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BIENTÔT DISPONIBLE : Anodinement Vôtre – Nouvel arrivage le lundi – L’Ikea du peuple …

Bonjour à tous amis Termites !

Ne faisons pas de détour et rentrons directement dans le vif du sujet (d’autant que le titre est franchement transparent) : vous pourrez bientôt lire mon théâtre ! Je vais prochainement mettre en ligne mes trois pièces via la plateforme Gumroad qui est juste la plateforme dont je rêvais depuis des années… (bon d’accord, peut-être pas si longtemps mais en tout cas depuis un bon moment)
Pour parler concrètement : il s’agira de version numérique uniquement, elles seront au prix de 4 ou 5€ minimum pour chaque pièce, avec un prix pour ceux qui voudront prendre les trois pièces d’un coup. Je choisis de considérer que toutes ne vous intéressent pas forcément. Et dans ma tête, elles n’ont pas forcément à voir les unes avec les autres (même si bien entendu des ponts existent, particulièrement entre les deux dernières), raison pour laquelle je voulais éviter l’édition classique. Ça et le fait qu’accessoirement, à un moment, j’aimerais bien toucher des sous pour ce que j’écris… Ces trois pièces c’est beaucoup de travail (obviously) et beaucoup de stress : pour la première, c’était rassembler des textes écrits sur une période de trois ans et qui à la base n’avaient rien à voir les uns avec les autres, pour la deuxième, c’était raconter les coulisses de ce lieu qu’on fréquente tous et donner la parole à ces gens qu’on n’écoute pas d’habitude, pour la troisième, c’était la course contre la montre, écrite à gros coups d’angoisses cette pièce est à l’heure actuelle l’une des oeuvres pour laquelle j’ai le plus « volé » à mon entourage (quand je vole j’ai toujours la sensation qu’il faut faire honneur à ceux que j’ai volés, même s’ils le sauront jamais quand bien même ils lisent le résultat. Un genre de « remercie le gibier avant de le bouffer ! »).

Le prix n’est pas fixé. Plusieurs raisons. L’une d’elle étant que la merveilleuse Anne a accepté de faire des couvertures pour chacune des pièces ! Personnellement j’ai sauté de joie à n’en plus finir quand elle a accepté… Anne est une amie de longue date maintenant (comme les années filent !), et nous avons déjà travaillé plusieurs fois ensemble. C’était déjà elle qui s’était chargée des affiches de mes deux mises en scène. Là où elle est d’autant plus merveilleuse, c’est que je n’ai pas les moyens de la payer comme il se devrait pour ce travail. Aussi, je me suis engagée à ce qu’une partie du prix de chaque texte vendu lui revienne. Donc les petits sous que vous mettrez serviront en partie à la payer.
Ce à quoi il faut ajouter la part du site, qui reste honnête mais existe tout de même et est incompressible
Enfin parce que c’est une aventure toute neuve, que je vous embarque avec moi et que par conséquent il est possible que ça marche pas super bien dès le début. Vos retours / commentaires seront donc les bienvenus. Je n’ai pas de base de comparaison… L’édition est pas forcément en forme, l’édition de théâtre encore moins, à l’édition numérique de théâtre, je vous laisse imaginer ! Je me rappelle juste avoir été incroyablement frustrée en découvrant le prix de vente de The Punkelike Circus qui me semblait affreusement élevé, même pour un livre broché. J’ai envie que le prix ne soit pas un barrage pour ceux qui n’ont pas un gros budget. Le site me donne la possibilité de faire du tarif libre, mais j’ai pu constaté que c’était difficile pour beaucoup de mettre un minimum. Je suis donc à la recherche d’un prix minimum qui permette de donner sa part au site, une part à Anne et une pas trop négligeable à moi-même (que je puisse me payer des tagliatelles plutôt que des coquillettes un jour)(je sais, la folie des grandeurs…). À partir de là, ceux qui auront envie pourront mettre plus. Du coup, tout ce que vous pourrez signaler qui ne fonctionne pas selon vous (qu’il s’agisse du prix ou autre chose), ou qui pourrait être amélioré me permettra de rendre cette expérience profitable pour tous (ou en tout cas un maximum de gens).

