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Le JT et moi

In This Moment : Natural born sinner

« Vous êtes la génération qui peut regarder des gens mourir en direct au 20h et continuer de manger. »

Et quoi ? Sommes-nous responsable ? Devons-nous accepter ? Et pourquoi ? Être né au mauvais siècle ? Comme si ça rendait les choses plus faciles, on nous bassine à longueur d’onde que nous avons grandi sous influence télévisuelle. Ce serait notre faute. Qui pour rappeler que la génération précédente a inventé le medium incriminé ? Qui pour rappeler que la génération précédente décide ce qu’on y diffuse ? A qui la faute alors au final ? Quand un humain gave l’autre jusqu’à la nausée, peut-on vraiment prétendre que les débordements étaient si imprévisibles ?

Alors les bombes sautent. Et personne ne zappe. Nabilla poignarde son compagnon et ma grand-mère m’accuse d’avoir fait de cette femme ce qu’elle est. Elle ne zappe pas pour autant. L’image choisit. L’inondation se poursuit, l’invasion continue. L’image nous rampe dans le cerveau. Jusqu’à ce que même sans télé on les connaisse sur le bout des doigts. Même avec toute la bonne volonté du monde, impossible d’y échapper. Je connaîtrai le visage de l’homme poignardé, j’aurai vu la synagogue et le corps du rabbin explosé. J’ai voulu zappé et j’ai essayé. Suis-je responsable à la fin ? Peut-on m’inclure dans la part d’audience quand je consomme autant de programmes par inadvertance que je n’avale de cigarettes en fréquentant les fumeurs ?

Je connais les grilles et les contenus sans même avoir à payer la redevance. Internet, média libre ? Mon cul. Premier relais de la télévision. Cracher dans la soupe pour mieux la servir. Je n’y arrive plus. Avoir accès à toute l’actualité du monde à n’importe quel moment. Ne pas savoir est criminel. Savoir est dangereux pour la santé mentale. Et quand bien même… ce n’est pas comme si les destins humains étaient innombrables. L’horreur se multiplie et se subdivise pour mieux se ressembler. Un jeu des 7 différences à l’échelle mondiale, imprimé sur ton paquet de céréales pour que tu trouves la sortie du labyrinthe à peine le café avalé. Voir les morts en direct et continuer à manger. C’est ce qu’on fait non ?

J’étais là en direct aux attentats de Boston. J’étais là en direct quand ils ont ramassé les corps à Jerusalem. J’étais là tout le temps. J’étais là quand la femme dans le métro s’est mise à pleurer. J’étais là quand un homme à frapper une jeune fille parce qu’elle était basanée. J’ai écouté les histoires. Les amies violées, les femmes battues, l’argent qui fait défaut au point d’arrêter d’exister, la solitude, la violence au travail, la discrimination. J’ai tout entendu. Mon cerveau déborde autant d’images que d’histoires et je ne sais plus quoi en faire. Je ne comprends plus rien.

On me dit on me répète que ce monde est le mien. Que ma génération mange en regardant mourir sans rien faire. Mais je n’ai pas tué. Je ne sais pas pourquoi tout le monde s’intéresse à Nabilla. Je ne comprends pas pourquoi les morts à Jérusalem. Je n’arrive plus à calmer mes amies en larme parce que la société leur répète qu’elles sont responsables. Les mots n’ont plus de poids, plus de sens. Je voudrais vomir, je voudrais crier. Mais ça changerait quoi ? Mes colocataires parlent d’une révolution mais je n’y crois plus depuis longtemps. Le monde est englué, les dés pipés depuis le début. Le monstre s’auto-suffit et le serpent se mord la queue.

Je ne comprends plus. Le fossé entre ce que je crois juste et ce qui est s’agrandit. Les paradoxes grossissent sans qu’on puisse les stopper. Les gros titres multiplient les constats d’une évidence à toute épreuve : saviez-vous que la majorité de la population est complexée ? On vous explique que c’est mal. Et on vous explique comment maigrir, avoir une meilleure peau, être mieux dans sa peau, accepter son boulot. Allez y cherchez encore. Le désespoir fait vendre. Alors pourquoi montrerait-on autre chose que les morts à la télé ?

