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La colère, le féminisme, les hommes blancs cis hétéro et plus si affinité.

J’ai tellement à dire que je ne suis pas sûr d’où je suis sensé commencer cet article. Il faut dire aussi que ça fait un an que je le rumine, que je le réfléchis. Parce qu’à la base, il y a une interrogation de mon frère suite à deux vidéos de Marion Séclin sur qui l’internet tout entier est tombé parce que diantre, elle s’énerve ! Et ça c’est mal. Comment voulez-vous qu’on comprenne quoi que ce soit si elle s’énerve ? C’est pas pédagogique. Et puis elle confond tout.

Mais le fait que quand tu démontes tout le truc, c’est plutôt ceux (ou en tout cas la plupart de ceux) qui lui sont tombés dessus qui mélangent tout, et valident ainsi l’argumentation, et sa forme. Alors on va essayer de démêler tout ça..

Tu sais que je suis très en colère quand je laisse tomber les chatons mignons.

Commençons par facile : la Pédagogie.
Oh qu’il est doux qu’il est beau l’argument de la pédagogie ! D’autant plus pervers qu’il n’est pas complètement faux. En effet, si vous voulez expliquer quelque chose à quelqu’un, il est en général admis que lui gueuler dessus ou l’insulter est une plutôt mauvaise idée. Le rabaissement systématique, l’humiliation ou encore la condescendance sont généralement reconnus comme de mauvais, de très mauvais moyens d’éducation. Je ne vais pas vous faire pas un cours sur les angoisses que se traînent les enfants élevés à grands coups de brimades, les souffrances infligées par des profs maladroits ou volontairement mauvais. Je vais honteusement partir du principe que c’est un postulat de base. En général, quand tu veux expliquer quelque chose à quelqu’un, qu’il s’agisse d’un théorème de math, de pourquoi mettre le hamster dans le congélateur c’est mal ou de pourquoi la peine de mort c’est mal, c’est mieux de le faire avec compréhension, patience et empathie. On est tous d’accord sur ça.

Mais ça ne veut pas dire qu’à l’occasion il n’est pas nécessaire de taper du poing sur la table.
Cette année j’ai donné cours à l’université à trois groupes différents. Pour deux d’entre eux, ça s’est très bien passé. Le troisième était infernal, insupportable, bruyant, dissipé, irrespectueux. Ma collègue et moi avons dû mettre en place des règles plus strictes pour permettre aux éléments motivés de pouvoir travailler. Et puis un jour, l’insomnie de trop, l’irrespect de trop. J’ai purement balance à trente élèves de fermer leur gueule (sic) « C’est quelque chose qu’on apprend en CP. En cours, quand quelqu’un parle, vous vous taisez. Vous êtes grands maintenant. Fermez. Vos. Gueules. » Bien entendu, il n’y a là pas de quoi être fier. Mais quand tu as usé toute la communication non violente du monde, toutes les approches et techniques, et qu’en face ça ne bouge toujours pas, clairement dire aux gens qu’ils déconnent à plein tube reste la solution la plus efficace. Est-ce que ça a marché ? Oui et non. Certains se sont effectivement calmés, une prof d’université n’est pas sensée parler comme ça, ce décalage dans la violence a permis de redessiner une limite. Il a aussi permis à ceux qui voulaient bosser de voir que je prenais le problème en compte. Même si on ne va pas se voiler la face, les pires sont rester pénibles…. mais ce sont pris une taule à leur exam parce que parfois il y a quand même une justice dans le monde.

Mon intervention coléreuse n’a donc pas résolu le problème, en tout cas pas complètement. Mais elle a clairement posé qu’il y avait un problème. Les personnes qui en souffraient se sont senties soutenues. Certains ont pris acte et ont rectifié le tir. Les autres ne se sont tout simplement pas senti concernés. Pour eux, ils n’étaient pas le problème. Mon cours ne servait à rien, et donc par extension moi non plus. Il n’était donc pas nécessaire, d’obéir aux règles basiques d’un cours. Il n’y avait donc, dans leur vision des choses, pas de problème.

Quand tu te dis qu’un exemple ne ferait pas de mal…

Si tu crois que je digresse lecteur, tu sous-estimes amplement ma capacité à filer les métaphores. Le problème de mes étudiants étaient donc de ne pas considérer leur attitude comme un problème. Au cas où cette mise en parallèle de pattern serait encore trop subtil, mettons les pieds dans le plat : beaucoup d’hommes (cis blancs hétéros) ne réalisent pas qu’ils font partie du problème. Je dirais même la plupart d’entre eux. Loin de moi l’idée de les réduire tous à des petits cons d’ado en pleine crise (même si c’est tentant)(affreusement tentant), mais il faut bien admettre que beaucoup n’arrive pas à comprendre ça : qu’ils sont une partie active du problème. Tranquillement mais sûrement, nous arrivons à ces merveilleuse notions que sont la culture du viol, l’oppression et compagnie. En bonne partie pour démonter le discours suivant : quand on dit à un moment que son discours et / ou son comportement tient de la culture du viol, celui-ci nous répondra très vraissemblablement qu’il n’est pas un violeur, not all men et bla et bla et bla.

Prenons donc un instant voulez-vous, et prenons le maintenant histoire de ne plus abîmer nos pelles sur la tête des pro-NotAllMen. Parce que beaucoup te diront qu’ils n’aiment pas le terme de culture du viol parce que « on n’entretient pas ça activement ». Ce qui est occulter avec une mauvaise foi crasse qu’ici le terme culture a plus à voir avec la culture française / américaine / de ton coin du monde qu’avec la culture des betteraves. Que je sache, la plupart des gens autour de moi évoluent dans une culture française, d’héritage juédo-chrétien. En ce sens, certains de leurs comportements, de leurs valeurs, de leurs comportements s’inscrivent dans ces dîtes cultures. Oui oui oui, sachez que quand vous glorifiez tel ou tel artiste parce qu’il souffre teeeeellement mais que grââââce à ça il produit des trucs de dingue, vous êtes en pleine culture du martyr, très très très chrétien ça. Pour autant, vous n’en avez pas conscience, pas plus que vous ne cherchez à promouvoir la pensée chrétienne. C’est un trait que vous avez hérité, une façon de pensée qui valorise la souffrance et en fait l’échelle à partir de laquelle vous évaluez le monde et les gens. Avouez, c’est qu’à moitié glorieux formulé comme ça hein ? Vous n’y êtes pour rien : vous n’êtes pas si vieux, vous n’avez pas été élevé sur une île déserte, vous avez donc hérité d’une histoire, de valeurs, d’une vision du monde. Vous entretenez tout ça tout simplement parce que vous pensez et agissez tous les jours en suivant les règles dont vous disposez.

Et peut-être qu’un jour, pour une raison X ou Y, vous allez vous dire « mais est-ce que pas un peu pourri quand même de vivre dans un monde où ne sont légitimes que les gens qui se donnent corps et âme à leur travail, au détriment de leur propre santé physique et mentale ? pourquoi est-ce qu’on continue de faire ça ? ». À partir de là, vous allez réfléchir, regarder autour de vous. Vous allez essayer de retracer cette pensée. Et si vous êtes honnête, à un moment, vous allez vous demander à quel point vous perpétrez ces traditions-là vous aussi. Alors vous allez peut-être vous rendre compte que vous valorisez plus le travail d’un artiste si vous avez connaissance des tourments qu’il a traversé (hastag inspiration porn…) au point parfois de croire qu’il faut aller mal pour être artiste (non non et non, quand on va trop mal on se tire une balle dans la tête, et un artiste mal est un mauvais artiste. merde), vous allez peut-être arrêter de regarder votre collègue de travers parce qu’iel s’en va bel et bien à 18h, comme indiqué sur son planning, d’ailleurs, dans la foulée, vous allez peut-être même arrêter de considérer que votre valeur est corrélée au nombre d’heures sup que vous faîts. Et cetera. Et cetera.

Et bah la culture du viol, c’est pareil.

Quand tu prends conscience de toutes les saloperies sexistes, transphobes, racistes, homophobes, classistes, psychophobes et validistes que tu as pu prononcées.

BIEN SÛR que 99,9999% des hommes blancs cis hétéros ne cherchent pas consciemment à opprimer leur prochain (femme non-cis racisé non-hétéro). En vérité, l’homme blanc cis hétéro est une petite créature fragile à qui on a appris que tout lui était dû. Bien entendu, pas parce qu’il est un homme, cis, hétéro, ou blanc, juste parce qu’il est lui et qu’à partir de là le monde s’ouvre à lui, plein de possibilités, et que s’il bosse assez, il aura tout ce qu’il veut. De ce fait, l’homme blanc cis hétéro est naïvement persuadé qu’il en va de même pour tout le monde, puisque nul ne lui a précisé qu’il était avantagé. Donc, si les autres n’obtiennent pas ce qu’il obtient, c’est bien qu’ils ne s’y prennent pas comme il faut, puisque lui n’est qu’un homme et qu’aucun passe droit ne lui a été attribué.

Si bien que comme mes étudiants, sûr de leur bon droit à se foutre éperdument de ce que je racontais puisque mon cours « n’était pas utile », les hommes blancs cis hétéros sont sûrs de leur bon droit et ne voient aucun problème autour d’eux. Tout va très bien madame la marquise. En vérité, c’est là que les problèmes commencent. Parce que en soi, c’est vrai : on ne peut pas complètement leur en vouloir. Qui me dit que j’aurais fait mieux à leur place ? J’agis sur les privilèges que j’ai, mais est-ce que je ne le fais pas uniquement parce que j’ai conscience des oppressions que je subis et cherche donc à éviter de les répercuter sur autrui ? En tant que prof, je ne peux pas reprocher à mes élèves / étudiants de ne pas savoir quelque chose qu’on ne leur a pas expliquer. Le problème avec cette métaphore, c’est qu’à un moment le fil se casse : en tant que prof, je suis payée pour expliquer ci ou ça à mes élèves / étudiants, parfois je suis même payée pour l’expliquer et le réexpliquer et le reréexpliquer et ainsi de suite. C’est mon travail. L’évaluation de ce travail étant la compréhension de l’élève, c’est mon but final. Mais dans la vie… quand ce sont mes amis, mon frère, mon père, un collègue, à qui je dois expliquer tout ça, quel est le but final ? Comment évaluer la réussite de mon explication ? Les dés sont faussés dès le départ : parce que je suis humaine, je vais naturellement et naïvement supposer que les gens qui m’aiment vont faire, à la hauteur de leur moyen, en sorte de ne pas me blesser, voire même, faire en sorte que je me porte bien. Parce que je suis héritière d’une certaine culture du romantisme,  dans laquelle je baigne, je peux même des fois m’attendre à ce que ceci se fasse naturellement. Heureusement pour moi, j’ai eu la bonne idée de comprendre assez vite que les humains ça se lisaient pas comme des livres et que des explications de textes étaient quasiment systématiquement nécessaire (et ce quelle que soit la relation). Mais alors donc, c’est quoi le but ? Que les hommes autour de moi prennent conscience du mal qu’ils font aux femmes autour d’eux ? Du mal qu’ils me font ? Qu’ils changent ? Si oui quoi ? Dans quelle mesure ? Et surtout : à quelle vitesse ? Parce que si je souffre, je suis déjà occupée à gérer ma souffrance, puis-je me permettre d’expliquer encore et encore les conséquences du harcèlement de rue sur mon existence au risque de m’entendre balancées les saloperies d’usage qui ont de très fortes chances de sortir de la bouche des gens même que j’aime ? S’ils se ratent, suis-je capable de leur pardonner en me répétant encore et encore que l’intention était louable et que plus tard j’expliquerai, alors tant pis si en attendant je passe pour une hystérique qui s’énerve pour « rien » ? Suis-je capable d’accepter d’être à la fois l’oppressée et à la fois celle qui s’excuse s’efface s’explique constamment pour ces mêmes oppressions ? Suis-je capable de serrer les dents sur ma double peine jusqu’au moment où enfin, les hommes qui m’aiment se décident à bouger un tant soi peu ?

Et surtout : sont-ils capables de bouger ? D’accepter de reconnaître qu’ils ont des avantages sérieux sur moi et les autres et que donc s’ils veulent vraiment m’aider, moi et les autres, il va falloir qu’ils envisagent SÉRIEUSEMENT de changer ? Pas juste pour se donner bonne conscience, mais pour de vrai, pour que les choses bougent.

L’explication est-elle réussie quand les choses bougent ? Et quand bien même, ça veut dire quoi « bouger » ? Est-ce que je peux considérer ça comme une victoire si du coup les hommes qui m’aiment considèrent enfin mes problèmes comme de vraies problèmes mais refusent d’entendre ceux de mes ami.e.s homosexuel.le.s ?

Quand il va vraiment falloir arrêter de faire chier.

Parce que le problème, c’est qu’arrive à un moment on n’a plus la force ni l’énergie, et encore moins le temps, d’expliquer. À un moment, on a juste trop mal pour ça. Ou alors on a peur.

Parce que presque toutes les femmes savent faire de leur trousseau de clé un poing américain.
Parce que je ne compte plus les amies que j’ai raccompagnées chez elles parce qu’elles avaient peur.
Parce que comme beaucoup je calcule mes itinéraires en fonction de la masse d’emmerdes que je me sens capable de gérer
Parce qu’on m’a encore renvoyé au rang de plante décorative
Parce que je sais que ça ne sert à rien de porter plainte pour viol
Parce que je dois soutenir les amies qui décident quand même de porter plainte pour viol
Parce que je connais plus de gens qui se sont fait violé.e.s que de gens en CDI
Parce que tout le monde semble autorisé à juger mes choix vestimentaires, capillaires, sentimentaux, sexuels, de vie en général
Parce qu’il m’arrive de me mettre à pleurer devant ma commode le matin
Parce que j’en peux plus de devoir gérer les conséquences de mon choix de tenue (qui selon moi devrait s’arrêter à « ce tshirt est cool »)
Parce que tout le monde a décidé que non seulement j’aurai des gosses mais qu’en plus j’aimais ça
Parce que si jamais je me mets en colère on me dira que je suis hystérique, que je m’énerve pour rien
Parce que si je me mets en colère, on invalidera d’office ce que j’ai à dire pour « vice de forme »
Parce que quand tu es femme, tu ne peux jamais avoir raison, tes choix sont forcément mauvais et tout le monde a le droit de te le dire
Parce que la première fois que je me suis vraiment reconnue dans un perso féminin dans une série j’avais déjà 25ans
Parce qu’on fait pas tellement de rôles divers au féminin
Parce que des hommes expliquent aux femmes ce qui vaut la peine qu’elles se révoltent ou pas
Parce que des personnes cis expliquent aux non-cis où sont vraiment les problèmes
Parce que des blancs expliquent aux racisés quand et où ils peuvent se rassembler pour bien respecter la liberté d’expression
Parce que des hétéros expliquent aux non-hétéros de tous bords qu’ils sont pas « homophobes mais »..
Parce que cette liste est déjà terriblement longue, mais loin, très loin d’être exhaustive

Et certain.e.s cumulent. Certains jours tout ça arrive d’un coup. Certains jours des hommes m’expliquent que le harcèlement de rue et le manspreading c’est des faux problèmes montés en boucle par des mauvaises féministes sur internet, alors que ce jours-là, une voiture a ralenti à côté de moi pour me siffler puis me traiter de salope, que le vigile de l’inter avait soudain le droit de me tutoyer (ou de me eller ? oO) parce que j’ai la cuisse tatouée, d’ailleurs un inconnu dans le métro s’est senti autorisé à toucher celui de mon épaule, qu’un vélo à piler devant moi tellement je suis jolie (en me barrant le passage of course) et qu’enfin dans le métro le mec profitait de mettre sa main dans sa poche pour me la passer au cul tant qu’il y était. Alors des fois oui, tu es en colère et tu n’as pas la force d’expliquer parce que tu ne devrais même pas avoir à expliquer que tout ça n’est pas normal. Et là j’ai deux choix : soit je suis en colère, et tant pis pour les dégâts collatéraux, soit j’entre dans un cercle vicieux où je ne parle plus de cette part de ma vie aux hommes de ma vie, entretenant ainsi leur ignorance. On a plus la force d’expliquer parce qu’on a déjà tellement tout essayé pour arriver toujours au même résultat qu’on n’en peut plus. Parce qu’on sait que si on se met en colère personne n’écoutera en faisant passer ça pour une critique constructive de la façon dont on porte notre message. Alors que merde, y a pas un moment où vous pouvez juste admettre qu’il y a des putains de bonnes raisons d’être en colère ?

Alors, aux hommes de ma vie,
aux hommes que j’aime
aux hommes qui m’aiment

sachez le, la colère, c’est salutaire.

On est d’accord, ça va piquer. On est d’accord qu’à la base vous n’y êtes pour rien. Et même nous on le sait. Bien sûr qu’on fait la différence entre la culture du viol / l’oppression patriarcale et vous, individus qui peuplez, souvent avec bonheur, nos vies. Mais il arrive à un moment où je suis bien obligée de faire comme avec mes étudiants : fermez vos gueules, et écoutez.