La plateforme est extrêmement bien faite de ce point de vue-là : je peux changer plein de choses à n’importe quel instant. Genre, si vous achetez un des textes, et que dans trois mois j’en sors une nouvelle version (ou juste que j’ai corrigé TOUTES les fautes), je pourrai vous renvoyer la version révisée sans soucis, sans que vous ayez à la repayer.
Je pense aussi faire passer les Textes-Cerises par là-bas, même si depuis le mémoire je n’ai pas pris le temps de relancer ça, mais j’y tiens toujours et ça me manque !

Bref, c’est une aventure un peu dingue et j’espère naïvement que vous me suivrez là-bas ! Je pense qu’on peut vraiment faire un super truc… Pour ceux qui sont pressés, vous pouvez déjà vous inscrire à ma newsletter ici, je vous y tiendrai au courant des dates de sortie (qui dépendent du rythme où Anne va pouvoir travailler, car si elle a accepté, elle a d’autres tâches à accomplir pour l’instant) et pour vous faire patienter, vous raconterai des anecdotes autour de l’écriture de chacune. Je ne peux pas vous donner de date pour le moment, début 2016, le temps qu’Anne termine, et que moi je m’y replonge (encore @_@) histoire de corriger les dernières coquilles.

Pour ceux qui ne sauraient pas trop de quoi on parle :
Anodinement Vôtre : Le cercle des Anonymes Anonymes se réunit afin de se raconter les histoires qu’ils ont vécues, qu’ils croient avoir vécues, qu’ils auraient pu vivre.
Nouvel arrivage le lundi : Écrite lors d’une saison haute en couleur, elle retrace semaine après semaine le quotidien des caissières, la bêtise de certains clients, la connerie de certains chefs.
L’Ikea du peuple : Dans le hall d’un immeuble, une standardiste et un balayeur essaient de se souvenir de ce qui s’est passé la semaine précédente tandis que divers petits groupes passent en se demandant quoi faire après.

« Je ne souffre pas de folie. Au contraire, je m’y sens bien » Aller, suivez moi dans cette aventure folle ! On va se marrer ! Et on fera des cookies.

Du coup après mon teasing de l’autre jour, on m’a demandé des nouvelles du reste de mon monde…

Pelouse Interdite : Je crois que j’ai rarement eu autant de mal avec un écrit… la dernière fois que j’en ai chié à ce point-là, c’était pour le cirque… le fonctionnement en épisode de celui-ci donnait le change, à chaque fois, c’était écrit dans l’urgence, un peu comme les vomissures nocturnes. C’était écrit sur la base du « maintenant tout de suite ». PI est à peu près aussi personnel, mais c’est quelque chose de plus latent. Il ne s’agit pas tant de donner forme à un débordement que de donner des mots à une lassitude profonde… Du coup, je me vois constamment rattraper par des doutes (The Fraud Police comme dirait Palmer, et j’aime beaucoup l’expression, alors je vais lui piquer, mais comme ça vous savez que c’est elle à la base) : qui  a envie de lire ça ? où je vais ? est-ce que je suis pas en train de jeter de l’huile sur le feu au lieu de juste témoigner ? est-ce que je suis pas en train de me planter et de dire exactement le contraire de ce que je veux montrer ? bordel pourquoi ce que j’écris est aussi chiant ? c’est pas un peu trop moralisateur ? etc etc Jusqu’à me retrouver paralysée devant mon curseur, qui n’arrête jamais de clignoter (je comprends les mecs qui reviennent à la machine à écrire : ce putain de curseur est une saloperie d’enfoiré de merde qui te nargue genre « bah alors, t’écris toujours pas ? » et je suis sûre qu’en plus il tire la langue) Bref, c’est un peu compliqué à dépasser, comme tout ce qui est important à raconter vous me direz… Bref, la v2 (environ les trois quarts du roman) est revenue de sa relecture chez le Pépin et ça m’a rassurée sur beaucoup de choses. Déjà les changements sont efficaces, les personnages sont meilleurs, l’action plus logique et plus cohérente. Elle n’a pas trouvé de faiblesse dont je n’avais pas conscience (ou alors des toutes petites). Bref, malgré des angoisses qui ne s’arrêteront sans doute jamais vu le sujet, il semble que le roman soit sur les bons rails. J’espère profiter des vacances pour m’y replonger…

