Posts Tagged: Femme 2.0

#4 Désexistons… Charlie et la chocolaterie

Comme promis, aujourd’hui, je désexiste avec un mois de retard mon film de Noël ! Et comme mes vacances de Noël ont été quelque peu compliquées (admirez ici l’art de l’euphémisme)(si vous êtes sages, un jour, je vous apprendrai), il me fallait un film avec moult chocolat, et Johnny Depp en bonus. Because times like this call for Johnny Depp (si vous ne comprenez pas cette référence, il vous faut regarder The big Lebowsky, chouette film au demeurant). Et oui que voulez-vous, je suis une enfant des années 90, alors comme beaucoup d’autre, Johnny Depp, c’est mon héro. Je lui pardonne même les films plus que bancals qu’il a pu faire ces dernières années. Allons y donc !

Et accessoirement j'ai essayé de le regarder sans manger de chocolat vu qu'une heure après j'allais à mon réveillon. Bonjour le challenge !

Tim Burton, Johnny Depp, Danny Elfmann, du chocolat… je ne vois pas ce qu’il peut manquer. Plus de chocolat ?

Ce désexistons va être assez drôle à sa façon. Dans le précédent sur Million Dollar Baby, il n’y avait au final pas grand chose à dire puisque le film était extrêmement bien fait de ce point de vue. Ici, c’est presque le contraire. Les personnages sont affreusement caricaturaux. A tel point que j’ai demandé à José, une bouillotte pour cou en forme de chat, de faire les comptes des clichés. Que les lettreux parmi attendent pour monter sur leurs grands chevaux, oui, je sais, c’est fait exprès. Pour ceux qui ne le savent pas, à l’origine, Charlie et la chocolaterie est un roman pour enfant écrit par Roal Dahl, et finalement, nous sommes très proches de la structure du conte, qui consiste en situation initial, élément perturbateur, péripéties, résolution et retour à situation initiale. La narration s’en trouve extrêmement segmentée et vous n’aurez pas besoin de passer votre agrégation de lettres pour repérer tranquillement chaque étape. Si bien qu’aujourd’hui, nous allons légèrement modifier notre mode d’analyse (et oui chers Termites, il est trop tôt pour s’installer dans la routine ! Il nous faut nous secouer les antennes !)(Ce qui créera une nouvelle danse : l’antwerk. Avouez, ça vend du rêve !). Au lieu d’analyser la construction de chaque personnage, nous allons suivre ces étapes du récit. Toutefois, vous allez assez vite vous rendre compte qu’au vue de la construction de la bête, la différence n’est pas non plus trop perturbante (vous ai-je déçu ?)

La situation initiale est donc la suivante : la famille de Charlie est pauvre, très pauvre. A tel point que les quatre grands-parents dorment tous dans le même lit dont ils ne bougent jamais, que la mère fait de la soupe au chou avec le moins de chou possible (mais l’avantage du chou c’est que l’odeur reste tellement longtemps dans ta maison que tu peux avoir l’impression d’avoir mangé rien qu’en prenant une grande inspiration), et que Charlie joue avec les bouchons de dentifrice mal formés que son père lui ramène de l’usine. On découvre que Charlie est un petit garçon très inventif : en effet, grâce aux bouchons que lui ramène son père, il a pu construire une réplique de la fameuse chocolaterie. Si ça, c’est pas une situation initiale de conte… En résumé : la famille est tellement pauvre qu’ils ne mangent pas à leur faim, qu’il y a des trous dans le plafond qui ne seront jamais réparés, le seul lit est occupé par les vieux qui peuvent ainsi partager leur chaleur et mettre encore plus de temps à décéder, MAIS tout le monde est heureux, tout le monde s’aime et le monde est merveilleux. Haaaaaaaa. Même l’unédic n’en demandait pas tant ! Bref, avançons voulez-vous ? Avez votre cynisme on se perd là, c’est intolérable…

En même temps, il est normale de faire de la pub pour du dentifrice dans un film sur les bonbons... non ?

Je suis un gamin mignon, adorable, débrouillard et j’ai des dents over blanches parce que mon père travaille à mettre les bouchons sur les tubes dans une usine de dentifrice ! Un vrai conte de fée vous dis-je…

C’est par l’entremise de grand-père Joe que nous en apprenons plus sur la chocolaterie et son propriétaire, monsieur Willy Wonka. En effet, le brave homme y a travaillé il y a fort fort longtemps. On découvre donc que Willy Wonka a été un brillant chocolatier mais que suite au vol de nombres de ses recettes, il avait dû mettre la clé sous la porte. Fichtre. Mais pas d’inquiétude petit larron ! Car elle a réouvert depuis, ce qui permet au passage à maman d’expliquer à son petit que des fois, les adultes ne disent pas tout à fait la vérité, ou ne font pas ce qu’ils disent. Ha, les mamans. Toujours là pour faire de la soupe au chou, le ménage et l’éducation des enfants tandis que papa ramène l’argent du ménage. C’est beau. MAIS ! Un grand mystère plane. En effet, depuis la réouverture, nul ne rentre, nul ne sort de la chocolaterie… rien, à part les confiseries.

Heureusement pour le spectateur et parce que vous avez été très sages, voici… l’élément perturbateur ! Eh oui… Car viennent d’être placés dans les tablettes de chocolat quelques cinq tickets d’or qui permettront à cinq enfants de venir passer une journée dans la chocolaterie (genre parce que ça y est t’as du poil sous les bras tu manges plus de chocolat ? Quel est l’enfer !). Aussitôt… c’est la folie ! Qui obtiendra les tickets d’or ? Charlie ne semble pas partir gagnant puisqu’en effet, il ne peut se payer qu’une seule tablette de chocolat par an, pour son anniversaire. Statistiquement parlant, c’est donc pas gagné gagné. D’autant que papa, dont le rôle principal est de ramener de l’argent à la maison (et des bouchons défectueux donc) vient de perdre son emploi… Je vais me permettre ici de zapper quelques péripéties pour arriver au moment qui nous intéresse (sinon je vais vous démonter point par point la construction de l’histoire et cet article sera over long)(en même temps, vous l’avez attendu…). Avance rapide et… devinez quoi ? Charlie finit par trouver un ticket ! Haaaan ! Qui l’aurait cru ? Oui, je sais, c’est absolument improbable. Presque incongru. Même José n’y croyait pas. Mais essayez tout de même de me croire un peu, faîtes un petit effort (alleeeeer ! s’il vous plaît…) Et les voici tous, nos cinq gagnants accompagnés d’un de leur parent, excepté dans le cas de Charlie qui est accompagné de grand-papy.

Vas-y José ! Fais péter le compteur à clichés !

Il est gros, il est gras, il a un accent bavarois improbable et ses parents possèdent une charcuterie. Je vous avais prévenus pour la caricature….

Le premier à avoir trouvé un ticket d’or n’était autre qu’Augustus Gloop (sérieusement, dans quel monde est-ce que ceci ressemble à un nom ? Pas en Allemagne en tout cas…). Ceci s’explique par le simple fait que sa raison d’être sur Terre ne semble être rien d’autre que manger, manger, manger et manger. Des fois, il boit, on a les images. On peut le prouver. Mais attention, on n’a pas affaire ici au petit gros sympathique. Non non, c’est l’autre petit gros. Car dans le monde des caricatures, il y a deux gros, le gentil rigolo et l’ogre. (NB : si le gros est une grosse, on peut ajouter une troisième option qui est celle de la sorcière aigrie vieille fille. Cette troisième option est d’ailleurs beaucoup plus fréquente que l’ogresse. C’est quand même une femme, alors ça fait pas trop de mal à son entourage, en théorie.) Ici, on est sans aucun doute possible face à l’ogre. Il avale tout ce qu’il trouve et est tout sauf sympathique. Lorsqu’il se présente à Willy Wonka (que je vais maintenant appeler WW parce que je suis une feignasse), la seule chose qu’il déclare est « j »aime votre chocolat ». On ne s’en doutais absolument pas à voir la tablette à moitié bouffée, papier d’emballage compris qu’il a dans la main. Et notre ogre miniature est tellement sympathique, qu’il demande à Charlie si celui-ci veut du chocolat, pour mieux lui dire qu’il avait qu’à en amener, et de lui bouffer sous le nez. Adorable je vous dis. Ce simple dialogue digne des meilleures cours de récréation contient déjà beaucoup (l’art de la synthèse ! Ca aussi je vous ferai un cours un jour si vous êtes sages). On retrouve ici la confrontation classique : j’ai quelque chose que tu veux et que tu ne peux pas avoir, ce qui fait de moi l’être dominant et toi un nabot. D’ailleurs, Charlie ne manque pas de faire une petite mine de chien battu ce qui en rajoute une couche côté pauvre petit garçon trognon qui trouve quand même le moyen de se frayer un chemin dans ce grand monde tout méchant tout pas beau.

Mais revenons à Augustus. La nourriture, et particulièrement la capacité à en avaler beaucoup, est souvent un terrain masculin. Socialement, il s’agit ici d’un lieu de compétition bien caché (masculin, encore une fois. Il existe aussi une compétition féminine autour de la nourriture mais elle se joue sur un autre terrain. Elle n’est d’ailleurs pas évoquée dans le film). Vous avez tous déjà entendu des trucs du genre « Ah mais moi à 20 ans, je pouvais bouffer trois pizzas pour le dîner. » (sic). Manger beaucoup, c’est signe de virilité, de pouvoir, de puissance. Déjà, parce qu’on peut se le permettre financièrement, mais parce que c’est aussi une performance. (je veux dire… TROIS PIZZAS pour une seule personne quoi ! mais moi je décède) Cela fait deux ans de suite que je vis avec trois hommes, et chaque fois, les réflexions sur la taille de mon assiette face à la leur ne manquent pas « ah ouai, tu manges que ça ? moi ça me fait l’apéro ! » (NB : je mange normalement, nulle anorexie chez moi). En général, je ne réponds pas. J’ai autre chose à faire que de participer à des combats de coq, je mange à ma faim, les autres font ce qu’ils veulent. Mais j’ai toujours trouvé surprenant cette façon de vouloir prouver à tout prix qu’ils peuvent manger plus. Comme si finalement, cela prouvait leur supériorité dans le reste (haha). C’est un peu ce trait de caractère attendu chez un homme (avouez, un homme qui préfère une salade à un hamburger vous trouvez ça louche. Et pourtant, ça existe.)(et ça m’arrange parce que je ne comprends pas l’intérêt de la salade dans le hamburger) qu’on retrouve chez Augustus, la virilité en moins. Profitons en pour prendre quelques minutes afin de parler de la maman d’Augustus… Plus mère nourricière que ça tu meurs. Non vraiment. Maman Gloop tient une charcuterie avec son mari (l’Allemagne et son charme artisanal). Maman Gloop sourit tout le temps. Maman Gloop a les joues bien roses. Maman Gloop a les seins plantureux, pas ceux d’une bimbo, des seins pour nourrir (eh non, c’est pas les mêmes)(ceux des bimbos portent la mention « tenir éloigné des enfants de moins de 3 ans, risque d’étouffement »), Maman Gloop a de bonnes hanches. José, pourrais-tu arrêter de cliquer sur ce compteur à clichés s’il te plaît ? Je commence à avoir mal au crâne… C’est finalement sa faim qui le perdra puisqu’il tombera dans la rivière de chocolat et sera donc évacué pour être changé en gâteau à la framboise sous les yeux horrifié de Maman Gloop qui ne va plus pouvoir le nourrir plus…

J'ai pas réussi à trouver une image avec sa mère qui me convienne ! Vous rendez-vous compte ?