Parce que si je ne me mets pas en colère contre tout ça, ça veut dire que je le considère comme acquis, comme normal. Je ne veux pas de ça pour vous : je vous aime, et considère donc que vous valez beaucoup mieux que ce que ce système veut faire de vous. Et je vais donc continuer de vous faire chier jusqu’à ce que vous montriez tout le potentiel de gens biens que vous contenez (dire que vous avez du potentiel, ça suffit pas, ça me fait même pas une belle jambe). Et surtout, je refuse tout ça pour moi. Je refuse d’être un objet de décoration. Je refuse que ma valeur ne soit jugée que par celle du mec avec qui j’aurais décidé de m’installer en tout bien tout honneur et selon les règles. D’ailleurs je refuse de suivre des règles autres que celles que j’aurais choisi avec l’hypothétique partenaire en question. je refuse d’arrêter d’aller aux endroits où j’ai envie d’aller. Je refuse de devoir systématiquement choisir mes vêtements en fonction du monde extérieur. Je refuse de considérer qu’il est normal que nos corps soient mis à la bonne disposition du reste du monde façon fast-food. Je refuse de considérer que les violences que j’ai subies soient normalisée. Je refuse que celles que mes amies ont subies restent impunies. Je refuse que mon seul argument pour dépasser tout ça soit « au moins je suis blanche et hétéro… », parce que c’est quand même bien un argument de merde (et un argument de connard égoïste).

Parce que si je ne mets pas en colère, je finis moi aussi par dire des saloperies sexistes racistes transphobes psychophobes validistes classistes et homophobes, perpétuant ainsi la chaîne de la haine et de l’oppression. Et je ne veux pas être cette personne. Alors je me mets en colère, parce que si je suis en colère pour ce qui m’arrive, alors je dois l’être aussi pour ce qui arrive aux autres, même si je ne suis pas directement concernée.

Parce que si je ne mets pas en colère, je ne sais pas si j’arriverai à me lever demain. Si j’arriverai à m’habiller. Si j’arriverai à trouver la force de mener mes projets. Si j’arriverai à fournir les efforts nécessaires pour faire partie de ce monde qui m’entoure. Si j’arriverai, paradoxalement, à continuer d’aimer les hommes de ma vie malgré tout.

J’adorerais pouvoir ne plus être en colère. J’adorerais vivre dans cette douce ignorance. Mais c’est pas le cas. Et si ma seule chance de survie dans un monde décidé à me voir crever parce que j’ai perdu à pile ou face c’est d’être en colère, alors soyez sûrs que vais cracher tous les incendies dont je suis capable.

Parce que la bombe au poivre c’est dépassé.

Un peu partout, je vois fleurir les articles, ou juste les conversations à mi-mots, à base de « j’en ai marre des hommes cis blancs hétéros ». On le dit pas trop parce que padamalgamemondieunonnotallmen. Mais j’avoue que je commence à en arriver là aussi. Parce que ça use, de tout le temps devoir tout expliquer en sachant la naïveté, l’incrédulité, et parfois le déni et la violence, qu’on trouvera en face, chez ces mêmes personnes sensées nous aimer et nous soutenir.

Donc oui, des fois on se met en colère, en généralisant, sans subtilité.
Parce que s’il est des étudiants à qui il suffit de faire les gros yeux pour avoir le silence,
il est aussi des étudiants à qui il faut dire de fermer leur gueule.

En espérant avoir été à peu près claire…
À bon entendeur

(sur ce, j’ai de la sociolingusitique à lire)

 

#11 Désexistons… Célibataire, mode d’emploi

Nous revoilà ici !

Je vous peins le tableau : on est dimanche, je suis au milieu de mes sacs, j’attends que mon frère passe me récupérer pour faire les 300 bornes de retour vers la vendée où je passe l’été. Le bougre peut arriver à tout moment alors je ne peux pas trop me lancer dans un épisode d’Orphan Black sous peine de devoir couper mon épisode. Mais comme je suis déjà en train de manger un reste de pizza par terre devant l’ordi, je me demande ce que je pourrai bien regarder histoire de tuer le temps et d’illuminer un tant soit peu la journée. Alors bon, pourquoi pas une comédie romantique à la con ? Si je vois pas la fin pas de soucis, et bon, ça fait pas de mal. Des fois, ma naïveté n’a d’égal que la quantité de vodka dans mon congélo. J’opte donc pour How to be single, ou Célibataire, mode d’emploi en français. C’était tellement merveilleux comme film que j’ai passé une bonne partie du film à pourrir la merveilleuse Lou de SMS, d’autant que ça faisait un bon écho à la conversation de la veille (que nous ne reproduirons pas ici par soucis de décence)(et par respect envers les éléphants). À tel point qu’elle a fini par me signifier que ça ferait un très bon article… C’est elle qu’il faut donc remercier pour cette diatribe que je m’apprête à vomir en ces lieux ! Trêve de présentation, allons-y…

Alison mais qu’es-tu donc allée faire dans cette galère ?

Ce qui est merveilleux c’est qu’on te colle le mot célibataire dès le titre, mais qu’au bout de même pas 30 secondes, avant même la fin de la séquence d’introduction, on a tous compris que tout le monde serait casé, ou en passe de l’être, avant la fin du film (qui fait deux heures). D’ailleurs monde, je te préviens direct, je vais joyeusement te spoiler parce qu’en vrai, il n’y a pas grand chose à spoiler tant tout ça est creux à force d’être rempli de clichés puissance au carré. Des clichés tellement vides et creux que j’ai vu le film y a même pas deux jours mais qu’il faut que j’ai la fiche IMDB sous les yeux parce que je ne me rappelle du prénom de personne. Pire, la madame blonde sur l’affiche, j’ai chopé son prénom juste 10 minutes avant la fin. C’est vous dire le niveau général de cette chose ! Et accessoirement va vraiment falloir en finir avec cette mode des histoires qui se croisent tant qu’on aura pas des scénaristes capables de nous faire ça correctement. Merde. J’ai dit. Na. (j’essaie de me mettre à la hauteur niveau argument, du coup il a été nécessaire que je me pète le genou à la masse, il est possible que la douleur m’égare)

Le film s’ouvre sur Bouc Émissaire (j’ai la flemme d’aller chercher leur prénom, ça leur apprendra à être interchangeable) qui te raconte que y a plusieurs façons d’être célibataire (moi qui pensais que ça consistait majoritairement à ne pas être en couple et que le reste ça s’appelait juste la vie… diantre, j’ai encore rien compris), les bonnes et les mauvaises. Bien entendu, on s’en va t’expliquer ce qui est bien et ce qui est pas bien. Pendant cette petite séance, on voit Bouc Émissaire rencontrer son petit copain : douche publique à la fac, sa serviette s’accroche dans la porte, et comme elle a trois cent milles trucs dans les bras, forcément, elle peut pas trop ouvrir la porte pour la débloquer. Si bien que la serviette finit par tomber, sous les rires de ses petits camarades aussi évolués que des collégiens. Mais ni une ni deux, le Fils de Vitrier (parce qu’on peut voir à travers tellement ce personnage a de charisme) vient la secourir ! Tatatin ! Il la recouvre d’une serviette, la sienne, la protégeant alors des regards moqueurs, auxquels il offre par la même occasion son blanc popotin (à défaut de blanc destrier). C’est cuto-lolilol et c’est l’amour au premier regard. Parfait. Donc un film sur le célibat s’ouvre sur le chevalier qui sauve la princesse… bien bien… Sur l’échelle du facepalm, on est déjà à 1 alors qu’on est à peine à 5 minutes de film. Mais attention ! ellipse narrative ! Quelques années sont passées (combien ? va savoir). Bouc Émissaire et Fils de Vitrier vivent ensemble. Le truc, c’est que Bouc Émissaire aimerait bien vivre un peu toute seule, parce que comprenez, elle est passée de chez ses parents au dortoir de la fac à Fils de Vitrier, du coup elle sait pas trop ce que c’est. Alors faisons un break ! Mais oui vraiment. Je me demande vraiment comment ça va finir un couple qui fait un break au début d’un film avec célibataire dans le titre. Mon dieu ce suspens me tue !

Sur ces entrefaites, Bouc Émissaire trouve un boulot comme assistante judiciaire dans un super cabinet d’avocat hyper prestigieux où les hommes sont des avocats et les femmes des assistantes judiciaires / secrétaires / machines à café. La vie est tellement bien faite je vous jure… Et là elle rencontre donc sa nouvelle collègue : Sidekick. Sérieusement ce personnage ne sert à rien d’autres qu’à donner la réplique à Bouc Émissaire, faire des trucs débiles (mais vraiment), et éventuellement servir de Deux ex machina. Au début tu vois l’affiche, le trailer, et tu es ravie parce que tu te dis que c’est trop cool qu’une femme forte avec des formes comme ça puisse faire partie des persos principaux et tu es contente parce que tu es vraiment trop conne et naïve et putain retourne donc boire une vodka, une anesthésie est nécessaire. Sérieusement, elle fait une taille 50 mais elle a autant de visibilité que le ministre de l’environnement aux USA… Bordel, mais elle le dit elle-même à un moment : « tu viens me voir que quand t’as besoin d’être consolée ! » Bordel ! Mais même les personnages sont réalistes sur leur existence ! Putain film, si t’es pas foutu d’être honnête avec moi tu pourrais au moins être honnête avec toi-même ! MERDE. Sur l’échelle du facepalm, on est déjà à 2, ce qui revient à foncer à travers la porte vitrée alors qu’elle n’était pas ouverte. Mais je m’avance peut-être un peu trop…

Vu que Sidekick lui apprend à faire la fête (ce qui apparemment est synonyme d’être célibataire…), elle lui apprend aussi à gérer la gueule de bois, ce qui consiste majoritairement à se préparer pour la fête suivante…

Parce qu’avant que Sidekick lui apprenne à se beurrer la gueule comme il se doit, ce que vous ne savez pas faire si vous êtes en couple, sachez le, il faut que je vous présente les autres personnages… Pendant ce temps-là, dans un bar, (attendez je leur cherche un surnom, ça demande du travail !) LaPallisse le barman essuie ses verres tandis que Princesse Ecstasy squatte le wifi pour pouvoir surfer sur les sept sites de rencontres où elle est inscrite afin de trouver l’âme soeur. Comment on le sait ? Mais parce qu’elle raconte toute sa super stratégie à LaPallisse. Et alors je vous laisse deviner quel genre d’homme est LaPallisse. Vraiment. Faites au moins semblant. Pendant ce temps-là je me ressers une vodka. Ça y est c’est bon ? Et bien figurez-vous que LaPallisse est un casanova de service allergique à la moindre forme d’engagement qu’il considère comme une putain d’hypocrisie. Ce suspens me tue tellement qu’on va bientôt pouvoir l’ajouter à la liste des façons de se suicider. Alors forcément, c’est un peu le choc des cultures, mais à ce moment le film nous offre l’une des rares scènes qui valent un minimum la peine d’être regardé. On a d’abord le droit au discours habituel du « mais que fais-tu sur des sites de rencontre ? olala, tu es jolie et puis y a plein de gens dehors c’est cool la vie olala reprends un martini », ce qui me pousse toujours à me demander : mais alors, quelle est la bonne façon de rencontrer des gens ? vu qu’apparemment il y en a des mauvaises. Non parce que c’est pas comme si internet avait inventé quoi que ce soit avec les sites de rencontre. Avant y avait des rallies, blind dates, speed dating, réunion de célibataire, club échangiste, ta mère, le rendez-vous des amoureux des figurines en cure-dents, les soirées chez tes potes, une entremetteuse… BREF. S’il est sensé se passer quoi que ce soit entre deux personnes, ne peut-on pas considérer que pour que ce quelque chose se produise, il importe que le lieu / mode de rencontre convienne aux deux parties engagées ? À partir de là, d’où on peut dire qu’un mode de rencontre est meilleur qu’un autre ? Mais bon ne réfléchissez pas trop parce que de toute façon le film ne souhaite pas poser la question en ces termes, et en plus vous allez rater la scène des cacahuètes, l’un des trois moments du film dont je me souviens agréablement (dois-je ENCORE rappeler que le film fait deux heures ?) et ce serait balo. Après cette réplique, Princesse Ecstasy vide le bol de cacahuète sur le bar pour expliquer pourquoi le coup de l’âme soeur qu’on croisera au hasard du rayon saucisse de chez lecler est fort peu probable statistiquement parlant : une fois retirée la moitié des cacahuètes représentant le genre qui ne t’intéresse pas, il faut retirer celles qui sont trop jeunes, celles qui sont trop vieilles, il faut retirer celles qui sont mariées, celles qui ne seront jamais compatibles pour diverses raisons. À ce stade, il ne reste qu’une seule cacahuète, qu’elle écrase pour montrer que sur la partie qui reste, il faut retirer les hommes qui sont plus petits qu’elles, qui n’ont pas le bon taf, etc. Ainsi donc si elle veut trouver l’âme soeur, c’est un peu plus compliqué que prévu mais heureusement, elle a mis au point un algorithme qui va faire le tri pour elle et TADA ! Bon moi j’aimais bien cette démonstration parce qu’elle prouvait surtout que l’histoire de l’âme soeur c’est un peu de la connerie en bar, mais oui bien sûr scénario, ça peut aussi servir à jeter comme ça des compétences informatiques dignes du plus grand maniaque et auxquelles on ne reviendra jamais pour tout le reste, d’ailleurs on comprendra jamais vraiment en quoi consiste l’algorithme en question (genre… lire les profils des gens ? oua. Ça valait le coup de devenir ingénieur en informatique !), mais on le citera à l’occasion. Pointless pointless pointless… Ha et bien sûr on ne sait pas non plus ce que la dame fait dans la vie à part chercher l’âme soeur. Dieu ce que c’est chiant d’être une princesse… j’ai bien fait de choisir la vodka…

Et il me reste encore un personnage à présenter (ne vous plaignez pas je vous rajoute de la substance…) ! Il s’agit de la soeur de Bouc Émissaire, que nous appellerons Indépendantou Presque. Donc, Indépentou Presque est docteur à l’hosto, ou gynéco, ou sage-femme, non ça doit être gynéco vu qu’elle a fait de looooongues études, va pour gynéco ! (Gosh, ce film introduit tellement bien ses personnages, on dirait qu’il les chie…) On la voit alors qu’elle assiste à un énième accouchement où la maman hurle et a besoin qu’on la rassure, elle a peur de se chier dessus au moment de l’accouchement (parce que même pendant que tu essaies d’expulser une pastèque par un trou de la taille d’un citron, tu dois t’inquiéter de ton apparence, et non de ta douleur, ou genre, donner la vie ! merde femme, le sens des priorités). Indépendantou Presque lui raconte des trucs, genre elle s’en fout et tout, et la really-soon-to-be maman lui demande alors si elle a elle-même des enfants. S’en suit donc une tirade sur le fait qu’elle a choisi sa carrière, que c’est trop cool, et puis qu’elle a pas besoin d’un gosse pour se sentir épanouie et puis que bon ça gâche la vie et ça te pourrit le corps, le tout toujours entre les jambes de la nana qui va accoucher d’une seconde à l’autre. Et c’est fou comme tout ça est écrit avec juste ce qu’il faut d’auto-apitoiement et de fausse assurance pour qu’on sente bien que c’est de l’auto-persuasion parce que bordel femme tu vas avoir 30 ans et tu n’as toujours pas procréer ! Ne sens-tu pas en tes ovaires le cri de l’horloge biologique résonner et clamer qu’on lui paie son dû ? Ha ces bonnes femmes j’te jure… Quelques temps (jours ?? heures ?? sérieusement quand on fait mumuse avec les ellipses on donne des indices temporels lisibles ! c’est quand même la base)(pardon parce que ça n’a vraiment pas l’air clair pour ce film : c’est la putain de base merde !), elle fait un check-up avec une jeune maman qui lui demande de garder son chiard deux minutes le temps qu’elle aille pisser. (sur la liste des raisons de ne pas avoir d’enfants, on peut ajouter ça : tu ne peux plus aller aux toilettes comme tu veux quand tu en as besoin) S’en suit une scène où « eh non tu vois ! moi je ne craque pas, je ne te trouve pas mignon ! parce que je suis médecin, alors je sais que ça c’est un tic, pas un sourire et je résiste et je résiste, mais bon quand même t’as des petites jambes potelées et des petites joues et oh putain je veux un gosse » PUTAIN ON L’AVAIT TELLEMENT PAS VU VENIR ! Ha bah si. En fait si. Et ainsi Indépendantou Presque décide de se faire inséminer artificiellement. Voilà. Ha bah je vous l’avais dit, zéro substance. Alors pendant que vous vous servez une vodka, ou tout autre alcool fort à votre convenance, nous allons direct passer au niveau 5 sur l’échelle du facepalm en jetant nos petits orteils contre tous les meubles de la maison.

Princesse Ecstasy et LaPallisse. Avouez qu’il y a dans cette image plus de suspens que vous ne pouvez en supporter et que vous n’en pouvez plus d’attendre que je vous dise où tout ça va.

C’est fait. Je vous ai présenté tous les personnages. Et j’ai commencé cet article il y a trois jours alors je ne suis plus bien sûre de comment je voulais le continuer. Ça promet. Vraiment.