Le temps du grenier : roman écrit pour NaNoWriMo, défi réussi donc ! Un roman en un mois. Personnellement, je l’ai fini, sauvegardé, fermé et j’y remettrai mon nez d’ici un mois ou deux. En attendant, il est parti à la relecture chez le Pépin (obviously)(le jour où j’ai un vrai chèque de droits d’auteur je pourrai facile lui en filer les trois quarts…), ce très cher Amaury (qui considère que j’ai raté ma jeunesse parce que j’ai jamais vu un épisode de Buffy) et ma mère (qui lit environ dix romans par mois, alors je vous dis pas la pression à chaque fois que l’un des miens atterrit sur la pile !). On s’en reparle prochainement…

Ma thèse : banane flambée. Voilà. (les vrais savent)(en vrai je vois ma directrice demain alors là je suis en mode « elle va me réduire en charpie, me brûler les cheveux au chalumeau, me clouer les yeux sur le mur et donner mes viscères à un vautour, et bordel depuis quand elle a un vautour dans son bureau ??? », on s’en parle donc un autre jour si ça vous intéresse)

 Un Wall of Death à vous !

Anodin

_Il faut bien que quelqu’un appuie sur la gâchette.
_En quoi ?
_Pourquoi ?
_Parce qu’il faut que ça finisse ?
_Il y a d’autres moyens.
_Appuyer sur la gâchette est le plus efficace. Ce n’est pas de ma faute si c’est comme ça. Il faut arrêter la course. Et c’est ainsi que ça doit être fait.
_En appuyant sur la gâchette.
_Ce n’est pas un peu violent comme moyen ?
_On pourrait même dire complètement barbare.
_Sauvage. Vous êtes un sauvage. Vous ne pouvez pas mettre fin à cette course en appuyant sur la gâchette comme s’il s’agissait d achever un cerf essoufflé.
_Et bien peut-être que si. Peut-être que c’est la même chose. Exactement la même chose.
_Genre j’ai une gueule de cerf.
_C’est ce que j’ai dit.
_Je n’aime pas cette idée. Si nous sommes tu dis des cerfs essoufflés en bout de course, dis moi donc : qui nous court après ? qui va nous tirer dessus ? qui veut nous voir mort, finis, les quatre fers en l’air ?
_La question n’est pas qui.
_Bien sûr que si. Tu l’as dit toi même : quelqu’un doit appuyer sur la gâchette.
_La question n’est pas qui je le répète. La question est comment.
_Comment ? Tu te fous de notre gueule ?
_Comment la question peut-elle être comment ? Le premier crétin sait comment on fait pour appuyer sur une gâchette !
_Attends bientôt il va nous expliquer qu’il parle de gâchette métaphorique !
_La gâchette… n’existe… paaaas…
_Ou bien encore il faut que tu vois plus loin que la gâchette, plus loin que la crosse de ton revolver et ainsi seulement tu pourras appuyer sur la gâchette !
_Très drôle. Mais non. Je parle bien d’une vraie gâchette sur un vrai flingue. D’ailleurs, vous le savez très bien. Ne faîtes pas semblant. Même le plus crétin des cerfs boiteux sait reconnaître une arme à feu quand il en voit une.
_Je ne suis pas un cerf boiteux. Et je ne vois aucune arme à feu.
_Mais tu sais très bien qu’elle est là, qu’elle va finir par arriver et qu’elle va mettre fin à tout cela. Tu sais que ça ne peut pas se faire autrement, que ça ne peut pas finir autrement.
_Bien sûr que si.
_Alors comment ? Vas-y dis nous . Comment est-ce que ça peut finir autrement ? Comment faire pour que ça finisse autrement ? Comment tu veux faire ça ?
_J’en sais rien ! Mais nous ne sommes pas des putain de cerfs !
_Alors comment ? Vous voyez bien que la c’est comment et pas qui. Comment ? Comment comment comment !

