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L’écriture inclusive, la force des symboles… et l’éternelle fragilité masculine ?

J’aimerais croire que j’arrive trois ans après la bataille, mais l’AFP m’a donné l’occasion de m’étouffer avec ma propre salive en plein cours, alors finalement, je pense pas être si en retard que ça… Aujourd’hui, nous allons donc parler de l’écriture inclusive, de la force des symboles, et donc d’invisibilisation, de représentation. Je vais essayer de sourcer un maximum, malheureusement, comme toujours, je ponds ce genre d’article en décalage, sans l’avoir prévu, du coup ça se nourrit de tout ce que je lis depuis des mois, pas toujours évident de le retrouver, mais je vais faire au mieux.

Pour celleux qui auraient raté quelques épisodes, qu’est-ce donc que l’écriture inclusive ? Histoire de gagner du temps, et parce que certain·es l’ont déjà fait et bien mieux que moi : l’article de Simonae qui t’explique ça tout bien (site que je te recommande d’ailleurs), la vidéo de Linguisticae qui démonte les arguments aussi bien de ses défenseur·es que de ses détracteurices.

J’ajouterai que je n’utilise pas systématiquement l’écriture inclusive en tant que telle, mais que ça ne m’empêche pas de réfléchir soigneusement aux questions de genre dans la grammaire française. Il faut donc que vous ayez conscience que tous les choix de genre de cet article ont été mûrement réfléchis. Et sur ces bonnes paroles, entrons dans le vif du sujet.

Je pense que pour une raison obscure cet article sera couvert de gif de Parks and Recreation.

L’écriture inclusive a donc, ces derniers temps, fait coulé beaucoup d’encre et délié pas mal de langues, le tout avec plus ou moins d’élégance d’intelligence de bêtise ou d’ignorance totale. Je n’ai pas tant envie de revenir sur les arguments en eux-mêmes, mais plutôt sur : mais POURQUOI ça pose autant de problème ?

Et pour commencer, j’aimerais vraiment ne plus jamais avoir à entendre « il y a plus important / urgent à combattre », en général prononcé par des personnes non concernées, dans notre cas, les hommes. (et non j’ai pas envie de sourcer, parce que je suis une vilaine chroniqueuse subjective et que c’est pas si dur à trouver que ça) La logique serait qu’effectivement, pourquoi se battre pour des histoires de e quand il y a encore tellement de cas de viols et de violences conjugales en France ? C’est vrai ça, bonne question. Le truc c’est que c’est absolument insupportable à entendre. Déjà parce que souvent, les personnes qui te disent ça sont les premières à ne rien faire… du tout. Un peu comme ceux qui te disent « mais gnagna pourquoi on s’occuperait des migrants avant nos bons SDFs français ? gnagnagnagna », mais qui ferment les secours populaires dans leur ville (exemple au pif ou presque). Mais surtout, parce que ce n’est pas un argument. Ce qui pose problème avec ça, c’est que ça hiérarchise les problèmes. Il serait donc plus important de faire en sorte qu’il n’y ait plus de viol du tout, plutôt que d’intégrer plus visiblement le genre féminin dans la grammaire. Et dit comme ça, ça peut sembler logique. Sur l’échelle de l’urgence, c’est vrai qu’empêcher des morts avant d’écrire correctement, ça paraît plus important. Et c’est vrai que dans un monde parfait, même moi, amoureuse éperdue des mots, traducteur, auteur et dévoreuse de bouquins, j’aurais envie d’être d’accord. Sauf qu’on nous a sorti la même pour le harcèlement de rue, pour le manspreading, pour le sexisme ordinaire, pour la charge mentale. Oh et quand on parle du nombre toujours hallucinant de viol en France, on vient nous dire que « non mais tu crois avoir des problèmes ? En France vous avez de la chance, ailleurs il y a l’excision [que je ne sais même pas écrire on dirait tellement je suis pas concernée…] / les mutilations / les mariages forcés, etc. » Alors dîtes moi, ça marche comment en fait cet argument ? Parce que peut-être qu’il existe dans le monde une échelle de l’horreur dont j’ignorerais l’existence. Peut-être qu’elle ressemblerait à un truc du genre : sexisme ordinaire < infantilisation < humiliation < réduction des possibles < violence < viol < excision < meurtre. J’ai bon ? Non parce qu’il faut m’expliquer, clairement il y a quelque chose que je ne comprends pas et ça m’emmerde profondément, parce que j’ai toujours eu horreur de ne pas comprendre.

