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Rencontre du troisième type avec autochtone en déperdition

Une petite anecdote comme ça en passant…

Le week-end dernier, je faisais un aller-retour express sur Paris afin de voir Seether en concert.Le concert est plus qu’à la hauteur de mes espérances et du fin fond de ma mémoire, l’adolescente que j’étais a sauté de joie, la jeune femme que je suis s’est bousillé le genou (ou plutôt elle l’a achevé) dans la fosse. Du rock’n’roll bien comme il faut. Sans fioriture, sans paillette. 3 – 4 et poum chak. Bref, du bonheur à l’état pur. Mais l’histoire n’est pas là. (ça c’est juste pour le plaisir de vous dire que c’était vachement chouette, vachement bien et que ça fait plein d’air dans mon cerveau) Comme souvent quand je vais sur Paris, je suis hébergée par Bubulle, qui pour le coup était aussi avec moi au concert. Le truc c’est qu’elle n’habite pas sur Paris même, mais en banlieue, voir la banlieue lointaine. Du coup, il nous faut prendre un train de banlieue (qui apparemment n’est pas la même chose qu’un RER mais je ne vais pas rentrer dans de tels détails… il n’y a bien que les Parisiens pour faire une différence alors qu’ils sont pourris pareil mais soit.)(sans doute y a-t-il là un quelconque marqueur social ou pratique rituelle qui m’échappe, je ne voudrais pas manquer de respect à une tradition séculaire). Nous avons chopé le dernier train pour son patelin. Il partait à 00h40… (ce qui pour un samedi n’est pas si tard que ça…)(si toi aussi tu t’es retrouvé coincé un jeudi soir / vendredi matin dans le métro entre les pharmas et les médecines tape dans tes mains…)

Oui je sais, ce n’est pas le sujet. Mais cher lecteur, comment veux-tu que j’illustre cette histoire ? Des rockeurs, c’est cool aussi non ? Parce que vu ce qui t’attend…

Nous entrons donc dans un wagon sentant la weed à plein nez, mais apparemment passé une certaine heure c’est normal, a priori désert à l’exception d’un mec entre le sommeil et le coma dans le fond, mais ça aussi il paraît que c’est normal. Le wagon est à cet instant encore dans le noir pour économiser de l’énergie (si j’ai bien compris), à moins que ça ne soit pour donner des idées bateaux à de futurs réalisateurs bateaux. A l’entrée du wagon traînent les autochtones en déperdition, sujets de cet article. Comment dire… Et bien… J’ai mal à ma grammaire. Genre mon bescherelle a pris cher dans son cul. (si tant est qu’un bescherelle ait un cul et que j’ai moi-même un bescherelle, auquel cas ce fait est d’autant plus douloureux…) « Non tsais mec, vais rentrer posé, me branler tranquille et voilà man » Hum. Mais que nous voilà ravies de le savoir ! A un moment, sans doute attiré par le délicat fumet s’élevant du wagon, tel le renard par le fromage en son temps, un des garçons, appelons le Gugusse, entre et vient voir le comateux derrière nous. « Mec c’est toi qui fume ? T’fais ça qu’tu veux mais y a les féd ». Notre comateux étant trop comateux pour répondre autre chose que « chnemenegne », Gugusse se rabat sur nous avec à peu le même discours.

« Hey c’est vous qui fumez ?
Bubulle : non
Gugusse : ……………………………………………………………………………………….. menteuse. »

La notion du temps n’est pas la même une fois une forte quantité de marijeanne consommée semble-t-il. Mais ne vous inquiétez pas, j’ai eu ma dose d’interaction avec Gugusse moi aussi !

« Jte connais toi !
moi : non.
lui : Mais si !
moi : non. Impossible. [genre même si on se connaissait jte connaitrais pas par principe]
lui : siiii, c’quoi ton nom ? »

Et là amis Termites, le bug. Une partie de mon cerveau décrète « je refuse qu’il connaisse mon prénom » et l’autre fait « d’accord mais…. », le reste s’est perdu dans un tunnel et la communication a coupé. Résultat ? 30 secondes de blanc pendant lesquelles je cherche désespérément un prénom à refiler à ce pauvre mec sans en voir passer aucun jusqu’à ce que finalement, sorti d’on ne sait où, ma bouche balance « Gertrude ». Voilà. De tous les prénoms de l’univers, voici le prénom que j’ai donné. N’importe qui aurait compris l’ampleur du mensonge, mais Gugusse étant plus proche du QI de la bernique que de celui de l’élève moyen en CE2 à cet instant, il acquiesce en me confirmant qu’on ne se connait pas. Trop aimable.