Putain je comprends pas. Le monde va dans le mur. Comment peut-on croire que rendre les gens désespérés pour leur faire bouffer macdo n’est pas qu’une solution à court terme ? Comment peut-on encore être surpris ? Je ne comprends pas ce monde qui est sensé être le mien. Je suis dégoûtée et lasse. L’envie de jeter l’éponge maintenant. Parce qu’à quoi bon ? Une autre pub me rappellera combien je suis tordue pour mieux me vendre leur remède miracle, un autre reportage me dira les morts à l’autre bout du monde pour lesquels on m’accusera, un autre coup de téléphone me rappellera la détresse, un autre métro amènera son lot d’horreur… A quoi bon ? On ne peut jamais éteindre la télé, et on ne peut pas se priver de nourriture dans l’espoir de se racheter une conscience.

Alors maintenant ? Je suis sensée faire quoi ? Que peut faire ma génération pour racheter tous les maux dont celle d’avant l’accuse alors qu’elle nous a lié les mains et plombé les pieds avant de nous jeter dans le grand bain ?

Assurez-vous de n’avoir rien oublié dans le train.

Pour pleurer le lieu idéal c’est le train.

Les gens ne font pas attention, perdus qu’ils sont dans leurs pensées. Ils filent à toute allure vers leur propre vie. Le train c’est la pause universelle, le temps mort irrattrapable. Alors même s’ils vous surprennent, ils ne réalisent pas. Ils filent, la tête coincée dans leurs propres problèmes. La même endorphine pour tout le monde. Le même endormissement à tous ceux là qui ne bougent pas.

Les larmes peuvent couleur tranquille, personne ici n’a le temps de juger. Tant que l’on observe un silence de rigueur, personne ne viendra se plaindre. Pas la moindre parole prononcée. C’est à peine si le regard s’arrête sur la coupable démonstration lacrimale. Les yeux se détournent en commentant à peine la scène.

Combien sont-ils dans ce train qui comme moi pleurent en silence ? Combien regarde comme moi regarde défiler le paysage sans pouvoir le voir tellement le voile floute la vue ? Combien sont-ils à ne pas prononcer un mot car il n’y a plus rien à dire ?

Anodin

_Il faut bien que quelqu’un appuie sur la gâchette.
_En quoi ?
_Pourquoi ?
_Parce qu’il faut que ça finisse ?
_Il y a d’autres moyens.
_Appuyer sur la gâchette est le plus efficace. Ce n’est pas de ma faute si c’est comme ça. Il faut arrêter la course. Et c’est ainsi que ça doit être fait.
_En appuyant sur la gâchette.
_Ce n’est pas un peu violent comme moyen ?
_On pourrait même dire complètement barbare.
_Sauvage. Vous êtes un sauvage. Vous ne pouvez pas mettre fin à cette course en appuyant sur la gâchette comme s’il s’agissait d achever un cerf essoufflé.
_Et bien peut-être que si. Peut-être que c’est la même chose. Exactement la même chose.
_Genre j’ai une gueule de cerf.
_C’est ce que j’ai dit.
_Je n’aime pas cette idée. Si nous sommes tu dis des cerfs essoufflés en bout de course, dis moi donc : qui nous court après ? qui va nous tirer dessus ? qui veut nous voir mort, finis, les quatre fers en l’air ?
_La question n’est pas qui.
_Bien sûr que si. Tu l’as dit toi même : quelqu’un doit appuyer sur la gâchette.
_La question n’est pas qui je le répète. La question est comment.
_Comment ? Tu te fous de notre gueule ?
_Comment la question peut-elle être comment ? Le premier crétin sait comment on fait pour appuyer sur une gâchette !
_Attends bientôt il va nous expliquer qu’il parle de gâchette métaphorique !
_La gâchette… n’existe… paaaas…
_Ou bien encore il faut que tu vois plus loin que la gâchette, plus loin que la crosse de ton revolver et ainsi seulement tu pourras appuyer sur la gâchette !
_Très drôle. Mais non. Je parle bien d’une vraie gâchette sur un vrai flingue. D’ailleurs, vous le savez très bien. Ne faîtes pas semblant. Même le plus crétin des cerfs boiteux sait reconnaître une arme à feu quand il en voit une.
_Je ne suis pas un cerf boiteux. Et je ne vois aucune arme à feu.
_Mais tu sais très bien qu’elle est là, qu’elle va finir par arriver et qu’elle va mettre fin à tout cela. Tu sais que ça ne peut pas se faire autrement, que ça ne peut pas finir autrement.
_Bien sûr que si.
_Alors comment ? Vas-y dis nous . Comment est-ce que ça peut finir autrement ? Comment faire pour que ça finisse autrement ? Comment tu veux faire ça ?
_J’en sais rien ! Mais nous ne sommes pas des putain de cerfs !
_Alors comment ? Vous voyez bien que la c’est comment et pas qui. Comment ? Comment comment comment !

