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La Dame du Gifi

Le soleil me tape sur le crâne. À peine cinq minutes de boulevard et je sens déjà mes cheveux brûler sur le sommet de mon crâne. J’ai la tête en mode plaque à induction… Deux heures à tuer, j’ai oublié mon casque. Perdu l’habitude de la ville, perdu l’habitude de l’avoir sur la tête à peine la clé dans la serrure de l’appartement. Je ne sais pas si je cherche à fuir la chaleur ou le bruit dehors. C’est peut-être un moyen de faire taire le bruit dans ma tête que je finis par atterrir à Gifi, une façon de borner l’univers, compter les conneries, étudier chaque objet jusqu’à ce que le vacarme finisse enfin par revenir à un niveau humainement supportable.

Je cherche des conneries à offrir. Le genre qui fera les potes. Ou qui pourra faire office de surprise glissée dans une enveloppe. Beaucoup de couleurs. De gadgets tellement inventifs que je suis bien incapable de comprendre le pourquoi du comment. Des objets inutiles. Des voix qui sortent de téléviseurs planqués dans des coins d’allées, vantant les mérites de tel ou tel produit. Je leur répondrais bien que ce n’est jamais qu’une serpillière à frange, et qu’à part une mop de chez MacDo, on fait difficilement pire niveau pratique et efficacité. Mais il paraît qu’on n’est pas sensé parler avec les voix qui viennent de téléviseurs planqués dans des coins d’allées. Peut-être pour la même raison que petits on nous dit de ne pas parler aux étrangers : on finit par manger des bonbons qui laissent un goût amer…

Je traîne mollement entre les rideaux, les bougies parfumées et la vaisselle. Je regarde le prix des verres. Mais j’ai pas besoin de verre, l’appart est meublé. Peut-être des shooters, j’ai toujours pas de shooters. Je me rappelle la soirée où ce terrible constat a été fait, j’en ai toujours pas acheté depuis. Je me rappelle les shooters à même le bouchon de la bouteille après les soutenances. Je flotte entre sourire du souvenir et appréhension du mois de septembre quand je réalise que la voix me parle. Je croyais qu’elle parlait toute seule. Elle a dû changer d’adresse en cours de route et me voilà nommée destinataire exclusive et aléatoire d’un soliloque intérieur.

La Dame est blonde, d’un vieux blond qui lui voile son âge réel. Elle s’appuie sur un croisement de déambulateur et de panier roulant. Leggin imprimé noir et blanc, des triangles, des lignes je crois. D’habitude j’aime bien les lignes. J’aime bien essayer de relier les formes en essayant de ne faire qu’un seul trait. Ça aussi ça calme le bruit : trouver la ligne parfaite. Sauf que ça ne se fait pas sur les gens. Sauf que je ne sais pas où regarder. La Dame me parle en regardant dans ma direction mais sans me voir, me montre des choses sans me laisser les voir. Dans sa nuque un tatouage. Ça a dû être un code barre je crois, en un autre temps un autre lieu, je suis presque sûre que c’était un code barre. Souvent la nuque, cette forme-là, c’est pour faire un code barre. Mais le tatouage a bavé. Sans doute à force de rester au soleil des jours et des jours entiers comme celui-ci, le tatouage a fini par baver de tous les côtés, jusqu’à ne plus être qu’un vieux rectangle baveux au remplissage déplumé. Si c’était pas aussi moche, la symbolique frapperait. Ou alors c’est peut-être le fait que ça soit moche qui rend la symbolique aussi forte… enfin en même temps un code barre niveau artistique ça reste limité..

La Dame cherche un économe. Elle proteste, trouve que ceux-ci sont trop chers. Elle m’en montre deux, un noir, un marron. Mais j’ai à peine le temps de voir. Elle dit que le noir est plus hygiénique. J’essaie de comprendre en quoi. Je réponds vaguement « oui c’est vrai, le bois ça moisit… » Mais combien de vrai bois dans un économe en bois ? De toute façon elle écoute à peine, hoche la tête pour valider ma déclaration comme si je venais d’énoncer l’un des plus grands secrets de l’univers. Un genre de vérité absolue qui pourrait soigner même le pire cancer en phase terminale. La dame enchaîne aussitôt. Elle me dit qu’elle n’aime pas les autres… vous savez les… c’est large… et moi j’ai besoin de mettre mon pouce pour guider la lame… alors c’est pas pratique… j’aime vraiment pas… Encore une fois je hoche la tête en signe d’acquiescement. Je dis que oui, c’est vrai c’est pas pratique ces trucs. En vrai, je n’ai aucune idée de ce dont elle parle. Mais sans doute que c’est pas pratique. Au final elle compare les prix, c’est cher, trop cher pour ce que c’est. Elle dit que ça devrait être à 1€, 1,50€ peut-être, mais pas 2, encore moins 3. Je hoche la tête. C’est quoi le vrai pris d’un économe ? C’est quoi la vraie valeur d’un économe ? Est-ce que seulement quelqu’un sait combien ça devrait coûter pour de vrai un économe ? Et elle change d’économe tous les combiens ? J’ai traîné le mien pendant des années, j’en ai changé uniquement parce qu’un ancien coloc s’est barré avec… pas vraiment une cause d’usure… à part pour mes nerfs… mais bon toute façon ce mec c’était un connard, mais c’est pas la question. Parce que la dame cherche du couteau et qu’apparemment elle trouve pas ce qu’elle veut. Je comprends pas ce qu’elle veut, alors je peux même pas l’aider. Toute façon mes yeux sont fatigués alors je peux pas voir aussi loin…Elle en trouve, elle dit « c’est des couteaux à steaks », moi j’en sais rien, jamais fait la différence. Toute façon, j’ai pas les moyens d’avoir plein de couteaux différents, couteaux à pain couteaux à beurre couteaux à steak… puis j’ai pas les moyens du steak non plus. Je pourrais sans doute acheter les couteaux qu’elle tient, mais j’aurais pas grand chose d’autre à leur faire découper que l’espace dans le tiroir à couverts.

