Posts Tagged: en coup de vent

Translation High

[X]-Rx – Blood on the dancefloor

Connexion transmutation transcription
Saut à l’élastique, les deux pieds dans le vide et les yeux dans le vague.
Ligne ligne ligne dans la mémoire.
Structure et combinaison, grammaire à déformer, syntaxe à déconstruire, idées à retranscrire.
Poids et vitesse dans la ligne de mire, compte à rebours dans l’oreille, seconde et minutes à même le tympan.
Courses contre la montre une fois
course contre la montre deux fois
course contre la montre trois fois,
sauvegarde éparpillé, délais improvisés.
Transfusion traduction abandon
Choix du pronom
Amputation
Supposition
Pari perdu nouvel essai
Ligne ligne ligne en travers des dictionnaires
Assèchement
Saturation
Danse avec les mots
Danse avec le temps
Dans avec hier maintenant demain
Conjugaisons avortées et accords malheureux
Course contre la montre encore
Saut dans le vide plus loin
Mémoire à rebours
Compte décomptée
Grammaire démembrée
Nouvel essai retour à la ligne nouveau paragraphe
je il elles they
on one we you they je
Ligne ligne ligne encore une fois encore une fois encore une fois
Virgule deux points poing dans l’estomac
Déclinaison grande absente
Unilatéralement genre et nombre
Mécaniquement jusqu’à l’autre côté
Un pas en avant trois pas en arrière
Valse à l’envers
Assèchement dessèchement évitement
Chute encore saut dans le vide toujours plus loin
Navigation à l’aveugle
Assèchement assombrissement colision
De l’autre côté
Finition correction définition
Formulation approximative
Nouvel essai saut de page italique
De l’autre côté
Loin dans le vide
Ligne ligne ligne à pleines mains
Cerveau fissuré invasion confusion

bulle
bulle
bulle
suspension

Magie Viking en rase campagne

Anilah – Warrior

Les coups de pédale ramène de vieux souvenirs. De vieilles sensations. Enfouies loin. Un retour à la case départ en forme de mue de phoenix. Enfin difficile à dire à travers la brume nocturne.

Quinze minutes de vélo
Vingt minutes de bus vers la ville
Pas de lampadaire
Des fossés
Des ornières

Les sensations remontent. À commencer par le froid qui me scie les doigts. J’avais oublié les doigts qui se glacent sur le guidon, les manches qu’on tire pour compenser l’absence de gant, l’air qu’on souffle dessus à l’occasion pour sauver ce qui peut l’être. Mes yeux pleurent tout seul. Larme par larme. Une toutes les deux minutes. La larme se forme lentement avant de glisser tout aussi lentement le long de la joue. Elle prend part au paysage. Élément constitutif comme un autre.

Donc le froid, les larmes, la musique, la nuit, l’ambiance désertique. Souvenirs.
Le corps reprend ses droits. Après la course infernale, il informe à nouveau de l’état des choses. J’essaie d’accepter l’état des lieux sans ralentir le rythme du pédalier. L’estomac qui brûle. Le genou qui claque. Le dos qui se tord. L’épaule qui se bloque. Accepter l’une après l’autre les petites douleurs accumulées, puis passées sous silence pour survivre aux derniers événements. Accepter, parce qu’il faudra en passer par là.

Quinze minutes de vélo, vingt minutes de bus
La nuit les fossés les ornières
La musique les petites douleurs et le désert
Souvenirs

Les nerfs lâchent. Le corps soulagé de ne plus se sentir en danger constant déposé le bilan. La fatigue, les yeux gonflés, les migraines avortées par manque de temps, les contusions non traitées pour les mêmes raisons, la solitude qui brûle le ventre et les veines. Alors comme à l’époque, il se passe cette chose étrange. Ce moment, ce tout petit moment, où après l’inventaire des dégâts, le corps autorise la voix à sortir. Et la voix chantent au milieu de la campagne déserte, entre les respirations haletantes sous l’effort. La voix sort enfin.