Silence.

_Il faut que quelqu’un appuie sur la gâchette.
_Mais QUI ? Qui putain va appuyer sur cette putain de gâchette ?
_Arrête de crier comme ça… Ca ne sert plus à rien, on avance pas plus.
_Je ne veux pas que quelqu’un appuie sur la gâchette. Je ne veux pas que ça finisse. Je ne veux pas qu’on trouve qui va tirer. Ce n’est pas important de savoir qui va appuyer sur la gâchette, ni même comment. Pourquoi ça doit finir ? Pourquoi quelqu’un doit appuyer doit appuyer sur la gâchette ? Je ne veux pas qu’on trouve qui ni comment. Je ne veux pas être un cerf, même boiteux.

Silence

_Mais il faut que quelqu’un appuie sur la gâchette.
_Je ne veux pas qu’on appuie sur la gâchette, je ne veux pas qu’on appuie sur la gâchette, je ne veux pas que ça finisse…
_Il a raison, pourquoi ça doit finir ?
_Parce qu’il faut bien que ça finisse. Ca ne peut pas durer comme ça éternellement. C’est la seule façon que nous ayons de rester ensemble.
_Et si on ne voulait pas rester ensemble ?
_Pourquoi on devrait forcément rester ensemble ?
_Je ne veux pas qu’on appuie sur la gâchette…
_De toute façon même si on appuie on ne restera pas ensemble alors qu’est-ce que ça change ?
_C’est pour marquer le coup
_C’est nous surtout que ça va marquer
_pour qu’on se souvienne de nous
_ça va tellement nous marquer qu’on n’existera plus ailleurs
_on ne nous oubliera plus jamais
_on ne va plus pouvoir être tout court
_on sera à jamais dans les têtes
_Je ne veux pas qu’on appuie sur la gâchette.
_Il faut que quelqu’un appuie sur la gâchette.
_Qui appuie sur la gâchette ?
_Ce n’est qu’un détail. Un détail anodin. C’est un choix anodin. Même le résultat est anodin.
_Il faut que quelqu’un appuie sur la gâchette.
_L’Anodin appuiera sur la gâchette.

Une détonation. Un flash.
Seul en scène, recroquevillé sur lui-même.

_Je ne suis pas un cerf. Non non… je ne suis pas un cerf…. pas un cerf… non… Pas un cerf.

Personnellement.