DONC. Bouc Émissaire est embarquée dans une soirée au bar de LaPallisse. Sidekick lui explique que comme elle est une femme, elle n’a pas à payer son verre, un homme le fera. À ce moment j’envisage déjà de boire ma vodka directement au goulot. Histoire de gagner du temps, vu que de toute façon il n’y a pas d’homme dans les parages pour me payer un verre (mais alors comment expliquer l’état de mon foie à la sortie du master ?). Comme de par hasard (haaaan ! ce scénario est tellement bien foutu ! je n’en crois pas mes yeux !), LaPallisse commence à dragouiller Bouc Émissaire, parce que chair fraîche tout ça. Ils filent dans son appart histoire de baiser (on suppose, parce que ELLIPSE !) puis grande conversation sur les relations, parce que bon là elle réalise que c’est nul d’être alone in da wold. Et LaPallisse de lui sortir son grand discours sur comment il est anti-relation et que tout le monde se ment et est hypocrite. Et alors grande leçon du film, voici comment faire tomber les filles (et les mecs tant que vous y êtes) à coup sûr, attention, accrochez vous à votre slip (et pas à celui de l’être désiré)(enfin pas avant d’avoir mis en oeuvre cette incroyable technique, après vous verrez c’est sans soucis) : LaPallisse raconte exactement aux filles ce qu’elles veulent entendre. Et oui ceci est bien un point final. Oui oui, c’est tout. La grand technique du dragueur de service, c’est de dire à l’autre ce qui lui fait plaisir. Voilà. Merci Captain Obvious, on n’y aurait jamais pensé. Je comprends mieux pourquoi j’arrivais pas à pécho avec comme phrase d’accroche « dis donc gueule d’anus, tu sais pas te fringuer alors tant qu’à faire fous toi à poil on verra si t’es sauvable pour la France ». Tout s’explique. Oua. Je sais pas si c’est la vodka mais ce film commence sérieusement à m’éblouir les neurones. S’en suit une visite de son super appartement où tout est prévu pour que les nanas ne restent pas : un frigo rempli de trucs à la con ne permettant pas de faire un petit dej, pas de vaisselle, et il a même trafiqué la plomberie pour ne pas avoir l’eau courante. Ce qui nous oblige à avoir la réflexion suivante : si LaPallisse n’a pas l’eau courante, il doit puer la vieille charogne, ce qui doit faire fuir les filles, ce qui prouve que sa technique « dire à l’autre ce qu’il veut entendre » est putain d’efficace. Ou alors ce film se fout complètement de ma gueule et nous allons passer au niveau 6 sur l’échelle du facepalm en relisant tout ce qu’on a pu écrire (virtuellement ou non) quand on avait 14 ans. Je vous laisse commencer, y a du level de mon côté. Je vous passe les détails mais Bouc Émissaire va ensuite plus ou moins craquer sur LaPallisse avant de tilter qu’elle est toujours amoureuse  du Fils de Vitrier, qui en fait vient lui apprendre que pendant le temps merveilleux de leur break bah il est tombé amoureux d’une autre mais bon quand même il l’invite quand même à leur réveillon du nouvel an et puis il lui répare sa télé pendant qu’elle s’extasie du fait que « you’re so handy » (et non pas la peine de chercher un sous-entendu sexuel, en anglais c’est juste « qu’il sache tellement tout réparer ». Donc oui basiquement « toi homme, toi savoir bricoler, moi femme moi fermer ma gueule ». Voilà. Ne cherchez pas le phallus) avant que finalement elle se mette en couple avec un autre qui finalement la largue parce qu’il a toujours pas digéré la mort de sa femme qui se trouvait aussi être la mère de son enfant. Oui, Bouc Émissaire est un personnage tellement creux que tu fais tomber une bite pièce dedans t’en a pour une minute avant d’entendre le ploc. Soyons clair : tu ne peux pas baser ton personnage juste sur le fait qu’il ne sait pas ce qu’il veut. Ce n’est pas suffisant ! Y a rien à quoi se rattacher ! T’as juste envie d’y foutre des grosses tartes dans sa gueule en hurlant « mais arrête de chialer putain ! ». C’est comme la fin du film… elle se retrouve dans une fête, et comme de par hasard les trois mecs avec qui elle a couché se retrouvent là et elle panique comme une dinde qu’ils puissent se croiser. Mais POURQUOI ? Dans la chronologie des faits, elle n’a trompé personne, elle en a largué un qui est maintenant happy ever after en couple, celui du milieu s’en fout de sa tronche comme de sa première capote et le dernier lui a fait comprendre que c’était mort. Alors c’est quoi ton problème ?? S’ils se croisent il va se passer quoi ? Ils vont réaliser que t’es une adulte libre de faire ce qu’elle veut de sa vie ? Que t’as eu une vie avant et après eux ? WHAT IS WRONG WITH YOU ? C’est quoi le message ? Putain je comprends qu’elle conclue le film en disant que le « célibat c’est bien ça permet d’apprendre à se connaître », bah oui tu m’étonnes ! Ils ont oublié de t’écrire une personnalité hors couple… Just married… ou presque a fait la même chose : un personnage qui ne se connaît tellement pas qu’elle suit bêtement tous les mecs qui la trouvent intéressante avant de s’enfuir en courant. Mais les scénaristes ont pensé à lui construire une vie, et surtout, à un moment, lui donne la possibilité de se sortir les doigts du cul et de se faire une personnalité, une vraie. Est-ce qu’on se tape un plan de Julia Roberts devant le Grand Canyon avec la voix de Julia Roberts en off « c’est trop cool j’ai enfin pu faire ma rando dans le Grand Canyon » ? BAH NON. Pourquoi ? Parce que c’est chiant. Et creux. Ce qui est logique après tout c’est le Grand Canyon (oui je mets mes blagues à niveau).

Changeons donc d’histoire un temps que je me désenerve un peu et parlons de sa soeur… Indépendantou Presque réussit donc à se faire engrosser par du sperme congelé, et histoire de faire genre ce film a de la substance, le premier essai rate tu vois. Histoire qu’on puisse voir qu’elle est triste parce que vraiment elle le veut ce gosse. (mon dieu ces ficelles scénaristiques de la mort sont tellement bien cachées qu’on doit pouvoir s’y pendre 10 fois sans user la dite corde) Une fois engrossée, elle se retrouve à la fête de Noël de la boîte de Bouc Émissaire et Sidekick où elle rencontre un charmant jeune homme qui lui fait de l’oeil que nous appelleront Essaie Encore (parce que moi aussi je commence à manquer d’idée), ce qui selon elle est impossible parce qu’elle est moche vu qu’elle a bientôt 30 ans alors vraiment nooooon (ce bruit c’est ma tête qui s’écrase sur le clavier alors que je tape ces lignes). Ils se dragouillent puis finissent par copuler dans la joie et l’allégresse. Et à un moment, tu te dirais presque que « oh mais tiens donc, ce film essaierait-il de briser les carcans ? » car oui, monsieur est standardiste. Genre dans la hiérarchie c’est en dessous de la secrétaire. Et puis non. On se tape la blague nulle de « comment on dit standardiste au masculin ? », qui soit dit en passant, est encore plus nulle en anglais qu’en français puisqu’en anglais il n’y a pas de genre. En gros, la blague sert bien à t’indiquer que cette position n’est pas habituelle pour un homme, ce qui par effet miroir te rappelle que la position de madame n’est pas habituelle pour une femme, ce qui fait que l’équilibre de cette relation est encore moins habituel. En gros, c’est comme si sur une peinture, le mec avait écrit « rouge » sur le rouge, « bleu » sur le bleu etc. C’est comme si on te tapait sur l’épaule « hey hey hey t’as vu, je suis progressiste ! ceci n’est pas normal mais on l’a fait quand même ! » FILM ASSUME ! Soit tu mets un homme standardiste et une femme chef de service en médecine et tu fermes ta gueule sur le sujet, tu te contentes d’observer ce que ça implique, ce qu’on fait quand on raconte une histoire, soit, tu fermes ta gueule. Juste tu fermes ta gueule. C’est d’autant plus frustrant qu’apparaissent parfois des embryons d’idées intéressantes. Pour une raison X ou Y (pour ne pas dire « parce que ce film est creux et vide et dénué de la moindre substance » parce que je l’ai déjà trop dit), elle ne veut pas lui dire qu’elle est enceinte. D’ailleurs elle imaginait que ça serait juste un coup d’un soir. Mais finalement le garçon reste. Et s’accroche. Alors bon, y a un moment elle peut plus lui cacher. (quand je vous dis que y a du niveau côté ficelle scénaristique) Elle a peur qu’il s’enfuit, mais une fois qu’il a digéré la pilule, il a envie d’être papa. Ils s’engueulent, elle lui balance un « et tu vas faire quoi ? père au foyer _bah oui ! » OH MON DIEU ! Oserait-on ? Ce serait merveilleux ça si un film avait les couilles de nous présenter un père au foyer et une mère chef de service comme une chose parfaitement normale et acceptable. Mais ce merveilleux courage scénaristique dure environ trente secondes.. sur deux heures. Car dès le lendemain, alors qu’ils font des courses pour futur bébé, ils finissent par s’engueuler au sujet de je ne sais plus quelle connerie (parce qu’encore une fois, beaucoup trop de qualité dans ce scénario), ce à quoi il lui répond qu’elle est folle et elle s’énerve « tu ne dis pas à une femme enceinte qu’elle est folle » ……… attendez je vais casser des trucs et je reviens. Non parce qu’avant de m’énerver, tant qu’à faire, faut que j’aille jusqu’au bout du scénario, histoire que je m’énerve tout d’un coup. Ils rompent, il se tire. Ellipse, mais encore une fois on sait pas trop combien de temps passe, puisqu’à part que le temps passe, on a aucune indication de temps. On ne nous épargne pas la traditionnelle scène avec le pot de glace post rupture. Et Indépendantou Presque s’en va accoucher. Le lendemain, par on ne sait quelle faille scénaristique, Essaie Encore rapplique pour nous faire le beau discours de réconciliation doublée de la déclaration d’amour qu’on est sensé avoir tous envie d’entendre un jour (je te fais une explication des ficelles, au cas où elles seraient trop subtiles pour ton taux d’alcoolémie) et le tout se conclue par « alors oui tu es folle, désolé de te le dire mais tu es folle et je t’aime ! ».

C’est bon je peux m’énerver maintenant ?
LES MOTS ONT UN SENS BANDE DE CONS DE SCÉNARISTES DE MERDE.
Il va falloir arrêter de mettre la folie à la place de tous les autres mots que vous pourriez imaginer comme si c’était pas grave. La décision d’Indépendantou Presque de se faire inséminée artificiellement est impulsive, stupide, ridicule, irraisonnée, mal calculée. En aucun cas elle ne relève de la folie. La folie c’est avoir son corps qui dit une chose tandis que la raison dit le contraire et être écartelé entre les deux et expliquer ça par « c’est juste un lundi », parce que c’est normal dans cette réalité. La folie n’a rien de romantique, de drôle, de jolie. Ça n’est pas un compliment. Ça n’est pas synonyme de exubérant, extraverti, extravagant. La langue est pleine de mots, utilisez les. Merde. Dire « t’es folle je t’aime », c’est du même acabit que de dire « t’es un connard je t’aime » ou « tu mens comme tu respires je t’aime ». C’est un handicap, ou un défaut (dépend comment vous voulez le voir), et si vous aimez quelqu’un, peut-être que vous pouvez l’accepter, mais faut arrêter de penser que c’est un compliment. Vous avez déjà dit à une personne en fauteuil « t’es handicapé jte kiffe ! » ? Non ? Bah voilà. Donc, même si elle était folle, ce qui, j’insiste sur ce point, n’est pas le cas, ça n’aurait rien à faire dans une déclaration d’amour, ou en tout cas pas comme ça. Alors maintenant on arrête et on utilise les mots correctement merci.

Et on va direct monter le niveau de facepalm à 8 et aller conduire en sens inverse sur l’autoroute.

Cette scène aurait pu être l’epicness même. Mais non. Je te hais film. Je te hais.

Mais retrouvons Princesse Extasie et qu’on en finisse ! Son algorithme de la mort finit par marcher et elle trouve Le Gars sur un des multiples sites de rencontre où elle est et la voilà en couple et tout est beau et merveilleux. Évidemment elle va beaucoup trop vite (elle a pas réservé les tombes côte à côte au cimetière mais c’est uniquement parce qu’on est à New York et que c’est difficile de trouver un cimetière). Mais bon de toute façon on s’en fout puisque lui il avait prévu de la larguer au bout de trois mois parce que c’est comme ça qu’il fait. Wouahou. Je dirais même. Wou. Ha. Hou. Tant de clichés en si peu de temps… ça devient du sport de haut niveau ! Donc, d’un côté, la femme qui ne peut imaginer sa vie que mariée avec des gosses et la voiture qui va avec, et de l’autre, l’homme, qui utilise les femmes comme des kleenexs histoire de passer le temps (un genre de youporn mais en 3D). Wou-ha-hou. Du coup elle est triste et déprimée parce que c’est la fin du monde et les happy endings ça n’existe pas. Et cette scène aurait pu être tellement plus drôle si ça s’était arrêté là… Il se trouve qu’elle fait la lecture aux enfants dans une librairie. Lecture de conte. Qui doit finir par un… mariage ! Mais oui ! Le truc c’est que dans sa colère post-rupture, comme elle n’avait pas de pot de glace sous la main (Bouc Émissaire et Indépendantou Presque ont déjà tout mangé le budget glace du film), elle a déchiré la fin avec le happy ever after. Du coup, elle improvise et pète drôlement les câbles. Comme quoi la princesse est un mensonge parce qu’elle doit se faire poser des implants et porter des collants gainant qui l’empêchent de respirer pendant que le prince s’en va s’en taper une autre. Si vous ne devez voir qu’une scène de ce film (parce que c’est plus que votre foie ne peut en supporter lors d’un jeu à boire, croyez moi), c’est celle-là. Elle est épique. C’est pas nouveau, mais loin de s’arrêter au simple fait de raconter, on peut voir l’actrice s’arracher les cheveux, défoncer son maquillage et se battre contre son collant avec une paire de ciseaux pour enfants. Ça vaut le détour. J’ai presque ri, mais j’étais déjà trop saoulée du reste. Le patron de la librairie finit par réagir en évacuant les enfants et en disant aux parents que la séance de lecture c’est tous les samedis. Il se retrouve donc seul avec Princesse Extasie « vous êtes vraiment géniale on sort ensemble ? ». Et puis après c’est le grand amour de sa vie.

…….

En fait, je vais me reénerver.
Film, il faut arrêter ce genre de conneries. Vraiment. Tout de suite. Ça fait du mal aux gens ce genre de connerie.
Alors quel est le problème… Princesse Extasie va clairement mal, je veux dire, ça se voit que c’est un pétage de câble à la limite de la dépression (après qu’on trouve le motif de la dépression risible, c’est autre chose, une autre chose qui ne change rien au problème de base). La réaction qu’on pourrait trouver légitime, c’est de lui demander comment elle va,et si elle veut en parler autour d’un café. Par la suite Princesse Extasie va mieux, du coup ils peuvent parler d’autre chose que du fait qu’elle allait mal et oh mon dieu mais en fait vous m’êtes très sympathique, mais il se trouve que vous aussi, on copule ?, hell yeah ! [fête du slip]. Voilà. Mais non. À la place, le film nous propose le dangereux raccourcis suivant : elle pète les plombs de douleur, il tombe amoureux, genre coup de foudre. En résumé, il tombe amoureux de Princesse Extasie qui va mal…. Non mais, je suis la seule à trouver ça extrêmement glauque ?? Que quand tu aimes quelqu’un, que ce soit d’amitié ou d’amour (ou de toutes les nuances entre ces deux-là, ou autour de ces deux-là)(je vous laisse vous démerder avec vos étiquettes), tu acceptes les crises de l’autre, et ça n’entache en rien ce que tu ressens, normal. Même qu’il paraît que ça sert à ça. Genre j’ai des amis chez qui je peux atterrir alors que je prononce maximum dix mots en deux heures pour m’engueuler avec mes lacets tout en surveillant constamment par dessus mon épaule parce que j’ai pas dépassé les deux heures par nuit depuis trois semaines, tandis que d’autres atterrissent chez moi pour pleurer sur mon épaule tandis que je leur raconte des conneries. BREF. J’accepte même qu’on puisse se sentir flatté que l’autre se montre à nous dans ces moments-là : d’une certaine façon c’est une preuve de confiance d’accepter d’être vulnérable devant un autre. MAIS TOMBER AMOUREUX ??? Putain mais sérieux… « tu me montres le pire de toi, et j’en tombe amoureux », j’arrive pas à voir ce qu’il y a de romantique là dedans. C’est dangereux… juste dangereux. Parce qu’on a toujours tendance à vouloir conserver l’image qu’on a de l’autre quand on tombe amoureux, ce moment où il est tout beau tout propre tout parfait. Alors quand cette image c’est toi en train de souffrir tout ce que tu sais et joyeusement péter les plombs de désespoir… tu fais quoi ? Tu restes mal pour que l’autre continue de t’aimer ? C’est quoi le deal ? Alors oui, on a tous eu des potes (homme ou femme) qui tombaient systématiquement amoureux / ses d’oiseaux cassés dans le but plus ou moins conscient de les réparer… mais merde… C’est dangereux. C’est aussi simple que ça. Putain ça aurait coûté quoi de rajouter deux scène : scène 1 elle vide son sac autour d’un café, scène 2 ils se revoient plus tard ça va mieux pis du coup ils parlent de la pluie et du beau temps et c’est trop méga cool. Au stade où on en était. MAIS NON FALLAIT SE TAPER CETTE CONNERIE DE MERDE.

