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Ray Charles et le Lapin Blanc – Fantasmagorie #6

Il était temps… Mais comment repartir ? Tomber de l’autre côté du box avait été facile. Il avait juste fallu se laisser glisser, aspirer et rentrer dans la danse. Une fois qu’il avait arrêté de résister, tout était devenu facile. Les choses allaient de soi. Les chiffres planaient sous ses doigts, il passait d’une tranchée à l’autre avec aisance et évitait les balles sans froncer un cil, ou presque. Mais il allait falloir partir.

Le rouleau des tapis se faisaient rouleau compresseur. En un rien de temps, ils aspiraient l’esprit et faisaient disparaître toute trace d’un quelconque passé. Une hypnose en grande distribution. Plus de lieu ni de temps, ni passé ni avenir. Simplement le tapis qui tourne et le bruit récurrent des bips. Routine bien installée. C’était impressionnant tout ce qu’on pouvait faire pour ravir les chiffres : battre les records de CA, le nombre de clients, le nombre de baguettes vendues ou jetées. Toujours aller plus vite, repousser l’indice de productivité comme on explose un immeuble désaffecté. C’était amusant, l’ordinateur était ainsi gavé de chiffre tous plus adéquats les uns que les autres. Les clients râlaient d’être ainsi traités, Ray Charles et ses comparses s’épuisaient à passer ainsi au crible de la machine leur corps et leur conscience. Et c’était amusant car finalement, la seule personne que cela rendait heureux, c’était l’ordinateur. Ce qui était, à bien y réfléchir, complètement stupide. Un ordinateur, ça ne peut pas être heureux.

Les bips faisaient rage tandis que Ray Charles cherchait encore et toujours sa solution. Un client trop pressé, trop maladroit, fit alors choir une bouteille de produit pour sol parfumé au citron. Au grand damn de l’ordinateur, Ray Charles stoppa tout dans l’espoir d’arrêter l’hémorragie chimique. Le client restait hébété à constater les dégâts que sa compagne répétait de la même voix morose « mais arrête le ! » sans pour autant bouger. Que faire ? Une serpillère ? Elles étaient toutes en plus mauvais état que ses yeux, ramasser le produit directement à la main aurait été plus rapide. L’auto-laveuse ? S’ils ne comprenaient pas qu’il fallait redresser la bouteille pour l’empêcher de couler alors comprendre qu’il fallait se pousser serait impossible… Ray Charles déroba plusieurs rouleaux de sopalin qu’il jeta sans pitié sur la flaque.

Non, ça n’a rien à voir. Et alors ?

L’inondation fut ainsi stoppée et la bouteille mise de côté. Ray Charles retourna à l’ordinateur qui grognait en silence, quelque part dans l’absence de caméra de surveillance. Non messieurs dames, pas de caméra de l’autre côté du box, mais le moteur de la calculatrice qui grogne jusqu’à ce qu’on le nourrisse. Un moteur jamais rassasié, cela va sans dire. Ray Charles savait son calcul foutu pour la semaine. Dix minutes de perdues dans la gorge de la machine, impossible de lui faire recracher, impossible de le rattraper. La machine était une boulimie impossible.

L’odeur du citron baignait Ray Charles d’une énième migraine… Était-ce les vapeurs qui lui firent part de sa présence, ou bien la douleur derrière les yeux qui effaçait entièrement le reste du monde ? Toujours est-il qu’il était là, le Lapin Blanc était là, bien assis au bout du tapis. Et le tapis pouvait tourner encore et encore, lui ne bougeait pas. Le Lapin Blanc portait son éternelle montre. Il semblait triste. Ray Charles aurait voulu tendre la main pour le toucher, s’assurer qu’il était bien là. Mais le tapis n’avait pas fini de cracher ses articles. Il fallait continuer. L’ordinateur ne pardonnerait pas un deuxième écart. Le Lapin ne bougeait pas. Pourtant il était bien assis sur le tapis, mais il ne se rapprochait jamais. Il était fixé sur sa montre. Il en cachait même la vue, Ray Charles ne pouvait voir combien de personnes attendaient encore d’être comptabilisées par la calculatrice. Il commençait à paniquer : comment faire ? pourrait-il bientôt s’en aller ? ou bien était-il encore coincé ici pour des heures ? d’ailleurs, depuis quand était-il là ?

Il accéléra. Mouvement de panique ou chant du cygne, impossible à dire. Mais il lui sembla que la solution était là et qu’il ne pouvait pas se permettre de la rater. À la première occasion, il ferma le tout. Dès que le monde sembla se dissoudre. Porté par l’odeur de citron, il ferma les lieux. Il se ferma complètement aux récriminations, attrapa sa corbeille et fonça sur le Lapin Blanc. Aussitôt, celui-ci partit en courant et hurlant. La montre était cassée. Il allait falloir la réparer si tous les deux voulaient partir d’ici.

Ça n’a toujours rien à voir.

Alors Ray Charles et le Lapin Blanc se mirent à faire tous les rayons. Ils rangèrent ce qui traînait, trouvèrent un bracelet et firent un voeu. Seulement voilà, comment savoir si le voeu allait être exaucé ou pas ? Le Lapin avait sur comment sortir. Mais sans sa montre, il était complètement perturbé et incapable de repartir d’ici. Il fallait continuer à chercher.

Ils trouvèrent du boudin dans les congélateurs, des voleurs de bonbons qui vidaient les paquets dans leurs sacs à main, des questions qui n’avaient absolument aucun sens. On leur demanda même de retrouver le soleil. Ils furent désespérés. Comment faire ? Le soleil était-il vraiment une réponse ? Pourrait-il réparer la montre ? À force de tour et de tour dans les allées, Ray Charles réalisa qu’il avait toujours sa poubelle. Certes, il l’avait rempli pendant le trajet de multiples choses : briques de lait caillé percées, listes de course, feuilles de salade, grains de raisins, emballages de glaces mangées dans le magasin et jamais payées…. De désespoir, il passa la porte du fond, prenant bien soin de sortir la barre pour bloquer la porte. Il constata que le soleil était effectivement porté disparu. La pluie tombait, tranquillement, patiemment. Elle avait le temps. L’eau coulait régulièrement, formant ici et là dans la cours quelques petites flaques. Il faisait ici une fraîcheur délicieuse. Il resta planté là un instant, à sentir la pluie tomber et nimber l’asphalte. Elle lavait les gravillons, changeait la couleur des murs et rinçait les poubelles abandonnées là.

C’est alors que le Lapin Blanc sauta sur l’une d’elle, s’écriant que les aiguilles s’étaient remises à bouger. Mais il fallait faire vite, ce n’était qu’un sursaut, une légère inclinaison de la montre qui avait relancer le mouvement. On ne pouvait savoir combien de temps cela allait durer. Il ne fallait pas prendre de risque inutile. Mais comment faire ? Le Lapin s’énerva « mais bois ! ». Ray Charles mit un moment à comprendre… la bouteille de produit sol ! La pluie avait nettoyé l’odeur de citron qui lui imbibait les mains. Le calme était revenu dans ses narines sans qu’il s’en rende compte. Dans un souffle, il retrouva la bouteille au bouchon cassé dans le fond de sa corbeille. Il eût peur… Le Lapin insista, il semblait sûr de lui. Grimaçant à l’avance, Ray Charles se décida enfin à boire. Il porta le goulot à ses lèvres, l’oesophage crispé pour en sentir le moins de goût possible. Sa langue n’envoya pourtant par les appels à la nausée auquel il s’attendait. Le liquide était bien visqueux comme il s’attendait, mais il n’avait pas vraiment de goût… du moins… pas un goût qu’il pouvait reconnaître tout de suite.

Un goût de… cerise… sangria… pastis… baguette… rosé pamplemousse… yaourts au fruits… lait de soja… charbon…

Mais pas de citron.
Quand il rouvrit les yeux, la pluie n’avait plus la même odeur. En rentrant dans le magasin, il sut. Le Lapin n’était plus là. Les tensions entre les différents collègues semblaient vouloir se calmer sans pour autant parvenir à se résoudre totalement. Toutefois, chacun avait compris la nécessité de maintenir un niveau de paix minimum. Beaucoup était déjà parti. Quand il entendit « mais putain c’est ton dernier jour en fait ! » Ray Charles comprit que c’était son tour. Il hésita vaguement, une seconde. Le temps de se demander comment on faisait pour dire au revoir à des gens qu’on apprécie vraiment dans un lieu qu’on exècre viscéralement. Entre une flaque et un rayon de soleil, il vit le Lapin Blanc se refléter sur sa voiture, désignant sa montre ostensiblement.

Il était temps de partir.

Cette série est dédiée à mes collègues. Faites attention à vous surtout, portez vous bien !

Bonus : Le français, cet art délicat.

