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Ma fille, on t’appellera IVG.

Bonjour,

Êtes-vous équipé d’un vagin ? Si oui, avez-vous tenté de dire que vous ne vouliez pas d’enfant ? (oui je sais j’aurais pu faire plus simple avec une interrogation directe mais bon je remplis le vide comme je peux) Si les réponses sont non, oui, on s’en fout. Point de sexisme ici messieurs les hommes, point de panique, c’est juste que personne ne vous en voudra jamais de ne pas vouloir d’enfant. On considère même que c’est normal pour vous de ne point vouloir de descendance (tout en considérant qu’il est normal que vous fassiez chier tout le monde pour transmettre votre nom, décidément le bon sens commun est dépourvu de toute logique…). Si les réponses sont oui, non, vous n’êtes pas concernées par cet article, mais que cela ne vous empêche pas de le lire quand même. Par contre, si jamais les réponses sont oui, oui… alors cet article est fait pour vous ! (ceci s’appelle l’art du teasing). Si en tant que femme, tu as déjà dit ne pas vouloir d’enfant, tu t’es normalement entendue répondre quelque chose comme :

  • Tu verras plus tard, tu changeras d’avis.
  • C’est parce que tu n’as pas encore rencontré l’Homme.
  • C’est dans tes gènes tu sais.
  • Pourquoi ? Tu es stérile ?

La liste est non exhaustive mais ce sont toutefois les principales réponses. Les autres sont généralement des variantes autour de ces thèmes-là. Si tu as du courage (ou que tu es très conne)(voire les deux)(il y a même parfois une certaine corrélation entre les deux), tu auras tenté une argumentation rationnelle, ou bien tu auras lancé un débat. Au désir d’enfant provoqué par l’Homme, tu as répondu que quand même, tu étais une grande fille et qu’il n’y avait nul besoin d’homme dans ta vie pour changer ta position sur une chose aussi importante. Tu as même expliqué que cela n’avait rien à voir avec les gênes mais plutôt à une forme de déterminisme social qui a d’ailleurs été maintes et maintes fois démontré. Au mieux, on t’a répondu avec un petit sourire, au pire on t’a répondu avec condescendance.
Ne te sens pas seule ! Car ça nous est arrivé à toutes, nous femmes ne voulant pas d’enfant, ni maintenant ni jamais, ni maintenant ni avec l’homme parfait (qui de toute façon est gay et ne peut donc pas avoir d’enfants comme le rappelle le sens commun.)(c’est vraiment très pratique ce sens commun, je devrais m’en servir plus souvent). Alors pour toi, amie nullipare de carrière, voici une petite liste de réponses pour mettre fin au débat, et ainsi obtenir l’autorisation du sens commun de ne pas avoir d’enfant.

