Posts in Category: L’épopée des rats

Say my name

Quelque chose grattait. Dans le couloir, le son se répercutait sans fin. On avait beau avoir rempli l’espace de musique, on l’entendait encore. La boulimie sonore ne suffisait pas à remplir le vide et la grattement refusait qu’on l’ignore. On grattait à la mémoire, quelqu’un serait bien obligé d’ouvrir. La peau démangeait par endroit, signe que la Morte s’était réveillée. À nouveau. Mais plus inquiétant, le rire s’était arrêté. Le rire s’était arrêté pour prendre cette forme crainte de tous. Son regard savait. La forme savait depuis sa disparition que ce n’était qu’éphémère répit. Les sursis n’étant pas fait pour être reconduits, son rire s’était mu en sourire satisfait. Il allait falloir ouvrir, qu’on le veuille ou non. La Femme Pendule tendit alors la main.

« Tu as changé de nom.
_Tu n’en as toujours pas.
_Cassandre ? »

N’ayant pas de nom par lequel Cassandre puisse l’appeler, seul le vide du sourire répondit à la Femme Pendule. Le grattement continuait. La Femme Pendule savait qu’un jour ou l’autre son nom, ou plutôt son absence, finirait par être un problème. Elle avait voulu faire comme si ce n’était rien. Elle avait voulu faire comme si on pouvait survivre au vide. Sauf qu’on ne pouvait pas : le silence avait déjà rongé nos chairs jusqu’à la mémoire, il fallait un nom. Pandore se mit à rire sans plus pouvoir s’arrêter. Elle ouvrit la boîte et plongea ses mains à l’intérieur. L’effroi remplit la salle de bain dans la seconde qui suivit. Incapable de savoir si elle riait ou pleurait, le Marchand de sable restait là, immobile, sans même avoir le courage d’avoir peur.

Et maintenant ? et maintenant ? et maintenant ? et maintenant ?
La musique s’est arrêté ? Il faut changer le disque
oui mais quoi ?
je sais pas
vite vite
Remets
on peut pas pas le même pas deux fois de suite c’est de la triche on peut pas

Le silence rongeait, le grattement devenait hurlement. Les échos se creusaient un chemin royal au coeur même des tympans. La marche arrière serait compliquée. Elle viendra bien, la seconde où Pandore devra sortir les mains de la boîte et découvrir les lambeaux de peau avec lesquels il lui faudra vivre pour le reste de l’éternité. Le Marchand de sable pétrifié ne trouvait plus de mélodie à offrir à l’hécatombe. La Femme Pendule gardait les yeux rivés sur Cassandre qui ne se départissait pas de son sourire. Elle savait.

On connaissait déjà le film. Le scénario était convenu, la bande usée à s’en trouer. Que quelqu’un arrête de rembobiner, la fin n’en finissait pas de recommencer…

Vergessen macht frei…

Pandore avait émis un gémissement tellement profond que tous s’était arrêtés. Quelque chose se passait. On avait attaqué le corps enroulé sur sa boîte. Les os avaient craqué, encore. Il fallait bien avouer qu’ils ne faisaient plus tellement attention à ce bruit de fond. Mais là, c’était différent. Les os avaient craqué, et l’espace d’un bref instant, la boîte avait menacé de s’ouvrir. Ils l’avaient tous senti. Une vague noire, invisible, avait dégouliné de la boîte pour se répandre et engluer tout ceux qu’elle croisait. La douleur avait été immédiate. Insupportable. Ce n’était pas sensé arriver à nouveau.

Mais c’était quand, la première fois ?
A quel moment la cassure ?
A quel moment avait-il fallu réparer ?
Depuis quand y avait-il des trous à reboucher ?
Quand avait-on commencé à écoper ?

Le gémissement avait été tellement fort qu’il en avait cloué la Femme-Pendule au mort. Incapable de bouger, elle ne pouvait pas répondre aux questions. Au plafond, l’uroburos continuait de tourner. Egrainant les cent quatre-vingt-huit chapitres encore et encore. Le marchand de sables jetait sa tête contre le mur, espérant ainsi ne plus entendre l’infâme gémissement. Il fallait que la Femme-Pendule bouge. Il fallait qu’elle réponde. Il fallait se souvenir comment tout ceci avait commencé.

