Posts Tagged: la parade des monstres

23h05 Indivisible

Indivisible
Elle a dit indivisible
Qui a dit indivisible ?
Pas moi ! C’est promis craché juré
Cracher l’acide une fois cracher l’acide deux fois cracher l’acide trois fois Qui dit mieux ?
Pas moi ! Jle jure
L’innocence est un plat qui se mange froid.

Voyez-vous ?
Voyez-vous le corps qui se tord ? Il danse pour vous, sourit pour vous. Il réussira toutes les pirouettes que vous pourrez demander. Il se dandinera. Il relèvera la pente. Il trouvera les solutions. Il fera même le café si vous lui montrez où sont les tasses !

Indivisible indivisible
Mais c’était pas moi j’étais pas là. Pas à ce moment-là j’étais pas là pas encore arrivé innocent par défaut. Réinitialisation, retour aux réglages d’usine. Elle était déjà morte quand je suis arrivée ! Déjà morte ! Alors innocent je suis j’étais pas là.
Elle était déjà morte. Combien de fois sommes-nous morte depuis ? Tellement de sang sur les mains que les mains sont devenus du sang.

Lapsus.
Tu triches. C’est de la triche. Pas juste. Lapsus. Menteuse. Mentueuse. Même pas en face.

Voyez-vous ?
Voyez-vous le monstre qui s’agite ? Essayer c’est l’adopter. Mieux qu’un singe savant, plus décoratif qu’un cacatoès. Apprenez lui la partition il jouera et dansera pour vous. Du solo à la symphonie, le monstre connaît toutes les tonalités. Pour un monstre acheté, ramenez en 189 à la maison. Offre exceptionnelle !

Indivisible indivisible indivisible
Plus on le dit moins ça a de sens. Comme quand on est môme et qu’on répète encore et encore et que le mot fond dans la bouche pour couler dans la gorge.
Scrabble géant. Mot compte triple néant. Pour 1 000 points l’épeler à l’envers.
Vous savez, on peut vous reconnaître à votre calligraphie. Parce qu’elle est unique au monde.

INDIVISIBLE

Est-ce qu’elle pleure ?
Je crois pas…
Arracher les yeux les paupières cautériser désinfecter cautériser encore désinfecter plus fort arracher plus loin récurer décrasser désinfecter désinfecter désinfecter.

Les monstres sont vendus en lot indivisible. Nous vous demanderons de ne pas les séparer. Toute extraction non approuvée à l’avance risque de sérieusement endommager votre monstre. Les réglages d’usine ont été perdus. Merci de votre compréhension.

Falsification

Meg Myers : Mosnter

Saviez-vous que 5ans, ça fait 1825 jours ?
Faux. Tu mens. Encore. Saloperie.
Parce qu’il y a une année bissextile tous les 4 ans. Donc forcément le compte. Forcément il y a une année de 366 jours. Peut-être même deux. Ta putain d’équation est fausse.

Et maintenant ?

What have I done ? I’m a fucking monster.

Et donc maintenant ? La pendule enrayée. La vermine se répand dans l’organisme. On les sent grouiller sous la peau. D’ailleurs regardez…
Les premiers trous les premiers ratés les premières fissures.
J’en pleurerais presque.
J’en pleurerais si on ne lui avait pas passé les paupières au fer à souder.
La brûlure et la sécheresse. Liquéfaction impossible. La plaie ne peut jamais cicatriser. Regarde comme elle pourrit. Regarde comme la vermine lui ronge les os.
Bel essai belle tentative. J’applaudis les bras en croix.
Nous faisons de même.

What have I become ?

Il faudrait plusieurs je. Mais c’est impossible. La grammaire l’interdit. On ne plaisante pas avec la grammaire.
Parce qu’il faut des règles. Il faut que le monde ait des règles. Alors on ne rigole pas avec la grammaire.
Et nous ne dirons plus jamais je. Enterré quelque part au milieu des vers.
Dis moi comment sentent tes intérieurs quand tu pleures ?

La purulence qui monte. Et personne pour retirer la graine. Tant pis.
Patchwork raté, mal assorti. Putain de mensonge.
Je est un putain de mensonge. Tissu distendu. Mauvaise qualité. Allez-y. Ils n’attendent que ça. Qu’on leur serve la grande comédie de la première personne du singulier. Les gentils névrosés ont dit quelles étaient les limites. Prière de bien vouloir rester derrière les barricades.
C’est pas faute de vous avoir prévenu.

What have I done ? I’m a fucking monster !

Et quand je verrai ma tête rouler sur le carrelage, de mes yeux dévidés j’en prendrai la pleine mesure.
Je me souviendrai.
Encore et encore
Ce jour-là
Encore et encore
Mourir
Encore et encore
Mais jamais pour de vrai.
Seuls les vivants peuvent mourir.