Finalement, elle les repose. trop cher. « Vous connaissez Action ? _Non… _Il faut que vous y aller ! Vous verrez après vous vous demanderez comment vous avez fait pour faire vos courses ailleurs ! » La Dame commence alors à m’expliquer… Son débit s’est soudain accéléré. Son visage s’est ouvert. Enfin elle se tourne franchement vers moi. Fini le trois quarts timide, bienvenue à la franche discussion. La Dame veut m’expliquer, elle veut que je comprenne. Elle me raconte… un exemple, il faut un exemple pour que je comprenne pleinement… elle parle de la laine, la pelote achetée au Tissu du Renard, la pelote 250g pour 1€… et bien à Action, la pelote 500g, moitié moins chère, 50 centimes, ou 99 centimes… Moitié prix je vous dis ! Je suis fatiguée, j’ai d’abord l’impression qu’elle se fait avoir pour 1 centime de différence, tu parles d’une économie… Je passe à côté de l’économie. Sans doute parce que je découvre au passage qu’on vend les pelotes de laine au poids, moi qui pensais que c’était à la longueur… quand j’y repense, c’est quand même beaucoup plus logique… Elle me dit qu’il faut y retourner régulièrement parce que souvent ils ont des nouveaux produits. Bon sans doute la laine elle vient d’Irlande ou elle sait pas où, mais c’est pas pareil… Et puis c’est comme Lidl où leurs produits viennent d’Allemagne et ils sont très bien… Putain même un jour de repos l’enseigne en bleue et jaune me colle à la peau comme une vieille sueur de canicule… Je lui souris. C’est drôle comme énoncé comme elle fait, on dirait que l’Allemagne est régulièrement associée à des produits de mauvaises qualité… sans compter que les produits Lidl n’ont d’allemand que le mode d’emploi… ou le nom sur le carton… au moins maintenant je sais dire « asperge » en allemand… Spargel… Il faut que je sache où c’est. Sans doute pour me remercier de mon grand secret de l’univers, cette révélation sur le bois qui moisit, à son tour, la Dame souhaite m’offrir son secret. « Vous savez, tout le monde galère, mais c’est pas forcément facile de trouver les bonnes adresses ! » Alors elle m’explique. À chaque étape du trajet elle s’assure que je visualise toujours le lieu. En vérité, je n’ai aucune idée de ce dont elle parle… je ne connais pas, ou plus, assez bien cette ville et je ne vois que dans un flottement les lieux qu’elle évoque. Je culpabilise aussi un peu, parce qu’en vrai, je m’en fous… je serai partie avant d’avoir eu l’occasion d’aller y voir.. Mais je ne veux pas décevoir la Dame du Gifi. Alors je me concentre et j’essaie de repérer les lieux qu’elle me décrit, j’essaie de forcer ma mémoire à retenir, peut-être qu’à un moment, j’aurais une illumination et je saurais d’où elle parle. Je mémorise au mieux. Je mets mes pas imaginaires dans ceux creusés par son soudain enthousiasme. Elle s’est redressée, n’a plus l’air d’une petite vieille. Son corps se dénoue un peu. J’observe la transformation à mesure qu’elle me dessine le chemin, je retiens.

Finalement, elle fait mine de s’en aller. Elle peine à partir. Comme si j’étais une amie perdue de vue depuis longtemps qui elle était tombée au hasard et qu’elle n’était pas sûre de recroiser de si tôt. Elle me dit au revoir trois fois. Je souris à chaque fois, lui souhaite une excellente journée aussi, à chaque fois. Peut-être un peu déformation professionnelle. Peut-être juste parce que j’ai vraiment envie qu’elle passe une bonne journée, cette Dame et ses secrets pour vivre un peu mieux. Alors que mes yeux reviennent sur les lignes baveuses ancrées dans sa nuque, elle se retourne une dernière fois « Merci beaucoup en tout cas ».

Pour quoi ?
Je ne sais pas. Je remercie en retour. « Si on se recroise un jour, vous me direz si vous avez fait des affaires ! Vous me raconterez » Je promets. Peut-être un peu hypocritement : promesse facile, il faudrait que je revienne ici, que j’aille au dit magasin, puis qu’on se recroise… Statistiquement, on frise l’impossibilité.
Toutefois… si lors de mon prochain périple ici, je finis par aller me promener là-bas, et si plus tard je la recroise… sûr que je lui raconterais. J’espère juste qu’à ce moment, j’aurai quelque chose à raconter.

« Merci beaucoup »

La rhétorique du Kangourou… inscrivez vous qu’ils disaient !

Halló Termites !

Les choses commencent enfin à se caler ici alors il est venu le temps de vous raconter ! Car oui, en trois semaines, il y a déjà de quoi faire un article. Un jour, quelque chose dans ma vie s’est déroulée en toute simplicité : je venais de découvrir les ouvertures faciles Milka. Mais c’est bien tout. Heureusement qu’il nous reste la marmotte !

Septembre arrive et nous voilà reparti. Au programme cette année ? Arf, pas grand chose… J’ai simplement eu la bonne idée de poursuivre mes aventures en thèse. Ouai je sais, un jour, faudra vraiment que j’envisage de dormir la nuit et d’arrêter de prendre des décisions essentielles à 3h du mat. (pour ma défense, la première fois que j’ai sérieusement envisagé la thèse, j’étais bourrée et on m’a montré une vidéo où Eric Zemmour disait de la merde (ça n’en élimine pas beaucoup je sais), mais en l’occurrence, sur le sujet qui m’intéresse, si bien que j’ai jugé qu’on ne pouvais pas laisser des gens balancer des inepties pareilles)(je ne suis pas sûre que ça me défende réellement). Toujours est-il que décision est prise et que m’y voici m’y voilà.

En fait, là, j’essaie désespérément de gagner du temps. Car la situation administrative dans laquelle je me suis retrouvée est tellement absurde que… que… que je suis bien incapable de trouver une comparaison digne de finir cette phrase. C’est vous dire. Tentons de remonter le temps… J’en parle avec ma directrice de mémoire en janvier, on convient qu’il faut que je me concentre sur mon mémoire et le concours que je tente parce que bon, je reste quand même humaine. (genre) Le mois de mai arrive, je ne suis pas prise dans l’école que je voulais (vodka), le mois de juin arrive à son tour, je passe avec succès ma soutenance, avec même tellement de succès que s’en est louche mais je suis défoncée à la fatigue, ce qui est bien plus fort que la vodka (mais moins goutu). On reparle donc de cette fameuse thèse… Ma directrice et mon jury (une autre personne parce qu’on a grave les moyens à la fac) sont à fond derrière moi. Ma DR (que pour des raisons de simplicité nous appellerons dorénavant Satan) m’explique que l’idéal serait que j’arrive à obtenir un contrat doctoral, sorte de St Graal de l’étude supérieure qui te permet d’être payé pour faire ta recherche et donc de ne pas avoir à aller faire des hamburgers pour payer ton loyer, ce qui est quand même bien pratique parce qu’après tu mets de la graisse partout sur tes bouquins et à la BU ils te regardent avec des gros yeux (enfin pire que d’habitude j’entends, avoir des gros yeux doit faire partir des conditions d’emploi). Et là commence le merdier administratif. Car pour postuler à un contrat doctoral, je ne dois pas déjà être inscrite en thèse, MAIS je dois quand même posséder le statut d’étudiant. Retenez bien ça, car c’est le détail qui pourrit tout. Et non, on ne va pas rentrer dans le détail de l’incommensurable connerie du truc, j’ai une pizza à manger une fois cet article fini.

