Posts Tagged: le cynisme louche

Le client est roi ou la tragique histoire de Bouton d’Or…

Qu’ouïs-je ? Qu’entends-je ? Cet article aurait déjà plus d’une semaine de retard ? Diantre, mais c’est terrible Sans doute qu’il était caché derrière les oeufs. Ou bien que j’avais des dossiers administratifs multicolores nécessitant donc la prise simultanée de cocaïne et de LSD. Ou encore que j’étais d’ores et déjà en train de chercher à nouveau du travail à peine rentrée dans mon fief rennais. Ou alors peut-être que je buvais des bières en terrasse. Ou que je rempotais Rambo qui a profité de ses vacances pour pousser, ainsi qu’une forêt de patates sauvages qui squattait mon placard de cuisine. Ou bien finalement un peu tout ça à la fois… Mais toujours est-il que je ne pouvais pas vous laisser sans faire un bilan de cette saison ! Le genre de bilan qui redonne foi en l’humanité et qui fait du bien et qui donne le sourire et qui donne envie de croire que nous ne sommes pas le cancer de cette planète ! Et bien Lecteur, je suis désolée, mais il y avait rupture de stock de ce type de bilan. Du coup, bah j’ai fait comme j’ai pu, j’ai pris la marque en dessous, tu sais, celle tout en bas du rayon, ou en tout en haut…Selon les usines, ça a exactement le même goût. Alors lecteur, es-tu prêt pour un bilan de l’humanité à la qualité lidl ? Non ? C’est balo.

Quand la fin de saison a été tellement intense que je mets un moment à récupérer un rythme de vie...

Quand la fin de saison a été tellement intense que je mets un moment à récupérer un rythme de vie… « Je suis allé jusqu’au boulot et puis je me suis souvenu… qu’on était samedi. »

Et je me rends compte que je n’ai pas dit un mot de ces clients qui en sont pas nécessairement méchants, juste maladroits… Ces clients qui savent que tu es en train de bosser à autre chose et qui aimerait te poser une question, tout en te faisant savoir qu’ils savent qu’ils te dérangent mais qu’ils veulent juste une info vite fait et puis après ils s’en retournent vers d’autres aventures… Ces clients ils sont rigolos parce que du coup, ils ont des façons originales d’entrer en contact avec toi. Des gens à peu près aussi doués socialement que je le suis.

« Bonjour, vous travaillez là ? »
Non non. J’ai un polo bleu avec écrit en gros lidl et je passe la serpillière, mais non, je ne travaille pas là. C’est juste mon kiff de passer la serpillière chez lidl dans un polo bleu moche qui gratte et qui pue. Y a des gens ils font du macramé, ou du coloriage pour se détendre, moi je passe la serpillière dans une grande surface. Ça me détend.

« Je vous dérange là ? »
Non non. Je suis en équilibre sur des pots de nutella avec des cartons de pots de confiture à bout de bras au-dessus de la tête. Moi je dis que c’est le moment parfait pour qu’on tape la causette. Dîtes moi tout. Quels sont vos rêves ? Vos peurs ? Plutôt slip ou caleçon ? Ça vous dérange si je me vautre comme une merde ?

« Je vois bien que vous êtes occupée, mais vous pouvez m’attraper ça ? »
Euh oui
« et ça ? »
oui…
« et ça »
dis donc tu veux pas que je fasse tes courses non plus !

Il y a aussi ce paradoxe incroyable qui entoure la personne mystérieuse qu’est la caissière… Parce que la caissière, tout le monde le sait, c’est un être un peu con, un être qui a raté sa vie et a donc a atterri dans le rebut de l’humanité, à peine humaine, la caissière a besoin qu’on lui explique tout lentement, qu’on lui répète et qu’on lui explique étape par étape. C’est important. La caissière, c’est l’autre. Il est donc essentiel de bien maintenir cette différence. Un peu comme on continue à dire « migrant » plutôt que « réfugié d’une guerre qu’on a nous même armé » ou bien « gens qui n’ont rien demandé à personne mais ont vu leur vie réduite en cendres en 30 secondes ». Ne surtout pas se rappeler que la caissière est une vraie personne. MAIS des fois, parce que c’est arrangeant, on prête à la caissière des pouvoirs quasi-surnaturels, une intelligence de prix nobel, et une connaissance du monde à faire pâlir les plus grandes bibliothèques du monde. On peut aller demander à la caissière mille et une choses… et être surpris qu’elle ne sache pas répondre.

« Dîtes le [insérez nom de vin de votre choix] c’est un vin plutôt amer non ?
_Aucune idée madame..
_Ha, parce que j’aime plutôt les vins doux, alors qu’est-ce que vous pouvez me conseiller ?
_Aucune idée madame…
_Comment ça ? Vous travaillez pourtant bien ici !
_Certes, mais je ne suis pas oenologue. D’ailleurs, je déteste le vin. Je les trouve tous dégueulasse pareil. À part qu’il y a des dégueulasses rouges et des dégueulasses blancs. Mais au goût c’est pareil. Je crois qu’il y a une très bonne cave à [nom de ville pas loin], ils sauront parfaitement vous conseiller par contre »

Car bien entendu, mes compétences en oenologies avaient été au centre de mon  entretient de recrutement…

« Vous connaissez une boîte de nuit dans le coin ?
_Non.
_Bah quand même ! Vous êtes jeunes pourtant.
_Oui, mais j’aime pas les boîtes de nuit. Y en a. Mais je sais pas où.
_Faut sortir voyons ! Regardez, nous on est jeune, on sort ! Jolie comme vous êtes !
_Je sors. J’aime pas les boîtes de nuit. J’aime pas danser. J’aime pas que vous me parliez comme ça. Au revoir bonne journée. »

Des fois, la caissière aussi est une marchandise.

Quand avec les collègues on fatigue et qu'on se dit qu'il va être urgent d'aller boire un verre

Quand avec les collègues on fatigue et qu’on se dit qu’il va être urgent d’aller boire un verre « Monte ! Je te conduis à ton verre »

Mais je suis mauvaise. Car grâce aux clients, j’ai aussi appris plein de choses. Par exemple, j’ai appris à quoi ressemblait l’alcoolisme !

« Excusez-moi, vous n’avez plus que ça en rosé ?
_Ha non, regardez j’ai tout ça encore. Vous avez largement le choix.
_Non mais en cubis.
_Ha ! [vérifie sa palette] Non en effet désolée… C’est ma dernière palette et je n »ai pas d’autres cubis de rosé dessus.
_Parce que du coup, j’ai été obligé de prendre un cubis de rosé pamplemousse et j’aime pas ça !
_Euh… mais en bouteille on a plein d’autres choses vous savez…
_Non je veux en cubis !
_Et bien en cubis je n’ai rien d’autre…
_Tant pis, j’aime pas le rosé pamplemousse mais bon »

Donc que je récapitule… l’élément essentiel, c’était que le vin soit en cubis ? Qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse ? Un truc du genre ? Donc, tu préfères boire un truc que t’aimes pas, mais le boire en quantité ? Je ne suis pas spécialiste en addictologie, mais je me dis que quand on en arrive à prendre en quantité un vin qu’on sait dégueulasse alors que d’autres options étaient largement ouvertes (ne rien prendre, plusieurs bouteilles d’un autre, prendre une bouteille d’un autre pour patienter et revenir plus tard, prendre un cubis de rouge ou de blanc), je ne sais pas, mais pour moi ça commencer sérieusement à ressembler à de l’addiction…

Et j’ai appris plein d’autres choses ! Par exemple, que certains mots avaient changé de sens. Ainsi, saviez-vous (bordel, j’ai failli écrire « sachiez-vous »…) que le mot « amabilité » avait changé de sens de telle sorte qu’il était devenu un synonyme de « serviabilité », voire même de « servitude ».
Alors que j’étais seule en caisse parce qu’il n’était que 8h40 (soit dix minutes après l’ouverture, pour rappel), le client qui faisait suite à celle que j’étais en train d’encaisser m’apostrophe, alors même que je n’ai même pas fini d’enregistrer les articles de la dame.

« Je voudrais un autre sac.
_Ils sont sous la caisse monsieur.
_Y en a plus à votre caisse.
_[contorsion façon tour d’horizon] Vous en avez aux autres caisses monsieur. Je ferai en sorte d’en remettre à la mienne dès que possible… »

Et je retourne à ma cliente pour finir de m’occuper d’elle. Le vieux ne bouge pas, puis finit par grommeler et s’en va chercher un sac à la caisse juste derrière moi. J’en termine avec la dame et commence à l’enregistrer. Quand d’un coup :

« Vous pourriez être aimable quand même ! Vous auriez pu aller le chercher le sac ! »

Et ça tombe bien, parce que toi aussi tu pouvais aller le chercher. Même que techniquement, tu avais beaucoup plus les moyens de le faire que moi, puisque tu n’avais rien de mieux à faire qu’attendre et tes courses, alors que je travaille et que ce n’est même pas ton tour… Qui plus est, si t’as vraiment la flemme, y a lecler et super U qui proposent des services drive, t’auras même pas à t’emmerder à le remplir le sac. D’un côté je n’ai pas le droit de dire tout ça, de l’autre, j’en ai marre de me faire agresser pour un oui pour un non, et je ne pense pas être en tort, et moi aussi j’aimerais un peu de respect. Alors finalement…

« De la même façon, vous auriez pu me dire bonjour. Comme ça on est quitte.
_Je vous ai dit bonjour !
_Non mais c’est pas grave monsieur, je vous souhaite quand même une bonne journée. »

PARCE QUE C’EST ÇA L’AMABILITÉ MA GUEULE !

Quand la défense des clients pour être des connards c'est que d'autres font pire...

Quand la défense des clients pour être des connards c’est que d’autres font pire… « Oh calme toi, t’en fais trop. T’as fait bien pire ! »

D’ailleurs, certains clients sont teeeeeeellement aimables qu’ils viennent nous apprendre notre boulot ! Rappelez vous, la caissière est un peu conne, alors des fois, il est de bon ton de lui réexpliquer comment elle doit faire pour encaisser des articles.

« Faut que vous retiriez votre carte.
_Mais j’ai pas fait mon code !
_Vous avez mis votre carte trop tôt. Si vous ne me dîtes pas que vous payez par carte, je ne peux pas dire à la machine que vous payez par carte
_Et alors ? On est à une caisse carte bleue uniquement !
_…. Non. C’est une caisse normale… et même si c’était carte bleue uniquement, faudrait quand même lui dire que vous allez payer.
_Mais j’ai vu le signe carte bleue !
_…. c’est le signe « handicapé » pour indiquer que c’est une caisse prioritaire… »

Sur ma dernière semaine, selon monsieur Lidl, on n’était plus en saison. Sauf qu’encore une fois, monsieur Lidl a oublié d’en avertir les clients, qui se sont du coup pointés en masse sous prétexte qu’on était lundi, alors que nous avions déjà trois collègues de moins… On a du monde au point d’avoir des files jusqu’à la moitié des rayons. Résultat, vers midi trente, ma responsable vient nous remplacer chacun notre tour pour qu’on ne pisse pas sur les clients prenne une pause. Lorsque je reviens, je la remercie d’avoir pris sur son temps pour qu’on puisse souffler. Elle termine avec son client et me rend ma place. Alors qu’elle s’en allait remplacer quelqu’un d’autre, celui-ci l’apostrophe :

« Il faudrait au moins une ou deux caisses de plus !
_Je sais monsieur, mais nous manquons de personnel, nous faisons de notre mieux. [s’en va un peu plus loin]
_[en la suivant] Non mais laissez moi vous expliquer pourquoi il vous manque une caisse ! »

Je n’ai pas entendu la suite mais… laisse moi deviner… parce que c’est la merde ? Parce que y a vraiment beaucoup de clients ? Parce que ça serait plus confortables pour tout le monde, clients comme caissiers ? Parce que les gens sur le terrain ne peuvent pas faire leur boulot correctement à cause du monde dans les rayons ? Parce que même aux urgences un 15 août t’attends pas aussi longtemps ? Parce que certains clients qui en ont marre d’attendre balancent leurs trucs partout et qu’il faudra ramasser derrière eux et qu’en attendant ça rajoute encore plus au bordel ambiant ? Parce que du coup le magasin devient de plus en plus dégueulasse de minutes en minutes mais personne n’est dispo pour s’en occuper ? parce que les clients nous crachent leur mauvaise humeur à la gueule en arrivant en caisse comme si c’était notre faute et qu’on n’en était pas victime au même titre qu’eux ? raaaaaah putain, c’est beaucoup trop difficile comme question ! Je n’arrive clairement pas à trouver la solution du problème… Heureusement que ce client était là ! Rien de tel qu’un peu de condescendance mêlée à une bonne dose de mansplaining sexiste pour améliorer ton quotidien ! Car grâce à l’explication courageuse de cet homme, ma responsable a pu résoudre le problème et pondre deux nouveaux caissiers qui sont venus renforcer nos rangs, nous permettant ainsi de libérer du monde du magasin ! Hein ? Ha non… non non… my bad… en fait ma responsable était juste un peu plus irritée et on a continué à galérer parce que sous-effectif tout ça tout ça. Hum. Je me demande ce qui n’a pas fonctionné… sûrement que ma responsable, en bonne caissière qu’elle est, n’a pas compris toute l’explication du monsieur… beaucoup trop de subtilités je pense… diantre, qu’est-ce qu’on va faire d’elle ?

J’ai aussi appris que le secret médical on s’en battait les couilles avec la porte-fenêtre du voisin (parce que ça ferait des tâches sur la nôtre). Un jour que j’avais la chance et la joie d’être à la caisse prioritaire, j’ai donc fait passer des gens… en priorité. Oui je sais, un tel niveau de suspens et de surprise dans ce métier, je vous jure, c’est éprouvant… Et personnellement, pourquoi ils ont une priorité, je m’en fous. Ce n’est pas mon job. Ils me disent bonjour, me montrent leur carte et ça me va, je me débrouille. Mais bien souvent, ces gens oublient tout simplement de signaler aux gens qu’ils doublent, bah qu’ils les doublent. Alors bien entendu, ils y ont le droit et les gens n’ont pas le droit de s’y opposer. Mais toujours dans notre envie de vivre dans un monde plus civilisé, ça ne coûterait rien de regarder son voisin « bonjour, je vous informe que je peux passer en priorité. Désolé du dérangement, passez une bonne journée » Serait-ce compliqué ? Non. Alors si tu en as pas mal qui s’en foutent royalement et prennent leur mal en patience, certains sont un peu exaspérés du manque e politesse minimum, me balançant que « nous aussi on pourrait avoir un handicap et une carte de priorité, juste ça ne se verrait pas », un argument très juste. Après en général quand ça arrive, les gens se signalent. Mais argument très juste quand même. La remarque ne me paraît pas démesurée. Certains à l’inverse, vont embarquer leur poussette avec moults grognements et soupirs pour bien faire entendre leur exaspération et attendre plus loin. « Non mais moi je trouve ça intolérable ! Ça me gonfle des trucs pareils sérieux quoi ! J’avais pas vu putain que c’était une caisse priorité ! » Encore une fois… mais pourquoi tu en fais toute une scène ? N’as-tu rien de mieux à faire de ton énergie ? Une autre fois, encore mieux :

« Pourquoi vous l’avez fait passé ? Vous avez pas l’impression qu’on se fout de votre gueule ? Ça se voit qu’elle a rien !
_Je n’en sais rien, elle avait la carte, ce n’est pas à moi de juger le besoin qu’elle a ou non de cette priorité
_Moi je vous dis qu’elle n’a rien !
_Vous avez un diplôme de médecine ? Parce que j’avais une grand-mère qui avait les reins pourris, voire qui n’avait plus de rein, en dyalise un jour sur deux, et une carte de priorité. Mais ça se voyait pas. Pourtant il suffisait d’un coup de vent pour qu’elle s’écroule. Alors vous pouvez râler, mais je n’ai pas à demander pourquoi un client possède une carte de priorité. Ce n’est pas mon travail. Moi, j’applique la consigne. Demandez à votre médecin si vraiment vous estimez être lésés. »

Merde. Des fois, faut juste arrêter de me faire chier.

Quand les clients font vraiment trop chier, qu'il y a beaucoup trop de pression et qu'on commence à tous se parler mal entre collègues...