Le train s’allume et annonce son départ imminent (en te niquant les tympans jusqu’à la trentième génération). La bande monte donc dans le train, et le débat continue. « Non mais t’vois mec, on a bien tisé, bien picolé man… t’vois j’connais mes limites gros » Tes limites d’accord mais pas ton français. Je n’ai pas tout retenu. J’essayais désespérément de ne pas rire. Histoire de ne pas attirer leur attention. Histoire de ne avoir à leur parler encore. Vous savez quoi ? J’aurais dû rire. Ca m’aurait économisé des efforts non récompensés. Car Gugusse revient à la charge ! L’individu exprime promptement son désir d’engager la conversation ! Bubulle tente tant bien que mal de lui expliquer qu’il n’est point le bienvenue en notre bavardage amical (elle sentait sans doute que j’avais bien envie de lui latter la tête à coup de rangeos…)(mais bon c’était une précaution inutile, mon genou venait de pousser son chant du cygne à peine 30 minutes plus tôt, alors pousser l’autre con dans les orties, ça n’allait pas être pour tout de suite…). Rien à faire. « Mais je peux participer à la conversation ! » Je tente alors le tout pour le tout. L’atout magique fonctionnement dans 99% des cas… Oui mesdames, j’ai bel et bien utilisé ce truc séculaire consistant à parler menstrues là comme ça au milieu de nul part. C’était sans compter sans des embranchements logiques que même la drogue ne peut excuser à elle seule… Je saute quelques étapes dans le dialogue, je vous épargne les moments où Bubulle joue à « retrouve tous les mots de la phrase » et moi à « la grammaire c’est la vie »

moi : donc les serviettes hygiéniques, avec ou sans ailettes ?
elle : avec c’est mieux !
lui : ouai comme ça c’est plus doux
elle : euh
moi : euh
lui : bah si ma copine elle a dit
moi : rapport aux poils ?
lui : je sais pas j’ai jamais compris comment ça marche les lesbiennes
moi : OO guedeguegne ?
lui : te moque pas !
moi : je me moque pas, j’essaie de comprendre le rapport !
lui : bah vous parlez de sexe

Voilà. Amis Termites, si tu as compris, tu gagnes un texte de ton choix dédicacé. Même que je te l’écris rien que pour toi si tu veux. Parce que pour nous, le mystère reste entier. Ou alors les lesbiennes ont vraiment une sexualité échappant complètement à l’hétéro que j’ai été jusque là… (auquel cas, amies lesbiennes, ne nous laissez pas mourir idiots !)

lui : arrête de me regarder de travers !
moi : je peux pas faire autrement, je suis borgne, je suis obligée de te regarder de côté
lui : mais j’aime pas Twilight !
moi : GUEDEWHATDAHELL
elle : c’est pas ça qu’elle a dit
lui : elle a dit jte regarde de twilight et j’aime pas twilight
elle : non elle a dit elle te regarde de travers parce que son oeil est aveugle
lui : ah ouai, comme mon pote, mais il est pas vraiment aveugle parce qu’on lui décrit ce qu’on voit, et puis c’est notre pote

Et parce qu’il existe quand même une certaine justice dans ce monde. Gugusse est arrivé à son arrêt et a quitté le train avec ses copains. Ouf.

Ma future photo d’identité.

Mais l’histoire ne devait pas s’arrêter là ! Comme tout blockbuster hollywoodien déjà légèrement douteux de base, il fallait une suite. Tout aussi improbable que le premier volet mais en plus incohérente. Voici donc Tartampion. Alors que nous soufflions d’aise à l’idée ne plus avoir à faire d’effort pour entretenir pareille conversation et que je souhaitais soigner tranquillement mon hémorragie grammairienne (on a jamais de livre de Saussure sous la main quand on en a besoin)(mon mémoire va bien sinon, ça se voit non ? il fait des trous dans mon cerveau pour avoir plus de place), Tartampion vient dont s’installer avec nous « J’espère que mon pote vous a pas ennuyé, parce qu’il est gentil mais moi jveux pas vous ennuyer, suis comme lui je veux juste parler, j’aime l’humanité de près. » Et moi j’aime les lance-flammes, mais je n’ai même pas la plus petite allumette pour satisfaire mes envies pyromanes. Nous voilà donc reparties pour un tour, quoique contrairement à son prédécesseur, Tartampion est plutôt autonome et préfère de loin le monologue, des fois que l’humanité, une fois tout près, ne serait pas du même avis que lui.