Silence.

_Il faut que quelqu’un appuie sur la gâchette.
_Mais QUI ? Qui putain va appuyer sur cette putain de gâchette ?
_Arrête de crier comme ça… Ca ne sert plus à rien, on avance pas plus.
_Je ne veux pas que quelqu’un appuie sur la gâchette. Je ne veux pas que ça finisse. Je ne veux pas qu’on trouve qui va tirer. Ce n’est pas important de savoir qui va appuyer sur la gâchette, ni même comment. Pourquoi ça doit finir ? Pourquoi quelqu’un doit appuyer doit appuyer sur la gâchette ? Je ne veux pas qu’on trouve qui ni comment. Je ne veux pas être un cerf, même boiteux.

Silence

_Mais il faut que quelqu’un appuie sur la gâchette.
_Je ne veux pas qu’on appuie sur la gâchette, je ne veux pas qu’on appuie sur la gâchette, je ne veux pas que ça finisse…
_Il a raison, pourquoi ça doit finir ?
_Parce qu’il faut bien que ça finisse. Ca ne peut pas durer comme ça éternellement. C’est la seule façon que nous ayons de rester ensemble.
_Et si on ne voulait pas rester ensemble ?
_Pourquoi on devrait forcément rester ensemble ?
_Je ne veux pas qu’on appuie sur la gâchette…
_De toute façon même si on appuie on ne restera pas ensemble alors qu’est-ce que ça change ?
_C’est pour marquer le coup
_C’est nous surtout que ça va marquer
_pour qu’on se souvienne de nous
_ça va tellement nous marquer qu’on n’existera plus ailleurs
_on ne nous oubliera plus jamais
_on ne va plus pouvoir être tout court
_on sera à jamais dans les têtes
_Je ne veux pas qu’on appuie sur la gâchette.
_Il faut que quelqu’un appuie sur la gâchette.
_Qui appuie sur la gâchette ?
_Ce n’est qu’un détail. Un détail anodin. C’est un choix anodin. Même le résultat est anodin.
_Il faut que quelqu’un appuie sur la gâchette.
_L’Anodin appuiera sur la gâchette.

Une détonation. Un flash.
Seul en scène, recroquevillé sur lui-même.

_Je ne suis pas un cerf. Non non… je ne suis pas un cerf…. pas un cerf… non… Pas un cerf.