Alors vous allez directement au niveau 10 du facepalm et vous vous enfoncez votre vodka direct en intraveineuse parce que c’est tout ce qu’il reste à faire.

Comme j’en ai marre et que je suis franchement énervée, je vous fais la fin en accéléré.
À la même fête que Bouc Émissaire, LaPallisse veut avouer ses sentiments pour Princesse Extasie (parce qu’on n’avait vraiment rien vu venir), mais finalement se ravise quand il voit qu’elle est en couple. L’Autre Con comprenant qu’il aurait bien voulu qu’il y ait quelque chose, lui fait la grande scène du II genre je suis jaloux si tu l’approches je te pète la gueule, mais bon on est pote pour elle alors ça me fait plaisir que tu viennes au mariage, mais sérieusement jte pète la gueule si tu l’approches… MAIS BORDEL ASSUME ET COGNE OU FERME TA GUEULE. Voilà, parce que bien sûr le fait qu’elle ait fait son choix et qu’elle s’en foute clairement de LaPallisse n’entre absolument pas en ligne de compte parce que TU N’ES QU’UNE FAIBLE FEMME, tu vas quand même pas disposer de ton vagin comme si c’était le tiens merde.

JE N’AI PAS DU TOUT UNE GROSSE TÊTE DE PSYCHOPATHE !

Et le film se termine sur un beau monologue pour te dire que le célibat c’est trop bien et qu’il faut en profiter… pourquoi ? Parce que le couple c’est tout pourri ça te détruit ? Dans ce cas pourquoi on vient de passer deux heures à m’expliquer qu’il FALLAIT être en couple et que les autres modes de vie étaient quand même bien pourris ?

Parce qu’au final…
Sidekick est ridiculisée constamment et n’a aucune crédibilité
Bouc Émissaire est plus vide que les émissions de Cyril Hannouna
Indépendantou Presque finit comme tout le monde par avoir un gosse parce qu’elle peut pas vivre sans c’est une femme
le Fils de Vitrier se remet en couple bien gentiment
Essaie Encore finit par rentrer dans le cadre et on en sait même pas ce qu’il en est de sa proposition d’être père au foyer
Princesse Extasie finit par se marier suite à un coup de foudre arrivé quand elle s’y attendait le moins
LaPallisse renonce à sa vie de Dom Juan pour chercher à se caser car c’est ça la vraie vie (et rétablit l’eau courante parce qu’il a fini par tilter qu’il puait le fennec moisi)

Donc on partait sur un film sur les biens faits du célibat, on se retrouve avec un film à la gloire du couple hétéronormé. voilà voilà. C’était bien. Moi qui voulais me détendre au milieu de mes cartons et ma pizza en attendant mon frère, c’était bien bien raté.
Ajoutez à cela une succession de personnages creux et vides… sérieusement, si tu veux multiplier les intrigues, il faut que tes personnages soient plus denses encore que dans une intrigue simple ! Parce qu’ajouter du vide au vide, ça fait juste plus de vide… Dans le lot y en a absolument aucun de crédible, à part peut-être le père de la gosse qui a perdu sa femme. C’est le seul à être cohérent comme personnage. Ça fait court !

Bref, à part une excuse pour picoler, ce film n’a pas grand chose à offrir… (genre même pas une conclusion digne de ce nom, c’est triste hein ?)


N’hésitez pas à proposer vos films / chansons pour le prochain numéro, en attendant on se retrouve sur Facebook et twitte comme d’habitude !

#10 Désexistons… Otep – Equal left, equal right

Bonjour à toi monde !

Il y avait bien longtemps que je ne m’étais pas emparée de mon clavier pour remplir cette catégorie… J’en suis bien désolée crois-moi ! Je me doute qu’en ces jours magnifiques où la tolérance et l’amour de l’autre sont appliqués par tous nos amis politiques et patrons, tu ne te poses guère la question de la représentation des hommes et des femmes, car après tout, tout est gagné ! Que vient donc encore nous râler cette féministe cynique à deux francs cinquante ? Et bien cher monde, voir que tu es encore capable de m’insulter en francs montre à quel point il y a encore des choses à faire ! (à commencer par t’annoncer que tu n’as plus un rond car même la banque de France n’en veut plus.) Mais comme je m’en voudrais de jeter de l’huile sur le feu (ça a tendance à brûler les saucisses et après le barbecue est raté), ne t’inquiète pas Monde, aujourd’hui, on va changer un peu la formule (si tant est que formule il y est puisque cette chronique est sensée être mensuelle et que la dernière date d’octobre… bien joué monde, tu es méchant), et plutôt que de parler d’un film que tu n’as sans doute pas vu parce que je ne sais pas les choisir, on va parler musique ! Ce qui me paraît parfait, déjà parce que la musique adoucit les mœurs, ensuite parce qu’Otep a dernièrement sorti un nouvel album et que je pense qu’une de ces chansons nous fera un très bon sujet de conversation ! (si tant est que tu veuilles converser monde, mais si tu ne veux pas, je ne me formaliserai pas ! Je suis universitaire, j’ai l’habitude d’écrire toute seule dans mon coin !)

Generation Doom, 7ème album d’Otep (et déjà tu sens que ça va être festif n’est-il point ?)

Otep otep otep… Comment vous parler d’elle ? Otep c’est un peu une de mes héroïnes. Je suis son travail depuis que j’ai… 14 ans, âge mirifique où son album Warhead est tombé dans mes mains. Musicalement, c’était l’un des premiers groupes, avec Eths, qui m’a ouvert les oreilles au monde merveilleux du metal. Quant aux textes… et bien il faut lui reconnaître une sacrée plume. Voire même une putain de bonne plume. Otep maîtrise sa langue à la perfection et elle en joue joyeusement. C’est une artiste capable de dépeindre avec une facilité et une clairvoyance terrible tous les états du mal-être (personnellement, je crois que je ne me suis toujours pas remise de Autopsy Song depuis cette époque…), tu sais, ce genre d’artiste qui en une simple phrase va te résumer toute la crasse qui gangrène ton cerveau depuis des semaines à ne pas réussir à pleurer, ou à pleurer sans savoir. (pour rester sur Autopsy song : « I feel like I’m a complete waste of time » => « j’ai l’impression d’être une totale perte de temps » Plus efficace, plus clair, plus terrible, tu meurs.)(d’où le titre de la chanson)(tu sors)(Rambo, toi ici ? Va falloir que je trouve une solution typographique pour qu’on différencie tes dire de mes parenthèses habituelles…) Car si elle maîtrise la langue, ce n’est pas pour t’imposer des sonnets à la Shakespeare, ou pour multiplier les circonvolutions diverses (comme moi). Non. Otep s’exprime dans une langue simple, en forme de coup de poing, une langue brute de décoffrage et sans concession. Une forme d’expression qui va bien avec le metal vous me direz, et qui lui va d’autant mieux qu’elle est presque aussi connue pour sa musique ou ses livres que pour son activisme pour les droits LGBT (étant elle-même lesbienne) ou ceux des animaux. Elle est aussi très concernée par la situation politique générale, le racisme, le féminisme, etc. Les deux premières étant cependant les causes sur lesquelles elle est principalement investie. Enfin, c’est la sensation que j’en ai. Si on regarde son twitter, Trump est très souvent au cœur de ses diatribes, mais je trouve qu’elle a un rapport tout particulier (plus investi ?) avec les causes animal et LGBT.

Bref, Otep c’est une artiste qui m’est chère pour tout ça : son écriture, sa musique, son engagement, sa façon d’avoir réussi à rester elle-même et continuer à se battre pour ce en quoi elle croit quelle que soit la situation. Je ne suis pas toujours d’accord, notamment sur la forme (et c’est bien pour ça qu’on est là aujourd’hui) mais c’est vraiment quelqu’un qui a su gagner tout mon respect, et le conserver au fil des ans. Comme je vous l’ai dit, ça fait plus de dix ans que je suis son travail, à ce stade-là, à moins d’une énorme connerie, il y a des chances qu’elle reste dans mon Panthéon perso jusqu’à dans très très longtemps. J’étais donc plus que ravie de la voir annoncer un nouvel album, qui plus est avec Nuclear Blast (une des plus grosses maisons de disque spécialisées en metal), alors même qu’elle avait dit vouloir se retirer. Joie et bonheur dans mon petit cœur.

Generation Doom (doom pouvant signifier la mort, le destin tragique, une sorte de malédiction on pourrait traduire par « la génération au destin maudit) est donc sorti il y a une dizaine de jours et c’est un véritable coup de cœur pour moi puisque je le place au même niveau que Warhead qui n’avait toujours pas été détrôné depuis sa découverte il y a des années de ça (il y a quelque chose de particulier avec les albums qui vous font découvrir un artiste vous ne trouvez pas ?). Les thèmes de l’album tourne autour du sentiment d’être foutu, la nécessité et la volonté de se battre pour mener sa vie comme on l’entend, le sentiment de culpabilité quand on ne rentre pas dans les cases. En gros, des thèmes qui me tiennent à cœur ces derniers temps comme vous avez, peut-être, pu le constater. Au cœur de cet album, se trouve la chanson Equal left, equal right, qui traite de l’envie de sortir du placard et surtout de ne pas avoir l’intention de se laisser marcher sur les pieds par quelques homophobes mal dans leur peau. C’est ce texte que nous allons joyeusement décortiquer afin d’y trouver d’éventuelles traces de sexisme. Qu’ouïs-je monde ? Tu n’es point homophobe, en revanche l’anglais te fait faire de violentes crises d’urticaire ? Ne t’inquiète pas gentil monde, car j’ai pensé à toi ! Je ne vais pas tout te traduire, parce que cette chanson est pleine à craquer de jeux de mots, du coup je ne pourrai qu’abîmer le tout (je n’ai guère le temps pour une belle traduction), mais je prendrai le temps de tout t’expliquer pour que rien ne t’échappe et que tu puisses te la raconter à ton prochain apéro dînatoire ! Ne me remercie pas. Les paroles complètes sont ici pour ceux qui veulent, et voici la chanson :

À la base monde, tu avais une vidéo youtube ici, mais elle a été supprimée. Alors à la place, tu gagnes un hérisson mignon et si tu cliques dessus tu tomberas directement sur un lien deezer ! (car je t’ai entendu monde, pour une raison qui me dépasse, tu préfères deezer à spotify) Enjoy.

Et monde, si tu es un allergique du metal, sache que tu peux l’écouter sans trop craindre de finir en enfer (à moins que tu n’aies d’autres choses à te reprocher ?). En effet, on est moins dans le monde des guitares saturées soutenues par une double grosse caisse épileptique, que dans celui d’un metal empruntant aux codes du hip-hop et du battle. Tes tympans devraient donc survivre à cette irruption de Satan dans ton existence ! Si je me permets cette petite boutade, c’est bien parce que le fait me paraît suffisamment intéressant pour être noté. Loin de moi l’idée de cataloguer le hip-hop comme un milieu sexiste, ou d’entretenir une quelconque croyance comme quoi le milieu du metal serait beaucoup plus clean par rapport à tout ça. D’une part parce que je connais très peu et très mal le hip-hop, donc que je suis mal placée pour en parler et qu’il me paraît évident que c’est un milieu bien plus riche et varié que le peu qu’on peut en voir de l’extérieur (comme le metal), et d’autre part parce que le sexisme a aussi de jolies petites niches dans le metal donc on serait pas les mieux placés pour jeter des cailloux (surtout que dans le metal les chanteurs les mangent les cailloux…).

Si je fais ce rapprochement, c’est parce que le texte est construit un peu à la façon d’un battle de rap : le texte est scandé, il s’agit d’une répartie fait à un adversaire, le ton agressif et belliqueux est d’ailleurs donné dès le moment du titre. Equal left, equal right. Pour « equal right », on peut traduire sans soucis par « égalité des droits », ce qui me semble parfait pour une chanson ayant en son coeur l’acceptation de l’homosexualité. La différence entre le français et l’anglais, c’est l’absence de genre dans les noms, c’est à dire qu’un nom commun n’est ni masculin, ni féminin. Ainsi, le mot « right » peut aussi bien vouloir dire « le droit », au sens de la loi, que « la droite » au sens de « je vais te coller une droite connard ». D’où le jeu de mot qui fait entendre aussi bien la nécessité d’une égalité des droits, avec une droite aussi vigoureuse qu’une gauche, tel le boxeur en position de base sur son ring (caleçon à paillettes non inclus). On a donc une chanson clairement inscrite dans le combat. Et les paroles ne vont pas nous décevoir ! (haha, c’est drôle parce que tu dis que ça va pas nous décevoir alors qu’en vrai t’es très déçue !)(dis donc Rambo, comment tu fais pour me faire chier alors que je t’ai changé de pièce ?)(il reste des spores ! ou un truc du genre)

« He called me a dyke, I called him an ambulance » Boooon. Grosse ambiance. J’avoue que je continue à aimer ce jeu de mot moisi, alors que vraiment, il est facile. Très chiant à traduire, mais facile. On joue ici sur le double sens de « call » qui peut aussi bien vouloir dire nommer, qu’appeler. En gros sans se faire chier avec le jeu de mot en français « il m’a traité de gouine, jlui ai appelé une ambulance ». Grosse ambiance je vous l’avais dit ! Et gros niveau… « I’ve seen more spine in jellyfish That’s in the vertebrae Google that » (=> J’ai vu plus d’os dans une méduse, c’est pourtant pas un vertébré, cherche ça sur google), je vais pas toutes vous les faire, vous avez compris l’idée. Répondre à l’insulte par l’insulte. Le texte en a plein des comme ça. L’exercice rhétorique est amusant certes, mais ça vole pas loin quoi. Mais franchement, n’y avait-il rien de mieux à faire pour défendre / rendre hommage à cette communauté que des blagues niveau collège ?

Post apoooo nous voilààààà.

Et la réponse est oui puisque le texte contient aussi de bien meilleures lignes, pourtant non dépourvues de la rancœur, sujet même de la chanson, mais quand même un peu plus… riches ? « I’ve been in the shadows long enough I got nothing to lose So I’m playing rough So humdrum, so dumb You picked a fight With the wrong one You brought a butter knife To a tank fight » (=> J’ai été dans l’ombre suffisamment longtemps je n’ai rien à perdre alors je joue les durs. T’es si monotone et stupide, t’as choisi de te battre contre la mauvaise personne, ramené un couteau à beurre à un combat de tank ») Vous allez me dire, c’est quand même pas non du grand art. Non. Certes. je vous l’accorde sans soucis. Ceci dit, je trouve la forme de ce passage beaucoup plus intéressante. Oui on reste dans de l’agressivité volontairement humiliante. Mais je trouve beaucoup plus intéressante la mise en avant de l’individu ici, les choses redeviennent concrètes, on a quelqu’un avec une histoire face à un autre à qui l’on compte faire regretter ses actes. On a un contexte, chose qui peut te manquer si tu n’as jamais eu à vivre le fait de vivre « dans le placard ». Bon, j’ai toujours pas envie de crier hourra. Mais y a un minimum de fond… ou alors c’est juste que j’ai envie d’en voir un ? (c’est un peu nase quand même)(Rambo, retourne dans ton salon !)(non mais sérieux, pourquoi faire une chanson pour dire qu’on va péter la gueule aux gens ? on peut pas leur péter la gueule directement ?)(bah non, c’est pas très artistique… tu vois ça a un côté thérapeutique, un genre cathartique…)(en gros c’est dire que le discours de l’autre est nase et violent et que du coup on va lui casser la gueule, mais on le dit en produisant un discours nase et violent ?)(… t’as pas une photosynthèse à terminer ou un truc du genre ?)

« I’ll put you on blast And fucked your wife » (=> je t’explose et baise ta femme), wait what ??? « She seems so sweet I had to taste her Let’s get one thing straight I’m not » Chouette un jeu de mot intraduisible ! En anglais, « straight » peut aussi bien vouloir dire « droit, clair » que « hétérosexuel ». Donc du coup si on traduit cette merveille… « Elle a l’air si douce, fallait que je la goutte. Mettons les choses au point, je ne suis pas hétéro ». Et oui c’est moultement moins classe en français mais ce jeu de mot est intraduisible (ou alors si mais avec beaucoup plus de temps !). Et donc au risque de me répéter : WAIT WHAT ?? Sérieusement ? Est-ce qu’on vient bien d’en arriver à l’argument « je baise ta femme et jla baise mieux » ?? Pour de vrai ? Est-ce que je suis revenue sur un texte de Booba à l’insu de mon plein gré inadvertant ? What the hell ??