Un très rapide article sur l’intérêt de correctement utiliser les mots…

Situation 1 :

Alors que je fais la ramasse carton dans le frais, une femme vient me voir pour me demander si on ne fait plus les glaces pour enfants. Et moi je ne vois absolument pas de quoi elle parle. Sérieusement, c’est quoi une glace pour enfant ? Ma première pensée va aux espèce de simili Mister Freeze mais je peux voir de là où je suis qu’il en reste des tas… (au fait, j’ai oublié de vous dire que j’étais en équilibre sur le bord du frigo pour pouvoir ranger les étagères du dessus… parce que c’est toujours plus drôle quand tu peux te briser la nuque <3)

« Je suis désolée, je ne vois pas de quoi vous parlez, pourriez-vous être plus précise ?
_Bah vous savez [jviens de te dire que non justement…], les petites glaces… pour les enfants… à la vanille. [description qui doit éliminer trois glaces, je suis bien avancée]
_C’était quoi comme type de glaces ? C’était des cônes ou…
_Non non c’était pas des cônes, c’était des cornets ! »

Le mur était trop loin pour que je puisse me facepalm dessus. Mais mon désespoir était grand. J’étais embauchée depuis 15 minutes… Autant vous dire que ça s’annonçait bien…

Situation 2 :

Je suis toujours en train de faire ma ramasse carton. (ouai je suis embauchée depuis 20 minutes cette fois)(tu le sens le poids des minutes lecteur distrait ?) Une petite vieille vient me voir :

« Excusez-moi, vous n’avez plus de beurre demi-sel ?
_Oh si sans doute, les touristes préfèrent le doux. [Preuve que le touriste n’est pas humain au passage] Attendez on va regarder. Si regardez, on en a plein.
_Non mais je trouve pas…
_[change de lunettes…] Vous préférez du beurre mou ou du beurre dur ?
_Je voudrais du beurre demi-sel
_….. Ça j’avais compris, je vous demande quelle texture vous préférez. Dur ou à tartiner ?
_À tartiner. »

Je lui montre donc le choix de beurre correspondant à sa demande : demi-sel, à tartiner, soit mou. Elle en choisit, fait trois pas, trouve le beurre dur aux cristaux de sel :

« Ah bah c’est celui-là que je veux ! »

Ce n’était donc pas du beurre mou. Et pas du « demi-sel » mais plutôt du « over salé ta mer ».

Conclusion :

Chère clientèle, chère humanité,
Les mots ont un sens. Sers-t-en, tu verras, c’est magique. Crois moi.
This shit will fuck you up…

Bonus : Demain c’est mardi

Tu sais que tu es caissière quand ton cri de joie c’est « DEMAIN C’EST MARDI !!! ». Pourquoi ? Parce que le lundi est un enfer sur terre où les familles remplissent le frigo, mercredi jour des enfants, jeudi nouveaux produits, vendredi fin de semaine, samedi c’est week-end et dimanche purgatoire. Un rapide détour par mon lundi…

« On est lundi… ha… fait chier. »

Saucisson in your face !

Alors que je passais le reliquat frais, un client me brandit un saucisson dans la tronche :

« Y a pas le prix en rayon.
_[enthousiasme exagéré] BONJOUR. Vous pouvez aller demander à ma collègue en caisse, elle fera un contrôle prix et pourra vous le dire.
_Y a pas le prix en rayon.
_Oui, je vais le signaler à ma responsable pour qu’elle puisse commander une nouvelle affiche.
_Et je fais comment ?
_Vous allez voir ma collègue en caisse qui fera un contrôle prix et pourra vous donner cette information.
_Et vous vous pouvez pas le faire ?!
_Je ne suis pas une machine, je ne connais donc pas tous les prix du magasin par coeur. C’est pour ça que je vous oriente vers ma collègue qui pourra vérifier sur sa caisse.
_Ça serait plus simple si y avait le prix en rayon !
_Je l’avais bien compris, c’est pour ça que je vais le signaler à ma collègue pour régler le problème… »

Où quand la répétition maladive façon répondeur est ton seul barrage à l’envie de dire à l’autre de se fourrer son saucisson dans le cul.

La mode chez lidl :

Alors que je sors de caisse pour aller chercher un code rapidement en magasin :

« Excusez moi, vous travaillez ici ? »

Non. Je porte ce polo mal coupé et irrespirable parce que je trouve ça trop classe. Le top du top de la mode. Le summum, le must. Je vais pécho grave sur la croisette avec ça !

« On est lundi Carl… alors maintenant fonce et déchire tout ! »

Une autre caisse :

Les touristes commencent à partir, mais nous sommes de moins en moins de saisonniers. De telle sorte que finalement, ça change pas grand chose. (production à flux tendu quand tu nous tiens par les couilles). Voir même, aujourd’hui, il nous manquait clairement une personne… Trois en caisses, trois sur le terrain. Et en caisse, on en chiait. Une nana vient me voir :

« Vous pouvez pas ouvrir une autre caisse ?
_Non, je n’ai pas d’autres caissiers malheureusement. »

Et elle part en maugréant. Finalement, elle passe à ma caisse et avant que je l’encaisse, me montre son ticket d’une autre fois :

« Votre collègue m’a pas compté les tomates cerises au bon prix !
_Vous savez, il tape juste un code lui…
_Elles sont pas affichées à ce prix là.
_Elles sont affichées à 69 centimes les 100 grammes ce qui fait bien 6,90€ le kilo. Il n’y a pas d’erreur.
_C’est mensonger votre truc !
_Non, toutes les informations sont correctes… »

NB : Mensonge : altération de la vérité. Merde. Les mots ont un sens, utilisez les et arrêtez de dire des conneries. Merci. Signé l’auteur. 

Ensuite, elle vérifie encore trois fois cette histoire de tomate cerises. Je me refuse à aller en rayon, ça fait plusieurs fois depuis le début de l’été que j’y ai droit, je sais que j’ai raison. Et puis merde, les gens, vous y croyez vous, des tomates cerises à 69 centimes le kilo ?? Pendant que j’encaisse ses achats, elle me demande à chaque fois à quel prix passe les fruits et légumes « vous comprenez je veux pas me faire avoir deux fois ».

« Quand même, vous auriez pu ouvrir une autre caisse.
_Ce n’est pas que je ne veux pas, c’est que je ne peux pas. Je n’ai pas d’autres caissiers disponibles.
_Je les ai vus, ils remplissent les rayons ! Y a mieux à faire quand même.
_ …………..
_Non mais moi je m’en fous, ça me gène pas d’attendre, c’est pour les autres.
_!!!!!!!!!!!!!!!!!! »

TU TE FOUS DE MA GUEULE !!!!!! CONNASSE DE MERDE T’AS PAS L’IMPRESSION DE TE FOUTRE DU MONDE !
Et bien sûr, elle a revérifié son histoire de tomates cerises avant de quitter ma caisse, au cas où ça aurait changé depuis 5 minutes.

Les oeufs (encore) :

Le record a été battu, littéralement explosé, défoncé… J’étais en train d’ouvrir au cutter des cartons d’oeufs en rayon car il n’y en avait plus qu’un d’ouvert. Une cliente vient me voir.

« Excusez-moi, où sont les oeufs s’il vous plaît ? »

Le bug. Total. Le blanc dans mon cerveau. Genre, tout ce que je pouvais répondre c’était « tu te fous de ma gueule là en fait ? C’est ça ? Y a pas d’autres options possibles… » Finalement, au bout de 10 secondes de silence, je sors de ma torpeur…

« Vous êtes réellement en train de me poser la question ?
_Bah oui ! [voit les oeufs] OOOOH ! Vous les cachiez »

C’est ça, rattrape toi aux branches.

« La tête que tu fais quand tu penses ‘est-ce qu’ils viennent vraiment de dire ça ?' »

Cartons :

Avant, on mettait le vin en rayon en laissant les bouteilles dans les cartons. Mais ça, c’était avant. Maintenant, on les dépote, on met les bouteilles directement en rayon.

« Non mais c’est chiant que vous enleviez les cartons franchement ! C’était mieux avant, et puis c’était plus pratique. Ça fait chier. »

Ils ont quand même trouvé le moyen de tenir la jambe à mon collègue 5 minutes à ce sujet quand même. Y a des gens des fois, tu te dis qu’ils doivent vraiment avoir une vie de merde pour passer 5 minutes à râler pour des cartons de bouteilles. Surtout qu’ils sont passés à ma caisse, et qu’ils m’ont redit que c’était mieux avec les cartons. Remarque, ça te fait relativiser sur la qualité de ta vie : j’éprouve pas le besoin d’aller faire chier le monde pour un carton quand je fais mes courses…

Que du bonheur encore une fois !