Quand les clients font vraiment trop chier, qu’il y a beaucoup trop de pression et qu’on commence à tous se parler mal entre collègues… « Stop ! au nom de l’amour ! »

D’ailleurs, une autre cliente m’a aussi appris que je me faisais exploitée (nooooon sans déconner ? bordel ! je ne l’aurais jamais cru !). Un autre jour du mois d’août où nous avions du monde (ce qui élimine peu de jours… dîtes vous bien que de début à trois jours avant ma fin de contrat le 28, je n’ai pas fini une seule fois à l’heure), je me galère joyeusement en caisse parce que devinez quoi ? Il y a vraiment trop de monde. Arrive alors une cliente…

« Franchement vous pourriez ouvrir une autre caisse.
_J’aimerais bien, mais je n’ai pas de collègues disponibles pour cela.
_Et en rayon j’en ai vus !
_Oui, ils ont déjà d’autres tâches à finir, ils ne sont pas disponibles. Nous faisons au mieux madame pour limiter la gêne occasionnée…
_Quand même, c’est toujours pareil chez vous !
_[tiens c’est le moment où faut arrêter de faire chier] Mais madame, vous savez bien comment on fait pour garder des prix bas non ? La direction a deux possibilités : soit couper la qualité, soit couper les salaires. Et comme ils veulent que vous reveniez, devinez qui on a coupé dans l’affaire ? Le but du jeu est donc qu’on soit systématiquement en sous-effectif. À un moment, forcément, ça ne marche plus.
_[m’attrape la main pour me consoler] C’est vrai que vous êtes exploitée quand même ! C’est pas possible des choses pareilles… »

Réaction 1. J’avais tellement envie de lui rire jaune au nez… Mais comme je n’ai très bien trouvé comment faire, je me suis abstenue. Donc, non seulement tu sais que je bosse dans des conditions de merde qui sont pensées pour que je ne puisse même pas penser à respirer dans ma journée, mais en plus, tu trouves quand même le moyen de me reprocher les failles du système dont je suis la première victime puisque c’est ma santé qui y passe, quand c’est juste ton temps ? Vraiment… TU FOUS MA GUEULE ??? Ce qui nous mène à la réaction 2…. ha la politesse de l’enculé… Quand les clients te voient être l’heureux gagnant du jeu « qui va aller ramasser la merde sur le parking » et en profitent pour te coller dans ton sac les restes de leur pic-nic « merci hein » tout en te disant que les gens abusent quand même, avant de mieux laisser tomber leur ticket de caisse par terre en montant dans la voiture. Et des comme ça t’en as tellement tout le temps… la politesse de l’enculé… je vois pas mieux pour expliquer ce moment où un client compatis à ta situation après t’en avoir blâmé et foutu plein la gueule. Trop aimable. C’est le genre de situation qui fait qu’au bout d’un moment, tu ne crois purement et simplement plus qu’un client puisse avoir un mot gentil de façon totalement gratuite et désintéressée pour toi. Et pourtant, ça arrive.

Alors avant de passer à la partie finale où on tapera encore un coup sur monsieur Lidl histoire de finir en beauté, une petite mention spéciale aux quelques uns qui ont vraiment été gentils pour être gentils. Ceux qui disent bonjour juste parce qu’ils te croisent, ceux qui t’aident à ramasser le carton qu’un client vient de faire tomber de ta palette, ceux qui t’aident à nettoyer quand ils ont cassé une bouteille à ta caisse parce que « c’est normal, c’est pas votre travail de réparer mes conneries quand même, je suis désolé… », ceux qui te défendent parce que tu viens de te faire traiter de connasse, ceux qui chantent Eyes of the tiger pour le fun avec toi, ceux qui ont un mot gentil parce que ça se voit que tu es à quatre endroits à la fois, ceux qui te disent gentiment que tu t’es trompé, ils ont pas 45 baguettes mais 4, mais c’est pas grave ça arrive, merci de nous rembourser, ceux qui te demandent s’ils peuvent t’emprunter ta poubelle, ceux qui insistent auprès de leurs gamins pour qu’ils te disent bonjour et au revoir parce que c’est important, ceux qui disent haut et fort que c’est pas grave que tu ais mis du temps à venir en caisse, après tout tu fais ton travail, t’allais pas venir les mains pleines de jus de poubelle, désamorçant par là même les clients qui eux allaient te reprocher le temps d’attente, ceux qui te laissent le temps de boire parce qu’il fait 40 à l’ombre et que tu dégoulines jusque sur la caisse, ceux qui placent un petit compliment comme ça, ceux qui te sourient, ceux qui ont « tout bien rangé le tapis et les boissons dans le cadis pour que ça soit plus facile », ceux qui font l’effort de penser une blague juste pour toi, ceux qui se rappellent que si eux ils sont en vacances, ce n’est pas ton cas, ceux qui te filent leur recette pour aller avec tel produit, ceux qui s’inquiètent pour ton épaule, etc… Heureusement qu’il y en a des comme ça…

Quand les clients ne se donnent même plus la peine de faire des phrases complètes.

Quand les clients ne se donnent même plus la peine de faire des phrases complètes. « Toi ! Nourriture ! Maintenant ! »

Mais heureusement, pour compenser tout ça, nous avons la chance d’avoir une direction compréhensive, humaine et d’un soutien sans commun égal ! Enfin c’est ce qui est écrit sur les papiers qui sont suspendus partout dans les espaces des employés (contrairement aux papiers des syndicats qui eux sont cachés dans le couloir par où passent les convoyeurs pour accéder au coffre)(mais non voyons, je ne dis pas qu’on rend volontaire l’accès à l’information syndicale compliquée ! Je dis juste que dans les espaces informatifs disponibles, on fait des choix.)(Après comme disait mon prof d’éco au lycée « c’est un choix de société »). Mais tiens puisqu’on parle d’affiches suspendus… Y en a plein de types, outre celles qui te rappellent qu’il faut sourire, celles qui te rappellent des procédures que tu dois suivre dans le monde parfait et idéal de Monsieur Lidl, celles qui servent de mode d’emploi, tu as aussi l’affiche de l’auto-laveuse qui personnellement est une de mes préférées tant elle me fait sentir toute la considération que la société a pour ses employés. Au dessus de l’auto-laveuse, il y a donc un panonceau qui stipule qu’il faut bien entretenir l’auto-laveuse (et pas à coup de pieds) et qui te rappelle que la plupart des problèmes viennent du non-entretien de la dite machine. Si les choses s’étaient arrêtées là, pourquoi pas. Sauf qu’on te précise aussi que « votre auto-laveuse coûte 19 857€ » (non jle connais pas par coeur, c’est un ordre d’idée). Comme ça, tous les jours, quand tu remplis l’auto-laveuse (ce qui prend un temps fou) ou que tu la nettoie (ce qui éclabousse copieusement tes lunettes), tu peux tranquillement te rappeler que l’auto-laveuse vaut plus cher qu’un an de ton salaire, donc que tu vaux moins que l’auto-laveuse. Car si on se soucie de l’entretien de l’auto-laveuse, on se soucie beaucoup moins de ta santé, puisqu’après tout tu es remplaçable.

Petit détour… vous vous rappelez ces foutues alarmes aux issues de secours ? On a passé tout l’été à s’en plaindre, tout l’été à dire que ça te niquait très sérieusement les oreilles, tout l’été à dire que c’était insupportable. On a mis en place des solutions que la direction a rejetées parce que « pas concept ». À force, à la mi-août, ils ont fini par nous dire qu’ils allaient mettre en place des bandes adhésives sur les portes pour que ça soit plus visible. À la fin août, toujours rien n’avait été fait, et personne n’en a reparlé. Après tout, c’est pas comme si à force de m’en bouffé toute une matinée juste avant la visite médicale professionnelle, la nana m’avait dit qu’il y avait un problème dans mon audition, par ailleurs excellente, qu’à part les sons aigus je ne percevais plus ceux que je devais percevoir. Quand j’ai expliqué le bordel sonore, l’infirmière m’a dit de ne pas m’inquiéter, qu’avec du repos ça reviendrait normalement. Parce que moi, je bossais là-bas deux mois et demi. Comment ça se passe pour mes collègues qui y bossent à l’année ? À quel moment ils vont se reposer ? À quel moment les dégâts de ces alarmes deviennent irréversibles ? De la même façon qu’ils ont attendu qu’un collègue se fasse cogner pour nous envoyer un vigile trois jours (sans doute pour qu’on l’ouvre pas trop), ils attendent quoi ? Que trois caissiers perdent l’usage d’une oreille ? Tout ça parce que c’était pas concept de mettre un panneau « sens interdit » comme dans environ toutes les autres enseignes ? Et quel recours pour ces gens-là que le système finit par persuader que c’est « normal » que ça fait partie du taf, tout en continuant de leur en demander plus sans augmenter ni les salaires ni les effectifs ? Et puisqu’on en est à lever le point, que dire de ce genre d’enquêtes qui font purement et simplement froid dans le dos et font que tu te réjouirais presque de ta situation ? Désolée pour cette minute pseudo-révolutionnaire, mais ça m’a tellement débecté de voir quelle peu d’estime finalement on accorde aux humains dans ce genre de boîte, de voir à quel point le système est pensé pour que tu trouves normal de ne pas avoir de pause, pour que tu en arrives même à en vouloir au collègue qui ne veut / peut pas terminer trente minutes plus tard. Ça m’a énervée de voir comment finalement, on finit tous par perdre ce qu’on a de meilleur pour ne finalement qu’être des espèces de machines, un bon élément du système, sur lequel on crache, mais qu’on continue quand même d’entretenir, persuadé de ne pas avoir d’autres choix… et j’avoue qu’aujourd’hui, je me pose justement beaucoup de questions sur la possibilité d’autres choix justement… J’ai pas de réponse. Tout ce que je sais c’est que y a plein de gens qui sont coincés dans ces systèmes et qui n’ont pas la possibilité de penser à d’autres issues, parce que quand t’es dedans, tu n’as absolument pas le temps d’y penser. Si tu arrives déjà à continuer d’en rire, à continuer d’être respectueux envers tes collègues et les clients, et bien c’est déjà énorme.

Désolée pour ce petit encart de sériosité, je ne m’y attendais pas moi-même, fallait que ça sorte. Alors histoire de détendre l’atmosphère, parlons de compacteuse maudite voulez-vous ! Parce que pour en revenir à notre auto-laveuse : bien sûr si c’est mal entretenu, ça entraîne des pannes qui auraient pu être évitées. D’un autre côté… si vous veniez réparer quand on vous dit qu’il y a un problème, peut-être que le problème n’empirerait pas jusqu’à ce qu’il faille purement et simplement changer la putain d’auto-laveuse ! Et j’ai pas fait de grandes études de chef, mais je sais que la banque est toujours gagnante : si vous préférez laisser l’auto-laveuse se détériorer, alors même que nous avons signalé un problème que nous ne pouvons régler, jusqu’à devoir la changer, c’est que vous estimez que vous perdez moins d’argent à remplacer la dite auto-laveuse plutôt que de la réparer. Alors venez pas me péter les burnes comme quoi l’auto-laveuse elle coûte tant et que j’ai intérêt à la laver correctement avec les larmes de mes yeux parce que y a un moment c’est quand même un peu facile de tout jeter sur la gueule du salarié tout en bas de l’échelle ! Parce que c’est ce qui s’est passé cet été. Dès la mi-juillet, on a commencé à signaler des défaillances de l’auto-laveuse (pourtant neuve). Comme souvent cet été, on a pris un putain de vent. Nous avons donc doublé les mesures à faire pour l’entretenir, histoire d’être sûr. Mais ce qui devait arriver finit par arriver, et à la mi-août, on aurait aussi vite fait d’organiser un combat de catch dans la boue entre le rayon poisson surgelé et pastis que de passer l’auto-laveuse. Il a donc fallu la changer. Et ce même si nous avons bien suivi tous les petits protocoles d’entretien.

Quand j'attends que l'auto-laveuse se remplisse...

Quand j’attends que l’auto-laveuse se remplisse… « Une bonne sieste te fait sentir mieux, mais pas seulement. Elle permet aussi de réduire le temps de travail »

Et quand on en a eu fini avec l’auto-laveuse, c’est la compacteuse qui s’est mise à faire des siennes… Pour ceux qui ne savent pas (ou qui n’ont pas lu The Punkedelike Circus, dans lequel un compacteur fait disparaître des artistes de cirque incapable…)(c’est mon site, jme fais de la pub si je veux), un compacteur, ou une compacteuse (le genre de la chose n’est pas vraiment arrêté… j’ai entendu l’un comme l’autre…), c’est une grosse machine qui écrase. En fonction des lieux, elle va écraser les ordures courantes, ou dans notre cas, les cartons. En gros ça te fait des cubes d’ordures, ça prend moins de place. Un jour, une flaque d’huile fut découverte sous la dite machine. Ce qui est quand même rarement bon signe. Et puis, la machine a commencé à faire du bruit;.. beaucoup de bruit… C’était vraiment impressionnant. Au choix, tu avais l’impression d’une chose à l’intérieur qui hurlait, ou d’un être vivant qui se faisait écrasé. En plus d’être un bruit extrêmement désagréable à l’oreille (parce que jusque là comme vous l’avez bien compris, on manquait de bruits extrêmement désagréable à l’oreille)(les parenthèses ne suffiront jamais à porter toute l’ampleur de mon cynisme sarcastique)(et pourtant j’en mets beaucoup…). Bien évidemment, nous avons cherché la cause du problème sans la trouver. Nous l’avons signalé. Et histoire de changer les bonnes habitudes, nul n’est venu. Bordel, on aurait eu plus de chance de recevoir de l’aide si on était une sonde spatiale perdue dans une putain de couronne d’astéroïdes ! En rentrant, alors que j’en parle à ma famille, mon frère suggère alors la chose suivante « elle est possédée ! C’est le démon qui cherche à se frayer un chemin jusqu’à nous ! Fuyez pauvres fous ! » À partir de ce moment, il était évident qu’il s’agissait là de la seule explication pertinente et qu’aucune autre suggestion n’était valide. J’en ai fait part à mes collègues, tout en suggérant un sacrifice, qu’il aurait suffi de jeter dans la compacteuse, afin d’apaiser la bête. Pour une bête raison de droit du travail (son décès n’était pas encore officiel à ce moment-là), on ne m’a pas autorisé à jeter un collègue ou un client. Je fus moulte déçue. On a donc continué à ne pas comprendre ce qui se passait. Le matin elle était à nouveau silencieuse, et au fur et à mesure de la journée, le bruit revenait et s’intensifiait, jusqu’au moment où on commençait à purement et simplement s’inquiéter de la voir nous exploser à la gueule. Puis elle n’a plus fait de bruit. Puis elle n’a plus marché du tout. Voilà, à force de ne nous envoyer personne, on avait gagné le jackpot. Plus rien ne marchait. Aucune commande ne réagissait. Même arrêter / redémarrer ça ne marchait pas. C’est te dire… On a appelé. Et alors là, accroche toi bien à ton slip, tu sais ce qu’on nous a répondu ? « Ça ne fait pas 48 heures, on ne vous enverra personne avant ce délai. » DONC, que je récapitule : nous sommes un magasin côtier qui bats des records de CA, pourtant tout le monde s’en bat de ce qui nous arrive, et en plus il est évident que cette augmentation violente du CA va de paire avec une augmentation non négligeable du nombre de cartons à compacter ALORS COMMENT ON FAIT QUAND LA COMPACTEUSE EST MORT À 10H DU MAT ?? Et on ne nous a jamais envoyé personne. On en a chié pendant deux jours. À force d’appuyer sur tous les boutons dans tous les sens possibles, les collègues ont réussi à la relance. Sans qu’on sache ce qui merdait. Sans que personne ne bouge son cul pour régler le problème. Alors, vraiment, avant de faire porter la responsabilité du non entretien du matériel au petit personnel, va peut-être falloir se remettre en cause deux secondes et demi sur la gestion générale du putain de bordel ! Et peut-être aussi arrêter de nous prendre pour des cons. ÇA ça serait top.

Parce qu’on va taper une dernière fois sur les chefs (mais c’est leur boulot, c’est ce qui justifie leur salaire). Une fois n’est pas coutume, on nous a rabaché les oreilles je sais pas combien de fois d’une « visite » (si tu as lu « inspection », non tu n’es pas pris d’une subite et violente dyslexie, tu as juste toi aussi appris que plein de mots avaient des synonymes inattendus et non validés par l’Académie Française)(qui de toute façon ne valide pas grand chose, mais c’est un autre sujet…). Parce que nouveau magasin, ils ont fait venir les chefs mag de toute la côte ouest pour faire de la pub sur comment ça allait partout maintenant. Et des responsables de ci ou ça en cravates qui ne se présentent jamais et pensent que tu vas tout lâcher pour leur serrer la main (non je n’ai pas pris un malin plaisir à mettre deux fois plus de temps à mettre mon vin en rayon, c’est pas mon genre. Je voulais impressionner le grand chef, parce comme il se présentait pas bah moi je pouvais que supposer que c’était le Super Méga Patron et alors il fallait bien que mes bouteilles soient parfaitement parallèles les unes aux autres, pour le « facing »)(je pourrais faire un article entier sur l’anglicisation des termes de travail… tu veux ?). Et un jour on nous annonce donc la visite du Grand Chef d’Allemagne (ces Allemands ils ont des noms bizarres quand même…). Branle bas de combat et tout le monde sur le pont. Pendant une semaine on récure tout de fond en comble, limite si on nous fait pas faire les joints du carrelage à la brosse à dent (mais pourquoi on se ferait chier à ce point sur ce foutu carrelage alors qu’ils l’ont même pas fini et que c’est pour ça qu’on peut pas le nettoyer correctement ?), on niquel tout. Le tout avec blinde de pression et de stress qu’on se balance à la gueule les uns les autres parce que tout le monde commence à être plus qu’épuisé et à ne plus pouvoir tenir ses nerfs. On se répartit en binôme, et on attaque la mise en rayon. Au bout de dix minutes, appel de ma responsable au micro pour nous demander de virer nos bouteilles d’eau du PC. Pour info, quand tu es en caisse, tu peux avoir ta bouteille d’eau à porter de main, c’est facile. Quand tu es sur le terrain, c’est un peu plus compliqué. Du coup, la plupart d’entre nous laissait sa bouteille  côté du PC, une espèce de bureau avec plein de trucs utiles, dans la réserve. Ce qui nous permettait de l’attraper assez vite en passant. Et bien figurez-vous que pour le grand chef d’Allemagne, ceci est du bordel non désiré. Et franchement, ça m’a putain de gonfler. Il a fait super chaud tout l’été, ces putain de polos de merde sont hyper chauds… Je trouvais à la limite de l’irrespect que d’un coup on nous demande de virer notre eau pour la mettre dans un endroit difficile d’accès (soit la laisser à un collègue en caisse où on ne va jamais du coup, soit en salle de repos un étage et un coup de badge au dessus de tout ça). Ma responsable était elle-même bien emmerdée « Moi tant que c’est pas le bordel et qu’on peut travailler, ça me dérange pas ». Bah non… tant qu’on en a pas 400 000 et qu’on en fout pas partout, c’est de l’évidence. Mais non. Pas de bouteille d’eau en vue pour le Grand Chef d’Allemagne. Et respirer ? On peut aussi dans le magasin ? Ou l’oxygène est réservé aux clients et nous faut qu’on sorte ? Oui bien sûr, uniquement par derrière, en passant par le local poubelle pas de problème… La santé du salarié, c’est définitivement pas concept. Bref, ce jour-là j’ai pas pu boire assez, je suis rentrée avec des chevilles qui avaient doublé de volume. Autant vous dire que ça ma mise de bonne humeur.

