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L’écriture inclusive, la force des symboles… et l’éternelle fragilité masculine ?

J’aimerais croire que j’arrive trois ans après la bataille, mais l’AFP m’a donné l’occasion de m’étouffer avec ma propre salive en plein cours, alors finalement, je pense pas être si en retard que ça… Aujourd’hui, nous allons donc parler de l’écriture inclusive, de la force des symboles, et donc d’invisibilisation, de représentation. Je vais essayer de sourcer un maximum, malheureusement, comme toujours, je ponds ce genre d’article en décalage, sans l’avoir prévu, du coup ça se nourrit de tout ce que je lis depuis des mois, pas toujours évident de le retrouver, mais je vais faire au mieux.

Pour celleux qui auraient raté quelques épisodes, qu’est-ce donc que l’écriture inclusive ? Histoire de gagner du temps, et parce que certain·es l’ont déjà fait et bien mieux que moi : l’article de Simonae qui t’explique ça tout bien (site que je te recommande d’ailleurs), la vidéo de Linguisticae qui démonte les arguments aussi bien de ses défenseur·es que de ses détracteurices.

J’ajouterai que je n’utilise pas systématiquement l’écriture inclusive en tant que telle, mais que ça ne m’empêche pas de réfléchir soigneusement aux questions de genre dans la grammaire française. Il faut donc que vous ayez conscience que tous les choix de genre de cet article ont été mûrement réfléchis. Et sur ces bonnes paroles, entrons dans le vif du sujet.

Je pense que pour une raison obscure cet article sera couvert de gif de Parks and Recreation.

L’écriture inclusive a donc, ces derniers temps, fait coulé beaucoup d’encre et délié pas mal de langues, le tout avec plus ou moins d’élégance d’intelligence de bêtise ou d’ignorance totale. Je n’ai pas tant envie de revenir sur les arguments en eux-mêmes, mais plutôt sur : mais POURQUOI ça pose autant de problème ?

Et pour commencer, j’aimerais vraiment ne plus jamais avoir à entendre « il y a plus important / urgent à combattre », en général prononcé par des personnes non concernées, dans notre cas, les hommes. (et non j’ai pas envie de sourcer, parce que je suis une vilaine chroniqueuse subjective et que c’est pas si dur à trouver que ça) La logique serait qu’effectivement, pourquoi se battre pour des histoires de e quand il y a encore tellement de cas de viols et de violences conjugales en France ? C’est vrai ça, bonne question. Le truc c’est que c’est absolument insupportable à entendre. Déjà parce que souvent, les personnes qui te disent ça sont les premières à ne rien faire… du tout. Un peu comme ceux qui te disent « mais gnagna pourquoi on s’occuperait des migrants avant nos bons SDFs français ? gnagnagnagna », mais qui ferment les secours populaires dans leur ville (exemple au pif ou presque). Mais surtout, parce que ce n’est pas un argument. Ce qui pose problème avec ça, c’est que ça hiérarchise les problèmes. Il serait donc plus important de faire en sorte qu’il n’y ait plus de viol du tout, plutôt que d’intégrer plus visiblement le genre féminin dans la grammaire. Et dit comme ça, ça peut sembler logique. Sur l’échelle de l’urgence, c’est vrai qu’empêcher des morts avant d’écrire correctement, ça paraît plus important. Et c’est vrai que dans un monde parfait, même moi, amoureuse éperdue des mots, traducteur, auteur et dévoreuse de bouquins, j’aurais envie d’être d’accord. Sauf qu’on nous a sorti la même pour le harcèlement de rue, pour le manspreading, pour le sexisme ordinaire, pour la charge mentale. Oh et quand on parle du nombre toujours hallucinant de viol en France, on vient nous dire que « non mais tu crois avoir des problèmes ? En France vous avez de la chance, ailleurs il y a l’excision [que je ne sais même pas écrire on dirait tellement je suis pas concernée…] / les mutilations / les mariages forcés, etc. » Alors dîtes moi, ça marche comment en fait cet argument ? Parce que peut-être qu’il existe dans le monde une échelle de l’horreur dont j’ignorerais l’existence. Peut-être qu’elle ressemblerait à un truc du genre : sexisme ordinaire < infantilisation < humiliation < réduction des possibles < violence < viol < excision < meurtre. J’ai bon ? Non parce qu’il faut m’expliquer, clairement il y a quelque chose que je ne comprends pas et ça m’emmerde profondément, parce que j’ai toujours eu horreur de ne pas comprendre.

