Les incendiaires

Il fut un temps où

Mais le monstre s’est réveillé. À la seconde précise où l’épuisement m’a prise. J’ai reconnu la sensation. Le tremblement d’excitation au bout des doigts. La brûlure au creux des dents. Le déchirement des commissures. Le monstre était bien réveillé. Les attaques fusaient. Porc-épic sous amphétamine. Le hurlement bien au chaud dans l’estomac n’attendait qu’une seconde d’inattention. Le monstre savait, ça viendrait plus vite que ça n’en avait l’air. Il suffirait d’un prétexte. Il suffirait d’un contact de trop. Petite, toute petite. La fissure au creux de mes doigts paraissaient si minuscule hier encore. Hier encore tout était sous contrôle.

Je sais qui tu es
Tu sais qui tu es
Tu sais qui tuer
Tératologie
Morphologie
Monstruosité fixée

C’était simple pourtant. Il suffirait que j’accepte de fermer les yeux. Rien qu’un instant, je pourrais lâcher la bride. Admettre enfin le monstre comme part entière. Lui donner le droit de vivre ma vie puisque je ne sais plus comment coller les morceaux. Quelle différence cela ferait-il ? Quelle différence cela a-t-il fait jusque là ? Parce qu’aussi loin que je fuis, ça ne change rien. Le miroir raconte toujours la même vérité. Je ne me reconnais pas sous les traits du monstre, pourtant c’est bien lui dans le reflet. Alors quelle différence ? Il suffirait… Que faire de ces cordes vocales qui de toute évidence m’encombrent ?

Are you looking happiness ?
Or are you looking for something better ?
Do you ever feel emptiness ?
Are you scared it’s gonna last forever ?

Et maintenant ? La rage au bout des ongles me déforme le visage. Après tout, ce n’est pas comme si nous avions quoi que ce soit à faire d’autre avec. Déjà je constate que je s’est fait avalé par le nous. Il n’aura finalement pas duré. Espace futile d’identité fragile, je est déjà mort. Quelques jours à peine. Allez-y, renvoyez le prototype aux ordures. Lancez le recyclage. En attendant, le monstre remplit. Encore. Et encore. Il faut bien garder la place chaude. Le monstre prend ses aises. Et déjà mes mains ne m’appartiennent plus. Je fait un bref retour, tentative désespérée pour clamer un territoire qui n’est déjà plus rien qu’un souvenir. Le monstre remplit la nuit, le monstre remplit mes jambes, le monstre vide mon ventre, mon sexe. Il ne restera plus rien de moi. Le monstre a pris le miroir. Le monstre prendra les mots.

Maladie chronique
Miroir hystérique
Maladie hystérique

Le feu. Le feu au bout des doigts putain. Enfin le feu putain. L’incendie se décharge. Le monstre rit le monstre crie, le monstre jouit. Et quelle putain de différence à la fin ? Pourquoi tant d’effort ? Je est mort. Et si ce n’est pas déjà fait, je mourra toujours au bout du compte. La fin de l’histoire est toujours la même. Systématique. Trajectoire pré-déterminée. Le monstre plus fiable que la plus fine des boussoles. Ça valait bien la peine de sonner toutes les alarmes. Les avertissements, les bouteilles à la mer. Le monde entier dans le mur. Mes tympans déchirés et le monstre au commande. Vous l’avez bien cherché finalement, si on y réfléchit un peu…

We don’t need your cheap salvation
We don’t want your sympathy

I don’t want your happiness
I don’t need your happiness
So never show me happiness
I don’t want your happiness

Alors sous les traits du monstre que je a toujours été, nous irons par devant vos nuits, vos pleurs, vos horreurs, et nous brûlerons tout. Nous ravagerons jusqu’à ce qu’il ne reste rien. Nous vous réduirons à néant. Il n’y a plus rien que du vide dans nos crânes abrutis. Plus de larme. Plus de fatigue. Juste la colère qui ronge encore et toujours. Et personne ne pleure pour nous. Et personne n’allume les dernières bougies. Les monstres se sont arrêtées à l’heure de nos derniers meurtres. C’est un secret que nous n’osons nous avouer.

Je te hais
Je te hais

Je te hais
Puisqu’on se connaît
Puisqu’on se connaît

Au réveil, n’auront brûlé que mes paupières sous la pression de mes doigts paniqués, incapables de trouver une autre issue. L’histoire se finit toujours pareil. Le monstre est toujours là, bien installé dans le fond de ma gorge, prêt à cracher feu et cendres aussitôt ma garde baissée. Prions que la vôtre soit solide. La course contre la monstre est lancée. Les pronostics sont illisibles et personne ne sait qui de lui ou de moins franchira la ligne en premier. Dans le miroir ce matin, j’essaie encore de le traquer. Bien réfugié à l’abris des paupières tombantes, il me rend mon regard. Il cherche l’humaine dans son reflet. À la dernière traque, elle s’était réfugiée sous ses ongles et depuis, il n’arrive pas à l’en déloger.

I hope you’ll fin happiness.


Citations dans l’ordre :
Eths : Tératologie
Hurts : Happiness
Eths : Atavhystérie

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