« Tu vois le problème c’est la société. Les gens sont bien mais tu vois black blanc beur tous pareil. Et moi jsuis un bon élément pour la société man. Je fais des choses bonnes. Et tu vois y a que du coca dans ma bouteille si t’en veux tu dis. Jte donne mon aide tu me donnes ton aide, on est tous frère ! Tu vois nous on était tranquille on revient de soirée tranquille posés et là y a 10 mecs qui viennent nous chercher l’embrouille t’vois, et nous on était que 3… »

Mec, rien que dans le wagon vous étiez cinq… Je… Je commence à avoir sérieusement du mal à suivre. Et j’aime pas les mecs défoncés. Les mecs bourrés tu peux assez vite calculer le taux de dangerosité de la personne, les mecs défoncés… une seconde c’est une putain de larve, celle d’après c’est Hulk. Va comprendre. Mais le type déblatère en mode autonome, un hochement de tête à intervalle régulier semble le satisfaire. « Non mais nique sa mère le FN tu vois ! » Je ne me risque pas à expliquer que le FN étant une entité il est absolument impossible qu’il est une mère, à moins de parler sur un plan métaphysique, sinon on parlera de maire du FN et dans ce cas-là c’est nique son maire le FN qu’il faut dire, ce serait trop long. Lorsque Tartampion finit par balancer « non mais tu le dis si jte dérange et qutu veux pas parler _Tu nous déranges et on ne veut pas parler ». Il faudra encore deux minutes pour que Tartampion quitte ce foutu siège… pour mieux y revenir deux minutes après.

« T’écoutes quoi comme musique, parce que moi je fais la musicologie tvois. Alors jconnais tous les genres. Même si y a des genres qui sont plus racistes que d’autres. »

Non et non ! Y a des gens racistes qui font de la musique mais la musique n’y est pour rien bordel de bite à cul. Tout comme on accuserait pas le marteau que je rêve de foutre en travers de la tête de t’avoir tué. Et nous voilà repartis. Jusqu’au moment où ENFIN, son arrêt arrive et qu’il descend. Non sans nous offrir un dernier « nique sa mère le FN » suivi d’un « vous êtes pas assez ouvertes pour la France ». Perso, je viens de lâcher 340€ de taxe d’habitation, je me sens plus qu’ouverte à la France là…

Et c’est donc ainsi très chers Termites que se termine cette incroyable aventure…. J’espère que de votre côté vous avez passé un bon week-end !

Assez d’aventure pour aujourd’hui !

Le dictionnaire des mots invisibles

Il faudrait inventer de nouveaux pour te parler. Des mots faits exprès pour te consoler. Des mots qu’on aurait inventé juste pour toi. Des mots pour répondre à tes questions. Des mots pour te réchauffer le coeur et sécher tes larmes. Des mots pour te réinventer une histoire.

Les pépins comme toi, encore tout jeune et tout petit, ils ne savent pas encore que de tels mots n’existent pas. Tu auras beau plongé dans le dictionnaire de toutes tes forces, ils n’y sont pas. Nulle encyclopédie ne possède que la réponse que tu cherches. Aucune formule préfabriquée de pourra dire ce que tu veux cracher. Pas de lieux communs pour te dire d’affaire. Ces mots-là, ils n’existent pas.

Alors comment je peux faire moi, pour te les donner quand même ? Je vois bien que c’est là le remède que tu cherches. Mais dans une ultime cruauté je dois être celle qui te dira qu’ils n’existent pas. Ils sont comme le monstre du Loch Ness : on en parle encore et encore mais jamais aucune preuve ne vient étayer son existence. Ils sont comme ça, les mots que tu cherches.

