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La beauté du chiffre 6

Au triste anniversaire les bougies fondent sans avoir été allumées. On tente de rattraper les sourires, on essaie plus fort que tout de taire les larmes au coin des yeux. Pandore chantonne, les mains au coeur de la boîte d’acide. Les paris sont ouverts : peut-elle survivre ? Combien de temps ? Pandore sourit chantonne, le fait est suffisamment rare pour mérité d’être noté. Obligeamment la Femme Pendule grave à l’encre noire les chiffres magiques, au creux du coude s’inscrivent tranquillement les six ans.

Symboliquement, les cinq bougies auraient dû laissé plus de marque. Mais la date anniversaire semble vouloir se délier de la mémoire collective. Seule la Morte revenue grattée les battants de la porte pouvait raviver les flammèches. Il fallait célébrer. Confettis en flocons éparses, mais la mémoire ne rend pas les couleurs sans une demande en trois exemplaires. Et voilà déjà les cohortes affamées se régaler des restes non digérés. Qu’importe l’odeur, qu’importe les vers qui grouillent tout au long des langues de terre carbonisée. Les cohortes dévorent, le visage de Pandore se crispe sous l’effort. Chassez le naturel il revient comme il peut. Pandore sait le prix de la douleur. C’est simplement qu’elle n’a plus le droit de raconter.

En funambule expert un tressaillement effleure le visage de la Femme Pendule. Le pari était risqué, à la limite du désespéré. Les coutures craquent aux embouchures. La date de péremption rendue illisible avec les années se rapproche sans jamais arriver. Jusqu’où peut-on encore tirer sur la corde ? La mémoire se défigure, s’incolore, s’annule, mais la peau se souvient. En lignes parallèle sur la chair, rien ne disparaît jamais vraiment, rien ne meurt jamais vraiment.

Alors la fête continue, mais la tristesse reste dans les sourires et personne ne veut souffler les six bougies, qui continuent, lentement, sûrement, ineffablement, de fondre sur les bras d’une Pandore indifférente qui n’en finit pas de chantonner…

[X]

Verre d’eau et faribole…

Noyade
au creux de l’eau
ses bras autour de ma nuque
le silence qui s’obscurcit.
Mon corps se fait lourd, ma tête pèse. Je m’écrase, coule cerveau.
Animal ne marche pas.
L’eau s’épaissit autour de ma tête.
Noyade. Changez de direction.
Ne passez pas par la case départ.
Pourquoi ça n’avance pas ? Corps se détraque. Ma tête est libre.
Ou pas. Le silence toujours.
L’eau qui grossit encore et encore.
L’eau est noire l’eau est bleue l’eau est rouge. Mes mains sont rouges ma tête est rouge mes veines sont bleues.
Ouvert fermé dégringolade.
Les premiers sont passés il y a longtemps.
Les lignes sur mes doigts coupent ma circulation.
Elles embrouillent mes yeux.
Mes yeux ne suivent plus les lignes. L’eau prend racine, s’enfonce.
L’air s’amoindrit.
Le rouge éblouit, éclate. Bientôt s’assombrit.