J’assiste au spectacle du corps qui se relâche alors que j’essaie de me souvenir de la route jusqu’à l’arrêt de bus, de la route jusqu’à la maison. En silence et sans négociation, j’essaie d’accepter les réclamations, les reproches et les informations qu’il a à transmettre. Le pire est passé, la route est encore longue. Il faut réparer maintenant. Réparer, récupérer, soigner, repartir. Ne pas minimise ce qui ne veut pas cicatriser. Ne pas oublier ce qui aurait pu arriver. Ne plus censurer.

Quinze minutes de vélo vingt minutes de bus
La nuit les fossés les ornières
Le corps la voix la fatigue

Un mois d’errance à travers la campagne
pour réparer ce qui doit l’être
cicatriser ce qui peut l’être
se souvenir du meilleur
accepter le pire

Et enfin revenir.

What the hell am I doing here ?

Je sais plus quoi lui dire tu sais.

C’était ma mission. Ça a toujours été ma mission. De nous toutes, je devais nous ramener à la maison. Toujours. Et j’ai toujours réussi tu sais. Même bourrée à gerber, même avec des chevilles ayant triplé de volume, même perdue au milieu de ville hostile sans GPS, même en panne d’essence ou avec un pneu crevé et qu’il fallait traîner la mobylette sur deux kilomètres. Je nous ai toujours ramené à la maison. Même quand elle s’écroulait sur un coin de trottoir parce qu’il y avait trop de larmes pour marcher droit. Même quand le monde s’écroulait sur nous, que le sol se dévidait, que nos os se brisaient jusque dans nos tympans, que les murs toujours avaient plus d’yeux pour nous surveiller, que les monstres ne prenaient plus la peine de cacher leur sourire carnassier. Je nous ai toujours ramené à la maison. Même quand il fallait ramener des potes encore plus bourrés, ou qu’il fallait se battre pour eux parce qu’ils s’étaient foutu dans la merde. Même quand on n’avait plus envie de rentrer.

Envers et contre tout
je nous ai toujours ramené à la maison
Envers et contre tous
je l’ai toujours ramenée à la maison

Mais maintenant je ne sais plus quoi lui dire. Il n’y a plus d’endroits où la ramener. Il n’y a que des abris trop temporaires pour vraiment stopper l’angoisse. Comment savoir où les monstres se cachent quand d’une nuit à l’autre il faut tout recommencer ? Tu sais elle a les larmes au bord des cils tout le temps maintenant. Elle sourit, vieille habitude. En vrai, je ne sais plus où la ramener. Quand elle choisit de descendre trois stations plus tôt pour « prendre l’air », je sais qu’elle cherche où rentrer dans la marche. Je guide ses pas, je l’oblige à rentrer à l’abris, même si c’est juste une nuit ou deux. Je la force à ne pas regarder les monstres trop longtemps dans les yeux. Plus de maison, plus d’endroit où les confiner. Elle doit vivre avec continuellement maintenant. C’est lourd à porter un monstre. C’est lourd à vivre. Les frontières s’amenuisent et disparaissent quand on a rien à quoi les accrocher.

Je lui répète à longueur de journée que ça va aller. Que c’est bientôt fini. Je tiens les comptes pour elle. Je fais des listes. J’essaie de prévoir. Mais le temps se délite sous nos doigts. Pas de point fixe pour accrocher une horloge. Je lui que ça va aller, encore. Qu’elle peut le faire. Qu’on va finir par rentrer, c’est juste que cette fois, la route est un peu longue. Un peu trop longue. Mais il faut bien qu’elle aille quelque part.

Forcément, elle doit le sentir que j’y crois de moins en moins. Que je m’essouffle et fatigue.Et bientôt, je n’aurai plus la force de nous protéger des monstres qui voyagent sur nos épaules. J’accélère, je ramasse les porte-bonheurs, les éclats colorés. Il faudrait tenir, encore un peu. Le temps d’arriver au bout de la route. Le temps de la ramener à la maison qui doit bien exister quelque part. Je ne sais pas combien de temps encore j’ai devant moi avant l’extinction du compte à rebours. Il faut espérer que je tienne jusqu’à la maison, car déjà les monstres ont les dents enfoncées dans ses épaules.

Je ne sais plus quoi lui dire tu sais.
Et elle le sait.