Quand je verrai ma tête rouler sur le carrelage, je rirai tellement fort que je verrai mes joues trembler, mes lèvres s’étirer et mes dents sourire. Je verrai tout. Je noterai tout. Je me souviendrai. Et je le raconterai. Encore et encore. Comme si ça pouvait changer quelque chose. Comme si ça allait arrêter la douleur. Comme si la réponse allait forcément finir par en sortir. Encore et encore. Je dira comme sa tête roulait sur le carrelage. Encore et encore. Si vous aviez été là… Si vous aviez vu… Ma tête sur le carrelage et le rire qui se déforme à chaque syllabe. A chaque fois que je raconte j’entends encore plus fort. J’entends le moindre son. Chaque rebond s’ébruite dans mes tympans et je finis par voir le rire qui s’éclate sur les murs autour. Et je raconte encore et encore. Je raconte elle je nous on la bestiole merde la douleur la peau je nous on mensonge menteuse menteurs monstres monstres monstre je nous elle on vous sur le carrelage là où ma tête roule encore il y a le rire avec mes yeux qui roulent encore sur le carrelage là où ma tête aurait dû aurait pu mourir encore et encore je raconte pas de porte de sortie on n’entre pas désolée fermeture prématurée

What have I done ? I’m a fucking monster

Combien de temps ça prend pour raconter ça ? Combien de rebond ? Combien d’essais ?
Environ 1825. Qu’on boucle la boucle et qu’à nouveau nous puissions respirer.
Je suis un mensonge. Je est une menteuse.

Je suis Gobi et le Niagara.
Je suis l’Amazone sans Adam à persécuter.

Et nous sommes tout et nous sommes rien.
Rien d’autre que l’écho sur le carrelage à la recherche d’une tête à hanter.

I’ve got to kill you my love.

Good morning

Cherchez le coupable !

Au matin le corps endolori, les bleus et les griffures, le sang sur les draps. Alors ? Maintenant on fait quoi ? La mémoire corporelle est une salope, jamais ô grand jamais la bestiole ne dormira en paix. Chasse à l’homme à même l’épiderme. Qu’on lui démonte le crâne et comme ça nous aurons les preuves. Crève. Puisque de toute façon c’est la dernière option possible. Crève. Puisque tu n’en finis plus de nous brûler la conscience.

Alors maintenant ?
Cherchez la victime !

Qu’on la nomme et qu’on l’apporte à la morgue. Qu’on l’euthanasie si nécessaire. Mais la morte ne veut pas mourir. C’est regrettable. La peau se gonfle, s’irrite tandis que les os se contorsionnent pour mieux arracher les protubérances malheureuses. Au matin compter les dégâts. Alors c’était ça ? Suivre les lignes, compter encore. Désinfecter au besoin, compter encore. Changer les draps, pour ce qu’ils servent. Serrer les dents. Vous n’avez pas le droit d’avoir mal. Il fallait la tuer mieux que ça.

Alors maintenant ?
Coupable et victime fusionnés.

Je suis désolée chère bestiole. La mémoire corporelle n’oublie jamais. La peau se souvient mieux que tout. C’est marqué c’est inscrit. Alors bestiole, prête à souffler tes bougies ? Peut-être que si tu les avales de travers tu pourras cautériser de l’intérieur. Alors bestiole, comment on le vit ce compte à rebours ? Qu’est-ce que ça fait d’être assassinée toutes les nuits et de se réveiller pour mieux recommencer ? Alors bestiole, pourquoi tu continues d’aller te coucher ? Pourquoi tu ne veux pas comprendre que ta place est sous le lit, avec les monstres ? Pourtant on te l’avait dit. Mais tu n’écoutes jamais. Alors vas-y, compte. Encore et encore. Serre les dents. Si on t’entend gémir on te les pète une par une. Alors bestiole, qui vas-tu inviter à la fête d’anniversaire maudite ?

La morte
L’assassine
Les mains ensanglantée n’ont pas de noms.
Trouvez le coupable, trouvez la victime, et nommez les…

Vers à verre

La pièce est tellement vide que même les murs en sont absents. Pourtant pas de sortie. Pas d’éclairage. Nul part. Le vide. Être ici sans y être puisqu’il n’y a pas vraiment d’ici. On pourrait dire tes mains absentes. De toute façon, tu ne les vois pas, et elles sont incapables de toucher ton visage. Alors finalement, peut-être n’en as-tu pas. Peut-être que tu n’es qu’une pensée égarée, perdue dans un ici qui n’est nul part. On ne dira pas que tu flottes dans l’air, déjà pour éviter le cliché littéraire, mais surtout parce que tu es lourde, tellement lourde. Tu dois être une pensée coulée dans du plomb, on a dû t’abîmer à la sortie du moule car tu n’as pas de formes consistantes. S’en est ridicule. Mais là à cet instant, on ne peut pas le voir. Alors ce n’est rien. Ne t’inquiète pas. Le vide a ça de rassurant. Il faut bien qu’il serve à quelque chose.

