. She swore. She, more than anyone on the ship, knew the price of blood. She was not allowed to tell. Time passing by, she had even forgotten how to speak.

Can you blame people for not seeing what you hide from them ?

The Clock-Woman had to move. There was no one. The vibration had got so big it has nothing to do with a vibration anymore. The vibration turned into a seismic rift. The wreck was struggling with even more rage. The lines of the tiles would soon have lost all sense if nothing was done. The lines of the tiles were not lining up any though now.

It was time.

The Clock-Woman had to move. There was no one else. The Sandman couldn’t stop his run. Pandora was swimming without any faith, looking for the pieces of the box. The Clock-Woman had to move, it was her job. She always brings them home. She promised.

When she forced her body to stand up, the whole pain woke up. The violence of the shock cut off her breath during another shock wave. Breathe, send back the pain where no one could hear it, move on. It wasn’t the first time. But so much time had passed by since a pain screamed so loud to be heard. So much time since she had to tighten her teeth so strongly she could break them. It was impossible to lock this pain in the box.

One gets used to anything, even the worst
Especially the worst
Body memory has no equal

The first impulse is always the hardest. Force the body to go against its instinct. Force the loop. Become the uroburos. The first impulse is still the hardest. The run-up, everything lies in the run-up. You had to know how to prepare the run-up and use it for the best. Becoming the evergoing motion. That was the key. The price to pay was known. Cassandra smiled between the erased lines of the tiles. Cassandra had always known. She had simply waited. When her eyes met the Clock-Woman’s, who ignored her so often, she simply landed her hand. Between the white fingers of the curse seller, a simple crack of the tiles. The Clock-Woman knew… but the key was needed, she had to force this body to make the first impulse. She had to get out of the frozen water. The first impulse is always the hardest…

Blood relationships are nothing more than a story with an unknown ending

The Clock-Woman swallowed the crack without a second thought. The waves of shock were multiplying and getting closer. They were throwing themselves on the wreck with no warning. It was time. Her legs reacted to the poison before her brain could even name it. The first impulse was given, the Clock-Woman was now able to reach the surface… Following her, a thin line of blood was slowly flowing out of the crack in her right arm. The Clock-Woman didn’t notice the wound, or she pretented so. The Sandman tried to throw the necessary sand to wipe it off. Pandora collected the drops to add them into the box. Cassandra was already back into the lines of the tiles, silently crying and blaming herself for being right once again.

It was time.

Outside, the storm was raging. Once she arrived on the deck of the wreck, the Clock-Woman understood. The mooring lines had broken. And now they were wandering onto the ocean. Without a map or a compass, the boat had floated away, following every passing winds. The eye of the storm only hid them for a moment before abandoning them. And now they were trapped right in the middle of the storm. The waves were throwing themselves one the hull like they had nothing left to lose. The wind was rushing into the cracks of the wreck, twisting the wood that was screaming all the silence filling it. From the silence of the wreck ready to split from the inside or the screaming of the hungry waves, it was impossible to know what was the most hurtful. Anyway, they couldn’t hear a thing anymore…

Tell me why people are afraid of the dark ?
The monsters hide in the silence…

In the middle of the random row, the Clock-Woman couldn’t hear a thing anymore. There was nothing anymore. There is no one. Cassandra’s laughter, the crack of Pandora’s bones, the Sandmand’s wandering steps, the Uroburos’s floatting… nothing anymore. There was nothing anymore. The Clock-Woman might have never felt so alone than here, on the deck of the wreck, naked in the middle of the storm where whe couldn’t hear a thing anymore. Her tired skin couldn’t follow the rythm. The violence of the wind right on her bleached skin revived every scar. Alone, naked, in the middle of the storm, the Clock-Woman would have cried, but her eyes had once again forgotten how to do it.

No, this is not how you feel
That’s not why you’re not fine
You’re wrong
No, you’re not so down that this               

The Clock-Woman couldn’t hear anything to guide her anymore. There was no one anymore. The storm took what should have never been lost. Loneliness hugged with her with sticky and heavy arms, with no possible exit. The storm was still raging. She started to believe she would die suffocating under the silence and the loneliness when the sea opened… Summoned by the smell of blood, mermaids had reached the surface. They wanted more. They have been called and they wouldn’t leave empty-handed. Everything comes with a price and the first impulse was always the hardest. The Clock-Woman finally discovered the crack in her arm.

After her, it was nothing but a  suspended sentence…

The cut was beautiful, precise as surgery. The blood was peacefully flooding, as it has always done, bringing with it the usual floods of rot like some kind of necessary evil… Silence was still screaming around her, hitting her ears as an ever-going reminder. The mermaids did what they knew best, they started singing. Their song pilled up in the row of the storm. Impossible to hear through this. Impossible to find her mates. There was no one anymore now. The mermaids sang the enigma from inside, the unsolvable equation.

Someone had to die.

The Clock-Woman understood that long ago. But who was to sacrifice ? They survived to the mad ocean, together for so many years…. Who was to scarifice ? Cassandra and her cursed prophecies ? Pandora and her bones broken by the silence ? The Sandman who fixed only the immediate emergencies ? And why ?

Somone had to die
and someone had to chose

The mermaids were still singing, the mermaids would keep singing, and the mermaid would sing forever until finally someone answer. The time to look away was out. An answer was needed, an it was needed now.

It was time.

Maybe she had to die. Her skin still suffering from the wind was begging for the pain to stop. The first impulse was always the hardest, but the body never really forgets. Naked under the winds, the Clock-Woman had finally understood, maybe. She had to die. And it was unbearable. Was it what the dead girl felt when she was killed ? Nothing else but a deep feeling of being abandonned, a feeling covered by silence heavy enough to weight the whole world ? This kind of huge emptiness that screamed her name ? The mermaids smiled, the answer was given. Only the emptiness knew the name of the Clock-Woman. One could trust that kind of signs. But who would have her blood on their hands ? Who would take this new blame ? The sacrifice was compulsory, the guilt unavoidable. Everything comes with a price and someone had to be guilty.

So now who will have my blood on their hands ?

Maybe deep under the water, the rats would find someone to replace her. Maybe it was high time for them to find someone else in the deep water. It was time to have a name. Even though, she would never be completely reassured : who would bring them home once the water will have swallow her ? Who would come out of the storm ? Someone had to die…

Resigned, the Clock-Woman climbed the guardrail, and her eyes dived into the emptiness around. The mermaids were getting prepared to welcome her. They song slightly changed, from chord to perfect harmony, their voices promised peace, silence far away from the row, and even a name. Could she believe them ? The warmth of their smile didn’t lie… Maybe it was time. She tensed her hand one more time, they were numb by the blood dried by for years, without anyone being able to remember whose blood it was. Her fingers were still trying to hang on to something, as an old habit. Finally, the Clock-Woman closed her eyes. And in the wreck, they all held their breathe.

The first impulse was always the hardest.