Plantes Carnivores – Extraits

La boîte était blanche
Et dans la boîte des lignes
Des lignes et des cases
Des lignes de cases
Des cases de lignes
Le tout dans un ordre aux allures de chaos maîtrisé
Trouver la bonne ligne
Trouver la bonne case
Trouver dans quel sens se ranger
Le tout dans une boite blanche
Donc
Tu vois pas le problème de la boîte blanche ?
C’est con ça
Parce que tu vois
C’est justement ça le problème
Dans la boite blanche on ne voit rien
Absolument rien
Parce que c’est une boîte blanche
Tout est blanc
Le blanc écrase tout
Jusqu’à la pupille de tes yeux
Et tu peux même pas t’en rendre compte.
Parce que comme tout est blanc
Pas de repère
Donc pas de distorsion repérable
Puisqu’il n’y a rien à quoi se repérer
C’est ça, la boîte blanche.
La boîte blanche,
Tu peux même pas savoir où elle commence
Où elle finit
Tu supposes qu’elle commence
Tu supposes qu’elle finit
C’est logique
C’est une boîte
Par définition
Par nature
Par principe intrinsèque
Une boîte a des limites, des côtés
Sinon ça s’appelle juste du vide
Du silence
Remarque ça marcherait aussi hein, ça expliquerait les échos
Enfin pour qu’il y ait écho, faut bien qu’il y ait de quoi rebondir
Donc des parois
Même loin
Même blanches
Même perdues dans le vide et le silence
Donc c’est une boîte
Un vide géant avec des côtés pour l’enfermer
Pas possible de savoir si c’est le vide qu’on enferme ou toi dans le vide qu’on enferme
Les deux
Pour pas qu’on aille nuire au monde
Ni toi ni moi
Et donc dans la boîte blanche
Il faut choisir la bonne petite case

*****

La femme de l’affiche : Bonjour

La femme de la rue : Bonjour

L’affiche : Vous savez que vous êtes laide ?

La rue : Pardon ?

L’affiche : Je pense qu’il est important qu’on vous le dise, vous êtes laide. Mais il ne faut pas vous inquiéter, c’est naturel. C’est normal. Vous êtes une femme, et par essence les femmes sont laides.

La rue : Écoutez je suis désolée, mais je ne comprends pas pourquoi vous me dîtes ça, en plus ça ne tient absolument pas la route.

L’affiche : Oh mais si, et vous le savez. Vous ne pouvez pas le cacher. Tout le monde le sait.

La rue : Absolument pas. Beaucoup de gens me trouvent très belle et me le disent d’ailleurs souvent.

L’affiche : Normal. Les femmes sont laides et les amis menteurs. Une combinaison aussi infaillible que fatale. Mais vous êtes laide et c’est un fait. Et si vos proches vous le cachent, vous ne pouvez vous le cacher à vous-même.

La rue : Ça suffit je ne me cache rien du tout et je n’ai pas à me faire insulter par un bout de papier sur le mur.

L’affiche : Vous le savez et c’est bien pour ça que vous parlez avec une affiche sur le mur. Parce que vous savez que dans le fond, dans le tréfonds de vous-même, vous êtes laide au possible. Et désespérément vous cherchez la solution, la cure magique. Vous la cherchez sur les murs et dans les magazines. Vous la cherchez à en crever. Vous désespérez de trouver. Vous y mettez tant d’énergie que vous en êtes pâle le matin et transparente le soir. À vous demander si vous n’êtes pas folle, si vous n’imaginez pas. Car forcément une solution existe quelque part et vous auriez déjà dû la trouver. Mais toujours rien. Alors pour votre bien, pour la survie de votre santé mentale, je vous le dis, je vous l’affirme et vous le confirme : vous êtes laide. De bout en bout. À l’intérieur comme à l’extérieur. Par essence par nature et par engeance. Vous êtes laide. Vraiment.

La rue : Je ne sais pas ce que je suis censée répondre à ça…

L’affiche : On dit merci.

La rue : …

Merci

L’affiche : Je vous en prie.


Ces deux « fragments » constituent le début de ma nouvelle pièce Plantes Carnivores.. Si ça vous a plu, vous pouvez vous procurer le texte complet ici. Et sinon, vous pouvez me retrouver sur FBTwitter. À très vite !

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