Quand ma DR m’a eu à l’usure et que ça y est, je suis en thèse…

L’idée était donc de s’inscrire dans une L1 quelconque afin de conserver le statut étudiant, tout en préparant comme une tarée les auditions pour un contrat doctoral (et en travaillant à côté évidemment)(mais pas à McDo, suivez un peu). Pour des raisons que nous nommerons dorénavant Ma Vie,ou plus scientifiquement parlant la Réciproque de Milka, je n’ai pas pu m’occuper de ça avant de partir pour l’été vivre toutes les passionnantes aventures lidliennes que vous connaissez maintenant. (si vous avez l’impression que ma vie ressemble à un film de fantasy où on passe son temps à sauter d’un monde dystopique à un autre, rassurez-vous, c’est normal.) Durant l’été, mon pote K., que nous appellerons comme ça le temps que je trouve mieux comme surnom littérairement parlant, suite à une tournure d’événements imprévus, se retrouve finalement à suivre mon chemin et à s’engager en thèse (oui on doit faire partie des rares personnes à envisager la thèse comme un plan B, ça aussi c’est normal)(enfin c’est ce qu’on se dit quand on va bosser à la BU ensemble). Administrativement parlant, nous sommes donc dans la même situation ou presque (on vise pas le même type de contrat mais je vous épargne les détails), nous nous mettons donc d’accord pour aller affronter les forces de l’administration ensemble début septembre, naïvement persuadés que l’union fait la force, et qu’à deux, nous serons plus crédibles (parce que pourquoi vouloir t’inscrire en L1 quand tu viens de valider un M2 avec brio ?) et nous arriverons mieux à expliquer l’impasse la situation.

Nous nous retrouvons donc un lundi à 14h. Première étape, une salle info, histoire d’essayer de comprendre comment s’inscrire, et s’il est possible de le faire par internet. Nous n’y croyions pas trop… et nous avons bien fait. Après avoir ri jaune de notre incompétence à simplement nous inscrire à la fac alors que nous rentrons en thèse, nous nous dirigeons chemin faisant vers l’accueil de l’UFR. En période de rentrée, les horaires de celui-ci sont étendus et il se trouve même agrandi d’une appendice consistant en une table et deux jeunes femmes par qui il faut d’abord passer afin d’être correctement orienté et ainsi désengorger le bureau principal. On commence donc à attendre. Quinze minutes passent. C’est notre tour et nous expliquons, enfin soyons honnêtes, c’est surtout K. qui explique. Tout le monde est d’accord pour dire que pour le bien de l’humanité, il est tout aussi bien que je ferme ma gueule. Deux mois de SBAM, ça abîme. La charmant jeune femme nous renvoie au bâtiment de la présidence pour voir avec le service de réorientation.

Nous changeons donc de bâtiment. Le truc, c’est que le service en question se trouve au SUIO-IP, sorte de centre d’orientation géant, et que le lieu n’est pas prévu pour qu’il y ait du monde. Hors, début septembre, il y en a. Du coup, les gens s’entassent comme ils peuvent en tâchant de former une file d’attente qui n’a de file que le nom que les dames de l’accueil veulent lui donnent. Nous attendons à nouveau quinze minutes en se demandant s’il va falloir tuer le squatteur avec son casque histoire de ne pas nous faire piquer la place. Finalement, les gens à l’université sont tous gentils et la « file » a été à peu près respectée (cette digression pour vous dire qu’il reste de l’espoir dans l’humanité). Nous réexpliquons notre situation. La dame nous regarde patiemment avant de nous dire grosso merdo qu’on l’a dans le cul parce que les réorientations c’est fini depuis le 28 août et point final. Nous sommes un peu surpris.. En partie parce que pour nous, une réorientation c’est en cours d’année, ce qui n’est pas notre cas, et aussi parce qu’en cinq ans de fac, on a toujours vu des gens débarquer à n’importe quel moment de l’année sans que ça pose de problème à personne, j’en ai même vu changé de filière trois fois en deux semaines. Nous sommes entendu dire que nous étions de mauvaise foi « tout est écrit sur le site », chose qu’on ne remettait pas en cause… Nous essayions simplement de dire que sur le site ce n’était guère clair (est-il utile de préciser que l’un comme l’autre nous l’avons parcouru plusieurs fois dans l’été sans réussir à savoir à quelle case nous appartenions ?), qu’en plus, l’inscription se faisait par papier alors que nous travaillions à près de trois heures de route de la dite université… La dame ne veut rien entendre et nous renvoie à l’UFR en nous disant qu’il faut qu’on négocier pour une inscription en intra (ne me demandez pas ce que ça veut dire, je n’en sais rien, je me suis contentée de retenir la formule pour pouvoir la ressortir au moment opportun).

Retour à l’UFR ! Nous réattendons dix minutes, nous réexpliquons (nous devenons même très bons à ce jeu-là) en ajoutant la nouvelle étape, la petite dame considère qu’il faut qu’on voit avec sa responsable. Alors on change de file pour cette fois faire la queue pour avoir accès au bureau de l’UFR. Nous reréattendons quinze minutes, nous reréexpliquons à la responsable qui nous répond d’un simple « Pourquoi ils vous ont envoyés là ? Nous on peut rien faire. Faut que vous alliez à la DÉVU » Nous envisageons d’abandonner la thèse pour finalement embrasser la carrière de terroriste et plastifier la fac.

Quand à force de renvoie de bureaux en bureaux, deux heures de notre vie ont subitement disparu sans laisser d’adresse.

Nous repartons donc pour le bâtiment de la présidence pour nous rendre cette fois-ci à la DÉVU (Direction des Études et de la Vie Universitaire). Nous rereréattendons quinze minutes, nous sommes à nouveau accueillis par une Secrétaire – Filtre à qui nous rereréexpliquons la situation. Elle nous dit qu’elle ne comprend pas notre situation et nous oriente vers sa collègue, la responsable. Nous envisageons d’enregistrer cette histoire pour ne plus avoir à la raconter une fois de plus. Nous n’attendons que cinq minutes. Nous rerereréexpliquons. « Bah c’est foutu. » Tout ça pour ça. Alors qu’on envisage de se facepalm sur son bureau pour gagner du temps, nous tentons vainement de sortir les derniers arguments possibles de notre sac, mais ça ne change rien. Par lassitude, nous obtenons un « Vous pouvez essayer d’écrire une lettre au directeur de la DÉVU, peut-être qu’il pourra vous aider ».