Un Wall of Death à vous, et n’oubliez pas : DEMAIN C’EST MARDI YOUHOOOOOOOOU

Paroles de clients… FIN DE SAISON EN APPROCHE MOTHERFUCKER

Nous y sommes presque chères Termites ! Plus qu’une semaine et ma saison sera terminée. Je ne vous cacherai pas qu’il me tarde ! La semaine prochaine, nous aurons donc le dernier épisode des aventures de Ray Charles et je n’ai absolument aucune idée de ce que je vais mettre dedans. Ce qui est con pour une fin. Mais bon, j’imagine que j’ai encore des heures de caisse pour trouver une solution ! Alors ne vous inquiétez pas (ou pas trop). En attendant, et puisque vous en raffoler, voici les anecdotes de clients de la semaine…

« Vous avez demandé un sac d’oranges ! »

Et si on parlait gamin ? Hein, ces trucs-là, qui font chier… Pardon, j’exagère. Parce qu’en l’occurrence, leurs parents sont pire. Bien pire. Je commence avec une anecdote de juillet que je n’avais pas réussi à vous caser à ce moment-là. Un jour, je sors à peine de la salle de repos, que ma collègue me saute dessus, une gamine dans les bras : « elle est perdue et ses parents sont nulle part ! ». Je lui demande de développer parce que bon, ça me paraît gros… La gamine était toute seule dans un coin, elle a d’abord pensé que les parents s’étaient un peu éloignés, mais 10 minutes plus tard, elle n’avait toujours pas bougé… Elle lui a demandé où était ses parents, la petite ne savait pas et lui parlait d’ailleurs à peine, comme les mômes savent si bien le faire. Elle a fait un tour de magasin avec elle en lui demandant si elle voyait ses parents. Pas de réaction, de la petite ni d’aucun adulte. Je lui demande de réessayer, des fois qu’ils se seraient croisés. Elle revient vers moi, même résultat. On file en salle de repos, un peu inquiètes. Les responsables étaient en train de manger et nous demandent ce qui se passe. On résume. On commence à se demander s’il faut appeler les flics. Finalement, la chef mag repart avec la môme dans les bras pour un nouveau tour du magasin + parking quand un mec se fait entendre « ha bah t’es là ». DONC. Ça fait bien 15 minutes que la môme est avec nous, et tu t’inquiètes pas plus que ça ? Mais pourquoi vous faîtes des enfants si au final vous vous en foutez ?

Toujours dans la série « Un serial killer peut-il se débarrasser de mon enfant s’il vous plaît ? », l’autre jour à ma caisse, une nana avec son môme dans son caddie. Je m’occupe du client qui la précède, quand soudain la lumière fut elle se rend compte qu’elle n’a pas sa carte. « Je vous laisse tout là je reviens vite, je vais juste à la voiture chercher ma carte ! ». Et là voilà qui file en courant, laissant courses sur le tapis (ce qui est ok)(enfin jusqu’au moment où je décrète que ça ne l’est plus et que je vire tout pour faire de la place) et môme dans le caddie. Ce qui n’est pas ok du tout. Alors, je veux bien, elle s’est absentée à peine 2 minutes. Mais merde… Il aurait pu se passer plein de choses, ce n’est pas mon taf de surveiller un gosse, même si je n’avais pas une aversion épidermique pour ces miniatures, je n’en ai pas le temps. Deux minutes, c’est suffisant pour que quelqu’un y colle une beigne, le gave de bonbecs, lui montre sa bite en loosedé, etc. J’ai du mal à concevoir que tu puisses laisser un machin qu’est pas foutu de tenir debout tout seul – puisque tu le ranges dans ton caddie – comme ça au milieu d’inconnus dans un lieu qu’il connaît pas plus.Vous voyez, je peux pas avoir d’enfants, apparemment je comprends rien à la parentalité.

Ceci dit, d’autres ont trouvé la solution pour éviter de laisser les mômes tout seuls au milieu du magasin : les laisser tout seul dans la voiture. Au soleil. Vers 15h. Pendant 30 minutes. « Mais c’est ok on a laissé les fenêtres ouvertes ». Bah ouai c’est bien, mais vu que t’avais oublié la gamelle d’eau ça marche pas au final… C’est un autre môme de 12 ans qui est venu nous dire qu’il y avait des enfants dans une voiture qui pleuraient et appelaient leurs grands-parents. J’étais en coupure à ce moment-là, c’est donc mes collègues qui se sont chargés de retrouver les grands-parents pour leur signaler que bon hein, peut-être c’était pas l’idée du siècle. Le meilleur ? Les gens en question sont passés à ma caisse. Les gamines clairement stones (elles ont eu chaud et peur semble-t-il…), et le grand-père qui se foutait de leur gueule parce que bon maintenant « elles sont grandes, elles peuvent bien rester un peu toutes seules et puis avec les fenêtres ouvertes ça va ! ». Toi, à la prochaine canicule, et bien personne t’appellera pour vérifier que t’as bien bu ton verre d’eau, et tu pourras boire tout le pastis du monde, tu vas mourir DÉSHYDRATÉ et ça sera bien fait pour ta gueule.

Enfin, dans la série « enfants qui se sent très bien avec ses parents ». L’autre jour, toujours à ma caisse (je vous ai dit que j’ai fait beaucoup de caisse dernièrement et que je me sens plus mécanico-robotique déshumanisée que jamais ? ma vie s’est perdue quelque part sur le tapis roulant. Des fois, je résiste à l’envie de coller un truc dessus pour compter combien de tours il fait pendant mon temps de travail), une vieille accompagne une très vieille pour l’aider à faire ses courses et faire les siennes au passage. J’ai pas suivi toute l’histoire, tout le monde était déjà installé quand je suis arrivée à ma caisse. J’encaisse la très vieille dame qui avait un caddie relativement plein (une vieille dame qui fait ses courses pour la semaine ne remplit pas son caddie de la même façon que l’aoutien qui voyage par paquet de 10, aussi bien quantativement parlant que qualitativement…)(la petite vieille boit beaucoup moins d’alcool)(la plupart du temps) et la vieille un panier. Comme elles prennent leur temps pour ranger (pour ne pas dire qu’elles ne sont pas rapides à ranger), j’ai le temps d’encaisser les deux qu’il y en a encore plein ma caisse. La très vieille range quand le père de famille suivant commence à parler sèchement à la vieille :

« Vous avez de la chance que je sois de bonne humeur ! Parce que moi normalement votre caddie je le retourne.
_Enfin, j’aide une amie !
_Vous avez quand même doublé tout le monde, alors moi normalement le caddie c’est par terre ! »

Et ça a continué comme ça tout le temps que la très vieille range. Bien évidemment, le ton est monté. Le mec de venir lui parler de plus en plus collé, en se faisant plus grand qu’elle. Et vraiment menaçant. Comme quoi faudrait qu’elle voit à pas trop faire chier parce que ça pouvait partir. C’est quand j’ai vu les gamins essayer de se rentrer la tête dans les épaules, prêts à se cacher sous la caisse en cas de besoin que j’ai compris qu’il y avait réel danger…J’ai gardé la main sur la sonnette, et de l’autre essayé d’aider la très vieille, la meilleure solution semblant être de trouver un moyen de les faire partir vite. Sauf que le mec lui a emboîté le pas, toujours en faisant en sorte d’être tout près, il a fallu que sa femme lui court après et le ramène. On sent le bonheur conjugal. C’est dans des moments comme ça que tu te dis qu’une petite formation aux situations de crise, ça ne serait pas si mal. Parce qu’honnêtement, s’il avait vraiment frappé, je ne sais pas quelle était la meilleure solution. Sauter dans la mêlée au risque d’en prendre une et m’ajouter aux victimes ? Laisser les clients faire la même, pour arriver au même problème ? Faire en sorte que le moins de monde possible n’intervienne pour limiter les victimes et appeler les flics ? Sauf qu’un mec de 40 ans en pleine forme furieux face à une vieille de 70, y a pas besoin de frapper longtemps. Surtout quand, semble-t-il, il n’en est pas à son coup d’essai… Il pourrait être bien que monsieur Lidl pense à donner des outils à ses salariés en cas de crise, surtout si monsieur Lidl continue de considérer qu’un vigile est un trop investissement. Enfin pardon, je suis mauvaise langue. Une fois que quelqu’un a été confronté à une situation de crise et n’a pas pu la gérer, monsieur Lidl envoie un vigile. Pendant une semaine. Une semaine pendant laquelle les statistiques veulent qu’il ne se passe rien. Puisqu’il y a déjà eu la semaine d’avant. Mais bon, monsieur Lidl a fait de grandes études alors j’imagine qu’il sait ce qu’il fait…Même si on sait tous que ce qu’il fait c’est majoritairement du pognon.

« Encore une heure… » Moi le matin. Et l’après-midi aussi. En fait à chaque fois avant d’aller bosser.