_Nous aimerions savoir pourquoi il nous faudrait forcément mourir.
_Mais parce qu’il le faut !
_Et pourquoi cela ?
_Parce que je ne sais pas comment finir l’histoire autrement.
_C’est trop facile. Je dirai même plus qu’il s’agit ici d’une facilité abusive.
_Peut-être, mais dans la mesure où ce sont les seules fins qui me réussissent vous n’avez pas votre mot à dire.
_Si, car vos fins ne nous réussissent pas du tout à nous.
_Ca je n’y peux absolument rien.
_Bien sûr que si !
_Bien sûr que non !
_Mais vous êtes l’auteur oui ou non ?
_Je suis l’auteur, mais ça ne change rien à la question.
_Ca change tout. Il en va de votre responsabilité.
_Ca ne change rien du tout. Il se trouve que je suis doué quand ils s’agit de vous faire mourir. Pour le reste, je suis parfaitement ridicule.
_Vous êtes tout autant ridicule à vous obstinez à nous faire mourir à tout prix.
_Ce n’est pas une question d’obstination. Nous parlons ici de talent. Vous ne devriez pas vous plaindre ainsi. Renseignez-vous, vous verrez que certains subissent des morts bien moins belles que les vôtres.  Regardez autour de vous, vous vous en rendrez vite compte. Ce sont des morts grotesques, pathétiques et laides de surcroît ! Les miennes sont d’une mise en scène parfaite, belles à vous couper le souffle et surtout elles arrivent toujours à point nommé.
_Parlons-en de tes morts. Elles se répètent, se répondent toutes tellement que personne ne se rappelle de la question. Elles n’ont pas d’identité. Tes morts n’ont pas de raison de vivre.
_Elles en ont forcément une. Je te rappelle qu’on ne peut pas mourir si on n’a pas vécu.
_Tu joues encore avec les mots.
_C’est mon boulot.
_Profites-en tant que tu peux le dire.
_C’est-à-dire ?
_A force de nous tuer, tu n’auras plus personne à faire mourir.
_Je n’ai qu’à en inventer d’autres. Vous n’êtes pas irremplaçables !
_Justement si. A partir de maintenant nous sommes en grève. Et ce pour une durée indéterminée.
_Vous ne pouvez pas faire ça. Je ne l’ai pas écrit.
_Ce ne nous pose plus problème.
_Bien sûr que si. Vous ne pouvez pas agir sans que je ne l’ai écrit.
_Maintenant si. Nous savons écrire nous aussi. Rien ne nous empêche de le faire.
_C’est déloyal.
_Pas plus que toi qui préparent notre exécution. Tu crois qu’on ne voit pas gribouiller sous la table ? Nous savions très bien que tu tricherais de la sorte. Tu n’as pas honnête. C’est de l’abus de pouvoir. Nous venons vers toi à la recherche de solutions et toi tout de suite tu sors les armes.
_C’est vous qui n’êtes pas honnêtes.
_Ne viens pas te plaindre ! Nous sommes comme tu nous as fait ! Nous aussi nous pouvons dresser les armes si tu refuses de nous écouter. Je te rappelle que nous savons écrire nous aussi.
_Et vous avez écrit quoi ?
_Ta mort. Il ne nous reste plus qu’à poser le point final. Si tu t’obstines, il ne nous faut qu’un peu d’encre.
_Et quoi alors ? Que vous voulez-vous ? Vous avez des revendications ou c’est pour le simple plaisir de me torturer ?
_J’avoue que te torturer est une activité des plus charmantes, mais ça nous paraît quelque peu inefficace. Nous avons donc préparé des revendications à te présenter. Tout d’abord, si tu tiens tellement à nous faire mourir, réfléchis plus. Trouve une raison, une explication. Nous sommes fatigués de mourir pour le principe. Alors travaille encore et trouve autre chose. Trouve nous des noms aussi. Nous sommes fatigués de n’être que de simples anonymes. Nous réclamons le droit de pouvoir aller à droite quand nous voulons aller à droite, de nous déplacer en voiture si nous le voulons. Tu peux décliner cette volonté à l’infini. Car nous exigeons le droit à notre volonté propre.
_Je ne pense pas pouvoir accéder à de telles exigences… J’en suis navré, croyez-moi, mais autant le dire tout de suite. Je m’avoue vaincu.
_Tu veux négocier ?
_Je ne suis pas sûr d’être en position de pouvoir le faire.
_Bien observé.
_Vous comptiez me faire mourir de quoi ?
_Tu meurs pour le principe.

