Paroles de clients…. HS…

… pour hors service.

Hey Termites.
Peut-être que vous attendiez impatiemment cette chronique de la semaine, d’autant que cette semaine c’est anecdote sans fioriture. Si c’est le cas, je suis désolée, mais je n’ai pas envie de rire cette semaine. Ni envie de vous faire rire. Ces anecdotes sont quand même rarement agréable à vivre, je choisis simplement d’en rire parce que c’est le mieux à faire (on va pas se coller un ulcère pour quelqu’un qui préfère jeter son ticket par terre sous ta caisse que simplement te dire qu’il n’en veut pas). Sauf que là, j’ai atteint mon point de non-retour.

« À quel point dois-je être ignorant pour atteindre le nirvana ? »

Outre l’irrespect chronique et de plus en plus présent, ce qui me frappe cette année, c’est l’agressivité de plus en plus flagrante des clients. Cette première semaine d’août a été particulièrement violente en l’occurrence. Alors je veux bien que je sois pas toujours bien lunée, que parfois je doive faire tellement de choses que j’en oublie comment je m’appelle et que cet état m’épuise et me fout dans une humeur noire. Mais merde, cette semaine, j’ai mangé chaud. Dîtes vous que mes collègues ont eu la même… voire pire.

Samedi dernier, j’étais en caisse dès 8h30. J’étais déjà quelque peu agacée. Arrivée à 7h, ma collègue qui était d’ouverture n’avançait à rien, si bien qu’au lieu d’arriver en renfort pour l’aider à finir, je me suis retrouvée à faire les trois quarts de son taf. Donc forcément, j’avais le sourire un peu forcé, d’autant que je sais très bien qu’un samedi, si on te colle en caisse à 8h30, t’en bougeras pas avant midi trente facile. Mais bon, je fais de mon mieux pour garder mon ressentiment pour moi. On a très très vite beaucoup trop de monde. Si bien que dès 8h40 on est déjà deux en caisse. Une cliente passe derrière ma caisse pour un renseignement :

« Oui je n’ai pas vu l’affiche de la promo sur la sangria en rayon.
_Si vous ne l’avez pas vu c’est qu’on ne doit pas l’affaire.
_Si vous la faîtes ! Y a l’affiche à l’entrée du magasin !
_Dans ce cas, si vous n’avez pas vu l’affichette en rayon, c’est qu’on a dû avoir un problème à la réception, ou un défaut. Quelque chose de cet acabit. C’est pour ça qu’on ne l’a pas… [la cliente attend] Je suis désolée mais je ne peux rien faire de plus. On ne doit pas avoir le produit en question. »

Elle finit par s’en aller en maugréant. Elle et son mari passe à ma caisse. Je commence à les encaisser, et re-belote.

« Vous devez forcément l’avoir c’est indiqué.
_Madame si vous n’avez rien vu en rayon c’est que non, nous ne l’avons pas. Je ne sais pas pour quelle raison à l’heure actuelle mais nous n’en avons pas. Sinon vous l’auriez vue.
_Vous travaillez pas ici en fait c’est ça.
_Je ne peux pas tout gérer, je n’étais pas là hier et j’ignore quels problèmes on a rencontré avec ce produit. Je peux me renseigner si vous y tenez.
_Vous allez en recevoir aujourd’hui.
_Je ne pense pas non. [NB : Entre la fatigue, son impolitesse genre « tu comprends pas le français en fait », je commençais à plus savoir où j’en étais et mon cerveau avait zappé l’info « on est pas livré le samedi, donc c’est un non définitif »)
_Ouai en fait vous branlez rien. »

Il n’était même pas 9h. La journée a été tellement, tellement longue. Vous n’imaginez même pas.

Je ne suis pas énervée je ne suis pas énervée je ne suis pas énervée

Si vous pensiez qu’il n’y avait qu’en caisse qu’on en bavait… La mise en rayon a aussi ses petits plaisirs. Lundi, je me vois confier une palette gâteau / chocolats / café / goûter vu qu’il y avait plusieurs ruptures dans ce rayon. J’aime bien ces palettes-là, pas de trucs qui cassent ou trop lourds à soulever à bout de bras et en général tout va dans la même allée. (le petit bonheur de la caissière ELS : ne pas avoir à traverser le magasin 15 fois avec son transpal et sa palette branlante au milieu des clients) Je me vois même accorder deux saisonnière que j’aime bien pour m’aider quand on n’a plus besoin d’elles en caisse. L’ambiance est bonne, le moral est bon. La palette cachait un truc mal conditionné, mais c’est tout. Pas de trop mauvaises surprises. C’était trop beau. Il fallait bien qu’un client ou deux viennent râler.