Moi ce que j’aime chez les clients, c’est leur volonté de résister au système. WE GONNA TAKE THE POWER BACK ! Je ne sais pas comment vous faîtes vos courses, mais eux, ils connaissent tous les prix de tous les articles dans leur caddie. J’applaudis la mémoire. Non parce que moi, quand je fais mes courses, j’y arrive. Pourtant je suis étudiante, et souvent fauchée (entre la bière et la diète il faut choisir, j’ai choisi de me nourrir d’eau). Donc je fais attention au prix au moment où je choisis mes articles, puis je survole mon ticket histoire de voir qu’il n’y a pas d’erreur ou fausses manips. À moins d’un truc aberrant, je tilte pas. Mais euh non. À croire que leur tête sont des calculatrices. Enfin pas trop non plus…

« Non mais ça peut pas faire 41€.
_Bah si vous voyez bien.
_J’ai à peine une douzaine d’articles ! Et j’ai pris que des petites choses !
_De petites choses en petites choses ça fait 40 monsieur…
_Ça peut pas faire 40, y a une erreur !
_[après avoir vérifié qu’il n’y ait rien d’aberrant, et n’avoir rien trouvé, au cas où] Il n’y a pas d’erreur monsieur.
_Si !
_Monsieur, il arrive à la machine de ne pas avoir le bon prix en mémoire ou qu’une promotion soit mal enregistrée. Mais il est 18h alors les erreurs ont toute été trouvées. Croyez moi, la machine est programmée pour calculer, c’est ce qu’elle fait de mieux. Si vous voulez recompter le tout je vous laisse quelques minutes. »

C’est marrant mais il a arrêté de faire chier et on s’est contenté d’enlever des articles pour arriver aux 15€ qu’il avait dans sa poche. Et j’ai envie de dire qu’avec plusieurs articles à 6€, on arrive vite à 40 !

De la même façon, on ne prend pas la carte en dessous de 5€. Ce qui est une limite plutôt raisonnable je trouve… Surtout quand tu sais qu’il y a pas mal d’endroits où la limite minimum est plutôt à 15€ et qu’avant la nôtre était à 10… Donc l’autre jour, une bonne femme avec deux articles, 2,62€.

« On prend pas la carte en dessous de 5€…
_J’ai que ça.
_Je comprends bien, mais on ne prends pas la carte en dessous de 5€.
_Puisque je vous dis que j’ai que ça ! Vous pouvez bien faire une exception !
_Moi oui, la machine non. Mais vous pouvez toujours essayer de lui expliquer. Je mets votre ticket en attente, n’hésitez pas à me faire savoir les résultats des négociation. »

Mer. Deuh. Je comprends que ça puisse agacer quand t’as pas prévu et que tu dois acheter des trucs non prévus pour y arriver. Mais c’est comme ça. C’est indiqué à l’entrée du magasin, c’est indiqué en caisse, si t’as pas vu c’est dommage, mais tu peux t’en prendre qu’à toi-même. « Vous avez le droit de faire ça ? » Oui. Du moment que nous le spécifions à nos clients pour qu’ils puissent prendre leur disposition, oui. « C’est de la vente forcée ». Non. Car tu es averti. Dès l’entrée. Du. Magasin. Est-ce qu’il faut que je répète pour ceux du fond qu’auraient pas bien entendu où je me le fais tatouer directement sur la gueule ? C’EST ÉCRIT À L’ENTRÉE ALORS TU FAIS PAS CHIER. Et dans le pire des cas, tu peux toujours dire que tant pis, on n’a pas besoin de chantilly pour vivre. (on a besoin de chocolat mais on peut se passer de chantilly)

Mais parfois, le client connaît vraiment le prix des choses. Comme on arrive en fin de saison, la responsable du non-food remet en vente ce qui reste de la saison. Ce qui est un peu le bordel. Un peu beaucoup. Beaucoup trop. D’un côté, il y a les codes qui ont été désactivés depuis et que je me retrouve obligée de rentrer en manuel, me faisant ainsi faire une vingtaine d’aller-retours par heure (je vais demander une prime au kilomètre parcouru). De l’autre, il y a les affiches à recommander. Sauf que des fois, je ne sais pas, soit la responsable se trompe (alors elle vous dira que c’est impossible mais bon, vous n’êtes pas obligés de la croire, c’est pas parce qu’elle lit ces chroniques qu’il faut lui cacher la vérité : elle vieillit et mélange tous les chiffres. C’est pas grave, on l’aime quand même)(Et puis bon au passage ça lui permet de s’adonner à son activité préférée : faire chier le monde)(Sinon je t’aime très chère <3 me tape pas quand j’arrive demain !), soit l’affiche est perdue, soit on n’enlève pas la bonne… BREF. On se retrouve dans des situations bizarres. L’autre jour, je passe donc des housses de sièges de voiture qui s’enregistrent à 16€. Madame paye, puis me signale que non, ils sont à 4€. « C’est en promo » Vu le produit, ça me paraît bizarre. Je m’en vais donc vérifier de quoi il retourne. L’affiche indique bien 4€ en promo, mais le prix initial est de 6€. J’essaie de comprendre d’où vient le problème : à force de tout retourner, je finis par trouver que le code des housses ne correspond pas à celui sur l’affiche, ce qui signifie que ce n’est pas le produit concerné. J’en informe donc la responsable susnommée (ça veut dire la responsable nommée plus haut, pas que tu consommes du lait concentré sur ton temps libre)(private joke inside) qui, après m’avoir dit que je fais chier (elle m’aime), elle constate le problème et me dit de proposer un remboursement, mais de rembourser la différence puisque ce sont deux produits différents…

« Il s’agit d’un produit différent, les housses à ce prix doivent toutes être vendues et ce n’est pas la bonne affiche qui a été retirée. Je peux vous proposer un remboursement si vous ne les voulez plus.
_Je les veux au prix affiché !
_Je ne peux pas, il ne s’agit pas du bon produit. Je peux juste vous les reprendre et vous les rembourser.
_Selon la loi vous êtes obligés de le faire à ce prix.
_Je suis désolée, moi je ne peux rien faire d’autres. Si vous n’en voulez pas, je vous les rembourse et j’irai les ranger, je ne peux rien faire d’autre.
_D’accord mais la loi dit… »

Je me suis plongée dans les manipulations nécessaires au remboursement et j’ai arrêté d’écouter. Alors oui, la loi dit bien ça. D’ailleurs, nous l’appliquons régulièrement : quand nous avons oublié de retirer une affiche de promo ou qu’un produit ne passe pas au bon prix, nous remboursons la différence. Mais il ne faut pas lire la loi seulement quand ça vous arrange. Sur l’affiche, toutes les informations nécessaires à la juste reconnaissance du produit étaient présentes : description complète du produit, code d’identification… Nous ne sommes donc pas en tort. Nous avons identifié le problème et proposé une solution où aucun parti n’est lésé.

D’ailleurs, on est intègre à un point vous n’imaginez même pas ! Pas plus tard qu’hier, ma collègue m’appelle pour un remboursement. Le lait ne passait pas au bon prix. Après avoir été encaissé, les clients sont allés vérifier et en ont informé ma collège. Qui a été vérifié à son tour (pareil, toujours le besoin d’identifier le problème avant tout). Qui m’en informe ensuite pour que je puisse venir résoudre le tout. Le litre de lait était affiché à 64 centimes. Il est passé à 68 centimes. Ils avaient deux briques. Oui chères Termites, j’ai fait un remboursement pour 8 centimes. Ces gens ont choisi de perdre quinze minutes de leur vie pour 8 centimes. Putain mais à ce tarif-là, autant travailler dans une usine de jouets en Chine ! Bordel, tout ça pour 8 centimes ! Mais, à quel point votre vie est à chier pour que vous ressentiez le besoin si viscéral de perdre votre temps dans un lidl comme ça ? Non mais dîtes nous, on pourra peut-être faire quelque chose… Parce que là… J’avais presque envie de dire à ma collègue « vas-y laisse tomber file leur leurs 8 centimes, ça sera moins chiant d’avoir un trou de 8 centimes dans ta caisse que de se faire chier à faire les manips ». Ah bah oui parce que, pour rembourser la différence, moi, il faut que je rentre le montant en divers, puisqu’il n’est enregistré nulle part ! Les manipulations m’ont pris pas loin de 5 minutes, précédées des 5 minutes pendant lesquelles ma collègue a été voir de quoi il retournait, m’en a informé et a attendu que je sois disponible pour la manipulation, elles-mêmes précédées des 5 minutes où ils se sont interrogés et sont allés vérifier. Si ça, ça s’appelle pas une vie de merde… Mais bon, ils ont le droit. Alors pourquoi s’en priver ?