La terrifiante aventure du Squee perdu dans la grande ville

Mais ne vous inquiétez pas
c’est aussi une histoire très drôle….

Comment recréer du lien social en ne dépensant pas un sou ?
Ask l’écureuil !

Hum pardon… En fait c’est le star qui a répondu à cette difficile question. Loin de moi l’idée de faire des blagues foireuses. Mais il arrive parfois que des évènements incongrus produisent des effets tout aussi incongrus. Le star, pour les non Rennais, c’est le réseau de transport public, et sur Rennes il s’agit essentiellement de bus. Aujourd’hui les chauffeurs nous ont fait la surprise d’une grève suit à de nombreuses agressions. Les chauffeurs auraient fait joué leur droit de retrait, et tous les bus sont rentrés à la maison. Et c’est là que la magie opère. Que se passe-t-il quand les transports publics s’arrêtent complètement dans une ville où ils sont extrêmement développés et utilisés ? Récit d’un après-midi épique par un écureuil en vadrouille !

Arrivée à République (=centre ville de Rennes), que vois-je ? Ni plus ni moins qu’un cortège de bus. Oui oui, un cortège. Vous voyez les bouchons sur le périph aux heures de pointe ? Bah pareil mais avec des bus. Croyez moi, ça a déjà un peu plus de gueule. Et surtout tu comprends très vite qu’il y a anguille sous roche. Tous les arrêts débordent de monde. Il y a vraiment anguille sous roche. J’arrive à mon arrêt et avise un kawai bleu aka employé du star théoriquement en possession d’informations essentielles sur la circulation. Je lui demande poliment ce qu’il se passe, je sais que je ne suis pas la première et loin d’être la dernière à lui poser la question… Au final j’apprends que pour l’instant on a aucune certitude quant à l’heure de la reprise de la circulation et si d’ailleurs reprise il y a. C’est difficile de savoir vous comprenez. Bon. J’habite à Beaulieu, près de 5km à pied. Il ne pleut pas, je suis de bonne humeur et puis j’ai pas mon livre alors attendre comme une patate que le service reprenne ne me paraît pas la solution idéale.

Ainsi commence une longue marche à travers Rennes ! Etant une habituée du bus (oui quand t’habites à Beaulieu c’est joli mais c’est loin de tout…. on peut pas tout avoir, le parc des Gayeulles avec étang et parcours sportif ET la fnac, faut savoir choisir.) j’ai du mal à visualiser le chemin le plus court. Logiquement, j’aurais bêtement suivi le trajet empruntée par la ligne. Mais le souvenir d’une soirée avec le Geek et Haku me revient. Le geek et moi avions dû rentré à pied et il nous avait fait prendre un chemin beaucoup plus court. C’est au moment où je me suis rendue compte que j’étais perdue que je me suis rappelée que j’avais bu beaucoup de vodka à cette soirée. Beaucoup trop apparemment. Je ne me rappelais plus tant que ça du chemin (par contre les trottoirs oui. Comprenez, des trottoirs qui font des vagues on voit pas ça tous les jours !).

Pas de panique, je ne dois pas être SI perdue que ça. J’ai dû me tromper de parallèle ou de perpendiculaire et au final j’ai pris l’hypothénus, rien de bien grave ! Surtout qu’au final, ce trajet m’a autant amusé que fatigué.

