Posts Tagged: demain ne sera pas

Isn’t it enough ? [version bilingue]

[TW : viol / rape]

The world is burning
and I’m burning with it

Today
my friend got raped
and asked me for ice cream
mango ice cream
She told me to check the label
gluten free
milk free
You know, allergies

Today
my friend got raped
and when the tears finally stopped
she asked for ice cream
because it was too late
there was nothing else to do

Today
My friend got raped
and she wants 3 000 showers
She can’t remember the night
but flashes of two showers at his place
« only 2 998 showers left to go »
I put my schoes on
and searched for mango ice cream
one week before November
there was nothing else to do

The world is burning
and I’m burning with it

Another one bites the dust
I walked and walked
looking for ice cream
mango ice cream
without milk
without gluten
and all I could think was this line

Another one bites the dust
They told me feminists are waging war on men
They tell this when all of this is going on
when my friends are falling
one by one
under the hands of blind men
They tell this when they started it all
and one by one
my friends are falling
another one bites the dust
and for fuck’s sake
why is it so hard to find mango ice cream in November
when it’s all you can do ?

Another one bites the dust
I can’t cry
I have to stand
I have to listen
I see her pain
her tears
her anger
and the 2 997 showers left
and I have to walk
and tell stories
and teach English
and buy mango ice cream
with no gluten
with no milk
in November

Today
my friend got raped
another one bites the dust
and they tell me
I’m the one waging war
when all my friends
are falling one by one
and it’s hell to buy mango ice cream
just because it’s almost November…

The world is burning
and I’m burning with it

Le monde brûle
et moi avec

Aujourd’hui
on a violé mon amie
et elle m’a demandé de la glace
de la glace à la mangue
Elle m’a dit de vérifier les étiquettes
pas de gluten
pas de lait
Problème d’allergies

Aujourd’hui
on a violé mon amie
et quand les larmes se sont enfin arrêtées
elle a demandé de la glace
parce qu’il était trop tard
et qu’il n’y avait plus rien à faire

Aujourd’hui
on a violé mon amie
et elle veut 3 000 douches
Elle ne se souvient pas de la nuit
des flashes seulement, deux douches chez lui
« plus que 2 998 douches à prendre »
J’ai mis mes chaussures
et suis partie chercher de la glace à la mangue
une semaine avant novembre
parce qu’il n’y avait rien d’autre à faire

Le monde brûle
et moi avec

Another one bites the dust
J’ai marché et marché
à la recherche de glace
de la glace à la mangue
sans lait
sans gluten
avec juste ce vers coincé dans la tête

Another one bites the dust
Ils disent que les féministes sont en guerre contre les hommes
Ils disent ça alors que ce genre de chose arrive tous les jours
que mes amies tombent
les unes après les autres
sous les mains d’hommes inconscients
Ils disent ça quand ils ont tiré les premiers
et une par une
mes amies tombent
une autre mord la poussière
et bordel de merde
pourquoi c’est si dur de trouver de la glace à la mangue en novembre
quand c’est tout ce que tu peux faire ?

Another one bites the dust
Je ne peux pas pleurer
je dois tenir
écouter
j’entends sa douleur
ses larmes
sa colère
et les 2 997 douches qu’il reste à prendre
et je dois marcher
et raconter des histoires
et donner cours
et acheter de la glace à la mangue
sans gluten
sans lait
en novembre

Aujourd’hui
on a violé mon amie
une autre mord la poussière
et ils me disent que
c’est moi qui lance la guerre
quand toutes mes amies
tombent les unes après les autres
et que c’est l’enfer de trouver de la glace à la mangue
juste parce qu’on est presque en novembre…

Le monde brûle
et moi avec.

00h08 Et si ? – Paranoid Thought Process

Kati Ran – Suurin

Un choc contre le mur. Sans doute un écho, une porte claquée un peu trop vivement dans le couloir. Des bruits de pas. Des voix. Des échos, toujours plus d’échos, qui rebondissent sur les murs. Tu les sais ramper le long de la paroi. Mais c’est loin. C’est dans le couloir. Loin. Enfin loin, qu’on s’entende bien, l’appartement est petit, d’ailleurs, c’est à peine si ça s’appelle un appartement. C’est un placard en forme d’appartement. Les placards ont ça de pratique qu’on peut s’y réfugier, se cacher du monde. C’est comme ça que tu es arrivé là. Pour te cacher. Le problème des placards, c’est qu’ils sont petits. Alors le couloir n’est jamais vraiment très loin. Et ça tu vois, ce n’est pas très rassurant. Parce que déjà, les échos se rapprochent, et les draps bougent.

Et si

il était de retour, prêt à t’arracher la jambe ou une côte ? Ça ne demanderait pas beaucoup d’efforts. Tu peux déjà sentir la main qui saisit ta cheville, la torsion, la tension, la scission. Aucun effort, vraiment. T’es mal foutu mal fini toute façon. D’une simple friction tu te déchires en lambeaux ensanglantés. Les échos se répandent et déjà voilà qu’ils sont passés de sous la peinture à sous ta peau. C’est vicieux un écho, ça ne se montre jamais au grand jour. Ça reste bien à l’abri. Ça vibre sous la peinture et si tu te colles trop au mur ça te déchire la peau pour se mettre au chaud. Et si tu ne colles pas le mur, c’est lui qui te trouvera. Qu’est-ce qu’on arrache aujourd’hui dis moi ? Les draps ont bougé, il est temps.