  1. « Des enfants ? Mais qu’est-ce que j’en ferai ? Plus personne n’achète de magnétoscope de nos jours. »
    Très efficace. Le côté tortionnaire permet de faire ressortir l’inhumanité qui couve en vous. Ceci n’est qu’une base. N’hésitez pas à en rajouter encore et encore. Vous pouvez par exemple expliquer vos récentes recherches sur la façon de monter un atelier clandestin dans votre salle de bain. Ne lésinez pas sur les effets. Plus vous en faîtes, plus ça marche, plus c’est convaincant. Plus vous êtes sûre qu’on ne viendra pas vous solliciter à nouveau sur cette question.
  2. « Non en fait t’as raison, je devrais en faire, comme ça je pourrais faire en sorte qu’ils ratent leur vie, pire que la mienne. »
    Très efficace. Le sens commun veut qu’on élève ses enfants pour qu’ils réussissent là où on a échoué, qu’ils fassent mieux que nous, et bien sûr, pour cela, nous devons les encourager, les soutenir, les pousser vers l’avant, leur donner confiance avec tout l’amour possible. Alors, évidemment, si vous affichez ostensiblement que votre but est de pourrir la vie de vos futurs enfants, forcément ça la fout mal. Vous êtes d’ors et déjà une mauvaise mère et c’est limité si on ne vous encourage pas à vous faire ligaturer les trompes là maintenant tout de suite sur la place publique.
  3. « Tu sais, le dernier m’a pas rapporté tant que ça, on a pu rentrer dans nos frais en revendant les pièces mais c’est quand même pas un bon placement. »
    Profitez bien des mines horrifiées ! Un coup un peu risqué et quelque peu délicat à jouer. En effet vous devez réussir à faire entendre que vous avez déjà eu un enfant et que vous l’avez disséqué pour vendre un rein en Chine, le coeur en Belgique et la peau des fesses à Nabilla pour ces nouveaux seins. Un coup qui requiert un minimum de doigté et d’expérience. Toutefois, l’effet est remarquable et plus que réjouissant. Si vous vous sentez d’attaque, ne vous privez donc pas !
  4.  « Je ne peux pas, j’ai grandi à Tchernobyl et j’ai déjà acheté une maison à Fukushima »
    Parce que toi tu peux te déformer, t’atomiser autant que tu veux, mais un gosse ! Alors ça jamais ! En bonus, on peut ajouter la petite note trash « les trois jambes risquent de ne pas passer, j’ai toujours eu le vagin étroit », mais ça ne passe pas auprès de tout le monde
  5. « Désolée, je fais un 34. »
    Là en même temps… personne ne pourra vous reprocher d’être vous même encore une enfant physiquement parlant. Non parce que bon… faut quand même avoir un endroit où les ranger… il faut bien le dire…Il existe aussi la variante « mais je veux pouvoir continuer de rentrer dans mon maillot taille 36 ! » Parce qu’un peu d’égocentrisme c’est quand même encore et toujours la technique la plus efficace.
  6. « Parce que si je veux partir à Rome sur un coup de tête ou faire l’amour dans la cuisine »
    Alors si vous en êtes à citer Quand Harry rencontre Sally je dois vous avouer que c’est quand même mal barré.. Je ne voudrais pas vous faire peur, mais quand même dans le film, ils partent jamais pour Rome et ils le font pas non plus dans la cuisine parce que le carrelage est trop froid. (en même temps si tu ne forniques point, tu ne fais point d’enfant, ce qui nous amène au point 7)
  7. « Je suis célibataire / lesbienne / stérile »
    Cette technique n’est pas sans danger ! En effet, après les reproches, vous verrez apparaître dans les yeux de vos interlocuteurs un petit air de pitié inquiète. Vous savez, ce regard qui dit « ooooooh pauvre petite chose ! ». Vous ne serez certes pas considérée comme responsable d’un tel état de fait, mais en échange, vous serez vu comme la pauvre chose fragile à protéger, à épargner. Bonjour les messes basses et les amis qui vous refileront leur gosse à garder pour pouvoir aller baiser sur le sol de leur cuisine à Rome. Trop aimable.
  8. « Mais t’as qu’à en faire toi si c’est si génial ! »
    La colère est bien aussi, retourner la critique contre celui qui la propose reste toujours extrêmement efficace. Déjà parce que personne ne l’aura vu venir celle-là, ce qui aura au moins le mérite de faire que votre interlocuteur fermera sa gueule pendant au moins 30 secondes. Et si vous postillonnez en prime, vous pouvez monter le score à 1 minute ! Avec un peu de chance, on ne vous reposera jamais la question…
  9. « J’y suis pour rien si tu t’es foutu des boulets aux pieds et que tu veux que tout le monde fasse pareil »
    Après la colère, faire culpabiliser l’autre fonctionne toujours très bien. Après tout, c’est bien par une certaine forme de culpabilisation que cette foutue conversation A La Con a commencé non ? On récolte ce qu’on sème…
  10. « Désolée, mais moi j’ai un chat c’est mieux qu’un mec, et des cochons dinde, c’est mieux que des gosses. »
    Je pense que là ça coule de source… Pas besoin d’expliquer à quel point cet argument est génial, pertinent, percutant, merveilleux. Un véritable choix de vie qui fait rêver… D’ailleurs, il faut que je vous laisse, je dois passer l’aspirateur, y a des poils partout ici.