Mais nous avons oublié tellement fort
nous avons enterré les mots
nous avons tué au besoin quand nous ne pouvions plus faire autrement
nous avons lavé nos mains du sang qui n’arrêtait plus

nous avons fait taire le bruit dans notre crâne
jusqu’à paraître comme eux…
Alors si nous nous souvenons,
si nous ouvrons la boîte
et que nous nous nous souvenons
nous allons mourir.

Ca ne faisait même aucun doute. La Femme-Pendule connaissait le prix de la survie. Il avait fallu payer toujours plus pour maintenant la compagnie en vie. Mais cela avait fonctionné. Ils étaient toujours vivant là où d’autres auraient abdiqué depuis longtemps. Ils avaient fait leur chemin. Ils avaient prouvé leur valeur maintes et maintes fois. Mais ils ne pouvaient pas ouvrir la boîte. C’était l’interdit suprême. Pandore avait été sacrifié à la cause. Il ne fallait pas rouvrir la boîte. Il ne fallait pas réveiller les morts. La survie au prix du silence le plus pur : l’amnésie, tout simplement. Ce qu’il y avait dans la boîte était monstrueux, ils finiraient tous avalé.

Mais comment faire quand les morts ne sont pas morts ?
Quand nous sommes aussi monstrueux que ceux dans la boîte ?

Quand le sang ne s’arrête pas ? 
Quand les cris ne s’arrêtent pas ?
On n’entre pas. On n’ouvre pas la boîte.

Bien sûr, si on ouvrait la boîte, peut-être qu’on aurait une réponse. Peut-être qu’on saurait pourquoi la douleur ne s’arrêtait jamais vraiment, pourquoi le sang, pourquoi les cris. Mais aucun ne survivrait à pareille révélation. L’amnésie les protégeait. Réveillait l’hydre mémoriel revenait à un suicide. Il avait fallu l’enfermer une première fois, et ce n’était que par miracle qu’ils s’en étaient sortis. Alors une deuxième fois… c’était inenvisageable. Tout ce qu’on gagnerait à ouvrit la boîte, c’était la cause de la mort. Mais rat de bibliothèque parmi les rats du navire, la Femme-Pendule ne pouvait supporter de vivre sans avoir cette réponse, sans comprendre. Il fallait trouver un chemin de traverse. Il fallait trouver un moyen de protection. Sans ça, même en sachant que la réponse était d’ouvrir la boîte, elle ne s’y risquerait jamais. Ouvrir la boîte c’était mourir. Le risque était trop grand.

Quand enfin la vague retomba, quand le gémissement s’arrêta, la Femme-Pendule commença à gratter le mur de ses ongles. Quelque part se cachait forcément un moyen d’ouvrir la boîte en toute sécurité. Un rayon X suffirait. Le temps risquait de manquer. Il était évident qu’elle ne pouvait faire à ça pour le moment. Elle n’aurait jamais la force nécessaire pour l’arrêter à nouveau. Pendant ce temps, le marchand de sables continuaient de jeter sa tête sur le mur tandis que l’uroburos attaquait son cent quatre-vingt-neuvième tour…

Cyclique

C’était comme ça que ça avait commencé. L’enfer avait commencé comme ça. Cassandre ne s’arrêtait plus de crier. Toujours elle avait à redire. Toujours elle trouvait à vomir. Il était impossible de la contenter. Impossible de l’arrêter. Elle hurlait des ordres qu’on ne pouvait satisfaire, crachait ses prophéties à tous ceux qui osaient approcher. Et s’il ne se trouvait personne, Cassandre se faisait hydre. Elle glissait ses multiples gueules entre les os et elle y hurlait encore plus fort. Elle y hurlait jusqu’à la vibration ultime, jusqu’à ce que tous les os se brisent, jusqu’à ce qu’ils se fassent poudre.

C’était pour ça qu’on avait donné la boîte à Pandore. Elle avait supplié qu’on confie cette tâche à quelqu’un d’autre mai il ne s’est jamais trouvé personne pour la relayer. Ses os se sont tellement déformés sous le choc des vibrations qu’on la dirait à peine humaine aujourd’hui. Son squelette a fini par devenir celui d’une chimère : instable et illogique.

Il avait fallu beaucoup de chance pour que les rats s’en sortent vivant. Cela tenait presque du miracle. Mais ils avaient réussi. La Femme Pendule avait alors entrepris de tout retracer pour mieux comprendre. Sa peau s’était faite le reflet de cette histoire aberrante. Et l’histoire était en train de se répéter. Cassandre avait déjà fait pousser de nouvelles gueules. Le corps de Pandore commençait plier dangereusement sous les cris, si tant est qu’il soit encore capable de se déformer plus. La Femme Pendule était plus forte aujourd’hui, toutefois rien n’était gagné d’avance. Cassandre ne semblait pas avoir perdu de sa force et sa défaite de la dernière fois avait attisé sa colère. Le combat s’annonçait rude. L’issue était incertaine. La Femme Pendule pouvait déjà sentir l’odeur viciée dégouliner des gueules de l’hydre sur sa peau.