Deux choses : d’abord, on ne peut pas hiérarchiser les problèmes, ensuite, et surtout, tout est lié. Je dis bien tout, absolument tout. À un point que vous comme moi sommes à peine capables d’imaginer. Se battre pour faire disparaître l’appellation « mademoiselle » ou l’ajout systématique d’un « e » dans les documents officiels, ça peut paraître dérisoire face au nombre de mortes sous les mains de leur conjoint, ou encore face à ces femmes dans certains pays qui doivent quitter leur village pour aller se planquer en forêt quand elles ont leurs règles parce que « impures ». Et peut-être que ça l’est, sans doute même. Mais peut-être aussi que parce que des femmes continuent à mourir sous les coups de leur conjoint, qui pourra éventuellement toujours faire des albums ou des films ou être élu à de hautes fonctions de l’état, il faut se battre pour imposer le genre féminin comme égal du genre masculin dans la grammaire. Parce que le problème de fond est exactement le même : l’invisibilisation du genre féminin et des violences qu’il subit au quotidien partout sur la planète. La langue ne fait jamais rien d’autre que rendre ce fait visible.

Quand j’essaie d’organiser logiquement cet article mais que tout est tellement lié que j’échoue lamentablement.

J’avoue être fatigué de voir des hommes venir à la tribune pour m’expliquer que le manspreading / harcèlement de rue / masculinisation systématique des termes honorifiques / l’écriture inclusive ne sont pas des bons combats, qu’ils n’en valent pas la peine, que ça ne sert à rien et que les femmes s’y prennent mal pour défendre les femmes. En gros, j’en ai marre du mansplanning… C’est vrai, en soit, le manspreading ne met pas ma vie en jeu. Pourtant, régulièrement je me vautre dans le bus parce qu’un mec ne juge pas nécessaire de ranger ses jambes et donc je dois escalader les sièges en plein rond-point. J’ai des bleus sur les hanches parce que pourquoi faire gaffe à son sac à dos (vraissemblablement plein de briques à mon avis) pour se retourner parler à ses potes toutes les trente secondes ? On s’en bat non ? Bah oui, il s’en battait. Et ça m’arrive régulièrement d’être écrasé contre une vitre, de devoir me contorsionner, m’écraser. Non, en soi ce n’est pas grave. Mais c’est chiant et ça bouffe de l’énergie. Non, les mecs en question ne cherchent pas à m’opprimer. Pour la simple et bonne raison qu’ils ne s’en rendent pas compte : je n’existe pas, alors qu’on leur a appris à prendre la place. Je perds de l’énergie dans les transports pour ça, et si en soi ce n’est pas gravissime (par comparaison à d’autres choses qui me sont arrivées parce qu’on suppose d’office que je possède un vagin), c’est d’autant plus rageant quand je réalise que ce genre de chose n’arrive JAMAIS aux hommes de mon entourage.

C’est donc une question de genre.
C’est un problème d’invisibilisation.

Et si moi aussi j’ai pu me dire qu’on avait autre chose à foutre que de se battre pour mademoiselle, et même si je ne fais pas partie des fervent·es défenseurices de l’écriture inclusive, maintenant, je comprends mieux pourquoi la langue est aussi un terrain sur lequel il faut se battre. Qu’on le veuille ou non, qu’on apprécie ça ou non, le français est une langue genrée. Et si elle a eu un genre neutre il fût un temps, l’évolution a fait que le neutre s’est fondu dans le masculin, pas pour des raisons idéologiques, mais juste parce que logique du plus simple (je vous renvoie à la vidéo de Linguisticae mise en début d’article). Si bien qu’aujourd’hui, il nous faut systématiquement choisir entre masculin et féminin. Je répète : il faut choisir entre féminin et masculin. BAM. Et nous avons donc choisi que le masculin serait le neutre, une sorte de genre par défaut. C’est ça, grammaticalement parlant, le masculin nous sert de genre par défaut.

Alors certes, il y a les évolutions de la langue expliquées plus tôt et qui se font plus ou moins sans nous, ou en tout cas sans notre intervention active. Cela fait d’ailleurs partie des reproches (pertinents) faits à l’écriture inclusive : les militants cherchent à forcer l’évolution de la langue, ce qui ne fonctionne jamais vraiment… D’autres explications de ce genrage de la langue ont été (justement) rappelées, par exemple par Kriss de Minute Papillon. Il rappelle par exemple que les termes généraux étaient féminins (la médecine, la loi), alors que les professions étaient mises au masculin (le médecin, l’avocat). J’avoue que je ne me souvenais aucunement de cette règle, mais ça c’est la mémoire sélective et ça ne me surprend pas plus (j’avais vu des règles similaires en allemand notamment). L’argument est intéressant et j’y ai réfléchi quelques temps avant de trouver pourquoi ça me chiffonait.