Nous redescendons, nous retournons en salle informatique, K. décrète que c’est à moi d’écrire parce que je tape plus vite (je vous l’ai dit, nous avons usé nos derniers arguments pertinents). Nous faisons donc une belle lettre avec moult violons. Nous réussissons à vaincre le système de la fac pour imprimer. K. réussit même à retrouver un stylo noir dans le fond de son sac pour que nos signatures aient l’air encore plus officielles. Bref, nous avons fait ça dans les règles de l’art. Nous rerererereretournons à la DÉVU, nous rerereréééééééééééattendons et enfin nous donnons notre lettre à la même dame que précédemment « ha. Bah je vais transmettre » Nous nous demandons pourquoi déjà nous avons choisi de nous embarquer dans cette galère.

Une heure plus tard, la DÉVU nous rappelle pour nous dire que le directeur a bien eu la gentillesse de bien vouloir intercéder en notre faveur et ainsi nous laisser nous inscrire via le SUED (service de cours par correspondance de la fac)(vous le dîtes quand vous commencez à vomir des lettres de scrabble, on montera un Ikea tous ensemble et ça sera la joie)(enfin uniquement si vous vous inscrivez avant le 15 septembre), ce qui nous permettra de conserver le statut étudiant. Nous remercions (en serrant les dents parce qu’on n’en a plus que marre…), et à ce moment, nous croyions avoir gagné. Sauf que K. a reçu cette semaine un appel du SUED lui annonçant qu’il ne remplissait pas les critères de distance et que donc il fallait qu’il retourne auprès de l’UFR pour s’inscrire. Nous y retournons donc mercredi (oui je suis gentille, je l’accompagne)(et puis c’était ça ou retourner lire des articles de psychanalyse, alors entre la peste et le choléra, comprenez que j’ai choisi la tumeur au cerveau). Nous reeeéeéeéeéeéattendons à l’UFR (sans passer par la case petit bureau cette fois, pas la peine…). K reréreréreréexplique toute l’histoire (légèrement plus compliqué que la mienne puisque des bourses du CROUS entrent en jeu). Par chance, c’est le début de l’après-midi et la responsable a encore toute sa patience (ça doit vraiment être l’enfer ces postes là en début d’année, pour le coup je veux bien compatir…) et tente vraiment de comprendre. Elle rappelle le SUED, parce qu’à cet instant, personne ne sait où est rendu le dossier de K. À l’heure actuelle, je sais pas trop où s’en est rendu puisqu’à ce moment là, on l’a renvoyé en lui disant qu’ils allaient essayé de régler ça en interne d’ici la fin de la semaine.

La joie, la fête, la bonne humeur !
En attendant, nous nous sommes quand même mis à travailler sur nos thèses respectives. D’autant que je n’ai guère eu de nouvelles de Satan, si ce n’est qu’elle veut une problématique, un corpus et une méthodologie pour la fin septembre. Haha. Quel humour ce Satan !

Nous sommes hyper efficaces pour le moment. À tel point que finissons la journée par des bastons de photos de kangourou via Facebook. Vous m’aviez d’ailleurs demandé pour quoi… Vous rappelez vous du colloque pour lequel j’avais joué les petites mains l’année dernière ? Si ce n’est le cas, c’est par ici… toujours est-il que nous avions été témoins, K et moi, d’universitaires incapables d’arrêter de débattre sur tout ce qui leur passait par la tête. Genre, même l’annonce de la pause café et gâteaux ne les arrêtait pas. Alors que bordel… des gâteaux… D’ailleurs, même autour des gâteaux ils y étaient encore… infernaux… jte jure… Dans le même temps, je tombais sur ce post, que bien entendu je m’empressais de partager avec K que ça a à peu près autant amusé que moi. Depuis, c’est resté. À chaque fois que nous avons vu des profs n’en plus finir de débattre sur la couleur des rubans de chaussures d’un auteur du 15ème siècle, ou sur l’importance de la virgule dans le théâtre du sud-poitevinais (j’exagère à peine), nous nous sommes retrouvé à imité un combat de kangourous aussi discrètement que faire se peut. Jusqu’au moment, en ce début de septembre, où nous avons réalisé que nous étions devenu des bébés kangourous.

Nous sommes foutus.

Et c’est donc en toute logique que la nouvelle catégorie qui accueillera mes aventures se nommera « La rhétorique du kangourou »…

Ask away

Dans le cadre du « AFP Monthly Art Challenge », thèmes : ask / birth 

They never ask,
they just say.
I’ll be a mom they say,
‘Cause I can’t go against it they say.
I’ll change my mind they say.
Or no.
They say you have to change your mind.
They never ask if I want to give birth.
They never ask why I don’t want to.

If only they asked,
I’d tell them the monster under my skin
the rot in my blood.
If only they asked,
I’d tell them how much I fought for this body
For him to be mine
To control it
To accept it.
If only they asked
I’d tell them I still hate this body,
Hate me even more.

Giving birth would kill me.
So, I don’t want to be a mom
‘Cause I don’t want a child to finally ask me
« Why don’t you love me ? »

But they never ask.

Shiva à vélo

D’un bras je regonfle les pneus de mon vélo, de l’autre je vérifie dans mon sac que je suis bien équipée pour partir : un livre, les clés de la maison, de l’antivol, mon porte-feuille. Je prends aussi quelques bouts de papier et un crayon, des fois qu’il me viendrait l’envie d’écrire. Tous ces préparatifs alors que je sais bien que j’aurai à peine le temps de retrouver où est le marque-page, à peine le temps d’attraper mon stylo. Ma tournée me prend tout mon temps disponible.

D’un bras j’attrape les cartons de mon ancien logement. Très vite, je lance un deuxième bras à la rescousse du premier. Pourquoi avais-je acheté deux imprimantes déjà ? Pendant ce temps, un troisième gratte les oreilles du chat alors qu’un quatrième attend de pouvoir lui jeter ses croquettes pour l’amuser. J’ai des mois de câlins félins à rattraper, hors de question de m’en priver.