Séance 2

Frère : lance les dés.
Soeur : Tu triches.
Frère : Qu’est-ce que ça peut faire ?
Soeur : C’est pas juste.
Frère : T’as qu’à tricher aussi.
Soeur : Pardon ?
Frère : Tu n’as qu’à tricher. Comme ça on est à nouveau à égalité.
Soeur : Être à égalité c’est quand on suit les mêmes règles.
Frère : Mais si on enfreint tous les deux les règles en question on se retrouve sur le même plan à nouveau.
Soeur : C’est tordu comme raisonnement.
Frère : Mais ça marche. Lance ces putains de dés.
Soeur : 10. Je reprends la main.
Frère : Alors ?
Soeur : Ton père ?
Frère : Pas le tien.
Soeur : Mon père ?
Frère : Pas le mien.
Soeur : Réponds bordel.
Frère : J’ai répondu.
Soeur : Faux. Tu te contentes de jouer avec les mots.
Frère : Mais mes réponses sont correctes. A moi. Donne les dés.
Soeur : Non.
Frère : En quel honneur ?
Soeur : J’ai fait un double, je rejoue.
Frère : On n’est pas aux petits chevaux. Donne moi ces foutus dés.
Soeur : Tu n’as pas donné de nom à ce jeu stupide donc pour peu que je sache on pourrait très bien jouer aux petits chevaux. D’ailleurs mon pion a une tête de cheval.
Frère : Très bien, je m’incline, lance les alors si ça te fait plaisir.
Soeur : Je n’ai pas l’intention de les lancer.
Frère : Et donc ! Tu comptes en faire quoi ?
Soeur : Tu ne m’as pas correctement répondu. Alors pour le moment je me les garde.
Frère : Ca veut dire quoi ça ?
Soeur : Ca veut dire que tu m’emmerdes à jouer avec les mots. Y en a marre de tes remarques à la con. Marre de tes petites réflexions, comme ça pour rien au détour d’une phrase. Maintenant tu me réponds. Sinon ces foutus dés comme tu dis on les enterrera avec moi. Pigé ?
Frère : OK OK. Donc on n’a pas le même père. Ni la même mère d’ailleurs. Toi et moi on n’est pas du même sang.
Soeur : Ca c’est la bonne nouvelle du jour. Mais te perds pas en baratin et finis ton histoire.
Frère : T’es la fille de la soeur de maman.
Soeur : Maman a pas de soeur.
Frère : Forcément, on n’allait pas te raconter qu’elle en avait une ! T’aurais encore été foutre ton gros nez partout. Ta mère était une fille-mère. Elle était beaucoup trop jeune pour t’avoir mais elle t’a eue quand même. Sauf qu’au final quand t’es arrivée elle s’est bien rendu compte que c’était pas possible. Elle s’est foutue en l’air. Ses parents, tes grands-parents, ils ont dit qu’ils voulaient pas de toi, que t’étais une honte vu l’âge de ta mère. Du coup maman elle t’a récupéré et t’a ramenée chez nous. Et ses parents ont plus voulu d’elle non plus. Et te voilà.
Soeur : Comment tu sais ça ?
Frère : Relance les dés.

Famille 1 : séance 1

Thérapeute : Voulez-vous qu’on parle de votre mère ?
L’homme : C’est obligé ? Car je n’ai rien à en dire.
Thérapeute : Non ce n’est pas « obligé ». C’est à vous de voir. Si vous n’avez rien à en dire peut-être avez-vous simplement quelque chose à lui dire.
L’homme : Pourquoi le dire à vous dans ce cas ?
Thérapeute : Vous l’auriez dit.
L’homme : [après un temps] Maman, je ne prends pas de sucre dans mon café.


L’homme : Le thérapeute que ma femme m’envoie voir voulait que je lui parle de toi.
Sa mère : Pour quoi faire ?
L’homme : Je ne sais pas. Il y revient souvent c’est tout. A chaque séance il lance le sujet.
Sa mère : Je me demande vraiment pourquoi tu vas voir un charlatan pareil. Qu’est-ce qui lui est passé par la tête par la tête à ton idiote de femme de t’envoyer voir un charlot pareil ?
L’homme : Elle pense que ça peut m’aider, c’est tout. Il n’y a pas de mal à ça.
Sa mère : Ce qui t’aiderait c’est que cette femme arrête de te faire perdre ton argent à tout va ! Qu’est-ce que dirait ton père ? Tu le sais ce que dirait ton père ?
L’homme : Bien sûr que je le sais, il dirait exactement la même chose que toi.
[un temps]
Sa mère : Et qu’est-ce que tu lui as dit alors ? Sur moi ?
L’homme : Que tu ne te rappelais jamais que ne prenais pas de sucre dans mon café.