Lettre 25

07/06/14

 

Ma très Chère Inconnue,

Je suis ravi de voir que vous êtes enfin en possession d’un home sweet home bien à vous ! Cela ne pourra que vous faire du bien après cette affreuse année. Etes-vous enfin débarrassée de la sensation de vivre dans un carton alors ? Rassurez-vous pour le bac… Vous êtes intelligente ! Je suis sûre que vous trouverez le moyen de rattraper les programmes scolaires. Peu d’adolescents s’en tirent à si bon compte après avoir traversé ce que vous avez vécu, alors ce ne sont quand même pas quelques épreuves de calculs qui vont vous effrayer. Croyez moi, vous êtes aujourd’hui bien plus forte que vous ne le pensez, ne laissez pas les cases des écoles vous perturber…

18 ans ! Quel pas ! Je ne peux que vous souhaiter un joyeux anniversaire en retard ! J’aurais voulu vous envoyer un gâteau… D’ailleurs, j’en avais faits ! Ce sont des muffins fourrés au caramel. Bon certes ils sont un peu brûlés et le caramel à une étrange texture, mais ils restent très bons… Malheureusement, je n’ai pas pu vous les envoyer, la poste les aurait massacrés. Alors je vous en envoie seulement la photo, ainsi que la recette. Peut-être que vous vous débrouillerez mieux que moi. En guise de cadeau, je vous ai trouvé un stylo… j’ai tout de suite pensé à vous quand je l’ai vu. Je ne sais pas pourquoi. Il était classe sans paraître strict pour autant… Un stylo d’adulte mais pas trop. Je me suis dit que ce serait le stylo parfait pour signer tous les papiers que vous allez devoir remplir à l’avenir ! Veillez à ne pas trop faire de bêtises pour autant…

La fleuriste et le livreur se voient toujours oui, maintenant plus que jamais ! Laissez moi vous raconter… Le livreur et moi sommes devenus amis après la déconvenue que je vous ai contée la semaine dernière. Il s’inquiétait beaucoup de mon état, aussi a-t-il commencé à me rendre visite régulièrement. Il m’a aidé à remettre les meubles détériorés dans la cohue. Et puis nous nous sommes mis à parler. De pas grand chose au début. C’est un garçon avec des rêves plein la tête ! Il met de l’argent de côté pour pouvoir ouvrir son propre restaurant italien. Il est passionné de ce pays… Si vous le lancez sur le sujet, il peut en parler pendant des heures. Et vous me connaissez si bien maintenant, je ne peux pas résister au plaisir d’écouter une bonne histoire. C’est son grand-père qui était italien qui lui a transmis cette passion. Apparemment, son père préférait ne pas se rappeler de cette partie de son histoire, il ne sait pas très bien pourquoi et il n’ose pas lui demander. Il a peur de la réponse, peur de son père. Cela fait un moment qu’ils ne se sont pas parlés, depuis le divorce de ses parents en fait. Son père s’est renfrogné semble-t-il depuis ce moment-là. Pour le moment, il n’ose pas. Il dit qu’il espère trouver le courage de lui demander pourquoi son père tourne le dos à l’Italie de façon aussi violente. Il a fini par m’avouer qu’il espérait que le restaurant aiderait à produire un déclic, que cela relancerait leur relation.

Et un jour il a fini par me parler de la fleuriste. La fleuriste qu’il n’osait pas aborder de front. Il n’osait pas lui demander d’aller boire un verre. Je trouvais ça tellement triste ! Alors j’ai fini par le convaincre de tenter quelque chose, quelque chose d’un peu fou.. S’il avait peur de l’aborder, de converser, alors peut-être qu’il pouvait lui faire un présent, quelque chose qui lui ressemblait. Cela permettait à la demoiselle de comprendre ces intentions et lui s’évitait la peur d’être rejeté. Il a réfléchi, jugeant d’abord tout cela ridicule. J’ai argué que ne rien faire du tout serait encore plus ridicule, que risquait-il de plus ? Je ne sais pas ce qu’il lui a cuisiné, mais je l’ai vu la semaine suivante, arriver non pas le midi comme à son habitude, mais à la fermeture, avec dans des petites boîtes bien arrangées de quoi faire un véritable festin à l’italienne. La fleuriste a ri, a accepté le cadeau, mais a refusé de le manger seule. La suite, je pense vous vous en doutez.

J’ai depuis rencontré la fleuriste qui est une jeune femme absolument charmante ! Ils vont tellement bien ensemble, cela fait plaisir à voir. La fin de l’histoire, c’est qu’avec la garantie qu’elle apportait, mon ami livreur a pu acheter le fond de commerce pour son restaurant. Depuis je l’aide à tout mettre en oeuvre. Je fais des petits travaux pour faire que ce lieu soit comme il en rêve. Je me sens utile, et mes compétences sont appréciés. Je suis curieux de voir ce que cela va donner quand le restaurant sera finalement ouvert…

Les boules à neige contenaient des petits personnages féériques. Des dragons principalement. Ma mère aimait beaucoup les dragons. Mais il y a aussi quelques fées pour les accompagner. J’ai fait des mobiles avec celles qui étaient cassées. J’aimais bien votre idée d’aquarium, mais en allant acheter quelques poissons, j’ai eu la sensation qu’ils étaient tous affreusement tristes dans ces espèces de boîtes… Alors je n’ai pas pu en acheter. Je n’arrive pas à me résoudre à avoir un animal en boîte !

Cela fait déjà deux ans ? Comme le temps passe vite… Pourquoi votre nom et pas celui du dessous ? Je m’en vais éclairer ce mystère de suite : j’ai en fait écrit à tous les gens présents sur cette page, il se trouve que vous êtes la seule à m’avoir répondu. Je ne sais pourquoi vous l’avez fait alors que tous les autres ont préféré ignorer mon étrange lettre, mais je vous en suis tellement reconnaissant ! Vos lettres ont elles aussi cet effet rassurant. Quand je reconnais votre écriture, je suis partagé entre deux envies : est-ce que je la lis tout de suite pour rassasier cette envie d’avoir de vos nouvelles ? ou est-ce que je fais durer le plaisir en la gardant pour un meilleur moment ? En tout cas, sachez que je ne vous lis jamais sans un bon chocolat chaud !

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