Je ne peux pas les dessiner avec la facilité dont tu as besoin. Mes doigts engourdis pourront parcourir les touches aussi vite qu’ils peuvent, ça ne sera jamais assez rapide pour te soulager. Mais je peux dessiner des mots Loch Ness. Des mots à tête de dragon qu’on devine sur une photo floutée. Des mots avec des écailles à soulever pour découvrir des trésors cachés, des écailles à collectionner, à colorier. Des mots flottant, des mots volants. Des mots histoires pour s’en dormir. Des mots forces pour continuer d’y croire, continuer d’avancer. Je peux inventer des mots cachettes où passer la nuit, des mots masques pour faire peur à ceux qui s’approcheraient trop près, des mots tours de passe-passe pour gagner du temps, des mots illusions pour s’impressionner soi-même. Avec un peu d’imagination, je pourrai même te trouver des mots pavés à jeter au visage du destin ou du passé, des mots sortilèges pour maudire, des mots incantation pour se hisser plus haut. Les mots Loch Ness ont ça de bien qu’ils seront tout ce qu’il te faudra.

J’allongerai la liste, rajouterai des pages au dictionnaire. Jusqu’à ce que tu puisses inventer tes propres Loch Ness, avant de finalement ne plus en avoir besoin. En attendant petit pépin, n’en veut pas au monde de manquer de mots. Ne lui en veut pas de ne pas avoir les mots qu’il faut pour répondre à tes questions et enfin arrêter la douleur. Tu as encore tout le temps d’inventer ton dictionnaire pour lui expliquer. Un jour, à ton tour, tu inventeras des mots Loch Ness à offrir à ceux que le monde n’a pas pu dire.

Mille et une vie

Je suis auteure et mille vies crépitent au bout de mes doigts.

Il y a les vôtres que j’observe toujours du coin de l’œil. Les oreilles aux aguets, je ramasse toutes les miettes que vous laissez sur votre passage. Si vous saviez le nombre de peaux mortes que laissent vos paroles sur les tables des bars, jamais plus vous ne prononceriez un mot. Je suis voleuse avec votre permission. Je prends tout ce que vous donnez, le moindre battement de cil, le lapsus étrange, la manie à peine perceptible, l’éclat de rire incontrôlable aussi bien que la larme silencieuse. Je prends vos hésitations, vos peurs, vos rêves et vos histoires. Vous donnez tellement que vous ne comptez plus. Et vous ne comptez tellement pas que vous ne réalisez pas la multitude de vos possessions. Alors sur le papier je vous écris : le mouvement de vos mains, le frémissement de vos pensées. Je ne vous dirai jamais où vous trouver dans mes lignes. D’ailleurs vous ne demandez pas. Vous croyez vous reconnaître au détour d’un paragraphe quand vous étiez caché dans le suivant. Votre confusion m’amuse. C’est un jeu entre vous et moi. Vous prenez à votre tour les morceaux de phrases que je laisse ici à votre attention. Donnant donnant. Je suis une cleptomane consciencieuse. Servez vous, c’est la maison qui régale.

Il y a la mienne que je démonte et reconstruis encore et encore. Je la fracasse, la rêve. Je traque jusqu’au coeur de mes virgules les angoisses, la folie, l’espoir. Je ne sais plus une fois les phrases posées à qui elle appartient. Finalement, cette vie romancée, est-ce encore la mienne ? Moi-même je suis incapable de dire où s’arrête la réalité, où commence la fiction. Alors j’ai arrêté. Je fracture les morceaux de ma propre mythologie, les restructure, les remodèle. Un coup de cutter dans la peau pour un coup de crayon sur le papier, et bientôt cinq ans plus tard se demander si la réciproque peut être démontrée. J’essaie encore. Je reformule le passé, réagence la mémoire. A force de déformation peut-être réussirai-je à rendre les traumatismes moins seyants. Et toujours me demander : qu’est-ce que je vous autorise à lire ? Quand ma respiration se fait récit, que raconter les histoires devient vital, que la page blanche me déchire l’estomac, où s’arrête la fiction ?

Il y a toutes celles qui n’existent pas, qui ne sont ni vraiment les vôtres ni vraiment la mienne. Presque l’une ou l’autre. Celles qui débarquent comme ça, au hasard d’un orage que j’observe une demi-heure durant à travers la fenêtre à m’en brûler les yeux, celles que vous imaginez sans oser les écrire. Il y a toutes ces vies qui ne demandent qu’à être contées. Tellement d’histoires à raconter et seulement vingt-quatre heures dans une journée… Tellement d’histoires à qui donner vie… et contrairement à ce que vous pouvez penser, finalement, celle-ci sont les plus rares…

Je suis auteure et je vivrai mille vies : la mienne, la vôtre, et toutes les autres qui croiseront mes doigts.