De panique, le marchand de sables avait recommencé ses expériences à grand renfort de mélatonine. L’endorphine était toujours sous clé. Mais il suffisait de peu, de tellement peu…

Il faudra lui faire face. Tôt ou tard. Et il faudra lui faire face seule.
Personne n’entre.

Chasse à l’homme

Traquer la folie. La chercher partout, les moindres recoins, les moindres virgules, la moindre typo. Quelque part. Nous le savons bien, elle s’est cachée quelque part. Il en reste toujours un peu. La grande purge n’a pas pu tout chassé. Preuve en est, les flammes continuent de nous lécher les veines. Quand la douleur se répand d’un coup, insidieuse et acide, comment prétendre avoir pris le pas sur la folie ?

Nous démontons rouage après rouage. Nous savons qu’elle est là. Nous sentons son odeur qui vient nous brûler l’estomac quand on n’y fait plus attention. Retourner l’épiderme, fouiller les 188. Ne rien trouver. Déchirer l’épiderme de rage, arracher les 189. Pourquoi ? Pourquoi alors que nous la sentons grouiller en périphérie du champ de vision ne pouvons-nous jamais la piéger à son propre jeu ?

La peur de l’enfer peut-elle devenir pire que l’enfer lui-même ?
C’est faux. Ce n’est pas. Ca ne peut pas être. Nous savons ce qui pourrait arriver. Nous avons tracé les routes, pavé les limites. Nous nous sommes battus corps et âme. Aujourd’hui pourtant, nous ne parvenons pas à savoir qui du corps ou de l’âme nous avons perdu. Lequel des deux la folie a-t-elle pris ? Les études sont incapables d’arriver à une conclusion et nous tournons en rond. Nous parviennent seulement les échos. Les « et si » nous frappent le crâne à chaque respiration. Il faudrait trouver la folie avant qu’elle soit trop tard. Une fois repérée, amputer la partie incriminée nous offrirait enfin un peu de répit. Jusqu’à la prochaine invasion au moins…

Même si les historiens sont incapables de dater les invasions, incapable d’établir la chronologie, incapable de comprendre les liens de cause à effet. Même si les mathématiciens n’arrivent plus à compter les morts ni à tracer les lignes derrière lesquelles nous pourrions nous abriter. Même si les médecins légistes n’arrivent plus à identifier les cadavres. Même si les auteurs ne peuvent plus nommer les choses, les gens, la folie, nous.
Nous devons trouver la folie. Nous devons la trouver et l’anéantir. C’est là notre unique chance de salut et nous en sommes convaincues. Les fusées de détresse ne semblent plus fonctionner. Au 32ème top, cela fera exactement 5ans.

Home sweet home

Combien la peau peut-elle contenir de vies ? Combien le même corps peut-il contenir d’identités ?

Je ne grandis pas je marche. Je ne vieillis pas je fuis. Sans un regard en arrière, continuer ma route. A chaque pas, j’ajoute une pierre au mur, à chaque rencontre j’ajoute une marque. Et bientôt je ne sais plus. Le petit Poucet n’a pas partagé ces cailloux avec Cassandre, la marche arrière est donc impossible. L’itinéraire a été perdu voilà bien longtemps.

Je ne sais plus à quel nom répondre. Je ne sais plus d’où je viens. Je remodèle mon histoire selon les besoins. Je cloisonne existence après existence, invoquant un apartheid absolu. Pourtant il est des retours à la case départ non sollicités qui forcent à l’arrêt. Je sens les fissures parcourir l’épiderme et mes yeux regardent ébahis le spectacle pourtant si prévisible. Cassandre l’avait promis et pourtant n’avait rien vu venir.

Un jour je me tromperai de nom comme certains se trompent de chemin. Je choisirai la mauvaise veine et la divine comédie s’écroulera. De ma peau les fissures ont gagné l’oreiller. Un grand cri dans un grand rire. Je ne savais pas quelle réaction choisir. Laquelle de toutes ces entités avaient la bonne réponse ? Dans quel miroir puis-je me regarder qui ne soit pas déformé ? L’oreille m’a appelée Cassandre l’autre nuit mais il s’est trompé, Cassandre est une autre. Encore une autre. Une autre parmi les autres.