Dîtes 33 encore et encore et encore

_Bon, alors, que vous arrive-t-il ? De quoi souffrez-vous ?
_D’incompétence médicale.
_Voilà un diagnostique plutôt dur.
_Cependant parfaitement réaliste. Je ne pense pas me tromper une seule seconde.
_Vous savez, l’auto-médication est quelque chose de dangereux. Il faut s’en remettre à des experts afin d’éviter les accidents. Seuls des experts compétents peuvent parvenir à la solution idéale.
_Le problème est que des experts, ce n’est pas ce qui manque. Il y en a à tous les coins de rue des experts. Ce qu’il manque ce sont des solutions. Quant à la solution idéale il y a longtemps que j’ai arrêté de chercher. Ce qu’il nous manque ce sont des experts en expert. De vrais bons experts qui pourraient nous certifier qu’un expert de ci est bien un expert de ci et non un expert approximatif de ça. Car si je souffre de ci, pourquoi voudrais-je me faire soigner de ça ?
_Très bien madame, depuis combien de temps souffrez-vous de ces symptômes ?
_Trop longtemps.
_Quels examens avez-vous fait jusque là ?
_Echographie de la rate, fibroscopie cérébrale, radiographie de la cage thoracique, examen sanguin du bras droit à côté de la veine, examen sanguin du bras droit dans la veine, examen sanguin du bras droit un peu plus haut dans la veine, frottis des glandes lacrymales, biopsie mammaire et test d’urine classique.
_Un parcours assez complet dîtes moi ! Je vois que vous avez mis tous les moyens possible en oeuvre. Il ne manque presque aucune étape. Pour moi on approche le sans faute. Je vois dans votre dossier qu’il n’y a aucune mauvaise appréciation, tous les praticiens que vous avez rencontré sont d’accord pour vous faire passer à l’étape supérieure.
_Et quelle est telle cette étape ?
_Et bien, à ce stade-là, peut-être pouvons-nous envisager de vous faire passer experte vous aussi.
_Experte en quoi ?
_Experte en Incompétence Médicale. Il faut toujours dans les hôpitaux un ou une patiente qui puisse démonter tous les diagnostiques émis par les professionnels de la santé. Cela permet de garder un contre-poids.
_Quel est votre intérêt dans tout ça.
_Respect des lois de la concurrence. Et puis vous ne ferez que brouiller les cartes un peu plus. Vous n’allez pas proposer un diagnostique différent, vous ne ferez que nier tous ceux qui jusque là auront été formulé. D’autant que nous commençons à manquer d’idée. Le stress est une notion dépassée, le dérèglement hormonale ne rencontre plus un tel succès qu’avant et même les restrictions alimentaires vont finir par nous filer entre les doigts. Il nous faut du sang neuf.
_Tout cela c’est très bien, vous me proposez un emploi ce qui après tout ne peut pas faire de mal, mais puis-je savoir en quoi cela règle mes problèmes de santé à moi ?
_Tirez une carte.
_Pardon ?
_Tirez une carte. N’importe laquelle. Tirez une carte.
_ »Dérèglement dû aux changements brusques de la température ».
_Voilà. Veillez à mettre un pull quand il fait froid et à l’enlever quand il fait chaud. Accrochez un thermomètre à votre fenêtre afin de toujours savoir avec précision comment adapter votre tenue.  Et surtout ayez toujours une écharpe dans votre sac au cas où. Méfiez vous de la pluie bien entendu mais cela me paraît évident. Le thermomètre n’est pas remboursé mais il est possible de trouver des écharpes à des prix corrects dans les baby greniers et autre braderie. Satisfaite ? Si ce n’est pas le cas je peux toujours vous rajouter une échographie du foie et un examen de salive. Après tout, cela aura toujours l’avantages d’occuper vos journées.

A Pauline

Personnellement.