Et si

ça pouvait être encore pire ? Je trouve que pour le moment ça va. Une jambe potentiellement sacrifiée et de la peau déchirée, ça va. Enfin sauf si tu commences à mettre du sang partout. Ça a toujours le don d’énerver tout le monde. Tu comprends, ça tâche, ça sèche et ça s’incruste. Qu’est-ce que tu veux qu’on fasse de ça après ? Tu sais, si on t’a collé dans un placard c’était pour te voir disparaître. Et les gens qu’on veut voir disparaître, on n’a pas envie qu’ils laissent du sang partout sur les murs comme ça. C’est pas hygiénique. Alors si tu pouvais avoir l’obligeance de bien vouloir te faire encore plus petit que ça. Aller. De toute façon, tu penses pouvoir t’en sortir comment ? Aller, encore plus petit que ça, sinon c’est pas ta jambe qu’il prendra la prochaine fois. Encore plus petit, ou les échos vont rentrer encore plus profond. La peau les os le sang, la routine habituelle. Je devrais même pas avoir à t’expliquer ça.

Et si

les plantes carnivores se remettaient à pousser ? Les draps c’était peut-être elles en fait. Ou lui. Ou les deux. Va savoir. Tu les sens non ? Les tiges qui s’allongent, qui poussent et tirent. Tu sens le grondement léger de la végétation qui s’étire. La faim qui se répand entre les murs. C’est petit un placard. Il va vraiment falloir se faire beaucoup plus petit que ça. La jambe arrachée la peau déchiré et la bouche dévorée. Les plantes ont toujours faim. Il leur faut un temps infini pour digérer. Ça tombe bien, tu as tout le temps du monde. Alors qu’elles t’avalent morceau par morceau, qu’elles mettent un temps à finir à te réduire en miettes, ça ne devrait te poser aucun problème. Elles en ont tellement envie, tu comprends, elles ont tellement faim, et toi, il faut bien que tu serves à quelque chose. De toute façon, c’est pas comme si ça intéressait qui que ce soit non ? Sinon tu serais pas seul comme ça, à essayer de te faire le plus petit possible dans le fond d’un placard pour échapper à tout un paquet de prédateurs qui n’attendaient qu’une chose : que tu fermes les yeux. Non, ça n’a pas de sens. Si ça avait du sens, tu ne serais pas seul comme ça.

Et si

ils avaient menti ? C’est facile de dire qu’ils seront là. C’est facile de dire qu’ils t’écoutent. Tout ça c’est facile. Tout ça c’est que des mot. Et c’est même pas les bons. Alors, comment ça tâche la solitude ? Tu fais la différence entre les tâches de sang sur les murs et les tâches de solitude dans le sang sur les murs ? Tu crois qu’il y en a une ? Parce que s’il y avait vraiment une différence entre la solitude et ton sang, ça devrait pas faire mal comme ça que le sang circule dans tes veines. Tu crois pas ? C’est fait pour ça normalement, donc ça devrait pas faire mal comme ça. Soit tes veines sont mal foutues, soit ton sang est mal foutu. Choisis ton camp. Alors à ce stade, peut-être que c’est de la solitude qui te coule dans les veines. Pure, acide, liquide. Ou bien ils mentent tous, tous autant qu’ils sont. L’éternelle histoire, tu connais la chanson normalement. Ils mentent, et comme ça tu fais tout ce qu’ils veulent, et après, ils se barrent. Tu n’es qu’une transaction.

Et si

tu n’existais purement et simplement pas ? Parce que s’ils ne mentent pas, parce qu’ils ne peuvent pas tous mentir à la fois pas vrai, s’ils ne mentaient pas, alors tu ne serais pas seul comme ça à une heure pareille à te faire lentement dévorer parce que tout ce que ton lit veut bien vomir. Simple équation. D’ailleurs, tout ça n’a pas vraiment de sens non plus, si on veut bien prendre la peine d’y réfléchir deux minutes. Et comme tu n’as rien d’autres à faire que de m’écouter ou te laisser bouffé on va dire que tu as deux minutes. Tout ça n’a aucune logique. Tu ne peux pas regarder ta propre tête rouler sur le sol de la cuisine indéfiniment. Tu dois bien pouvoir comprendre ça non ? Alors forcément, si ce qui t’arrive n’est pas possible, si ceux qui devraient être là ne le sont pas, forcément, ça doit vouloir dire que tu n’existe pas. Tu n’es qu’une illusion, un putain de mensonge, une histoire qu’on se raconte la nuit pour s’endormir et se sentir moins seul. C’est logique alors que le monde dégénère à la nuit tombée, parce que quand tout le monde dort, tu n’as plus lieu d’être, tu n’as plus aucun sens. Disparais.

Et si

on t’ouvre le ventre ça fait mal ? Est-ce qu’un mensonge recouvert de peau comme toi ça peut avoir mal ? Est-ce que ça se vide de ses entrailles si on lui ouvre le corps en deux ? Est-ce que tu cries quand on t’arrache des morceaux ? Est-ce que tu pleures ? Est-ce que tu perds vraiment tant de sang que ça ?

Non ?

Tu vois, t’existes pas en vrai.

Menteuse.

The so called cold [version bilingue]

Evanescence – Missing

Can you hear the lost souls ?