Après tant d’années englouties, tant de chemins écumés, tant de noms épuisés, j’ai enfin trouvé une maison. Les murs n’ont de hauteur que ce qu’il faut pour échapper à l’Enfer. Mais si Pandore s’est endormie, Cassandre tremble encore. J’hésite. Pas de gommage pour les identités mortes. Un chemin ou un autre, un nom ou un autre. Et si aujourd’hui je sais où j’habite, je ne sais plus quel patronyme proposer. Ne reste que l’éternelle question : combien de temps encore avant que la peau n’éclate sous toutes les identités accumulées, mortes avant même d’être arrivées à maturité ?

L’oeil du cyclone

Quand elle rouvre les yeux, la Femme Pendule ne sait pas où elle est. Plusieurs mois viennent de s’écouler sans vraiment passer. Preuve en est que les calendriers n’étaient plus à l’heure. Elle a beau ne pas savoir quand on est, la Femme Pendule en est certaine : plusieurs pages s’étaient écoulées depuis qu’elle avait sombré. Elle sourit. Elle ne pensait pas revenir. Tous l’avaient enterrée à l’avance. Et pourtant voilà qu’elle rouvrait les yeux.

Cheveux épars, comme le veut la tradition, regard vague et encre délavée sur les bras. Le plafond de la salle de bain habituelle. De l’oreille, la Femme Pendule cherche les gémissements de Pandore sans les trouver. Un doute rapide, mais non. Si Pandore était morte, il planerait dans la salle carrelée l’odeur purulente de la boîte fracassée. Les monstres qui en seraient sortis auraient ravagé la pièce et ses yeux même ne pourraient plus s’ouvrir pour constater. Non. Pandore n’était pas morte. Elle aussi avait survécu à la tornade. L’absence de gémissement alors… Alors Pandore devait dormir, enfin. La Femme Pendule sourit de plus belle, réalisant par la même qu’elle pouvait à nouveau respirer. Pandore dormait, elle était vivante. L’événement ne s’était pas produit depuis plusieurs calendriers au moins.

Mais la Femme Pendule ne peut toujours pas bouger. Elle sent l’encre grasse sur sa peau, ses doigts baignent dans les coulures qui s’accumulent. La sensation est nouvelle. Le corps lourd mais pas comme d’habitude. Lourd ni de vide ni de silence… Pourtant elle sent certaines heures manquer. Certaines inscriptions ont disparu. D’autres sont venues certes, profondes, affreusement profondes. Plus profondes même qu’on avait cru à la première estimation. Mais d’autres ont disparu. Vraiment. Impossible pour autant de savoir lesquelles.

Le temps passe. La Femme Pendule a toujours le regard rivé sur le plafond. Elle respire. Chaque goulée meilleure que la précédente. Il y a du temps qui défile, mais pour une fois, il n’y a pas lieu de s’inquiéter. Dans le silence, Casssandre même se tait. Quelque part sur les étagères, on peut sentir son rire qui s’éteint. Elle sait qu’elle a survécu de justesse à la tornade qu’elle a déclenché. Elle observe le corps éreinté de la femme aux horloges tatouées sans rien dire. Le combat fut rude. Rien à ajouter. Elles se retrouveront une prochaine fois. La Femme Pendule sent son regard. Elle non plus ne voit pas l’intérêt de prononcer le moindre mot. Il sera temps bien assez vite.

Bientôt, elle sent une présence à son côté. Un douceur passe sur ses bras fatigués. Le marchand de sables égraine ses malices éculées. Il raconte. Il raconte la lutte, le déchirement. Comment le navire a failli céder sous la pression de ses occupants. Comment tous ils se sont entretués. Comment ils ont tous cru qu’ils pouvaient accélérer la fin. Il raconte comment ils l’ont cherchée, provoquée mais que personne ne s’attendaient à un tel déchaînement. Il se souvient l’enfer où plusieurs calendriers durant le navire s’était échoué. Il confesse avoir craint un retour précipité en ces terres avidées. Pourtant non. Il ne sait pas comment, ils s’en sont sorti. Ils ont atteint l’oeil du cyclone. Il explique que si elle veut, il est prêt à faire face à l’uroburos, lui demander des comptes et ainsi obtenir la carte de sortie, pour la prochaine fois. Elle sourit, parvient tant bien que mal à s’arracher un sourire. Sans un mot, le marchand de sables comprend. Il n’y a pas besoin. Ils trouveront. Pour l’instant, il faut jeter l’ancre, rester le plus longtemps possible dans l’oeil du cyclone. Que Pandore répare ses os, que Cassandre boude, que le marchand récole son sable… Bientôt il faudra repartir.