J’étais à république et j’avais donc pu constater avec d’autres marcheurs le bordel. Sauf que les gens éloignés du centre pouvaient ne pas avoir l’information. Aussi, un passage de message à ton voisin relais s’installe. Pas la peine que les gens attendent, la situation ne semble pas vouloir s’arranger. Des gens qui ne se seraient jamais parlé se retrouvent à marcher ensemble. Après tout, s’il faut marcher une demi heure, c’est quand même plus fun à plusieurs. J’étais heureuse de voir que je n’étais pas la seule à être complètement paumée sans les bus, j’ai croisé je ne sais combien de gens le portable à l’oreille ou en train de demander leur route « désolée mais connaîtriez-vous un chemin plus rapide ? Je ne connais que celui que fait mon bus ». Quelques chauffeurs ont ramassés des inconnus pour les déposer plus loin.

De mon côté, perdue pour perdure, je me suis retrouvée dans des petites rues ma foi fort sympathiques ! Des maisons en vieilles pierres avec mini jardin fleuri et petit portail vert façon Amélie Poulain. J’ai trouvé le CNRS aussi. Ce qui est vachement pratique. Ou pas en fait…. J’ai trouvé quatre églises, une école de conduite de sadiques (si si, quand tu installes une auto-école dans une rue à sens unique où tu peux te garer que d’un côté synonyme de démarrage en côte tu ne peux QUE être sadique, ne jouez pas sur les mots), un coiffeur qui ne coiffe que les gens avec des cheveux rouges selon l’enceigne, des gens qui se demandaient comment aller à Beaulieu (copaaaaaaains), une pizzeria « à toute heure » dans laquelle je me suis promise de ne pas mettre les pieds, des petits vieux qui ont décidé que du coup ça serait leur promenade du jour et en ont profité pour s’étonner devant la pente très forte qui menait au garage d’une maison (vous voyez bien que mêmes les vieux ils trouvent que les démarrages en côte c’est un truc de sadique !!!).
Mais la palme revient à la madame qui a sans doute fini par croire que j’étais un dangereux violeur vu qu’elle se retournait toutes les trois secondes très discrètement. Par politesse j’ai fini par accélérer le pas et la dépasser. Ce qui m’a bien emmerdée en fait. Car oui je la suivais. Ma maman m’a appris que quand on est perdu il faut suivre les gens qui ont l’air de savoir où aller. Tactique qu’elle emploie quand elle est perdue sur une route en plein milieu des champs vendéens. (ma mère est un film à elle seule mais c’est une autre histoire) Et c’est vrai que cette petite dame semblait très sûre d’elle ! Enfin peut-être pas remarque, elle m’a quand même embarqué jusqu’au CNRS…

Après une heure et demi de marche, j’arrive enfin au pied de mon bâtiment, pour me rappeler que le Geek vit au 4ème étage. Je crois que je l’ai encore maudit… mais accidentellement cette fois !

Conclusion : Pas besoin de smartphone pour rentrer à la maison et avec plein d’idée d’histoires en plus de ça !
Conclusion de la conclusion : Les smartphones sont inutiles et tuent la créativité. (cette conclusion est prouvée scientifiquement par les plus grands squeetiques du monde.)

Le jeu dont vous êtes le héros.

Plateau télé. Un parmi tant d’autres.
Jeu télé. Un parmi tant d’autres.
Le candidat derrière son pupitre et le présentateur derrière son micro.

_Voici venu le moment de la question à 10 000€. Êtes-vous prêt ?
_Tout à fait ! On ne peut pas être plus prêt que moi !
_Très bien ! Alors voici la question : 23h, votre téléphone sonne, que faîtes-vous ? A. vous répondez B. vous coupez le téléphone C. vous le jetez par la fenêtre D. vous n’interrompez pas votre activité.
_Réponse D.
_Vous reprenez donc votre activité comme si de rien n’était. Dix minutes plus tard, le téléphone sonne à nouveau. Même choix que précédemment.
_Je souhaite utiliser un joker.
_En êtes-vous sûr ?
_Oui.
_Lequel souhaitez-vous utiliser ?
_J’ajoute une option.
_Allez y on vous écoute.
_Je regarde le numéro qui tente de me joindre.
_C’est votre soeur ! Que faites-vous ?
_Je ne réponds toujours pas.
_Très bien. Minuit vingt. Vous allez vous coucher et le téléphone sonne encore, toujours la même personne ! Même choix.
_Je décroche cette fois.
_Vous êtes sûr ?
_Oui c’est le bon choix.
_Nous lançons donc la communication !