Quand j'en ai marre et que j'envisage de refaire le lidl à ma façon.

Quand j’en ai marre et que j’envisage de refaire le lidl à ma façon. « Bon, j’ai dû faire quelques petites « modifications »…. mais ton bureau ikea est fini maintenant ! »

Mais on ne va pas s’arrêter là ! Non non non. Comme les grands chefs allaient venir, il fallait éviter de dépoter. Alors dépoter, c’est quand tu bourrines un peu au moment de la mise en rayon, histoire de ne pas mettre un carton en reliquat alors que tu sais que l’article se vend très bien et que d’ici ce soir le carton en trop sera déjà quasi écoulé… Et bah là non. Et ça n’a l’air de rien… mais en plein été, on dépote beaucoup, mais genre BEAUCOUP. Résultat ? Avec ma binôme d’amour, on s’est donc retrouvé à faire de la triple manut car la boîte de notre palette de gâteaux ne passait pas sans dépoter… et pareil pour le vin… Au moment où on fait le vin, on nous demande de vraiment nous faire chier à tout refaire les facings tout bien (les bouteilles le plus avancées possible vers le client et les étiquettes vers lui aussi)(ce qui ne l’empêchera de toute façon pas de ne pas lire le bon prix alors que tout est bien écrit mais bon faut avouer que c’est plus joli)(t’as vu j’ai progressé pendant l’été sur l’appréciation de l’esthétique du magasin !)(la cote de parenthèse est un bon indicateur de la cote de sarcasme). Et puis d’un coup on nous dit de ranger la palette parce qu’ils arrivent alors faut faire de la finition. et c’est la panique et on a blinde de reliquat et je me retrouve toute seule pour ramener du reliquat de bouteilles qui cassent sur une palette non filmée en réserve alors que tout le monde me dit d’aller plus vite. BONHEUR. Et puis on attaque la mise à plat… encore… Et finalement, on nous fait lâcher la mise à plat pour retourner sur la mise en rayon parce que finalement… ils viendront pas. Non, je ne me suis pas énervé. Je suis restée très calme. Et j’ai explosé de rire. Parce que y a un moment je vois pas ce que tu es sensée faire d’autre. Des moments comme ça, on t’a tellement mis la pression, tellement tiré sur les nerfs, tellement rogné sur ce que tu pouvais être… que vraiment, à part rire, il reste rien à faire.

Et c’est sans doute la raison de ces chroniques. Même si pas toujours de qualité, et souvent plus sarcastique que vraiment drôle.

Donc bon, si vous avez suivi mes aventures tout l’été, vous l’aurez compris : soyez gentils avec votre caissier ou caissière. On vous demande pas de lui raconter votre vie ou de lui faire des cadeaux. Un bonjour un merci quand vous demandez un renseignement. Ne soyez pas Bouton d’Or, toujours à trouver que c’est trop ou pas assez. Vous ferez du bien à un être humain et au final vous y gagnez aussi… Et puis sinon bah… vous prenez le risque que le caissier ou la caissière écrive un blog et ainsi de vous retrouver affiché devant tout l’internet. TU RENDS COMPTE ! Alors dis bonjour. Namé. En plus, c’est contagieux des fois, ça désamorce certains clients comme ça ! Je compte sur vous pour être des héros du quotidien, ça demande beaucoup moins d’effort que d’être un héro de film d’action, et ça coûte vachement moins cher (surtout si tu profites des promos correctement tu vois).

Cet article est encore une fois dédié, et encore plus que les autres, à mes collègues avec qui j’ai quand même pu faire quelques beaux souvenirs, bien rigolé, et sans qui j’aurais sans doute fini par envoyer de la cervelle de fada sur les murs… Une grosse pensée et plein d’admiration pour vous. Du courage à ceux qui retournent à la case recherche de taf. Une bière à mon prochain retour par là-bas !

Je vous fais un gros Wall of Death à tous
Et on se retrouve bientôt pour d’autres aventures (parce qu’il m’est déjà arrivé plein de choses en deux semaines) quelque part sur  Facebook et twitter.

 

La théorie du complot et la politesse.

Mais voilà déjà trois semaines que je ne vous ais point raconté mes aventures lidliennes ! À tel point que je ne suis même pas sûre de me souvenir de tout ce qui a pu se passer depuis tout ce temps… je m’en vais donc essayer de vous retrouver les plus mémorables…Sans plus attendre et sans transition donc !

En effet, le café me paraît un bon début.

Ces dernières semaines, j’ai pu constater un truc assez étonnant chez nos amis les clients (dit-elle comme elle parlerait de « nos amis les bêtes »)(ha non non, je parle beaucoup mieux des bêtes), une espèce de tendance qui se résumerait ainsi : beaucoup d’entres eux sont intimement persuadés que nous sommes là pour les arnaquer. Alors qu’en fait non. On est là pour faire du fric. Pardon, je rectifie. On est là pour que Monsieur Lidl fasse du fric, la nuance est importante. Et je l’ai déjà dit, mais si Monsieur Lidl est un arnaqueur, c’est le plus mauvais arnaqueur de toute la terre. Genre même moi qui ne sait pas mentir et suis dotée d’un visage se sentant obligé de vous expliquer ce que je pense, je serai meilleure arnaqueuse que Monsieur Lidl si je me donnais la peine de cracher sur mon intégrité. Parce que Monsieur Lidl écrit les règles du jeu tout partout, il faut juste se donner la peine de les lire (juste). En attendant, le constat est simple : nous sommes sciemment là pour arnaquer volontairement les gens. Tels des méchants de comics, les employés lidl cherche à soutirer le plus d’argent possible des poches des honnêtes citoyen comme n’importe quel politicien d’ailleurs. Ça aussi ça revient souvent. Alors je ne sais pas si c’est juste la sensation d’enculage qui revient au même, où juste si le rapprochement entre capitalisme et politique est devenu tel qu’on ne fait plus la différence entre l’un et l’autre. En attendant, ça donne des situation au ridicule consommé sans modération.

Une collègue m’appelle en caisse, apparemment il y a une promotion sur les paquets de chips et elle ne s’est pas faite. Je vais voir en rayon ce qu’il en est et constate qu’il y a bien une promotion… sur trois paquets achetés. Or la cliente n’en avait que deux. La cliente n’a lu que le chiffre en gros sans voir qu’il était précisé « x€ l’unité, pour trois achetés, sinon c’est y€ ». Alors certes, le tarif Y était écrit en plus petit, mais c’était quand même très largement lisible. Je reviens donc en caisse et explique ceci à la cliente qui de rage décrète qu’elle veut être remboursée parce que c’est de l’arnaque votre truc.
Une collègue m’appelle parce que le melon ne passe pas au bon prix. Je vais « vérifier » en rayon. Je mets des guillemets dans la phase précédente car je vais moins vérifier que faire genre que je vérifie, le fait est que je sais déjà très bien ce qui s’est passé. Le melon du monsieur est passé au bon prix. C’est juste qu’une autre sorte de melon était moins chère, du coup le client a considéré que c’était à ce prix-là. « C’est mal foutu votre truc ! c’est pas clair ! ». Je me demande vraiment ce qu’il vous faut de plus que des pancartes « melon charentais » « melon canaris » « melon galia ». Si tu as un doute sur qui est qui (ce qui après tout est possible), tu demandes. Gentiment (on va y revenir à ça d’ailleurs, j’en ai marre faut que je vide mon sac à ce sujet.). Et voilà.
« La moustiquaire ne passe pas au bon prix ! C’est pas 23€ ! » « Dis moi chère Grande Responsable Non-Food de mon coeur, on a plusieurs références de moustiquaire ou on a un problème de prix ? _On a plusieurs références, plusieurs tailles donc plusieurs prix. Mais bon les gens ils voit le prix qu’ils veulent toute façon ! » J’explique donc à la cliente qu’il y a dû y avoir mélange dans les bacs et que celle-ci passe bien à ce prix-là. « Non non moi j’ai vu 16 ! _Ça devait être une autre référence madame. Du coup que fait-on ? Vous la prenez quand même ou je l’annule ? _Mais non ! Moi c’est une de cette taille et blanche que je veux ! _Donc elle est à 23€ _Non ! » MAIS SI ! Alors maintenant tu fermes ta gueule ou je te la fourres dans le cul ta moustiquaire !!! « Toute façon c’est mal foutu votre truc » Ça tombe bien, toi aussi. Voilà.
« Les vins ils sont sensés passer à -50% la deuxième bouteille. » S’en va vérifier, reviens. « Vous n’avez pas pris la bonne. C’est le fin en dessous qui est en promotion. _C’est mal foutu !!! Non mais vraiment c’est pas clair, comment on est sensé savoir ? _Il y a le nom du produit en promotion sur l’affiche du prix, ce même nom qui est aussi sur l’étiquette de la bouteille. _Alors partout ailleurs les affiches sont en dessous des produits sauf chez vous où c’est au dessus alors forcément on se fait avoir ! C’est de l’arnaque votre truc ! » Exactement. D’ailleurs quand ils ont choisi de mettre les affiches au dessus des produits plutôt qu’en dessous, c’est exactement ce qu’ils se sont dit. « On va indiquer très clairement sur toutes les affiches à quel produit elles correspondent MAIS on va les mettre AU DESSUS des produits ! _Putain Gérard, t’es un génie ! » Grands dieux, les réunions marketing chez lidl ça doit faire fumer du cerveau bac +5 c’est moi qui te le dit… Alors par contre pour la domination du monde on repassera…
« Le pain ciabatta il est indiqué à 29 centimes » Cette déclaration me laisse un peu circonspecte. Ça me paraît franchement pas cher du tout pour un pain. D’autant que je sais qu’il est en promo, et que le ticket indique bien qu’une réduction a été faite, et que le pain en question passe à 79 centimes au lieu de 99. Donc bon… Je me doute que vraissemblablement il y a erreur de la cliente (comme environ 80% des fois…), mais par acquis de conscience, je demande quand même à un collègue au micro d’aller vérifier de quoi il retourne. Par chance, le collègue en question avait enfin daigné sortir le micro de sa poche pour le mettre sur son oreille. « Il passe bien à 79centimes, mais M. s’est planté quand elle a mis dans les bacs, donc certains se retrouvent dans le mauvais bac, mais sur l’étiquette c’est bien marqué « croissants 29centimes » (NDR : j’ai pas compris c’était le bac de quoi au juste, mais dans l’histoire on s’en fout). J’explique donc à la cliente qu’il y a eu erreur de notre part au niveau de la mise en rayon, que si elle le souhaite je peux rembourser le pain si finalement elle n’en veut pas. Elle hausse un sourcil, commence à me dire qu’elle l’a vu à ce prix. Je la coupe aussitôt « il y a eu erreur de notre part au niveau de la mise en rayon mais le pain ciabatta est bien indiqué à 79 centimes et l’étiquette indique bien que ce sont les croissants qui sont à 29 centimes ».
« Votre collègue s’est planté ! Il n’a pas fait la réduction !!! » Oh ! Tout doux Tornado ! Déjà bonjour et c’est bon, y a pas mort d’homme. Ok, il n’a pas vu l’étiquette et n’a pas appliqué le rabais, mais c’est bon, je vais te le faire…
À ma caisse, une cliente achète deux pâtes feuilletées. L’une est en rabais (= la DLC est dans quelques jours, du coup le produit est à -30%), l’autre est en 0 gaspi (= nouvelle procédure de Monsieur Lidl que je valide à 100%, le jour de la DLC, les produits en rabais non vendus sont enregistrés en perte, et mis en vente à des prix dérisoires, genre 50 centimes pour de la viande, ou là 20 centimes, dont une partie s’en va au restau du coeur ou autres assos). Elle me demande si les deux sont passées à 20 centimes. Je suis alors prise d’un doute en me disant que j’ai peut-être raté l’étiquette 0 gaspi, je vérifie, il n’y en avait pas. La cliente ajoute « ce sont les mêmes ! ». Je comprends « ce sont les mêmes dates », du coup je vérifie les DLC en me disant que peut-être l’une d’elle a échappé au collègue en charge de ça. Les dates sont différentes alors je confirme que l’une est bien à 20 centimes et l’autre même pas 1€. « Oui mais j’aimerais bien qu’elle soit à 20 centimes ! » Bah oui, mais non. Et elle n’a pas à l’être… Il n’y a pas d’oubli de notre côté, et rien n’indique d’ailleurs qu’il puisse y en avoir. Tu aimerais certes, mais ça ne change rien…
Tiens tant qu’on parle du 0 gaspi… Quand on peut, on met aussi les légumes en 0 gaspi. En gros, on prend une cagette, et on la remplit de légume qui font un peu la gueule en rayon (et qui donc ne se vendront pas de toute façon), on met le tout en vente pour 1€. Et quand je dis qu’on remplit la cagette, ce n’est pas une expression. Pour 1€, vous pouvez donc avoir : un chou-fleur, une ou deux salades, des carottes, des courgettes, et quelques fruits. Alors certes, il faudra couper des bouts des fruits, enlever quelques feuilles à la salade et les pointes des carottes, mais ça reste quand même hyper avantageux. Ces cagettes sont mises en bout de caisse. Je vois des clients regarder alors je leur explique le principe. Ils regardent les différentes cagettes (leur contenu varie) : « elles font la gueule leurs carottes, pareil pour les salades ! feraient mieux de les donner oui « . Putain. Comme vous commencez à le savoir, je n’ai pas l’esprit corporatiste, et je suis la première à descendre l’entreprise en flèche quand elle prend des décisions avec lesquelles je ne suis pas d’accord mais alors là… Monsieur Lidl ne fait aucun profit sur cette vente, les légumes en question sont enregistrés en perte. Non seulement il ne fait aucun profit mais en plus l’argent est reversé à des assos caritatives. Et oui les légumes font la gueule, c’est le principe, mais franchement, pour le contenu, 1€, c’est donné. Pour la seule et unique fois dans ce magasin, tout le monde est gagnant, SAUF Monsieur Lidl (enfin si, il l’est quand même un peu, ça fait du bien à son image de marque, faut bien le dire). Alors merde. J’en ai marre de ces gens qui veulent tout tout de suite sur un plateau d’argent avec le petit doigt en l’air. Tu veux des légumes gratuits ? Fais les pousser dans ton jardin. Fin de la négociation.


Pendant ce temps-là, dans ma cuisine :

Ma mère : tu peux t’occuper des pâtes ?
moi : oui, tu veux quoi dedans ?
elle : Mets des fils.
moi : …. tu veux dire du fromage râpé ?
elle : bah oui !
moi : c’est quand tes vacances déjà ?

« Quand tu as pris trop d’herbe chat… et que tu commences à te demander si le chien ne complote pas pour te tuer »

Vous me dites quand vous en avez marre. Parce que ce genre de truc arrive une fois par jour au minimum. Ça arrive encore et encore et encore. Ça arrive tellement souvent qu’il y a des erreurs des clients qu’on connaît par coeur. On va vérifier par principe. Parce que le fait est que si l’erreur est humaine, la plupart du temps, c’est quand même bien le client qui se plante. Alors je me répète mais… c’est écrit.
C’est écrit c’est écrit c’est écrit c’est écrit c’est écrit
c’est écrit
c’est écrit
c’est écrit
c’est
écrit.
Merde.
Et ce que je ne m’explique pas, c’est que si tu pars du principe que de toute façon, tu vas te faire enculer, pourquoi tu n’amènes pas ton propre tube de vaseline ? Pourquoi tu ne fais pas plus attention ? Je veux dire, on le sait tous les promos, c’est comme au casino, c’est toujours la banque qui gagne. Il est évident que Monsieur Lidl (ou Super U ou Intermarché ou tout ce que tu veux) n’est pas perdant. À toi de voir si tu l’es. Est-ce que tu voulais vraiment des chips puisqu’apparemment tu t’en passes très bien ? Est-ce que tu voulais vraiment de ce vin puisqu’apparemment tu n’as pas lu l’étiquette sur al bouteille ? Est-ce que tu voulais vraiment un melon puisqu’apparemment tu n’as pas cherché à savoir à combien était vraiment celui que tu voulais ? Ou bien tu as juste vu le prix et tu as oublié tout le reste ? Tellement de fois je dois faire des remboursements ou des annulations à des gens qui sont les seuls responsables de leur erreur. Et en plus, en bonus, jme fais insulter pour avoir tenté de les enculer. (et non, cette vulgarité-là n’est pas la mienne). Alors soit les gens sont cons de base, soit de toute façon ils sont tellement persuadés que c’est comme ça que ça se passe qu’ils se disent que ça ne sert plus à rien de faire attention. Ou alors, je laisse libre court à la paranoïa, et je me dis qu’ils font exprès de se faire avoir pour nous engueuler de s’être fait avoir par la suite. Parce que oui la paranoïa c’est contagieux, à force de s’en prendre plein la gueule pour un oui pour un non, à force d’en voir chercher activement une raison de nous engueuler, on vire parano. On anticipe, on sait qu’on s’en prendra dans la gueule pour telle ou telle raison. On devient aigri par anticipation, fatigué par anticipation, usé par anticipation. Et les clients n’ont même pas le bon goût de nous donner tort. Quand je vous dis que je déteste ce que je deviens là-bas.