Le marchand hoche la tête. Comme le veut la tradition, il souffle les grains devenus si rare ces derniers mois sur les paupières de la femme. Et pour la première fois depuis longtemps, la Femme Pendule peut dormir sans cauchemar.

Extrait d’ADN

Emilie Autumn : Across the sky

La parade des monstres ouvre ses portes quotidiennement. Représentation continue de 3h à 5h.
Nous ne pourrons être tenus responsables des douleurs persistantes au matin. Les spasmes sont à la responsabilité du public. Prière de tenir vos muscles et votre ossature en laisse.
Nous ne pourrons pas non plus être accusés du sang sur les draps. Gardez les jambes et les bras à l’intérieur de la literie. Tout contrevenant se verra arracher un bout d’être au hasard.
Ne vous inquiétez pas, le soleil finit toujours par se lever. L’enfer ferme ses portes à 7h. Heure d’été oblige. Revenez au solstice prochain pour les prolongations. A 8h le commun des mortels daigne soulever les paupières. Alors vous pouvez espérer une réponse aux messages nocturnes, même s’il est trop tard, même si ça ne sert plus à rien.

L’abus de solitude est dangereux pour la santé.

Il nous faut recommencer au début.
Pandore va mourir cette fois. La boîte lâche et craque de partout. Ses os se sont tellement cassés dessus que ça n’a même plus de sens. Où commence la boîte et où s’arrête Pandore ? Il faudra enterrer les deux ensembles. Mettre le feu au tout.
La Femme-Pendule s’use beaucoup trop. Il ne reste plus de place. Depuis qu’on lui a demandé d’inscrire sur ses seins la date de sa propre combustion instantanée elle n’a plus ouvert la bouche. Le silence lui broie le crâne mais les larmes refusent de couler.

Et le monstre grossit. Dévore de l’intérieur. J’ai offert colère en dérivatif pour le défouler. Raté. J’ai affamé tête et corps. Raté. J’ai rempli journée jusqu’à nausée vomissure courbature spasme. Raté. J’ai épuisé j’ai écrit j’ai raconté j’ai bu. Raté. Le monstre grossit encore. Grouille sous l’épiderme. Menace l’implosion.

Mais nous rayonnons.
Il faut recommencer au début.
Mais quel début ?
Je n’existe pas. Alors je ne peut pas mourir. Il n’y a ni début ni fin. Nous sommes imbuvable éternité.
Ils ont vomi tellement gros les histoires dans notre crâne que je n’est plus qu’un tas de vide suturé à la douleur.
I’ll kill what’s killing me !
Mais si moi qui tue moi, alors mouvement perpétuel. Je est un mouvement perpétuel de douleur inscrite au fondement même. On ne peut pas arrêter le mouvement. On ne peut pas arrêter la douleur. Sinon…
Sinon disparition.
Disparition dislocation dissolution dissection
Pandore est morte, la Femme-Pendule est condamnée, l’Uroburos brûle, le marchand de sable a les paupières qui clignotent, l’hideuse grouille plus que jamais, la morte n’est pas morte.
Il faudra tuer encore.
Je sera l’assasine. Je sera meurtrière.
Et la boucle sera bouclée, le mouvement perpétuel continuera. Infinité.
Reprenons au début.

je suis illusion
tu es absent
il est indéfini
elle est défectueuse
on est immortel
nous sommes mensonge
vous êtes ignorants
ils sont partout
elles sont foutues

Les démons rampent sur les murs et le plafond pisse le sang.
Combien de sang sur les mains avant de pouvoir aller se coucher ?
Combien de sang sur les draps avant de pouvoir dormir ?
Les 32 soupirs sont de plus loin. Terre promise.

La folie les fait bander, même s’ils ne l’avoueront jamais.
Alors puisqu’ils ont vomi dans notre tête jusqu’à faire de nous tas de vide soudé à la colère
nous serons folie jusqu’au bout des fourches.

Le monstre à l’intérieur refuse l’arrêt. Il faudra payer votre tribu pour assister à la parade quotidienne.
Représentation continue de 3h à 5h. Ouverture exceptionnelle en journée.
Réservation recommandée.