Étape suivante de la tournée. Jardinage. Bouture, rempotage. De l’autre main, je cuisine quelques plats à partager avec amis et compagnon. Là aussi j’ai quelques mois de retard. Alors les muffins d’une main et le smoothie d’une autre tout en rabrouant la chatte qui trouve pertinent de faire ses dents sur la plante fraîchement taillée.

Troisième étape, à nouveau déménagement. Une main bouge les cartons, l’autre secoue les membres de la famille qui en ont besoin. Des fois, j’ai peur de confondre, de ne pas envoyer la bonne main au bon endroit et de finalement faire plus de mal que de bien. Je garde une ou deux mains de réserve pour retomber sur mes pattes en cas de dérive. Même à distance, même en épisode éphémère, je veux être une part de leur vie. Alors je prends des trains. D’une main je me prépare à leurs petits défauts, leurs petites manies, de l’autre, je vérifie que j’ai bien rangé les miennes afin de profiter au maximum de ces gens.

Sans oublier les trois mains chargés de ranger, trier, classer les billets de train. Pas que je les collectionne, mais j’aime prendre le train. Je glisse tous mes bras sur la banquette et jette mon regard par la fenêtre. Quand ils sont sûrs que mon esprit est parti à la dérive, mes bras se lancent à la recherche de fragments de vie à glisser dans les bouts de papier que la toute première main avait eu l’intelligence de glisser dans le sac. Finalement, ils n’étaient pas là pour rien, je le savais bien.

Étape suivante, je m’engouffre dans tous les livres achetés. Je me prépare à cette nouvelle vie qui arrive. Je ne me rappelle pas l’avoir voulue. Quel bras a pu prendre pareille décision ? Pas que je regrette, je sais où je mets les pieds. Il faut dire que c’est plus facile, je n’en ai que deux, alors je sais toujours où je vais. Mais je ne me rappelle pas depuis quand j’ai décidé d’y aller. Une main organise : trajet, loisirs, maison, collègues. Une main prépare : un livre lu, une fiche de lecture, un cours envisagé. Une main panique : et si, et après, et dans un mois, et dans un an, et si, et pourquoi pas, et comment, et si…

À force de remplir le temps de mes multiples bras, je l’ai tellement distendu que je finis toujours par le trouver vide. À force, sans forme ni consistance auxquelles me rattacher, je finis par demander dans un soupir comment je pourrai toujours garder l’intégralité de mes bras. Je ne veux ni ne peux me résoudre à en sacrifier ne serait-ce qu’un seul. Car tous ont eu besoin de temps pour grandir et devenir les membres qui viennent magnifier mes épaules aujourd’hui. Et quand je pense qu’il en faudra encore plus pour porter chacun des élèves que la rentrée m’apportera, il arrive que la paralysie me gagne pour de bon. Les laissant tous pour morts, mes bras se retrouvent à traîner au sol, incapables du moindre mouvement.

Parfois, j’oublie que de nombreux bras, c’est une chose merveilleuse, mais qu’une seule tête pour tous les contrôler peut s’avérer compliqué…

Instant bisounours… Life is Death Metal

Salut amis Termites !

Quelques news de moi. Les temps sont un peu compliqués, et j’ai l’impression d’être loin d’être la seule. Enfin, l’impression, façon de parler. C’est plutôt un fait… Du coup, j’avais un peu envie de faire un article pour vous raconter ce qui se passe ici, sans fioriture ni rien. Histoire de.

Ici, il y a beaucoup beaucoup d’angoisse. Fin d’études oblige. Et il y a des moments où, la fatigue aidant, l’angoisse devient carrément paralysante. Mais si, je suis sûre que vous voyez. Le genre qui fait que tu es incapable de prendre la moindre décision parce qu’aussitôt tu vois se profiler une bonne quarantaine de scénarios catastrophe en un temps record. Et bien ces derniers temps, ma vie c’était ça. Ca l’est toujours un peu, mais j’essaie de me secouer les puces pour ne pas rester bloquée éternellement dans cet état. Tout ceci me rappelle un peu la terminale, ce moment où il fallait décider, faire des choix, des choix qui allaient avoir des conséquences. D’autant que j’ai exactement le même problème qu’à l’époque : je suis douée dans plusieurs domaines et peu de portes se sont fermées. Qu’on s’entende bien hein. Je n’ai pas la prétention d’être un génie en tout, loin de là ! Mais pour ce qui est des domaines qui m’intéressent / me passionnent / me tendent les bras en chantant « choisis moi », je suis douée. Sans distinction. Il n’y en a pas un où je me suis révélée affreusement mauvaise et où il m’aurait fallu admettre qu’il valait mieux laisser tomber. Du coup, comme en terminale, ça va être à moi de choisir quelle voie j’abandonne. Et comme je suis très con, comme en terminale, j’essaie de trouver une façon de concilier toutes mes envies / passions. Ca a pas dû suffisamment me faire mal la dernière fois.

Ajoutons à cela beaucoup de travail. Genre, vraiment beaucoup. Festival Mettre en scène, mémoire, dossiers (plus ou moins chiants), cours d’anglais. A l’heure actuelle, la personne que je fréquente le plus, c’est mon ordinateur. Ensuite, les élèves à qui je donne cours. Tant et si bien que mon ordi et moi on commence à s’engueuler (je traite sa mère de pute en string, il me nique la mise en page de mon dossier, je le menace de le transformer en boîte de conserve, il fait planter spotify, bref, des rapports normaux entre personnes normales surtout quand l’une d’elles n’est pas une personne), et qu’à force de donner des cours de conversation anglaise, mon cerveau fonctionne en anglais. Je suis obligée de me relire car il y a des anglicismes plein mes écrits. Oui, il m’arrive de mettre l’adjectif avant le nom en français et le COD collé à son verbe le tout avec un petit passif des familles. Et même une fois corrigé, mon style d’écriture garde ce côté un peu franco-anglicisé à faire faire une attaque à n’importe quel académicien qui se respecte. Mais moi, ça m’amuse. Et vous aussi sans doute puisque vous lisez ces pages.

Ajoutons à cela le mois de décembre. Ouai le mois de décembre est une saleté à lui tout seul. Même si je suis plus que ravie de cette vague de froid ! Enfin… qu’est-ce que je l’ai attendue ! Ma grand-mère a quelques graves problèmes de santé, ce qui fait du remue-ménage dans ma famille, ce qui fait du remue-ménage dans ma conscience. Rien de bien nouveau de ce côté-là ceci dit. Toutefois, nombre de mes amis traversent aussi une période compliquée. Allant du viol à l’angoisse de l’avenir en passant par les impôts beaucoup trop élevés, beaucoup sont venus chercher refuge sur mon épaule. Et je fais parti de ces idiots qui ont du mal à mettre de la distance. Je fais l’éponge, une espèce d’hypertrophie de l’empathie. Ce qui n’aide pas les gens, ni moi.