« Last but not least Let me finish the story How I met a girl And we fucked till the morning She found religion in every position Screaming « OH GOD » and singing in hymnals Day for the day Thus she claimed But that’s what these chicks always say She’s calling my home, texting my phone Sending me snaps and begging for more So say what you say Do what you do But I’ll always get More pussy than you » => Dernière chose et pas la moindre, laisse moi finir l’histoire de comment j’ai rencontré une fille et qu’on a baisé jusqu’au matin. Elle a trouvé Dieu, dans toutes les positions elle gueulait « mon dieu ! » et chantait des cantiques. Juste pour aujourd’hui qu’elle a dit. C’est ce que ces filles disent toujours. Sauf qu’elle appelle chez moi, me couvre de sms, balance des snaps et m’en demande toujours plus. Alors dis ce que tu veux, fais ce que tu veux, mais jme tape toujours plus de nanas que toi »

Humain ? Humain ? Ça va humain ? Je t’entends plus d’un seul coup… t’es passé où ? Hé dis donc j’ai pas encore eu mon eau de la journée ! Je proteste ! Tu ne sautes pas de cette fenêtre, ça va cacher le soleil ! Stupide bipède…

Non mais bordel de putain de bite à cul de chier de bordel de merde ! Alors je fais tout un truc pour expliquer à quel point j’admire cette femme pour sa ténacité, son engagement, son écriture et, et… on se retrouve avec un concours de celui qui a la bite la plus grosse. Et bite métaphorique ou pas, c’est toujours aussi peu intéressant et pertinent. En voyant le titre, je m’attendais à un morceau à la gloire des LGBT, un truc rentre dedans et vindicatif certes, mais un truc avec de la gueule. Pas ça… En lieu et place d’une glorification d’une population souvent décriée (euphémisme pour humiliée / rabaissée / dévalorisée), Otep, l’une de mes parolières préférées, se fout au même niveau que les connards qu’elle entend décrier… et sans surprise, c’est nul. C’est aussi insultant que les discours qu’on lui a (sans doute) servi. (et comme elle en témoigne souvent, on peut parler au présent…) Objectification de la femme à l’extrême avec glorification d’un talent sexuel de reproducteur dominateur en puissance… Ça me rend triste parce que c’est franchement pathétique, y a pas d’autres mots. Et ça l’est d’autant plus, qu’au milieu, il y a juste ça :

« I am a prior To every religion  It isn’t a choice But it is a decision Come out of the closet Break out of the prison Love who you are Let no one inhibit Don’t get in your way Or make a mistake Of living in fear For the rest of your days So tighten your fists And firmly say » => Je suis un précédent à toutes les religions. Ce n’est pas un choix mais une décision. Sors du placard, casse la prison, aime celui que tu es et ne laisse personne te réduire au silence. Ne barre pas ta propre route, ne fais pas l’erreur de vivre dans la peur pour le reste de tes jours. Alors sers les poings et dis le fermement

Et là, moi je dis oui. Oui on sent la rancœur, l’envie d’en découdre, l’envie de se battre pour ce qu’on croit juste, de s’émanciper, de s’aimer comme on est et de ne pas avoir peur de le faire. Et ça c’est un putain de beau message. Ce passage mais je le valide tellement… Je suis peut-être conne, mais jouer la pire des cartes de l’adversaire pour se mettre à son niveau, c’est tellement nul, c’est tellement jouer contre son propre camp… et c’est tellement triste venant d’une auteure qui peut faire tellement mieux, et que ça aurait justement été le mooment parfait de le faire… D’autant qu’elle le fait très bien sur plusieurs autres morceaux de l’album : In cold bood, Zero, Lie, Off the shore, No color, Generation Doom, et d’autres (tu viens de citer la moiti de l’album au moins !)(j’ai dit que c’était un très bon album.)

Je te dis : la joie de vivre ! Souris monde, regarde, y a du soleil ! Ou tu veux un autre hérisson pour compenser ?

Et j’en finis donc avec ce rapprochement avec le hip-hop que j’avais esquissé au début… Non seulement Otep a pris le pire du connard hétéro machiste, mais aussi le pire du hip-hop… vous savez, ce hip-hop où y a 45 filles en bikini qui attendent gentiment dans la piscine ou autour de l’entrejambe de notre héro des ghettos. Cette chanson me rappelle vraiment ça. Pourtant, j’adore cet album, et j’adore ce morceau, musicalement parlant. J’aime l’ambiance qu’il dégage, j’aime cette volonté d’en découdre. J’adore l’écouter quand je rentre à pied chez moi et que je dois passer sous les arches entre le métro et chez moi où une quinzaine de mecs fument leur pétard en s’échangeant des sachets chelous à l’abris des regard indiscrets. Mais vraiment, ce côté « j’ai la plus grosse et j’en baise plus que toi », je peux pas. Même si c’est la bite métaphorique d’une homosexuelle désireuse de défendre sa communauté. Je suis peut-être très con, mais j’y arrive pas. Ça m’énerve chez les mecs, ça m’énerve quand je tombe sur des nanas de ce genre… Comme quoi, pas besoin d’être un homme pour avoir des ratés misogynes. He oui je dis ratés. Parce que je suis naïve et que j’ai le bon espoir que ceci soit une erreur de parcours, même les grands se trompent des fois. Ou alors on sera juste pas d’accord sur ce coup-là. Et c’est vrai qu’autant j’admire et respecte cette grande madame, autant il est régulier que j’ai du mal avec les formes qu’elle utilise…

Après, ça n’engage que moi… et toi alors monde, tu en penses quoi ?


J’espère que ce nouveau format vous a plu ! C’était cool à faire, c’est un peu moins compliqué que pour un film et c’est plus facile de vous partager l’oeuvre de base. N’hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé, à proposer vos films ou chansons ! Pour ne rien rater à l’avenir : le Facebook, le twitter

Sans rancune monde ? que chacun s’en retourne se cacher sous ses couvertures !

#9 Désexistons… The Princess Bride

Chers Termites,

Je suis sûre qu’au retour de l’automne, vous n’attendez rien de moins que pouvoir vous rouler dans votre couverture, une tasse de chocolat chaud dans une main, un chat dans l’autre et une bonne histoire à entendre… Votre souhait a été entendu. Car ce mois-ci, nous allons regarder ensemble The Princess Bride ! Et je suis tellement joie que je fais du riz au lait en même temps que j’écris cet article. Ce qui signifie que oui, le lait a déjà débordé de la casserole. Mais qu’à cela ne tienne ! Désexistons voulez-vous…

Des nuages, des épées, des airs terrifiés, des bijoux…

J’hésitais à faire un résumé parce que bon, c’est quand même un classique… mais sait-on jamais, peut-être que vous vivez dans une grotte, que votre enfance était nulle ou encore que vous n’avez même pas 20 ans. Comme tout ceci peut arriver à des gens très bien, je vais quand même prendre quelques minutes pour vous raconter.. (mais d’abord je dois retrouver la fiche imdb car comme à mon habitude, je ne me rappelle quasiment d’aucun des noms des protagonistes)

Résumé : un jour, un gamin est cloué au lit par la grippe la mieux simulé de tout l’univers, quand son papy, Colombo déguisé en grand-père lambda, vient pour lui raconter une histoire… Le gamin, plutôt amateur de base-ball et de jeux vidéos n’est guère enthousiasmé par la chose, mais son grand-père lui promet des bagarres, des course-poursuites, de l’action, des cascades et un grand amour, alors finalement, il accepte. Dans le royaume imaginaire de Florin, la belle Bouton d’Or réalise qu’elle est amoureuse du garçon de ferme, Weasley, lui même amoureux d’elle. Il part alors pour la mer dans l’espoir de ramener suffisamment d’argent pour mériter sa belle, mais disparaît sans laisser de trace… Obligeant Bouton d’Or, cinq ans plus tard, à accepter d’épouser le prince Humperdinck. Malheureusement, quelques jours avant le mariage, voilà que des bandits l’enlève et qu’un mystérieux homme en noir se met à les suivre…

(mouhahaha riz au lait ! pas cette fois !)
Princess Bride, on pourrait dire que c’est un peu un genre de Shrek avant l’heure : on reprend l’univers des contes de fée et on essaie de voir si on peut en faire autre chose qu’un truc tellement cloisonné que c’est à se demander pourquoi on prend encore la peine d’en faire (si tu as répondu « pour le fric » lève la main, HIGH FIVE). Je ne vous apprendrai sans doute rien en vous disant que dans la série des formes joyeusement sexistes, le conte se pose là, et ce qu’il s’agisse de misandrie ou de misogynie. Les rôles sont clairement répartis et pas la peine d’espérer sortir des cases. Shrek et Princess Bride, qui nous intéresse aujourd’hui,  tente de voir si on peut décaler ça, et dans ce cas-là, que se passe-t-il ? Allons voir ça de plus près…

La situation de départ est assez intéressante car sous couvert d’un classicisme à toute épreuve niveau rôle de genre, on voit quand même apparaître de subtiles nuances qui font plaisir à voir et prouvent que franchement, faut quand même pas grand chose. En effet, le gamin qui est malade est un petit garçon qu’on nous pose comme tout ce qu’il y a de plus petit garçon : affiches de base ball, jeux vidéos (de base ball)(le petit garçon a des tendances monomaniaques très ouvertes sur le monde qui l’entoure) et s’en fiche franchement de tout ça. Les histoires c’est pour les filles. Papy Colombo quant à lui explique que c’est son propre père qui lui lisait quand lui-même était malade, et qu’il adorait cette histoire. D’ailleurs, son grand-père l’avait lui-même raconté à son père. Et je trouve ça fascinant. Ça fait rarement partie du rôle des hommes de raconter l’histoire quand Pauvre Petit Bout de Chou est malade (même si ce gamin joue la grippe aussi bien que je mime l’intérêt pour le foot à la télé)(ou le foot en général d’ailleurs)(ou le sport en encore plus général). Pourtant là, c’est le rôle qui échoue à Papy Colombo. Alors certes, le grand-père fait un peu paratonnerre parce que c’est quand même pas papa, ceci dit, il explique tout de même que c’est son père qui lui avait raconté en premier lieu. Si vous considérez que le film date de 1988, je vous laisse imaginer à quelle époque dans cette narration le père de Papy Colombo a pu lui raconter cette histoire :c ‘était encore moins imaginable. Et de la même façon, il est super intéressant de voir d’abord un gamin qui accepte qu’on lui raconte une histoire uniquement parce qu’on lui promet de la bagarre, et qui refuse d’ailleurs les passages de romance, avant de finalement voir celui-ci réclamer qu’on lui raconte parce que quand même, c’est chouette. Finalement, sortir des cases, c’est pas si compliqué…

Mais rentrons dans l’histoire dans l’histoire…

Tout le monde il est beau tout le monde il est blond aux yeux bleus ! Niveau casting on explose carrément les quotas de diversité !

Vous connaissez tous cette histoire : la femme de ménage qui tombe amoureuse du riche propriétaire et puis il s’aime, ou le patron et sa secrétaire (ou l’infirmière avec le chirurgien ?)(OUAAAAI !)(Rambo veut s’assurer que vous suivez bien de chronique en chronique, auquel cas elle sera obligée d’aller vous faire un cours de rattrapage personnel, et je serais vous, je me méfierais. J’ai retrouvé des cheveux à moi dans ces branches, je crois qu’elle essaie de me tuer dans mon sommeil). En bref, l’histoire de Cendrillon : la petite employée de rien du tout qui finit par vivre une histoire d’amour incroyable avec l’homme de pouvoir. Et biiiiiiiien… là c’est l’inverse. Weasley est le valet de ferme tandis qu’on suppose que Bouton d’Or est… euh… bah en fait on ne sait pas. On ne voit jamais âme qui vive autre que ces deux-là. Et il ne sera jamais fait mention de ses parents. Peut-on en conclure que Bouton d’Or est donc l’heureuse propriétaire de sa ferme ? Et bah oui, on va le faire parce qu’on est comme ça nous, on fait ce qu’on veut, on est des fifous. Et puis il faut bien en faire quelque chose de ce trou de scénario. Car si Weasley est bien introduit par son rôle social, qui consiste à servir Bouton d’Or et s’occuper de la ferme, Bouton d’Or est introduite comme… euh… comme… aimant donner des ordres à Weasley ? Ça fait un peu juste. Au départ, c’est assez fun parce que tu te dis que ça inverse le scénario habituel, et ça fait du bien. Le truc, c’est qu’on revient assez vite au scénario en question : une fois qu’ils se sont déclarés leur amour, Weasley part chercher fortune en mer, parce que c’est l’homme de la maison qui doit pourvoir aux besoins de sa femme, alors même que jusque là elle semblait très bien y arriver toute seule, voire même extrêmement bien puisqu’elle devait aussi faire en sorte que son valet de ferme puisse vivre. Du coup, on est en droit de se demander pourquoi. Selon Rambo, c’est pour permettre d’avoir une raison de faire mystérieusement disparaître Wesley et ainsi faire avancer le scénario. Selon Chouquette (ma basse), c’est parce que c’est le rôle de l’homme au cinéma un point c’est tout. Ça me rappelle un peu ce qu’on avait vu pour La reine des neiges, même si pour le coup c’était un peu tiré par les cheveux peut-être… (cette auto-promo de malade en attendant) D’autant qu’après que Weasley disparaisse mystérieusement en mer et soit considéré comme mort, Bouton d’Or renonce à l’amour et devient de ce fait une coquille vide qui ne fait rien du tout pendant cinq ans à part accepter la demande en mariage du prince Humperdinck, avant d’être kidnappée et d’attendre d’être sauvée. Niveau potiche, on revient sur du bien lourd quand même.

Dream Team mes bons !

Alors parlons en donc de cet enlèvement… pas qu’il y ait grand chose à dire notez bien, en vrai, on a quasiment dit tout ce qu’il y avait de plus intéressant à dire sur notre sujet dans ce film… Mais bon, continuons tout de même un peu pour le plaisir. Notre chère Bouton d’Or est enlevé par trois dangereux brigands que voici : le géant Fezzik, l’Espagnol Inigo Montoya (qui après avoir enfin pris sa revanche a décidé d’être un meme sur un internet pour assurer ses vieux jours) et le chef Vizzini.

Commençons par Vizzini… sorte de petit chef autoritaire, à peu près bon à rien, mais qui se prend pour un génie parce qu’il a lu Platon et en a retenu à peu près autant que Kévin, votre camarade de terminal occupé à voir combien de chewing-gums un dessous de table peut contenir. Le classique du méchant qui se croit génial alors qu’en fait il tient à peine la route. Il passe donc son temps à philosopher sur à peu tout et rien avec autant de talent que l’ivrogne du coin, l’haleine d’alcool rance en moins. On ne sait pas trop comment, il réussit néanmoins à faire croire à tout le monde qu’il est essentiel alors qu’il est un boulet que les autres doivent se traîner. Il a rassemblé les membres du groupe, raison pour laquelle il n’en est jamais exclu, quand bien même il insulte tout le monde copieusement. Si ça vous rappelle quelqu’un, fictif ou réel, levez la main. Plus basique comme archétype masculin, c’est le Prince Charmant.

Fezzik. Ai-je vraiment besoin d’épiloguer sur son compte ? Et bien oui. Le mec est un géant. Il a clairement été engagé pour être la brute de service. Quand on lui demande d’affronter l’homme en noir, après que celui-ci ait réussi à vaincre Inigo dans une duel à l’épée, son arme se révèle être… des pierres. Voilà voilà. Pourtant, il se trouve que Fezzik, tout géant qu’il est, aime la poésie et s’amuse régulièrement à trouver la rime pour répondre à ses partenaires (c’est amusant d’ailleurs cette propension des géants à aimer la poésie, dans le Donjon de Naheulbeuk, paye ta référence, la magicienne explique aussi que « ogres sont parfois poètes »)(et ils peuvent changer les papiers peints accessoirement, mais ce n’est pas le sujet). Fezzik est aussi la parfaite maman poule : il prend soin d’Inigo lorsque celui-ci sombre dans l’alcool, prend soin de Weasley quand celui-ci manque mourir, il va chercher des chevaux pour que la princesse puisse s’en aller confortablement… Bref, on dirait l’un des brigands de Rayponce qui aime collectionner les petites licornes en verre. Un détournement du géant brutal assez classique, mais qui personnellement me plaît toujours autant… C’est quand même agréable de voir qu’on peut être tout autre chose que ce que notre corps dit qu’on est, et être heureux et accepté tel quel. (j’ai le droit à mon quota niais, c’est un conte de fée avec un happy end, alors j’ai le droit de ranger mon cynisme dans sa boîte quelques instants)

Il nous reste donc Inigo. Inigo est un maître de l’épée, quand il était gamin, il a vu son père, forgeron, fabricant d’épées, se faire tuer par un homme ayant six doigts à la main droite avec l’épée qu’il avait mis des mois à concevoir (je ne suis pas payée par l’inventeur du mot épée pour cette phrase, mais je vais y penser). Du coup, il a passé sa vie à s’entraîner avec la dite épée pour pouvoir un jour se venger de l’homme à six doigts qu’il cherche désespérément (mais que le scénario aura la politesse de mettre sur sa route par le plus grand des hasards, trop gentil le scénario). Inigo est donc un homme extrêmement talentueux dans sa partie, avide de vengeance, parce que quand même c’était papa d’amour. Il est droit, honnête et rechigne à revenir sur ses principes. Là aussi, niveau archétype, on est plutôt pas mal…

J’en ai pas trop parlé, mais comme vous pouvez le voir, les méchants ont des têtes de méchant.