I’m a fake with blood on my hands…

Mur du son et autres phonèmes

De l’autre côté du mur du son, il n’y avait rien.
Rien que le silence. Un silence lourd épais sale et noir.
Pas de ces silences qui reposent et soulagent. C’était un silence d’absence.
Une solitude de dimanche. Une solitude de draps vides.
Un silence fait de mots décousus qui ne parviennent plus à dire.
Un silence de l’autre côté des mots sans étymologie.
Un silence qui ne pouvait plus rien. Un silence d’abandon.
Un silence parce qu’on ne pouvait plus entendre.

Je vais me tirer une balle dans le champ lexical.
J’ai dit comme ça sérieusement. À la fin des tergiversations, des débats infinis, des questions sans réponse.
J’ai dit sans aucune trace de doute. Finis les lost in translation, les quiproquos, les awkward silences.
J’ai dit pour une fois sans hésitation. Enfin ne plus chercher une place, ne plus réfléchir la moindre virgule.

Je vais me tirer une balle dans le champ lexical.
Je pourrai enfin dormir.
Débarrassée du poids des mots
des synonymes à l’envie
des conventions illogiques et incertaines
de la réflexion qui ne se construit pas
des monologues déguisés en dialogue
des questions déguisées en affirmations et inversement
des à peu près
des presque pareils

Débarrassée des mots
des mots plus vraiment de maintenant
des mots d’hier
des mots que je n’arrive pas à cracher
des mots qu’il faudrait inventer
des mots qu’il faudrait réécrire
des mots qu’il faudrait prononcer pour de vrai mais qui demandent trop de force

Je vais me tirer une balle dans le champ lexical.
pour de vrai.
Parce que je n’ai plus d’autre option.
Parce que c’est la seule solution viable.
De l’autre côté du mur du son, je pourrai enfin dormir.
Les mots enfin auront fini de tourbillonner
sous mon crâne
entre mes tympans
dans mes doigts
au fond de l’estomac
le long des veines et artères
jusqu’à chaque battement
et la moindre respiration.
Les mots enfin ne vont plus tourbillonner, et je pourrai dormir.

Mais de l’autre côté du mur du son, n’était que silence
et les mots tous étaient morts.
Ma tête en chagrin éclaté n’avait même plus de quoi poser la question
Ma tête en puzzle déphasé n’avait plus le moindre sens
Les mots m’avaient abandonnée et seul restait le silence.
Le silence de ceux qui n’en peuvent plus d’entendre
De ceux qui n’ont plus la force d’écouter
plus les épaules
ou les oreilles disponibles.
La conscience polie jusqu’au brillant, plus aucun mot.

Je vais me tirer une balle dans le champ lexical.
Les murs ont répondu
Les mots ou les monstres, tu choisis
Proximité phonétique proximité logique ?
Ou pas.
Les monstres hors du cadran, en défiance sémantique parfaite
ou quand l’exception devient la règle…

Je vais me tirer une balle dans le champ lexical,
m’offrir au silence
échapper à ma propre étymologie non contrôlée
sombrer une bonne fois pour toute hors des catégories grammaticales
ne plus parler comme un livre
car je ne parlerai plus.

Et peut-être enfin, de l’autre côté du mur du son,
ne plus avoir mal de ne pouvoir nommer
le mal qui ronge
le silence qui rampe
les êtres qui meurent
et mon propre reflet dans le miroir.

Gorgone kafkaïenne.

Kafka a la tête comme un trou noir. Des escaliers qui montent et descendent sans jamais mener nulle part peuplent des pensées prêtes à tomber au néant. Derrière une porte se cache sans doute Ariane et son fil. On lui a raconté l’histoire et Kafka se souvient encore. Il entend à travers les corridors l’écho du fil qui se dévide. Il suit le chuintement. Le son est léger, furtif, éphémère. Ses oreilles s’y accrochent doucement. La mélodie lui berce la conscience, doucement il glisse, s’endort, s’échappe, perd le fil. Un trou s’ouvre à nouveau.Un couloir s’allonge. Un escalier se brise. Une porte claque. Kafka a la tête en trou noir. Kafka soupire. La mélodie a disparu.