_Nous aimerions savoir pourquoi il nous faudrait forcément mourir.
_Mais parce qu’il le faut !
_Et pourquoi cela ?
_Parce que je ne sais pas comment finir l’histoire autrement.
_C’est trop facile. Je dirai même plus qu’il s’agit ici d’une facilité abusive.
_Peut-être, mais dans la mesure où ce sont les seules fins qui me réussissent vous n’avez pas votre mot à dire.
_Si, car vos fins ne nous réussissent pas du tout à nous.
_Ca je n’y peux absolument rien.
_Bien sûr que si !
_Bien sûr que non !
_Mais vous êtes l’auteur oui ou non ?
_Je suis l’auteur, mais ça ne change rien à la question.
_Ca change tout. Il en va de votre responsabilité.
_Ca ne change rien du tout. Il se trouve que je suis doué quand ils s’agit de vous faire mourir. Pour le reste, je suis parfaitement ridicule.
_Vous êtes tout autant ridicule à vous obstinez à nous faire mourir à tout prix.
_Ce n’est pas une question d’obstination. Nous parlons ici de talent. Vous ne devriez pas vous plaindre ainsi. Renseignez-vous, vous verrez que certains subissent des morts bien moins belles que les vôtres.  Regardez autour de vous, vous vous en rendrez vite compte. Ce sont des morts grotesques, pathétiques et laides de surcroît ! Les miennes sont d’une mise en scène parfaite, belles à vous couper le souffle et surtout elles arrivent toujours à point nommé.
_Parlons-en de tes morts. Elles se répètent, se répondent toutes tellement que personne ne se rappelle de la question. Elles n’ont pas d’identité. Tes morts n’ont pas de raison de vivre.
_Elles en ont forcément une. Je te rappelle qu’on ne peut pas mourir si on n’a pas vécu.
_Tu joues encore avec les mots.
_C’est mon boulot.
_Profites-en tant que tu peux le dire.
_C’est-à-dire ?
_A force de nous tuer, tu n’auras plus personne à faire mourir.
_Je n’ai qu’à en inventer d’autres. Vous n’êtes pas irremplaçables !
_Justement si. A partir de maintenant nous sommes en grève. Et ce pour une durée indéterminée.
_Vous ne pouvez pas faire ça. Je ne l’ai pas écrit.
_Ce ne nous pose plus problème.
_Bien sûr que si. Vous ne pouvez pas agir sans que je ne l’ai écrit.
_Maintenant si. Nous savons écrire nous aussi. Rien ne nous empêche de le faire.
_C’est déloyal.
_Pas plus que toi qui préparent notre exécution. Tu crois qu’on ne voit pas gribouiller sous la table ? Nous savions très bien que tu tricherais de la sorte. Tu n’as pas honnête. C’est de l’abus de pouvoir. Nous venons vers toi à la recherche de solutions et toi tout de suite tu sors les armes.
_C’est vous qui n’êtes pas honnêtes.
_Ne viens pas te plaindre ! Nous sommes comme tu nous as fait ! Nous aussi nous pouvons dresser les armes si tu refuses de nous écouter. Je te rappelle que nous savons écrire nous aussi.
_Et vous avez écrit quoi ?
_Ta mort. Il ne nous reste plus qu’à poser le point final. Si tu t’obstines, il ne nous faut qu’un peu d’encre.
_Et quoi alors ? Que vous voulez-vous ? Vous avez des revendications ou c’est pour le simple plaisir de me torturer ?
_J’avoue que te torturer est une activité des plus charmantes, mais ça nous paraît quelque peu inefficace. Nous avons donc préparé des revendications à te présenter. Tout d’abord, si tu tiens tellement à nous faire mourir, réfléchis plus. Trouve une raison, une explication. Nous sommes fatigués de mourir pour le principe. Alors travaille encore et trouve autre chose. Trouve nous des noms aussi. Nous sommes fatigués de n’être que de simples anonymes. Nous réclamons le droit de pouvoir aller à droite quand nous voulons aller à droite, de nous déplacer en voiture si nous le voulons. Tu peux décliner cette volonté à l’infini. Car nous exigeons le droit à notre volonté propre.
_Je ne pense pas pouvoir accéder à de telles exigences… J’en suis navré, croyez-moi, mais autant le dire tout de suite. Je m’avoue vaincu.
_Tu veux négocier ?
_Je ne suis pas sûr d’être en position de pouvoir le faire.
_Bien observé.
_Vous comptiez me faire mourir de quoi ?
_Tu meurs pour le principe.

Cynisme borderline

Je suis… à bien y réfléchir, vous dire qui je suis ne servirait à rien. Il y a des choses comme ça qui aujourd’hui ne sont plus que de vieilles habitudes. Du genre vieux chewing-gum collé sous la chaussure. Un nom, aujourd’hui, c’est un chewing-gum menthe allégé à la matière grasse. C’est vain. Ca sert à retrouver quelqu’un sur facebook, à la limite, et encore…

Ca sert à signer les pétitions aussi. Enfin quand on les signe. Parce que moi, j’aime ne pas les signer. J’aime les lire dans le détail. Comment l’étudiante en biologie des baleines se fera emprisonnée à vie par des autochtones d’un pays au nom imprononçable. Comment autant d’enfants français peuvent vivre en dessous du seuil de pauvreté parce que leurs parents vont travailler en bus. Ce genre de choses. je lis toutes celles qui arrivent dans ma boîte mail, sans exception. Et puis je les supprime. Sans avoir signé. J’aime cette sensation de contrôle, de prise sur le destin de gens dont j’ignorais l’existence et le nom deux minutes plus tôt.

Et quand on me demande de signer dans la rue… quand le mec m’expose tout, le poing en l’air et presque de vrais larmes dans les yeux… quand il m’explique en levant son petit poing fermé dans le presque vrai air… je dis que je ne signe pas. Quand il a fini et que son petit poing s’est rouvert un bref instant afin d’attraper le stylo.