Alors finalement, Princess Bride, quel est le bilan ?
Pour un film de 1988, je trouve qu’on s’en tire honorablement. Certes, la princesse est clairement une potiche qui ne vient pour rien d’autre que l’amour de son bon et doux Weasley. Mais on voit quand même poindre nombre de légers petits décalages : les héros ne sont pas toujours si héroïques, ils s’en tirent en trichant, les méchants ne sont pas si durs à cuire que ça, tout le monde a envie de voir le grand amour triompher, y compris les vieux magiciens, les adeptes de la torture, le gamin presque pas malade. Le réel avantage de ce film, plutôt que de changer radicalement les rôles de chacun, c’est plutôt de les aménager, de les agrandir. On peut être un géant et aimer la poésie et prendre soin de son prochain. On peut être un maître de l’épée avide de vengeance et quand même être sensible à la quête d’amour de l’autre. On peut être un pirate assoiffé de sang prêt à combattre pour l’amour de sa vie. On peut être une potiche et quand même être la plus têtue de l’univers (toute façon elle a fini par jouer dans House of Cards alors respecte l’autorité quoi). On peut être un petit garçon fan de bagarre et quand même vouloir que l’histoire se finisse bien avec un bisou et tout ce qui va avec. Et là dessus, je trouve que c’est une belle réussite qui fait du bien, surtout quand on voit comment nos perspectives se rétrécissent…

Un Wall of Death à vous !
Comme toujours, n’hésitez pas à partager si cet article vous a plu, et n’oubliez pas de proposer vos films pour le mois prochain ! (non je n’exploite pas votre culture cinématographique pour trouver de quoi remplir mes dimanches, c’est faux)

#8 Désexistons… Papa ou maman

Un jour, j’ai respecté un délai. C’était en 1989 et ça ne s’est plus jamais reproduit depuis. Ce jour-là, j’étais même en avance. Une histoire de cordon autour du cou obligea le monde à réagir et ainsi ma venue fut précipitée. La légende raconte même que je serai venue tellement tôt, qu’on aurait ainsi trouvé le temps de m’échanger à la maternelle, ma mère ayant en effet donné naissance à une charmante petite fille blonde, et non pas à une saleté de metalleuse envoyée par le démon. Pourtant, les signes étaient déjà présents : 666ème enfant à naître dans cette maternité, headbang prénatal et hurlement une journée durant. Le monde ne pourra pas dire qu’il n’a pas été prévenu. On suppose par contre que c’est d’avoir failli mourir étranglé dans le ventre de ma mère qui me donna cette incroyable capacité à faire du hors sujet comme on respire ou bien encore à remplir un article de parenthèses (mais bon, vous savez les légendes… on est en plein anachronisme, en 1989 les articles de blog n’était pas encore plus courants que les slogans publicitaires qui allaient bientôt les remplir).

Mais passons. Car le film d’aujourd’hui va ravir nos petits coeurs.

La metteure en scène en moi râle « ça fait vachement naturel votre affaire ». Mais bon si je râle dès l’affiche on n’est pas rendu.

Synopsis : Florence et Vincent sont en couple depuis quinze ans. Et ils ont tout réussi. Il est obstétricien, elle est chef de chantier. Ensemble ils ont trois enfants. Jusqu’au jour où ils se rendent compte qu’ils ne savent plus pourquoi ils sont ensemble et décident donc de divorcer. Tout se passe pour le mieux, ils sont d’accord sur tout. Jusqu’au moment où chacun reçoit l’offre de ses rêves… à l’étranger. La guerre est donc déclarée : qui va devoir garder les mômes ?

Que vous dire et comment commencer ?
Ça faisait un moment que je voulais le voir, je l’avais raté quand il était sorti au cinéma (une histoire de mémoire à rédiger et de compte en banque pas loin du rouge)(entre le cinéma et la bière, j’ai choisi le chocolat) et j’ai enfin pris le temps d’y jeter mon oeil. J’étais vraiment curieuse de voir le divorce abordé AUTREMENT. D’autant qu’en toute logique, si le divorce est abordé autrement, le couple aussi, la parentalité aussi. Un film en crash test donc. Et une belle réussite de mon point de vue. Mes deux parents travaillent dans le milieu du social : toxicomanie et thérapie familiale pour l’un, divorce, placement et droit de visite pour l’autre. Alors les histoires de séparations, de familles, et de relations avec les gosses, ça me tient lieu de fromage avant le dessert depuis mon plus jeune âge. Et j’ai toujours été surprise de la platitude des représentations offertes par le cinéma : au final, on voyait toujours la même histoire. Alors je veux bien que la réalité a cette capacité incroyable de rattraper la fiction pour mieux la dépasser, mais quand même. Je veux bien aussi que « tout a déjà été raconté » mais… c’est pas vrai. Les scénaris se répètent et se ressemblent plus que le pan gauche de ma tapisserie avec le pan droit de cette même tapisserie. Alors qu’il faut franchement pas grand chose pour bouger un scénario de place, c’est quand même un peu beaucoup souvent la même histoire, raconté avec les mêmes personnages. Finalement, la seule véritable différence repose peut-être dans les techniques (mais là je passe mon tour, je suis loin d’avoir les compétences) et les codes sociétaux de chaque époque. Bref, j’étais plus qu’heureuse de voir quelqu’un tenter de voir le divorce autrement. D’autant que c’est plutôt bien fait, ce qui prouve que c’est possible. Et en plus, c’est un film français, donc toc. (loin de moi l’idée d’être franchouillarde, je vais parti des gens qui réalisent une fois avoir fini un livre que l’auteur est français ou javanais… C’est juste qu’il y a un mode consistant à baver sur le cinéma français. Et comme je me méfie toujours des rejets en bloc, voir que ce sont des Français qui arrivent à proposer autre chose, ça m’amuse diablement)(et puis ça nous donne l’occasion de voir Marina Foïs, ce qui est toujours cool)(et puis c’était pas en 3D alors joie bonheur et perspective aplatie)(Non mais ne vous inquiétez pas hein, y a quand même pas mal de fail de scénarios, de deus ex machina et de caricature, on va pas faire que jeter des confettis non plus !)(en grande partie parce qu’il faut nettoyer après)(si vous trouvez qu’il y a trop de parenthèses, plaigniez vous à ma connexion, j’attends que la photo suivante charge, je m’ennuie en attendant, faut bien que je m’occupe)

Ça y est la photo est chargée. Vous êtes contents hein ? Non ? Bande d’ingrats.

Florence est donc chef de chantier. Métier reconnu comme hautement féminin comme chacun sait (un sarcasme s’est glissé dans cette phrase, sauras-tu le retrouver ?). Et ce qui est chouette, c’est que c’est normal. On nous épargne le cliché de la camionneuse avec des bras comme ta tête et une pilosité à faire passer Chewbaca (sérieux pourquoi est-ce que je me retrouve toujours avec des noms impossibles à écrire ?) pour un ado de 12 ans priant chaque soir pour que la puberté remplisse son slip. On nous épargne aussi la « femme d’affaire qui s’est vendu corps et à âme à son boulot délaissant mari, enfants et tout plaisir de la vie qui ne se résumerait pas avec des graphiques ». Et puis tant qu’on y est, on nous épargne la chienne de garde constamment en train d’hurler pour qu’on lui obéisse ou pour défendre Dieu seul sait quoi. Non. Florence se fait joli à l’occasion, va au boulot en talon qu’elle échange pour des chaussures de sécu tranquillement assise sur le coffre de sa voiture. Elle fait sa vie quoi. Et tout va bien. Jusqu’au moment où le film essaie un peu trop fort en nous balançant un personnage d’inspecteur misogyne que les scénaristes semblent avoir construit à l’aide d’une checklist : petits surnoms infantilisants check, commentaires paternalistes check, ne pas la prendre au sérieux check, la considérer comme une subalterne check. S’en est presque trop beau. On se demande d’ailleurs comment il n’en vient pas à lui passer la main aux fesses. Tout bien pesé, je ne suis pas sûre que caricatural soit le bon mot. Parce que des comme ça, j’en ai croisés, il m’est même arrivé de devoir bosser avec certains (mais pas longtemps, heureusement pour leur espérance de vie)(j’ai une tolérance à la connerie qui va en diminuant avec les années)(quand je serai vielle, je serai comme les petits vieux dans les Muppets, mon père m’y voit déjà). Mais là un truc cloche….

BIENVENUE DANS LE PREMIER TROU DE SCÉNARIO !
Prenez un cookie, servez-vous à boire. Vous pouvez enlever votre manteau et laisser vos chaussures dans l’entrée. Surtout mettez vous à l’aise. Je m’en vais râler de ce pas. Préparez vos pop-corns, tout va bien se passer.
Je l’ai dit et je l’ai redit, notamment au cours du visionnage de Breaking Bad, un personnage, c’est mieux quand c’est cohérent. Ça a tendance à mieux marcher. Alors bien sûr, l’humain étant ce qu’il est, il peut changer, bouger, parfois de façon aussi impressionnante qu’improbable. On voit des revirements à 180°, des passages à l’acte après des années de sommeil, etc. Mais plus un changement est imprévisible et illogique, plus la cause de ce changement est forte. Si ce n’est pas le cas, c’est que vous êtes face à un psychopathe. C’est tout. (bon d’accord, un politicien à la limite, mais bon là on tombe dans la catégorie des sociopathes alors on n’est pas non plus très loin de la première hypothèse) Alors chers scénaristes, quand vous construisez vos personnages, cette règle s’applique aussi du moment que vous ne mettez pas en scène exclusivement des psychopathes. Je dirai même plus, elle s’applique encore PLUS, puisque nous sommes dans le cadre d’une fiction et que pour ça marche, il faut un minimum d’identification, pas dans le sens où on doit se reconnaître dans tous les personnages, mais dans le sens où le spectateur doit pouvoir comprendre les actions des personnages, tôt ou tard (tout dépend de la structure de votre narration, je n’ai rien contre les films qui me font poireauter 90 minutes avant de m’expliquer)(enfin tout dépend de l’explication)(Je te vois Dreamcatcher !)(pendant l’été j’ai proposé une séance pizza – film à mon frère qui a décrété qu’il fallait choisir le film dans la vidéo des nanars by le Fossoyeur. Et le pire, c’est que c’est moi qui l’ai téléchargé, qu’il est dans mon ordi. Et que même mon frère, amateur de nanar, a trouvé ça naze)(FML). Alors chers scénaristes d’amour, quand vous dépeignez un putain d’affreux connard misogyne (avec un long nez qui plus est), vous ne pouvez pas lui coller un big smile sur la face « je vous offre le job de vos rêves au Danemark car nul autre que vous n’a les compétences pour réussir cet exploit, je crois tellement en vos capacité et votre talent ». Ça. N’est pas. Logique. Et ça n’a aucune putain d’explication raisonnable ! Non mais bordel ! Et non non, le fait que tous les chiffres montrent qu’elle est excellente ne sont pas une raison pour pareil revirement : quand ce genre de mec décide qu’il a raison, il a raison. Regardez nos politiques (décidément ils ont la part belle dans cet article, l’actualité m’hérisserait-elle le poil au papier ponce ?).

TROU DE SCÉNARIO N°2
Non j’en ai pas fini avec monsieur l’inspecteur. Parce qu’après le personnage pas cohérent, c’est un pur trou de scénario qui s’offre à nous. Une fois la guerre déclenchée avec son futur ex-mari, Florence décide de l’inviter à dîner et de lui faire du rentre-dedans pour qu’il se comporte comme le plus parfait des enfoirés avec les gosses. Et éventuellement rentre son ex jaloux. Une tactique vieille comme l’univers. (sisi, je suis persuadée que les petites molécules elles jouaient déjà à ça, vous croyez que c’est quoi le big bang ?) Bref, d’un coup l’inspecteur se retrouve à table chez Florence pour la première fois, première fois où il rencontre déjà les gosses, et se considère déjà comme le nouveau père. Bon aller, passe encore. Connard fini pour connard fini, on peut suppose que son envie de paternaliser peut justifier ça, et puis ça s’entend toute façon c’est ce qu’elle cherchait. Ce que je ne m’explique pas, c’est : il devient quoi une fois qu’elle le jette comme une merde après lui avoir roulé une putain de galoche sous le porche devant l’ex qui passe ? Il est passé où l’inspecteur misogyno-envahissant-mâle Alpha ? Il a pas vu le panneau « attention trou de scénario » et il a glissé dans les abysses des scènes coupées ? WO ! Inspecteur ? Que t’est-il arrivé ? Si tu nous entends fais nous siiiiiiiiigne ! (ou pas, j’avoue que j’ai passé une partie du film à espérer qu’il se prenne une poutrelle sur le coin de la gueule, mais on est dans une comédie bon enfant donc pas de mort en vue)(attendez ça charge)

Ich bin ein Badass.

Aller, parlons de Vincent. En fait, ce film est drôle parce qu’il fait l’inverse de la majorité de ses contemporains… D’habitude, ce sont les personnages féminins qui sont ultra-limités et caricaturaux, sauf que là, les hommes vendent pas non plus du rêve niveau chemins de vie envisageables. Vincent est donc obstétricien, en gros, pour caricaturer (mais pourquoi nous on s’en priverait ? ça serait pas juste), c’est un super médecin de l’accouchement. Et comme on n’est pas à un cliché près, il se tape l’infirmière. Tchekov a dit « S’il y a un revolver au début du livre, le coup partira avant la fin » (citation tronquée, je suis jamais tombée sur l’originale). Et j’ajouterai « S’il y a un grand médecin au début du film, le coup partira avant la fin » (citation très propre sur elle). Sérieux, je veux bien que « planning de malade => passer ta vie à l’hôpital => tu rencontres des gens qu’à l’hôpital => tu baises avec eux parce que c’est quand même plus pratique » soit un tracé des plus probables, mais enfin merde… Est-ce que les médecins ne baisent QUE des infirmières ? Est-ce que c’est un truc comme un stage obligatoire ? Qu’on m’explique, il doit bien y avoir quelque chose pour que ça soit aussi systématique au cinéma. Enfin autre chose que le manque d’inspiration / de motivation pour chercher autre chose. C’est plus une ficelle, c’est une tresse de cordes.

Mais Vincent, c’est quand même un mec avec un coeur gros comme ça, il va partir avec Médecin sans Frontières. Mon héro. J’adore quand on me joue la carte « non mais il est devenu médecin pour faire de l’humanitaire », le tout dans une baraque en région parisienne avec plus de fenêtres que de vernis à ongles chez kiko. Enfin là c’est juste moi qui suis cynique, on s’en fout. (muppets show here I come !). (j’ai dû m’arrêter pendant 45 minutes pour diverses raisons, comme apprendre à se servir d’un lave-vaisselle, du coup je ne suis plus trop sûr de ce sur quoi j’avais prévu d’enchaîner, ça m’apprendra à écrire en free-style)

Tiens j’avais pas fait gaffe qu’on avait mis les hommes d’un côté du plan et les femmes de l’autre. Les équipes sont faites semble-t-il.

Le but du jeu va donc consister à faire en sorte que les enfants choisissent avec lequel de leur parent ils vont vivre. Pour cela, deux tactiques : mettre l’autre en valeur et les dégoûter d’eux mêmes. Et c’est assez drôle de voir ce que chacun met en place. Entre papa qui fait du chantage au suicide en expliquant à son fils que quand même, l’instinct maternelle c’est tellement fort que s’il choisit pas d’aller habiter avec maman elle va se laisser mourir, et de dire à sa fille qu’une fois maman partie, ça sera elle la maîtresse de maison et qu’en tant que telle, il faudra qu’elle se tape les corvées. Tandis que maman explique à son aîné qu’elle avait peur parce qu’elle voyait bien que son père allait pas le forcer à passer le bac, voire même qu’ils allaient passer son temps à fumer des joints ensemble. Quelle décadence. Maman empoisonne les gosses au produit vaisselle, papa les défonce au paint-ball (insérez ici blague salace de votre choix)(j’ai dit ici bande de gros dégoûtants), maman leur fout la honte de leur vie devant leurs amis, papa se montre incapable de les loger décemment. Ce que je trouve drôle, c’est que la séquence d’empoisonnement au produit vaisselle dure beaucoup plus longtemps que celle sur le paint-ball. Plus exactement : on voit beaucoup plus les conséquences sur le couple de maman qui maltraite les enfants que les effets de papa qui maltraite les enfants. Tiens, comme c’est amusant ça… maman qui maltraite les enfants, ça passerait moins bien en société que papa qui maltraite les enfants ? Mon dieu, mais quelle surprise ! J’en apprends des choses décidément ! Truc de fou quoi. De la même façon, le fait que papa voit une autre femme passe beaucoup mieux que le fait que maman voit un autre homme (bon d’accord, je suis de mauvaise foi, c’était monsieur l’inspecteur, mais quand même). Même si le film n’y arrive pas complètement, on saluera toutefois la volonté de mettre les deux parents à égalité dans la connerie. J’ai beaucoup aimé aussi cette volonté de ne pas défendre ou juger les personnages, c’était assez appréciable. Car même si on s’arrête un peu plus sur Florence et ses pâtes au PAIC citron, il n’en demeure pas moins que Vincent ne passe pas pour le père idéal pour autant.