Elle est blonde, sosie de sa mère et il est important qu’elle se muscle la mâchoire à grands coups de chewing gum

Notre deuxième binôme est constitué de Violette Bauregard et sa maman. Et comment dire… et bien c’est tout un programme. Nous parlions de compétition il n’y a pas si longtemps de ça… Et bien Violette pousse ça à l’extrême. On la rencontre d’ailleurs pour la première fois dans la salle où sont exposés ses trophées. Comment souvent, quand on attribue à une femme une caractéristique généralement attribuée à un homme, il faut qu’elle pousse plus loin. Ainsi donc, Violette semble avoir gagné tous les prix, tous les concours du monde, sa vie ne tient d’ailleurs qu’à gagner tout ce qu’elle peut. En fait on se demande comment il est techniquement possible qu’elle puisse avoir gagné tout ça vu qu’elle doit avoir 10 ans à tout péter. S’en est à un point tel, que le simple fait de s’habiller le matin doit écraser tous les autres. Ici on ne parle pas de gagner pour gagner une certaine forme d’épanouissement personnel. Non non. Il est plutôt question d’écraser l’autre. On le sent d’ailleurs dans sa première rencontre avec Charlie (ce Charlie est tellement pratique…). Alors qu’il lui demande pourquoi elle s’obstine à garder le même chewing-gum au lieu de simplement en prendre un nouveau, elle lui répond avec toute la gentillesse du monde que si elle le faisait, elle serait un loseur « comme toi ». La précision qui tue ! On a ici une belle inversion des rôles classiques : normalement, c’est l’homme et son désir de compétition, et donc de pouvoir, qui écrase la femme en lui rappelant son incapacité à manger trois pizzas pour le dîner réussir comme lui. Moi j’aime quand l’égalité des sexes se fait dans la joie la bonne humeur et le respect de l’autre ! Un vrai bonheur…

Et ce comportement tout ce qu’il y a de plus adorable (mais si, t’as tout de suite envie de lui faire un câlin !) est grandement encouragé par Maman ! Après la mère nourricière, nous avons donc la mère abusive. Ha, un bonheur celle-là aussi ! Elle vit sa vie à travers sa fille, qui ne doit pas en avoir en dehors d’elle. Coiffées pareil, habillées pareil, la fille doit marcher dans les traces de la mère qui ne manque pas de tirer une gloire tout personnelle dans les réussites de sa fille. La mère souffle à sa fille ce qu’elle droit répondre, lui broie le cerveau pour qu’elle ne pense à rien d’autre qu’à la réussite, et pour cause, celle de la mère en dépend. Quand on vous dit qu’il ne faut pas résumer une femme à son statut de mère ! Après ça finit mal… Preuve en est lorsque sa fille se transforme en myrtille géante après avoir ingéré un chewing-gum expérimental pas encore très au point. Là où les autres parents sont inquiets pour la santé de leurs enfants lorsqu’ils tombent dans les pièces de la chocolaterie, la première réaction de la mère est « mais jveux pas d’une fille violette ! ». Voilà voilà. C’est beau l’amour. (remarquez, si ça m’arrivait, ma mère sauterait de joie en disant qu’enfin y allait y avoir plein de couleurs dans ma vie…) Suivi de près par « comment va-t-elle pouvoir concourir ? ». 1 : L’apparence est la clé de la réussite de la femme. 2 : Si sa fille ne peut plus concourir, elle qui a passé la date de péremption (fixée à 30 / 40 ans / maternité selon les époques. Si on prend en compte le fait que maman était pom-pom girl, on doit tourner autour de 27 ans) n’a plus aucun moyen d’exister aux yeux de la société. José, comment va notre compteur à clichés ?

Voire de tous les tarter...

Sérieusement, vous avez pas envie de la tarter rien qu’en la voyant ?

Continuons donc avec l’autre charmante demoiselle : Veruca Salt. Outre le fait que son nom te donne franchement l’impression d’une petite verrue purulente, cette gamine est insupportable. Bon certes, ils le sont tous… Mais juste l’actrice qu’ils ont été cherché t’énerve déjà tellement rien qu’en souriant… C’est affreux. Alors qu’avons-nous là ? Une gamine pourrie-gâtée ! Mais oui ! Ca manquait au casting ! Issue d’une famille plus que riche (apparemment la cacahuète ça paye bien. Je crois que je vais me réorienter), Veruca obtient tout ce qu’elle veut une fois qu’elle a balancé son inaudible « Dadyyyyy ! », tellement insupportable que même dans al VF elle l’appelle comme ça… Comme pour les autres enfants, le parent qui n’accompagne pas est inexistant ou presque. Mais je trouve que dans cette famille-là, c’est encore pire. La mère est là pour sourire et basta. D’ailleurs, rien que sur l’image que e vous mets, la façon dont elle pose sa main sur l’épaule de sa fille est assez flippante dans le fond, genre « c’est ma chose ». J’aime quand la parentalité rejoint la possession ! C’est tellement chouette. L’amour dans cette famille se traduit ainsi par la possession. Le père n’a absolument aucun problème à raconter aux journalistes comment il a payé ses ouvrières pour qu’elles dépiotent toutes les tablettes de chocolat possible jusqu’à trouver un ticket. Et pourquoi que ça poserait un soucis ? Un père se doit de pourvoir aux besoins de sa famille didiou ! Et lui, il pourvoit beaucoup. Au passage, cela lui permet de montrer à tous les autres qu’il les écrase joyeusement à grand coup de compte bancaire plus que rempli. Merveilleux. (J’espère que vous appréciez la façon dont nous bouclons toutes nos boucles aujourd’hui parce que c’est du grand art je trouve !) Ca m’amuse d’ailleurs de voir que pour l’enfant pourri-gâté, on a choisi une fille. Comprenez, les femmes sont tellement vénales, et ce, dès leur plus jeune âge. Et c’est peut-être ça qui fait que je suis plus dérangée par l’absence de la mère que dans les autres familles : le peu de temps où on la voit suffit déjà à nous faire supposer qu’elle est exactement pareil.

On fait un petit détour sur la population des usines dans ce chouette film ? La chocolaterie de WW fonctionne grâce aux Oompa Loompa, sorte de nains tous sosies les uns des autres venant d’une contrée lointaine qu’on devine appartenir à l’Amazonie ou une forêt tropicale du même jour. Si le fait d’être tous des clones les uns des autres leur donne un caractère quelque peu asexué, il n’empêche qu’on les case plutôt dans la catégorie masculin. Pour une raison très bête : à un ou deux moment, on peut voir un Oompa Loompa travesti. On n’aurait pu ne jamais classer les Oompa Loompas dans un genre ou l’autre sans ça. On se serait contenter d’accepter qu’il s’agissait d’un peuple ne comportant qu’un seul genre, et du coup, évacuant complètement cette question. Mais découvrir un Oompa Loompa travesti anihile ça : la question existe. Le travestissement indique que c’est un peuple constitué d’hommes, et que pour avoir une femme, il faut mettre du rouge à lèvres et un tailleur. Surtout que l’Oompa Loompa travesti est évidemment secrétaire. Pardon ? Oui José ? Ha. Excusez moi, il faut que j’aille acheter un nouveau compteur à cliché sur Amazon, je reviens.

Là aussi, une bonne tarte dans ta face et au lit.

Photo trouvée dans un article « ces 10 enfants qu’on n’aimerait pas avoir ». Je trouve que 10 c’est un peu court, mais bon.

Il nous reste un dernier enfant à étudier… Et vu les résultats dans google image quand on tape son nom, nul doute qu’il s’agit sans doute du moins populaire du film (ce qui implique qu’on puisse aimer les autres, c’est quand même fort ça). Il s’agit de Mike Teavee, sorte de petit génie en culotte courte adepte de télé (vous ne l’auriez jamais deviné vu son nom, je me devais de vous mettre sur la piste) et de jeux vidéos où le but du jeu consiste à exploser son prochain, et celui d’après, et celui d’encore après, et encore après, et tout ceux qui viennent. Son père est complètement dépassé, avouant à la presse qu’il ne comprend rien à ce que son fils raconte. Clairement, ici, on comprend bien qui a le pouvoir dans la relation. Plus que la compétition ou l’appétit, ce qu’on retrouve chez Mike, c’est un penchant évident pour la violence. Loin de moi l’idée d’amalgamer jeux vidéos et violence (même si c’est le choix du film), après tout, il suffit d’une simple citrouille pour voir que ce charmant garçon aime son prochain à coup de rangers. Voici ce qui arrive quand on prendre l’expression « écraser l’autre » au pied de la lettre.

Paradoxalement, je trouve ce personne hyper intéressant. Des cinq gamins, c’est sans doute le plus intéressant. Là où tous les autres sont construits d’un bloc (Charlie le Gentil, Augustus l’Ogre, Violette la Peste, Veruca la Pourrie), Mike va à deux extrêmes opposés, ce qui est deux fois plus que tous les autres. D’un côté, on a ce côté légumisé par la télé et une violence latente poussée à l’extrême, et de l’autre, on a ce côté petit génie. Il maîtrise l’informatique au point qu’il a pu piraté le système de la chocolaterie afin de trouver quelle tablette acheter pour avoir un ticket. Il comprends les principes de base de la physique, si bien qu’il peut t’expliquer pourquoi il est impossible de créer un téléporteur. Bref, derrière l’image de la brute épaisse, on a quand même le chercheur savant qui est là. Mais ne vous inquiétez pas ! On a toujours notre image de l’homme compétitif. Après avoir écrasé son père, il essaie d’écraser WW, notamment en le rabaissant intellectuellement. Mais, ne vous inquiétez pas, celui-ci n’est guère impressionné.

Ouai, c’est ma réplique préférée. Du coup c’est cadeau.

Nous en arrivons donc à notre dernier personnage : Willy Wonka himself. Et décidément, les relations père-fils sont compliquées dans ce film ! La compétition est encore présente mais se joue autrement. Papa Wonka est dentiste, et pas de chance, le petit Willy aime le chocolat, les bonbons et ne pas se brosser les dents. (vil garnement !) Leur relation se construit donc sur cette opposition jusqu’au point de non retour où chacun prend alors une route différente, loin de l’autre. Les compromis, c’est pour les tapettes. Namé. On est des hommes ou pas ? Willy grandit donc en se persuadant qu’une famille, ça ne sert à rien. Ce qui est drôle, c’est que si l’opposition entre Willy et son père est typiquement masculine, la façon dont il construit sa vie rappelle plutôt des constructions féminines. Je m’explique (mais soyez patients, ça prend quelques temps…). Rien de bien original à voir un homme ne pas vouloir constituer de famille. C’est même assez basique. Ce sont les femmes qui désirent par dessus tout se reproduire, c’est dans leurs gènes (apparemment c’est un synonyme d’utérus). On n’est donc pas surpris de voir Willy ne pas avoir d’enfant lui-même. Toutefois, ce n’est pas tant un refus de la paternité que Willy présente, qu’un refus de la structure familiale. Puisqu’il a été abandonné (son père ayant déménagé en emmenant dans sa valise sa maison, je ne vous raconte pas l’amande pour excédent de bagage à l’aéroport), alors la famille ne vaut rien. D’autant qu’il s’est construit tout seul. Mieux, il a construit par la suite de quoi remplacer la famille. Il a d’abord recueilli les Oompa Loompas, ceux-ci lui font office de famille autant que de travailleurs. Ils constituent le seul monde dont il a besoin. Or, ce principe de base, « je quitte mes ancêtres pour aller construire une autre famille ailleurs », c’est plutôt un destin féminin.