« C’est bizarre, mais je ne me souviens pas ce que j’ai ordonné de faire »

Cet article fait déjà 2889 mots et vous pensez qu’on touche au but ? Mais non mes bichons ! Car vous oubliez que nous sommes en août ! Et qui dit août, dit poésie, finesse, subtilité, dansons dans les pâquerettes… Nan j’déconne. Qui dit août dit aoûtiens dit putain j’veux rentrer chez moi je hais l’humanité sous toutes ses formes.

« Pour la prochaine fois, vous pourrez laisser les packs d’eau dans le caddie, nous n’en avons pas besoin.
_Ouai je sais mais on est costaud ! »

Vous m’en voyez ravie. Vraiment. Je suis heureuse de savoir que j’me nique le dos afin de compenser ta petite bite. C’est parce que tu peux pas péter le cul à ta copine que tu me pètes les couilles ?????!!!!!! (vous la sentez la patience réduite à néant ?)(Perdu ! C’était une question piège, vous ne pouvez pas la sentir. J’ai explosé une complète d’eau de source dessus après avoir pris bien soin de déposer un kéké à la gueule éclaté sous mon transpal avant.) Ça m’a rappelé le mec qui à la même période l’année dernière m’avait rembarrée d’un « ouai mais bon c’est juste pour vous quoi ». . Bande de connards de merde. (Gribouille vient de traverser la cuisine et sauter sur le canapé pour venir me ronronner dans l’oreille. Je dois émettre des ondes meurtrière jusqu’en Icelande. Remerciez cette boule d’amour d’être venue me calmer)

« Ah bah on a acheté suffisamment d’alcool pour… ce soir ! [rire gras devant un caddie à moitié plein de vin, l’autre moitié étant des chips]. »
« Je vous offre le ticket ! Vous êtes contente hein ! »
« C’est cadeau ! […] C’est cadeau […] C’est cadeau […] »

Alors, qu’on soit clair… Si j’ai pas ri, c’est pas que j’ai pas entendu, C’EST QUE C’EST PAS DRÔLE. Ça n’a d’ailleurs jamais été drôle. Au mieux, ça fait sourire. Mais quand t’es en train d’en chier à te tuer les yeux pour recopier un gen code qui fait 20 putain de chiffres, t’as vraiment pas besoin d’un gros lourd qui te répète la même vanne de merde 15 fois dans l’oreille. Ce que vous voyez pas, c’est les muscles de mes épaules qui se crispent de plus en plus parce que j’ai qu’une envie c’est te foutre ton quart de jambon dans la gueule parce que de un t’es pas drôle, et de deux, T’ES BEAUCOUP TROP PRÈS ! Sérieusement, le concept d’espace privé ça vous dit rien ?? Certains sont vraiment affreusement collés, genre, tu peux sentir leur haleine, et croyez moi, vous n’en avez aucune envie. Pire, Certains te TOUCHENT. Vous n’en savez rien pour la plupart car on ne se connaît que par écran interposé, mais j’ai horreur qu’on me touche. J’aime pas faire la bise, j’aime pas serrer des mains. Je déteste cette coutume française de la bise… Seuls mes amis ont le droit, et quelques rares élus finissent même par gagner le droit que ça soit moi qui demande à faire la bise (à partir de là c’est mort, je te colle aux basques pour toute ta vie, t’es sur ma liste de Very Important Person). Alors que des illustres inconnus se permettent de me poser une main sur l’épaule, c’est juste insupportable. J’oscille entre l’envie de vomir et l’envie de frapper. Et non, je n’exagère pas. (ceux qui me connaissent pourront témoigner) Et plus la journée passe, plus je suis fatiguée, moins je suis tolérante. Plus les gens sont pénibles / haïssables / cons, moins je supporte le moindre frôlement. Pour certains, le simple fait que le bout de leurs doigts effleurent ma main en me donnant la monnaie me donnent envie de me jeter dans la salle de repos laver mes mains… (j’ai opté pour la tactique inverse : laisser une couche de crasse salvatrice. Personne n’a envie de toucher une main couverte de lait caillé MOUHAHAHAHAHAHA) Le truc, c’est que les caisses à lidl ne sont vraiment pas bien foutues quand on est comme moi allergique à la proximité. Contrairement à beaucoup de grandes surfaces, les caissières ne sont pas cachées au milieu des bonbons. Les caisses sont faites des petits boxs dans lesquels on rentre. Lorsque le client s’installe pour remplir son caddie de ses achats, il est juste devant l’entrée du box. La plupart du temps, les portes du box ont fini arraché. Monsieur Lidl a pensé à tout, sauf au fait qu’il demande à ses caissiers de tout le temps courir et que donc, à force d’ouvrir et fermer une porte, elle finit arracher. C’est inévitable. Résultat, il n’est pas rare que des gamins rentrent dans les box. Ce qui est déjà désagréable parce que tu le vois pas et que le moindre faux geste revient à lui coller une patate dans la tête (bien fait). Le truc, c’est que certains adultes ne se gênent pas pour se caler là pour regarder l’autre ranger, ranger, ou attendre le dégel. Et ils ont beau être juste à l’entrée, je trouve ça insupportable. Je reconnais sans soucis que je fais parti des hypersensibles sur cette thématique. Mais bordel, c’est MON espace. Putain, quand t’es caissière, t’as plus de nom, plus de sentiment, plus d’heure pour manger, plus de dos à sauver de l’effort, plus de salle de repos digne de ce nom, plus d’empathie. Alors si en plus on vient squatter mon petit espace de travail (j’insiste sur le petit), bah moi je me sens juste piétinée. Genre, j’ai le même statut que le tabouret sous ma caisse. Alors je me mets à loucher sur le couvercle de mon caisson en fonte et je me demande s’il faudra que je passe l’auto-laveuse ou s’il faudra se contenter de la serpillère pour ramasser les morceaux de cervelle. En général, je ne passe pas à l’acte : l’auto-laveuse ne pourrait pas passer et la serpillère n’est vraiment pas conçu pour absorber les substances étranges.

La palme revient quand même au groupe d’aoûtiens d’hier… En entendant résonner dans le magasin un « À la claire fontaine j’ai sorti mon poireaux pour enculer Ginette », je me suis dit qu’on avait touché du lourd. Et comme j’ai beaucoup trop de chances dans la vie, en relevant la tête, j’ai pu constater qu’ils s’étaient installés à ma caisse. Florilège :

« Madame faut fouiller son sac elle a volé !
_Roh t’es con !
_Monique on t’a dit faut que t’arrête de chourrer ! [2 minutes] Hé madame faut fouiller ses poches, il a chourré !
_Mais chuteuh faut pas le dire !
_Rooooh !
_Non mais vous savez ça fait deux jours qu’elle a ses foufounnes elle est chiante [NB : tu pourras utiliser les expressions correctement merci, là on dirait que la dame a deux pubis depuis deux jours, auquel cas je peux comprendre que ça met de mauvaise humeur]
_Roooh t’es con ! [Je sais pas si c’est les règles mais le vocabulaire de madame semble limité jusque là]
_Y a des gens ils sont pas sortable ! C’est con c’est nos voisins !
_T’es con ! rooooh
_Me touche pas ! Tu veux pas que je te touche le soir, me touche pas la journée.
_Au plaisir de vous revoir !
_Je sais pas si elle pense pareil la dame ! »

Tuez moi. Je vous en supplie. On achève bien les chevaux alors ayez pitié et tuez moi !

Un wall of Death à vous…
PS : c’était le dernier dimanche aujourd’hui ! Je suis joie bonheur et volupté !

Ray Charles au Vietnam – Fantasmagorie #4

Le rhum… Tout ça avait commencé pour du rhum… Puis, il avait été question de panaché et de rosé pamplemousse qui disparaissaient à une vitesse irréelle. À se demander s’ils avaient jamais existé. Peut-être que tout ça n’avait été qu’une illusion ? Mais non, c’était à prévoir, en été, il faisait chaud, et les boissons rafraîchissantes étaient une ressource clé. Une sorte de point d’eau au milieu de la savane où toutes les espèces concluaient une sorte de trêve, de sorte que chacun puisse se désaltérer en paix. Il en était de même pour le magasin. Tant que l’alcool coulait à flot, pas d’ennui en vue. Toujours on trouvait du pastis, du cidre et des bières, afin que chaque être de la création puisse trouver son bonheur. Dieu avait nommé ça « la Loi de l’Offre et de la Demande ». Et Dieu vit que c’était bon. Alors, Dieu créa la pénurie, afin de pouvoir augmenter les prix. Il créa aussi la promotion, histoire de faire croire au peuple du point d’eau que des fois, il pouvait gagner sur Dieu. Le peuple du point d’eau, trop occupé à avaler tout le rhum disponible, ne se rendait ainsi pas compte de la supercherie, et le magasin de croître au fur et à mesure.

