Magie Viking en rase campagne

Anilah – Warrior

Les coups de pédale ramène de vieux souvenirs. De vieilles sensations. Enfouies loin. Un retour à la case départ en forme de mue de phoenix. Enfin difficile à dire à travers la brume nocturne.

Quinze minutes de vélo
Vingt minutes de bus vers la ville
Pas de lampadaire
Des fossés
Des ornières

Les sensations remontent. À commencer par le froid qui me scie les doigts. J’avais oublié les doigts qui se glacent sur le guidon, les manches qu’on tire pour compenser l’absence de gant, l’air qu’on souffle dessus à l’occasion pour sauver ce qui peut l’être. Mes yeux pleurent tout seul. Larme par larme. Une toutes les deux minutes. La larme se forme lentement avant de glisser tout aussi lentement le long de la joue. Elle prend part au paysage. Élément constitutif comme un autre.

Donc le froid, les larmes, la musique, la nuit, l’ambiance désertique. Souvenirs.
Le corps reprend ses droits. Après la course infernale, il informe à nouveau de l’état des choses. J’essaie d’accepter l’état des lieux sans ralentir le rythme du pédalier. L’estomac qui brûle. Le genou qui claque. Le dos qui se tord. L’épaule qui se bloque. Accepter l’une après l’autre les petites douleurs accumulées, puis passées sous silence pour survivre aux derniers événements. Accepter, parce qu’il faudra en passer par là.

Quinze minutes de vélo, vingt minutes de bus
La nuit les fossés les ornières
La musique les petites douleurs et le désert
Souvenirs

Les nerfs lâchent. Le corps soulagé de ne plus se sentir en danger constant déposé le bilan. La fatigue, les yeux gonflés, les migraines avortées par manque de temps, les contusions non traitées pour les mêmes raisons, la solitude qui brûle le ventre et les veines. Alors comme à l’époque, il se passe cette chose étrange. Ce moment, ce tout petit moment, où après l’inventaire des dégâts, le corps autorise la voix à sortir. Et la voix chantent au milieu de la campagne déserte, entre les respirations haletantes sous l’effort. La voix sort enfin.

J’assiste au spectacle du corps qui se relâche alors que j’essaie de me souvenir de la route jusqu’à l’arrêt de bus, de la route jusqu’à la maison. En silence et sans négociation, j’essaie d’accepter les réclamations, les reproches et les informations qu’il a à transmettre. Le pire est passé, la route est encore longue. Il faut réparer maintenant. Réparer, récupérer, soigner, repartir. Ne pas minimise ce qui ne veut pas cicatriser. Ne pas oublier ce qui aurait pu arriver. Ne plus censurer.

Quinze minutes de vélo vingt minutes de bus
La nuit les fossés les ornières
Le corps la voix la fatigue

Un mois d’errance à travers la campagne
pour réparer ce qui doit l’être
cicatriser ce qui peut l’être
se souvenir du meilleur
accepter le pire

Et enfin revenir.

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