D’autant que la peur de l’avenir… voilà quoi. Je cherche quelqu’un de mon âge qui aurait un minimum confiance en l’avenir. Mais j’ai l’impression que cela relève plus de la légende urbaine. Un genre de Père-Noël pour adulte post-guerre froide. L’impression que quel que soit le choix que nous allons faire, ce ne sera pas le bon. Et encore ! Moi j’ai la chance d’aimer mes études. Elles vont me servir à rien, mais je m’amuse dans mon cursus (sisi). Ce n’est pas le cas de tous mes amis, certains s’emmerdent comme des rats mots dans leur cursus tout en se disant que ça ne sert absolument à rien. Et la situation n’a rien pour nous rassurer : DUT ? chômage. Licence ? chômage. Licence pro ? chômage. Master ? chômage. Ecole ? chômage. Choisis ton camp camarade !

Et tout cela en passant parfois une semaine ou deux à ne pas dormir plus de trois heures par nuit. Tout cela en un mois et demi même pas. Ca fait beaucoup. Alors finalement, j’ai un peu envie de m’arrêter sur les choses qui vont bien dans ma vie… Il aura fallu 1,5 litre de bière l’autre jour pour que j’admette que j’avais besoin d’entendre qu’on m’aime. C’est raide déchirée, et l’orthographe plus qu’aléatoire, que j’envoyais le même message à quelques amis. Et quelle ne fut pas ma surprise que de constater qu’ils ont tous répondu que malgré ma folie, bien sûr qu’ils m’aimaient quand même, que la question ne se posait même pas, mais que là il serait peut-être mieux que j’aille me coucher (ils avaient raison sur ce dernier point ceci dit). Et mine de rien…. ça fait un bien fou. Non c’est vrai. Vraiment. Constater que mes amis se moquent de cette partie de moi, c’est quand même vachement agréable, et vital. Dans le même temps, j’ai la chance d’avoir des parents qui me soutiennent dans ce que je fais et qui me laissent le temps nécessaire pour arriver à mes fins (même si elles ne sont pas encore complètement définies…).

Bref, ces derniers temps, j’ai eu un besoin énorme de mes amis et j’ai eu le chance de le trouver. Et finalement, c’était le pourquoi du comment de cet article. Je me sens affreusement seule ces derniers mois face à tout ça, la même chose pour mes amis. Et sans doute la même chose pour beaucoup d’entre vous derrière vos écrans. Cet article n’avait pas pour but une forme d’auto-complaisance, juste une bouteille à la mer des solitudes. Une envie de vous envoyer plein de bonnes ondes à vous qui passez ici, quelque soit ce que vous traversez en ce moment. Voici pour vous un grand câlin virtuel gratuit…

Faîtes attention à vous, et dans la mesure du possible, concentrez vous sur ce qui va bien… Et du coup, je vous propose de faire une liste de petits « rien » qui donnent le sourire, à nous tous… Ca vous dit ? Je commence… (j’éditerai avec vos suggestions…)(oui je sais, c’est hyper niaisoux, mais je me sens seule et j’en ai marre de voir que sur mes TLs les gens ne partagent que les trucs pourris… j’ai envie de partager des trucs chouettes, jolis, agréables avec des gens. Si c’est aussi ton cas, aller viens, on se laisse aller à jouer les bisounours ! Promis on le dira à personne, on gardera nos réputations de cyniques !)

  • J’aime bien traverser la dalle en bas de chez moi et découvrir suspendus aux arbres des vêtements, des bouts de draps, parfois des sacs. J’essaie toujours d’imaginer comment ils ont pu arriver là.
  • Quand j’ai réussi à expliquer une idée compliquée
  • Quand ma mère m’envoie des photos des chats, ou mon frère de la musique
  • Le pccht de la canette du coca qu’on ouvre, l’odeur quand on verse le lait chaud sur le cacao en poudre
  • Retrouver une chanson après des années sans l’écouter, se rappeler à quel point on l’aimait
  • Recevoir autre chose que des factures
  • Trouver sur mon blog ou mon facebook un commentaire de quelqu’un que je ne connais pas
  • Attraper le regard d’un inconnu dans le métro et échanger un sourire
  • Sentir l’eau goûter de mes cheveux pendant que je les laisse sécher
  • Réussir une recette que je teste pour la première fois
  • Recevoir au dernier moment une invitation pour boire un verre, manger ensemble
  • Le bruit de mes pas dans la rue quand je traverse la ville la nuit après le dernier métro, sentir que les rues sont à moi
  • passer devant la mare aux canards et de voir qui est là (hérons, rat musqué, canards, avocette… petits)
  •  une lumière dans la nuit et apercevoir par la fenêtre, une personne bien installée dans son canapé regarder la télé,
  •  un sourire d’une personne croisée dans la rue,
  •  un échange avec un ou une inconnu(e)autour d’une recette, d’un film…
  •  écouter et se balader le long de la mer,
  •  entendre les oiseaux, les grenouilles,
  •  sentir la nature
  •  partager un rire,
  •  rencontrer de nouvelles personnes
  •  lire, écrire…
  • Découvrir un truc, n’importe quoi
  • Apprendre un truc, quel qu’il soit
  •  Réussir à placer le truc appris mine de rien dans un échange
  •  Parler d’autres langues
  •  Les paysages tout enneigés
  •  Les animaux trop choux
  •  Les jeunes animaux qui te mordillent, te lèchent
  •  Le chocolat
  •  Les crêpes, les raclettes, les couscous, les galettes bretonnes, tout plat avec plein d’amour
  •  Recevoir un mail d’un pote, un texto d’un cousin éloigné
  •  Un bon feu de bois
  •  Réunir les gens qu’on aime autour de soi
  •  Leur dire qu’on les aime
  •  Se faire vanner par ses amis
  •  Être fier d’un truc qu’on a fait tout seul
  •  Recevoir le retour bien mérité de son travail
  •  Les douches après toute la journée de sprint
  •  Les 2H22 (Sisi, j’te jure)
  •  Glander sans (trop) culpabiliser
  •  Discuter avec un type alors qu’on sait qu’on le reverra jamais
  •  Courir pour avoir son bus/métro/train et l’avoir de justesse
  •  Arriver sur le quai et voir que le train arrive pile à ce moment là
  •  Se perdre sur internet et découvrir des trucs géniaux
  •  Les bonnes vidéos youtube qui vont rire et réfléchir en même temps
  •  Voir des bollywood pour déverser son cerveau sur le parquet
  •  S’entendre dire des trucs gentils
  •  Marcher seul
  •  Marcher en bande
  •  La ville la nuit
  •  Quand quelqu’un prend soin de toi
  •  Quand quelqu’un a une petite attention pour toi
  •  Quand tu fais rire les autres
  •  Quand tu ris sans trop plus savoir le pourquoi du comment
  •  Quand on te dit « shhhht » mais que tu peux juste pas t’empêcher de crier, rire, chanter
  •  Chanter
  •  Danser n’importe comment
  •  La musique
  •  Le silence
  •  Les gens qui sourient pour un rien
  •  Les gens qui t’encouragent
  •  Les coups de gueule contre des trucs qui te révoltent aussi
  •  La mer
  •  Un ciel étoilée
  •  Faire des rêves sans queue ni tête
  •  Les petites victoires
  •  Les petites économies
  •  Se faire plaisir
  •  Faire plaisir aux autres
  •  Les regards bienveillants
  •  Attendre la sortie d’un film, bouquin, vidéo, n’importe et ne pas du tout être déçu
  •  Les bonnes surprises
  •  Les grasses matinées
  •  Le violet
  •  Le rouge
  •  Se faire pardonner
  •  Se pardonner
  •  Être bourré mais pas trop
  •  Oublier le jour, l’heure
  •  Penser à soi
  •  S’acheter un petit truc
  •  Le pain tout chaud
  •  Les fringues confortables et cool…