Et quand on ne fait pas tout ce qu’on peut pour les arnaquer, on fait exprès de leur pourrir la vie. Parce qu’on a que ça à faire. C’est évident. C’est même clairement écrit dans nos contrats : « Vous accueillez la clientèle avec le respect qu’elle mérite ». Vraiment. Si ça, ça veut pas clairement dire qu’il faut qu’on les pourrisse, je comprends plus rien…

« Vous les recevez quand les crèmes desserts ?
_Pour le moment on ne peut pas en recevoir, le frigo est en panne.
_Oui je sais ! Mais vous les recevez quand ?
_Je ne sais pas madame, il faut réparer le frigo d’abord.
_Mais quand !
_Je ne sais pas. On ne va pas mettre les crèmes dans un frigo en panne ! »

« Évidemment là c’est l’été y a plein de caissiers. Y en a que pour les touristes ! »

Oh puis ces putains de caisse priorité… Alors je sais pas comment ça se passe dans les autres magasins… attendez… mais si ! en fait je sais comment ça se passe dans les autres magasins ! parce que des fois, je vais dans les autres magasins figurez-vous (c’est même ce que je fais la plupart du temps) ! Dans les autres magasins donc, il y a une, ou plusieurs, caisses étiquetées « prioritaires », ce qui veut dire, et vous serez tous d’accord (non ce n’est pas une question, vous n’avez pas le choix, vous êtes d’accord), que tout le monde peut s’y installer, mais, si une personne handicapées d’une façon ou une autre, ou une femme enceinte arrive, on la laisse passer. Et bien vous ne me croirez jamais, mais ça se passe comme ça chez nous aussi. INCROYABLE. Mais vrai. (remets toi cher lecteur, je sais c’est une immense surprise mais courage, ça va bien se passer) Bon le truc c’est qu’on n’a pas toujours quelqu’un installé à la caisse prioritaire pour des raisons aussi diverses que variées. Comme dans tous les autres magasins. Mais ça ne nous empêche pas de respecter les priorités des gens quand il y en a. On n’est pas con non plus. Sauf que… si les gens ne le signalent pas, on ne peut pas deviner. INCROYABLE LE RETOUR DU COME BACK, Mais vrai. (ça va lecteur ? oui je sais ça fait beaucoup d’incroyable d’un coup, mais ne t’inquiète pas, nous allons y arriver ensemble). Du coup, souvent les gens nous reprochent de ne pas les avoir fait passer en prioritaire comme ils en ont le droit. Alors à chaque fois j’explique calmement que s’ils nous le disent, nous mettons tout en oeuvre pour respecter la priorité à laquelle ils ont le droit (soit faire venir un collègue spécialement pour eux, soit leur faire une place sur le tapis, ou carrément prendre leurs articles en bout de caisse). Et ce n’est pas « que de la gueule », on le fait vraiment. Sans rechigner ou négocier ou remettre en cause quoi que ce soit. On n’a absolument aucun soucis avec ça. Il suffit de demander (gentiment si possible) (on y arrive on y arrive). Souvent les gens de nous balancer « y aurait pas besoin si la caisse prioritaire était ouverte ». Ha, je comprends. En fait vous avez une carte de priorité parce que vous avez un gros, un très gros, handicap : vous êtes cons. Si la caisse prioritaire était ouverte, il y aurait eu la file à cette caisse, comme à toutes les autres. Et si vous ne aviez rien dit, vous auriez fait la queue pareille. Mais à la caisse prioritaire. Cette caisse ne nous donne pas le pouvoir de lire dans les pensées. Elle permet juste de prévenir les gens à l’avance. Mais comme les gens s’en battent les couilles et ne lisent aucun panneau aussi gros et sous leur nez soit-il, ça ne change rien. Si vous montrez votre carte prioritaire, ou que vous vous signalez d’une quelconque façon, à une caisse non prioritaire, on vous fera passer en priorité. Même si la caisse prioritaire est ouverte d’ailleurs. Parce que la vérité c’est qu’on est vraiment pas aussi salaud que les clients semblent l’imaginer.

Alors maintenant, imaginez. On est samedi matin. Et comme on le dit si bien « le samedi tout le monde en chie ». C’est beau, ça rime. On est blindé de monde quel que soit le nombre de caisses ouvertes. Une cliente vient voir M, installée à la caisse derrière moi, lui faisant savoir qu’elles ont une carte de priorité. M. me demande comment on peut faire, comme les clientes en question n’ont pas beaucoup d’articles, je les invite à passer au bout de la caisse de ma collègue pour qu’elle puisse les encaisser de suite. Aussitôt les clients qu’elle était sensé faire passer lui signale qu’ils ont eux aussi une carte. J’invite donc les clientes à plutôt venir à la mienne pour que je m’occupe d’elle. Je termine d’encaisser mes deux clientes tandis que M. explique cette histoire de signalement de priorité à ses clients pour ne pas qu’ils attendent la prochaine fois. Une fois terminé, j’encaisse les deux clientes prioritaires (assez rapidement puisqu’elles avaient très peu d’articles). Dès que j’ai fini, les clientes d’avant m’apostrophent :

« Et pourquoi elles sont passées comme ça ??
_Parce qu’elles avaient une carte de priorité
_C’est facile ça ! Moi aussi j’ai une carte et vous ne m’avez pas fait passer devant tout le monde !
_Je ne pouvais pas le savoir madame… Si vous me l’aviez dit, j’aurais fait en sorte que vous puissiez passer en priorité comme vous y avez le droit. Comme vous pouvez le voir, quand on nous prévient, on s’arrange le plus vite possible pour vous faire passer rapidement.
_C’est n’importe quoi ! Regardez, je l’ai ma carte ! Elle est là ma carte ! [elle me la colle sous le nez]
_Je vois bien, mais encore une fois je ne pouvais pas le deviner… Si vous ne vous signalez pas je ne peux rien faire.
_C’est de l’incompétence ! »

Bordel, c’était quoi mon erreur là ? À votre avis ? Ne pas avoir remonté le temps pour lire dans ses pensées et m’écrier au dessus d’une file qui allait jusqu’au milieu du rayon « hey ! vous là-bas ! la grognasse engoncée dans un débardeur rose moche trop petit pour elle et cramée par le soleil tellement que ça fripe, vous avez une carte de priorité ! alors venez donc par là ! » ? Quelque chose me dit que ça ne lui aurait pas plus non plus. Les gens ne savent pas ce qu’ils veulent en vrai…

Les excuses que j’aimerais présentées parfois. « Je suis désolée. Je ne voulais pas vomir sur le nouveau tapis. Je visais tes chaussures… »

Pendant ce temps-là, dans le bureau de mon père…

lui : Coraline, tu peux m’aider à installer ma nouvelle imprimante ? Elle trouve pas le wi-fi…
moi : What ? Mais pourquoi une imprimante aurait besoin de wi-fi ?? T’es sûre que c’est pas le bluetooth qu’elle veut ?
lui : quoi ???
moi : Attends j’arrive… mais… c’est une imprimante-fax en fait ton truc… C’est pour ça qu’elle veut le wi-fi.
lui : Ah bon ça fait fax ? 
moi : Bah… oui, c’est écrit en gros sur la boîte… Bon mais avec un peu de chance l’imprimante a pas besoin que le wi-fi soit connecté pour fonctionner…
lui : Ça veut pas marcher y a rien à faire ! J’ai suivi le mode d’emploi mais ça marche pas.
moi : T’as essayé le CD là ? Celui avec marqué installation ?
lui : Non, tu crois qu’il faut ?
moi : Euh… si t’installes les pilotes pour faire fonctionner l’imprimante elle devrait beaucoup mieux marcher oui… sans ça l’ordi la trouvera jamais…
lui : Ha ouai. Faut un pilote dans l’avion en fait ! J’aurais jamais deviné.
moi : Mais t’as lu le mode d’emploi ?? Parce que c’est écrit dessus tu sais… C’est quand tes vacances ? Parce que là t’as le niveau d’un client Lidl…


En règle générale, quand vous avez un doute, il y a un truc qui marche bien : demander. Ha oui et aussi : la politesse, l’amabilité. Putain mais sérieux… l’énergie que certains perdent… Je veux dire… la même question pourrait être posée, la même réclamation pourrait être faite sans toute l’agressivité que certain y mette. On y serait tous tellement gagnant… on économiserait tous tellement d’énergie… Et même, voyons plus grand, soyons fou : l’humanité dans son entièreté s’en porterait tellement mieux ! Je ne sais pas moi ne serait-il pas possible de remplacer : « Vous allez en remettre quand des fromages ?? Putain c’est une honte ! Ça servait à rien de tout refaire si vous êtes même pas foutu d’avoir des frigos qui marchent ! » par « Excusez-moi, mais ça fait un moment que le frigo est en panne, avez-vous une idée de la date de réparation ? » Même question. Était-ce compliqué ? Non, ce n’était pas compliqué. De la même façon, est-ce qu’on ne pourrait pas tout simplement dire « Excusez-moi mais je crois que votre collègue s’est trompé. Normalement j’ai le droit à une promotion et si je ne me trompe pas il ne l’a pas compté. à quoi je pourrais répondre allègrement « Je vérifie ça tout de suite. En effet il y a eu une erreur, je m’en excuse, je vais vous rembourser la différence de ce pas ! » Était-ce compliqué ? Non, ce n’était pas compliqué. De la même façon, pourrait-on simplement dire « Excusez-moi mais cela fait plusieurs fois qu’il y a des erreurs sur mon ticket depuis le début de l’été, pourriez-vous revoir certaines choses avec vos équipes ? » au lieu « Putain ça commence à faire ! Toute façon tous les étés c’est pareil, y en a marre, même pas foutu de savoir compter ! » Est-ce compliqué. Non. Ce. N’est pas. Compliqué.

Je n’ai absolument aucun soucis à rembourser le client quand il y a eu erreur ou négligence de notre part. Si on s’est trompé, on répare l’erreur. C’est logique. Si je constate une erreur, je ne vais pas chercher à épiloguer. Je répare, dédommage, et présente nos excuses. Sauf que des fois, c’est demandé de telle sorte que j’ai juste envie de dire aux gens d’aller se faire éviscérer en enfer. Et ce même s’ils sont dans leur bon droit. Et surtout, surtout, il y a une phrase que je ne peux plus entendre. Plus jamais. C’est le fameux « c’est par pour X€, c’est pour le principe. » Mais bien sûr. Pourquoi ça m’énerve, me demanderez-vous… Je ne vous apprendrai sans doute rien en vous disant qu’il y a plein de façons d’être blessant avec son entourage, pas forcer besoin de hurler ou d’insulter. Et ce petit « c’est pour le principe » fait partie de ces vicieusetés qui vous pourrissent le cerveau bien sournoisement sans avoir le courage d’annoncer la couleur.
L’autre jour, un samedi, où tout le monde en chiait (suivez un peu), une collègue à compter une bouteille de perrier de trop. Rien de bien grave. Une bouteille qui a dû biper deux fois sans qu’elle puisse entendre parce qu’à 6 caisses ouvertes en même temps ça demande un peu d’entraînement pour faire la différence entre les bips des voisins et les tiens. Le truc c’est qu’elle s’en est rendu compte après avoir rangé les courses dans sa voiture. Elle revient juste avec son ticket et me montre, tout en me disant que « ce n’est pas pour les 49 centimes que coûte la bouteille, c’est pour le principe ». Sauf que techniquement, je n’ai rien le droit de faire : si je ne peux pas vérifier de mes yeux (y a une dérogation pour les borgnes, j’ai le droit ne vérifier qu’avec mon oeil valide, sont quand même pas complètement vaches), je n’ai rien le droit de faire, et que donc je ne peux pas la rembourser. Ce qui est logique en fait… La cliente monte alors sur ses grands chevaux, comme quoi c’est pas des manières de faire. Ça alors. Moi qui croyais que tu t’en foutais des 49 centimes, que c’était juste une question de principe… On finit par trouver une solution (tiens lecteur, tu veux la connaître la solution ? j’ai dû aller vérifier dans la voiture la présence de deux bouteilles uniquement, revenir dans le magasin faire la manip, retourner à la voiture rendre les 49 centimes et faire signer le papier, revenir donner le papier à ma collègue pour que sa caisse soit complète. Mais à part ça je fais tout ce que je peux pour enculer les gens à sec. Pour 49 centimes.). Pendant tout ce temps, elle me répète encore et encore que c’est pas pour les 49 centimes, c’est pour le principe. Un principe qui valait donc de perdre 10 minutes de mon temps et du sien pour 49 centimes. Et vous voulez le connaître ce principe ? Parce que c’est lui qui fait que je n’en peux plus de cette phrase. Le principe en question ce n’est pas le « vous avez fait une erreur, réparez la », c’est « dans cette relation, c’est moi qui commande. » Voilà. Ni plus ni moins. Ce principe, c’est que c’est une relation de pouvoir, et qu’ils tiennent à te rappeler qu’ils sont dans la position haute alors que tu es en bas.

Si jamais ce n’était pas assez clair dans cet exemple, en voici un autre. Un autre jour où on chiait (alors que c’était même pas un samedi), pour une raison qui m’échappe, les gens étaient tous hyper hostiles et agressifs. Je suis fatiguée, je cours partout, il fait chaud, je dois tenir ma caisse et récupérer les erreurs, les remboursements, les annulations des autres caissiers. En bref je dois constamment faire trois choses à la fois. O. m’appelle : grosse connerie, elle a mal compris la cliente et a enregistré le paiement en espèce alors qu’elle voulait régler en carte. À bout de nerfs je jure dans ma barbe histoire de ne pas vider mes nerfs sur la pauvre O. qui est déjà toute affolée. Je demande à la cliente si elle n’a pas d’espèce et si ça l’embêterait. Non elle n’a rien, elle veut payer en carte, fin de l’histoire. Je grince des dents, rerâle un coup et me lance dans une manip plus ou moins interdite : j’ai dû faire un « remboursement fantôme » du montant dû par la cliente, pour réencaisser en divers le même montant afin qu’elle puisse payer par carte sans qu’il y ait de trous dans la caisse de O. Normalement on ne devrait pas faire ça parce que du coup, ce que la cliente a pris n’est pas enregistré comme sortie (en gros, la dame a payé un « divers : 18,53€ au lieu que chaque article soit enregistré un par un pour arriver au dit montant). Je rerâle dans ma barbe parce que j’ai oublié de sortir une facture correspondant au bon ticket, histoire qu’on ait quand même une trace des articles qu’elle prend, et comme c’est pour ma gueule, je me traite ouvertement d’idiote entre les dents. Bref, je n’étais sans doute pas l’exemple de la caissière rayonnante, souriante, avenante. Mais je me suis débrouillée que ma frustration et ma colère restent dirigées contre moi et moi seule. Et j’ai réparé la bourde. Et la cliente a payé comme elle le souhaitait. J’avoue j’ai pas dit ni au revoir ni bonjour ni présenté d’excuse. Je n’en avais pas l’énergie. Je suis retournée à ma caisse. À peine une minute après, la cliente fait une escale avant la sortie à ma caisse pour me balancer « c’est pas parce que c’est les vacances que vous pouvez être désagréable ! Question de principe ! » et elle s’est barré sans attendre la moindre réponse. Ça tombait bien j’en avais pas. La manoeuvre n’avait aucun autre but que de me rappeler où était ma place et qui avait le pouvoir dans l’histoire. Ça sonne peut-être paranoïaque, mais retournez l’histoire dans tous les sens : où d’autre est-ce qu’elle voulait en venir ? Elle n’attendait pas d’excuse, elle est partie dans la foulée. Elle avait déjà obtenu gain de cause. Non. C’était juste signaler que j’avais manqué à mes devoirs en ne m’inclinant pas devant elle. Et vous savez le pire ? C’est qu’à force de se prendre ce genre de trucs-là dans les dents, on a beau avoir les meilleurs collègues du monde (ce qui est mon cas), beaucoup de recul et de cynisme, arrive un moment où on ne peut plus. Ce jour-là, quelques 10 minutes après, j’ai repris une remarque du même acabit dans les dents. J’ai planté tout le monde et j’ai pris 5 minutes de pause alors que c’était pas forcément le bon moment : je ne pouvais juste plus.