« Et je l’appellerai le « Ranch-à-moi-rien-qu’à-moi-et-pas-à-toi »

La femme et son rhum avait tiré la sirène d’alarme. Ray Charles avait cherché le rhum, en vain. Il en était arrivé à la conclusion nécessaire que de rhume il n’y avait plus. L’insistance de la femme ne pouvait, selon lui, n’avoir qu’une seule et unique explication : elle était la réincarnation de Jack Sparrow. Ça expliquait tout. Elle était un Johnny Depp défoncé au panaché de chez lidl, une version discount du célèbre pirates à dreadlocks. Un Jack Sparrow fabriqué en Chine dans une usine de produits chimiques qui fuit car Dieu n’avait plus suffisamment de composés isolants pour la faire aux normes. Voilà donc que cette Jackette Sparrow s’emportait au sujet de son rhum. Elle suivait Ray Charles à travers les allées comme si forcément il lui cachait une ressource qu’il voudrait pouvoir ne garder que pour son usage personnel. Alors qu’il pensait avoir réussi à la semer et qu’il allait enfin pouvoir apprécier la vie du point d’eau, elle le rattrapa au détour d’une allée. Elle avait certes changé de tenue, de coupe de cheveux et d’âge, mais Ray Charles ne s’y trompa pas. Jackette Sparrow voulait, cette fois-ci, de la sangria. Mais de sangria, il n’y avait pas non plus. Vite, s’enfuir ! Trouver une porte de sortie, quelque part il devait bien y en avoir une.

Seulement voilà, à la chaleur, succéda le mauvais temps. Les pluies s’abattirent sur le magasin. La plage étant désormais inaccessible, le point d’eau qu’il représentait était à présent leur seule destination. Les bêtes étaient en colère de n’avoir nul part où aller, leur agressivité se sentait à peine avaient-ils expiré la fumée de leur vaporette hors de leur bouche poisseuse de pastis. L’enfer sur terre allait pouvoir se déchaîner.

« Comment ça « aller chercher de l’aide ?  » Tu trouves que je ressembles à Lassie toi ? »

Pendant ce temps, une guerre débuta entre les habitants du magasin, sous l’oeil amusé de Dieu qui était sûr que d’une façon ou d’une autre cela augmenterait la productivité. Il fallait juste qu’il trouve comment. En attendant, chacun choisissait son camp. On constituait des équipes, formait des espions pour observer l’autre camp, mettait en place des stratégies. La technique du siège avait été adoptée par les deux camps, ce qui était totalement absurde : si personne ne se décidait à attaquer l’autre, on passerait du siège à la guerre de tranchée, prenant ainsi le risque de tous mourir noyés tant la pluie refusait de s’arrêter.

Ray Charles, en plus d’être migraineux, avait de sérieuses tendances à la claustrophobie. Oui Ray Charles n’était pas bon à grand chose une fois séparé de son piano, piano qui lui manquait d’ailleurs terriblement durant son séjour ici. Pourquoi l’avait-on envoyé dans ce foutu Vietnam de seconde main ? Au vue des enjeux, c’était un Vietnam lui aussi fait dans une usine chinoise, aucun doute là dessus. En attendant, Ray Charles ne pouvait se résoudre à choisir un camp. Tout cela lui paraissait tellement absurde, et finalement, il n’y avait aucune raison pour un tel conflit. On ne pouvait blâmer personne pour la soudaine forte consommation de rosé pamplemousse, et par conséquent, pour sa pénurie. Tout le monde pouvait à l’occasion faire choir une bouteille sur le sol et pour une raison ou une autre, ne pas avoir le temps de nettoyer… Pourquoi fallait-il toujours que les hommes tuent d’autres hommes ? Dieu avait-il vraiment voulu tout ça ? Pourquoi mais pourquoi tant de violence…

« Désolé humain, il n’y a plus de place pour toi ! Tu n’as pas un travail où aller ? « 

Alors Ray Charles se mit à développer un très sérieux PTSD comme les Américains les aiment, c’est-à-dire avec beaucoup de graisse dessus. Le Post-Traumatic Stress synDrom (l’orthographe à l’américaine), aussi connu sous le nom de « putain j’ai une vie de merde » en des circonstances plus banales, n’allait pas arranger les choses. Voilà que Ray Charles demandait au client de lui régler la somme de « 12 heures 26 », exigeant ainsi que ceux-ci lui rendent la vie qu’il avait perdu dans les allées du magasin, entre les tranchées que les bêtes avaient fini par creuser, toujours dans l’espoir de trouver les oeufs. Il finissait par répondre « apparemment » à Jackette Sparrow lorsque celle-ci venait lui dire que « il n’y a plus de rhum / panaché / rosé pamplemousse / baguette », considérant, du haut de son syndrome au nom terriblement orthographié, qu’à partir du moment où la réponse était dans la question, il n’y avait pas lieu qu’il perde son énergie à y répondre.

Il allait falloir commencer à préparer une retraite… Les habitants du lidl allaient-ils réussir à trouver la paix ?


Paroles de clients…. HS…

… pour hors service.

Hey Termites.
Peut-être que vous attendiez impatiemment cette chronique de la semaine, d’autant que cette semaine c’est anecdote sans fioriture. Si c’est le cas, je suis désolée, mais je n’ai pas envie de rire cette semaine. Ni envie de vous faire rire. Ces anecdotes sont quand même rarement agréable à vivre, je choisis simplement d’en rire parce que c’est le mieux à faire (on va pas se coller un ulcère pour quelqu’un qui préfère jeter son ticket par terre sous ta caisse que simplement te dire qu’il n’en veut pas). Sauf que là, j’ai atteint mon point de non-retour.

« À quel point dois-je être ignorant pour atteindre le nirvana ? »

Outre l’irrespect chronique et de plus en plus présent, ce qui me frappe cette année, c’est l’agressivité de plus en plus flagrante des clients. Cette première semaine d’août a été particulièrement violente en l’occurrence. Alors je veux bien que je sois pas toujours bien lunée, que parfois je doive faire tellement de choses que j’en oublie comment je m’appelle et que cet état m’épuise et me fout dans une humeur noire. Mais merde, cette semaine, j’ai mangé chaud. Dîtes vous que mes collègues ont eu la même… voire pire.

Samedi dernier, j’étais en caisse dès 8h30. J’étais déjà quelque peu agacée. Arrivée à 7h, ma collègue qui était d’ouverture n’avançait à rien, si bien qu’au lieu d’arriver en renfort pour l’aider à finir, je me suis retrouvée à faire les trois quarts de son taf. Donc forcément, j’avais le sourire un peu forcé, d’autant que je sais très bien qu’un samedi, si on te colle en caisse à 8h30, t’en bougeras pas avant midi trente facile. Mais bon, je fais de mon mieux pour garder mon ressentiment pour moi. On a très très vite beaucoup trop de monde. Si bien que dès 8h40 on est déjà deux en caisse. Une cliente passe derrière ma caisse pour un renseignement :

« Oui je n’ai pas vu l’affiche de la promo sur la sangria en rayon.
_Si vous ne l’avez pas vu c’est qu’on ne doit pas l’affaire.
_Si vous la faîtes ! Y a l’affiche à l’entrée du magasin !
_Dans ce cas, si vous n’avez pas vu l’affichette en rayon, c’est qu’on a dû avoir un problème à la réception, ou un défaut. Quelque chose de cet acabit. C’est pour ça qu’on ne l’a pas… [la cliente attend] Je suis désolée mais je ne peux rien faire de plus. On ne doit pas avoir le produit en question. »

Elle finit par s’en aller en maugréant. Elle et son mari passe à ma caisse. Je commence à les encaisser, et re-belote.

« Vous devez forcément l’avoir c’est indiqué.
_Madame si vous n’avez rien vu en rayon c’est que non, nous ne l’avons pas. Je ne sais pas pour quelle raison à l’heure actuelle mais nous n’en avons pas. Sinon vous l’auriez vue.
_Vous travaillez pas ici en fait c’est ça.
_Je ne peux pas tout gérer, je n’étais pas là hier et j’ignore quels problèmes on a rencontré avec ce produit. Je peux me renseigner si vous y tenez.
_Vous allez en recevoir aujourd’hui.
_Je ne pense pas non. [NB : Entre la fatigue, son impolitesse genre « tu comprends pas le français en fait », je commençais à plus savoir où j’en étais et mon cerveau avait zappé l’info « on est pas livré le samedi, donc c’est un non définitif »)
_Ouai en fait vous branlez rien. »

Il n’était même pas 9h. La journée a été tellement, tellement longue. Vous n’imaginez même pas.