Bon alors par contre les gosses… Un jour, le cinéma arrivera à produire des personnages d’ado non caricaturaux. Et ce jour-là, nous sortirons des salles de cinéma en riant et en nous tenant par la main, les yeux dans les yeux dans l’horizon et oups attention la marche, et nous serons tous tellement heureux. En attendant, il faudra supporter ces putains de foutues têtes à baignes que le cinéma continue de nous imposer. Et franchement, dans ce film, ils sont bien bien ratés. Ce qui est dommage pour un film qui les met au centre de l’intrigue. Mais putain, qu’est-ce qu’ils sont chiants et sans consistance, plus creux tu meurs. Du coup bah j’ai rien à désexister puisque pour ça faut commencer par exister. Mauvais équilibrage du film entre les parents et les enfants. On leur reconnaîtra que faire des ados non caricaturaux c’est dur, puisque tout ado est caricatural déjà de nature. C’est un peu comme quand on demande à un psychanalyste de parler de psychanalyse, très vite, on atteint des sommets d’absurdité et de non sens impossibles à atteindre sans jet-pack en temps normal.

Ceci dit, la palme du personnage raté revient à….. la BABY SITTER ! Et oui… C’est même pas qu’il est raté c’est juste que… que… mais que putain elle sert à rien ! Mais vraiment, à rien du tout du tout. Elle est présente une scène qui consiste en « désolé pour le retard, merci d’être restée si tard _[grommelle en ramassant la vaisselle] _non laissez merci _je serai pas là demain _d’accord et pour vendredi.. _non mais ni vendredi, ni samedi, ni aucun autre jour, je démissionne _mais pourquoi ?? _je crois que je déteste vos enfants [claque la porte en sortant] ». VOILAAAA ! Ha. C’était bien. Cette scène ne sert ni à introduire les gosses (possiblement haïssables on suppose), ni une possible relation baby sitter / parent ou baby sitter / enfant. Tout au plus, elle permet de souligner que les parents sont trèèèèès occupés, ce qui justifie l’emploi d’une baby sitter alors que les mômes ont 9,12 et 15 ans. Sauf que la démission de la baby sitter ne semble avoir aucun impact sur leur vie. MON DIEU ! Je crois que la baby sitter est elle aussi tombée dans un trou du scénario ? Mais qu’attendez-vous ? Faîtes quelque chose voyons ! Vous voyez bien que ce personnage souffre ! De là à penser qu’il fallait caser la fille d’un producteur, il n’y a qu’un pas. Que je ne ferai pas. En majeure partie parce que les petits vieux des Muppets sont deux et que je suis atrocement seule pour dire des horreurs à l’heure actuelle (Rambo est occupée à bronzer, c’est l’heure où le soleil lui tombe en plein sur la gueule, ça photosynthèse à mort).

Devant le cadavre de leur baby sitter au fond du trou de scénario.

Au final, Papa ou maman reste un bon film à voir malgré ses soucis de cohérence et d’équilibre. L’ambiance est bonne enfant. Les situations restent crédibles. Encore une fois, c’est vraiment cet effort de montrer autre chose qui est plaisant. D’autant que, si j’en crois les histoires de mes parents, des situations comme ça ne sont pas si rares, c’est juste qu’il n’y a pas de réalisateur pour décider que tout ça doit rester une chouette comédie et offrir les Deus ex machina et autre happy end au moment opportun. Ça reste donc une belle expérience. À voir si maintenant que le divorce est entré dans les moeurs, on va se décider à nous montrer autre chose pour le bien de tout le monde, ou si ça restera un cas à part…

PS : j’ai pas aimé la fin. Vous me direz quand vous le verrez !


Voilà pour ce 8ème désexistons ! Comme toujours n’hésitez pas à partager si ça vous a plu, à commenter si vous n’êtes pas d’accord et surtout à proposer vos films pour le prochain qui, avec un peu de chance, sortira en octobre (ou en 2075, va savoir).

Un Wall of Death à vous !

#6 Désexistons… Away we go

Ola Termites !

Dans le désexistons de ce mois-ci, on se fait plaisir. Je ne veux pas dire par là que je n’avais pas envie de voir les films précédemment étudiés, mais que j’adore le film d’aujourd’hui, que c’est un film qui fait du bien, que d’un point de vue scénaristique il est excellent, très bien construit et réussit à éviter les écueils du genre. Vu vos réactions quand je l’ai annoncé sur facebook, j’en déduis que pour une bonne partie, vous êtes d’accord avec moi. Donc ouai, aujourd’hui, on se fait un bon gros kiff !

Paye ton smile dès l’affiche…

Pour ceux qui ne l’auraient pas encore vu, petit synopsis de départ : Burt et Vérona vont devenir parents, au même moment, les parents de Burt, raison pour laquelle ils étaient venus s’installer dans ce coin perdu, décident de partir pour la Belgique. Plus rien ne les retient donc ici. Il leur faut maintenant décider où ils veulent vivre. Ils commencent donc un périple à travers le pays, allant voir divers amis dans leur région afin de prendre cette décision. Car derrière la question du « où vivre », se cache celle du « quelle famille voulons-nous ? ».
Pour commencer, dès le résumé, j’ai envie de pointer du doigt quelque chose : je trouve agréable et rafraîchissant de voir un film sur la parentalité en général. La majeure partie des films sur le sujet s’arrête soit sur la maternité, soit sur la paternité, avec une large majorité pour la maternité. Loin de moi l’idée de dire que ce sont des mauvais films, mais tout est une affaire de chiffre. Statistiquement parlant, il paraît plus logique de parler du rôle de la mère, plus rare de parler de celui du père. Encore aujourd’hui, devenir mère est un passage socialement obligé dans la vie d’une femme et cette question revient donc régulièrement sur le tapis dès qu’on a affaire à un personnage principal féminin. Si bien que même si la maternité n’est pas le sujet central, elle sera forcément évoquée, notamment avec le fameux « désir de famille ». Du côté de la paternité, et bien… elle semble plus accessoire. Elle est plus un prétexte qu’un sujet. Vous n’aurez pas manqué de remarquer le nombre de film d’action qui commence par « on a enlevé ma fille, je vais buter tout le monde ! » (oui car bien sûr, ce sont toujours les filles qui se font enlevées, quelle bande de gourdes, je vous jure. Les petits garçons résistent beaucoup mieux aux mafiosos habitués à tuer à poings nus. La génétique, tout ça tout ça). Je sais pas vous, mais personnellement, quand les autres enfants m’ont fait tomber dans la cour de récré, mon père n’a buté personne, il n’a même pas mis une voiture en feu. Je vous laisse imaginer ce que pense Hollywood de la virilité de mon père. Cette digression pour vous dire qu’au final, la paternité en elle-même est rarement au centre des préoccupations. Alors la parentalité…  à part pour justifier d’une vie sexuelle à l’abandon (Sex tape c’est toi que je regarde…), on s’en fiche un peu. Away we go fait donc parti de ces petites perles, traitant du sujet avec justesse et humour.

ET téléphone à sa maison…

Pour commencer, le couple Burt-Verona (oui je fais encore preuve d’une certaine logique, je commence par les principaux…) est très bien équilibré : chacun porte son histoire, ses angoisses. Verona a perdu ses parents durant ses études et vit donc avec l’idée qu’il n’y a personne pour l’aider dans cette épreuve. Plutôt que d’associer la maternité à quelque chose de naturel chez la femme, le film préfère montrer le stress provoqué par cet événement chez Verona : va-t-elle être une bonne mère ? et comment ? finalement, ça veut dire quoi ? Ayant perdu sa propre mère, avoir un enfant ne revient plus simplement à transmettre, c’est à elle de commencer une nouvelle « lignée ».Paye ta pression !

De son côté, Burt ne sait pas trop quoi transmettre. On comprend assez vite que son boulot ne lui plaît pas plus que ça et le voici donc en recherche de quelque chose à transmettre à son futur enfant. Régulièrement, on le voit faire divers expériences « j’aimerais que notre enfant me voit comme quelqu’un qui sait faire …. ». Je trouve cette double vision de la transmission à l’enfant extrêmement pertinent : du côté de la femme, l’idée de la lignée, du côté de l’homme, plutôt la notion de modèle.

Outre ces questions autour de la transmission, le couple partage aussi des questionnements sur… le devenir du corps de Verona. Parce que bon… « c’est tellement beau une femme enceinte ! » c’est pas vraiment le discours partagé par tous. Verona a pris du ventre très vite, si bien qu’à 6 mois on a déjà l’impression qu’elle va accoucher dans trois jours (big up à ma maman qui a fait pareil…). Résultat, on lui refuse de voyager en avion. Verona se sent mal dans sa peau, moche grosse. De son côté, Burt ne sait pas trop comment faire pour la consoler, ce qui est souvent le cas des hommes que j’ai pu croiser dans ces situations (mais bon on va pas faire de généralités non plus)(faisons une chronique pour démonter les clichés sexistes, histoire d’en foutre d’autres à la place ! mais oui quelle merveilleuse idée ! et quelle intégrité intellectuelle !), ce qui donne lieu à quelques échanges des plus improbables sur la taille des seins de Verona ou la localisation de son vagin. Finalement, ce que j’aime ici, c’est vraiment le partage de cette situation par les deux : on n’est pas dans un « non mais on baise pus quoi c’est trop nul ». Finalement, l’évolution du corps de Verona est aussi une évolution pour les deux, on parle de vie sexuelle pendant et après la grossesse, de l’existence des deux parents en dehors de leur rôle de parents, etc.

Tant de bonheur sur ce visage…

Première rencontre ! Avec Lily et Lowell, qui te vendent du rêve par paquet de douze en t’expliquant que le mariage est une façon de se protéger, pour t’empêcher de partir en abandonnant les gosses, par exemple. Gosses qui sont, euh… très bien traités. Ces mômes respirent le bonheur, ils ne disent pas un mot, ne bougent pas, ne bronchent pas. On ne sait pas trop s’ils font tout leur possible pour disparaître où s’ils marquent un mépris évident. Lily sait déjà que sa fille sera lesbienne parce qu’elle a un « physique de camionneur ».Le destin semble déjà avoir tranché. Tout est joué sur la physique, la tchatche. Lily n’a plus de seins après avoir allaité ses deux gosses. Lowell quant à lui est presque aussi inexistant que ses mômes. Si on l’entend s’égosiller devant son match et nous sortir une belle tirade bien réac pendant le repas. C’est tout ce que nous obtiendrons de lui. En bref, une famille bouffée par la routine, le rêve américain et qui s’emmerde comme pas permis. Parce que finalement, même si Lily fait beaucoup de bruit, on ne la sent pas plus heureuse que ça non plus. Ca se sent à 3km à la ronde qu’elle s’ennuie comme un rat mort dans sa vie. Une famille creuse qui n’a plus grand chose à quoi se raccrocher à force d’essayer d’être on ne sait pas trop quoi. Vraiment, heureusement que le mariage ça protège… ça évite que les gens s’en aillent, ça évite qu’ils puissent être heureux ailleurs, on reste tous malheureux ensemble, c’est quand même vachement mieux !

Le couple préféré de tout le monde… les Barges ! En plus c’est une de mes actrices préférées… que de bonheur dans ce film !

Le couple suivant, c’est celui de LN et Roderick. Le couple peace and love… On est proche de la caricature, enfin, on est même pas proche, on est à balle dedans. On partage le lit : toute la famille dort dans le même lit et il n’y a aucune problème à ce que les enfants voient papa et maman copuler parce qu’on ne va pas cacher l’amour charnel à nos enfants. Vous avez bien compris, c’est le genre de couple à laisser ses enfants comprendre tout seuls où sont les limites. Un bonheur quoi. La poussette est interdite car elle met une séparation et un éloignement entre l’enfant et sa mère. Et on allaite jusqu’à plus soif. Nous sommes en présence de La Mère. Inséparable de ses enfants, elle va même jusqu’à allaiter les bébés des autres et elle ne comprend pas que les autres puissent mal prendre un tel geste de générosité. Vraiment. C’est elle qui pourvoit au besoin de la famille puisque Roderick ne semble pas travailler, il juge même l’idée d’aller travailler totalement ridicule. Ce qui nous fait donc un bel adulenfant bien cliché à ajouter au compteur de la maternité de LN. C’est donc sans surprise qu’elle tente de prendre Verona sous son aile afin de tout lui expliquer de cette folle aventure de maman, puisque personne n’a pu lui montrer. Et si l’intention est louable, ce n’est pas sans au passage minimiser le rôle de Burt, qui, en tant qu’homme, ne peut pas comprendre ces choses-là. Tiens mais allons voir du côté des hommes, car un magnifique combat de coq commence ! Pour Burt, Roderick n’a pas à dire quoi que ce soit puisqu’il ne fait rien pour participer à la vie de sa famille à part s’asseoir là. Pour Roderick, Burt est totalement corrompu par la société parce qu’il travaille, et en plus pour une compagnie d’assurance. J’ai toujours aimé ces gens qui te disent qu’ils feront jamais parti de cette société pourrie mais qui sont bien content que d’autres le fassent pour les nourrir… Un vrai bonheur ! Pas de chance perdu donc, ce n’est toujours pas cette famille qu’il leur faut…

Je veux des pancakes. J’aime mettre des légendes inutiles accessoirement parlant.

Encore un couple à voir ! Tom et Munch et leur ribambelle de gamins adoptés. La maison fait envie, des enfants qui débordent de partout, de toutes les couleurs et de tous les âges. Les deux parents affichent le visage du bonheur le plus parfait et sont plus qu’heureux de pouvoir aider leurs amis dans leur quête de l’endroit parfait. Seulement voilà… Le vernis craquelle et on apprend que finalement, ce n’est pas si facile que ça. Munch a encore fait une fausse couche, et voir Verona enceinte jusqu’aux yeux réveille ce qu’elle n’arrive pas à faire : porter un enfant. Pas si évident… Alors finalement, des enfants peuvent-ils être tes enfants si tu ne les as pas portés ? Quelle différence y aurait-il au bout ? Il y a vraiment ce sentiment d’échec qui plane dans le personnage de Munch. A côté, Tom ne sait pas vraiment quoi faire pour l’aider dans tout ça. Ca nous en fait des gens paumés dans ce film !

Comme pour Million Dollar Baby, je n’ai finalement pas grand chose à vous dire. Le film est bien fait, bien construit et ça fait du bien. Voir des grossesses assumés par les deux côtés, envisager des parents et non un père – une mère. Et surtout, montrer qu’il y a plein de façons de l’être et qu’il n’y en a pas vraiment une parfaite par rapport aux autres…

Merci pour votre patience ce mois-ci encore ! N’hésitez pas à partager si ça vous a plu et à proposer vos films pour le mois d’avril. Un wall of death à vous tous !

#5 Désexistons… Les yeux jaunes des crocodiles

Ola Termites !

Pour cette chronique de février, on tire un peu sur l’ambulance, mais bon, on a insisté. Le cas est un peu particulier cette fois-ci. Le film est tiré d’un livre du même nom, écrit par Katherine Pancol. Là où c’est particulier, c’est que pour une fois, le film est moins cliché que le livre (en tout cas selon Bubulle). C’est vous dire l’exceptionnalité de la chose. Un film qui corrige les défauts du lire ? Gosh ! Vous serez d’accord que nous ne pouvions décemment pas rater ça ! Ajoutez aussi, que le majorité des personnages sont des femmes ! Ce qui est suffisamment rare pour qu’on aille mettre les mains dans le cambouis histoire devoir comment roule cette mécanique… Alors ni une ni deux, désexistons !

hihihihihihihi on a un utérus alors on fait des trucs de petites filles hihihihihihi Mon dieu ne me dites pas que je vais devoir manger des cupcakes licorne pour écrire cette chronique ?

Si jamais vous n’avez pas vu le film que vous avez peur de ne pas comprendre de quoi on parle, je vous laisse aller voir la bande annonce qui se chargera de votre cas (apparemment, vu les recherches que youtube propose, y a même le film complet, mais bon comme je suis gentille, je ne partage pas ce genre de choses illégales… je te dis juste qu’elles existent Termite d’amour). Le pitch : deux soeurs, papa mort quand elles étaient gamines, maman mariée à un plus ou moins riche industriel, Joséphine est plutôt réservée et à la limite du paillasson humain, iris a toujours été la petite star de la famille. La première est chercheuse au CNRS en histoire médiévale et gagne pas grand chose. Après avoir chassé son mari pour infidélité, elle doit s’occuper seule de ses deux filles. De son côté, Iris passe ses journées à faire du rien tout en faisant croire à tout le monde qu’elle est le centre de l’univers. Jusqu’au jour où Iris raconte à tout le monde qu’elle a écrit un roman sur le Moyen-Âge, et qu’il va bien falloir que quelqu’un l’écrive ce roman. Je suis sûre que vous ne devinerez jamais qui va devoir s’en charger, innocents que vous êtes. Alors allons-y, personnage par personnage. José, lance le compteur à cliché, on va péter du score aujourd’hui !

Osez osez Joséphine… et vite s’il te plaît, qu’on se réveille un peu devant ce film !