Je vous laisse la suite !

Pour une plus grande égalité des balançoires

Monsieur le Président,

Bien que votre magnificence nous éclaire d’ores et déjà dans les ténèbres de notre pitoyable existence, les grands enfants que nous sommes viennent vous demander d’être leur guide. En effet, les balançoires des squares de notre belle France ne se trouvent pas en mesure d’accueillir tout le monde de la même façon. Voyez-vous, les balançoires de notre beau pays semblent être réservées à une catégorie de personnes, communément appelée « sales gosses ». Ainsi, les êtres humains, comme vous et moi, ne peuvent bénéficier d’un tel bonheur. C’est pourquoi, au nom des valeurs de notre si grands pays, nous désirerions rétablir l’égalité devant les balançoires. Fort heureusement, une telle injustice ne saurait être tolérée par un esprit de justice pur tel que le vôtre et il vous sera donc aisé de rectifier cet affront.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président, mes plus sincères sentiments de servitude.

AM, scarification, modification corporelle, épilation : quand on mélange torchons et serviettes

Il y a quelques mois, je errais chez un bouquiniste d’occasion à la recherche d’une connerie à offrir à ma mère à l’occasion de ses 50ans. Je fouinais du côté du rayon zen bien-être psychologico-écolo-végétariano-spirituel. Je me disais que j’y trouverais bien une connerie du style « bien vivre le feng shui de son crayon bille ». A force de chercher, je suis tombée sur un livre, dont je ne me souviens ni du titre ni de l’auteur, mais dont le seul résumé suffit à me mettre hors de moi (mémoire sélective quand tu nous tiens). A l’origine de cette rage, une phrase. Un choix des mots extrêmement foireux. En gros, on t’explique que le livre parle du corps de la femme dans nos sociétés contemporaines. Bon, sujet classique. Et là on te précise l’angle d’approche :

Le corps de la femme dans nos sociétés contemporaines se voit souvent mutilé de plusieurs façon : scarification, épilation, tatouage et piercing, etc.

WHAT THE FUCK ?
M’écriais-je intérieurement, avalant au passage ma salive de travers (ce qui conduit toujours à un moment de ridicule des plus embarrassants). C’est QUOI cette association d’idée complètement foireuse ? C’est QUOI encore que ce putain de bordel ? Vous me direz que ce n’est qu’un mauvais choix de mots, pas de quoi fouetter un chat. Le problème c’est qu’écrire un livre c’est justement choisir des mots, c’est même à 90% ce à quoi consiste écrire un livre. Alors non on ne peut pas trouver que c’est un argument valable. Et en tant qu’ex-auto-mutilée je ne pouvais laisser passer une connerie pareille. Alors rappelons plusieurs principes élémentaires.

Pourquoi accoler les termes « mutilation » « scarification » « modification corporelle » et « épilation » (sans parler de « etc » qui laisse la porte ouverte à toutes les interprétations foireuses)  est dangereux ? Parce que c’est complètement se tromper de réthorique, c’est confondre des choses qui n’ont rien à voir les unes avec les autres si ce n’est que le corps est impliqué à un moment ou un autre. Sauf que la symbolique et l’intention ne sont absolument pas les mêmes dans ces quatre cas.

Commençons par le plus simple : épilation et mutilation
Si l’on veut inclure l’épilation dans les grandes familles des (auto)mutilations, ça veut dire qu’il faut prendre le terme mutilation au sens large, et quand je dis au sens large, j’entends XXXXXXXL. L’un des gros problèmes (si ce n’est LE problème) quand on étudie les mutilations, c’est de définir mutilation. En français, on a trop peu de mots alors on confond tout, en anglais, il y en a tellement qu’on ne sait plus de quoi on parle (de self-harming à cuttings en passant par self-destruction vous avez l’embarras du choix). Au sens le plus restrictif, la mutilation est effectivement une douleur qu’on s’impose dans le but pur et simple de se faire mal. L’imaginaire collectif aidé par Hollywood aura retenu les coupures sur les bras. Sauf que, ces mutilations comprennent aussi l’arrachage des cheveux, les brûlures, les griffures, les morsures, les coups dans des murs. Au sens un peu plus large, on entend destruction et ainsi vous jeter dans la lutte face à 10 mecs plus baraqués que vous en sachant très bien que vous allez prendre cher est une mutilation. Anorexie et toxicomanies diverses peuvent même être incluses là dedans. Et au sens TRES large c’est toute atteinte faite au corps. Et c’est dans cette optique que l’auteur peut ainsi accoler épilation et mutilation. Le gros problème de cette définition, c’est qu’à ce compte-là, TOUT est mutilation. Aller chez le coiffeur est mutilation, se couper les ongles est mutilation, laver ses dents même peut être mutilation.
« C’est justement le point abordé ! » me direz-vous. Non non et non. Et re non (pour le principe). Mutilation est un terme en tout point connoté négatif. EN TOUT POINT. Il n’existe absolument aucune exception à cela. Hors, la portée d’une épilation n’est en RIEN la même que celle de s’ouvrir les veines. L’épilation est socialement reconnue, elle est vecteur d’intégration, de reconnaissance. Afficher vos belles jambes fraîchement épilées et on vous offrira les plus beaux sourires du monde (voire mêmes des fleurs). Afficher vos bras laminés et tout le monde fuira, au mieux on détournera poliment les yeux mais on fera en sorte d’être débarrassé de vous au plus vite. On s’épile pour se sentir joli(e), bien dans sa peau, pour faire plaisir à quelqu’un, etc. On se mutile pour se décharger, pour soi même, à la limite pour appeler à l’aider. Bref, épilation et mutilation sont des termes qui n’ont absolument rien à faire dans la même phrase tellement ils ne sont pas porteurs des mêmes valeurs.