La langue est un symbole… Pour en revenir aux bases, elle associe une série de sons (grossièrement le mot « arbre » par exemple) à une image (grossièrement l’arbre que vous avez imaginé en lisant le mot arbre). C’est pour ça qu’on considère la langue comme un symbole : parce qu’elle représente quelque chose de réel (l’arbre dans le jardin / la rue / le parc / sur lequel votre chien fait pipi), à quelque chose d’irréel / immatériel (les sons et / ou les lettres formant le mort « arbre »). Cela permet par exemple d’envoyer des pétitions à la maire de Rennes pour lui dire qu’enlever les arbres du centre-ville est une mauvaise idée, sans avoir à lui envoyer les dits arbres par la poste (ça ferait beaucoup trop de timbres). Pratique non ?

Le truc, c’est que les symboles évoluent. Et donc, la langue avec.

Quand je galère terriblement à pondre cet article et à le rendre cohérent et logique et clair et bien organisé.

Effectivement, il fût sans aucun doute possible un temps où on pouvait totalement accepter que c’était « le médecin » parce que la profession, et « la médecine » parce que la notion générale. Alors la vraie question ne serait pas plutôt : pourquoi est-ce qu’on ne voit plus ça ? je me répète je sais, mais je ne me souvenais absolument pas de cette règle. Or, je pense que je l’ai vue, parce que ça me dit vaguement quelque chose, et que j’étais plutôt bon élève… Mais il n’y en a aucune trace dans mon cerveau. Et si je constate effectivement ce que dit Kriss dans le vocabulaire que j’emploie au quotidien, si on ne me l’avait pas dit, ça ne me paraîtrait pas évident du tout. Et je ne dois pas être la seule puisque l’une des batailles de l’écriture inclusive consiste en la féminisation de tous les titres, et donc de toutes les professions. On n’entend plus « le médecin » masculin parce que nom de profession, mais « le médecin » masculin parce que sauf preuve du contraire c’est un homme. Moi la première, alors même que mon médecin traitant, et ce depuis que je ne suis qu’un embryon, est une femme. Par défaut, quand on me dit « un médecin » j’imagine un homme, et ça me demande un petit effort de neurone pour visualiser une femme (effort que j’ai pris l’habitude de faire, mais ne nous voilons pas la face, il a quand même fallu apprendre).

Petite hypothèse personnelle : peut-être parce que justement, il faut choisir entre masculin et féminin. Ou pire, parce qu’on nous force à choisir à des endroits où la question ne devrait même pas se poser. Et comme une action appelle une réaction équivalente… Nous vivons dans une sociétés des extrêmes.  Les riches sont de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres. Les femmes, après des années et années et années de lutte ont obtenu le droit de vote de travailler d’avoir un compte d’être autonome, etc. Mais à l’inverse, les femmes de ma génération doivent faire avec un harcèlement de rue que nos grands-mères n’ont jamais connu, voire n’ont jamais imaginé. On pourrait continuer comme ça longtemps… le monde grossit et va de plus en plus vite, poussant chaque individu à se camper sur ses positions de plus en plus solidement. Si bien que quand d’un côté on pousse d’un cran (en limitant l’accès à la contraception par exemple), de l’autre on répond sur le même ton (en multipliant les initiatives et campagnes de don au planning familial par exemple). Et si on en arrive à proposer à la vente des globes terrestres roses spécialement pour les petites filles, il peut paraître logique de vouloir se battre pour qu’existe un féminin à médecin.

Alors question : pourquoi effectivement ne pas modifier la langue ? Si le symbole ne correspond plus à ce que l’on veut signifier tout simplement parce que le monde a évolué, il peut paraître logique, voire plutôt intelligent, de le modifier, afin que l’on puisse à nouveau dire ce que l’on souhaite vraiment dire non ? En quoi est-ce que ça pose problème finalement ? On admet volontiers d’un côté que le monde a changé (plus personne ou presque n’est choqué à l’idée qu’une femme soit médecin), et on admet tout aussi bien de l’autre que la langue évolue (cf tous les mots nouveaux qui apparaissent, mais aussi ceux qui disparaissent). Alors pourquoi est-ce un problème de vouloir que les deux évoluent de concert, quitte à donner un petit coup de pouce quand les rythmes ne sont pas synchronisés ?

Quand j’imagine les mecs de l’Académie Française en réunion.