Japaneese me.

Je serai japonaise.

De la pointe des cheveux à la prunelle de mes yeux. Jusqu’au moindre orteil. Un jour. J’y travaille. Le chemin est long, éreintant. Tant à modifier, à corriger. Briser les os, tordre les yeux, casser ma langue maternelle. Travailler encore et toujours pour tendre au but si lointain. La planète à traverser ni plus ni moins. Un pays tout entier à avaler. Une histoire à s’approprier.

Je serai japonaise.

Je transformerai tout en magie éphémère. Je raconterai des histoires d’un rien. Je parlerai la poésie du monde. Je serai pays de sagesse. Je serai cerisier en fleur. Je serai la montagne les pieds dans l’océan. Je serai la folie citadine et la sérénité monastérielle dans l’instant. Je serai à l’extrême toujours. Je serai contradiction parfaite et cohérente.

Je serai japonaise.

A chaque ravage, à chaque catastrophe, je me reconstruirai. Je repartirai à zéro sans regarder en arrière. Sans pleurer sur ce qui a été perdu, car ce qui est perdu est perdu pour toujours. Je choisirai le silence toujours, car la langue ne peut dire les errances de l’âme. Toujours la mer viendra briser ma vie, et toujours je recommencerai. Toujours la terre cèdera sous mes pieds, et toujours je m’enracinerai. Je planterai ma terre plus loin sur la mer. Je ferai de ma maison un château de cartes pour que mes os jamais ne soient trop fracturés.

Je serai japonaise car d’un bord à l’autre je veux passer sans avoir des limites.
Je serai japonaise pour connaître la paix face au chaos inévitable.
Je serai japonaise pour ne plus jamais craindre de recommencer de zéro.
Je serai japonaise et je saurai quand me taire, quand parler.

Japaneese me.
Watashi  nihon no jin desu. 

Kyo – Dir en Grey PS : en japonais, Kyo signifie aujourd’hui.

Le petit Robert.

Les pieds au bord de la falaise. Avec même les orteils qui dépassent. Le vent me pousse. mon corps ondule sous les rafales. Mes cheveux balaient mon visage. Sans doute que ça doit être beau tout ça, cette image, moi, au bord du vide, les pieds presque dans l’abysse et les cheveux qui débordent en tout sens. Je suis coiffée d’arabesques. De sorte que personne ne peut voir. Personne ne peut voir le gouffre en bas. Personne ne voit ce qui maintenant m’écorche la rétine.

Dans le fond du gouffre, les chiffres s’embrouillent, se mélangent. Les évènements se fondent pour n’en former plus qu’un. Je ne fais plus la différence entre une journée et un mois, entre hier et demain. Je me souviens de demain comme d’un jour qui se refuse à arriver, et d’hier comme un jour qui ne veut pas mourir.

Dans le fond du gouffre les jours ne veulent pas mourir. Le soleil ne se couche jamais vraiment et pourtant on voit les étoiles. Le vent qui ricoche sur les parois raconte des histoires terribles à qui veut bien l’entendre. Je lis ces histoires jusqu’à la fin, sans en perdre une miette, sans sauter la moindre le ligne. Ma mémoire en déborde. Je vomis des flots de mots incohérents. Les phrases sont décollées de leur sens, le sens s’est perdu quelque part je ne sais pas où. Dans un autre gouffre certainement.

Dans le fond du gouffre je vomis mes mots en pagaille. Ne parvenant pas à former la moindre unité de sens avec succès, je crache incessamment tout ce qui trouve son chemin jusqu’à ma mâchoire. Mes cordes vocales font des noeuds à en faire rêver les plus grands marins. Ma langue se gonfle, bloque le passage. Mes dents se déchaussent et forment des avalanches, des cascades dont on ne ressort vivant que par miracle. Les quelques mots qui trouvent la sortie sont abîmés jusqu’à la racine.

J’ai défoncé à coup de tête l’étymologie de tous ces mots. Je les ai torturés avant d’accepter de les relâcher. Tellement sont morts dans ma gorge que vous ne pouvez les compter. A la sortie ils sont tellement déformés que vous ne pouvez plus les reconnaître. Tous je les fais tomber dans le gouffre. Ils rebondissent sur les murs, le vent les prend et en fait encore une histoire. Une histoire de fantôme à vouloir s’en crever les tympans. Une histoire de fantôme tirée d’une histoire vraie.