D’ailleurs, si jamais j’avais encore un doute sur la valeur de mon existence, depuis ce matin (un dimanche !!!) grâce à un gentil client, je sais que ma santé physique vaut moins chère qu’un chausson aux pommes. Ce qui est con car je n’aime pas trop les chaussons aux pommes. (le problème des chaussons aux pommes c’est que quelqu’un a eu l’idée saugrenue de mettre des pommes à la place du chocolat)
Il était 8h45 (il n’y a pas d’heure pour la connerie), un client rentre dans la boulangerie et hèle A. pour savoir si on a des chaussons aux pommes. À juste titre, celle-ci lui demande de sortir car c’est un espace privé dans lequel il n’est pas autorisé. « Je vous demande un truc ! ». Haaaa ! Donc si on demande un truc aux gens, on a le droit de rentrer chez eux sans leur autorisation ? Trop cool. Putain je crois que je vais aller taper un pic-nic sur la pelouse des voisins avant d’aller réaliser une enquête de voisinage ! Bon plan. Je savais pas qu’on pouvait ENTRER d’abord et DEMANDER la permission après. Merci client. Pendant ce temps, je mets du vin en rayon. Comme le dieu du Karma m’aime beaucoup aujourd’hui (tu la sens l’ironie ou je te mets un gros panneau ?), une bouteille laissée dans un équilibre précaire par un client a été rappelé par les lois de la gravité. Je ramasse donc les bouts de verre et me retrouve donc avec des bouts de verre dans la main (dans tous les sens du terme) et du vin absolument partout. Je me dirige vite vers la réserve qui se trouve être à côté de la boulangerie. J’ai des tessons de verres dans la main gauche et la main droite dégoulinante de vin, je tiens mes deux mains dans une position bizarre pour éviter de faire tomber les bouts de verre, de me les enfoncer dans la peau, et de me foutre du vin partout parce que je déteste cette odeur (et le vin, et mettre le vin en rayon, et ramasser le vin tombé par terre, et même les étiquettes façon design de page FB de start up des bouteilles de vin). Il est donc clairement visible que je ne suis pas dans une position confortable normale. Le même client me hèle avant que je n’ai pu atteindre le bouton de la réserve (ce qui n’est pas facile à faire vu l’état de mes mains, d’autant que le bouton tactile ne réagit qu’à la peau des doigts, je vous laisse imaginer ma galère pour ouvrir cette foutue porte et ainsi accéder au sacro saint lavabo dans le labo de pain…)

« Je veux voir un responsable.
_[tête d’innocente] À quel sujet monsieur ? Il y a un problème ?
_Je veux des chaussons aux pommes. [t’as raison ce problème réclame l’intervention de la CIA dans la seconde] Je les vois de l’autre côté et j’attends !
_S’ils ne sont pas en rayon c’est qu’ils doivent être encore chauds. Il faut attendre qu’ils refroidissent pour qu’on puisse les mettre en rayon.
_C’est bon ils vont refroidir dans le sac !
_On ne peut pas les mettre en rayon tant qu’ils sont brûlants monsieur…
_Mais moi je m’en fous, on prend avec la pelle on les touche pas. Mes enfants veulent des chaussons aux pommes.
_[j’avoue ma voix commence à monter d’agacement] Mais nous on les prend à la main monsieur ! Si mon collègue s’en charge maintenant il va se brûler les mains ! »

De un : t’avais qu’à pas faire de gosses. Je vois pas pourquoi je devrais être tenue pour responsable de leur sustentation.
De deux : bordel mais vous n’en avez à ce point rien à foutre de nous que vos désirs valent qu’on se brûle au troisième degré pour un putain de chausson aux pommes ??!!
De trois : putain mais ça se voit que je suis dans la merde là ! Que je galère ! J’ai littéralement les mains qui dégoulinent de bouts de verre et de vin ! Je m’en veux d’insister mais : ÇA SE VOIT ! C’est pas genre « il fait chier mais il peut pas savoir que ma vessie va exploser / mon tampon fuit / ma palette de surgelé est en train de décéder » ça se voit que je suis dans une sale position et que je galère.

Mais le client s’en bat les couilles deux derniers points. C’est pas son problème. Ses enfants veulent des chaussons aux pommes. (et moi jveux l’eau courant. Mais bon on a pas toujours ce qu’on veut dans la vie, donc tes enfants mangeront des pains au chocolat tandis que je laverai ma vaisselle à la cristaline) Et notre santé physique vaut moins qu’un chausson aux pommes à 32 centimes.

Mon état quand je rentre du taf depuis quelques temps…


Pendant ce temps-là, dans ma salle de bain, je réalise qu’il n’y a plus d’eau. Ce qui est balot car je viens de me brosser les dents et que j’aimerais bien me rincer la bouche. Je traverse toute la maison à la recherche d’une bouteille d’eau. Je me fais engueuler par Indi qui me fait savoir qu’elle n’a pas eu à manger depuis au moins dix heures, ce qui, par conséquent, fait d’elle la petite créature la plus malheureuse de tout le monde connu. Trois jours plus tôt elle m’avait engueulée parce qu’il faisait trop chaud… Je trouve ma bouteille, rince le dentifrice et part réamorcer la pompe. Hum. Le truc c’est qu’ils en ont changé depuis la dernière fois où j’ai été confrontée au problème. Tiens, un bouton on/off. Avec un peu de chance c’est comme les ordinateurs : turn it off and on again… Une petite prière au dieu des Décisions Malencontreuses et Maladroites… et ça marche ! Je ne savais pas encore que de toute façon, la pompe était décédée. J’aurais dû me douter que ça allait être une journée de merde… Après tout c’était dimanche !


Et je sais que cet article est déjà affreusement long ! Mais je ne pouvais pas repousser cette histoire à la semaine prochaine… oh non… Car cette année, je commence à me demander s’il n’y a pas un concours du plus gros connard ! Et nous avons de très sérieux participants…

L’autre jour, un petit vieux de 60/70 ans vient à ma caisse pour un remboursement. Pour l’histoire on va dire que c’était un camescope, c’est ce que j’ai cru voir mais apparemment c’était pas ça. Mais pour l’histoire on s’en fout, là encore, ce n’est pas pertinent. Sauf que le dit appareil avait été acheté en  novembre, et qu’en magasin, sorti d’un délai d’un mois, on ne peut rien faire. Ce qui en veut pas dire qu’il n’y a pas de garanti ou de SAV. Juste que ça ne fonctionne pas comme ailleurs. J’explique donc la procédure au client, en précisant bien qu’il pourra opérer sans soucis son droit à sa garantie sans que ça ne lui coûte quoi que ce soit. Pour cela, il lui suffit d’appeler le numéro présent dans le mode d’emploi et…

« Ha parce qu’en plus c’est moi à moi d’appeler ?!
_Euh oui…
_Vous êtes pas foutu de me le réparer et en plus c’est à moi d’appeler !
_Le SAV de lidl n’est certes pas classique mais il fonctionne très bien si vous y faîtes appel…
_Vous croyez que j’ai que ça à foutre moi d’appeler ! [oui.] Alors ça pour faire de la pub à la télé avec l’argent du consommateur y a du monde ! [wait, what ? mais… c’est de l’argent privé ! Monsieur Lidl il en fait ce qu’il veut de ton pognon après coup ! Il a de compte à rendre à personne ! C’est pas l’état…] Ha bah ça c’est comme la poltique toute façon ! On se fait toujours avoir ! Mais je vous en faire de la pub moi vous allez voir ! Je vais appeler la télé moi ! [chiche. Même à télé vendée je vois pas ce que peut leur foutre…] Vous m’appelez un responsable tout de suite ! »

Et comme je suis décidément une grosse veinarde, les responsables qui avaient toutes commencé à 5h étaient en pause clope. Alors le temps qu’elles viennent…

« Vous voyez ça ? Regardez bien mon talon parce que c’est la dernière fois que vous allez le voir ! [j’aurais préféré qu’il n’y ait jamais de première fois.] J’étais un très bon client chez vous bah je reviendrai plus ! Ça sera votre faute ! Et pour 7€ ! »

Je crois que j’ai atterri dans un sketch. En fait, télé vendée ils sont bien venus, c’était pour une caméra cachée. Et à un moment y a des gens qui vont sortir de sous les caisses avec des serpentins et des confettis en criant « surpriiiiiiise ! c’était lolilol hein ? ». Non. Le temps qu’elles arrivent, il nous refait le coup du talon, nous redit qu’il va appeler la télé, et nous dit qu’il est prêt à rester là toute la journée s’il faut. Donc, tu n’as pas le temps d’appeler le numéro qui te permettra de réparer ton truc ou de le faire réparer, par contre tu peux camper devant les caisses pour expliquer au responsable que son système pour te rembourser ou réparer ton truc est nul ? Mec tu n’as pas l’impression de dire une chose et son contraire ? Non ? Ha bon. Ma Super Responsable d’amour finit donc par arriver, pour le principe (voyez comme les principes c’est sournois), s’occupe de l’annulation dont une collègue avait besoin alors même que j’aurais pu le faire en deux secondes, et vient voir notre client qui lui retient le même discours. Elle lui réexplique ce que j’ai dit. Le ton monte un peu.

« Vous voyez mon talon ? Regardez bien c’est la dernière fois que vous le voyez ! [oui je vous le remets parce que c’est tellement improbable, comment s’en lasser ?] [d’ailleurs elle aussi elle se serait passée de cette première fois]
_Très bien monsieur.
_Pour 7€ vous êtes même pas foutue de rembourser !
_C’est pas une question de montant. C’est la règle, c’est la même pour tout le monde, il n’y a pas de raison qu’on vous rembourse quand on a dit non à d’autres pour la même raison. »

Du coup, il a jeté son truc dans le mur.
Et non lecteur, tu ne te trompes pas. Un homme de 60/70 ans a donc choisi de jeter son truc dans le mur « pour le principe » parce qu’il « n’avait pas que ça à foutre d’appeler ». Voilà.

« Parfait. Comme ça le problème est réglé. Ni réparation, ni remboursement. Bonne journée monsieur. »

Le plus drôle, c’est que tout son cirque visait en partie à mettre les clients dans son camp. Mais comme aucun d’entre nous n’a réagi, comme il était visiblement agressif là où n’avions clairement rien fait, tous les clients nous ont soutenu. Au moins, pendant tout le temps qu’a duré sa crise, les clients ont été aimables avec nous, nous ont soutenu, souri, été polis. C’est cool. Enfin, d’un côté c’est agréable, de l’autre, c’est quand même dommage de constater qu’il faut qu’un vieux craque son slip et jette des trucs dans les murs pour qu’on soit considérés comme des êtres humains dignes de respect.

Non, ça ne serait pas compliqué.


Comme ça fait longtemps, vous avez le droit à deux chansons de la semaine, bande de veinards !

Ce que j’écoute pour me motiver d’aller au taf à 5h du mat :

Ce que j’ai dans la tête pendant ce genre de scène :

 

On prend les mêmes (ou presque) et on recommence (tout pareil)

L’année a été pleine en rebondissements et en imprévus administratifs (surtout maintenant que j’y pense), je pensais qu’en avril, grand max mai, je serais fixée quant au financement de ma thèse. Et bien non ! Car s’eût été trop facile. Je ne saurai qu’en juillet si ça passe ou ça casse. Résultat, il a fallu se trouver une saison histoire de pouvoir payer les frais d’inscription en cas de mauvaise nouvelle. Le problème, c’est que les rebondissements en question ont fait que j’ai un peu beaucoup raté le coche pour chercher. Du coup, je m’en suis retournée voir mes charmantes collègues du lidl qui étaient toutes contentes de me voir revenir, ravies que quelqu’un parle anglais et allemand, gère les caisses, et se charge de ne pas étrangler les saisonniers ou les clients.

Bref, SBAM ma gueule, saison 2016, c’est parti les choupinous ! Et voyons ce que cette première semaine nous apporte de merveilleux !

Quand à lidl c’est des pros du marketing.

Et une fois n’est pas coutume, posons le décor ! (c’est ma déformation d’universitaire… faut introduire et tout…) D’autant qu’il y a des nouveaux… Le lidl où je bosse se situe à même pas 5 km de la plage, ce qui peut vous paraître immense si vous avez grandi en ville, mais sachez que quand vous vivez à la campagne, 5 km, c’est que dalle. Genre tu peux même le faire à vélo. Limite t’es voisin tu vois… Et donc en prime, nous sommes entourés de quelque chose comme trois campings de mobil homes. Autant vous dire qu’une fois que la saison a vraiment démarré je déteste le samedi presque autant que le dimanche (mais bon le dimanche a tellement d’avance dans les scores de pourritude…). Ça faisait deux ans qu’à chaque visite des grands manitous de Starsbourg, voire même d’Allemagne, le bilanc c’était « le magasin est moche ». Ni une ni deux ! Voilà-ty pas que fermeture du magasin pendant trois mois, on rase le tout et on recommence ! Parking compris. (enfin j’espère…) Pendant ces quelques mois, mes collègues ont été envoyé de ci und de là dans d’autres lidls le temps qu’on leur refasse un magasin tout beau tout neuf. Ils ont été réintégré la semaine dernière si je ne m’abuse, le temps de tout réachalander et réouverture ce mercredi. Et c’est donc ce mercredi que je m’en venais constater que… pas grand chose n’avait changé une fois l’architecture posée. (oui, j’ai eu la naïveté de croire qu’on allait en profiter pour régler les problèmes qu’on avait jusque là et l’espoir fou qu’on n’allait pas nous en ajouter des nouveaux. Que me jette la première pierre celui qui a des pierres dans son salon.)

Mardi, mon frère m’annonce que nous allons être collègues. Car figurez-vous que Monsieur Lidl, il a embauché deux intérimaires pour assurer… la circulation sur le parking. On s’est donc demandé s’il allait passer quatre jours à garer des voitures et à récupérer des pourboires. Ce qui contraste très sérieusement avec le côté cheap du lidl. Ceci dit, si la rénovation de ce magasin a montré une chose : c’est qu’avec un bel emballage, tu fais vraiment avaler n’importe quoi aux gens [insérez ici tous les blagues dégueulasses que vous souhaitez dans tous les orifices disponibles]. Au bout de deux heures, c’est bon, j’avais compris, la rénovation du magasin avait finalement moins à voir avec un côté pratique, une volonté écologique ou une remise aux normes, qu’un immense coup marketing sur le long terme. Je sais pas vous, mais moi quand j’étais môme, faire tes courses au lidl c’était vraiment la symbole de la galère des fins de mois, quand tu pagayais dans la semoule pour joindre les deux bouts. Ces dernières années, si vous avez fait attention, l’enseigne a fait beaucoup d’efforts pour se débarrasser de cette image en misant sur le côté sympa « le vrai prix des bonnes choses », le côté authentique, une marque nationale mais intégrée à ton patelin, etc. La réouverture du magasin, ça donnait vraiment cette impression. Avec inauguration, mecs qui gèrent le parking, arrivée anticipée des saisonniers, hôtesses d’accueil et stand de dégustation. Ouai ma gueule !

Il m’était déjà arrivé dans ces pages de me demander à quel point la vie de certains clients pouvaient être pourrie. Cette semaine j’ai atteint un nouveau stade de what the fuckesque. Toute la semaine, les clients m’ont régulièrement exprimé leur enthousiasme quant à cette réouverture…


Pendant ce temps-là, chez mes parents, mon frère fait le grand rangement de sa chambre…

« Tu veux un décapsuleur ?
_Pour quoi faire ??
_Bah ouvrir de la bière banane ! 
_Jsais pas jme brosse les dents là…
_C’est pas une réponse >.<
_Bon bah oui alors !
_Trop cool ! Attends jte monte
_Mec j’ai du dentifrice plein la bouche là, jvais te gerber dessus si tu continues à m’emmerder…
_ROOOOOH ! »

« Tu veux une BD sur les légendes bretonnes super chiantes et moches ?
_… non.
_Zut. Je pensais l’avoir super bien vendue. »


D’un côté, tu as les petits vieux qui sont tout contents de voir leur magasin rouvrir. Oui oui, leur. Notez le déterminant possessif. Et puis chacun de me raconter comment il a dû se dépatouiller pendant ces trois de fermeture.
« Vraiment on est content que vous soyez de retour ! Parce qu’aller jusqu’aux autres… ça faisait quand même 30 km à chaque fois pour faire ses courses c’est pas terrible ! » Oui alors si 5 km c’est proche, 30, ça commence à piquer un peu. Surtout pour faire tes courses. 60 km de routes de campagne pour aller acheter du beurre, c’est sûr, c’est pas la fête. Notez que je m’en fous royalement.
« C’est vraiment super que vous soyez là parce que fallait que je demande à mon gendre d’aller faire les courses pour moi et moi j’aime pas demander. À chaque fois donc mon gendre allait faire mes courses et je le remboursais. Donc on s’arrangeait pour l’argent vous voyez, mais bon c’est quand même mieux maintenant que vous êtes là, je vais pouvoir me débrouiller tout seul. » Vieillir c’est moche, des fois que vous auriez oublié. (vous avez attendu cet article avec impatience, y a pas de raison que je n’entretienne pas votre cynisme un peu au passage ! »
Bref, les petits vieux du coin, ou les familles, pour qui le côté pratique de la chose prédomine.