We’re all grieving
And crying
For things we cannot name

We’re all alone
We’re all alone in this together
So when we cry
We can’t hear others crying

A million tears
A million nights
Won’t erase the blood on our hands
A million tears
A million nights
We’re still fighting the silence of our home
Still struggling with the violence of our heart
A million tears
A million nights
Are still not enough

My eyes stay open at night
‘Cause i can hear the lost souls
Night after night
My eyes face the dark

No one hears me cry
No one can hear the cries at night
No one is heard at night

We’re all alone
Grieving
Trying
Alone
In the deadly cold night

There is à cold so cold
You think it’s hot
So hot you get naked
Until the cold bites you to death

We’re all alone
Crying in our deadly cold night
No one can hear you
No one is strong enough
We’re all alone together
Together in our deadly cold night

A million tears
A million nights
Maybe we’ll learn how to live
A million tears
A million night
Until we reach other souls
A million tears
A million nights
Until we seize the hand we can’t see
A million tears
A million nights
Being lost and alone
A million tears
A million nights
Before the sun comes up
And the deadly cold night comes to an end
And we survived
Together.

Can you hear the lost souls ?


Entends-tu les âmes perdues ?

Nous souffrons 
Et pleurons tous
Des choses qui ne peuvent être nommées

Nous sommes tous seuls
Tous seuls ici ensemble
Alors quand nous pleurons
Nous ne pouvons entendre les autres pleurer

Un million de larmes
Un million de nuits
N’effaceront pas le sang sur nos mains
Un million de larmes
Un million de nuits
Toujours nous affrontons le silence de nos maisons
Toujours nous luttons avec la violence de nos coeurs
Un million de larmes
Un million de nuits
Ne suffiront pas

Mes yeux restent ouverts la nuit
Car j’entends les âmes perduse
Nuit après nuit
Mes yeux fixent les ténèbres

Personne ne m’entend pleurer
Personne n’entend personne pleurer la nuit
Personne n’est entendue la nuit

Nous sommes tous seul
À souffrir
À essaye
Seul
Dans la nuit mortellement froide

Il existe un froid si froid
Que tu penses qu’il fait chaud
Si chaud que tu te déshabilles
Alors le froid te ronge jusqu’à la mort

Nous sommes tout seul
À pleurer nos nuits mortellement froides
Personne ne peut nous entendre
Personne n’est assez fort
Nous sommes tous seul ensemble
Ensemble dans nos nuits mortellement froides

Un million de larmes
Un million de nuits
Peut-être apprendrons-nous à vivre
Un million de larmes
Un million de nuits
Jusqu’à trouver d’autres âmes
Un million de larmes
Un million de nuits
Jusqu’à saisir la main que nous ne pouvons voir
Un million de larmes
Un million de nuits
À être seul et perdu
Un million de larmes
Un million de nuits
Avant que le soleil ne vienne
Et que la nuit mortellement froid ne touche à sa fin
Et que nous ayons survécu
Ensemble.

Entends-tu les âmes perdues ?

2h29 – 4h56 Sounds of night

Switchblade Symphony – Gutter Glitter

Les os en tessons de verre
Depuis quand ?

La dissolution se fait lente et efficace. Le corps s’alourdit autant qu’il s’efface. Le corps supplie autant qu’il oublie. Et toi au milieu tu comptes les tessons de verre. La conscience en charpie. Les larmes dans la gorge. Le temps vrille à la périphérie.Tu vois les images, ou plutôt tu les devines. Tu les sens sur ta peau. À leur contact tes muscles se raidissent et la nausée monte.

It’s Monster Time
Darling
Hide your kids hide your wives
The monsters are coming for you sweatheart

Les sons rebondissent et s’abîment. Toi au milieu tu ne peux plus bouger. Le corps se traîne d’un poids incalculable, et toi toujours à la traîne, tu ne parviens pas à rassembler les images. Au loin les incendies ravagent ce qui peut l’être. Au loin la mémoire gronde, la menace se précise. La peau retrouve les sensations. Les tessons de verre se multiplient. Il y a quelque chose à la périphérie de la conscience. Tu sais qu’il faudra en passer par là, qu’il faudra affronter les monstres et se frayer un chemin au milieu des rangées de dents qui n’attendent que toi.

Du wartest für ein Horizont, der nicht kommt.

La peau se souvient. Les langues de feu bien coincées dans ta gueule, lovées tout au fond de ta gorge. À attendre que tu étouffes, à attendre que tu ne puisses plus jamais prononcer le moindre mot. Les tiens vont mourir tu sais. les langues de feu brûleront tout et tes mots mourront. En cendres éparpillées dans l’estomac. En pourriture glissant dans les veines. Les langues de feu brûleront tout et tes mots mourront. Et toi avec.

It’s Monster Time
And you’re one of them
It’s Monster Time
Burn down the bridge
Rip your skin off
Der Horizont wachtet nicht
Der Horizont will dir nicht
Die Nacht kann nicht mehr enden

De loin en loin les échos. De près en près la douleur. Le noir et la solitude. Le froid et la solitude se confondent. Les muscles s’atrophient. L’appel du sang toujours plus fort. Peut-on éteindre l’incendie avec du sang ? Combien faudra-t-il que tu en verses pour espérer calmer la brûlure ? Les échos se mélangent se perdent et tes mots avec. Déjà tu ne vois plus les lignes dans ta tête. Les phrases se superposent se confondent et tout disparaît. The London Bridge did fall. Alors les langues de feu progressent, atrophiant ta syntaxe et ta mémoire, réduisant tes pronoms à néant. Les langues de feu bientôt jusque dans la conscient t’auront détruit de l’intérieur. Leur langue de feu. Dans ta tête.