Et là je suis un peu deg parce que je voulais partir de cette fabuleuse interview de Virginie Despentes, mais l’article est maintenant en accès payant (alors soit tu l’achètes, soit tu me fais confiance sur parole…)(mais vraiment ça vaut le coup, elle dit plein de choses passionnantes dedans, même si tu ne connais pas son travail). Je me rappelle qu’elle parlait justement de cette histoire de féminin du mot auteur. Elle expliquait notamment que finalement, écrire pour une femme restait subversif. Symbole encore une fois, elle expliquait qu’il n’y avait eu aucun soucis quand il s’était agi de féminiser « éboueur » ou « jardinier », par contre, féminiser « auteur » ? GRAND DIEU NON VOUS METTEZ LA LANGUE EN PÉRIL. Alors vraiment je m’interroge… L’idée de mettre toute une langue en péril juste parce qu’on veut rajouter des « e », symboliquement, c’est assez fort non ? Elle est donc si fragile que ça cette langue que lorsqu’on veut y rajouter un peu de féminin elle se recroqueville en PLS dans un coin de la pièce ? Diantre… ça valait bien le coup de survivre au langage SMS pour ça ! Notre genre masculin est-il si faible qu’à l’évocation d’un genre féminin un peu plus visible, il tremble ? Et au-delà de la grammaire, les hommes ont-ils si peur de voir les femmes exister, même uniquement de manière symbolique ?
Mais vous trouvez peut-être que Despentes y va un peu fort ? Cette année, sur sept prix littéraires, sept ont été remportés par des hommes (ha et bonus, sur le lien que je t’ai mis, le 8ème n’est pas encore décerné, mais il n’y a QUE des hommes en finale). À croire qu’aucune femme n’a écrit de roman cette année (spoiler alert : si si, et même des très bons). Alors on est d’accord, on ne va pas imposer la parité dans les remises de prix, ça ne rimerait à rien, mais vous trouvez pas ça un poil disproportionné ? Surtout après tout le tintamarre de l’année dernière parce que, oh mon dieu, le Goncourt ET le Renaudau avait été gagnés par des femmes ! Et bordel il va peut-être falloir arrêter avec la féminisation de la société ! C’est maaaaaaaal ! Les pauvres hommes sont castrés et invisibilisés ! Ouais. Ça crie au scandale quand deux femmes gagnent deux prix littéraire sur huit, par contre c’est normal que huit prix sur huit soient remportés par des hommes. Ces mêmes hommes qui viendront nous dire que l’écriture inclusive, la parité, ne sont pas des vrais combats et qu’on s’y prend mal. Parlez moi encore de chouineries, ça m’amuse.

Alors c’est vrai, l’écriture inclusive est pleine de défauts, dont certains très justement rappelés par l’Odieux Connard (même si beaucoup de choses me posent aussi problème dans son article) : lourdeur de la graphie (qui n’est déjà pas des plus légères)(mais bon, dans quelle langue la graphie est-elle vraiment légère ? c’est largement sujet à débat…), transcription en brail, accessibilité et lisibilité compromise, etc. Et effectivement, si je raffole de ces nouveaux pronoms (iel, celleux), qui sont pour moi des petites merveilles, véritables chefs d’oeuvre de néologisme, le point médian ne me paraît pas la solution la plus efficace… Mais question : pourquoi l’écriture inclusive n’est pas considérée comme n’importe quelle partie de la langue, à savoir sujette à une évolution future ? Effectivement, c’est une évolution qui a été consciemment lancée, mais pourquoi ne pas la considérer comme en test ? Pourquoi ne pas considérer que face à un symbole ne représentant plus la réalité contemporaine (ou de manière tronquée), certain·es ont souhaité réagir et proposer des solutions, solutions qui vont être testées et que le temps se chargera de confirmer… ou non ?

Pourquoi est-ce qu’on freine autant des quatre fers ? Encore plus si comme beaucoup d’hommes nous le disent, ça ne sert à rien ? C’est complètement con comme argument. Si ce n’est pas important, pourquoi ne pas l’accorder ? Je veux dire, dans un projet de groupe, ou dans un groupe d’ami·es, quand l’un des membres veut quelque chose parce que c’est important pour lui, que tu n’es certes pas hyper ok avec l’idée, mais que dans le fond, ça ne te fait ni chaud ni froid, en général, on l’accorde à la personne non ? Au mieux parce que comme ça la personne est satisfaite et se sent comprise, incluse, ce qui est cool. Au pire, on le fait de mauvaise grâce en se disant qu’au moins comme ça cette personne nous foutra la paix. Ça s’appelle un compromis. Si aujourd’hui, il y a militantisme pour rendre l’écriture plus inclusive, c’est bien parce que les femmes ne se sentent toujours pas incluses.