« Vous n’avez pas de …… ?
_[après avoir contrôler ma palette] Si, mais tout en dessous, revenez d’ici dix minutes, je devrais pouvoir y avoir accès à ce moment-là.
_Mais moi c’est maintenant que j’en ai besoin ! »

Et d’expliquer que bah je ne vais pas sortir 20 cartons à vitesse grand V pour un paquet de filtre. Je veux bien m’occuper de cette zone de ma palette en priorité mais bon voilà quoi. Et ça n’a sans doute l’air de rien, mais quand on vous fait ce sketch 5-6 fois sur la demi-heure nécessaire à la mise en rayon de la palette (qui est une palette facile, ne l’oublions pas…), ça use. Vraiment. La gestion de la frustration, c’est à 6 ans que ça s’apprend…

De la même façon, hier, samedi donc (je vais aussi haïr les samedis), je suis chargée de mettre en rayon le reliquat frais. Pour ceux qui ne connaissent pas, le reliquat, c’est ce qui reste des palettes de la veille, ce qu’on ne pouvait pas mettre en rayon pour diverses raisons. La règle veut qu’on ne remette en réserve que des cartons complets. En gros : soit tu passes tout le contenu de ton carton, soit tu passes rien. Et ce afin de faciliter les commandes : la responsable sait exactement ce qu’elle a en réserve et ce qu’elle a en rayon. Ça n’a l’air de rien, mais du coup, les clients qui se servent direct sur ta palette, c’est un peu ton cauchemar (donc soyez gentils avec les employés de votre supermarché : si le produit que vous désirez est aussi en rayon, prenez dans le rayon, ou s’il est en rupture, signalez simplement que vous souhaitez ce produit quand ça sera possible. On n’est pas vache, quand on nous demande gentiment, on fait en sorte d’arranger les gens au minimum…). Hier, je mettais donc en rayon ce qu’il restait de produits frais des palettes de la veille. Alors que je cherchais où allaient certains yaourts, j’entends une voix dans mon dos : « C’est bien ceux-là en promo ? ». Je me retourne, vois la dame qui a pris des yaourts sur ma palette. Je vérifie en rayon pour répondre à sa question :

« Oui ce sont bien ceux-là. Par contre, je préférerais que vous vous serviez directement dans le rayon s’il vous plaît.
_Mais ça change rien !
_Si pour moi ça change quelque chose…
_Je vous dis que non ! Les dates sont les mêmes !
_Pour moi ça change quelque chose. C’est plus simple pour moi si vous vous servez dans le rayon, si je dois ramener en réserve il faut que mes cartons soient complets
_Non mais il est vide de toute façon votre foutu rayon donc vous allez tout mettre ! »

Non, je ne pouvais pas tout mettre. Et je le savais. Et si ça ne changeait rien pour elle, pourquoi s’acharner sur moi ? Pourrait-on considérer l’espace d’une seconde que je sache ce que j’ai à faire ?

« Si tu le disais avec plus de sentiments j’arriverai peut-être à te croire »

Et je vous passe les incivilités quotidiennes : les clients qui refusent de s’écarter quand ma chef mag leur demande poliment pour qu’elle puisse mettre ses pommes de terre le matin, ceux qui se foutent de ma gueule parce que je vais à deux à l’heure avec mon transpal alors même qu’ils y sont collés (merci à mes collègues qui viennent régulièrement me relayer, ces situations peuvent vite devenir ingérable avec mon oeil –« ), ceux qui viennent te chercher en rayon pour t’engueuler parce qu’il y a trop de monde en caisse, ceux qui viennent te chercher en caisse pour t’engueuler parce qu’il y a plus de baguette, etc. Des histoires comme ça, on en a tous plein nos cartons. Au minimum trois par jour chacun. Nous sommes une équipe d’une vingtaine de personnes. Je vous laisse faire le calcul.

Si je vous passe tout ça, c’est pour arriver à la cerise pourrie sur le gâteau empoisonné (mais les clients ça aime les cerises non ?).

Ce matin, dimanche donc (et si vous me suivez depuis un moment vous savez combien j’adore bosser le dimanche). Je suis en caisse pour ma matinée, de sorte qu’il y a une responsable en caisse et une sur le terrain. Ça devrait nous permettre de gérer au mieux. À un moment, un groupe à la caisse de A. Ça chahute, ça pinaille. Je ne suis que d’une oreille. A. est là depuis plusieurs mois, j’ai pleinement confiance en sa capacité à gérer tout ça. Sauf qu’en sortant, les gens sonnent au portique. La procédure veut que nous vérifions. 9 fois sur 10, ce n’est rien : article mal démagnétisé, antivol de vêtements neufs et autres bugs. D’ailleurs, dans un monde rempli de portiques et d’antivols mal démagnétisés, la plupart des gens s’arrêtent d’eux-mêmes. Mais eux non. A. les interpèle donc. Ils ne s’arrêtent pas. Je ne sais pas s’ils n’ont pas entendu, ou pas voulu entendre. Toujours est-il qu’ils sortent du magasin. A. les suit en continuant de les appeler. Il se retrouve dehors avec eux. À peine une minute plus tard, une cliente rentre en courant par la porte de sortie « il faut appeler quelqu’un ! le caissier se fait tabasser ! ». Je sonne comme pas possible pour que G. comprenne qu’il y a un gros problème. Je sors aussitôt, et là, panique dans mon petit cerveau : je ne vois A. nul part. Juste les mecs qui remontent dans leur camion. Je demande aux badauds où est mon collègue « c’est eux dans le camion ». mais je m’en bats les couilles moi de qui c’est ! Je veux savoir comment va mon collègue. Merde. Y a un ordre des priorités dans la vie… Personne ne me répond. Finalement, je vois G. accompagné de A. arriver. G. a le téléphone en main, prête à appeler les flics. Je comprends qu’A. a pris une beigne et qu’heureusement, il n’a pas cherché à jouer les héros, il est rentré directement dans le magasin, évitant ainsi l’escalade. G. reprend les choses en main, de mon côté, je rerentre dans le magasin pour rassurer clients et autres collègues et relancer la machine. S. qui venait tout juste d’embaucher voulait aller y mettre son grain de sel. Mais je préfère suivre les préceptes d’amis secouristes et limiter les risques. Je lui demande donc de reprendre la caisse de A., laissée à l’abandon depuis plus de 5 minutes. G. a appelé la police et prévenu les responsables qui se sont déplacées et/ou ont appelé pour s’assurer que tout était rentré dans l’ordre et renvoyer A. chez lui (même si physiquement rien de grave, psychologiquement, c’est quand même pas top).