Et la terre s’éloigne. Et le coeur n’y est plus.
Et le bruit grandit. Sans source naturelle.
Et le corps se dissout. Pas de limite garantie.
London Bridge is falling down
Falling down
Falling down

Take the key and walk along
walk along
Et les langues de feu brûlent. Et ta langue fond
À vue d’oeil
Bientôt plus rien

Dis moi pourquoi année après année elle pleure dans les murs sans que jamais tu ne trouves la réponse à ses larmes ? Dis moi quels mots te manquent-ils pour l’arrêter ? Dis moi quand ils t’auront tout brûlé, qu’est-ce que tu lui diras ? Quand ils t’auront brûlé toute entière, ils écriront quoi sur ta pierre ? Dans leur langue de feu qui mangera alors et la pierre et tes restes, pour que jamais ô grand jamais tu ne puisses plus dormir.

Alors au coeur de la nuit, la solitude te crible d’éclats de verre, et tu attends. Attends que le jour se lève, que le pont s’effondre pour de bon, que l’incendie meurt tout seul, que la douleur s’arrête de ne plus rien avoir à amoindrir. Que les monstres peut-être choisissent un autre disciple. Et s’il était déjà trop tard ? London Bridge is falling down. Si déjà leurs langues de feu t’avaient brûlé toute entière, te laissant coquille vide en proie aux échos de passage ? Si déjà leurs langues de feu avaient détruit tous les ponts et que plus jamais elle ne puisse arrêter de pleurer dans les murs ? Si déjà leurs langues de feu avaient réduit le jour à néant ?

Si seulement tu avais des mots suffisamment forts pour dire tout ça. Si seulement tu avais une grammaire suffisamment solide pour porter ton corps à ta place. Si seulement une syntaxe parfaite pouvait donner sens à ta conscience. Si seulement le jour pouvait manger la nuit.

Mais ton corps brûlé au milieu de la nuit cherche des mots en cendres pour cacher le goût du sang qui lui brûle la langue. La nuit s’éternise, les échos gonflent, les ponts s’écroulent au loin, elle pleure dans les murs, et à petits feux, tu meurs de solitude de n’avoir pas su dire. Tu sais que la mémoire va s’ouvrir, bientôt. Qu’elle videra des images d’un temps où les mots n’existaient pas. Et alors à ce moment, à ce moment uniquement, tu sauras ce que leurs langues de feu t’ont vraiment fait.

Take the key and walk along
Walk along

walk along…

4h26 At last we meet again

Il faudrait te raconter, encore et encore. Et moi je joue les équilibristes.
Voir le vide dévaler ta conscience.
Voir le vide avaler la mienne.
Quand il n’y a rien à dire mais qu’il faut le dire quand même, combien de soupirs pour paraître sincères ?

La nuit j’entends les plantes carnivores grandir
Dis moi pourquoi les gens ont peur du noir quand les monstres sont cachés dans le silence ?

Le poids est insoutenable et me dévisse l’épaule
Mes bras sont perdus, mes jambes ne réagissent pas, mes paupières n’obéissent plus.
Le poids de plus en plus. Les minutes défilent mais moi pas.
Le temps s’amenuise et moi avec.
Les minutes s’égrainent et moi avec.
Je me dilue à chaque seconde, toujours le sourire aux lèvres.
Souris putain saloperie.

Encore l’équilibre à trouver.
Entre les mots et les silences
Entre le déni et la conscience
Entre l’un et l’autre
Et encore il faudrait te raconter
Ce n’est plus l’histoire qui t’importe
Simplement que je sois là pour raconter.
Je n’écoute plus les mots qui sortent de ma bouche depuis longtemps.
Ce ne sont plus les miens quand je raconte à la commande.

La nuit j’entends les plantes carnivores grandir.
Souris saloperie souris

Et pourtant je raconte encore.
Parce qu’il te faut une histoire
Il te faut quelqu’un pour te raconter
Surtout
C’est ça l’importance
Quelqu’un pour prononcer les mots
Quelqu’un pour te les dire

Et pourtant je raconte encore.
Mon existence en corrélation au nombre de mots proférés
Ma grammaire un peu plus abîmée à chaque bosse
J’ai laissé tomber les cutters pour m’amocher directement la syntaxe.
Pas de corps symbolique qu’ils ont dit
Ils se sont trompés
Il n’y a plus de corps qui soit mien depuis longtemps.
Les mots c’est une question de vie ou de mort.
Dernier recours
Dernier fil auquel se tenir

La nuit j’entends grandir les plantes carnivores
Dis moi pourquoi les gens ont peur du noir ?

Je raconte encore
Nos histoires se croisent
se heurtent
se combinent
se meurtrissent
se fissurent
et se mélangent.
Trop de reflets qui n’ont plus de point de départ
D’échos déformés par l’espace temps.

Je raconte encore
Mais je ne sais plus pour qui.
Qui de toi ou de moi en a le plus besoin ?

Je raconte encore
parce que je ne sais rien faire d’autre

Je raconte encore
j’entretiens ma propre illusion
ma propre machination

Je raconte encore
et mêle ton fil au mien

Je raconte encore
quand c’est tout ce qui reste
même sans affinité

Je raconte encore
pour te sortir de ma carcasse
toi et tous les autres
parce qu’il n’y a plus ni corps ni mots qui m’appartiennent
je raconte encore

Je raconte encore et toujours
jusqu’à l’épuisement
jusqu’au point final

Je raconte encore
parce qu’un jour c’est tout ce qu’il restera
parce que peut-être déjà c’est tout ce qu’il reste

Le seul problème
c’est que même si tu n’écoutes que d’une oreille pour vérifier que quelqu’un raconte
je ne sais plus quoi te raconter.
Et je ne trouve plus d’histoire à laquelle me raccrocher.
Plus aucune de mes comptines
n’a le moindre effet sur ma conscience vrillée.

