La grande couverture des petits

Il était un pépin dans un monde de grands. Un tout petit pépin dans un monde de grands. Un tout petit petit pépin dans un grand monde de grands. Alors forcément…
Pour trouver son chemin, le pépin a du mal. Il a l’impression que tout demande beaucoup d’efforts. Il faut se battre pour tout dans ce grand monde de grands. Tout le temps. Le pépin ça le fatigue. Il ne voit pas bien l’intérêt. Et de toute façon il fait si bon dans son lit, alors pourquoi s’embêter ? Le pépin est beau joueur, il a bien voulu essayer. Mais il y a un moment où voilà. C’est pas possible.

Il voit bien le pépin, que le grand monde ne va pas le laisser comme ça. Il a beau se cacher dans son lit, bien à l’abris, tout petit sous les grandes couvertures, il voit bien que ça ne sera pas suffisant. Le grand monde de grands finira bien par rentrer. Et si jamais il n’y arrive pas il fera en sorte que personne d’autre ne puisse rentrer. Le pépin se retrouvera tout seul dans son petit lit avec pour lui seulement sa petite couverture. Il sait bien ça. Mais plus il le sait, moins il sort. Ca le terrifie encore plus. Il est là dans son lit et ne peut plus bouger tellement il a peur. Comment il va faire ? Il est tout petit et le grand monde s’en fout. Il faudrait qu’il devienne grand tout de suite, sans ça il se rend bien compte qu’on ne fera qu’une bouchée de lui. Une toute petite bouchée en plus…

Alors le pépin a beau retourné tout ça dans sa tête, il ne voit pas comment faire. Non vraiment. Il n’y a pas une carte quelque part ? Un mode d’emploi ? Quelques petits trucs qui lui permettraient de ne pas se faire manger trop vite. Dans un jour de bravoure, le pépin accepte de sortir le nez de sa couverture. Histoire de prendre la température du grand monde. Il faut qu’il se rappelle qu’il a pu arriver jusque là. Ce n’est pas la première fois qu’il se cache sous ses couvertures pour éviter le grand monde. Il faut qu’il fasse l’effort de se rappeler. Qu’il retrouve. Qu’il retrouve ses fois où le monde était trop grand et lui trop petit, mais qu’il était quand même sorti de son lit, sorti dehors pour voir de quelle couleur était ce monde si grand si terrifiant. Qu’il se rappelle surtout ses fois où il était revenu en un seul morceau, où il était revenu en pépin heureux d’être aller voir de quelle couleur c’était dehors. Qu’il se rappelle le nombre des couleurs dehors, leur force, leur teinte, leur odeur, comment elles fondent sur la langue quand on y goutte, comment elles font briller les yeux qui ont trop pleuré, la musique qu’elles laissent dans le creux de l’oreille. Il faut qu’il se rappelle de tout ça. Et qu’il se rappelle que pour ça, il faut sortir de son lit, quitte à garder un petit bout de couverture dans la poche, au cas où…

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