Et le voici maintenant en capitaine du radeau de la Méduse. La volonté pétrifiée, définitivement statufiée dans ses chaussures. Il essaie. Kafka secoue un tibia, un genou. Il tente plusieurs vibrations, différents systèmes de mouvement. Il cherche à créer la fissure, l’ultime chance de bouger. Mais le son de la porte qui claque continue de rebondir sur les escaliers sans fin et Kafka dans le fond de sa tête en trou noir ne sait plus par quel bout prendre le fil. Les cheveux de la Méduse serpentent calmement. Ils se laissent tomber d’une marche sur l’autre, lentement, pesamment. Kafka cherche son chemin alors même que le bateau coule normalement. Les pieds dans le ciment au fond de l’eau, les bulles s’énumèrent et se perdent à leur tour jusqu’à la surface.

Du fond de l’eau, Kafka regarde le monde.
Du fond de l’eau, Kafka compte les marches qui se démêlent d’escalier en escalier.
Du fond de l’eau, Kafka entend toujours la porte claquer.

Au fond de l’eau, Kafka cherche le fil d’Ariane qui viendra retenir les serpents.
La tête comme un trou noir, Kafka continue son duel avec la Méduse.

The nameless shadow

The shadow has no name.
She lost it long ago
A shadow has no use of a name
A shadow doesn’t exist
A shadow only exists through others
A shadow has no purpose

The shadow has no name
‘Cause no one would call her
A shadow is always here when you need
A shadow has nohing to say
A shadow has no opinion worth of listening
A shadow can’t desagree

The shadow has no name
And she doesn’t even remember she had one
A shadow has no use
A shadow has no need
A shadow has no mind
A shadow has nothing of hers

The shadow has no name
She thinks she doesn’t deserve one
A shadow can’t feel properly
A shadow can’t think properly
A shadow can’t speak properly
A shadow can’t love properly

The shadow has no name
But her pain has so many names
The shadow is lonely
The shadow is desperate
The shadow is lost
The shadow wants to be loved

The shadow has no name
Therefore, she can’t recall she used to be a full human
With a body
With feelings
With memories
With a story
With beliefs
With a real shape
With a name

The shadow has no name
When she needs it so badly to live.

Liquidation

Liquidation.

Liquidation totale tout doit disparaître avant inventaire.
On efface on recommence. On s’efface on retourne à la case départ. On repose les mêmes questions car elles n’ont toujours pas de réponse. On repose les mêmes questions car elles n’ont toujours pas de sortie. On retourne toutes les caisses et on cherche. Les registres ne sont pas à jour. Impossible de savoir. Impossible de comparer. Impossible de penser. Puisqu’il n’y a pas de liste, il n’y a pas de preuve. Pas de preuve alors rien existe.

Liquidation totale avant inventaire.
Qu’on vide les placards et qu’on y voit plus clair. Qu’on puisse vérifier les étiquettes et les étagères. Qu’on vérifie les trous de souris dans les murs. Peut-être un vol. Peut-être un oubli. Une erreur d’étiquetage. Une procédure non appliquée. La faute à pas de chance. Externalité négative. Marge de manoeuvre inexistante. La dernière révision des engins est expirée depuis longtemps. Les extincteurs doivent être vérifiés. Tout de suite maintenant.

Liquidation totale tout doit disparaître.
Pompier pyromane en puissance. L’extincteur n’a pas été vérifié depuis longtemps et c’est bien dommage. Qu’on crie au feu à l’incendie à la flambée à l’autodafé. Au meurtre par le vide incendiaire. À la tactique de la terre brûlée. À la mémoire ainsi réduite en cendres. À l’oubli qui ainsi se répand dans les bronches et les poumons. Qui vient noircir les organes les uns après les autres. Qui vient encrasser les artères et finalement le coeur quand les battements n’en peuvent plus de se succéder. Qu’on arrête le pyromane qui depuis tout ce temps s’est débarrassé de toutes les preuves possibles. Le pyromane a la réponse.

Le pyromane est coupable.
Liquidation totale jusqu’à écoulement du stock.