Et puis de l’autre côté… tu as tout ceux pour qui la réouverture du lidl, c’est un peu la visite au musée. Et non je n’exagère pas.
« On est venu voir comment s’était, du coup on en a profité pour faire quelques courses. » Mais attends, c’est pas sensé être le contraire ? Genre tu as besoin de denrées alimentaires ou de 5 compresseurs (je… que… quoi ??), donc tu vas faire tes courses, et là tu en profites pour faire un petit tour et tu constates les changements… non ? Ha bon. Quand certains vont marcher en forêt pour se détendre (faut reconnaître qu’on a des chouettes forêts dans le coin !), d’autres vont acheter du PQ à lidl. C’est dans des moments comme ça que je réalise que ma vie est en fait absolument merveilleuse.

Quand je découvre le nouveau magasin de façon extrêmement pragmatique. (« Alors que je contemplais mon royaume, je compris que le sol était couvert de lino et avait besoin d’un coup d’aspirateur »)

Pendant ce temps-là, dans son bureau, mon père découvre l’internet

« Euh Coraline, tu peux venir voir ? J’ai mis mon facebook en allemand… je sais pas comment j’ai fait.. et je sais pas comment remettre en français…. »

Pour un moment de rigolade assuré, lecteur, mets le facebook de tes parents en allemand. Euphorie collective assurée.


Ha puis vu qu’on parlait des déterminants possessifs et des pronoms personnels plus tôt… « Il est beau votre magasin ! » « Vous devez être contente d’avoir retrouvé votre magasin » Ce n’est point mon magasin… Techniquement, c’est même plutôt le contraire. Une fois le badge passé, concrètement, mes jambes mes bras ce que je dis mon sourire appartiennent au lidl. Donc bon… je ne suis en rien responsable d’une telle transfiguration. Et d’ailleurs, ça n’éveille en moi nulle joie ou enthousiasme… Je ne suis pas contente ou quoi… Je suis… euh… indifférente. Pour moi, le magasin, c’est comme une voiture ou un marteau : c’est un outil. C’est fait pour être pratique, sa « beauté » n’entre pas en ligne de compte pour juger de sa qualité. Ce qui m’intéresse, c’est de savoir si oui ou non je vais pouvoir faire efficacement le travail qu’on attend de moi. Voilà. Le problème, c’est que les clients n’en finissent pas de s’extasier sur la beauté de ce magasin, concept qui me dépasse donc complètement, même dans les moments où j’essaie d’y mettre de la bonne volonté, ce qui met donc à rude épreuve mon maigre sens de la conversation… Pire encore ! Cette conversation vient se rajouter à la longue liste des conversations répétitives que je me retrouve à avoir une vingtaine de fois minimum par jour, accentuant encore la sensation de ne rien être d’autre qu’un putain de bot qui répète les mêmes procédures à longueur de journée… Du coup, il y a quelques moments de désespoir quand quelqu’un change de disque :

« Alors comment vous le trouvez votre nouveau magasin ?
_Bah… les néons niquent moins les yeux !
_OO C’est tout ??!
_Mais c’est déjà super je trouve ! »

Je ne sais pas qui de mon pragmatisme ou de ma manie de répondre vraiment au question qu’on me pose aura ma peau… J’imagine que les collègues qui sont là à l’année seront sans doute beaucoup plus sensibles à la différence. Moi je passe sans doute complètement à côté. D’autant que, ce que je vois surtout, c’est ce qui ne marche pas…

Car oui, on a réouvert mercredi, et c’est déjà folklo ! Déjà, le soucis, c’est que si j’ai raté le pire du pire le mercredi matin, il y avait quand même moult la populace toute la journée. Résultat ? Pas de polo ni de chaussures mises de côté, pas de badge, pas d’étiquette avec mon nom… Il a fallu que cette chère G. appelle son mari pour qu’il ramène un carton de polos et des chaussures. Chaussures de sécu neuves qui m’ont donc bien joyeusement explosé les pieds toute la semaine (sérieusement j’ai des pierres à la place des talons !), et qui ne m’ont pas servi à grand chose vu que je suis très peu sorti de caisse, et que soyons réalistes, ça risque de continuer comme ça le temps que les saisonniers soient tous correctement formés (donc là nous allons tous prier dans le potentiel de mes jeunes collègues, et nous allons prier très forts, parce que j’en ai déjà marre des gens). Pas mon nom, ça ne m’embêtait guère, je n’aime pas que les clients sachent mon nom. J’estime que c’est pas leur affaire, et que déjà, me parler correctement et me dire bonjour ça serait un bon début. Pas de badge, ça c’est bien la merde par contre. Parce que du coup, je ne peux pas pointer, ce qui est quand même embêtant parce que je n’ai pas trop l’intention de travailler pour la gloire. Mais surtout parce que maintenant, dans ce nouveau magasin, toutes les putains de porte s’ouvrent à l’aide du badge. Putain, je dois demander à quelqu’un de m’ouvrir à chaque fois que je veux accéder à la salle de repos (genre, monsieur Lidl me hurle « non ! retourne travailler ! tu manges pas et tu vas pas faire pipi !! » tous les jours). Et quand je dis toutes les portes, c’est toutes les portes ! Même le putain de local poubelle s’ouvre à l’aide du badge. Sérieux les mecs, vous avez peur de quoi ? Qu’on vous vole une salade pourrie ? Et surtout, pour mon premier jour, personne n’a vraiment eu le temps de me faire faire le tour du magasin, ce qui fait que je n’ai rien repéré de où sont les différentes choses dont je pouvais avoir besoin pour mener à bien les différentes tâches que j’aurais à faire dans ma journée… Cerise sur le gâteau empoisonnée, mes collègues, joyeusement débordée et en vrai pas tellement plus avancée que moi (j’y viens !), ont passé leur journée à jouer au flipper avec ma tête « euh, demande à truc » « vois avec bidule ». Sauf que maintenant que ce truc est immense, vas y pour trouver truc ou bidule ! Sérieux, en fin de journée, il m’a fallu 15 minutes pour serpiller ma caisse… le temps de… trouver où sont les sceaux et les serpillères… trouver l’arrivée d’eau… m’entendre dire que j’ai pas le droit d’utiliser celle-là et qu’il faut que j’aille au local poubelle… trouver le local poubelle… constater que je ne peux pas l’ouvrir sans badge… trouver quelqu’un avec un badge… que ce quelqu’un m’explique où sont les sceaux et les serpillères et l’auto-laveuse alors que j’ai déjà dit que j’avais un sceau et une serpillère… que je trouve quelqu’un qui comprenne que je veux juste qu’on m’ouvre une porte… que je comprenne comment fonctionne l’arrivée d’eau… que je décide de prendre le risque d’inonder le lidl le jour de la réouverture parce que YOLO ! … que je décrète que putain j’en ai marre, j’ai que du produit à vitres sous la main, et que je vais donc laver mon sol au produit vitre, parce que merde, les procédures c’est comme l’informatique, c’est bien quand ça marche mais la plupart du temps tu te démerdes surtout comme tu peux (et toute façon ça a très bien marché alors merde)… 15… putains… de minutes… Je me suis sentie telle une bille dans un flipper : toujours à se prendre un revers et jamais où il faut.

Quand on ne prend pas le temps de m’expliquer et que du coup je me démerde comme je peux, j’improvise… (« Je n’ai aucune idée de ce que je suis en train de faire »)

Pendant ce temps-là, au fin fond du désespoir…

« J’ai trouvé du travail pour la saison !
_Oh !
_Mise en rayon à Super U… rayon hygiène…
_C’est toujours mieux que le rayon boucherie de chez Lecler non ?
_Ouai… Ils vont tous me regarder de haut alors je vais me répéter « j’ai bac +5 j’ai bac +5 j’ai bac+5 »
_Je te vois bien graver ça au cutter sur les rouleaux de PQ. Genre art-déco du pauvre.
_Je te déteste. Putain j’ai trouvé ! Juste pour te faire chier, quand j’aurai des gosses, et bah tu seras la marraine !
_WHAT ? Mais pourquoi tu veux faire ça ?
_Pour te faire chier ! C’est trop bien comme idée ! Trop génial ! En plus tu vas te sentir obligée de le faire super bien et tout ! ahahahahaha
_Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça… »


Mais je vous connais… et ce que vous attendez en vrai, c’est que je vous raconte les clients cons hein. Parce que vous êtes comme ça vous, vous aimez vous repentir de la bêtise humaine. Et si vous avez pitié, une partie de vous se dit peut-être qu’en une seule semaine quand même, y a pas dû y en avoir des tonnes non plus… C’est vrai qu’on a de la marge jusqu’au mois d’août. Mais ne vous inquiétez pas, le connard est de sorti en toute saison et nous allons maintenant prestement le retrouver si vous le voulez bien ! Parce que le client, il a besoin d’agresser quelqu’un, ça lui fait plaisir, ça le défoule. Alors du coup, il cherche le prétexte. Dans la série des choses qui déconnent déjà, nous avons les caisses qui se ferment toutes seules, les TPEs (la machine pour payer en carte) qui déconne, les promos qui ne se font pas, les clients qui ne savent pas lire, etc. Pour la réouverture, Monsieur Lidl, il a fait des cadeaux, parce qu’il est comme ça. En vrai, Monsieur Lidl n’est pas un gros con enfoiré de capitaliste, c’est un gentil, il veut faire plaisir. Alors il a fait du cadeau aux clients qui venaient ce jour-là, et il n’a pas regardé à la dépense : jeton lidl, sac lidl, stylo lidl. La vache. Ça déconne pas. Tout ceci avait donc lieu le mercredi. Déjà, comme il y a eu blinde de monde le matin, l’après-midi on était un peu raque en cadeau. Du coup, certains clients m’ont signifié leur mécontentement « forcément, on vient en fin de journée on n’a pas de cadeau ». Non mais mais… les gens… c’est un stylo, un putain de stylo ! Remettez vous… le truc en plus il est pourri, il se casse au bout de deux utilisations… franchement vous ratez rien… et c’est une fille qui a un stylo dans chacun de ses sacs et dans chaque pièce de son appart qui vous le dit (ça m’énerve toujours de devoir chercher un crayon, du coup j’en mets partout c’est beaucoup plus simple). Le lendemain, une bonne femme se pointe à ma caisse « j’ai pas pu venir hier du coup j’ai pas eu le sac, je peux l’avoir aujourd’hui ? _Bah… non. _Aller ! _C’était un cadeau de réouverture, la réouverture c’était hier… je peux pas madame _Il faut savoir faire plaisir aux clients vous savez ! » Ha mais oui ! Je sais bien madame. C’était marqué sur le planning « mercredi : être gentil avec le client ». Mais moi j’ai lu le planning en entier et ça donnait :

mercredi : faire plaisir aux clients
jeudi : retour au pouvoir du capitalisme sans foi ni loi
vendredi : enculage du client
samedi : enrobage du client avec dégustation et re-enculage
dimanche : bon faudrait nettoyer là quand même, ça va commencer à coller

Donc bah moi j’ai suivi le planning. Moi je suis qu’une pauvre petite caissière, je fais ce qu’on me dit. (Au passage, si la moyenne de blagues crades de cet article est au dessus de ma moyenne habituelle, c’est parce que maintenant, nous sommes équipés de petits casques avec micro pour communiquer avec les collègues d’un bout à l’autre du magasin. Or on s’en sert aussi à dire des conneries. Sauf que comme je suis en caisse, et bien je ne peux pas répondre alors qu’elles disent des saloperies et c’est TRÈS BEAUCOUP LA FRUSTRATION ! Du coup faut bien rattraper). D’ailleurs, à l’opposé, combien de clients ont exulté de joie à ma caisse, leur sac cabas cadeau en main « c’est vraiment super en plus il est magnifique ! » C’est… un… sac… cabas ! Bordel, mais à quoi ressemblent vos vie pour qu’un sac à l’image d’une photo de kiwi vous colle un orgasme pareil ?? J’ai eu l’impression de passer ma semaine dans une chanson de GiedRé… Je veux dire, c’était un jeton, un stylo, un sac… Ça serait un iphone, une tablette, une voiture, des vacances j’aurais compris… mais là… Dans un sens comme dans l’autre, ça me dépasse.


Pendant ce temps-là, dans l’administration française, la CAF continue de me verser des allocations logement mais le site de la CAF m’explique que je ne suis pas allocataire de la CAF qui me donne des allocations…


Dans la série des choses qui n’ont pas changé, nous avons toujours des clients très très courageux… Je me retrouve donc à gérer la ligne de caisse : en gros, on me colle en caisse, on me file un casque + micro, la clé de nul, et je gère les saisonniers, leur pause, leurs conneries (pour lesquelles certains ne prennent pas de pause)(oui, j’ai déjà ma bête noire. C’est pas drôle, les jeunes générations prennent de moins en moins la peine de faire semblant d’être des gens fréquentables, genre là, les collègues qui vont lire ça, savent très bien de qui je parle alors même qu’on est tous arrivé y a une semaine et qu’on est une bonne 12 en bonus pour la saison, c’est vous dire), les conneries demandes des clients en ce qui concerne les échanges et retours. En gros, je dois être à 4 ou 5 endroits en même temps. Autant vous dire qu’en cinq jours, je frôle déjà le décès cérébral (genre, je parle à ma nourriture) et que je commence à sérieusement flipper parce que je n’arrive pas à travailler mon oral de financement…Mais ce n’est guère le sujet, je paniquerai ailleurs. La plupart du temps, les clients sont compréhensifs (faut dire que me voir insulter ma machine à grand coup de « putain de saloperie de merde de chier fais ce que je te dis putain ! », ça a tendance à décourager les gens de m’emmerder deux secondes après. Mais vraiment. Je suis du genre à jurer dès qu’un truc se passe pas comme je veux, mais maintenant j’en rajoute une couche depuis que j’ai compris que ça me permettait d’avoir la paix ensuite)(manipulatrice ? nooooon ! Je suis simple caissière voyons.). La plupart du temps. L’autre jour, on avait un genre de promo à la con. De base, en achetant deux bouquets de fleurs, le client avait une réduction. Mais, là en prime, le client avait aussi 50% sur le prix final (donc une promotion sur la promotion). Sauf que la promotion ne s’est pas faite. Je sors de caisse, vais voir en rayon, j’essaie de comprendre ce qui a pu merder. Je retourne à ma caisse, et via le casque, j’appelle ma responsable pour lui expliquer le problème et que donc elle mette la base de données à jour. Je dois donc rembourser la différence à la cliente, sauf qu’entre les pourcentages, les conneries des autres, les trois choses à gérer, ma capacité en math, je savais que d’office j’allais perdre du temps à essayer de calculer pour finir sur un truc même pas sûr d’être bon. Je lui demande donc si elle peut rapidement faire le calcul pour que ça soit bon. Elle se moque gentiment de moi, comme quoi je suis nulle en math, mais bon elle s’en va quand même faire le tout à la calculatrice. Bref, tout ça prend un peu de temps, mais dans ma tête, je me dis que c’est du temps bien utilisé puisque j’ai pu répondre aux questions des collègues et résoudre le problème… Pendant que je fais signer le petit papier à la madame, mon oreille droite capte une voix d’homme en train de joyeusement râler avec le client suivant « oui ça fait 12 minutes que j’attend, je pense à ma femme qui est handicapée, et puis le personnel est mal formé c’est n’importe quoi toute façon ici ». Haaa ! Nous le retrouvons donc, le client courageux comme pas permis ! Car oui, lorsque j’en ai eu fini avec ma cliente, que j’ai pu relancer ma caisse et que j’ai gratifié l’homme d’un sourire à peine exagéré, celui-ci m’a répondu d’un grand sourire, et bonjour madame et merci et bonne journée madame. Avant de m’insulte copieusement auprès de mon frère et son pote sur le parking. Cher client courageux, je t’aime. Parce que sache que si ça me gonfle de me faire accuser à tort quand je n’ai rien faire de mal, si t’as pas les couilles de me dire quelque chose en face, je considère que tu n’as rien dit et la bonne journée à toi !

Quand les clients me racontent leur vie ou espèrent me faire changer d’avis (« Bienvenue au pays de Tout le Monde s’en Branle humain. Population : 6 milliards + 1)

Pendant ce temps-là, dans le couloir, à 6h16 du matin

Mouuuuwaaaaaou ! Mouwaaaaaou ! Ce que nous pouvons traduire par « je suis rentré !! j’ai faim !! occupez-vous de mooooooooi ! » Gribouille était donc rentré, il avait faim, il voulait qu’on s’occupe de lui. Mon père, qui partait travailler, se débrouille pour ramener le chat dans la cuisine, mais trop tard pour moi, je suis réveillée. Comme le réveil devait sonner à 8h, je caresse l’espoir saugrenu de me rendormir. Sauf que… le chat a dû manger sa gamelle, ressortir dehors, rerentrer par la fenêtre de la salle de bain, et à 6h27 du matin… Mouuuuwaaaaaou ! Mouwaaaaaou ! Mouaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaawou !!!! Ce que nous pouvons traduire par « je suis là, est-ce que vous avez entendu que j’étais là ? Parce que je suis là ! et je suis tout seul ! je suis là ! » Je me hisse sur le lit de sorte à atteindre la poignée de ma porte, j’ouvre, et Gribouille se décide à rentrer. Je ferme et m’écroule à nouveau, me vautrant dans mon espoir de me rendormir maintenant que le chat a trouvé un endroit pour dormir et donc, se faire… Mouuuuwaaaaaou ! Mouwaaaaaou ! « je suis là maintenant ! tu me fais une place ? parce que je suis là ! on va dormir ensemble et c’est trop cool ! » Et moi de répondre « putain Gribouille, c’est un lit double, devrait y avoir assez de place pour les livres, la peluche de Stitch, toi et moi sans que tu sois obligé de me planter tes griffes dans le mollet ! _Mouwaaaaaou ! » Du coup j’ai abdiqué. Et quand je suis partie, vers 8h43 direction le taff, le chat dormait de tout son long en travers du lit. Je me suis fait trollé par mon chat.