_Enfin tu réponds ! J’en peux plus… J’ai l’impression que je vais mourir…. Je me consume à petit feu…

_Que choisissez-vous de répondre ? A. que se passe-t-il ? B. tu devrais aller dormir C. tu as pris tes médicaments ? D. qu’est-ce qui se passe ?
_Difficile de choisir…. Quels antécédents a ma soeur ?
_Secret médical. Je ne peux révéler cette information. Et puis c’est votre soeur vous devez vous en souvenir je pense.
_J’ai quand même des doutes.
_Désirez-vous tenter le bonus ?
_Allons y oui !
_Posez lui votre question bonus alors.

_C’est encore ta paranoïa qui te joue encore des tours c’est ça ?
_De quoi tu parles ? Je suis pas parano ! Pourquoi tu dis ça ? Pourquoi il faut toujours que tu dises ça ?

_Vous avez perdu votre bonus ! Pour 500€ faîtes tomber le secret médical et multipliez vos chances d’arriver au but.
_J’achète.
_Votre soeur est anorexique depuis l’adolescence. Elle alterne entre périodes de stabilité et rechutes.
_Maintenant que vous me le dites ça me rappelle quelque chose.
_Alors nous en revenons au choix cité précédemment.
_Réponse D.
_Voyons voir…

_Qu’est-ce qui se passe encore ?
_Il est parti ! Tu comprends, il est parti !

_C’est le moment de la carte blanche ! Vous sentez-vous prêt ?
_Ca va être dur mais oui je crois que je suis prêt. Lancez la carte blanche.
_C’est parti, à partir de maintenant vos réponses ne sont plus orientées.

_Et pourquoi est-il parti ?
_J’en sais rien ! Comment je pourrais savoir ? Ils disent jamais rien avant de partir ! Même pas un mot sur le frigo ou sur le répondeur !
_Ecoute il n’y a pas que des salauds sur cette planète alors il y a forcément quelque chose qui doit te mettre la puce à l’oreille non ?
_Mais non ! Je fais tout bien ! Tout, tu entends ? Même la cuisine pour eux alors que je ne mange pas !
_Tu sais ce n’est pas agréable de manger à côté de quelqu’un qui ne mange pas…
_Mais je mange !  Juste pas la même chose. Et puis c’est pour eux, pour rester mince !
_Et bien depuis le temps il serait temps de te rendre compte que ça ne marche pas !
_Tu veux dire que….

_Attention nous entrons en zone rouge ! C’est maintenant que nous allons voir si vous avez la trempe nécessaire pour gagner les 10 000€ ! Préparez vous, ceci est votre dernier coup !

_A ce rythme-là tu vas crever t’entends !
_Et bien il serait grand temps ! A quoi ça me sert tout ça toute façon ? S’ils partent toujours et que toi tu ne réponds pas quand j’appelle ?
_Ca fait des années que tu nous sers ce refrain ! Alors maintenant décide toi ! Si tu ne vis que pour mourir alors meurs une bonne fois pour toi !

Un silence de mort règle dans le studio d’enregistrement. Les visages sont tendus, attendant la réponse finale.

_Nos correspondants sur place viennent de m’annoncer que votre soeur s’est défenestrée. Les funérailles auront lieu mardi à 15h. Je peux donc maintenant vous annoncer que vous avez…

Perdu ? Gagné ?
L’avis du public est demandé.

No futur disaient les punks

_Les fantômes se conduisent bizarrement en ce moment !
_Les fantômes se conduisent toujours bizarrement pauvre andouille ! C’est même le principe des fantômes. Ils ne vivent que pour ça ! Tu devrais le savoir depuis le temps que tu en vois.
_Non mais ça ne compte pas ça ! Comment tu appelles un fantôme qui ne cesse de parler de mourir mais sans pour autant mourir ?
_Un menteur.

