Saturation – alitération

Insomnium : While we sleep

La fissure grandit grossit se répand fracasse conscience et dérobe rhétorique parfaite. Le corps écroulé regarde sans trouver le moindre repos la propagation gangrénique, tandis que l’esprit écroué prend note…Du silence sortirent les mots. Nul ne savait à quand remontait leur présence. Aucune trace, aucun enregistrement. C’était comme s’ils avaient toujours été là. Pourtant, il y avait eu un temps sans eux, et l’instant d’après ils étaient sortis. Les sons s’étaient alignés, en ordre approximatif mais avec force. Malgré une vision périphérique limitée, ils s’étaient placés à la perfection. Du silence sortirent les mots, il fallut alors s’interroger de la pérennité du silence et la capacité de survie des mots.

Conciliabule fut tenu.

Je croyais que nous étions d’accord.
Il n’y a jamais eu qu’un accord tacite. Les éléments de l’expérience ont évolué, il paraît logique d’adapter les protocoles.
Pas celui-ci. Il n’y a pas d’exception.
Nous n’avons aucune preuve.
Vous non plus.
Et maintenant ?
Il n’y a pas de maintenant. Juste une série de secondes tellement volages que les épingler paraît impossible.
Quelle réalité dans pareil propos ?
Je n’ai pas donné mon aval.
Ni moi mais la question ne se pose plus.
Erreur, les cimetières sont profanés et nous n’avons pas de coupable à juger. Pourtant il faudra bien que quelqu’un paye. Il faut toujours un coupable.

La nuit alors s’étira. Les mots furent noyés sous la pluie et les larmes sans qu’on ne juge opportun de procéder aux analyse permettant de les différencier. Le corps écroulé chercha encore. La fissure progressa encore. L’air se fit lourd et rare. Les os ont commencé à montrer les signes de faiblesse habituels, mais il n’était pas possible de rester ici. Le danger était bien trop grand. La respiration déchirée, il fallait que le corps continue d’avancer. La fissure n’arrêtait plus. Elle criait hurlait grattait brûlait tout ce qui pouvait lui résister. Bientôt, sans même un effort de concentration, on pourrait la toucher des tympans.

Faut-il déclarer l’état d’urgence ?
État de siège état d’âme état d’urgence, quelle est la différence ?
Je ne sais pas, ce n’est pas mon travail… 
Et maintenant ?
Maintenant n’existe plus. Suis un peu. 
Parce qu’il faut bien que quelqu’un paie. On ne peut pas prendre le blâme à chaque fois. 
Les monstres sont nés pour ça. 
Alors il faudra encore fabriquer un je de plus. À moins que celui-ci ne puisse accepter une greffe supplémentaire. 
Il a été conçu pour. Les expériences précédentes ont montré l’inanité d’un je limité. 
Les limites frontières sont la seule sécurité entendable.
Mais nous n’entendons plus rien alors à quoi bon ?

La fissure grossit grandit déchire ce qui reste. Il n’y a plus de place dans le monde pour aucun autre son. La fissure se répand artère après artère. Le corps écroulé ne souris plus. On lui avait dit pourtant. Souris putain souris. Le contrat avait été passé, il fallait sourire. Sourire une autre fois, sourire contre tout, sourire en toute circonstance. La fissure traçait sa route et bientôt il ne resterait rien du corps écrasé. La pluie n’y suffirait pas. L’air absent commençait à se faire attendre. Le monde se dissout dilue déteint. Il n’y avait rien à y faire. La fissure frappait désossait craquait. Les yeux ne pouvait plus suivre et le sang toujours opérationnel drainait les messages nerveux de centre d’urgence en urgence de taille.

Comment avions-nous procéder jusque là ?
Il n’y a aucune trace dans les registres.
Vous mentez. Forcément quelque part il y a.
Mais la peau ne peut plus rien se rappeler. Il n’y a plus de place. Le sang a séché, il est devenu impossible de le dévider. 
Coagule coagule et maintenant ne sera plus. 
Alors il n’y a aucune trace. Et de toute façon celui-ci est prototype. Il n’y a pas d’avant.
Et s’il n’y avait pas d’après ?
Alors nous en ferons un autre. Un autre je plus solide, plus fiable. 
Nous n’avons aucune idée de la capacité de résistance de celui-ci en pareilles circonstances. 

Entre la fissure, le sourire s’agrandit. Il n’y avait pas de réponse. La question était impensable. L’impasse inévitable. Le corps se heurterait inévitablement à un mur. Les mots de son errance était déjà perdus, avalés à nouveau par le silence, comme s’ils n’avaient jamais été prononcés. Le sourire s’agrandit encore, découvrant les dents émiettées. Le rire a rebondi sur les murs. Je n’allait pas mourir ce soir. La pluie et les larmes se sont dissociées, chacune reprenant son chemin. Le bruit enfin reprenait forme humaine. Il faudrait encore s’accrocher aux rares bouffées d’air. Le chemin était long. Il n’y aurait plus de certitudes. Si je mourrait, un autre prendrait sa place. Jusqu’à ce qu’enfin, le corps écroué puisse tenir la route.

La seule certitude à avoir, c’est que la nuit finirait par évider les possibilités, jusqu’à ce que la seule solution viable apparaisse. Les lampadaires colorèrent délicatement la pluie des nuances les plus subtils. Au matin, ne resterait dans les flaques que les mots amenés à survivre sur la durée. Le silence alors pouvait se refermer. Enfin, les tremblements s’arrêtèrent.

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