Et j’en ai eu d’autres… Mais l’article fait déjà plus de 4 000 mots… Alors je vous fais juste une petite liste en forme de teasing pour vous, et de pense-bête pour moi, et ça sera pour la prochaine fois :

  • la petite vieille et son concombre imaginaire
  • la nana qui t’agresse pour publicité mensongère
  • la nana qui t’engueule parce que tu ne sais pas ce que le magasins vendait l’hiver dernier
  • le couple qui te confond avec la machine
  • et puis on tapera sans doute un petit coup sur les grands chefs aussi tant qu’on y est…

Je conclurai simplement ici pour aujourd’hui. Quand je vous disais que même mes collègues, celles à l’année, semblaient n’en mener pas plus large que moi, c’est surtout parce qu’à l’heure actuelle, on se croirait en plein crash test. Personne ne sait vraiment comment les choses sont sensées se passer. Ou plus exactement : on a la théorie, mais il n’a pas fallu une journée pour comprendre que la théorie ne nous servirait pas à grand chose. On ne sait pas quelles quantités commander, combien il faut être pour ouvrir ou fermer le magasin, où ranger toutes les choses, etc etc. En gros, on passe beaucoup plus de temps à improviser que les chefs ne le pensent… d’autant qu’au final, ils te sortent tellement des conneries énormes à force d’être déconnectés de la réalité du terrain, qu’on leur sourit en disant que ça va bien, tandis qu’on trouve les solutions nécessaires au jour le jour. Bref, l’été sera long et folklorique !

Nous finirons simplement avec la chanson de la semaine, et je vous préviens, vous allez l’avoir en tête toute la semaine prochaine.
En attendant, un Wall of Death à vous !

It should be obvious…

Fiction Plane – Out of my face

Maman,
Je suis fatiguée. Parce que je ne dors plus. Je regarde le monde courir et le monde ne dort jamais, alors moi non plus. Je regarde le monde courir à sa perte et moi avec. Je regarde les articles qui tombent tout le temps, les nouvelles qui ne sont plus si nouvelles tellement elles sont toujours pareilles mais quand même il faut connaître la dernière. Sauf que la dernière n’est jamais la dernière tu sais… Un peu comme les rappels au concert, tout le monde sait que c’est programmé.

I feel alright, just get out of my face

Maman,
Je suis fatiguée. J’ai l’impression que c’est toujours pareil, que ça se répète encore et encore. Mais peut-être que c’est juste moi qui vois flou, moi qui comprends pas, moi qui ai encore raté un épisode. Peut-être que j’ai passé trop de temps dans les livres et les histoires, que j’ai tendance à croire que les choses peuvent bouger, s’arranger. Sans doute que je suis stupide, que je crois qu’il y a des solutions comme pour les énigmes et les romans policiers.

I feel alright, just let me have my space

Maman,
Je suis fatiguée. J’ai crachée de la colère tellement partout et tout le temps que j’ai la bouche en papier de verre. J’ai le verbe acéré et la sémantique en angle droit. Je bouffe mon propre cynisme à tous les repas. J’adoucis comme je peux à l’humour noir mais ça ne trompe plus personne. Ça ne cache plus l’amertume. L’acidité finit par ressortir et ça me bouffe l’estomac.

Don’t have the patience to explain myself to you

Maman,
J’en ai marre. De ramasser les potes suicidés, violés, battus, camés, alcoolisés, qui a même pas 30 ans se traînent déjà toutes les addictions du monde à force de vouloir oublier tout ça. J’en ai marre de retourner toutes mes poches de jean en fin de mois pour trouver 5€ à filer à une amie pour qu’elle puisse acheter des pâtes à ses gosses. Marre d’entendre toujours les mêmes histoires de boulots de merde, de patrons abusifs, de loyers qu’on peut plus payer, de tafs qui te défoncent la santé. Marre parce que c’est même pas des exceptions, juste le monde qui s’en fout. J’en ai marre de leur dire que ça ira mieux demain alors que putain j’en sais rien.

I don’t need to listen to your good advice, my friend

Papa,
Je suis fatiguée. C’était déjà la merde comme ça quand t’avais mon âge ? Ou c’est de pire en pire ? Et c’est quoi la pire des deux réponses ? Putain papa pourquoi, comment ça se fait que je sois déjà une vieille conne ? Pourquoi j’ai déjà l’impression que ça sert à rien ? Que toute façon c’est foutu ? Ça aussi c’était déjà comme ça quand t’avais mon âge ? Ou bien on est encore plus con ? Est-ce que la vie c’est jamais qu’une boule de neige qui file en avalanche jusqu’au prochain roc qui l’explosera ? Et de génération en génération on s’ajoute en flocons conglomérés, on se congèle jusqu’à l’immobilisme total, jusqu’à ce que la boule devienne inarrêtable, jusqu’à ce que le mur devienne la seule option. « Emportez moi dans la tourmente les freins ont lâché dans la pente« … Dis moi depuis le temps qu’on roule, combien de temps avant l’implosion finale ? Dis moi ça vaut encore le coup de s’extirper les jambes du bordel pour freiner pieds nus ?

It should be obvious…

Papa,
Pourtant on essaie. Mais ça marche pas. Ça tourne en rond. Ça revient au même. Le serpent se mord la queue alors même que vous nous avez tout raconté des serpents, de leurs pièges et astuces.Papa toi aussi t’as essayé non ? Vous aussi vous avez voulu que ça s’arrête. Vous avez bien vu, le mur les serpents et les conneries qu’on raconte et qu’on finit par croire parce que toute façon rien d’autre n’est possible. C’est comme ça faut s’y faire on peut rien y faire et toutes ces salades qu’on nous sort parce que soit disant on s’adapte pas. Putain papa, pourquoi on s’adapterait à un truc pensé pour nous démolir ? On est cons ou bien ? Pourquoi on devrait croire que c’est normal ? Pourquoi est-ce que tout le monde veut croire que c’est normal alors qu’on est tous putain de malheureux à se remplir d’illusions ? On nous dit « soyez heureux ! » pour nous vendre des miracles, pas pour qu’on le soit. Et maintenant on est tous malade à crever de pas y arriver.

I feel alright just get out of my face

Papa,
Je suis fatiguée. On voudrait bouger les choses, on voudrait changer le monde. On est jeune et con alors on voudrait y croire. On voudrait croire que peut-être on va trouver la formule magique qui va tout résoudre. C’est à ça que ça sert d’avoir 20 ans non ? Sauf qu’on est con. Et ils le savent. Parce que tu vois, on fait les mêmes conneries qu’avant. On prend les mêmes et on recommence alors même qu’on vient de gueuler que c’était des conneries. Putain papa on voulait qu’on nous entende et voilà qu’on se gueule dessus les uns les autres.

I feel alright I feel alright

Papa,
J’en ai marre. Marre de voir ma génération foncer dans les murs têtes baissées alors même qu’on les a repérés comme dangereux. Marre que celles d’avant viennent gentiment nous expliquer qu’on se fatigue pour rien, que ça sert à rien. Marre qu’ils viennent nous défoncer nos rêve pour notre bien. Marre des moulins à vent. Marre de plus pouvoir rêver. C’était déjà comme ça quand t’avais mon âge ?

And there is silence, and you know that it means that there is violence

Maman, papa, c’était déjà la merde quand vous aviez mon âge ? C’était déjà foutu quand vous aviez mon âge ? Pourquoi on nous parle de progrès quand rien a changé depuis que vous n’avez plus mon âge ? Et moi, quand j’aurai votre âge, est-ce que ça sera toujours la merde ? Est-ce que ça sera toujours foutu ? Parce qu’on est la génération sacrifiée, déprimée, blasée. On nous le répète tout le temps. Que même si c’est pas vrai, tous les articles le disent. Même si on veut pas les lire, on se les bouffe en pleine gueule tout le temps, alors on peut pas s’enfuir, on peut pas se choisir un autre avenir que cette génération pourrie qu’ils nous promettent. Maman, papa, le monde ne s’arrête jamais, le monde court toujours et nous on court après. On court après parce qu’il nous attend pas. On court après parce qu’on voudrait une place dedans. On court au risque d’en crever. Parce que depuis que vous avez eu mon âge, la boule de neige a continué de grandir, l’avalanche a grossi. L’avalanche continue de grandir mais pas nous. Alors on court pour l’éviter, la rattraper, ou la dévier. On court tellement et depuis tellement longtemps qu’on sait plus trop. Tout ce que qu’on sait, c’est qu’on n’a aucune chance si on s’arrête. On finit même par croire qu’on aime ça. À force ça finira peut-être pas être vrai, mais je sais pas si c’est une bonne nouvelle. Maman, papa, à partir de quel âge on a une place dans le monde ? Est-ce qu’on a encore longtemps à courir ?

It should be obvious to you…


Citation additionnelle : Damien Saez – Sonnez tocsin dans les campagnes.

À mes parents
Aux amis qui en chient
Aux inconnus qui en chient
À tout ceux qui continuent d’y croire quand même, d’essayer quand même.

Les milles et unes vies de Ray Charles – Fantasmagorie #3

Au royaume des aveugles, les borgnes sont les rois. Mais qu’en est-il des migraineux, ces êtres qui vivent repliés derrière leurs immenses lunettes de soleil et dont la patience et la capacité de compréhension sont inversement proportionnelles au nombre de dolipranes ingérés ?

« Je dis toujours ‘jour plutôt que bonjour. Parce que si c’était une bonne journée je serais encore dans mon lit plutôt que d’interagir avec des gens. » (je suis gentille je fais al traduction)

Pour plus de facilités, nous appellerons notre migraineux Ray Charles. Dans ce reportage exclusif, nous vous invitons à suivre les pas de Ray Charles tout au long de son périple au sein d’un magasin.

Il arrive que l’on demande à Ray Charles de ramasser tous les cartons qui traînent et de bien vouloir redonner une certaine allure aux rayons délabrés par les clients. En effet, le client est une espèce sans pitié avec un goût prononcé pour le saccage. Il tient sa force et son pouvoir de son porte-feuille, de là, il n’est nul besoin pour lui de chercher à se justifier et il peut ainsi donner libre cours à ses plus bas instincts sans crainte des représailles. Le client et le caissier doivent pourtant trouver un équilibre viable au sein de l’écosystème qu’est le magasin puisqu’il est impossible pour eux de vivre l’un sans l’autre. Ce qui est bien dommage. C’est sans doute pour ça que Dieu créa Amazon, mais ceci est une autre histoire. Toujours est-il qu’après la migration des troupeaux de clients allant de la plage au camping, ou de l’autoroute A95 au mobil home, il faut remettre le magasin d’aplomb. Une mise à plat s’impose donc. On remarquera la proximité du terme avec ces camarades mise bas et mise à mal, mais ceci est sans doute le fruit du hasard, un arbre qui pousse quelque part entre les terres arides des statistiques, ou bien encore bien caché dans les rayons où sont commercialisées de multiples bières.

C’est dans de telles conditions que notre Ray Charles doit partir à l’aventure. Équipé de son « box », sorte de grandes boîtes que les chefs-ingénieurs ont renommé box depuis leur bureau parce qu’en anglais ça fait toujours plus classe que le terme précédemment utilisé qui était « l’espèce de grande boîte de merde là ». Inutile de préciser que la plupart des box ont au moins une roue qui roule mal, faisant ainsi plus ou moins dangereusement dévier l’appareil. Un véritable bonheur d’engins à piloter. Ray Charles s’improvise alors pilote de ligne, slalomant avec précision entre les clients, il n’aura besoin de leur hurler dessus qu’une petite dizaine de fois lors de sa traversée du magasin. Il feinte à gauche, feinte à droite, ramasse ici le plastique d’un pack d’eau, ici un carton vide de sa javel, là un carton vide de ses conserves de petits pois, là une boîte de tampons au milieu des brioches et bien sûr ces éternels noyaux de cerises semés ici et là en travers de l’ensemble du magasin. Si le client aime à rappeler au caissier que la monnaie qui tombe au sol ne va pas pousser, il faudrait lui rappeler que pour qu’un cerisier pousse, il faut mettre le noyau dans de la terre, et non du carrelage. Une ancienne légende raconte même qu’on pourrait faire pousser un cerisier en avalant les dits noyaux. Si une telle chose était vraie, tout le monde serait gagnant. Le client n’aurait même plus besoin de venir au magasin pour en acheter sans faire attention que le prix indiqué vaut pour 100g et non pour le kilo. Il aurait ainsi digéré ses cerises au moment même où elles seraient arrivées à maturation. Un gain de temps considérable. Plus besoin d’errer dans les rayons en recrachant à tout hasard ces noyaux partout. Enfin si hasard il y a… car peut-être que tout ceci rentre dans un plan bien plus large ! À défaut d’oranger sur le sol irlandais, on planterait des cerisiers sur le sol capitaliste, et peut-être qu’alors la paix dans le monde serait assurée, que chacun mangerait à sa faim et qu’enfin, au bout du compte, les richesses seraient redistribuées. Mangeons des cerises mes frères, en attendant, si l’estomac du client ne peut supporter l’absorption d’une telle quantité de fruits rouges, il lui faudra encore envisager d’errer dans les allées, de trouver tout seul les produits dont il a besoin, de trouver tout seul comment vivre sans celui qui n’est plus disponible, puis de faire la queue à la caisse, de décider s’il paye en carte ou en liquide, si c’est lui ou son ami qui paye et qui paye comment, et enfin de savoir s’il doit ranger dans des sacs maintenant ou bien attendre que tout se casse la gueule bien gentiment.

« C’était sur mon chemin » La philosophie du client moyen.

Une fois qu’il a réussi à se frayer un chemin entre les cerisiers avortés avant l’heure – à ne pas confondre avec les avortons de Cerise, qui sont pas mal chiants aussi mais se traitent plus à coup de pelle dans la gueule que de sécateurs, quoique -, Ray Charles doit encore escalader le frais. Car voilà, Ray Charles ne fait pas forcément la taille idéal pour naviguer d’un rayon à l’autre avec aisance et légèreté. Il lui faut donc parfois trouver des solutions. Si le ridicule ne tue pas, il est tout à fait possible de penser qu’un équilibre plus incertain que les autres finira par avoir sa prise. Les prises permettant d’escalader le mont Frigo ne sont guère aisées, et surtout, pas vraiment validées par la commission d’hygiène. D’un pied assuré, Ray Charles entame son ascension vers sa première étape : les sandwichs. Les gens mangent-ils autant de jambon que ça ? C’est fou. Complètement. Un véritable mystère. Alors Ray Charles remplit des cartons pour en vider d’autres, et à peine a-t-il triompher qu’il lui faut s’attaquer aux salades individuelles qui donnent plus ou moins envie, et pire, les parts de gâteau à emporter… Mal conçues, mal pensées, impossible de les empiler car sinon le client ne pourrait jamais retrouver celle qu’il désire – ce qui est stupide, car comme tout le monde le sait, le client désire toujours ce qu’il ne peut avoir -, impossible de les faire tenir debout sans qu’elles ne se jettent au sol de toutes leurs forces, entachant alors de leur corps éparpillé un carrelage qu’il faudra ensuite passer à la javel. Et quand Ray Charles voit l’état dans lequel le carton des parts de gâteaux a plongé ses mains, il ne peut se résoudre à approcher la javel à moins de 3 mètre sans une combinaison complète. Et l’aventure continue ainsi, mais du surimi aux pâtés et rillettes vient forcément le Passage du Jambon. Des boîtes de jambon à perte de vue… plus d’une dizaine d’espèce de rareté variable… à ne surtout pas mélanger, sous peine de voir l’éco-système s’écrouler… Ray Charles doit être précis et rapide… D’autant que la menace plane : à tout moment, la corne de brume peut résonner, criant son nom à travers la contrée des pâtes et du riz, traversant même les bacs surgelés pour le sommer de se rendre à sa caisse dans l’instant. Alors que Ray Charles passe courageusement le Col des Fromages et qu’il voit se profiler son but ultime, le Mont Dessert, il est interrompu par des clients à la recherche de feta, de clients qui se plaignent qu’il n’y ait que du mascarpone et pas de ricotta, de clients qui voudraient savoir si on a encore des sèches-cheveux d’il y a deux semaines… Si bien qu’avant qu’il ait pu se mettre à l’abris de la tempête au coeur douillet et rassurant de la réserve, Ray Charles doit retourner en caisse. En effet, David Guetta voudrait bien sa pause.

« Faignant ? Moi ? J’ai cligné des yeux deux fois ! Qu’est-ce que tu attends de plus de moi ?  » Ray Charles au sommet de sa migraine n’assure que le service minimum : garder les yeux ouverts.