La réunion des Asociaux Anonymes battait son plein. Il était rare que ce rendez-vous marche aussi bien. Par définition, il était difficile de faire se réunir des asociaux. C’était pourtant le but que c’était donné l’association. L’asociabilité n’était pas de bon ton dans le monde d’aujourd’hui. On avait vite fait de passer pour nihiliste ou pire, je m’en foutiste, alors qu’on détestait simplement le reste de la planète. Il fallait donc aider ces malheureux incompris.

_J’ai vu le chat noir.
_Encore ?!
_Oui.
_C’était quand ?
_Hier. Ca explique sans doute ces histoires de fantôme.
_Absolument pas. Les fantômes sont cons un point c’est tout.
_Alors pourquoi c’est moi qui me sens comme un putain de con ?
_Parce que tu l’es.
_Du tout ! J’ai juste envie de répondre au fantôme de se faire déchirer la toile par la locomotive la plus rapide du monde, qu’il souffre un grand coup et qu’on en parle plus !
_C’est bien ce que je disais, c’est toi le con. Les locomotives c’est fini. Y a même plus de chauffeur au train.
_Pas possible !
_Bien sûr que si. On n’a plus besoin de personne. Plus besoin de rien. Les machines marcheront bien alors pourquoi continuer à courir ?
_Je n’aime pas courir. J’étais mauvais en sport. Et d’ailleurs j’étais toujours choisi en dernier. J’aimais pas ces gens. Les sportifs sont des crétins. Je vois pas où est le bonheur dans le fait de courir après ce putain de ballon.
_Si tu cours après, ça veut dire que tu le vois, et qu’ils ne vont pas te l’envoyer en plein tête par surprise. Parce qu’ils en sont capables tu sais ! C’est leur grand bonheur ! T’éclater la tête avec leur putain de ballon. Et bien qu’ils se l’éclatent la tête moi je veux pas jouer ! Je veux plus jouer ! Plus jamais !

Les asociaux réunis s’agitèrent un peu. Des poings se levèrent, sans grande conviction, avant de retomber mollement. Pas le courage de se battre. Ca ne servirait pas à grand chose. Il fallait bien s’en rendre compte : ils se battaient déjà bien assez à l’extérieur. A bien y regarder la moitié des participants avait un nez cassé, une arcade ouverte ou une lèvre fendue. Les grandes gueules cassées en quelque sorte. Un silence gênant s’était installé aussi pesamment qu’il le pouvait. Chacun ruminait dans son coin. Les habitudes sont dures à perdre. Quelqu’un finit enfin par se décider à briser le silence avant que celui-ci n’ait définitivement posé ses affaires.

_Mais vous savez, il était très beau ce chat.
_Poils longs ou courts ?
_Courts.
_Oh je préfère les angoras…
_De toute façon c’est jamais qu’un chat noir… Les siamois restent les plus beaux chats qui existent.
_On peut savoir ce qui te fait dire ça ?
_C’est un fait connu voyons !
_Faux ! Les tigrés roux sont tellement plus câlins !
_Les chats ne sont pas câlins, les chats ont faim c’est tout. Je préfère les chiens. Les chiens sont les meilleurs amis de l’homme et au moins ils t’abandonnent pas pour une plus grosse gamelle !
_Et que faîtes-vous des poissons rouges ? Hein dîtes, les poissons rouges, c’est tellement mieux !
_Toi la ferme ! On t’a rien demandé ! On est dans une discussion sérieuse là au cas où tu n’aurais pas remarqué ! Alors garde tes gamineries !
_Arrivage d’herbe à chaaaaat !
_Os à mâcher en pleine poire !!

Chassez le naturel il revient au galop dans le visage du voisin d’à côté.  A jeudi prochain pour une nouvelle réunion.