La nuit les plantes carnivores grandissent.
Qu’on les entende ou pas. 
Mais souris saloperie, souris. 

We Are Not Dying – Le futur est un présent continu

Wardruna – NaudiR

Les mots en tesson de verre
bien calés dans le fond de la gorge
j’ai mal à la parole.

La première personne du singulier
crisse sous les dents
la deuxième hurle
quand la troisième s’embrouille
Alors au pluriel la première abandonne
devant la deuxième absentéiste
et une troisième fracturée.

Tu sais quand ils parlent les langues de feu
quand tu rampes dans les silences
quand tu dissous inutiles
virgule après virgule
Quand ils parlent les langues de feu
tu recules toujours un peu plus.

J’ai mal à la parole
aux mots fracassés
aux tessons qui s’accumulent
et éventrent toujours un peu plus
le continuum dialectal

Tu sais quand ils parlent les langues de feu
que tu peux crever en silence.
Ta bouche aura fondu bien avant le premier complément.

Première personne du singulier
aux abonnés absents
Deuxième
pour les hurlements du miroir
Troisième
pour les cauchemars et la solitude

Do you know die Feuersprachen ?

Et toi seul dans ta langue de goudron
au palais pétrifié
aux oreilles mortifiées
immobile.
Toi dans ta langue de goudron
seul
silence et salissure
Dans ta langue de goudron
profondément englué
quand ils parlent des langues de feu.

Ich werde jede Nacht sterben.
Again and again
Over and over
Let me out
Mach mich aus

Première personne du pluriel
embrouillée jusqu’à la racine
Deuxième
en approche de définition
Troisième
en description fracturée

Et toujours dans ma bouche le verre découpe
tranche
cisaille
incise
toujours plus fissurés
des morceaux entiers de réel.

Tu sais les langues de feu
quand tu ne parles que langue de goudron
et ta bouche qui fond
et tes dents qui craquent
et ta tête qui roule
et ta langue qui enfle
quand ils parlent les langues de feu

Du wirst jede Nacht sterben,
wenn sie die Feuersprachen sprechen.
Kannst du nicht verstehen ?
And there is no way out.
Die Feuersprachen have already digged a hole in your head.

Putain pourquoi
seul dans ta langue de goudron
la bouche fondu
et la face calcinée
pourquoi
seul dans ta langue de goudron
quand ils parlent les langues de feu

Première personne du singulier
déracinée
Deuxième
intouchable
Troisième
inappropriate
Première personne du pluriel
inconciliable
Deuxième
effrayante
Troisième
indénombrable

Ich sterbe jede Nacht
J’ai mal à la parole
Dying again at dawn is no life

Putain tu les connais les langues de feu
quand dans ta langue de goudron
seul résonne le silence
alors en entier le silence à avaler

Dans ta langue de goudron
les bris de vers les uns après les autres
Dans ta langue de goudron
le silence à chaque voyelle
Dans ta langue de goudron
les non-dits dans chaque virgule
dans chaque mot
dans chaque lettre
dans chaque dits
dans chaque silence
Ta langue de goudron
comme un non-dit perpétuel
un silence avorté

Quand ils parlent des langues de feu…


Quand tu donnes 9h de cours (2h analyse de spectacle – 7h anglais en cours particulier dont 3 de conversation) entre 8h30 et 20h30 sans avoir mangé, ça donne de drôles de courts-circuits dans le cerveau. J’ai passé l’après-midi à rêver d’une énorme glace, mais sous-prétexte qu’on est (était ?) au mois de février, y avait personne pour en vendre. Le monde va mal messieurs dames. Étrangement, dans les bribes de mots ramassés dans le brouillard de mon cerveau au fil de la journée, il n’est fait nulle mention de cette brûlante envie de crème glacée. Les mots ont de drôle de priorités parfois.On se retrouve sur Facebook et twitter pour ceux que ça amuse. Je retourne bosser… (ou pas.)

Expérience 1 : From 7:09 to 10:21

Mansfelt TYA – La nuit tombe

Au premier réveil la sensation est curieuse. Tu baignes dans une bouillie informe et innommable. Tout est lourd et collant. Tout se confond et se brouille. Sais-tu seulement si tu as les yeux ouverts ? Peut-être que oui, et dans ce cas-là la pièce est plongée dans une obscurité plus profonde que tes souvenirs. Une obscurité à dissoudre l’acide lui-même. Une obscurité si épaisse que tu en oublierais presque que la lumière a jamais existé. Ou peut-être que tu as simplement les yeux fermés. Une hypothèse pas beaucoup plus rassurante. Dans cette obscurité poisseuse, tes yeux fermés s’engluent se piègent et s’enfoncent. Tes yeux n’ont aucun sens dans ce monde. Tu sens tes paupières s’accrocher, lutter contre l’effort, quel qu’il soit. Les maintenir fermées relève moins du choix que de la condamnation. Tes paupières fermées comme une subtile torture, un véritable travail d’orfèvre. Faut-il avoir peur de ce que tu ne peux pas voir ou de ne plus jamais pouvoir ouvrir les yeux ? À moins qu’il ne faille craindre autre chose. Après tant de temps à garder les paupières ainsi engluées dans une obscurité en forme de sables mouvants, tes yeux seront-ils simplement capables de voir à nouveau ? Le meilleur moyen de savoir serait encore de forcer l’ouverture non ?