Alors, à peine David Guetta sera-t-il revenu de sa pause, que Ray Charles s’empressera de se dégager de cet enfer sur Terre. Feinte à gauche, feinte à droite, il récupère son box, attrape au passage les yaourts explosés qu’un client aura gentiment dissimulé entre les bouteilles de jus de fruits frais et part se cacher dans la réserve, où des néons beaucoup moins violents viennent lui caresser l’épiderme. Il est l’heure de la lutte finale. Le voici face à La Balle Carton. Sorte de compacteuse géante démoniaque dont les mâchoires viennent réduire les fiers cartons à l’état de crêpes pas trop bretonne. Ray Charles doit donc transférer le contenu de son box dans la Balle et mettre celle-ci en marche. Cependant, rappelons le, la taille de Ray Charles est limitée, et le box profond. Ray Charles doit donc courber l’échine et risquer encore une fois son équilibre pour récupérer les cartons tout au fond du box… Jusqu’au moment où, telle Alice dans le terrier du Lapin Blanc, ce qui doit arriver arrivera, et Ray Charles tombera tête la première à l’intérieur, passant alors de l’Autre Côté.

À l’heure actuelle, nul ne sait ce qui se trouve de l’Autre Côté. Alors, comment savoir si Ray Charles pourra y survivre ?


Et c’est sur ce cliffhanger un chouïa putassier que se termine cette rêverie ! Car oui, on va voir si je peux relier toutes les rêveries ensemble, ça m’occupera encore plus le cerveau… À votre avis, qu’y a-t-il de l’Autre Côté du box ? N’hésitez pas à proposer, peut-être que vous détenez l’avenir de Ray Charles entre vos mains !

J’en profite pour vous annoncer que cette chronique ne sera plus hebdomadaire (mais bon trois semaines ça fait un peu court pour créer une habitude !). Le rythme va être trop du à tenir pour moi, enfin pas si je veux maintenir le niveau de qualité minimum (et si je me lance dans des conneries type série)(à un moment j’arrêterai de me compliquer la vie). Je vais sans doute passer à un rythme bi-mensuel, mais pour compenser, entre deux épisodes, vous aurez une mini-chronique spéciale « Paroles de clients », parce que la réalité finit toujours par déplacer la fiction, et l’auteur-kleptomane que je suis va encore avoir de quoi manger pour les prochains mois…

Et puis bon, la motivation baisse un peu ici. J’ai eu la bêtise de dire oui à mon père pour jouer un morceau avec lui lors de son anniversaire, ce qui va être sympa et fort drôle mais nécessite un minimum de boulot vu que je joue de la basse depuis environ deux semaines. D’autant qu’il me faut slalomer entre les coupures de cartons ! Ma main gauche proteste vivement devant pareil traitement. Elle m’a même menacé de faire la grève du sexe, moment où je lui ai ri au nez pour lui dire que je verrai de toute façon pas la différence, vilaine planche à pain. C’est à ce moment que je me suis rendue compte que je parlais toute seule en étant à la fois cliché de pétasse, de beauf et d’idiote, et qu’il était temps de boire ma bouteille de vodka cul sec et d’aller me coucher. Je vous le dis, mon cerveau va mal ! En attendant, m’en fous, j’ai joué du death metal l’autre jour : une fourmi avait rien trouvé de mieux que de se promener sur mon manche pendant que je jouais, elle va plus jamais se promener.

Cette semaine, on était un peu énervé, alors en caisse, on fredonnait ça :

et ça

Un Wall of Death à vous !

L’évangile selon la caissière – Fantasmagorie #1

Le premier jour, Dieu créa le verbe. Et comme il était lancé, il créa l’adverbe. Puis, il se dit que des noms, ça pourrait être bien. Et dans un élan de folie, il créa même des adjectifs.
Et Dieu vit que c’était bon.

Le deuxième jour, Dieu se dit que quand même, c’était un peu le bordel tout ça. Alors Dieu créa la grammaire, afin que les hommes puissent faire des phrases complètes et ainsi mieux se comprendre entre eux. Dès lors, les hommes purent se poser des questions, et même se répondre.
Et Dieu vit que c’était bon.

Le troisième jour, Dieu constata que les hommes semblaient réticents à la grammaire, ce qui déclencha sa colère. Dès lors, Dieu créa le savoir-vivre, afin de pouvoir qualifier les hommes n’utilisant pas la grammaire de gros connards de saloperie de merde. Ce jour-là, Dieu était très en forme, du coup, il avait créé les insultes dans le même temps.
Et Dieu vit que c’était bon.

Le quatrième jour, Dieu se dit que, quand même, les mots n’étaient pas suffisant pour diviser les hommes. Alors Dieu créa l’argent, et expliqua à l’homme que rien n’était gratuit dans la vie. Sauf pour quelques uns. Dieu commençait à être un peu fatigué alors il laissa à la charge de l’homme le choix du critère qui donnerait accès à la gratuité de la vie.
Et Dieu vit que c’était bon.

Le cinquième jour, Dieu se dit que son indice de productivité n’était quand même pas très élevé. Il créa donc des machines pour le calculer, ce qui était un bon début après tout. Puis, Dieu créa la pause café et s’alluma une clope.
Et Dieu vit que c’était bon.

Le sixième jour, Dieu inventa le code barre et la caisse enregistreuse, divisant ainsi le monde en deux : ceux qui étaient du bon côté de la caisse et ceux qui étaient du mauvais côté de la caisse. Du bon côté de la caisse, on pouvait chier sur la grammaire sans soucis, certains racontent même que l’on peut y utiliser les insultes sans le moindre soucis. Du mauvais côté de la caisse, il fallait mériter la pause café et ravaler la fumée de sa cigarette.
Et Dieu vit que c’était bon.

Le septième jour, Dieu créa le débat sur le travail le dimanche histoire qu’on lui foute la paix.


Un jour, un vendredi sûrement, puisqu’il est question de poisson, quelqu’un né du bon côté de la caisse demanda à quelqu’un né du mauvais côté de la caisse ce que contenait le poisson. Une multitude de réponse était dès lors possible. On avait ouïe dire que dans des pays lointains, on avait retrouvé du cheval dans des lasagnes de boeuf, alors il paraissait tout à fait vraissemblable que l’on puisse en retrouver dans le poisson. Peut-être d’ailleurs l’usine était juste à côté et qu’elle déversait ses produits toxiques dans les eaux mêmes ou des hommes en combinaison extrêmement imperméables ramassaient les poissons au moment où ils remontaient à la surface. Sans doute y avait-il des saisons, comme pour les fraises, et sans doute qu’on embauchait du monde pour aller cueillir les poissons ainsi échoués. Ceci dit, depuis que Dieu était parti pour sa pause café il a quelques milliers d’année, il n’y avait plus vraiment de saison. Il faudrait d’ailleurs lui dire que selon le planning, il n’est pas sensé prendre une pause si longue. Mais bon, c’est Dieu, alors il fait un peu ce qu’il veut. Déjà qu’il ne fait aucune fermeture… une ouverture de temps en temps histoire de. Et encore. Et puis il décide tout depuis son bureau sans vraiment regarder ce que ça donne, pas que ce soit son problème d’ailleurs. Du coup, depuis que Dieu était en pause café, les hommes doivent se débrouiller pour les saisons. Autant le dire clairement : ils ne respectent pas toutes les procédures. Pour le cueillette des poissons, c’était pas gagné. Si bien qu’on pouvait supposer que dans l’usine où on faisait les lasagnes, on faisait aussi les poissons tant qu’on y était. Il y avait donc fort à parier que le poisson contenait des traces de lasagne, donc des traces de cheval, donc des traces d’arachides, car quand l’être né du mauvais côté de la caisse regardait les étiquettes, tout semblait contenir des traces d’arachides. D’ailleurs finalement, c’était peut-être ça qui avait rendu l’être né du bon côté de la caisse malade : elle était allergique aux arachides. C’était la seule réponse logique.

Finalement, l’être de la caisse répondit simplement :
« Majoritairement du poisson. Minoritairement des arrêtes »
Et Dieu vit que c’était bon.
Enfin en supposant qu’il en est quelque chose à battre vu la masse de café qu’il lui reste à avaler.


Dieu se rendit bien compte que les hommes croyaient de moins en moins en lui, il fallait un miracle, un signe, une preuve de son existence. Aussi, créa-t-il les messages d’avertissement. « Chaussée glissante » « Peut contenir des traces d’arachides » « Comment obtenir un corps de rêve pour l’été » et toute une suite de message de la sorte. L’homme fut impressionné. Il redoubla alors d’amour pour Dieu. Et comme l’homme ne sait pas faire les choses à moitié, il colla de ces messages partout. « Peut heurter certaines sensibilités » « Peut contenir des traces de sexe » « Peut être avalé par les moins de 3 ans » « manger bouger manger bouger« , à tel point que ça en devenait ridicule. Vraiment. La moindre sucrerie possédait sa mention. Et bien entendu, la moindre affiche contenant la sucrerie incriminée devait porter la mention en question. Un jour, l’être de caisse, qui devait passer ses journées à contempler ces affiches, en plus de la vacuité de l’âme humaine – ce qui finalement revenait à peu près au même – fut surprise de trouver cette mention alors que l’affiche ne contenait à première vue rien d’autre que des produits permettant de nettoyer le sol. Peut-être y avait-il une peuplade au loin se nourrissant exclusivement de Mr Propre ? Après tout on avait toujours dit que le sperme était rempli de protéines.. Mais un seul Mr Propre pouvait-il contenir suffisamment de protéines pour nourrir tout un peuple ? D’autant qu’avec une promotion pareille, on allait vendre du Mr Propre à n’en plus pouvoir. Serait-il seulement capable de fournir ? Ne risquait-il pas l’épuisement ? Serait-il obligé de se lancer dans la production de sachets de thé par la suite afin de s’adapter à son nouvel état ? Ou bien possédait-il, tel un acteur de porno, des trucs et astuces lui permettant de faire durer les choses ? Une autre possibilité était qu’une équipe de fins scientifiques aient récupéré du sperme de Mr Propre, et par le miracle des cellules-souches, auquel l’être humain lambda ne comprend rien du tout de toute façon, avaient réussi à reconstituer du sperme de Mr Propre sans qu’aucune jeune femme à la plastique parfaite n’ait à se salir les mains.Ou bien tel la méthamphétamine, c’était coupé avec on ne sait trop quoi. Tout ceci n’expliquait rien puisque protéine d’accord, mais sucre ? Ça n’avait aucun sens. C’est alors que dans un coin de l’affiche, l’être de caisse, qui n’avait vraiment rien de mieux à faire que de décortiquer l’affiche tandis que mère et fille se battaient pour savoir dans quel sens il fallait mettre les yaourts -l’absence de boussole rendait Jérusalem difficile à localiser -, finit par découvrir, bien caché dans un coin en tout petit, une photo de plusieurs boîtes de chewing-gums en promotion. Finalement, à force de récurer du Mr Propre, une jeune femme à la plastique parfaite aura sans doute un goût amer dans la bouche…

Et Dieu vit que c’était bon.
Mais vraiment.
Meilleur que le café.
À tel point que Dieu créa la chirurgie esthétique et photoshop pour que ça soit toujours meilleur.


Fin de cette première chronique de l’été ! Comme vous pouvez le constater, je change un peu de formule. Comme ça doit faire quatre ou cinq ans (pour les très fidèles !) que je vous raconte mes saisons, envie d’un peu de nouveauté. Cette année, vous n’aurez donc pas seulement le droit aux aberrations des clients. Non non. Vous avez gagné le droit de savoir à quoi mon cerveau rêvasse en caisse (quand il n’est pas occupé à reconstituer de la musique avec les bips et les divers bruits)(hier il a réussi à recréer ça, pas la peine de demander comment, il a trouvé ça logique) histoire de ne pas être complètement trépané. (et puis parce qu’il a déjà plus ou moins décidé de sur quoi il voulait se pencher en thèse)(mais ça c’est une autre histoire)(encore)(j’ai fait beaucoup trop d’effort pour ne pas mettre de parenthèse dans cet article)(vengeannnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnce).

Bref, j’espère que cette nouvelle formule vous plaira. Si c’est le cas, n’hésitez pas à la partager ou faire vos retours.
Sur ce, au bout de cinq jours de connexion internet vendéenne, j’ai réussi à télécharger la s2 de Community, alors à plus tard.

Un Wall of Death à vous !

Le JT et moi

In This Moment : Natural born sinner

« Vous êtes la génération qui peut regarder des gens mourir en direct au 20h et continuer de manger. »

Et quoi ? Sommes-nous responsable ? Devons-nous accepter ? Et pourquoi ? Être né au mauvais siècle ? Comme si ça rendait les choses plus faciles, on nous bassine à longueur d’onde que nous avons grandi sous influence télévisuelle. Ce serait notre faute. Qui pour rappeler que la génération précédente a inventé le medium incriminé ? Qui pour rappeler que la génération précédente décide ce qu’on y diffuse ? A qui la faute alors au final ? Quand un humain gave l’autre jusqu’à la nausée, peut-on vraiment prétendre que les débordements étaient si imprévisibles ?

Alors les bombes sautent. Et personne ne zappe. Nabilla poignarde son compagnon et ma grand-mère m’accuse d’avoir fait de cette femme ce qu’elle est. Elle ne zappe pas pour autant. L’image choisit. L’inondation se poursuit, l’invasion continue. L’image nous rampe dans le cerveau. Jusqu’à ce que même sans télé on les connaisse sur le bout des doigts. Même avec toute la bonne volonté du monde, impossible d’y échapper. Je connaîtrai le visage de l’homme poignardé, j’aurai vu la synagogue et le corps du rabbin explosé. J’ai voulu zappé et j’ai essayé. Suis-je responsable à la fin ? Peut-on m’inclure dans la part d’audience quand je consomme autant de programmes par inadvertance que je n’avale de cigarettes en fréquentant les fumeurs ?

Je connais les grilles et les contenus sans même avoir à payer la redevance. Internet, média libre ? Mon cul. Premier relais de la télévision. Cracher dans la soupe pour mieux la servir. Je n’y arrive plus. Avoir accès à toute l’actualité du monde à n’importe quel moment. Ne pas savoir est criminel. Savoir est dangereux pour la santé mentale. Et quand bien même… ce n’est pas comme si les destins humains étaient innombrables. L’horreur se multiplie et se subdivise pour mieux se ressembler. Un jeu des 7 différences à l’échelle mondiale, imprimé sur ton paquet de céréales pour que tu trouves la sortie du labyrinthe à peine le café avalé. Voir les morts en direct et continuer à manger. C’est ce qu’on fait non ?

J’étais là en direct aux attentats de Boston. J’étais là en direct quand ils ont ramassé les corps à Jerusalem. J’étais là tout le temps. J’étais là quand la femme dans le métro s’est mise à pleurer. J’étais là quand un homme à frapper une jeune fille parce qu’elle était basanée. J’ai écouté les histoires. Les amies violées, les femmes battues, l’argent qui fait défaut au point d’arrêter d’exister, la solitude, la violence au travail, la discrimination. J’ai tout entendu. Mon cerveau déborde autant d’images que d’histoires et je ne sais plus quoi en faire. Je ne comprends plus rien.

On me dit on me répète que ce monde est le mien. Que ma génération mange en regardant mourir sans rien faire. Mais je n’ai pas tué. Je ne sais pas pourquoi tout le monde s’intéresse à Nabilla. Je ne comprends pas pourquoi les morts à Jérusalem. Je n’arrive plus à calmer mes amies en larme parce que la société leur répète qu’elles sont responsables. Les mots n’ont plus de poids, plus de sens. Je voudrais vomir, je voudrais crier. Mais ça changerait quoi ? Mes colocataires parlent d’une révolution mais je n’y crois plus depuis longtemps. Le monde est englué, les dés pipés depuis le début. Le monstre s’auto-suffit et le serpent se mord la queue.

Je ne comprends plus. Le fossé entre ce que je crois juste et ce qui est s’agrandit. Les paradoxes grossissent sans qu’on puisse les stopper. Les gros titres multiplient les constats d’une évidence à toute épreuve : saviez-vous que la majorité de la population est complexée ? On vous explique que c’est mal. Et on vous explique comment maigrir, avoir une meilleure peau, être mieux dans sa peau, accepter son boulot. Allez y cherchez encore. Le désespoir fait vendre. Alors pourquoi montrerait-on autre chose que les morts à la télé ?

Putain je comprends pas. Le monde va dans le mur. Comment peut-on croire que rendre les gens désespérés pour leur faire bouffer macdo n’est pas qu’une solution à court terme ? Comment peut-on encore être surpris ? Je ne comprends pas ce monde qui est sensé être le mien. Je suis dégoûtée et lasse. L’envie de jeter l’éponge maintenant. Parce qu’à quoi bon ? Une autre pub me rappellera combien je suis tordue pour mieux me vendre leur remède miracle, un autre reportage me dira les morts à l’autre bout du monde pour lesquels on m’accusera, un autre coup de téléphone me rappellera la détresse, un autre métro amènera son lot d’horreur… A quoi bon ? On ne peut jamais éteindre la télé, et on ne peut pas se priver de nourriture dans l’espoir de se racheter une conscience.

Alors maintenant ? Je suis sensée faire quoi ? Que peut faire ma génération pour racheter tous les maux dont celle d’avant l’accuse alors qu’elle nous a lié les mains et plombé les pieds avant de nous jeter dans le grand bain ?