Au bord de la falaise, les pieds qui dépassent, les cheveux qui volent, je crache des mots qui n’en sont plus. Parce que si jamais un jour il vous prenait d’aller voir au fond du gouffre, il ne faudrait pas que vous puissiez les lire. Les histoires de fantômes ne sont pas bonnes à raconter à quiconque en veut une.

Sur le bord de la falaise, le vent souffle. Et vous ne pouvez pas voir le fond du gouffre.


Agenda donnez moi
de vos dates à damner…

Noir Désir : Bouquet de nerfs

La psychanalyse appliquée à mon chat.

Bonjour très cher monde !  Comment allez-vous ? Je vous écris entre deux révisions, trois Molière et quatre dossiers (à moins que ça ne soit le contraire, je ne sais plus je vois trouble, mon oeil a rendu les armes).

Aujourd’hui, je tiens à vous parler d’un sujet important : la psychanalyse. Je ne sais pas si vous avez déjà eu affaire à cette bête-là. Personnellement ça va maintenant faire quelques années que je la fréquente, et je pense qu’il y a là matière à s’amuser. Car la psychanalyse est une science humaine qui est presque une caricature d’elle-même. Nul besoin d’en rajouter ! Les théories psychanalytiques ont déjà l’air de blagues géantes (la psychanalyse c’est la twingo de la médecine).

D’une façon ou d’une autre cette image a un rapport avec l’article. C’est la magie de la psychanalyse.

La psychanalyse a été inventé par notre bon ami Freud, ce nom vous dit peut-être quelque chose car il est évoqué régulièrement dans les cours de philosophie (qui je vous jure n’est pas aussi drôle que la psychanalyse) de lycée. Notamment celui sur le désir. Car la clé de la logique freudienne est la même que celle de la ceinture de chasteté à savoir : le sexe. Aussi nommé Phallus (car oui « grosse teub » ça faisait pas très psychanalytique). En gros le principe est simple (c’est le principe qui est simple voyons) : tout et n’importe quoi en vient à représenter le phallus qui représente lui même le sexe. Car non voyons, un vagin ne peut représenter le sexe ! Bah non… ça serait quand même dire que les femmes puissent avoir des envies. Franchement… Et pourtant Freud viendra soigner les hystériques qui sont en fait de grosses frustrées.

Jusque là tout va bien. Ca reste encore simple. (nous ne parlerons pas de Lacan, je suis à cours d’aspirine et ma rétine saigne déjà de trop de boulot) Sauf que aujourd’hui, on considère que pour être analyste, il faut avoir soi-même fait une analyse. Hors, Freud étant l’inventeur de la psychanalyse, il n’a pu faire son analyse. Freud aurait-il roulé l’humanité dans la farine de l’inconscient ? Bien possible. D’autant qu’aujourd’hui en effet, il vous suffit de justifier d’une analyse pour être à votre tour analyste… et vous faire un max de thunes sur le dos de gens innocents qui n’ont rien demandé que la résolution de leur problème (et la paix dans le monde), mais ça la psychanalyse ne sait pas faire. Je vous laisse imaginer les dégâts.

Via mes études, je dois fréquemment me frotter à cet étrange milieu qui bien que très rigolo vous fait s’hérisser les cheveux sur la tête et les poils sur les bras. Aussi, pendant mes « vacances » j’ai eu la joie de lire un livre de psychanalyse du comédien. Et bah j’ai bien ri. Selon cet ouvrage, ô combien sérieux je n’en doute pas une seconde (c’est à la BU alors ça ne peut être que un ouvrage de qualité)(ahahahahahah), le comédien montant sur scène chercherait à séduire son public dans lequel il voit une mère, mère qui a été absente durant sa petite très petite enfance. La représentation serait pour le comédien l’équivalent d’un coït avec orgasme décuplé en cas de standing ovation. Donc le comédien cherche à niquer sa mère en montant sur scène. Et c’est pour ça que l’histoire d’Oedipe continue d’être adaptée au théâtre encore… et encore… et encore… et encore. Une histoire qui tourne en rond car voyez-vous le serpent se mord la queue (ou celle d’un autre, après tout le serpent est un pervers c’est bien connu, il a quand même refilé une pomme à Eve pour la voir niquer avec Adam, devenant ainsi le premier pervers – voyeur de l’histoire. Saw avant l’heure).