À nouveau tes paupières luttent, résistent et la douleur se répand en toi comme un cri d’horreur dans la nuit. Sourdre floue lointaine et pourtant vibrante puissante et acérée. Tellement efficace que la pensée d‘une nouvelle tentative hérisse ta peau d’une chair de poule bienvenue. Au moins maintenant tu as retrouvé les contours du reste de ton corps. Peut-être que c’est là l’issue, peut-être que c’est ça la solution. Si tes paupières n’ont pas la force de briser l’obscurité, peut-être que le reste de ton corps se montrera plus coopératif.

Peut-être.

****

Au deuxième réveil, il te faut encore plus de temps pour comprendre que tu es éveillé. C’est la sensation d’avoir le sang complètement glacé au cœur de tes veines qui t’alerte. Ton corps tout entier comme un bloc de glace refuse cet état de fait. Ton corps tout entier comme un bloc de glace se rappelle la logique du mouvement, la légèreté. Quelque part au fond de toi se réveille comme la mémoire de l’eau. Aqueux tu étais et aqueux tu devrais être. Ton sang en horreur paniquée cherche un moyen de revenir à l’état liquide.

Voilà qu’il se tord et s’agite en tous sens, cherchant une sortie, une solution, au risque même de perdre toute consistance. Plus exactement, au risque de te voir perdre toute consistance. Si bien que chaque battement de cœur t’arrache un gémissement. La bonne nouvelle c’est que tes cordes vocales semblent en état de fonctionner. La mauvaise c’est que tu peux déjà sentir certaines de tes veines se fissurer. Que veux-tu, on ne peut pas gagner à tous les coups.

La douleur remonte fissures et craquelures le long des artères. Peu à peu, elle vient réveiller autre chose, un autre souvenir que tu ne parviens pas à dater. Peut-être était-ce hier, il y a cinq ans, peut-être était-ce demain. Toujours est-il que tu te rappelles maintenant, ce n’est pas la première fois que tu te réveilles ici. Même si tu ne sais toujours pas vraiment ni où est cet ici, ni ce qu’il est. Tu la reconnais bien maintenant, cette sensation de bouillie, de sables mouvants pris dans une forme d’obscurité à broyer l’acide le plus corrosif. La mémoire de l’eau est infaillible…

… mais pas toujours ponctuelle. Si bien qu’au moment où tu essais de forcer tes paupières à s’ouvrir pour découvrir de plein fouet cet endroit, tu entends à nouveau ce terrifiant cri d’horreur au lointain, toujours aussi flou et sourd, mais toujours aussi tranchant. Dans la seconde ta peau se hérisse à nouveau, produisant les plus vibrants échos à ton sang glacé. Tu te dis que la voix qui hurle ainsi doit sans doute vivre l’enfer, peut-être le même que toi à cet instant.

Quelqu’un devrait sans doute t’avertir que ce cri terrifié de douleur provient de ta propre gorge. Dommage qu’il n’y ait personne.

*****

Au troisième réveil la conscience te revient plus vite. Il faut dire que la douleur se relance comme on appuie sur un interrupteur. En un battement de cils tu retrouves les ténèbres engluées et engluantes, le sang gelé se débattant à t’en briser les veines auquel répond en écho un épiderme en panique envoyant tous les signaux d’alerte dont il est capable. Enfin bien sûr tout cela se passerait en un battement de cils si tu pouvais bouger les paupières et ainsi battre des cils. Bien sûr. C’est souvent ça le problème avec les mots tu sais, ils ne correspondent jamais vraiment à la réalité. Tu vois ils se gèlent dans un coin de la réalité jusqu’à en épouser les contours le plus parfaitement possible, jusqu’à ce que ces contours soient tellement parfaits qu’on n’envisage même plus de les voir autrement. Tu t’y perds pas vrai ?

Tu vois, c’est un peu comme le sang dans tes veines. Il se gèle et se pétrifie parce que c’est ça, la réalité de cet endroit. Une obscurité de sables mouvants doublée d’une solitude à geler une explosion nucléaire en plein vol. Toi, tu te retrouves là, en plein milieu. En plein milieu d’on ne sait quoi on ne sait où. Impossible de savoir ni comment ni pourquoi. Impossible de comprendre vraiment puisque aucun de tes sens ne semble vouloir pleinement répondre à tes questions. Pourtant tu es bien là. Dans cette réalité. Dans cette bouillie sans forme ni nom. Et tu auras beau t’agiter les neurones à chercher des réponses, cela ne change rien. Pas de délai ni de sursis. Dans tous les cas tu appartiens à cette réalité. Et dans cette réalité, ton sang se gèle parce que c’est la seule solution qu’il a pour exister. Si ça fait mal, c’est parce qu’il se souvient. Il se souvient mieux que toi de sa vraie forme. Celle qu’il avait avant, celle qu’il sait être la vraie, la bonne. Il se souvient mieux que toi de la vie avant la bouillie, la vie hors des sables mouvants. Et il essaie d’y retourner. Parce qu’ici il fait froid, beaucoup trop froid. Tellement froid que si on lui disait qu’en échange de te laisser crever là, il pourrait être libre il ferait. Sans se retourner, ni se poser de question.