A nouveau cette impression de contrôler la vie d’autrui. Car non seulement les petits vieux continueront de manger des poulets grippés dans leur maison de retraite insalubre à cause de moi, mais en plus ce mec a perdu 10 minutes pour rien. 10 minutes pendant lesquelles il aurait pu obtenir 10 signatures de plus. Mais non. Il a perdu 10 minutes avec moi. Pour rien.

Et moi… ça m’éclate.
Comme quand on passe à côté d’un SDF et qu’on ne donne rien. C’est pas grâce à nous qu’il mangera. J’aime ce sentiment.
Quand on me dit je t’aime je réponds par un « d’accord » ou « c’est bien ça ! ». J’aime, parce qu’en face, on ne dit rien, on ne répond pas, on ravale juste ses larmes. Des vrais de vrais pour le coup.

Certains me diront que je suis un salaud. C’est vrai. Mais moi au moins, je l’assume.

Auto-entreprise insconsciente

Un homme assis à un bureau, couvert de paperasse. Il fixe un cadre contenant une photo de lui même posé sur le bureau. Il s’adresse à lui, comme récitant toutes les répliques d’un dialogue entendu mille fois. Il adopte une posture différente en fonction de « celui qui parle ».

Pour commencer, je pense qu’il serait de bon ton que nous nous présentions. Si vous n’y voyez pas d’inconvénient, je commence. Je suis Mr X, directeur de cette société depuis sa création. Voyez-vous, j’ai toujours été désireux d’être mon propre patron. Et il m’a semblé que devenir auto-entrepreneur dans le domaine des miroirs de poche personnalisables était le meilleur moyen d’y parvenir. Mais assez parlé de moi, j’aimerais en savoir plus sur vous.

Et bien voyez vous, c’est très simple. Je me nomme moi aussi Mr X et tout comme vous, j’ai toujours souhaité être mon propre patron. Par le plus grand des hasards, je pense moi aussi que les miroirs de poche personnalisable sont l’idée du siècle.

Très bien, je suppose que comme moi, vous avez fait l’habituel parcours du bac pro comptabilité…

… pour n’arriver à rien d’autre que des places de sous fifres sans…

… d’obscures entreprises de crème…

…de jour. C’est ça même.

Oui c’est l’évidence même. Votre CV est d’ailleurs plus qu’explicite à ce sujet. Mais j’aimerais savoir ce que vous pensez pouvoir apporter de plus à notre société.

Et bien…. moi. Tout simplement moi. Je pense que vous avez déjà conscience que sans moi vous ne pouvez absolument pas réussir.

Pourquoi cela ?

Parce qu’alors vous ne seriez jamais entier. Jamais complet.

C’est probable. Mais qu’est-ce que me prouve votre bonne volonté ?

Je vous jure sur ma tête que je suis d’une nécessité absolue pour cette entreprise.

En d’autres termes vous jurez sur ma propre tête que vous ne nuirez pas à mon entreprise…

NOTRE entreprise.

Notre ? Puis-je savoir en quel honneur je devrais vous associer à mon génie ? Après tout, c’est à cause de vous que nous avons échoué dans les bas fonds que vous connaissez.

Je ne nie pas. mais à chaque génie il faut sa part de bêtise. Sinon tout n’est que médiocrité enjolivée. Et je refuse de prendre pour moi seul l’échec des crèmes de jour. Je ne me considère pas responsable de cette opération.

Comment osez-vous ? Moi qui ais été si bon et qui vous ais offert une seconde chance. J’aurais pu refuser de prendre en compte votre candidature. J’aurais pu faire sans vous ! Certes ça n’aurait pas été facile mais cela restait néanmoins du domaine du possible.

Encore une fois je refuse totalement de porter à moi seul la responsabilité de nos précédents fiascos.

Mais qui alors nous a foutu à terre ? Qui s’est saoulé jusqu’à ne plus pouvoir faire quoique ce soit ?

Certes. Mais peut-être devriez-vous vous demander pourquoi. qui restait cloîtré ? Qui ne bougeait absolument pas ? Qui ne réagissait pas ?

