Message in a bottle

Le pépin avait pris une grande décision. Le genre de décision qui change une vie. Enfin il espérait que ça serait le cas. Il était là, debout sur le rebord de la fenêtre et il avait décidé. Le vent lui soufflait dans les cheveux, le vide en dessous chantait ses douces berceuses, mais la nuit enveloppait le tout. Impossible de voir où la chute le mènerait. Impossible de savoir si le saut valait la peine. Le pépin pouvait aussi bien éclater en morceaux que bien tomber. Peut-être même que le pépin se trouverait des allures félines, alors il retomberait sur ses pattes, enfin. Depuis tout ce temps… ça fait tellement longtemps que ses pattes de pépin ne le portent plus vraiment.

Alors, s’il ne savait plus marcher ?

Il pouvait toujours rester dans la chambre. Se cacher encore et encore sous les couvertures. Bien sûr il y avait les cauchemars, il y avait les mains, il y avait les souvenirs, les doutes. Les et si. Les comment, les pourquoi, et surtout pas de réponse. Le pépin voyait bien : plus il restait là, plus il voyait ses jambes se dissoudre dans l’air. Peut-être qu’il avait tout inventé, peut-être qu’il en rajoutait, peut-être que tout ça n’était jamais arrivé. Ici, dans la chambre, il y avait tous les mensonges que le pépin se racontait pour que le monde tienne debout. Toutes les histoires qu’il avait inventé pour cacher la vraie. Il y avait les pièces d’un puzzle explosé qui venait lui rappeler…

Alors il fallait sauter.
Là bas, en bas, il retrouverait ses jambes. Il pourrait marcher pour de vrai, et non plus se contenter de flotter au hasard d’un coin à l’autre. La chute lui ranimerait les jambes. La chute le sortirait de là.

Là sur le rebord de la fenêtre, le pépin avait pris sa décision. Il était temps. Il avait rassemblé toutes les pièces de puzzle. Rien que cette tâche avait été épuisante. Il avait dû s’arrêter, faire des pauses, pleurer, avant de pouvoir terminer. Il était revenu sur le bord de la fenêtre. Là, il a pu mettre les pièces du puzzle dans des bouteilles.

Maintenant, il fallait sauter et trouver la mer. S’il ne pouvait plus marcher, quelqu’un pourrait bien l’aider à nager, non ?

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