Gorgone kafkaïenne.

Kafka a la tête comme un trou noir. Des escaliers qui montent et descendent sans jamais mener nulle part peuplent des pensées prêtes à tomber au néant. Derrière une porte se cache sans doute Ariane et son fil. On lui a raconté l’histoire et Kafka se souvient encore. Il entend à travers les corridors l’écho du fil qui se dévide. Il suit le chuintement. Le son est léger, furtif, éphémère. Ses oreilles s’y accrochent doucement. La mélodie lui berce la conscience, doucement il glisse, s’endort, s’échappe, perd le fil. Un trou s’ouvre à nouveau.Un couloir s’allonge. Un escalier se brise. Une porte claque. Kafka a la tête en trou noir. Kafka soupire. La mélodie a disparu.

Et le voici maintenant en capitaine du radeau de la Méduse. La volonté pétrifiée, définitivement statufiée dans ses chaussures. Il essaie. Kafka secoue un tibia, un genou. Il tente plusieurs vibrations, différents systèmes de mouvement. Il cherche à créer la fissure, l’ultime chance de bouger. Mais le son de la porte qui claque continue de rebondir sur les escaliers sans fin et Kafka dans le fond de sa tête en trou noir ne sait plus par quel bout prendre le fil. Les cheveux de la Méduse serpentent calmement. Ils se laissent tomber d’une marche sur l’autre, lentement, pesamment. Kafka cherche son chemin alors même que le bateau coule normalement. Les pieds dans le ciment au fond de l’eau, les bulles s’énumèrent et se perdent à leur tour jusqu’à la surface.

Du fond de l’eau, Kafka regarde le monde.
Du fond de l’eau, Kafka compte les marches qui se démêlent d’escalier en escalier.
Du fond de l’eau, Kafka entend toujours la porte claquer.

Au fond de l’eau, Kafka cherche le fil d’Ariane qui viendra retenir les serpents.
La tête comme un trou noir, Kafka continue son duel avec la Méduse.

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