Commençons par Joséphine… Sérieusement j’ai eu envie de rentrer dans la télé, de la choper, d’y foutre une paire de baffe en hurlant « mais tu vas te secouer putain ! ». Sérieusement. J’ai du mal à croire qu’elle puisse être encore plus caricaturale que ça dans le bouquin. Joséphine pourrait être un super personnage, mais finalement, auteur et scénariste ont jeté l’éponge, n’attribuant ainsi à leur personnage qu’une seule et unique caractéristique : elle se fait marcher dessus. Et c’est systématique. Elle « chasse » son mari du domicile conjugal. Toutes les circonstances vont en son sens : il la trompe, tout le monde est au courant, il est au chômage depuis des mois et ne se donne pas plus la peine que ça de chercher un taf justifiant ses aprem de glande par « tu crois que ça se trouve comme ça un job de cadre ? » et du peu où on peut les voir interagir, il y a fort à parier qu’il la traite constamment comme la pire des merdes. Alors si on veut bien lui accorder qu’il n’est pas facile de sauter le pas et de dire à celui à qui on a dit pour toujours et qui est le géniteur de nos enfants de dégager de là connard, il est difficile de comprendre son attitude. C’est limite si elle ne s’excuse pas de le virer. Merdeuh. Et on va continuer comme ça tout le long du film. Elle se fait marcher dessus par sa fille (sur qui on reviendra tellement j’ai passé le film à vouloir y foutre des coups de parpaings), par sa mère (seule personnage à qui elle dit merde d’ailleurs, on y reviendra aussi), par ses amies qui lui expliquent constamment comment vivre sa vie, par son beau frère (qui lui trouve du taf), par la nouvelle de son ex (qui vient presque lui demander pardon pour lui), et évidemment par sa soeur parce que sinon il n’y aurait pas de film. Mais… mais… mais…. MAIS MERDE MEUF. C’est limite si elle se promène pas avec un panneau « allez y marchez moi dessus ». Ce personnage c’est du rien, du vide. C’est un des deux personnages principaux et ce personnage n’a rien pour lui à part le fait de se laisser faire par tout le monde, de hocher la tête et dire oui oui. Résultat ? Quand une fois elle se permet un coup d’éclat, quand une fois elle dit non, elle n’a aucune crédibilité, pour la seule et bonne raison qu’on ne comprend pas pourquoi, ni d’où ça vient, ni comment, ni pourquoi ce truc-là c’est la goutte d’eau. Bref, Joséphine aurait pu être un personnage passionnant mais finalement, de faire-valoir des autres personnages à faire-valoir du scénario, il n’y avait qu’un pas à franchir. Pas de chance perdu rejouez demain.

Surtout que c’est dommage. Car ça écrase complètement une autre partie de Joséphine qui est le courage. Vous savez, cette forme de courage où quoi qu’il arrive, quoi qu’il se passe, vous continuez d’avancer. Elle élève seul ces deux filles, quand bien même l’une est une ado insupportable qui l’insulte copieusement, et l’autre retombe en petite enfance suite au divorce. Elle bosse comme une folle pour réussir à gagner nécessaire au ménage. Elle réussit quand même à écrire le livre pour sa soeur. Etc. Mais elle passe tellement de temps à s’excuser d’exister à la face du monde que je trouve difficile d’avoir la moindre empathie pour elle tant on est en train de se dire « mais bordel sors toi les doigts ». Je vous laisse constater le paradoxe quand on voit la liste de ce qu’elle fait en vrai. D’ailleurs, la seule fois où elle se défend réellement, c’est face à sa mère.

Alors oui tiens… Parlons de cette délicieuse relation mère-filles, construite avec une subtilité qui n’a rien à envier à un bulldozer. Grâce à d’ingénieux flashbacks, on nous fait découvrir Joséphine et Iris jouant petites sur la place à « la reine et son esclave » (je ne vous pas l’insulte de vous dire qui est reine qui est esclave), Papa qui explique à Joséphine que non elle n’est pas une grosse merde inutile dans la vie il l’aime, Joséphine et Iris qui manquent de se noyer mais heureusement maman vient les sauver ah bah non en fait que Iris et elle rejette Joséphine à l’eau. Tout dans la subtilité je vous dis. Encore une fois, c’est dommage. De la finesse aurait été la bienvenue plutôt que des relations taillées à la serpe des fois qu’on serait trop cons pour comprendre qu’Iris a toujours été plus que la chouchoutte, dévaluant ainsi Joséphine au passage (j’ai un peu envie de dire que rien que les prénoms déjà c’est énorme… Sérieusement, Joséphine vs Iris, niveau vendage de rêve, avoue que tu te demandes vraiment qui on a envie de suivre et qui est fade hein ?). Evidemment, ça ne s’arrête pas à l’enfance. Aux yeux de maman, Iris a parfaitement réussi sa vie alors que Joséphine craint du boudin. La réussite, c’est relatif. Femme d’avocat qui n’a plus besoin de travailler depuis longtemps face à chercheuse au CNRS en histoire médiévale divorcée qui fait des heures sups pour nourrir ses gosses, on est en droit de se demander qui a réussi. Vraiment. Le différend avec maman vient du fait que Joséphine refuse son argent, et finit par l’envoyer chier comme quoi c’était une grande fille et qu’elle pouvait tout à fait se débrouiller. Et pan dans ta face.

Je suis langoureuse blonde et je ne sais pas si j’ai l’air mystérieuse ou juste de m’ennuyer à mourir…

Mais parlons d’Iris maintenant si vous le voulez bien… En même temps, c’est pas qu’il y ait grand chose à en dire non plus maintenant que j’y repense. C’est vraiment le Cliché de la Bourgeoise. Elle n’a de mère au foyer que le nom puisqu’elle délaisse joyeusement son fils pour se consacrer à d’autres activités essentielles comme… attends je cherche… bitcher ! Oui voilà c’est ça. Pendant son temps libre, Iris étale son bonheur sous le nez des autres et leur explique comment leur vie elle est toute pourrie. Vraiment, une chic fille. Avec des amis comme elle, t’as pas besoin d’ennemi ! Qu’est-ce qu’on s’amuse.. En bref, elle a fait un bon mariage, et depuis elle se fait chier comme un rat mort. Résultat ? Elle s’invente des vies. Car à côté de ça, évidemment, il faut toujours qu’elle soit au centre de l’attention, puisqu’elle a toujours été la préférée de maman (d’habitude je m’interdis les séances de psychanalyse de comptoir, mais bon, apparemment c’est comme ça que ce personnage été créé, alors suivons la voie de la binouse mes chers et reprenons un verre !). Résultat, un jour, à un repas entre amis, Ariel Wizman, qui joue l’éditeur avec autant de charisme que Marion Cotillard dans Batman (sauf que elle au moins elle meurt à un moment, mettant ainsi fin au massacre), lui demande ce qu’elle fait de beau dans sa vie. Et pif paf pouf « et bien figurez vous que j’écris un roman ! » (au moins elle a le sens de l’à propos, se vanter d’être championne de houla-hoop n’est pas forcément un bon moyen de se vanter devant un éditeur)(mais en même temps complètement con, elle se serait vanter d’être championne de houla-hoop, il ne l’aurait pas fait chier et lui aurait seulement demander de lui montrer son bedon tout musclé, ce qui était quand même beaucoup plus simple à mettre en place comme mensonge que « J’ÉCRIS UN FUCKING ROMAN »). Comme de par hasard, le sujet du roman c’est exactement le sujet de thèse de Joséphine (ah bah quand on est vide on l’est jusqu’au bout, au moins c’est cohérent). Résultat, l’ami éditeur se trouve emballé et veut à tout prix lire le dit roman. Mais genre vraiment. Comme s’il n’avait pas assez de bouquins en attente sur son bureau, il faut qu’il se passionne pour celui de la nana qui n’a jamais rien écrit et n’a d’ailleurs jamais rien réalisé de sa vie, à part son mariage donc. Elle réussit donc à convaincre Joséphine de l’écrire pour elle, une sorte de deal genre « je prends le mérite et le succès, tu prends l’argent ». Comme de bien entendu, Joséphine accepte. Comme de bien entendu, le bouquin est génialissime dès les premiers brouillons comme de bien entendu le bouquin est publié direct, comme de bien entendu, c’est un motherfucking bestseller à faire pâlir les ventes de la bible. Oui oui, pour un roman basé au Moyen-Âge. lol. (Vous comprenez maintenant pourquoi je n’ai pas lancé la machine à clichés. Et attendez la suite.. ça ne va pas en s’arrangeant) Le succès est donc terrible et Iris se pavane d’interviews en interviews en faisant ce qu’elle fait de mieux, paraître. « Il va falloir que je mange comme un écrivain, que je pense comme un écrivain, que je m’habille comme un écrivain. » Et l’écrivain que je suis (ou que j’aspire à être, comme vous voulez) a dû se retenir très très fort d’avaler tout le contenu du cendrier dans l’espoir de se brûler l’estomac au 4ème degré devant tant de conneries (c’était avant de se rappeler que le stress, aidé par une hernie iatale, l’avait déjà fait). Car voilà ti pas notre Iris toute vêtue d’un pantalon noir, d’un polo noir, et… putain je n’ose l’écrire… du béret noir. Je… je… KMN.

Oui c’est facile, mais là elle m’a cherché la Iris…

Donc oui, histoire de bien enfoncer le clou, Iris se pare donc de cette caricature de pseudo écrivain (donnez moi un écrivain qui se soit réellement habillé comme ça)(les écrivains ça ne mange pas, ça reste en caleçon, assis sous le bureau avec son ordi dans une main et du beurre de cacahuète dans l’autre le tout en écoutant du rock progressif) pour qu’on comprenne bien qu’elle n’est que dans le paraître, le semblant, le j’ai l’air. Des fois qu’on aurait raté un épisode. En fait, ce film n’est pas mauvais, mais il m’a énervée et en écrivant cette chronique je comprends enfin pourquoi : on nous prend franchement pour des cons. Si c’est pour enfoncer des portes ouvertes continuellement, t’emmerdes pas à faire de murs. Et on monte en puissance. Forcément, le buzz autour du livre finit par redescendre (c’est jamais qu’un livre), du coup il faut qu’elle passe aux magazines plus trash pour espérer qu’on parle encore d’elle. Donc créer un brin de polémique en roulant une pelle avec un jeunot (le copain de sa nièce, tant qu’à faire, comme ça on a bien montré au spectateur que c’est une connasse égocentrique)(des fois que vous auriez encore des doutes) par exemple. « Non mais on va encore parler de moi ! _Mais je comprends pas, l’important c’est que tu puisses écrire non ? » MAIS PUTAIN PASSE NORMALEMENT PAR CETTE PORTE ARRÊTE DE FONCER DESSUS TÊTE LA PREMIÈRE !

Sérieux j’ai passé le film à vouloir y mettre des coups de parpaing dans la gueule…

Aller pis tant qu’on est dans la subtilité, la délicatesse de la création de personnages, parlons d’Hortense voulez-vous (et là si vous êtes miséricordieux, vous débarquez dans ma chambre et fermez l’ordinateur en hurlant « nooooooon ne fais pas ça ! regarde cette belle bouteille, y a marqué vodka dessus, ne veux-tu point te désaltérer ? cela fait déjà une bonne heure et demi que tu écris »)(mais bon ce n’est qu’une aimable suggestion)(je prends aussi le chocolat)(non je ne suis pas en train d’essayer de gagner du temps à coup de parenthèse)(non vous voulez vraiment pas partir à la pêche là ? Bon bah tant pis, vous l’aurez voulu… Allons y pour Hortense…)(attendez, je remange un muffin quand même… c’est bon on y va)(non en fait non)(bon en fait si). Hortense donc. Ou bien « putain de grosse chieuse superficielle ingrate inculte méchante mauvaise insultante ». On fait pas mieux en sexe féminin, y a pas à dire. Hortense veut bosser dans la mode. Hortense n’est pas faite pour être pauvre. Hortense fait genre « oh non tata, ne m’offre pas encore des vêtements, tu fais que ça tout le temps, c’est pas comme si ça faisait dix minutes que je me pavanais avec ce blouson devant avec des sous-entendus lourds comme ton compte en banque » (pardon j’exagère, c’était plutôt dix secondes, parce que LA SUBTILITÉ C’EST POUR LES PDS !)(hey maintenant je sais faire les é et les è majuscules t’as vu !)(oui c’était encore un flagrant délit de tentative de gain de temps… désolée)(REGARDEZ UNE DIVERSION !)(non toujours pas ? et merde !). Hortense traite sa mère de tous les noms parce qu’elle n’a pas su garder son père parfait (paye ton Oedipe)(avec l’argent de ta tante). Hortense est une pétasse superficielle et sans coeur. Hortense admire sa tante qui a tout compris à la vie alors que sa mère est une grosse looseuse moche et conne. Hortense fait du chantage affectif à sa mère pour qu’elle lui achète un ordinateur (c’était se donner trop de peine, le scénario a dit « Joséphine couche toi là » de toutes façons…) Voilà voilà. Alors je veux bien que c’est une ado, et que quand on est ado on est tout à l’extrême. Mais désolée, quand on est ado, des fois, on fait des breaks. Des fois, on a envie qu’on nous aime. Et même quand on est fâché contre maman parce que papa est parti, ça reste maman, alors des fois on sort un peu du rapport conflictuel. Bon sans faire exprès certes. Mais non. Putain mais l’écriture des personnages est tellement foirée dans ce film… Je veux dire, un blockbuster hollywoodien, un film de superhéro, tu t’en fous que les persos soient profonds, tu veux de la baston et c’est tout. Sauf qu’ils ont quand même une ou deux caractéristiques, ne serait-ce que pour justifier des débats internes sur la morale et compagnie. Mais là non, que dalle. Même pas le semblant du début d’un effort. La femme soumise, la femme objet, la femme superficielle. Point final, passez votre chemin si vous vouliez creuser plus loin.

« Mais que faîtes vous dans le placard ? _Je suis contrebassiste ! Plus vous dîtes des trucs terribles plus je joue des notes graves. _Sandwich au zombi ? _[duuuung duuuung] _Soupe de cadavres ? _[dooong doooong] _Chanson de Patrick Bruel ? _Ha non jpeux pas aller si bas jvais la casser… »

On va quand même tenter notre chance du côté du seul personnage masculin consistant (c’est vous dire dans quel état sont les autres !). Il s’agit du mari d’Iris qui a tellement de charisme et de consistance dans ce film que j’en ai oublié son prénom. A l’heure actuelle j’attends que la page d’allociné charge pour me donner cette information. (DIVERSION !)(non toujours pas ?) Philippe. C’est ça son nom. En même temps, plus passe-partout comme nom, tu meurs. Ce brave garçon n’est pas aidé. Son rôle principal consiste à gagner de l’argent, aimer sa femme très très fort jusqu’au moment où en fait c’est plus possible de l’aimer, donc il est déçu, donc il est méchant. Le principal reproche qu’il a à lui faire n’est pas de ne pas lui donner assez d’attention, mais de ne pas assez en donner à leur fille. Femme indigne, même pas foutue d’avoir le moindre sentiment d’amour maternel pour le fruit de son utérus ! pffff Philippe gère un cabinet d’avocat, mais lui aussi, il s’ennuie. (l’ennui, la maladie des bourgeois ? y a-t-il un vaccin ? un genre de crise à s’injecter direct dans le bras pour mettre du fun dans son existence) Plus particulièrement, il s’ennuie de son fils. « Je ne le vois pas grandir ». Plus classique tu meurs : maman maison, papa travail, donc papa pas voir enfant grandir, papa triste, mais bon papa devoir nourrir famille. D’un côté, c’est chouette d’avoir un personnage de père qui veut pouvoir faire en sorte de voir son fils grandir, de l’autre, ce schéma est tellement connu archiconnu rodé qu’il en perd toute saveur. Malgré tout, ça reste peut-être le personnage le plus intéressant du film puisqu’il est le seul à mettre en place des solutions pour sortir de son état et vivre la vie qu’il désire. Finalement, l’anti-schéma sexiste dans Les yeux jaunes des crocodiles ne se trouve dans aucune femme, mais dans le principal personnage masculin : celui-ci prend la décision de quitter femme et boulot en or pour partir avec son gosse vivre seuls une autre vie. Pas donné à tout le monde d’assumer à ce point la posture de père célibataire, et encore moins donné à tout le monde de ne pas se placer en victime (ou presque).

Bref, grosse déception. Le film est sympa sans plus, un brin fade. On aurait pu faire tellement mieux. Il est rare d’avoir ainsi une histoire avec autant de femmes sans que le fait que ça soit des femmes soient la clé. Je veux dire, Le club de la chance par exemple traite des relations mères-filles, il est essentiel que ça soit des femmes. Ici, l’enjeu principal est plutôt la rivalité, le regard différent porté sur les deux enfants et ses conséquences, ainsi qu’un plan fumeux dans une fratrie qui ne pouvait que mal tourner et donc tourne mal. Mais non. Les personnages sont tellement faits avec les pieds qu’ils en perdent tout intérêt, toute saveur. On s’en branle. Niveau d’identification et d’empathie zéro. Et quand on me dit que ce côté ultra-simpliste, extrêmement agaçant et réducteur, a été lissé par rapport au bouquin, je me dis que jamais je ne mettrai mon oeil entre ces pages. Dommage, le pitch de départ était passionnant.

Je m’en retourne me désennuyer ! Si cet article vous a plus, n’hésitez pas à le partager ! (et à proposer vos films pour les prochains numéros)