Les cartes se brouillent par la suite. Car si Willy a ouvert sa chocolaterie à cinq enfants, c’est par peur de disparaître et de laisser sa chocolaterie sans personne pour s’en occuper à sa suite. La notion d’héritage, de transmission, apparaît ici clairement. Et ça, c’est plutôt masculin. La lignée reprend son rôle prépondérant lorsque Charlie (personnage décidément aussi niais qu’une magical girl) lui explique l’importance de la famille, et donc la nécessité d’aller retrouver papa Wonka… au Groënland. Car tout le monde sait que les pingouins ont grand besoin de soins dentaires. (moi qui pensais que choisir de bosser dans le théâtre en plein assassinat de la culture était un choix de carrière déraisonné)(je veux aller vivre dans un film de Tim Burton, j’ai peut-être une chance de survie, j’aurais même pas besoin de maquillage pour avoir le teint aussi cireux que Willy Wonka !) Là dessus réconciliation avec les ancêtres et retour sur le droit chemin de la vie. Adoption de Charlie dan la chocolaterie. Et j’irai même plus loin en disant que la famille de Charlie adopte Willy comme un autre enfant. Notre cher Willy se retrouve donc à nouveau ancré dans une double généalogie. Fin guimauve, tout le monde il est beau, tout le monde il est heureux, tout le monde il a un papa et une maman.

Au final, derrière un aspect volontairement caricatural, les personnages n’obéissent pas nécessairement aux clichés correspondant à leur sexe. Beaucoup se retrouvent à la croisée de chemins féminin ou masculin. Et mine de rien, on retrouve beaucoup beaucoup de types de personnages féminins ou masculins. Bref, un film très riche de ce point de vue-là ! A tel point que j’ai mis de côté un ou deux autres trucs…

Si cet article vous a plu, n’hésitez pas à le partager (comme le chocolat). Vous pouvez d’ores et déjà proposer des films pour le Désexistons de février qui devrait pouvoir sortir dans les temps celui-là ! En attendant, je m’en vais manger plus de chocolat que de raison…

Cette image n’a rien à voir, I know.

#3 Désexistons… Million Dollar Baby

Bonjour amis Termites !
Nous y voici, nous y voilà, le désexistons de décembre ! J’aurais pu vous prendre un film de Noël, mais ça sera plus drôle de le faire au mois de janvier, quand le monde entier nous sortira des films d’apocalypse et de renaissance symbolique. Pendant ce temps-là, nous on va passer un bon moment de cinéma avec un film que j’adore et qui réussit à me coller la larme (enfin quand mes yeux sont capables d’humidité) : Million Dollar Baby (j’adore le fait de le réannoncer là alors que c’est dans le titre.. redondance bonjour !)

C’est quand même chouette d’avoir un dos de femme sur une affiche sans : ses fesses, la suggestion d’un viol ou d’une quelconque violence, un beau male-gaze sur ses seins… vous trouvez pas ?

Il faut bien le dire, j’ai un peu peur d’être redondante ou en tout cas, peu intéressante. Ce n’est pas tant qu’il n’y a aucun schéma sexiste dans ce film.. Au contraire, il y en a, et on a même du sexisme pur et dur. Mais non seulement il est assumé, mais en plus il fait partie intégrante de l’histoire, du scénario et surtout, il est mis en cause et discuté. Alors si vous avez vu le film, je ne vais pas faire grand chose d’autres que d’énumérer ce que vous avez pu voir, mais après tout, on n’a peut-être pas tous vu exactement pareil.

S’il y a une chose qu’il faut reconnaître à Clinty (ouai c’est le cinéaste préféré de ma mère, donc c’est un peu comme s’il faisait parti de la famille…), c’est qu’il sait très bien raconter les histoires. Pas d’incohérence, pas de faille et pas de facilité scénaristique (du genre « flashback du match de Scrap pour nous montrer pourquoi Frankie culpabilise et quelle est la relation entre les deux hommes » et autres joyeusetés)(oui je parle de toi scénariste qui choisit de présenter son personnage en filmant sa page facebook ! ça va elle est cool ta vie ? pas trop fatigant j’espère ?) Pour ceux qui auraient donc quelques années de retard, petit résumé : Frankie est entraîneur de boxeurs et tient une salle de gym pour assurer sa retraire, comme il dit. Un jour, Maggie, sortie d’on ne sait où, débarque et décrète qu’elle le veut comme entraîneur. Ce qu’il refuse, en donnant comme raison qu’il n’entraîne pas les filles. A force d’insister, et avec l’aide de Scrap, ancien boxeur, ami de Frankie et homme à tout faire de la salle de gym, il finit tout de même pas accepter.. Plusieurs choses dès le scénario.. On plonge dans un milieu considéré comme étant plutôt masculin : valorisation de la violence, passage de la pin up et sa pancarte, forte compétition, et pognon. On saupoudre le tout avec un entraîneur old school, qui ne comprend pas le succès de la boxe féminine « ça marche bien, même si c’est des conneries ». Toute la première partie du film est ainsi ponctuée des remarques machistes de Frankie : « tu vas quand même pas te mettre à chialer ? » « tu poses trop de questions, c’est pour ça que je fais pas les filles… » On ajoute à cela les commentaires des autres utilisateurs de la salle « Non je boxe pas les filles ! _Mais pourquoi ? Ah oui ! C’est une fille, c’est vrai, regarde elle a même des petits seins… ». Et enfin, Maggie est serveuse dans une espèce de rade de deuxième zone, profession féminine s’il en est. Le personnage de la mère de Maggie est aussi assez terrible pour ça : « les gens rient quand ils savent ce que tu fais » « Tu ferais mieux de te trouver un homme et de te marier, comme tout le monde ». Que du bonheur. Comme je vous le disais, pas besoin donc d’aller chercher bien loin pour trouver nos fameux schémas… Ce qui est intéressant, c’est la façon dont Clinty choisit de faire évoluer Maggie dans ce milieu, ainsi que sa relation avec Frankie.

Et déjà, c’est très bête, mais j’aime le fait que Maggie soit une femme de 32 ans et qu’on ne lui donne pas des airs de poupée de 21 ans. Elle vieillit, elle prend des gnons, elle n’est pas présentée comme une beauté genre « même sans thune, une fille doit rester une princesse » « même paraplégique, même avec des traces de coup, une fille doit rester parfaitement maquillée ». Maggie sue, « pourrit », bref, est en possession d’un corps fonctionnant normalement. Rien que ça, j’ai envie de dire merci Clinty, ça rattrape tes derniers films plutôt moyens… Après, peut-être que je suis la seule à me dire devant un film « mais genre là t’as la gueule de bois… genre tu viens de dormir par terre sans matelas ni rien… genre tu viens de courir sous un blizzard pas possible… NON MAIS GENRE TON MAQUILLAGE IL EST PRO-TSUNAMI BITCH », auquel cas ne tenez pas compte de commentaire. La réalisation nous épargne aussi « oh bah elle est douée pour une fille ! » « c’est vrai que les filles c’est trop des tigresses quand elles se battent ensemble » « mais, elle souffre pas de pas avoir de copain ? ». /!\SPOILER ALERT : D’ailleurs, quand Maggie finit paraplégique, les jambes amputées sans plus aucune possibilité d’avenir que regarder par la fenêtre si quelqu’un veut bien lui ouvrir le store, vous noterez que personne, je dis bien PERSONNE, ne fait la moindre remarque sur un hypothétique copain/fiancé/mari, ni sur un hypothétique regret de ne pas avoir eu d’enfant. Scrap explique même qu’elle mourra sans rien regretter, avec le sentiment d’avoir fait ce pourquoi elle était là. La possible maternité de Maggie n’est jamais évoquée si ce n’est une fois par sa mère, une fois dans deux heures de film. Son célibat n’est jamais questionné. Tout ce qu’on nous dit c’est : Maggie se sent vivante quand elle boxe, elle veut aller le plus loin possible, Frankie l’entraîne, Scrap la soutient. Point final. Les personnages évoquant sa féminité / sexualité / maternité sont rares et leur jugement est très vite remis en cause, voire complètement dévalorisé. SPOILER ALERT FIN Bref, le personnage de Maggie ainsi que sa trajectoire est traité comme n’importe quel personnage sans plus de référence à son sexe que ça. Merci pour cette bouffée d’air.

HAAAN une vraie femme ! Une qu’est moche et qui pue la sueur quand elle fait du sport pendant deux heures !

 Le film est articulé principalement autour de la relation entre Maggie et Frankie. On voit apparaître au fil du film une sorte de schéma de famille parallèle avec Frankie en père, Maggie en fille, et Scrap en oncle. Si on peut d’abord penser que le paternalisme de Frankie s’explique par le fait que Maggie est une fille (qui l’eut cru), la relation qu’il a au début du film avec son boxeur permet de simplement montrer qu’il s’agit ici d’une relation entraîneur / apprenti à laquelle le genre ne change rien. (quand je vous disais que ce scénario était bien foutu…) Piège évité. Toutefois, sa relation avec Maggie vient se superposer avec sa relation avec sa fille, ou plutôt justement, sa non relation avec sa fille. Il n’est jamais dit pour quelles raisons Frankie et sa fille sont brouillés. Tout ce que l’on sait c’est qu’il lui écrit toutes les semaines, mais que ses lettres finissent toujours par lui revenir sans même avoir été ouvertes. Il vit donc seul, isolé de sa famille dont il n’a plus de nouvelles. Maggie, quant à elle, s’est volontairement détachée de sa famille dans l’espoir de trouver un meilleur avenir, ou, on peut le dire, pour ne pas devenir cinglée (faut voir la famille qu’elle se trimballe). Elle aussi vit donc isolée et incomprise de sa famille. (oui je parle pas de film de Noël mais je case le mot famille à outrance, ça marche non ?) C’est donc à partir de là, et de façon tout à fait naturelle, que leur relation va se déplacer de entraîneur / apprenti à quelque chose de beaucoup plus difficile à qualifier. On garde une chouille de paternalisme, une relation maître / élève, un truc qui ressemble à un ersatz de lien familial, un bout de « nous sommes seuls au monde ensemble », et peut-être un petit bout d’amour. Au final, difficile de résumer ça en un mot.

Ce qui peut être intéressant à remarquer, c’est le caractère de non dit qui embaume la question familiale. Lorsque Maggie pose des questions sur la fille de Frankie, celui-là réagit en la confiant de façon sommaire et brutale à un autre manager. Inversement, lorsqu’à l’hôpital, Frankie s’investit trop dans les affaires familiales, il est chassé de la chambre sans sommation par Maggie elle-même. La pseudo relation familiale qui commence à se construire entre eux n’est donc jamais aboutie puisque l’un comme l’autre repousse cette probabilité lorsqu’elle semble se présenter. Et il y aussi ce pseudo que Frankie lui choisit : Mo Cuishle , et qui signifie en gaëlique /!\SPOILER ALERT « ma chair / mon sang / mon amour » SPOILER ALERT FIN Subtil subtil… Finalement, dans la mesure où l’un comme l’autre n’ont plus rien d’autre que la boxe, et par extension que la relation qu’ils ont avec l’autre, elle finit par tenir lieu de toutes les relations possibles.