Oui, c’est un symbole.
Non, ce n’est pas inutile.

Tiens ça ferait peut-être un bon résumé de cet article.

Ce n’est pas inutile parce qu’on était sensé avoir une première ministre, et qu’à la place on se retrouve avec une secrétaire d’état aux droits des femmes dont le gouvernement tout entier se moque littéralement, voire même fait exactement le contraire de ce qu’elle dit comme des ados pourris (pléonasme). Je ne défends pas nécessairement le travail de Schiappa, il y a beaucoup de maladresses, voire de conneries. Mais encore une fois, action-réaction, quand toute façon par défaut on envoie chier tout ton travail, on t’écoute pas, bien obligé de gueuler des trucs, de merde, histoire de rappeler ton existence. Ça ne rend service à personne et ça n’excuse pas tout. mais ça aussi c’est un beau symbole finalement non ? Regarder comment on traite la femme chargée du droit des femmes dans notre gouvernement très majoritairement masculin me donne envie d’aller coller des e partout par pur principe alors que je m’accorde moi-même au masculin depuis bientôt un an et que je préférerais l’abolition des genres grammaticaux. Action, réaction… Comment est-ce que je peux espérer une once de respect quand même une fois secrétaire d’état, ou ministre, on continue de s’en battre l’œil de ce que tu racontes ? Symbole symbole encore une fois…

Donc ouai. Après avoir moi aussi pensé que virer mademoiselle du vocabulaire c’était une perte de temps, j’ai changé mon fusil d’épaule. Les symboles c’est extrêmement importants. Non, ça ne va pas changer les mentalités, d’ailleurs, personne ne prétend ça (ou alors iels ont tort et vivent au pays des bisounours). Mais ça participera à rendre visible ce qui est constamment balancé sous le tapis. L’écriture inclusive, sous une forme ou une autre, demande un effort car elle demande une modification de la langue que nous avons apprise et dans laquelle nous baignons. Adoptez l’écriture inclusive, sous une forme ou une autre, c’est peut-être finalement montrer qu’on est prêt à faire un effort pour inclure et rendre visible.

Et puis surtout : pourquoi faudrait-il faire un choix dans les luttes ? Si tout est lié, pourquoi faut-il choisir ? En théorie, nous sommes assez nombreuses et assez nombreux pour les mener de front, en fonction de nos compétences, de nos affinités, de nos besoins. Je suis par exemple bien plus qualifié pour parler de la mauvaise médiatisation des neuroatypies, ainsi que du sexisme par le biais de la langue, que pour parler de l’invisibilisation des personnes racisées, sujet sur lequel je dois plutôt fermer ma gueule et justement en apprendre plus. D’un côté, je peux être actif, apporter des informations, des explications, de l’autre, c’est sur moi que je dois travailler pour faire avancer les choses et être un allié digne de ce nom.

Si jamais vous avez encore un doute sur cette histoire de lien très fort entre langue, sexisme et violence, voici un bel exemple, bien dégoulinant de symbolisme. Voici sur quoi je me suis étouffé l’autre jour en donnant cours.
Peut-être as-tu entendu parler de la déferlante « me too ». Depuis deux mois, la parole des femmes a commencé à se libérer sur la question des agressions sexuelles subies, passant entre autres par une campagne virale à base de hashtag. La cynique que je suis a énormément de mal à le reconnaître, mais il semble que ça fasse (enfin) bouger des choses. Si bien que le Times a décidé de nommer comme personnalité de l’année 2017 « the Silence Breakers » (personnes qui brisent le silence). À la bibliothèque où je donne mes cours, on projette sur le mur les dépêches de l’AFP, AFP qui a donc relayé la nouvelle comme ceci : « Les briseurs de silence élus personnalité de l’année ». Et ça a été largement relayé comme tel. Oui, il y a un lien par mot, je retrouvais pas l’original de l’AFP. Mais il semble que personne ne se soit posé la question de la traduction. Le terme anglais est en effet non genré, mais le français DOIT choisir, on l’a déjà dit, et c’est souvent un (beau) défi pour les traducteurices. Les journalistes avaient donc le choix. Et ils ont choisi le masculin. Pour un mouvement de femmes visant à libérer la parole des femmes, notamment par rapport à la violence causée par des hommes. Un moyen symbolique de nous rappeler que le masculin l’emporte sur le féminin j’imagine ? Oh et pour couronner le tout… la traduction française efface donc la force dégagée par des milliers de femmes dans un moment de solidarité, alors que l’original effaçait déjà le fait que ce mouvement avait été lancé par une femme noire en 2006… En effet, Tarana Burle à l’époque constate que les services sociaux ne vont pas dans certains quartiers difficiles et cherche donc à recréer un mouvement de solidarité et d’empathie entre les femmes victimes de violences sexuelles Elle ne cherchait pas la viralité, mais bien quelque chose pouvant fonctionner sur le long terme. DONC, blanchisation, à laquelle on rajoute invisibilisation des femmes… dans leur propre combat (à chaque étape donc)… j’ai envie de dire. COMBO MOT COMPTE TRIPLE. Oui, tout est lié, définitivement.