Tu vois les mots c’est pareil. Tu les gèles, ou bien ils se gèlent tout seul à force de tomber dans des sables mouvants. Bien sûr il y a des moyens. Toujours des gens pour te dire que c’est vivant. Ça n’oublie jamais d’où ça vient les mots. Le sang non plus d’ailleurs. Même que ça fait mal pareil. Et dans pas longtemps, à force de se tordre de se briser de se déformer, ça sera l’hémorragie. Du sang partout. Et ce sans la moindre coupure. Juste l’implosion. Tu imagines ? Là à cet endroit où rien n’existe que le vide sous tes doigts, le sol sera rempli d’un sang gelé, cherchant désespérément à rentrer chez lui alors même qu’il vient de détruire sa propre maison.

Et alors là, combien de mots pour expliquer ça ?
Combien de mots pour la douleur ?
Combien de mots pour la solitude ?
Quels mots pour le froid ?
Quels mots pour le vide ?
Quels mots pour le dégoût du sang qui colle aux doigts ?
Ton propre sang
Tes propres doigts
Tes propres mots ?
À quoi bon les mots quand le sang brise ses propres veines ?

De toute façon, à qui tu irais dire tout ça ? Il n’y a personne. On l’a déjà dit.
De toute façon, où ils sont tes doigts ?

*****

Au quatrième réveil la voix au loin dans le flou hurle toujours ta douleur et ta solitude. Logique, ta voix, ta douleur, ta solitude. Ton sang aura suffisamment gelé dégelé pour modifier les pronoms. Intéressant non ? Pratique surtout. Il y a une facilité directe à parler de tes paupières hermétiquement engluées, de ta peau fissurée par les secousses, de ton sang gelé qui se débat en brisant sans aucune pitié tout ton réseau sanguin, de ta voix qui hurle au désespoir mais ne rencontre aucune autre oreille que les tiennes, qui ne sont même pas capables de la reconnaître. C’est plus simple tu vois.

Comme ça maintenant on va pouvoir parler de tes doigts. Tu sais, ceux que tu ne retrouves pas, ceux dont tu ignores la localisation. Tu sais qu’ils sont là. Simplement ils ne transmettent aucune information. Rien sur la texture du sol, rien sur l’air qui passe, rien sur l’espace disponible autour de tes mains, rien rien rien. Comme si tu baignais dans du vide à l’état pur. Mais là encore, ça ne marche pas. Même le vide produit une sensation. Ou plutôt une absence de sensation. Précision toujours. Quelque chose qui dirait « ici ne se passe rien ». Mais rien. Rien. Rien. Rien. Un peu comme si tu n’existais pas. Absolument comme si tu n’existais pas. Mais c’est une idée absurde non ? Après tout, « je pense donc je suis » et toutes ces conneries. Tellement de mots dans tes veines défoncées par le froid que ça fait mal à crever, comment pourrais-tu ne pas exister ?

Pourtant l’idée reste. Elle refuse de bouger. La voici brique de plomb en travers de ta gorge. Je n’existe pas. C’est tout petit comme phrase. À peine quatre mots. On pourrait débattre sur la définition de « mots » mais par soucis de simplicité, on va dire que ça fait quatre mots, d’accord ? Je n’existe pas. Quatre tous petits mots qui rampent le long de tes cordes vocales et s’incrustent profondément dans toutes les muqueuses à disposition. Tu peux même sentir les mots vibrer à chaque fois que l’air les frôle.

Et toujours ta voix au loin qui hurle, toujours aussi floue, toujours aussi seule, toujours incapable de rencontrer d’autres oreilles que les tiennes.

Peut-être que si tu les bougeais un peu elles pourraient sentir… Tes mains, pas tes oreilles bien sûr. Même si clairement à cet instant T qu’est le nôtre, il est évident que tu ne fais plus très bien la différence. Y en a-t-il seulement une ? Après tout, si tes mains ne sentent plus rien et que tes oreilles sont à peine capables de reconnaître ta propre voix quand elles l’entendent, ni tes mains ni tes oreilles ne remplissent vraiment leurs fonctions. Alors comment faire la différence ? Est-ce que ça vaut le coup de t’embêter à avoir encore deux mots pour deux choses si proches, si similaires ? Est-ce que ça vaut bien l’effort ? Est-ce que ces deux mots valent d’avoir mal comme ça ? Dis-moi, lequel de ces deux mots tu sacrifies ? Des mains ou des oreilles, quel mot veux-tu oublier ? Quelle différence ?

Je n’existe pas.

De toute façon, les quatre dans ta gorge grossissent encore. Ils grossissent et grandissent et monopolisent l’espace. Tu le sens non ? Comment ton larynx commence à s’écraser, compressé par l’œsophage tandis que déjà le fond de ta mâchoire se déchausse tranquillement. Tu sais que si tu avales tes dents, elles risquent de te perforer un organe ou deux n’est-ce pas ?

Remarque cela facilitera la tâche à ton sang qui toujours cherche ton point de rupture.

Dis-moi, est-ce que tu l’entends, ce craquement dans le lointain ? Est-ce que tu te rends seulement compte que tes os sont tous en train de lâcher sous la pression ? Pourquoi est-ce que tu continues de croire que tout ça se passe dans le lointain quand clairement tu n’es déjà plus qu’une épave bouffie par les sables mouvants et l’obscurité de l’acide ? Peut-être que c’est pour ça que personne ne t’entend.

Je n’existe pas.