« Mais je t’ai pas élevée comme ça ! » a dit ma mère dans un soubresaut. Bien évidemment, elle n’était pas très heureuse, car dans la théorie freudienne c’est toujours la faute de la mère. D’une façon ou d’une autre.

  • Vous êtes impuissant > votre mère vous a donné le sein beaucoup trop tard. De ce fait vous l’avez placé en tant qu’objet de désir sur un pied d’estal de convoitise, rendant impossible pour toute femme d’atteindre un tel niveau.
  • Vous êtes frigide > votre mère vous a donné le sein beaucoup trop tard. De ce fait, vous êtes envahie par une image de la mère omniprésente. Ne vous sentant pas à la hauteur d’une telle mission, vous bloquez toute possibilité de copulation afin de ne point causer procréation.
  • Vous êtes narcissique > votre mère vous a beaucoup trop couvé, répondant à tout vos caprices.
  • Vous êtes insatisfait > votre mère ne vous a jamais encouragé ou appris à mettre la limite entre le bien et le mal.
  • Vous n’aimez pas vos enfants > votre mère ne vous aimait pas.
  • Vous aimez les enfants des autres à la folie > votre mère ne vous aimait pas.
  • Vous n’aimez personne > votre mère ne vous aimait pas.
  • Vous allez sauver le monde > votre mère en vous aimait pas. (et vous allez rater votre vie passage)

Bref, on pourrait continuer longtemps comme ça. Mais maintenant, passons aux choses sérieuses…

Sur cette image, la douce, la soyeuse, la gentille mignonne petite Calypso et un verre de despé rouge (tout aussi doux et gentil mais moins soyeux)

Sur cette image, la douce, la soyeuse, la gentille mignonne petite Calypso et un verre de despé rouge (tout aussi doux et gentil mais moins soyeux)

… et psychanalysons mon chat.

Car tout ce long (mais ô combien merveilleux préambule) n’était qu’une excuse pour vous donner la règle du jeu, de quoi vous armer pour ce difficile exercice. Nous allons psychanalyser la gentille Calypso (photo par le geek d’ailleurs) (je précise avant qu’il ne m’attente un procès parce qu’il n’a rien à faire de son samedi soir). Quelques informations sur Calypso afin de vous aider dans votre tâche :

  • Calypso est une femelle
  • Calypso va avoir 7 ans
  • Calypso a eu une première portée de quatre chatons, aujourd’hui trois sont morts et un vit toujours chez nous (il s’agit de Gribouille)(mais lui on va pas le psychanalyser… ça prendrait trop de temps).
  • Calypso a eu une autre portée, malheureusement l’un est mort-né et l’autre n’est jamais « né ». A la suite de ça Calyspo a subi une ovariosectomie.
  • Calypso aime le jus des olives et se roule dans leur jus à la première occasion.
  • Calypso aime le sopalin (mais cet amour n’est pas réciproque).
  • Calypso aime aller chier dans le bac à sable des voisins.

Qu’arrive-t-il à Calypso ? Car dernièrement, Calypso ne vient plus faire son petit câlin du soir, et Calypso ne ramène plus sa souris du matin, ni celle du soir. Calypso va même jusqu’à taper son fils parce qu’il dort à sa place sur le lit deux places, celle où le soleil donne dessus pendant tout l’après-midi.
Plusieurs hypothèses s’offrent à nous : sans doute Calypso souffre-t-elle d’une terrible crise de remords suite à la perte de sa dernière portée. N’ayant pu mener à bout sa mission de mère porteuse, elle le fait payer à son fils qui lui est bel et bien en vie alors que les souris qu’il mange sont toujours celles qu’elle ramène elle. Sa mère d’ailleurs ne lui a pas non plus appris à se remettre d’une telle épreuve. D’ailleurs, le monde des humains a commis l’outrage suprême de l’empêcher de pouvoir à nouveau mettre bas, causant de ce fait un nouveau traumatisme. En effet, cette amputation empêche la jeune chatte de pouvoir rattraper son échec. Aussi se venge-t-elle sur le monde des humains. Ses attaques à répétition sur le sopalin sont une façon de les empêcher de se nettoyer, et donc de se purifier. Car l’hygiène est plus qu’importante dans le monde félin. C’est d’ailleurs pour cela que Calypso se parfume au jus d’olive. De plus, l’olive, tout petit fruit peut très largement faire référence aux testicules des mâles et sans doute cela révèle un désir profond de vouloir être mâle plutôt que femelle, là aussi une conséquence de cette terrible amputation.