Heureusement pour moi (ou pour les clients), mon cerveau en situation de crise filtre les informations. C’est donc une heure plus tard qu’il a fait remonté de ma mémoire auditive ce commentaire de clients à la caisse de A. « avec tout ça on a perdu vachement de temps ». Pauvre. Connard. Mais vraiment. Y a un moment, y a pas d’autres mots. Pauvre putain de saloperie de connard de merde. Ajoutez à ça les gens qui se sont crus au spectacle, ceux qui te demandent si ton collègue va bien et peinent à cacher la déception dans leur voix quand tu dis qu’il n’a rien.

C’était la goutte d’eau.
Les caissiers sont des putains d’humains. Ils ont des bons et des mauvais jours, ils ont besoin de dormir la nuit, ils ont besoin d’avoir des jours de repos, ils ont besoin de pause pour souffler, ils ont besoin de manger. Ils ont une fierté, des sentiments. Ils méritent autant que vous le respect. Vous trouvez injuste que le caissier vous crache son dégoût du monde ou de sa vie au visage ? Vous avez raison, ça l’est. La réciproque est vraie aussi. Vous n’aimez pas que le système lidl vous considère comme une machine ? Ne traitez pas ses employés comme tel et je vous jure qu’ils feront l’effort de s’adapter à vous.

Je ne vous demandais pas d’envoyer des fleurs. Mais putain de bordel de merde, un minimum d’empathie c’est trop demandé ? On parle de quelqu’un qui s’est pris un pain dans la gueule pour rien sur son lieu de travail. On parle de quelqu’un pour qui ça aurait pu être bien pire. Nous aurions pu nous amuser à creuser, et trouver quelque part une loi nous autorisant à exercer un droit de retrait car mise en danger du salarié. Vous vous seriez retrouvés comme des putain de cons sur le palier. Et ça aurait été légal. Sauf que le caissier est humain, et il faut que le caissier mange. Pour ça, il faut qu’il relance la machine en limitant les dégâts. Nous avons renvoyé A. chez lui et pris sa charge de travail au passage.

Vous auriez pu demander quels recours nous avions. Vous auriez pu compatir. Vous auriez pu avoir un mot gentil. Vous auriez pu avoir un mot de désapprobation. Vous auriez pu avoir un sourire un peu plus chaud. Vous auriez pu dire que c’était pas normal, qu’on ne devrait pas travailler dans ces conditions.
Vous avez préféré râler. Vous avez préféré m’engueuler parce que je n’ai pas ri à votre blague de merde. Vous avez préféré gueuler parce qu’en plus la machine ne prend pas la carte en dessous de 5€. Vous avez préféré me faire perdre 15 minutes de mon temps parce que vous vouliez un jean taille 36. Vous avez préféré abandonner vos sandwichs en maugréant.

Sauf que moi demain, il va falloir que j’aille travaille en me disant que pour certains, c’est normal de cogner sur le caissier. C’est justifié, et justifiable.
Vous avez perdu 10 minutes ? C’est bien. Moi, et je pense une partie de l’équipe, nous avons perdu la sensation de pouvoir aller au travail sans trop s’inquiéter.

Vous m’avez collé la gerbe. J’ai la gerbe et la haine depuis ce matin. Votre violence, votre mépris, votre irrespect… Putain mais allez crever. Moi j’en ai plein le cul de vos saloperies.

Tout cela est exagéré et disproportionné. Je suis fatiguée, en colère, exaspérée. Je sais, ils ne sont pas tous comme ça et ce genre d’événements restent exceptionnels. Il n’empêche que ça secoue. Ça ira mieux demain. Mais très franchement, vu la première semaine d’août, j’ai pas envie de me taper les 3 dernières.

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