Enfin, il nous reste le personnage de Scrap qui de ce point de vue-là fait un peu office de personnage « asexué ». Que je m’explique… Si on reprend la chronologie du personnage (et non celle du film, puisqu’on récupère les éléments de sa bio dans le désordre au fur et à mesure), Scrap commence sa vie comme boxeur, rôle donc bien masculin. Suite à son dernier combat, il perd l’usage d’un oeil (BORGNE POWA). De boxeur, il passe à estropier. Ce qu’on voit là, c’est la perte du statut de mâle dominant, dans le sens où il va devenir plus compliqué pour lui de s’imposer, il est diminué. D’ailleurs, tout ce qu’il trouve finalement, c’est d’être concierge dans la salle de gym de Frankie. Il est donc encore une fois diminué en se voyant attribuer une fonction qu’on considère plutôt comme féminine, à savoir le ménage. La première scène où on le voit, il explique d’ailleurs que s’il choisit ces produits d’entretien plus chers, c’est parce qu’ils sentent meilleurs. Je vous laisse en déduire… ce que vous voudrez. S’ajoute à tout ça le fait qu’il soit vieux, ce qui finit de lui faire perdre toute crédibilité aux yeux des occupants de la salle. (NB : en fait, sur ce personnage, il y aurait surtout à dire sur le fait qu’il soit tenu par un black. Dans les films américains, il faut toujours un black pour tenir le rôle de Dieu / du vieux sage / meilleur pote qui connaît la vie. Morgan Freeman est un grand spécialiste de ce genre de rôle d’ailleurs… Je ne vais pas m’étendre là dessus parce que ce n’est pas tellement le sujet, même si c’est tout aussi intéressant à traiter. C’est une belle grosse ficelle scénaristique très utilisée outre-Atlantique…)  On le voit d’ailleurs régulièrement passé d’un rôle considéré comme plutôt à un autre plutôt masculin : il peut être maternant, que ça soit avec Maggie, ou « Terreur », le jeune homme un peu attardé. Il va encourager et soutenir la première, tout en lui racontant l’histoire de Frankie. Il va veiller sur le second, le protéger, lui expliquer comment fonctionne le monde. Avant de repasser à des postures plus masculines : il tient tête à Frankie, porte des chaussettes dépareillées, se bat pour protéger et sauver l’honneur de Terreur. Il passe constamment de l’un à l’autre.

Quant aux autres personnages, ce sont des caricatures pures et dures d’un genre ou de l’autre : le frère taulard bourré de tatouages de toiles d’araignée et autres poignards, la mère et la soeur qui arnaquent les allocs, l’ex- prostituée boxeuse capable des pires coups de putes, les managers qui jouent des mécaniques, les petites frappes de la salle de sport, etc. Soit ces personnages font de rapides apparitions, soit leur parole et leurs actes sont complètement remis en cause, décrédibilisés. Finalement, ce qui est remis en cause ici, n’est pas tant leur genre, mais plutôt le fait qu’on ne gagne rien à jouer sur ces extrêmes. (ouaaaai, une chouette petite morale comme ça en passant)

Petit oiseau tombé du nid… il est gentiiiiil !

Pour conclure, pour ce qui est de la question qui nous intéresse, Million Dollar Baby est un film intelligent et bien mené comme j’aimerais en voir plus souvent. Les personnages sont des personnages. Ils agissent comme ils le font en fonction de leur histoire, de leurs objectifs, de leur capacité. Leur sexe n’est au final qu’une donnée comme leur nom ou leur âge. Les quelques traces de sexisme apparentes sont intégrées, discutées, remises en question. Un bon point pour Mr Eastwood.


Voilà ! J’espère que cette chronique vous aura plu. Elle était plus courte que les précédentes, mais quand c’est bien fait, c’est important de le dire aussi ! C’est pour ça que j’ai quand même voulu la faire… Comme toujours si elle vous a plu, n’hésitez pas à la partager, sur facebook, twitter ou votre voisin de bus. Une idée pour le prochain ? Je pensais avoir des titres à vous proposer, mais j’ai oublié ce que j’avais en tête (je vous l’ai dit, mon mémoire me fait des trous dans le cerveau pour avoir plus de place. Un peu comme les coucous)… Merci à ceux qui partagent, commentent (ici, ou sur les réseaux). C’est toujours agréable de voir que je parle pas toute seule ! Portez vous bien !

#2 Désexistons… La reine des neiges.

Bonjour à tous ! Et bienvenue dans ce deuxième désexistons dont je vous rappelle le principe : il s’agit de traquer nos schémas sexistes dans les films. Je tiens à préciser que nous parlons bien de schémas. J’entends par là des représentations, des idées plus ou moins reçues. Si je tiens à le repréciser c’est bien pour vous signaler que cela ne signifie pas nécessairement que le film en lui même soit sexiste. Les schémas sexistes font, comme beaucoup de choses, parti de ces éléments qu’une société entretient et se transmet pour se construire. Et comme on ne va pas passer notre temps à voir la paille dans l’oeil du voisin, chassons la poutre du nôtre voulez-vous… (surtout que je ne suis pas du genre à perdre deux heures de ma vie à visionner des films que je n’aime pas…)

Chouette, deux princesses pour le prix d’une !

Disney n’est pas franchement connu pour donner une représentation très émancipée des femmes. Qu’on parle du côté potiche qui attend son prince (même Mulan finit par se marier, comme s’il était impossible de sauter cette étape), ou de leurs mensurations (la taille dessinée pour être une barbie avant même la sortie en salle ! trop fort), tout cela n’était tout simplement pas folichon. Le premier pouvait en partie s’expliquer par l’héritage des divers contes et histoires populaires dans lesquels Disney a été pioché, et le deuxième par… euh… la connerie des représentations du 20ème siècle dirons-nous. Toutefois, on note ces dernières années une volonté de changer quelque peu la donne dans les studios de la fameuse souris américaine. C’est donc en toute logique que nous allons démonter La reine des neiges (non je ne ferai pas de commentaire sur la traduction de ce titre, non non) histoire de voir ce qu’il en est…

Comme pour Terminator, je vais principalement m’intéresser aux personnages principaux, c’est quand même le plus intéressant… Et nous allons commencer par… Anna ! Non ne cherchez pas de raison, c’est pas la peine. Anna est la jeune soeur d’Elsa et souffre beaucoup de vivre recluse sans voir personne. Déjà, on pourrait se demander ce qui l’empêche elle de sortir, puisque contrairement à sa soeur elle n’a aucune raison de s’enfermer loin du monde. Mais j’ai déjà dit qu’il ne fallait pas que j’attaque les faiblesses de scénario… La voilà donc tout ce qu’il y a de plus jouasse et enthousiaste à l’annonce du bal qui fêtera le couronnement d’Elsa. Et j’ai bien dit le bal. Non elle n’est pas en train de frétiller parce que le royaume rouvre ses frontières, pas parce qu’elle va enfin avoir des copains pour jouer, pas parce qu’elle va dire jouer à la marelle avec les lignes du trottoir d’en face (oui parce que d’un coup plus rien ne l’empêche de sortir du château… non mais sérieux ! y avait bien possibilité de rentrer et sortir un minimum, ne serait-ce que pour ramener de la bouffe !)(ouai non, j’y arrive pas hein..), mais parce qu’il va y avoir un foutu bal. Et pendant toute cette séquence chantée, après avoir expliqué ce qu’elle allait porter comme robe, matière couleur et mouvement du tissu, sujet hautement essentiel sur lequel il nous faut le plus de détails possibles (c’est pour les cosplays qui vont suivre, comprenez, on pense à tout chez Disney), elle évoque alors la possibilité de trouver Le Grand Amour. Parce qu’il est vrai que quand le grand trauma de ta vie, c’est que ta soeur, d’un coup, sans raison, refuse de te parler et que par la suite tu n’a jamais vu personne à part le mec qui repasse tes robes (pour que la matière, la couleur et le mouvement du tissu soient bien respectés), ta première préoccupation, c’est Le Grand Amour. Je sais pas, moi je passerai dix ans à jouer aux mikados avec mes tresses, n’importe quel humain désireux de communiquer un minimum serait le bienvenue. Parce qu’en général, au bout de dix ans de solitude, soit tu es devenu un fucking ermite (ce qui est le cas d’Elsa, mais on y reviendra plus tard), soit tu aimes le monde entier d’égale façon (ce qui est le cas d’Olaf, mais Olaf est un bonhomme de neige alors paye ton argumentation). Passons. On pourra toujours dire que c’est une ado qui a lu trop de romans à l’eau de rose, mais encore une fois, n’y avait-il que ça à sa disposition dans la bibliothèque royale ? Et quand tu vis reclus dix ans, bien que les histoires d’amour et plus si affinités soient plus qu’alléchantes, il en est sans doute de même pour les récits de voyage, de guerre, d’aventure, et j’en passe et des meilleurs. Mais tout ce qu’Anna a retenu, c’est GRAND AMOUR. Dix ans pour apprendre deux mots de vocabulaire alors qu’on a rien de mieux à foutre, non c’est encore pas aujourd’hui qu’on vantera l’intelligence des femmes. (alors que vu comment ça parle tout le temps quand même…)(note à moi-même : créer une alerte sarcasme…)

Matière + couleur + mouvement de tissu + barque sur l’eau + grand + bien bati + sourire colgate = GRAND AMOUR

 Voici donc notre Anna parti courir le vaste monde avec sa belle robe toute neuve qui bouge tout bien comme il faut dans la lumière sans jamais prendre la moindre tâche de quoi que ce soit (ce point est sans doute celui qui a le plus ruiné mon enfance. Parce que personnellement, mes robes ne sont jamais sorties indemnes des parties de chats perchés dans les fossés.). Et alors, il se passe un truc incroyable que même avec toute la mauvaise foi du monde on n’aurait jamais pu prévoir : Anna rencontre un homme, et encore plus incroyable, c’est le coup de foudre ! Love at first sight ! Quelle chance dîtes donc. Ca fait dix ans qu’elle vit dans un château, la première personne à qui elle parle, POUF, n’amour. Heureusement qu’elle habite un trou paumé et non pas la cité interdite ouvrant sur Pékin… Devinez qui est la naïve ingénue du film. C’est un jeu très compliqué. Encore heureux qu’Anna ait vécue recluse dans son château, parce que sinon elle en aurait mangé des bonbons à la sortie des écoles… (pardon, je fais des attaques de cynisme quand le taux de niaiserie augmente trop vite…)