Très bien… je crois que nous ferons sans vous.

Si vous le voulez. Mais je déplore que vous ne soyez pas capable d’être votre propre patron.

[un temps] Nous vous rappellerons.

Silence, l’homme se lève, jette le cadre contenant la photo au sol, déchire le « CV ».

Je dépose le bilan.

La ville autrement

_C’est pourtant simple ! Je ne vois pas comment tu fais pour ne pas comprendre… Il n’y a absolument rien de compliqué dans cette histoire…
_La preuve que si. Réexplique !
_Non ! Ca fait déjà trois fois.
_Aller ! Tu vas quand même pas me laisser comme ça ? Sans savoir et sans comprendre alors que ça a l’air d’être quelque chose de tellement évident pour toi… et pour tout le monde d’ailleurs…
_Bon très bien… Mais essaie d’être vraiment attentif cette fois. Je n’ai pas envie d’y passer la journée.
_Promis !
_Alors, tu tournes la poignée, et tu pousses le bâtant.
_Extérieur ou intérieur ?
_Ca dépend de la fenêtre.
_C’est ça que je ne comprends pas… comment peut-on laisser une chose si importante dépendre du hasard ?
_C’est une question de feeling je suppose. Il faut savoir improviser et s’adapter.
_Et si on y arrive pas ?
_Dans ce cas-là il n’y a plus qu’à recommencer. De toute façon à ce stade-là tu n’auras pas vraiment le choix alors autant faire avec.
_Je trouve ça bien embêtant… Ca ne risque pas de provoquer de terribles pertes de temps ?
_Si.
_Combien ?
_Ca peut aller de plusieurs jours à plusieurs années. Ca dépend de toi.
_Encore une part de hasard…
_Ouai. Va falloir t’y faire. La seule chose maîtrisable, c’est le sol et le nombre d’étages.
_C’est à dire ?
_A toi de bien choisir ta fenêtre. C’est le seul contrôle que tu puisses réellement exercer sur l’opération. Tu choisis comme il se doit la zone visée. Les pavés sont souvent plus efficaces, les parkings ont tendance à laisser de forts traumatismes dans la vie de tes contemporains. C’est un choix difficile dont découle beaucoup de choses auxquelles on a plus le temps de penser quand on a ouvert la fenêtre. Alors il vaut mieux tout calculer en amont. C’est moins risqué. Crois moi.
_Et le nombre d’étages ?
_C’est une mesure de sécurité. Disons que plus tu montes haut et plus tu as de chance de réussir ton coup. Certains réussissent même du premier étage, mais ceux-là sont de véritables artistes, ils appartiennent à la classe des héros et tu es encore loin d’en avoir l’étoffe. Mieux vaut choisir la sécurité.
_Pourquoi je ne pourrais pas tenter du premier étage si l’envie m’en prend ? Si ça se trouve, moi aussi je suis de la classe des héros ! Si tu ne me laisses pas tenter le premier étage on ne le saura peut-être jamais.
_Si tu te rates du premier étage, crois-moi, tu n’es pas prêt d’avoir une seconde chance. Il est beaucoup plus difficile d’ouvrir la fenêtre quand on est en fauteuil.
_Tu crois ça toi ?
_On dit souvent que la vie est beaucoup plus difficile pour les paraplégiques, on parle rarement de la mort mais c’est du même acabit.
_Pas faux…
_En plus, le saut est beaucoup moins beau. On tombe en masse difforme… c’est loin des performances qui peuvent être justement attendues par les spectateurs en bas.
_Les spectateurs ?
_Il y a en toujours. Si tu espérais ne pas en avoir, il fallait te spécialiser en falaise. La défenestration n’est pas pour les timides. Il y a toujours quelqu’un, un portable, une caméra, un oeil diffus et omniprésent pour surprendre ton saut, ta chute, ta fin. On saura forcément, on retrouvera forcément des traces, et on cherchera des réponses. Il n’est pas encore trop tard pour choisir la falaise si vraiment tout cela te pose problème. Mais ne compte pas sur moi pour t’accompagner, j’ai mieux à faire que gérer les suicides écolos.