Et puis tu entends le son. Celui de quelque chose qui tombe. C’est une bonne nouvelle, ça veut dire qu’il y a un sol, qu’il y a un fond. Peut-être même que si tu te concentres assez, tu pourras le sentir sous tes pieds. Alors tu essaies. Tu te concentres, tu envoies tout ce que tu peux de plomb dans tes pieds pour sentir le sol. L’effort est épuisant. Mais tu continues. Il faut que tu saches. Si tu trouves le sol, alors tu pourras trouver les murs, et si tu trouves les murs, peut-être que tu pourras sortir d’ici. Alors tu essaies, encore et encore. C’est là que tu la sens. La première goutte tombe sur ta main. La surprise t’arrête. Ce n’était pas prévu. Cela prouve tout de même que tu as des mains. Tu te dis que si jamais tu as une bouche, des lèvres, elles doivent être en train de sourire, parce que du tas de plomb, tu te rapproches de plus en plus du genre humain.

La deuxième goutte tombe encore. Pas loin de la première, comme si dans ce vide étouffant elle l’avait suivi. Tu te demandes ce que c’est. La goutte est épaisse, visqueuse. Une troisième tombe à son tour, plus grosse. Toujours aussi visqueuse, elle court le long de ta main. Tu bouges la main, tu sens les gouttes bouger en fonction de tes mouvements. Tu te sens tout puissant. Peu à peu, le trajet des gouttes dessinent ta main, ton bras. Cette fois tu sais que tu souris. Parce que c’est une victoire. D’autres gouttes continuent de tomber et tu ne sais toujours pas ce qu’elles sont. Peu importe. Plus elle tombe et plus tu découvres ton corps. Chaque terminaison nerveuse se réveille au contact des gouttes qui passent. Se révèlent à ta conscience bras, jambe, ventre. Un rire se fait entendre. C’est peut-être le tien mais tu n’es pas bien sûr.

Tu prends ton courage à deux mains, après tout maintenant tu peux, tu as des mains, et tu te décides à remonter les gouttes. Tes doigts retracent doucement la piste qu’elles ont laissée comme un chemin de petits cailloux. Tu découvres la sensation de tes cordes vocales qui vibrent le long de ta gorge. C’était donc toi qui produisait ces sons. Tu remontes encore et tu trouves ta bouche, tes dents. Tu t’y égares un peu, prend le temps de découvrir la forme de chacune. Tes doigts reprennent leur route et remontent encore. Ils passent ton nez, et là ce ne sont plus des gouttes éparses, c’est un flot, une masse de cette substance visqueuse accumulée ici, arrêtée par la protubérance de cet appendice. Tu recommences à t’inquiéter. Tu sais qu’il faut remonter encore. Mais maintenant tu as peur. Tu commences à comprendre que ce que tu vas trouver n’a rien d’une bonne nouvelle. Pendant un instant infini, tu es paralysé.

Fais le.

Cette voix-là ne t’appartient pas. Tu ne saurais dire pourquoi mais tu en as la certitude. Tu sais aussi qu’il faut obéir. Maintenant qu’elle s’est faite entendre, tu ne peux plus faire autrement. Alors tes doigts remontent encore et découvrent enfin l’origine des rivières qui t’ont sauvé du vide. Là, au dessus de ton nez, devaient se trouver tes yeux. Mais il n’y a en a qu’un. Une orbite est vide, vide de l’oeil qui aurait dû être là. Et ce vide dégueule ces larves qui grouillent. Tu sens maintenant ton corps qui essaie aussi fort qu’il peut d’évacuer la purulence. Le sang coule, mais les larves restent accrochés. Tu les sens grignoter tout ce qui passe à portée. Et maintenant que tu as retrouvé un corps, tu retrouves la douleur. Tu la sens ramper, remplir chaque interstice de ton cerveau. De ta bouche sort un gémissement étranglé. Tu manques d’air. Tu essaies de retrouver la sensation du sol, mais c’est trop tard.

Fais le.

La voix se fait plus insistante, plus pressante. Tu sais ce qu’elle attend. Parce que tu n’as plus le choix. Si tu veux vraiment gagner le droit d’être humain, il va falloir que tu y plonges la main. Il va falloir que tu enfonces ta main dans le vide de l’orbite pour en arracher la gangrène. C’est ta seule chance. Mais tu ne peux pas. L’effort est trop grand. Le liquide est trop visqueux, trop épais. Il te brûle. Les larves hurlent dès que tu les effleures. Tu ne peux pas faire ça. Tu ne sais même pas où s’est logé la gangrène. Il faudrait te retourner entièrement, te déchirer de but en blanc pour la trouver. Et tu ne sais pas. Pourquoi ? Alors que tu as mis tant de temps à obtenir ce corps, il faudrait maintenant le passer par le feu pour avoir le droit de le garder ? Ca n’a aucun sens. Et la douleur se répand. Et tant que la gangrène te dévorera de l’intérieur, tu n’auras pas le droit d’être humain. Tu resteras ici, monstre de plomb défoncé dont l’oeil crache sa pourriture jour après jour. Si seulement tu trouvais le courage de le faire…

Fais le.