Le truc, c’est qu’Elsa n’aime pas les bonbons ni le monsieur qui les offre. Trouvant l’annonce de ce mariage un peu précipitée, elle le réfute. Ce qui déclenche la violente dispute des deux soeurs à la suite de laquelle Elsa s’enfuit en figeant Arendel dans l’hiver. Anna prend sur elle et part à la recherche de sa soeur. Et c’est là qu’elle devient intéressante. En fait le couple Anna – Hans est très intéressant pour la raison suivante : il inverse complètement le schéma classique du couple homme / femme. En effet, en théorie, dans nos représentations et chez Disney, c’est le prince qui s’en va sauver la belle (quelle que soit sa relation avec elle) tandis que la princesse l’attend sagement en repassant ses chemises et en faisant du pâté d’ours (un classique). Or ici, c’est Anna qui prend la décision de qui doit faire quoi. C’est elle qui part affronter la tempête, la neige et l’hypothétique méchante, tandis qu’Hans doit rester au château donner de la soupe et des couvertures aux miséreux. On a ici un revirement quasi total des rôles traditionnellement établis. D’ailleurs, puisqu’on parle de Hans… gros spoil : en fait il n’aime pas Anna, il ne cherche à l’épouser que pour son rang, sa fortune, son royaume. Ca ne vous rappelle rien ? Non ? Vous êtes sûrs ? Habituellement, c’est une conduite qu’on attribue aux femmes : la femme entretenue, « elle n’en veut qu’à ton argent », celle qui est devenue infirmière pour se caser avec un chirurgien, la fille à marier avec un héritier pour assurer le rang social de la famille, ETC. Ce n’est sans doute pas une première d’avoir un personnage masculin dans cette posture, mais je dois avouer que si je devais vous en citer d’autres, il me faudrait quelques minutes (voire plus) de réflexion pour trouver d’autres exemples. Alors que je n’aurais aucun mal à citer d’autres occurrences, féminines cette fois. D’ailleurs, puisqu’on en parle, souvent, quand une femme s’intéresse à un homme riche / socialement bien placé / plus âgé, les langues se délient aussitôt pour mieux lui baver dessus en expliquant qu’il y a quand même peu de chance pour qu’elle soit sincère. Pas besoin de chercher très loin. La prochaine fois que vous allez chez le médecin, vous ouvrez un de ces magazines A La Con, vous trouvez la nouvelle copine de Machin et vous devriez vraissemblablement trouver ces remises en doute de la sincérité de madame (argument valable même si le magazine en question a 10 ans d’âge)(en plus comme ça vous avez une chance de lire les mêmes que ceux avec lesquels Anna a grandi). Mais là, alors qu’il est explicitement dit qu’Hans a un rang plus qu’inférieur à celui d’Anna, qu’il n’a rien pour lui à part son sang, qu’il n’a pas la plus petite chance d’accéder au trône (en étant le 12ème fils, difficile de faire croire à un accident… 12 fois…), personne, à aucun moment ne remet en cause la sincérité de Hans. Même pas Elsa, qui ne fait que réfuter la légitimité de se marier alors qu’on se connaît depuis 10 minutes. (conclusion : si tu es une ordure, mieux vaut être doté d’un pénis, ça passera toujours mieux)

JEU ! Je tue Anna, je mange Kristoff, j’adopte Sven, j’épouse Olaf… Et toi ?

 Et comme pour un bon triangle amoureux il faut trois personnes, voici Kristoff ! (j’aime dire des évidences, ça me repose par moment) Le duo Anna – Kristoff revient sur un schéma plus classique qu’on connaît tous. Si si. On n’est effectivement plus dans le cadre classique et éculée de la princesse et du chevalier, mais dans une représentation beaucoup plus quotidienne qui est celle du couple moderne, et ça tombe plutôt bien vu que c’est lui qu’elle épouse à la fin (ce spoil vous était gracieusement offert par le Captain Obvious). Nous sommes face à une femme qui veut bien faire mais est extrêmement maladroite, qui doit prendre les décisions pour l’autre qui n’arrive jamais à se décider dans les temps, qui doit assumer, et qui éveille l’autre aux subtilités des relations entre êtres humains. Et à son côté, nous avons un homme gentil et généreux mais brut de décoffrage, incapable d’avoir une relation construite avec autrui, obsédé par sa voiture et son chien, indifférent à toute notion classique d’hygiène et de propreté, il est fort solitaire et joue de la guitare à ses heures perdues. Dîtes moi quand ça vous dit quelque chose, que je m’arrête… Parce que personnellement, après quatre saisons à lidl, c’est assez flagrant. (C’est fou ce qu’on apprend en se faisant insulter quotidiennement !) Si Disney fait un pas en avant côté réalisme en recadrant ses personnages dans des problématiques plus actuelles, c’est trois pas en arrière pour ce qui est de sortir des sentiers battus (bon d’accord, j’exagère peut-être un peu… un partout la balle au centre). Personnellement je trouve ça dommage. Ca aurait été drôle de voir notre princesse-pas-si-pétasse-finalement faire face au prince classique et que par surprise, ça marche quand même. Sortir d’un corset victorien pour rentrer dans une gaine en élastane n’est pas tout à fait synonyme de progrès (enfin après tout dépend de comment tu définis le progrès… un problème récurrent ça aussi tiens… Le progrès technique est-il synonyme d’un progrès du bien-être ? Vous avez quatre heures !) (y a pas de raison qu’il y ait que moi qui bosse) On constatera d’ailleurs que malgré son indépendance, sa débrouillardise, et tout le toutim (encore un mot trop peu utilisé ça tiens), il semble nécessaire qu’Anna se marie à la fin du film, enfin en tout cas qu’un mariage soit planifié pour finir comme il faut l’aventure.

Ce qui nous amène à parler (enfin) d’Elsa. Je trouve intéressant qu’on soit un peu sorti de la trame « un méchant très méchant » habituelle pour choisir celle du « méchant par accident ». Même si on a Hans, il est tellement accessoire par rapport au mal causé par Elsa. (oui j’ai enterré ma résolution de ne pas parler outils scénaristiques… il semble que je ne puisse résister à une si belle tentation… déformation professionnelle… que voulez-vous…) Pour cette raison Elsa a vraiment un statut à part. A tel point qu’au début, je me demandais ce que j’allais bien pouvoir trouver à dire sur elle. Et puis certains détails finissent par émerger : Elsa refuse tout contact physique, Elsa remet en cause toute possibilité d’un amour éclair quel qu’il soit, Elsa doit s’occuper de tout, Elsa doit se prendre en charge complètement…. Elsa finit seule et isolée dans une tour de glace, isolement qu’on lui reproche. En fait, celui-là, il a fallu que je creuse pour le voir et plusieurs interprétations sont possibles et bien entendu, vous pouvez les croiser comme bon vous semble. Soit vous prenez la lecture de l’ode à la différence : Elsa n’est pas comme les autres, de ce fait elle se voit rejetée et considérée comme un monstre. Soit vous suivez les pas de la femme indépendante : en opposition à sa soeur qui recherche à tout prix le Grand Amour, et ainsi à rentrer dans le schéma classique du couple, Elsa prend la voix de l’indépendance en rejetant de ce fait toute attache socialement ancrée et légitimée, de ce fait, elle est exclue de la société. Un peu comme on met au ban les vieilles filles, les « filles faciles » et autres libertines. Vous savez, ces femmes qui refusent le couple, le mariage, tout ça, et dont on considère qu’on ne peut rien tirer de bon comme si elles étaient purement et simplement cinglées (et vous commencez à connaître mon opinion sur la soi-disant non légitimité des freaks… venez jeter des pavés avec mes amis les psychotiques ! vous verrez on s’amuse bien). Et s’il vous vient l’envie d’être mauvaise langue jusqu’au bout (mais nul ici ne vous jettera la pierre pour ça ! pas d’inquiétude !), sans avoir à tirer trop loin, vous devriez pouvoir voir la femme frigide. Parce qu’après tout, Elsa, c’est quand même un glaçon, c’est même la reine des neiges… Notre belle langue ne manque pas d’allégorie météorologique pour qualifier un refus à une avance sexuelle. Et pas la peine d’argumenter qu’à l’origine, le film est anglais, on retrouve à peu près les mêmes images outre-atlantique. D’ailleurs, le titre original, c’est Frozen… « Belle princesse attend prince qui saura la faire fondre »

Cte classe internationale. (ah oui, j’ai oublié de vous dire que c’était elle mon perso préféré… avec Olaf.)

Alors finalement, Disney, vrai progrès ou grosse arnaque ? Et bah ni l’un ni l’autre. (tada ! j’ai pour principe d’offrir des analyses d’une incroyable finesse, toujours) D’un côté, Disney nous présente enfin des femmes prenant leur destin à bras le corps et ne se contentant pas d’attendre gentiment, et ça fait un bien fou. Ca fait du bien de voir des femmes vraiment capables de faire des choses, sans avoir besoin de passer par la case « Je serai un homme mieux que les hommes » (oui Mulan, c’est toi que je regarde. Mais t’inquiète, je t’aime quand même)(toi aussi derrière ton écran, embrasse tes contradictions !).On observe aussi une répartition du temps beaucoup plus égalitaire, c’est à dire que mêmes les personnages principaux masculins passent légèrement au second plan pour se focaliser sur les deux soeurs qui mènent complètement l’intrigue. L’idée d’avoir une méchante qui n’en est pas vraiment une est fraîchissante, ça nous change des femmes qui veulent tuer la princesse parce qu’elle est plus belle / jeune / gentille / aimée du prince, ou des hommes qui veulent le pouvoir, le cul de la crémière et le pouvoir de multiplier le cul de la crémière. Les femmes de la Reine des neiges ne sont pas « à disposition » dans tous les sens du terme, et franchement ça fait plaisir. D’un autre côté, on se retrouve avec la preuve par 9 qu’on ne peut pas être forte et heureuse, il faut un mariage à la fin et si tu échappes à cette case, tu te retrouves seule avec quelque chose à compenser. Finalement, c’est assez parlant des représentations actuelles, que ça soit les représentations du couple, ou celle de la femme qui ne peut pas être heureuse sans mari / enfant / château / rang social (mettez le curseur où vous voulez). Si on a progressé depuis Blanche-Neige, il reste du chemin à faire. Mais que les aficionados de Disney (dont je fais parti) se rassurent, il restera toujours du chemin à faire. (c’est l’histoooooooire de la viiiiiiiiiiiie !)


Voilà ! J’espère que cette chronique vous aura plu. N’hésitez pas à discuter de tout ça dans les commentaires, je suis curieuse d’avoir votre avis. Désexistons sera une chronique mensuelle, il m’est difficilement possible de faire plus. Elle sortira autant que faire se peut les premiers mercredis du mois pour accompagner les sorties ciné. Vos propositions de films à désexister sont toujours les bienvenues ! (oui comme ça au passage j’étoffe mes choix de films à regarder… vous avez tout compris) De préférence, essayez d’en suggérer des assez connus, ça limite les gens spoilés après la lecture (et ça m’évite d’avoir à tout raconter de A à Z…) mais si vous avez des idées de génie, ne vous génez pas.

On discute de tout ça sur le facebook ! En attendant, comme je suis vraiment en plein sprintathon, je donne plus de nouvelles via twitter.. Je vous laisse sur une reprise de Let it go façon Death Metal ! Un Wall of Death à vous amis Termites.

Le syndrome Femen

Parmi les questions pratiques du féminisme, comme on a déjà pu le voir ici, il y a le « mais je fais qui ? ». Aujourd’hui, j’aimerais vous parler de ce moment où on merde complètement le « comment agir ». Et si j’ai appelé ça le syndrome Femen, ce n’est pas pour le plaisir de leur taper dessus ou pour faire du clic, mais plutôt parce que ça me paraît être symptomatique d’un mouvement qui aurait pu déchiré sa race et faire réfléchir. Mais ça c’était avant…

En plus je suis pas vraiment d’accord avec leur position sur la religion… faudra que je prenne le temps de parler de ça un de ces jours.

Pour ceux qui prennent en cours de route, je vous invite à lire mon article sur leur livre manifeste puisque cette réflexion en est un peu la suite… A ce moment-là, j’expliquais déjà mes réserves sur certains points. Un an plus tard, les Femen sont clairement un mouvement qui m’a déçue et dont je n’attends plus rien. Si j’ai bien voulu me faire l’avocat du diable pendant un temps, je n’arrive plus à cautionner leurs actions et n’en voient même plus l’intérêt. Pour moi, elles se sont perdues, et pire que tout, elles ne dénoncent plus rien contrairement à ce qu’elles semblent croire. A l’époque, le fait qu’elles se financent en partie avec leur « sein-ographie » (emprunte de peinture faites par leurs seins sur une toile) m’avait déjà quelque peu perturbée. En effet, si tu revendiques que la femme possède son corps, si tu revendiques que c’est la faute au patriarcat et à la société de consommation, comment tu peux te permettre de financer ton mouvement en vendant des parties de ton corps ? C’est un contresens total. Un peu comme si tu voulais prouver les « joies de l’abstinence » en forniquant avec tout ce qui bouge. Même si tu argumentes que tu vas choper toutes les maladies du siècle et que ta vie sociale risque d’en prendre un coup, t’auras rien prouvé du tout. Surtout si Marc Dorcel finance tes capotes.