Alors vraiment, je ne peux pas m’empêcher de me demander… les hommes sont-ils si fragiles que dès que les femmes disent quelque chose, il faut qu’ils se défendent ? se l’approprient ? nous effacent ? Qu’y a-t-il donc de si menaçant dans cette écriture inclusive ? Parce qu’au final, si l’écriture inclusive est, pour moi, clairement en phase de test quant à ce qui est de son application pratico-graphique, symboliquement, il est temps, il est même urgent, qu’on y vienne…

Sur ce, cet article est déjà affligeamment long (surtout sur internet où tout le monde préfère YouTube) et suffisamment bordélique… Mine de rien, j’ai dû couper un paquet de choses que j’avais en tête, alors peut-être une prochaine fois… En attendant on se retrouve sur les habituels  FB – Twitter pour celleux qui en ont envie, et je vous laisse en musique, avec cette nouvelle version de Fight like a girl d’Emilie Autumn… (plus à propos tu meurs)

2h29 – 4h56 Sounds of night

Switchblade Symphony – Gutter Glitter

Les os en tessons de verre
Depuis quand ?

La dissolution se fait lente et efficace. Le corps s’alourdit autant qu’il s’efface. Le corps supplie autant qu’il oublie. Et toi au milieu tu comptes les tessons de verre. La conscience en charpie. Les larmes dans la gorge. Le temps vrille à la périphérie.Tu vois les images, ou plutôt tu les devines. Tu les sens sur ta peau. À leur contact tes muscles se raidissent et la nausée monte.

It’s Monster Time
Darling
Hide your kids hide your wives
The monsters are coming for you sweatheart

Les sons rebondissent et s’abîment. Toi au milieu tu ne peux plus bouger. Le corps se traîne d’un poids incalculable, et toi toujours à la traîne, tu ne parviens pas à rassembler les images. Au loin les incendies ravagent ce qui peut l’être. Au loin la mémoire gronde, la menace se précise. La peau retrouve les sensations. Les tessons de verre se multiplient. Il y a quelque chose à la périphérie de la conscience. Tu sais qu’il faudra en passer par là, qu’il faudra affronter les monstres et se frayer un chemin au milieu des rangées de dents qui n’attendent que toi.

Du wartest für ein Horizont, der nicht kommt.

La peau se souvient. Les langues de feu bien coincées dans ta gueule, lovées tout au fond de ta gorge. À attendre que tu étouffes, à attendre que tu ne puisses plus jamais prononcer le moindre mot. Les tiens vont mourir tu sais. les langues de feu brûleront tout et tes mots mourront. En cendres éparpillées dans l’estomac. En pourriture glissant dans les veines. Les langues de feu brûleront tout et tes mots mourront. Et toi avec.

It’s Monster Time
And you’re one of them
It’s Monster Time
Burn down the bridge
Rip your skin off
Der Horizont wachtet nicht
Der Horizont will dir nicht
Die Nacht kann nicht mehr enden

De loin en loin les échos. De près en près la douleur. Le noir et la solitude. Le froid et la solitude se confondent. Les muscles s’atrophient. L’appel du sang toujours plus fort. Peut-on éteindre l’incendie avec du sang ? Combien faudra-t-il que tu en verses pour espérer calmer la brûlure ? Les échos se mélangent se perdent et tes mots avec. Déjà tu ne vois plus les lignes dans ta tête. Les phrases se superposent se confondent et tout disparaît. The London Bridge did fall. Alors les langues de feu progressent, atrophiant ta syntaxe et ta mémoire, réduisant tes pronoms à néant. Les langues de feu bientôt jusque dans la conscient t’auront détruit de l’intérieur. Leur langue de feu. Dans ta tête.

