Ray Charles au Vietnam – Fantasmagorie #4

Le rhum… Tout ça avait commencé pour du rhum… Puis, il avait été question de panaché et de rosé pamplemousse qui disparaissaient à une vitesse irréelle. À se demander s’ils avaient jamais existé. Peut-être que tout ça n’avait été qu’une illusion ? Mais non, c’était à prévoir, en été, il faisait chaud, et les boissons rafraîchissantes étaient une ressource clé. Une sorte de point d’eau au milieu de la savane où toutes les espèces concluaient une sorte de trêve, de sorte que chacun puisse se désaltérer en paix. Il en était de même pour le magasin. Tant que l’alcool coulait à flot, pas d’ennui en vue. Toujours on trouvait du pastis, du cidre et des bières, afin que chaque être de la création puisse trouver son bonheur. Dieu avait nommé ça « la Loi de l’Offre et de la Demande ». Et Dieu vit que c’était bon. Alors, Dieu créa la pénurie, afin de pouvoir augmenter les prix. Il créa aussi la promotion, histoire de faire croire au peuple du point d’eau que des fois, il pouvait gagner sur Dieu. Le peuple du point d’eau, trop occupé à avaler tout le rhum disponible, ne se rendait ainsi pas compte de la supercherie, et le magasin de croître au fur et à mesure.

« Et je l’appellerai le « Ranch-à-moi-rien-qu’à-moi-et-pas-à-toi »

La femme et son rhum avait tiré la sirène d’alarme. Ray Charles avait cherché le rhum, en vain. Il en était arrivé à la conclusion nécessaire que de rhume il n’y avait plus. L’insistance de la femme ne pouvait, selon lui, n’avoir qu’une seule et unique explication : elle était la réincarnation de Jack Sparrow. Ça expliquait tout. Elle était un Johnny Depp défoncé au panaché de chez lidl, une version discount du célèbre pirates à dreadlocks. Un Jack Sparrow fabriqué en Chine dans une usine de produits chimiques qui fuit car Dieu n’avait plus suffisamment de composés isolants pour la faire aux normes. Voilà donc que cette Jackette Sparrow s’emportait au sujet de son rhum. Elle suivait Ray Charles à travers les allées comme si forcément il lui cachait une ressource qu’il voudrait pouvoir ne garder que pour son usage personnel. Alors qu’il pensait avoir réussi à la semer et qu’il allait enfin pouvoir apprécier la vie du point d’eau, elle le rattrapa au détour d’une allée. Elle avait certes changé de tenue, de coupe de cheveux et d’âge, mais Ray Charles ne s’y trompa pas. Jackette Sparrow voulait, cette fois-ci, de la sangria. Mais de sangria, il n’y avait pas non plus. Vite, s’enfuir ! Trouver une porte de sortie, quelque part il devait bien y en avoir une.

Seulement voilà, à la chaleur, succéda le mauvais temps. Les pluies s’abattirent sur le magasin. La plage étant désormais inaccessible, le point d’eau qu’il représentait était à présent leur seule destination. Les bêtes étaient en colère de n’avoir nul part où aller, leur agressivité se sentait à peine avaient-ils expiré la fumée de leur vaporette hors de leur bouche poisseuse de pastis. L’enfer sur terre allait pouvoir se déchaîner.

« Comment ça « aller chercher de l’aide ?  » Tu trouves que je ressembles à Lassie toi ? »

Pendant ce temps, une guerre débuta entre les habitants du magasin, sous l’oeil amusé de Dieu qui était sûr que d’une façon ou d’une autre cela augmenterait la productivité. Il fallait juste qu’il trouve comment. En attendant, chacun choisissait son camp. On constituait des équipes, formait des espions pour observer l’autre camp, mettait en place des stratégies. La technique du siège avait été adoptée par les deux camps, ce qui était totalement absurde : si personne ne se décidait à attaquer l’autre, on passerait du siège à la guerre de tranchée, prenant ainsi le risque de tous mourir noyés tant la pluie refusait de s’arrêter.

Ray Charles, en plus d’être migraineux, avait de sérieuses tendances à la claustrophobie. Oui Ray Charles n’était pas bon à grand chose une fois séparé de son piano, piano qui lui manquait d’ailleurs terriblement durant son séjour ici. Pourquoi l’avait-on envoyé dans ce foutu Vietnam de seconde main ? Au vue des enjeux, c’était un Vietnam lui aussi fait dans une usine chinoise, aucun doute là dessus. En attendant, Ray Charles ne pouvait se résoudre à choisir un camp. Tout cela lui paraissait tellement absurde, et finalement, il n’y avait aucune raison pour un tel conflit. On ne pouvait blâmer personne pour la soudaine forte consommation de rosé pamplemousse, et par conséquent, pour sa pénurie. Tout le monde pouvait à l’occasion faire choir une bouteille sur le sol et pour une raison ou une autre, ne pas avoir le temps de nettoyer… Pourquoi fallait-il toujours que les hommes tuent d’autres hommes ? Dieu avait-il vraiment voulu tout ça ? Pourquoi mais pourquoi tant de violence…

« Désolé humain, il n’y a plus de place pour toi ! Tu n’as pas un travail où aller ? « 

Alors Ray Charles se mit à développer un très sérieux PTSD comme les Américains les aiment, c’est-à-dire avec beaucoup de graisse dessus. Le Post-Traumatic Stress synDrom (l’orthographe à l’américaine), aussi connu sous le nom de « putain j’ai une vie de merde » en des circonstances plus banales, n’allait pas arranger les choses. Voilà que Ray Charles demandait au client de lui régler la somme de « 12 heures 26 », exigeant ainsi que ceux-ci lui rendent la vie qu’il avait perdu dans les allées du magasin, entre les tranchées que les bêtes avaient fini par creuser, toujours dans l’espoir de trouver les oeufs. Il finissait par répondre « apparemment » à Jackette Sparrow lorsque celle-ci venait lui dire que « il n’y a plus de rhum / panaché / rosé pamplemousse / baguette », considérant, du haut de son syndrome au nom terriblement orthographié, qu’à partir du moment où la réponse était dans la question, il n’y avait pas lieu qu’il perde son énergie à y répondre.

Il allait falloir commencer à préparer une retraite… Les habitants du lidl allaient-ils réussir à trouver la paix ?


One Comment

  1. Répondre
    PINKY 17 août 2015

    certains ont essayé le calumet de la paix, d’autres des engagements écrits avec signature et cire, sinon d’autres ont testé l’échange oral. La dernière option donne beaucoup de résultat sur le long terme
    courage
    bises

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