L’utilisation constante des seins nus par les Femen s’expliquait par le côté universel (même si encore une fois je mettrais en doute le côté universel), permettant ainsi de rallier toutes les femmes quelque soit leur origine. On avait donc un soucis de représentation et de réappropriation du corps qui ne me paraissait pas inintéressant. Dans une société largement dominée par l’image, elles choisissent le côté « choc » de la mise en scène. Aujourd’hui, j’ai la sensation qu’elles se sont prises à leur propre piège. Si la tactique pouvait s’avérer payante en Ukraine, transposée dans une Europe de l’Ouest américanisée à souhait, c’était risqué. Et ce qui devait arriver arriva. Dans une société où l’image règne en maître, où on voit des nanas en bikini pour vendre du dentifrice, où le porno est accessible via le moindre smartphone, où l’on dîne devant les JT annonçant les nombres de morts par bombes, images à l’appui, la seule solution de rendre ces seins-là « choquant », la seule solution pour qu’on s’arrête dessus, c’était de surenchérir. Et loin de faire réfléchir à leur message, les Femen ont juste ajouté leur couche de trash au flux constant de nos timelines. Tapez Femen dans google image et constatez… très franchement, je n’ai pas envie de réfléchir. Ca ne me parle pas. Ca m’énerve. Et je zappe. Et pourtant, il y a de fortes chances qu’on soit d’accord sur le fond.

Je ne leur voue pas cette espèce de haine viscérale qui pullule sur la toile à leur encontre. Mais c’est dommage. Ca aurait pu être autre chose. A force de grossir et de grandir, le mouvement s’est éparpillé pour finalement complètement se perdre. J’ai l’impression qu’elles n’ont su géré la croissance de leur mouvement. C’est bien dommage.

Mais le syndrome Femen ne s’applique pas qu’à celles à qui il doit son nom. Ci-dessus, le clip Fake it d’un groupe que j’affectionne beaucoup, Seether. Le clip se veut une dénonciation de l’utilisation de l’objectification du corps de la femme. On ne va effectivement pas compter le nombre de clips où elles servent juste à se dandiner autour de monsieur en petite tenue façon pole dance miniature, dans trois heures j’ai un spectacle à voir j’aimerais ne pas arriver en retard. L’intention est louable. Mais en attendant, on se retrouve quand même avec une vidéo remplie de nanas hypra bien gaulées plus ou moins habillée et la partie dénonciation met 2 minutes à arriver. Sur 3 minutes 37 de vidéo c’est ridicule et trop tard. D’une certaine façon, le mal est fait. On vient de voir des boobs s’agiter pendant deux minutes, si bien que quand vient la séquence de retouche, bah on y croit pas plus que ça. Du moins n’a pas autant de force qu’elle devrait.

Et les exemples de ce genre ne manquent pas. L’intention est louable, l’idée en elle-même pas si mauvaise, mais l’application bancale, voire parfois carrément foireuse. Et j’ai l’impression que quand on veut agir pour une cause, quel qu’elle soit d’ailleurs, on tombe souvent dans ce genre de travers.

En y rependant l’autre jour, je faisais le parallèle avec l’humour. Beaucoup d’associations de luttes contre le racisme réagissent avec virulence contre tel ou tel spectacle, telle ou telle remarque. (faut-il vraiment que je donne un nom ici ?) Les associations féministes n’ont elles-même pas raté l’occasion de monter aux créneaux, notamment avec l’affaire Orelsan (avant que vous ne réagissiez : je n’ai pas d’avis quant à cette histoire, je n’ai toujours pas été voir la chanson incriminée). J’ai un très gros soucis avec cette tendance de notre société actuelle personnellement. Pour moi ça va de paire avec l’hygiénisme qu’on nous balance depuis les années 70 et l’apparition du sida. On ne peut pas tout résoudre par des lois, des interdictions. C’est impossible. D’ailleurs, combien d’entre nous savent vraiment ce que contient le spectacle de Dieudonné ? Combien ont voulu le voir à partir du moment où une censure a commencé ? Si je comprends la démarche et l’intérêt (parfois très hypothétique), je doute de ses effets. Je suis désolée, mais il est rare l’humour qui ne consiste pas en « rire de quelqu’un ». A ce titre-là, il pourrait être plus malin de rire de tous plutôt que d’en sur-défendre certains (même si, encore une fois, ceci peut être compréhensible dans la mesure où ça tombe souvent sur les mêmes certains). Certains iront du coup jusqu’à prendre le contre pied et rire plus particulièrement de ceux dont on rit peu. Mais là encore, syndrome Femen, ta démarche perd tout son sens si tu fais aux autres ce dont tu te plains. Difficile de se sortir de tout ça. De plus, si tu fais censurer un sketch, une chanson parce qu’elle est offensante pour une part de la population, tu contribues aussi à entretenir l’idée que cette part est fragile et qu’il faut la protéger, voir la sur-protéger. Au final, pas sûr que la part de population en question y gagne tellement.

Une fois n’est donc pas coutume, c’est sans doute à grand coup d’éducation qu’on arrivera à s’en sortir et avancer. Quitte à apprendre aux mômes à se servir d’un ordi avant même de savoir marcher, peut-être qu’on devrait leur apprendre photoshop. Ca leur permettrait de comprendre la nécessité de prendre du recul sur les images qu’on nous véhicule. On arriverait peut-être en bout de course à leur faire perdre leur caractère sacré, inviolable si difficile à contrer à l’heure actuelle. Parce que c’est bien ça le soucis : notre capacité à prendre du recul et à arrêter d’avaler tout ce qu’on nous file.

Et comme on me dit que je râle toujours, voici quelques petites choses mises en place que j’ai beaucoup aimé. La vidéo, c’est le clip de Crawling on the ground d’Anita Drake qu’on m’avait envoyé il y a un moment. Je trouve ce genre de démarches beaucoup plus justes, et souvent beaucoup plus efficaces ! L’inversion des gens, c’est simple et vieux comme le monde, mais y a pas à chier, ça fait mouche à chaque fois. Je tiens aussi à saluer la démarche d’Emma Watson. Même si beaucoup des mouvements féministes dont je me sens proche considèrent comme essentiel que les hommes prennent part à cette lutte, je trouve intéressant et pertinent de s’adresser directement à nos amis les hommes, de les inviter officiellement si on peut dire, à se joindre à nous. Symboliquement, c’était important. J’attends de voir la suite des opérations ! On félicitera aussi le nobel de la paix, ou plutôt LA nobel de la paix… non seulement il va à une jeune femme, mais en plus il va à une femme luttant pour l’éducation des jeunes filles. Tentons de ranger notre cynisme et essayons de nous dire qu’on avance, que les choses bougent.

Je m’excuse pour le côté particulièrement brouillon de cet article ! C’est encore ordonné n’importe comment… mais pour une fois j’ai une excuse ! Je pensais à tout ça en revenant du théâtre l’autre soir. 21h45, la flemme d’attendre le bus, je décide de rentrer un pied. Un mec en voiture a trouvé très drôle de s’amuser à venir se garer devant moi tous les 10 mètres. Mon argumentation avec moi-même fut donc interrompue par mon cerveau tentant de calculer la distance entre ma position et le prochain fast food ainsi que mes chances de l’atteindre en courant « si jamais », avant de finalement décider d’attraper fermement mes clés dans ma main droite vu que mes jambes ont rappelé qu’on était affreusement nulle à la course et donc qu’en corps à corps on avait plus de chances d’en sortir « si jamais ». C’était la première fois depuis longtemps que j’ai eu la sensation que ça aurait vraiment pu mal tourner. Il a fallu attendre d’atteindre le macdo et trois familles sortant avec toute la smala pour être sûre d’avoir la paix. Ca m’a franchement gonflée. Et j’ai perdu la logique qui collait tout ça ensemble. Et j’ai perdu 10 minutes parce que j’ai fait un détour pour être sûre d’avoir semé le mec. Et ça m’a pourri mon humeur alors que je sortais d’un très bon spectacle. Ah et j’ai quelques blessures sur la main parce que figurez vous que quand on sert des clés très fort, bah ça fait mal.

Et c’est sans doute pour ça que je continue d’écrire ici aussi. Parce qu’il faut qu’on trouve des solutions pour que ce genre de conneries disparaissent purement et simplement. Parce que la solution des Femen ne me convient pas. Alors si vous aussi, vous avez des idées d’actions pour faire bouger tout ça, ou si vous connaissez d’autres victimes du syndrome Femen (genre si vous voulez me signalez que pour dire que je suis pas d’accord avec elles je mets des photos d’elles), n’hésitez pas à m’en faire part ici ou sur les réseaux sociaux, qu’on en discute ! Portez vous bien mes chers Termites et soyez gentil avec votre voisin / voisine, le respect ça commence là !

#1 Désexistons…. Terminator !

Bienvenue dans cette toute nouvelle chronique ! Ici, le but du jeu va être de démonter quelques films ou publicités afin d’y trouver les traces de ce fameux sexisme ordinaire dont je vous rabâche les oreilles. Comprenez bien, le but n’est pas de d’assassiner ces films, mais plutôt de prendre du recul par rapport à certains schémas auxquels souvent nous ne faisons plus attention… et de s’en amuser.


Aaaaah, cette bonne odeur d’année 80s…

Alors, si jamais vous n’avez pas vu Terminator, un bref résumé : A Los Angeles en 1984, un Terminator, cyborg surgi du futur, a pour mission d’exécuter Sarah Connor, une jeune femme dont l’enfant à naître doit sauver l’humanité. Kyle Reese, un résistant humain, débarque lui aussi pour combattre le robot, et aider la jeune femme…(merci Allociné pour ce résumé, je peux écrire tout ce que vous voulez mais pas des résumés…) J’ajouterai cependant, parce que c’est essentiel pour certains commentaires, que dans ce futur, les hommes sont en guerre contre les machines après que celles-ci les aient réduits en esclavage. Le cyborg est une création des machines. Si vous ne l’avez pas vu c’est à voir, parce que c’est quand même bien sympa, que c’est considéré comme un classique de la SF, que sinon tu n’as pas compris la blague dans La cité de la peur et que je risque de te spoiler un chouilla (enfin si le reste du monde ne l’a pas déjà fait).

D’autant que rien qu’avec ce résumé de base… on a déjà quasiment tous les éléments dont je voulais parler dans cette chronique, à savoir : une brute sans merci ni pitié, une femme dont la mission consiste à enfanter d’un homme qui doit sauver l’humanité, un héro pour la sauver. Par quoi voulez-vous qu’on commence ?