La voix se durcit.
Mais ta main reste en suspens.
Combien de temps encore ?

23h10 Nouvelle ère

Alors ?
Maintenant ?
Le 189ème chapitre est officiellement ouvert.
Officiellement ?
Ca a été médicalement attesté. Rapport à l’appui.
Rapport avec tampon officiel, s’il vous plaît ! Excusez-moi du peu !
Voilà qui est rassurant.
On sait où on met les pieds maintenant.
Cassandre l’avait dit. Comme d’habitude elle n’a pas écouté.
C’est drôle de la voir se convulser comme ça. Comme si ça allait changer quelque chose.
Comme si en se pétant les os elle allait y trouver une solution.
C’est écrit. Et si ça ne l’est pas ça le sera.
Le goût du revenez-y. La mémoire fait son travail.
Elle a l’air bête maintenant avec le contenu de la boîte de Pandore renversé sur la tête
ça lui dégouline sur les cuise
lui brûle les cheveux
lui défonce les dents.
Peut-être que maintenant elle va écouter.
Il faut obéir à la loi du sang.
Nul n’est sensé ignorer la loi.
Cicatrisation mon cul. Cautérisation !
La case départ. La 189ème case départ.
Souvenir ou cauchemar ? En avant le tirage au sort.
Volontaire pas volontaire ?
Pareil pas pareil ?
Les arbitres sont en grève, il faudra repasser la vidéo. On demande le ralentis.
Dites lui de se foutre la tête dans le mur. Elle y verra peut-être plus clair.
Elle n’est jamais contente. Au moins maintenant elle sait pourquoi elle pleure.
Il fallait profiter. Les prochaines larmes à la nouvelle année maintenant. La saison des pluies en plein désert, brûlée avant le sol.
Evaporée.
Le sang a toujours plus de valeur.
Plus de texture. La chaleur, la couleur.
189 pages pour le comprendre.

Les monstres vivent sous les lits.
Les monstres ne dorment pas.
Les monstres ne se plaignent pas.
Parce que les monstres sont monstres.

23h48 Ecorchures en série

La mémoire en écorchure. Tous symptômes confondus. La douleur la brûlure la perle de sang. Jamais les grandes hémorragies.

Un jour impossible. Un jour comme un autre mais la résolution en moins. Une équation sans solution.

Toujours l’histoire des normes. Une question de lignes. Frontières. Limites. 32. Morceaux sur le sol. Erreur dans le registre.

Mémoire écorchure. Peau écorchure. Grammaire écorchure. Système écorchure. Langage écorchure.

Et si tous les mots de mon corps n’étaient que série d’écorchures ?

Sans la douleur comment savoir ?

Froid. Vide. Silence. Monstres derrière les meubles. Parasites sonores. Vision trouble. Erreur judiciaire. Conscience hypertrophiée.

On aura fait comme si jusqu’au bout. C’est déjà ça.

23h53 Paupières à l’abandon

La colère revient, laisse des marques. Acidité ronge le visage. Toujours la bestiole se décompose au coeur de l’estomac. La douleur va, vient. Sans prévenir. Pas de limite de temps possible. Les larmes arrivent, défoncent les paupières. Une par une force le chemin. Déchire la peau, fracasse la rétine. Un an de sursis mon amour. Rien n’est éternel.

You know what’s wrong with us ? We must forgive our-fucking-selves ! ’cause no one will do it for us.

Ne cherchez pas. Pas moindre trace de suicide dans ma biographie. Nulle tentative. Parce que je me suis assassinée tellement de fois que mes mains sont gonflées de sang jusqu’à l’os. Je suis me suis tuée tellement de fois que je ne sais plus vraiment qui je tue à chaque fois. Je n’ai plus de nom. Alors je ne sais pas quoi graver comme épitaphe.
Les mains tellement pleines de sang qu’il n’y a plus de place pour la rage. L’hémoglobine c’est surfait. Le cerveau sature en morphine quand le monstre se réveille.

La colère ne s’éteint pas. Le pardon semble impossible. Il faudrait trouver un nom à folie. Il faudrait que je me trouve un nom. Il faudrait faire vite. Les lames qui défoncent mes paupières ne suffiront pas à éteindre l’incendie.