On continue : mutilation et scarification.
Deux termes qui flirtent régulièrement ensemble et dont la nuance nous échappe souvent. A l’époque où je traînais sur les forums d’entraide c’était une polémique qui revenait souvent (genre c’est le point Godwin des AM quoi). Hors là aussi, symbolique, intuition, portée et histoire ne sont absolument pas les mêmes.
La scarification est une pratique rituelle : elle est souvent utilisée lors de rite d’initiation ou de passage comme on peut en trouver dans ce que nous appelons les sociétés dites primaires. En bref et très grossièrement (car je ne suis pas non plus spécialiste en la matière), ces scarifications, qui pour le coup sont la plupart du temps des coupures voire des incisions, peuvent symboliser le passage à l’âge adulte, l’appartenance à un clan, une preuve de bravoure (genre t’as killé un crocodile à mains nus avec les yeux bandés), etc. Souvent les scarifications ne sont pas de simples traits, on trouve la présence de motifs qui sont bien particulier et sont porteurs de sens (encore une fois). Ces scarifications peuvent ainsi être lus par tous les gens du clan qui savent à qui elles ont à faire. (encore une fois si un expert passe par là et qu’il veut préciser, apporter ses lumières, c’est open)
Plusieurs soucis : le livre veut parler de nos sociétés. Sous-entendu : société occidentale. Hors, la société occidentale est issue d’une culture judéo-chrétienne. Et si dans ce type de société, mourir en martyr, c’est bien, voire trèèèès bien, les scarifications, c’est mal. Pourquoi ? Dans cette culture-ci, le suicide est extrêmement mal vu car il revient à prendre possession complètement de quelque chose qui ne nous appartient pas puisque ça appartient à Dieu : notre corps et notre âme. Hors, la scarification (comme la mutilation d’ailleurs) revient à transgresser cette loi de Dieu. Vous me direz en bon fruit de la génération spontanée que vous êtes que nous vivons dans une société laïque et que donc, ça on s’en bat. Alors qu’en vrai nous sommes pétris de ces imaginaires-là. D’ailleurs, la loi française est tournée de telle sorte qu’il est tout aussi illégal de faire du mal à son voisin que de s’en faire, tout aussi interdit de tuer son voisin que de se tuer. (Bon comme on porte rarement plainte contre soi-même pour coup et blessure, c’est rarement utilisé…) Tout ça pour dire qu’il est nul et non avenu de parler de scarification dans nos sociétés occidentales puisque c’est une pratique qui n’y a pas sa place. Et encore une fois parce que scarification et mutilation ce n’est PAS la même chose.

On attaque donc le dernier amalgame à la con j’ai nommé : modification corporelle et mutilation.
Si on reprend nos petites définitions du début, tatouage, piercing et autres implants (aller, soyons fous ! on va même s’amuser à ajouter la chirurgie esthétique dans cette partie ! parce que je suis sûre que ça apparaît aussi quelque part dans le livre) peuvent au sens trèèèèès large être considérés comme des mutilations. En effet on fait un trou dans le corps pour y mettre des trucs dedans, on fait des multiples petits trous tout mini pour y mettre de l’encre, on fait des grands trous pour mettre des implants mammaire, etc. Il y a donc effectivement blessure du corps qui donne lieu à des soins (surveillance, hygiène, désinfection, etc). On peut donc penser encore une fois que bah oui, dans un sens il y a empiriquement mutilation puisqu’il y a blessure. Alors me direz-vous qu’est-ce que je vais bien trouver à redire ? Surtout que pour le coup, il reste une grande part d’imaginaire collectif négatif associé au monde des modifications corporelles. Surtout que parfois, le sens porté par une mutilation au sens restreint et une modification corporelle peut être le même. Et bien encore une fois, non, non et non. Je refuse l’amalgame lexical. L’intention n’est pas la même. Si dans les deux cas on peut retrouver une volonté de contrôler le corps, le reste diffère. Les modifications corporelles sont voulues par le « sujet » dans un esprit d’esthétisation, donc elles sont vues de façon positives. Alors que la mutilation vue par le sujet se fait dans un esprit de punition, de douleur, de souffrance, de haine, de colère, et j’en passe et des meilleurs parce qu’il y a autant de raisons de se mutiler que de gens pour le faire.

En conclusion, j’étais enragée pour tous ces amalgames foireux et non justifiés. Bien sûr qu’il existe des cas où les choses se mélangent mais encore une fois qu’on arrête les généralités foireuses, qu’on arrête la stigmatisation gratuite.

J’étais en colère pour une deuxième raison que j’ai mis plus de temps à m’avouer. Quand j’étais en plein dans la tourmente, le cutter dans le sac 24/7 et des pansements sur les jambes en continuité, j’ai cherché des réponses. Je me suis dit que les scientifiques, les mecs qu’on fait 10ans d’étude, qui ne concluent rien sans avoir prouvé 15 000 fois une même chose auraient peut-être des pistes à m’offrir. Et vous savez quoi ? Je n’ai rien trouvé. Je n’ai trouvé aucune étude qui valait la peine d’être lue, aucune qui n’était pas un ramassis de conneries sans nom. A l’heure actuelle, j’ai trouvé une seule étude qui pouvait valoir la peine : c’était une étude sociologique qui expliquait pourquoi on avait autant de mal à étudier ces comportements. Autant dire que malgré l’intérêt de la chose ça me fait une belle jambe.
Ado, je ne trouvais donc que des « études » de ce type pour répondre à mes questions. Voilà tout ce qu’on a. L’art s’attaque très peu au sujet, que ce soit livre, film, etc. Le seul film que j’ai vu en traitant alliait ça au masochisme, ce qui encore une fois est un raccourci des plus foireux. Voilà pourquoi ce genre de livres m’énervent : ils ne font que cultiver des raccourcis à la con sans offrir les réponses à ceux qui en ont besoin.