Aller, on commence avec notre personnage éponyme, à savoir le Terminator. Le Terminator est donc un cyborg conçu pour bousiller de l’humain sans se poser de question. C’est un squelette cybernétique recouvert de chair, de peau. Il transpire, il saigne, mais ça reste une machine. Dans ce rôle, on retrouve monsieur Arnold Schwarzenegger (mot compte triple au scrabble). Et je dis bien monsieur. Parce que, comme de par hasard, le Terminator, c’est un homme. Parmi toutes les combinatoires possibles permettant de constituer un être humain, les machines ont choisi de faire des cyborgs exclusivement de sexe masculin. A chaque fois que Kyle va nous parler du futur, et plus précisément des cyborgs, à chaque fois, les cyborgs seront des hommes. Point de femmes au pays de la cybernétique. Amusant ça. Pourtant, les cyborgs sont conçus pour s’introduire parmi les hommes afin de les massacrer, alors pourquoi se contenter de specimens masculins ? Ah pardon. Je viens de me relire, la réponse était dans la question : « les cyborgs sont conçus pour s’introduire. » Voilà voilà. (cette chronique est partie pour être un repère de blagues de très bon goût) Ainsi donc les cyborgs prennent exclusivement l’anatomie masculine afin de pénétrer plus efficacement les lignes ennemies (je vous avais prévenus). Une femme ne peut pas être une tueuse sans merci sans pitié sans sentiment. C’est biologiquement impossible. Et les machines, malgré leur génie, n’ont semble-t-il pas réussi à passer outre ce cliché millésimé.
D’ailleurs, tant qu’on en est à parler du futur et de la résistance… petite parenthèse mais… à un moment, Kyle explique que les femmes du futur sont prêtes à se battre, ce qui est logique dans un contexte de résistance / massacre en masse de ton espèce / bats toi pour ta vie. Mais dans aucune image du futur on ne voit de femmes se battre. Nope. Ah si ! pardon je suis mauvaise langue. On en voit bien une, elle se fait exploser au bout de 10 secondes de présence à l’écran. Dans le futur, les hommes se battent, sont des héros, tuent des gens (ou des machines) et les femmes se font exploser pour le sentiment, ou regardent leurs gosses mourir, ou font barrage de leur corps pour empêcher leurs gosses de mourir et leur explosent dessus avant que leurs gosses ne meurent aussi. Hum. Si vous voulez mon avis, le futur c’était mieux avant. Là ça a un goût de déjà vu…

Parce que si vous n’avez pas vu le film, il faut bien que vous sachiez de quoi on parle.

Mais revenons en à nos cyborgs voulez-vous…
Surtout quand pour voyager dans le temps, il faut le faire à poil. Et ouai. Aucune « matière » ne peut passer. Cela doit être uniquement des organismes vivants (qui eux ne sont pas composés de matière mais bon ça c’est un détail de physique qui dépasse mes compétences, peut-être aussi celles du scénariste…). Prends ça dans ta Deloran (là si vous n’avez pas la référence je vais commence à ne plus pouvoir faire grand chose pour vous).  Donc, notre ami Cyborg et notre ami résistant apparaissent nus comme au premier jour dans les rues de Los Angeles. Pourquoi j’insiste autant sur ce point ? Déjà, on peut trouver intéressant que n’apparaissent à poil que des hommes. Nul femme ne voyage dans le temps en même temps c’est normal seuls des organismes vivants peuvent passer. C’est quand même assez couillu, si je puis dire, qu’avec un prétexte pareil pour montrer des culs gratuitement, seuls des hommes voyagent dans le temps. Vous ne trouvez pas ? Mais là où ça devient drôle, c’est quand tu regardes ce film avec ma mère. Parce que ma mère, il lui en faut peu pour être heureuse. Et si un jour vous regardez Terminator avec ma mère, vous pourrez l’entendre s’écrier « Hey ! On voit le cul de Schwarzenegger ! On voit le cul du gouverneur de Californie ! ». Outre la blague bonne enfant, ma mère pointe du doigt un phénomène assez intéressant et qui pour le coup dépasse le cadre du film. Schwarzenegger a en effet montré ses fesses et tout le reste dans ce film, et pourtant, ça n’a absolument pas gêné sa reconversion en homme politique. Vous allez me dire qu’en même temps, c’est normal, après tout, le fait que dans un film où il est acteur on voit ses fesses n’indiquent rien sur sa capacité à gouverner un état. Et nous serons parfaitement d’accord. Maintenant, je vous laisse faire un petit exercice d’imagination : combien de femmes ont montré leurs fesses dans un film et ont pu prétendre à une quelconque carrière politique sans que cela ne leur soit reproché ? Si vous avez des exemples en tête, merci de faire tourner. Parce que moi, j’avoue que je sèche un peu. Quand tu sais que seulement 28% des principaux rôles parlants en 2012 étaient tenus par des femmes, ça pousse à réfléchir. Quand tu regardes la volée de bois vert qu’a prise Clara Morgan rien que quand elle est passée à la chanson, tu te dis qu’il est encore loin le temps où les femmes aussi auront le droit de ne pas être évaluées que sur ce qu’elles font de leurs fesses.

Je vous passe la rencontre avec les petites frappes cliché au possible. Surtout qu’on va arriver à mon moment préféré ! On va parler de Sarah Connor ! Bah ouai quand même, il serait temps. Que fait Sarah Connor dans le film : elle est serveuse, elle se maquille avec sa copine pour sortir, finalement elle sort pas parce que son copain peut pas, du coup elle reste chez elle avec son iguane, puis elle sort quand même, le Terminator la retrouve, tente de la tuer et bute d’ailleurs tout le monde au passage, Kyle arrive, la sauve et à partir de là elle se fait trimbaler comme un sac de linge sale pendant tout le film. Sérieusement, elle ne fait rien ou presque. Vous savez comme on dit que les Disney, pour une bonne partie, sont construits sur le modèle : princesse blonde à la peau blanche et la taille fine vit sa vie, se retrouve dans une situation compliqué, attend que le héro vienne la sauver. Et baaaah… là c’est tout à fait ça. Vous rajoutez juste une grosse dose de référence biblique et vous avez à peu près le personnage de Sarah Connor.

Je suis une faible femme perdue dans ce grand monde de méchant et seul mon lézard me comprend.

[nous allons rentrer en zone de spoil, vous êtes prévenus]
Quand je dis qu’elle se fait trimbaler, je n’exagère pas. Il n’y a pas d’autres mots. Kyle arrive, l’amène limite de force, l’engueule parce qu’elle a la trouille et qu’elle comprend rien. Non mais c’est vrai quoi, sous prétexte qu’un mec arrive, tire dans le tas, bute tout le monde autour de toi, se fait tirer dessus par un inconnu, se relève d’entre les morts et que l’inconnu en question t’embarque de force dans sa caisse, toi t’as peur. Non mais je suis désolée Sarah mais il faut admettre que tu abuses un peu. C’est pas SI terrible que ça. Mais bon, l’homme fort prend le commandement alors il faut bien qu’il s’impose un peu. Et pour ça, rien de tel qu’un peu de violence sur le sexe faible, ça campe toujours bien un personnage ! On lui donnera le bénéfice des années 80, c’était une autre époque, tout ça tout ça. (Cette phrase contient des traces d’ironie ainsi qu’une possible dose de cynisme) Et on continue… ils ont un accident, la police les embarque et ça tombe bien parce qu’ils cherchaient Sarah. La police donne sa version des faits à Sarah qui 10 minutes plus tôt avait entendu la version de Kyle, on force Sarah à dormir bien qu’elle n’en ait pas l’envie (mais ne vous inquiétez pas, le gentil policier black lui a dit qu’elle arriverait à dormir alors du coup bah elle y arrive quand bien même sa meilleure amie vient de se faire tuer à cause d’elle, qu’elle a été témoin d’un massacre dont elle est aussi la responsable et qu’elle se soit faite enlevée par un mec qu’on est en train de classer dans les schizophrènes. Bref pas de quoi fouetter un cycle de sommeil !). Le Terminator débarque et bute tout le monde (histoire de changer un peu, le Terminator c’est un mec avec des joies simples), on enferme Sarah dans un bureau pour la protéger (ouai le mec vient de défoncer un mur à main nu mais ce verrou va la protéger motherfucker !)(putain j’avais dit que je parlais pas des faiblesses de scénario…), tout le monde se fait buter, elle se planque sous un bureau, tout le monde continue de se faire buter mais dans le noir maintenant, Kyle réussit à s’évader, Kyle trouve comme par magie le bureau dans lequel est planquée Sarah et il l’embarque et ils s’enfuient à nouveau. Vous en avez marre que je parle comme ça ? En faisant des listes interminables ? Désolée mais je n’y suis pour rien… Sarah n’agit pas. A part peut-être dans les 10 dernières minutes du film, elle ne fait que subir. Elle regarde, elle chouine, elle se planque, elle se fait transbahuter partout, elle chouine encore, elle attend. Juré je peux vous faire tout le film comme ça. Mais comme je suis gentille et que ça devient lourd syntaxiquement parlant on va passer à autre chose…

Ca se voit pas comme ça tout de suite, mais je vais sauver le monde.

Parce que si ! A un moment Sarah fait quelque chose ! Tatatin ! Elle fornique. Voilà. Ah pardon, elle fornique avec le père du futur sauveur de l’humanité. Quoi ? Vous croyiez vraiment que c’était elle qui sauvait l’humanité ? Permettez moi de jeter la tête en arrière, secouer mes cheveux et pousser un rire démoniaque digne du plus grand des méchants. Désolée, mais non. J’aime bien ce film hein, mais ça me fait doucement rigoler qu’il passe tout le film à nous dire que la survie du monde dépend d’elle tout en disant que c’est son fils dont on a besoin. Paye ton discours paradoxal. En bref, Sarah sert à enfanter un héro. Point final. Histoire de donner un peu de contenance au tout on nous dit que c’est elle qui lui apprend tout mais j’ai bien envie de dire que le mal est déjà fait. Et j’ai aussi envie de dire : tu la sens ma référence biblique ? Ca ne vous rappelle rien ça ? Une bonne femme qui n’aura jamais rien fait d’autre de sa vie que de mettre le sauveur de l’humanité au monde et faire en sorte qu’il ne vienne pas grossir les chiffres de la mortalité infantile ? Sarah Connor c’est juste Marie 2.0, on nous épargne juste le fait qu’elle soit vierge ou non. Pour couronner le tout, monsieur le papa du sauveur nous sert cette espèce de « je suis tombé amoureux de toi au premier regard ! » ce qui nous permet d’en rajouter une bonne couche côté prince charmant / on a qu’un amour dans la vie / le destin y a que ça de vrai t’as bien fait de m’attendre poupée. Non franchement, ça vend du rêve côté émancipation de la femme tout ça.

Le truc, c’est que forcément, à femme encastrée dans un rôle, on a un homme coincé dans le sien… Ah bah oui hein, c’est équivalent tout ça. Donc, il faut qu’on aille regarder plus avant du côté de Kyle Reese. Même si je vous ai déjà disséminé par ci par là quelques éléments. On nous campe vraiment le personnage du héro / prince charmant / ta vie sans moi n’avait aucun sens. Kyle est violent, autoritaire, se la joue Monsieur Mystère, Monsieur J’ai Souffert mais Je suis Un Warrior TMTC. Il n’accepte pas que Sarah puisse poser des questions au moment non opportun. Il sait mieux qu’elle, il est venu pour lui expliquer la vie. D’ailleurs clairement, il aura fallu qu’il arrive dans sa vie pour qu’elle découvre enfin pleinement qui elle est vraiment. Il ne pleure pas, n’a pas d’émotion, n’a pas mal… un peu comme un Terminator ! Sauf que lui, il peut mourir pour sauver la princesse, et ça quand même ça fait vachement plus de points au fanomètre que le massacre d’innocents. Kyle c’est le gentil parce qu’il tue pour la fille, alors que Terminator c’est le méchant parce qu’il veut tuer la fille. (dans un prochain numéro : un jeu de memory pour construire toi-même tes personnages) S’en est au point que lorsqu’il prend une balle dans le bras et que Sarah propose de le soigner, il refuse d’abord, parce que ça fait même pas mal d’abord… mais quand même ouille ouille ouille. Il se voit donc obligé, pour compenser, de réchauffer la donzelle avec son manteau, parce que lui, c’est un homme, il n’a pas froid.