Et la terre s’éloigne. Et le coeur n’y est plus.
Et le bruit grandit. Sans source naturelle.
Et le corps se dissout. Pas de limite garantie.
London Bridge is falling down
Falling down
Falling down

Take the key and walk along
walk along
Et les langues de feu brûlent. Et ta langue fond
À vue d’oeil
Bientôt plus rien

Dis moi pourquoi année après année elle pleure dans les murs sans que jamais tu ne trouves la réponse à ses larmes ? Dis moi quels mots te manquent-ils pour l’arrêter ? Dis moi quand ils t’auront tout brûlé, qu’est-ce que tu lui diras ? Quand ils t’auront brûlé toute entière, ils écriront quoi sur ta pierre ? Dans leur langue de feu qui mangera alors et la pierre et tes restes, pour que jamais ô grand jamais tu ne puisses plus dormir.

Alors au coeur de la nuit, la solitude te crible d’éclats de verre, et tu attends. Attends que le jour se lève, que le pont s’effondre pour de bon, que l’incendie meurt tout seul, que la douleur s’arrête de ne plus rien avoir à amoindrir. Que les monstres peut-être choisissent un autre disciple. Et s’il était déjà trop tard ? London Bridge is falling down. Si déjà leurs langues de feu t’avaient brûlé toute entière, te laissant coquille vide en proie aux échos de passage ? Si déjà leurs langues de feu avaient détruit tous les ponts et que plus jamais elle ne puisse arrêter de pleurer dans les murs ? Si déjà leurs langues de feu avaient réduit le jour à néant ?

Si seulement tu avais des mots suffisamment forts pour dire tout ça. Si seulement tu avais une grammaire suffisamment solide pour porter ton corps à ta place. Si seulement une syntaxe parfaite pouvait donner sens à ta conscience. Si seulement le jour pouvait manger la nuit.

Mais ton corps brûlé au milieu de la nuit cherche des mots en cendres pour cacher le goût du sang qui lui brûle la langue. La nuit s’éternise, les échos gonflent, les ponts s’écroulent au loin, elle pleure dans les murs, et à petits feux, tu meurs de solitude de n’avoir pas su dire. Tu sais que la mémoire va s’ouvrir, bientôt. Qu’elle videra des images d’un temps où les mots n’existaient pas. Et alors à ce moment, à ce moment uniquement, tu sauras ce que leurs langues de feu t’ont vraiment fait.

Take the key and walk along
Walk along

walk along…

Face A – Face B

Myrkur – Ulvinde

This is where the weak one goes

Éclats de voix
fragments de conscience
et les mots qui se délitent.
Au pays du signifiant sans signifié
les sons éclatent à même la peau.

Et les insomniaques désespérés
de se rassembler autour des pendules désaccordées.

Qui est je ?
C’est pas moi
Ni moi
Je n’était pas là le jour de cette décision
Ni moi
Je est une légende urbaine
Je est une histoire qu’elle se raconte
Je est une histoire qu’elle leur raconte
Je est un soucis de cohérence
Par soucis d’honnêteté
Je n’est qu’un mirage
une illusion
Nous n’y sommes pour rien
Mais sans je les voix éclatent en fracas
Sans je la grammaire se délite
Sans je la phrase n’a plus de sujet
Sans je nous n’est plus
Mais je n’est qu’un prétexte
Pourquoi préférer je à nous ?

Qui est tu ?
C’est pas moi
Ni moi
Tu n’est qu’une déformation
Une diversion
Une distorsion
Tu est parasite
Tu est un contournement
quand je ne peut plus fonctionner
Et nous là-dedans ?
Tu pour ramasser les voix
Tu pour recommencer redémarrer
Tu pour réessayer
Tu ne peut pas durer
Tu n’est pas moi
Tu n’est pas nous
Tu ne peut pas repousser l’inévitable

Et les insomniaques désincarnés
de se résoudre aux pendules désemparées.

Au pays du signifiant sans signifié
les voix paniquent
quand la fissure encore grandit.
La terre tremble
à défaut de syntagme solide. 

Qui est elle ?
C’est pas moi
Ni moi
Parce qu’elle est morte
enfermée dans le mur
à pleurer pour l’éternité
pour un crime que nous n’avons pas commis
Mais qui ?
Pourquoi ?
Alors sans savoir
elle pour toujours dans le mure
Punition
Protection
Prétexte
Nous s’est amputé d’un e pour survivre
Le sacrifice d’un
pour sauver le groupe
Tu veux dire une ?
Quelle différence ?
Pas moi
Alors elle dans le mur pour un crime
qui ne veut pas se nommer
ni s’oublier
Dans le mur
elle pleure
les mains pleines de sang.
Mais nous n’y sommes pour rien.
Non ?
non.
NON
Non assistance à personne en danger.

Et les insomniaques délaissés
de s’avilir aux pendules désolidarisées.