Les mots toujours plus gros dans la gorge et pourtant tu n’as toujours rien à dire. À quoi ça te sert d’avoir tous ces mots gelés dans les veines si tu n’es pas capable de les cracher ?

Mais vas-y, bouge tes mains. Fais nous rire. Bouge les.

****

Au cinquième réveil c’est l’hémorragie. Enfin. Tes mains sont recouvertes d’un sang granuleux, qui une fois livré aux sables mouvants comprend enfin son erreur. Enfin, parler de tes mains recouvertes de sang, c’est une pure commodité narrative. La formule est entérinée depuis tellement longtemps, c’est beaucoup plus simple ainsi. D’autant que comme tu ne sens toujours rien, que tu ne ferais toujours pas la différence entre une jambe et un poumon, que de toute façon tes mots sont en train de se répandre pour pourrir sur le sol en même temps que tout le contenu de tes veines, qu’est-ce que ça peut faire ? Et d’ailleurs, même dire que ton sang se répand sur le sol est une commodité narrative. Tu vois où tu mènes avec tes conneries ? À des putains de commodités narratives. Nous ne sommes plus que commodité narrative. Tout ça parce que tu es incapable de dire où tu es, où est ton corps, ce qu’il ressent. Incapable d’ouvrir tes yeux, incapable de reconnaître ta propre voix, incapable de savoir d’où ton propre sang s’échappe. Incapable de prouver que tu existes.

Alors maintenant quoi ? Maintenant qui ? Le silence le froid la douleur le sang la voix la peau la peur les mains le vide les mots.

Maintenant quoi ?

Parce que bientôt, quand tes os auront fini de craquer, quand tu ne seras qu’un amas de fragments et de gémissements, la phrase dans ta gorge sera tout ce qu’il restera de toi. Quand tes os seront réduits en poudre et que ton propre sang aura coagulé pour maintenir le tout en place, tout ce qu’on pourra lire sera je n’existe pas. T’auras l’air malin.

Fais quelque chose.

Maintenant.

Alors aussi désespéré que désespérant, au sixième réveil, te voilà enfin qui réagit. C’est plus un vieux réflexe, quelque chose entre un sursaut d’instinct de survie et un spasme post-mortem. Mais quand même. Tu cherches, tu trembles et gémis. Peu sûr de tes mouvements, te voilà enfin prêt au tout pour le tout. Les larmes, le long de tes yeux trahissent l’inavouable de la situation, mais de toute façon, tu ne les sens pas. À quoi bon.

À quoi bon puisque déjà ta main, tes mains, se dressent et cherchent ta gorge. La tâche est ardue. En l’absence de mots définis, ton corps comme un territoire inexploré. Tes mains cherchent la douleur. C’est là qu’il là qu’il faut aller. Chercher la douleur et l’arracher.

La voix au lointain hurle de plus belle, crevant la distance et les tympans. Ta voix au lointain redouble d‘énergie. Parce qu’elle sait déjà, elle a déjà compris.

Dommage que personne ne t’ait prévenu.

Car déjà tes mains plongent aussi profond qu’elles peuvent dans ta gorge. Elles s’enfoncent dans ta chair sans se soucier de la biologie la plus évidente. Quelle biologie peut survivre face au vide ? Tes mains cherchent déchirent détachent arrachent ravagent sans la moindre pitié. Et la voix au lointain hurlant toujours sans plus parvenir à tenir la moindre note.

Sauf qu’elles ne trouvent pas tes mains. Dis-moi, à quoi ça ressemble un mot ? À quoi ça ressemble un je ? Comment elles vont faire pour savoir qu’elles ont trouvé si tu ne sais pas à quoi ça ressemble un mot ? Parce que tu vois sans ça, elles arrachent à l’aveugle. À quoi ça ressemble un mot ? À quoi ça ressemble une idée ? Comment vas-tu faire la différence au milieu de l’hémorragie, des cordes vocales à l’abandon et des chairs atrophiées par la solitude ? Comment tu les reconnaîtras ces mots qui font si mal ? Pourquoi personne ne vient quand ta voix se perd à hurler au lointain ? Pourquoi personne n’arrête la déferlante quand clairement tu te répands au sol ?

Ta voix au lointain n’est déjà plus qu’un écho maladif pris au piège d’une réalité que tu refuses de maintenir. Dis-moi, dans le tas froid et difforme qu’ont créé tes mains, est-ce que tu te reconnais ? Est-ce que tu la reconnais ta voix ? Si elle n’est plus dans le lointain, elle doit bien être là non ? Logique. À quoi elle ressemble ta voix ? Et comment tu sauras que c’est la tienne et pas une autre ramassée au hasard des échos ?

Tu aurais imaginé ça toi ? Être coincé dans une bouillie de ténèbres acides, baignant dans une hémorragie de mots sanguins, tes mains arrachant consciencieusement toutes les muqueuses sur leur passage, ta voix perdue dans un tas de chair trop blessée pour rebondir à nouveau, et toi qui ne pense plus l’espace qu’en terme de douleur. Il n’y a rien à voir parce qu’il faudrait pouvoir décrire, et tu es arrivé au bout des commodités narratives. Ne reste que la douleur pour relier les morceaux de la scène. Ne reste que la douleur pour te rattacher à ce sang sur ce sol que tu ne peux pas sentir, à cette voix que tu ne peux ni reconnaître ni prononcer, à ces mains qui continuent aveuglément.

Ne reste que la douleur.

Je n’existe pas.