Ceci n’est bien sûr qu’une hypothèse et je vous invite à proposer la vôtre, afin que nous puissions sauver Calypso du mal qui la ronge !

Normalement, à l’heure actuelle, vous ressemblez à ça.

La ville autrement

_C’est pourtant simple ! Je ne vois pas comment tu fais pour ne pas comprendre… Il n’y a absolument rien de compliqué dans cette histoire…
_La preuve que si. Réexplique !
_Non ! Ca fait déjà trois fois.
_Aller ! Tu vas quand même pas me laisser comme ça ? Sans savoir et sans comprendre alors que ça a l’air d’être quelque chose de tellement évident pour toi… et pour tout le monde d’ailleurs…
_Bon très bien… Mais essaie d’être vraiment attentif cette fois. Je n’ai pas envie d’y passer la journée.
_Promis !
_Alors, tu tournes la poignée, et tu pousses le bâtant.
_Extérieur ou intérieur ?
_Ca dépend de la fenêtre.
_C’est ça que je ne comprends pas… comment peut-on laisser une chose si importante dépendre du hasard ?
_C’est une question de feeling je suppose. Il faut savoir improviser et s’adapter.
_Et si on y arrive pas ?
_Dans ce cas-là il n’y a plus qu’à recommencer. De toute façon à ce stade-là tu n’auras pas vraiment le choix alors autant faire avec.
_Je trouve ça bien embêtant… Ca ne risque pas de provoquer de terribles pertes de temps ?
_Si.
_Combien ?
_Ca peut aller de plusieurs jours à plusieurs années. Ca dépend de toi.
_Encore une part de hasard…
_Ouai. Va falloir t’y faire. La seule chose maîtrisable, c’est le sol et le nombre d’étages.
_C’est à dire ?
_A toi de bien choisir ta fenêtre. C’est le seul contrôle que tu puisses réellement exercer sur l’opération. Tu choisis comme il se doit la zone visée. Les pavés sont souvent plus efficaces, les parkings ont tendance à laisser de forts traumatismes dans la vie de tes contemporains. C’est un choix difficile dont découle beaucoup de choses auxquelles on a plus le temps de penser quand on a ouvert la fenêtre. Alors il vaut mieux tout calculer en amont. C’est moins risqué. Crois moi.
_Et le nombre d’étages ?
_C’est une mesure de sécurité. Disons que plus tu montes haut et plus tu as de chance de réussir ton coup. Certains réussissent même du premier étage, mais ceux-là sont de véritables artistes, ils appartiennent à la classe des héros et tu es encore loin d’en avoir l’étoffe. Mieux vaut choisir la sécurité.
_Pourquoi je ne pourrais pas tenter du premier étage si l’envie m’en prend ? Si ça se trouve, moi aussi je suis de la classe des héros ! Si tu ne me laisses pas tenter le premier étage on ne le saura peut-être jamais.
_Si tu te rates du premier étage, crois-moi, tu n’es pas prêt d’avoir une seconde chance. Il est beaucoup plus difficile d’ouvrir la fenêtre quand on est en fauteuil.
_Tu crois ça toi ?
_On dit souvent que la vie est beaucoup plus difficile pour les paraplégiques, on parle rarement de la mort mais c’est du même acabit.
_Pas faux…
_En plus, le saut est beaucoup moins beau. On tombe en masse difforme… c’est loin des performances qui peuvent être justement attendues par les spectateurs en bas.
_Les spectateurs ?
_Il y a en toujours. Si tu espérais ne pas en avoir, il fallait te spécialiser en falaise. La défenestration n’est pas pour les timides. Il y a toujours quelqu’un, un portable, une caméra, un oeil diffus et omniprésent pour surprendre ton saut, ta chute, ta fin. On saura forcément, on retrouvera forcément des traces, et on cherchera des réponses. Il n’est pas encore trop tard pour choisir la falaise si vraiment tout cela te pose problème. Mais ne compte pas sur moi pour t’accompagner, j’ai mieux à faire que gérer les suicides écolos.