Au pays du signifiant sans signifié
les voix se refusent
à nouer les noeuds qui doivent l’être.

Qui est il ?
Pas moi
Ni moi
Peut-être
Une mauvaise solution
Une mauvaise réponse
Il n’y a pas de mauvaise réponse
Seulement des question stupides
Il ne peut pas fonctionner
Nous savons
Effet placebo
à peine cathartique
Nous savons
Alors pourquoi ?
Grammaire insuffisante
choix obligatoire.

Pile ou face
Face A
Face B

Je est une légende
Tu un contretemps
Elle morte ou presque
Il insuffisant

Dis moi à quel moment la sémantique l’emporte sur le lexique.

Face A
j’essaie encore
ramasse les voix autour de moi
la morte pleurant dans le mur
lave le sang sur nos mains
change de nom
et repars pour un tour de manège

Face B
j’abandonne encore
m’adonne aux hurlements alentours
fracasse ma tête sur le mur
badigeonne de sang mes restes de conscience
oublie mon nom
et me jette sous le manège

Mais si je est illusion
construction d’usage,
alors dis-moi
c’est si grave que ça de tuer je ?
Dis moi
Face A fera-t-elle plus mal que Face B ?
Quelle chance de survie pour Face A ?
Quelle chance de réussite pour Face B

Der Horizont wartet nicht.

Des faces A
pas moi
Des faces B
pas nous

Et les insomniaques épuisés
d’effacer les pendules esseulées.

Face A

Face B

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


À force de bricoler un peu tous les jours, on finit par arriver à quelque chose avec un peu plus de densité (on va dire ça comme ça). Pas mal de choses en cours. Beaucoup de doutes et d’angoisses (histoire de changer de d’habitude)(ou pas). Je sors d’une passade où j’arrivais plus à écrire, et où le peu qui me sortait des doigts ne trouvait absolument aucune grâce à mes yeux. (mais genre même pas sous le taf « shit writing » quoi, c’est vous dire !) Bref, une belle sensation d’avoir perdu le feu sacré, et qu’est-ce que je fais de ma vie, pourquoi je m’acharne, en plus tout le monde s’en fout, t’écris des trucs trop bizarres on y comprend rien, puis c’est chiant, puis pourquoi des mots compliqués tout le temps tu nous emmerdes, bla bla bla tout ça tout ça. Le fait est que j’aime bien les mots compliqués. J’aime ce qu’ils racontent même quand on ne les comprends pas vraiment. Ils portent une poésie qu’on ne leur reconnaît que trop rarement parce que la plupart du temps on s’en sert pour se la péter (dit l’humain qui passe trop de temps dans les livres). J’aime bien les faire descendre de leur pied d’estale, voir ce qu’ils ont à nous dire si on veut bien leur en donner l’occasion. Qu’on sache ce qu’ils veulent dire ou pas, qu’on le devine ou qu’on se l’imagine, j’aime bien leur effet dans la bouche et sous les doigts… Quant aux trucs bizarres… pourquoi se fatiguer à écrire si c’est pour vous dire des choses que vous voyez tous les jours ? C’est quand même plus drôle de lui tordre un peu le coup à la réalité, voir ce qui se passe derrière les mots, justement quand on les fout un peu à poil dans la neige (genre en pondant des métaphores pareilles… I guess I made my point)(oui alors en plus c’est pareil faut que t’arrêtes le mélange des langues tout le monde parle anglais allemand en plus t’es nul en allemand tu fais plein de fautes)(ta gueule; merde)(utilisation #613516514 du plurilinguisme : exprimer le bordel dans mon cerveau. Y aura pas trop de trois langues pour en faire des phrases…). BREF. Phase de questionnement de doute de larmoiement d’auto-détestation. L’été quoi. (je vous ai déjà dit que je détestais l’été ?) Et puis d’un coup, à force de ruminer des tessons de mots sous la langue, d’essayer quand même, on finit par pondre un texte par jour, pas forcément les meilleurs, qui valent en tout cas leur existence sur la toile. Bienvenue dans mon laboratoire grammatique… (oui je sais on dit grammatical, mais vous trouvez pas que grammatique ça sonne moult mieux ? en plus ça fait hurler le correcteur orthographe DOUBLE FUN) J’espère qu’on est reparti… à voir. Si vous voulez des nouvelles entre mes périodes de silence :  Facebook (sur lequel j’ai enfin changé de nom ! youhou ! j’ai mon vrai nom (de plume) <3)et twitter . Un Wall of Death à vous.

PS : en vrai, on a le droit d’être à la fois une Face A et une Face B. Mais ça sera sans doute un prochain texte…