Je ne suis pas énervée je ne suis pas énervée je ne suis pas énervée

Si vous pensiez qu’il n’y avait qu’en caisse qu’on en bavait… La mise en rayon a aussi ses petits plaisirs. Lundi, je me vois confier une palette gâteau / chocolats / café / goûter vu qu’il y avait plusieurs ruptures dans ce rayon. J’aime bien ces palettes-là, pas de trucs qui cassent ou trop lourds à soulever à bout de bras et en général tout va dans la même allée. (le petit bonheur de la caissière ELS : ne pas avoir à traverser le magasin 15 fois avec son transpal et sa palette branlante au milieu des clients) Je me vois même accorder deux saisonnière que j’aime bien pour m’aider quand on n’a plus besoin d’elles en caisse. L’ambiance est bonne, le moral est bon. La palette cachait un truc mal conditionné, mais c’est tout. Pas de trop mauvaises surprises. C’était trop beau. Il fallait bien qu’un client ou deux viennent râler.

« Vous n’avez pas de …… ?
_[après avoir contrôler ma palette] Si, mais tout en dessous, revenez d’ici dix minutes, je devrais pouvoir y avoir accès à ce moment-là.
_Mais moi c’est maintenant que j’en ai besoin ! »

Et d’expliquer que bah je ne vais pas sortir 20 cartons à vitesse grand V pour un paquet de filtre. Je veux bien m’occuper de cette zone de ma palette en priorité mais bon voilà quoi. Et ça n’a sans doute l’air de rien, mais quand on vous fait ce sketch 5-6 fois sur la demi-heure nécessaire à la mise en rayon de la palette (qui est une palette facile, ne l’oublions pas…), ça use. Vraiment. La gestion de la frustration, c’est à 6 ans que ça s’apprend…

De la même façon, hier, samedi donc (je vais aussi haïr les samedis), je suis chargée de mettre en rayon le reliquat frais. Pour ceux qui ne connaissent pas, le reliquat, c’est ce qui reste des palettes de la veille, ce qu’on ne pouvait pas mettre en rayon pour diverses raisons. La règle veut qu’on ne remette en réserve que des cartons complets. En gros : soit tu passes tout le contenu de ton carton, soit tu passes rien. Et ce afin de faciliter les commandes : la responsable sait exactement ce qu’elle a en réserve et ce qu’elle a en rayon. Ça n’a l’air de rien, mais du coup, les clients qui se servent direct sur ta palette, c’est un peu ton cauchemar (donc soyez gentils avec les employés de votre supermarché : si le produit que vous désirez est aussi en rayon, prenez dans le rayon, ou s’il est en rupture, signalez simplement que vous souhaitez ce produit quand ça sera possible. On n’est pas vache, quand on nous demande gentiment, on fait en sorte d’arranger les gens au minimum…). Hier, je mettais donc en rayon ce qu’il restait de produits frais des palettes de la veille. Alors que je cherchais où allaient certains yaourts, j’entends une voix dans mon dos : « C’est bien ceux-là en promo ? ». Je me retourne, vois la dame qui a pris des yaourts sur ma palette. Je vérifie en rayon pour répondre à sa question :

« Oui ce sont bien ceux-là. Par contre, je préférerais que vous vous serviez directement dans le rayon s’il vous plaît.
_Mais ça change rien !
_Si pour moi ça change quelque chose…
_Je vous dis que non ! Les dates sont les mêmes !
_Pour moi ça change quelque chose. C’est plus simple pour moi si vous vous servez dans le rayon, si je dois ramener en réserve il faut que mes cartons soient complets
_Non mais il est vide de toute façon votre foutu rayon donc vous allez tout mettre ! »

Non, je ne pouvais pas tout mettre. Et je le savais. Et si ça ne changeait rien pour elle, pourquoi s’acharner sur moi ? Pourrait-on considérer l’espace d’une seconde que je sache ce que j’ai à faire ?

« Si tu le disais avec plus de sentiments j’arriverai peut-être à te croire »

Et je vous passe les incivilités quotidiennes : les clients qui refusent de s’écarter quand ma chef mag leur demande poliment pour qu’elle puisse mettre ses pommes de terre le matin, ceux qui se foutent de ma gueule parce que je vais à deux à l’heure avec mon transpal alors même qu’ils y sont collés (merci à mes collègues qui viennent régulièrement me relayer, ces situations peuvent vite devenir ingérable avec mon oeil –« ), ceux qui viennent te chercher en rayon pour t’engueuler parce qu’il y a trop de monde en caisse, ceux qui viennent te chercher en caisse pour t’engueuler parce qu’il y a plus de baguette, etc. Des histoires comme ça, on en a tous plein nos cartons. Au minimum trois par jour chacun. Nous sommes une équipe d’une vingtaine de personnes. Je vous laisse faire le calcul.

Si je vous passe tout ça, c’est pour arriver à la cerise pourrie sur le gâteau empoisonné (mais les clients ça aime les cerises non ?).

Ce matin, dimanche donc (et si vous me suivez depuis un moment vous savez combien j’adore bosser le dimanche). Je suis en caisse pour ma matinée, de sorte qu’il y a une responsable en caisse et une sur le terrain. Ça devrait nous permettre de gérer au mieux. À un moment, un groupe à la caisse de A. Ça chahute, ça pinaille. Je ne suis que d’une oreille. A. est là depuis plusieurs mois, j’ai pleinement confiance en sa capacité à gérer tout ça. Sauf qu’en sortant, les gens sonnent au portique. La procédure veut que nous vérifions. 9 fois sur 10, ce n’est rien : article mal démagnétisé, antivol de vêtements neufs et autres bugs. D’ailleurs, dans un monde rempli de portiques et d’antivols mal démagnétisés, la plupart des gens s’arrêtent d’eux-mêmes. Mais eux non. A. les interpèle donc. Ils ne s’arrêtent pas. Je ne sais pas s’ils n’ont pas entendu, ou pas voulu entendre. Toujours est-il qu’ils sortent du magasin. A. les suit en continuant de les appeler. Il se retrouve dehors avec eux. À peine une minute plus tard, une cliente rentre en courant par la porte de sortie « il faut appeler quelqu’un ! le caissier se fait tabasser ! ». Je sonne comme pas possible pour que G. comprenne qu’il y a un gros problème. Je sors aussitôt, et là, panique dans mon petit cerveau : je ne vois A. nul part. Juste les mecs qui remontent dans leur camion. Je demande aux badauds où est mon collègue « c’est eux dans le camion ». mais je m’en bats les couilles moi de qui c’est ! Je veux savoir comment va mon collègue. Merde. Y a un ordre des priorités dans la vie… Personne ne me répond. Finalement, je vois G. accompagné de A. arriver. G. a le téléphone en main, prête à appeler les flics. Je comprends qu’A. a pris une beigne et qu’heureusement, il n’a pas cherché à jouer les héros, il est rentré directement dans le magasin, évitant ainsi l’escalade. G. reprend les choses en main, de mon côté, je rerentre dans le magasin pour rassurer clients et autres collègues et relancer la machine. S. qui venait tout juste d’embaucher voulait aller y mettre son grain de sel. Mais je préfère suivre les préceptes d’amis secouristes et limiter les risques. Je lui demande donc de reprendre la caisse de A., laissée à l’abandon depuis plus de 5 minutes. G. a appelé la police et prévenu les responsables qui se sont déplacées et/ou ont appelé pour s’assurer que tout était rentré dans l’ordre et renvoyer A. chez lui (même si physiquement rien de grave, psychologiquement, c’est quand même pas top).

Heureusement pour moi (ou pour les clients), mon cerveau en situation de crise filtre les informations. C’est donc une heure plus tard qu’il a fait remonté de ma mémoire auditive ce commentaire de clients à la caisse de A. « avec tout ça on a perdu vachement de temps ». Pauvre. Connard. Mais vraiment. Y a un moment, y a pas d’autres mots. Pauvre putain de saloperie de connard de merde. Ajoutez à ça les gens qui se sont crus au spectacle, ceux qui te demandent si ton collègue va bien et peinent à cacher la déception dans leur voix quand tu dis qu’il n’a rien.

C’était la goutte d’eau.
Les caissiers sont des putains d’humains. Ils ont des bons et des mauvais jours, ils ont besoin de dormir la nuit, ils ont besoin d’avoir des jours de repos, ils ont besoin de pause pour souffler, ils ont besoin de manger. Ils ont une fierté, des sentiments. Ils méritent autant que vous le respect. Vous trouvez injuste que le caissier vous crache son dégoût du monde ou de sa vie au visage ? Vous avez raison, ça l’est. La réciproque est vraie aussi. Vous n’aimez pas que le système lidl vous considère comme une machine ? Ne traitez pas ses employés comme tel et je vous jure qu’ils feront l’effort de s’adapter à vous.

