Chasse à l’homme

Traquer la folie. La chercher partout, les moindres recoins, les moindres virgules, la moindre typo. Quelque part. Nous le savons bien, elle s’est cachée quelque part. Il en reste toujours un peu. La grande purge n’a pas pu tout chassé. Preuve en est, les flammes continuent de nous lécher les veines. Quand la douleur se répand d’un coup, insidieuse et acide, comment prétendre avoir pris le pas sur la folie ?

Nous démontons rouage après rouage. Nous savons qu’elle est là. Nous sentons son odeur qui vient nous brûler l’estomac quand on n’y fait plus attention. Retourner l’épiderme, fouiller les 188. Ne rien trouver. Déchirer l’épiderme de rage, arracher les 189. Pourquoi ? Pourquoi alors que nous la sentons grouiller en périphérie du champ de vision ne pouvons-nous jamais la piéger à son propre jeu ?

La peur de l’enfer peut-elle devenir pire que l’enfer lui-même ?
C’est faux. Ce n’est pas. Ca ne peut pas être. Nous savons ce qui pourrait arriver. Nous avons tracé les routes, pavé les limites. Nous nous sommes battus corps et âme. Aujourd’hui pourtant, nous ne parvenons pas à savoir qui du corps ou de l’âme nous avons perdu. Lequel des deux la folie a-t-elle pris ? Les études sont incapables d’arriver à une conclusion et nous tournons en rond. Nous parviennent seulement les échos. Les « et si » nous frappent le crâne à chaque respiration. Il faudrait trouver la folie avant qu’elle soit trop tard. Une fois repérée, amputer la partie incriminée nous offrirait enfin un peu de répit. Jusqu’à la prochaine invasion au moins…

Même si les historiens sont incapables de dater les invasions, incapable d’établir la chronologie, incapable de comprendre les liens de cause à effet. Même si les mathématiciens n’arrivent plus à compter les morts ni à tracer les lignes derrière lesquelles nous pourrions nous abriter. Même si les médecins légistes n’arrivent plus à identifier les cadavres. Même si les auteurs ne peuvent plus nommer les choses, les gens, la folie, nous.
Nous devons trouver la folie. Nous devons la trouver et l’anéantir. C’est là notre unique chance de salut et nous en sommes convaincues. Les fusées de détresse ne semblent plus fonctionner. Au 32ème top, cela fera exactement 5ans.

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