Noooon ! Je suis un homme un vrai, j’ai même pas mal d’abord ! Bon d’accord Femme, tu peux faire un pansement. Mais ne mets pas de désinfectant s’il te plaît ça pique…

On résumé s’il vous plaît ?

  1. Une machine à tuer incarné par un homme hyper bodybuildé ce qui nous pose la question de l’homme aussi bien que de l’humain
  2. Un prince charmant increvable prêt à buter tout ce qui bouge pour la fille.
  3. Un utérus. Euh pardon, une revisite de la vierge Marie.

Oua. Je crois que pour une première chronique, ça fait déjà pas mal non ?
On se quittera donc là ! J’espère que ça vous a plu, n’hésitez pas à me laisser votre avis ou vos idées de films à désexister. Et si l’envie vous prend de partager sur les réseaux sociaux, ne vous privez pas, ça fait toujours plaisir ! Vous pouvez m’y retrouver ici ou , viendez on  fera des cookies et on boiera de la vodka en regardant le saison 2 de Psycho-Pass ! (si ça ça te vend pas du rêve…)

Et pour finir en beauté… voilà ce que j’ai trouvé ce matin quand j’ai ouvert mon facebook. Fichtre. Je viens d’être réduite à un simple utérus chargé de sauver l’humanité en lui offrant un sauveur. Voilà qui cloue le bec à la féministe engagée que je suis. Fichtre encore. Je crois que l’humanité est fichue. Ca va, vous m’en voulez pas trop j’espère ? Non parce que bon, j’ai autre chose à faire de mon utérus qu’y mettre des sauveurs, genre, ranger mes clés de voiture que je ne possède pas encore…

Féminisme : où ? quand ? comment ?

Penser différemment….

Se déclarer féministe, c’est bien. C’est un premier pas. Mais concrètement, après je fais quoi ? Voici la question qui m’occupe depuis maintenant un peu plus d’un an. Je ne veux pas juste être sympathisante. J’entends par là que je suis « écolo », dans le sens où je trie mes déchets, fais en sorte de ne rien jeter partout, de limiter mes déplacements en voiture, etc, ce genre de petites choses. Mais je ne suis pas inscrite auprès de Green Peace, ni de la WWF et n’est pas l’intention de le faire prochainement. Toutefois, je ne voulais pas m’arrêter là pour ce qui était du féminisme. Mais du coup… comment ?

Je ne me sens pas de rejoindre les Femen. Plus on avance et plus je suis en désaccord avec ce mouvement. Les mouvements sur la toile se multiplient eux aussi, toutefois, un peu comme cet article et toute la série, je ne suis pas encore sûre de leur efficacité. Nous sommes d’accord que manifester pour changer une façon de penser ne changent absolument rien. Très bien très bien. Mais alors je fais quoi ?

Et puis, je dois souvent faire face à des contradictions que je ne sais pas toujours comment gérer. Je souhaite lutter contre l’objectification de la femme, mais comment je fais quand je veux absolument voir la dernière saison de Californication ? Dois-je boycotter purement et simplement tous les blockbusters américains sous prétexte que les rôles féminins ne sont que des potiches servant à démontrer la virilité du personnage ou bien au contraire dois-je aller les voir pour accumuler des « preuves » ? Sans compter que m’interdire de voir ces films revient à m’exclure socialement, ce qui au final ne me sert pas à grand chose. Et ce n’est qu’un début ! Dois-je pointer du doigt toutes les pubs misogynes à mon entourage afin d’en parler avec eux et d’espérer faire boule de neige au risque de les exaspérer ? Dois-je refuser tout produit dont la commercialisation est passée par le corps objectifié d’une femme ? Et bien entendu, cela se répercute aussi sur mon mode de vie quotidien… Dois-je renoncer à rentrer chez moi seule, à pied, à 4h30 du matin, dans un état d’ébriété plus ou moins avancé sous prétexte que cela est « risqué » (les guillemets c’est pour les statistiques qui ont prouvé le contraire… est-il besoin que je m’arrête sur ce point ?), ou au contraire, dois-je prendre des risques afin de montrer au monde ce que je pense ? Dois-je expliquer à ma grand-mère qu’il est dans ma nature de pouvoir concevoir des enfants mais pas de vouloir le faire ? Dois-je expliquer aux clients que leur fils ne va pas mourir parce qu’il aura des lunettes de plongée roses ? Dois-je casser la gueule du moindre mec qui me fait une remarque ?

Je pourrais continuer comme ça ad vitam aeternam.
Le dilemme est le suivant : à quel moment je m’accroche becs et ongles à mes idéaux malgré les risques, et à quel moment le risque est trop grand et je m’assois sur mes positions ? Etant quelqu’un de très entier, répondre à ce dilemme n’est pas toujours évident pour moi, peut-être l’est-il moins pour d’autres. J’ai souvent l’impression de me trahir lorsque je laisse passer quelque chose. Mais finalement, peut-être est-ce simplement de l’ego mal placé ? Si j’écris cet article, c’est parce que peut-être vous êtes dans le même cas que moi, et peut-être avez -vous trouvé des solutions pour échapper au paradoxe. Voici où j’en suis de ma réflexion…

Je vous fais un dessin ou c’est bon ? Pourtant, j’ai vraiment adoré cette série…

« Be the change you wanna see »
Autrement dit « sois le changement que tu veux voir ». Je ne peux pas changer le monde. Même si je le veux, c’est impossible. Mais je peux changer moi. Je peux changer mon regard sur le monde, ma façon de juger les choses, les situations, les gens aussi. Surtout, je peux changer mon regard sur moi-même, je peux changer moi. Et si cela peut paraître infime, je suis en train de me rendre compte que c’est énorme. L’adolescence a été compliquée pour moi, comme pour beaucoup de toute façon. Au lycée, vous m’auriez presque pris pour un garçon (mais bon avec un bonnet D tu finis toujours te trahir…). Le lycée, c’était il y a 7ans. A l’époque, je jugeais qu’il était plus simple d’être un homme, j’avais donc décidé d’en être un et j’ai banni tout ce qui touchait de près ou de loin à la féminité : robes / jupes, sandales, talons, maquillage, etc. Je mettais un point d’honneur à éviter tout cela, pire, j’étais même en guerre contre. Aujourd’hui, je réalise que les choses sont plus compliquées, toutefois, difficile de revenir en arrière. Les rares fois où je porte une jupe, une robe, j’ai l’impression de me trahir. Ne me demandez pas d’expliquer ce sentiment, je ne saurais pas, mais c’est un peu comme rompre une promesse à un être cher, on se sent nul et minable. Alors que finalement, si je me sens nulle en robe, n’est-ce pas la preuve que ce que je combats a gagné ? Il m’aura donc fallu comprendre que ce qui m’agaçait n’était pas la robe en elle-même mais ce qu’elle représentait, il m’aura fallu comprendre que je me trompais de cible. Si aujourd’hui je ne maquille pas, c’est une question de goût, si je ne vais chez le coiffeur qu’une fois par an, c’est par flemme, et si je n’ai pas de talons dans ma garde robe… c’est une simple preuve de bon sens (non mais sérieux, ça défonce les pieds ces merdes !). Contrairement à ce qu’on peut dire : on n’est pas militante féministe parce qu’on ne s’épile pas et qu’on s’habille en toile de jute, on est une caricature. Comprendre ça, comprendre que je me trompais de chemin m’a permis d’être plus ouverte et d’être capable d’entendre ce que pouvaient me dire les femmes « féminines » comme la société le veut, de me rendre compte qu’elles n’étaient pas les monstres que je m’imaginais ado. La question n’est pas là. Je peux maintenant en discuter avec elle et souvent ces conversations sont passionnantes.

Le féminisme, pour moi, c’est donc commencer par accepter toutes les façons d’être femme. Même celles qui sont à des années lumières de ce que je veux pour moi.

Ce que j’aimerais parfois faire quand on me fait un commentaire sexiste.

J’ai appris à me remettre en cause. A force de lire, de traîner sur internet, et plus particulièrement sur les sites recueillant des témoignages de victimes, je me suis rendue des « clichés » qui façonnaient mon monde. Comme tout le monde, j’en ai. Je suis donc partie à la recherche de la poutre dans mon oeil. Je ne pense pas les avoir toutes trouvées, sans doute qu’il en reste. Je pense même qu’il en restera toujours. Au début je me serais flagellée avec des orties fraîches, puis je me suis rendue compte que c’était aussi débile qu’inutile. Ne serait-il pas plus constructif de comprendre pourquoi ces images clichés habitent mon crâne et comment elles orientent ma vision des choses ? Ce n’est pas évident, et c’est fatigant, tout en étant extrêmement enrichissant. Accepter qu’on puisse se tromper, c’est permettre aux autres de s’expliquer, se faire comprendre, se faire entendre. Je ne dis pas que je suis la Tolérance incarnée, mais bon, j’essaie. Le jeu en vaut la chandelle : on rencontre des humains absolument fascinants tout au long du chemin pour un peu qu’on laisse en parler !

Et puis j’ai réalisé… et si le féminisme, finalement, c’était une goutte d’eau faisant des cercles dans un lac ? Ces gens que je croise, ces textes que je lis, me permettent à moi d’avancer. Voir que d’autres s’en sont sortis, voir que d’autre s’assument, me fait avancer, parce que j’arrête de penser que l’humanité est foutue, j’arrête de croire qu’elle est faite d’un bloc et j’en découvre toutes les facettes. J’ai réalisé qu’au final, je jouais moi aussi ce rôle pour d’autres. A force de conversations avec mon père, celui-ci a avoué faire plus attention aux discours tenus dans les médias, aux commentaires sportifs, aux publicité. Même s’il ne les prenait pas au pied de la lettre, il est maintenant conscient de ces choses-là et en a discuté autour de lui. Certaines de mes amies ont à leur tour déclaré officiellement être féministe. Certains ont trouvé une forme de réconfort sur ces pages, et peut-être qu’additionnées à d’autres, elles leur permettront d’avoir le courage de s’assumer et de lever la tête. Et avec un peu de chance, à leur tour aussi ils feront passer le message.

Aujourd’hui, voilà ce qu’est pour moi le féminisme, ce que je veux en faire : permettre à chacun de s’accepter comme il est, d’accepter les autres comme ils sont et réfléchir ensemble à une meilleure façon de vivre. Si nous faisions du féminisme un grand mouvement de tolérance et de mieux vivre ensemble ?

Femmes Parfaites n°7

Femme Parfaite n°7

Mais, enfin, je suis déjà parfaite ! A ceci près que je ne suis pas une femme… Ou, tout du moins, je ne me considère pas en tant que telle. En fait, la femme parfaite que je veux devenir se résume à être une femme. Par-là, j’entends deux choses :

D’une part, ne plus se sentir fille, ado ou même jeune fille mais bien Femme. Et oui je mets carrément une majuscule ! Et donc ne pas se laisser rabaisser à une gamine qui ne sait pas ce qu’elle veut, ce qu’elle fait.

D’autre part, assumer son sexe et le corps qui va avec. Et le respecter évidemment. Cela passe donc par ne plus se laisser traiter (même juste par regards) comme un morceau de viande ou une paire de seins.

Voilà… J’ai du boulot encore pour y parvenir…

Proposition de Aladide, aka la chère inconnue