Je ne vous demandais pas d’envoyer des fleurs. Mais putain de bordel de merde, un minimum d’empathie c’est trop demandé ? On parle de quelqu’un qui s’est pris un pain dans la gueule pour rien sur son lieu de travail. On parle de quelqu’un pour qui ça aurait pu être bien pire. Nous aurions pu nous amuser à creuser, et trouver quelque part une loi nous autorisant à exercer un droit de retrait car mise en danger du salarié. Vous vous seriez retrouvés comme des putain de cons sur le palier. Et ça aurait été légal. Sauf que le caissier est humain, et il faut que le caissier mange. Pour ça, il faut qu’il relance la machine en limitant les dégâts. Nous avons renvoyé A. chez lui et pris sa charge de travail au passage.

Vous auriez pu demander quels recours nous avions. Vous auriez pu compatir. Vous auriez pu avoir un mot gentil. Vous auriez pu avoir un mot de désapprobation. Vous auriez pu avoir un sourire un peu plus chaud. Vous auriez pu dire que c’était pas normal, qu’on ne devrait pas travailler dans ces conditions.
Vous avez préféré râler. Vous avez préféré m’engueuler parce que je n’ai pas ri à votre blague de merde. Vous avez préféré gueuler parce qu’en plus la machine ne prend pas la carte en dessous de 5€. Vous avez préféré me faire perdre 15 minutes de mon temps parce que vous vouliez un jean taille 36. Vous avez préféré abandonner vos sandwichs en maugréant.

Sauf que moi demain, il va falloir que j’aille travaille en me disant que pour certains, c’est normal de cogner sur le caissier. C’est justifié, et justifiable.
Vous avez perdu 10 minutes ? C’est bien. Moi, et je pense une partie de l’équipe, nous avons perdu la sensation de pouvoir aller au travail sans trop s’inquiéter.

Vous m’avez collé la gerbe. J’ai la gerbe et la haine depuis ce matin. Votre violence, votre mépris, votre irrespect… Putain mais allez crever. Moi j’en ai plein le cul de vos saloperies.

Tout cela est exagéré et disproportionné. Je suis fatiguée, en colère, exaspérée. Je sais, ils ne sont pas tous comme ça et ce genre d’événements restent exceptionnels. Il n’empêche que ça secoue. Ça ira mieux demain. Mais très franchement, vu la première semaine d’août, j’ai pas envie de me taper les 3 dernières.

Ray Charles et le Gâteau Géant – Fantasmagorie #3

Ray Charles était donc passé de l’autre côté du box. La chute avait été longue, comme toute chute qui se respecte et qui peut valoir la peine d’être racontée. Au contact des cartons, bleus et coupures s’étaient multipliés sur sa peau. Il s’était vaguement demandé jusqu’où il allait descendre. Le long des parois du box, il voyait de multiples chiffres inscrits, gravés à même le carton au stylo bic bientôt mort. Mais pouvaient bien signifier ces étranges hiéroglyphes ? « 12 – 73 – 66 » « 662 – 661 – 663 – 640 » ? Plusieurs séries se cotoyaient ainsi. Elles se multipliaient, grossissaient au fur et à mesure de sa chute. Si bien que les parois finirent par disparaître, il ne restait déjà plus que les chiffres. L’étrange code s’incrustait en lui à chaque mètre descendu et bientôt, il savait. À chaque chiffre, une image s’offrait à son cerveau en un battement de cil, sans même qu’il ait eu besoin de la solliciter. Au 52 répondaient 5 kilos de pommes de terre, au 414 un bébé pastèque se présentait à lui. Soudainement, il eut l’impression d’avoir accès à toutes les vérités du monde. Comme si, enfin, le secret de l’univers venait de lui être dévoilé…

« Il est passé mon mari ? »

En fait non. Apparemment, il existait toujours pour lui d’immenses zones d’ombre. Qui était cette femme, et qui pouvait bien être son mari ? Plus important encore, où était-il passé ? Ray Charles n’en avait absolument aucune idée. Néant. D’ailleurs, qu’est-ce qui faisait croire à cette brave qu’il pouvait détenir pareille information ? Son passage de l’autre Côté du Box avait-il laissé quelque marque sur son corps ? Une aura différente peut-être ? Tout était à l’envers pour lui maintenant. Il sentait l’accusation dans le regard de la femme qui ne le lâchait pas d’une semelle, attendant sa réponse. Comment faire ? Comment s’en débarrasser ?

« C’est à ce moment que Buster a réalisé que le trampoline n’était pas son fort… »

Quand soudain, un bruit. Face à cette diversion inespérée, Ray Charles s’enfuit, traînant toujours à sa suite son box de cartons. Alors qu’il errait comme une âme en peine du côté des épices, se demandant si oui ou non il était nécessaire d’avoir autant de paquets de basilic d’ouverts – surtout quand on sait qu’il y en a du frais pas si loin que ça sur la route des fruits et légumes -, il croisa la route de Nicolas Cage, occupé à se battre avec une palette de sucre. En effet, l’homme laissait à sa suite une longue traînée blanche de sucre… Évidemment, il était inquiet : tel le petit Poucet, la femme à la recherche de son mari risquai de le suivre à la trace, et ce alors que Nicolas Cage n’avait rien à voir avec la femme en question. Il lui fallait une solution et vite.

« Peut-être qu’on peut lâcher les oeufs dessus ? »

Mais oui ! Ils avaient trouvé. Ces putains d’oeufs de merde allaient enfin servir à quelque chose ! N’ayant besoin de l’aide de personne d’autre pour trouver les précieux foetus de poules abandonnés – de ce côté du box, ils avaient toutes les réponses de l’univers -, ils allaient pouvoir se lancer dans la confection d’un gâteau géant. Il y avait suffisamment de sucre sur le sol pour en faire profiter toutes les personnes présentes. La farine était elle aussi à portée de main. Et comme semble-t-il, c’était un jour de chance, il y avait même de ces petits machins colorés sans goût mais qui font très joli sur un cupacke, surtout si celui-ci n’a lui non plus pas de goût. La fête serait grandiose ! Ils pourraient se nourrir pendant des jours et tout le monde serait heureux, car tout le monde aime les gâteaux, c’était bien connu. Quand soudain, de l’autre côté du rayon, une voix grave s’éleva :

« Et vous allez le faire cuire comment bande de nouilles ? »

Aussitôt, les deux compères s’immobilisèrent. Ainsi freinés par la Compteuse, ils ne savaient plus quoi faire. Elle était pourtant occupée à compter les boîtes de conserve de son côté de l’allée… Comment savoir ? De quel côté du box était-elle ? Voulait-elle anéantir tout projet de gâteau géant au nom d’une alimentation saine et équilibrée ? Ou bien s’inquiétait-elle de la réussite de pareil projet ? Après tout, QUI pouvait résister à un gâteau géant à base de sucre évadé de son paquet et de feotus de poules jetés sur le sol ? Une telle chose était inconcevable. D’autant que la pause café semblait une oasis de plus en plus lointaine… Non, la Compteuse devait simplement être inquiète. Et tel le guide dans n’importe quel voyage initiatique qui se respecte, il fallait qu’elle remette les aventuriers dans le droit chemin, sans laisser voir son intérêt flagrant pour le gâteau géant et ses petits machins colorés.

Où es-tu gâteau géant ?

Le Souriant arriva alors dans l’allée. Déterminé, fier, le port altier de celui qui sait exactement ce qu’il veut. Dans ses mains, il tenait fermement une jeune pastèque. Une bébé pastèque. Dans d’autres pays, il était interdit de les chasser. Trop jeunes pour survivre. Il était nécessaire de les préserver afin que la pastèque ne disparaisse pas. Mais ici, nul pitié pour les foetus de poule ou pour les bébés pastèques. Les bébés pastèques contenaient moins de pépins, c’était donc beaucoup plus confortable pour le chaland. Dans une voix posée, mais ferme, le Souriant posa sa question :

« La bébé pastèque. Le code. 414 ? »

L’incantation était prononcée. Sa détermination avait déclenché le processus : le sucre coula en abondance, l’emballage de la farine avait un défaut, l’empêchant ainsi de passer correctement en caisse, les oeufs se révélèrent cassés les uns après les autres, on fut bientôt en rupture de bière, en rupture de sangria, en rupture de baguettes… le monde se vida de tous ces éléments. Partout, du vide. Il n’y avait même plus de cartons. Juste le vide entre quelques produits laissés pour compte. La Compteuse fut terrifiée. L’envoyée de Dieu elle-même en perdait son latin. Et puis, au milieu du néant, une petite voix se fit entendre…

« Mais moi, je vous ai suivi parce que je pensais que vous vous occupiez de moi ! Où il est le rhum en promotion ? »

Peut-être pour ça que le sucre fuyait et que tous les oeufs étaient cassés ?

Mais c’est vrai ça, où était le rhum ?