Deux choses : d’abord, on ne peut pas hiérarchiser les problèmes, ensuite, et surtout, tout est lié. Je dis bien tout, absolument tout. À un point que vous comme moi sommes à peine capables d’imaginer. Se battre pour faire disparaître l’appellation « mademoiselle » ou l’ajout systématique d’un « e » dans les documents officiels, ça peut paraître dérisoire face au nombre de mortes sous les mains de leur conjoint, ou encore face à ces femmes dans certains pays qui doivent quitter leur village pour aller se planquer en forêt quand elles ont leurs règles parce que « impures ». Et peut-être que ça l’est, sans doute même. Mais peut-être aussi que parce que des femmes continuent à mourir sous les coups de leur conjoint, qui pourra éventuellement toujours faire des albums ou des films ou être élu à de hautes fonctions de l’état, il faut se battre pour imposer le genre féminin comme égal du genre masculin dans la grammaire. Parce que le problème de fond est exactement le même : l’invisibilisation du genre féminin et des violences qu’il subit au quotidien partout sur la planète. La langue ne fait jamais rien d’autre que rendre ce fait visible.

Quand j’essaie d’organiser logiquement cet article mais que tout est tellement lié que j’échoue lamentablement.

J’avoue être fatigué de voir des hommes venir à la tribune pour m’expliquer que le manspreading / harcèlement de rue / masculinisation systématique des termes honorifiques / l’écriture inclusive ne sont pas des bons combats, qu’ils n’en valent pas la peine, que ça ne sert à rien et que les femmes s’y prennent mal pour défendre les femmes. En gros, j’en ai marre du mansplanning… C’est vrai, en soit, le manspreading ne met pas ma vie en jeu. Pourtant, régulièrement je me vautre dans le bus parce qu’un mec ne juge pas nécessaire de ranger ses jambes et donc je dois escalader les sièges en plein rond-point. J’ai des bleus sur les hanches parce que pourquoi faire gaffe à son sac à dos (vraissemblablement plein de briques à mon avis) pour se retourner parler à ses potes toutes les trente secondes ? On s’en bat non ? Bah oui, il s’en battait. Et ça m’arrive régulièrement d’être écrasé contre une vitre, de devoir me contorsionner, m’écraser. Non, en soi ce n’est pas grave. Mais c’est chiant et ça bouffe de l’énergie. Non, les mecs en question ne cherchent pas à m’opprimer. Pour la simple et bonne raison qu’ils ne s’en rendent pas compte : je n’existe pas, alors qu’on leur a appris à prendre la place. Je perds de l’énergie dans les transports pour ça, et si en soi ce n’est pas gravissime (par comparaison à d’autres choses qui me sont arrivées parce qu’on suppose d’office que je possède un vagin), c’est d’autant plus rageant quand je réalise que ce genre de chose n’arrive JAMAIS aux hommes de mon entourage.

C’est donc une question de genre.
C’est un problème d’invisibilisation.

Et si moi aussi j’ai pu me dire qu’on avait autre chose à foutre que de se battre pour mademoiselle, et même si je ne fais pas partie des fervent·es défenseurices de l’écriture inclusive, maintenant, je comprends mieux pourquoi la langue est aussi un terrain sur lequel il faut se battre. Qu’on le veuille ou non, qu’on apprécie ça ou non, le français est une langue genrée. Et si elle a eu un genre neutre il fût un temps, l’évolution a fait que le neutre s’est fondu dans le masculin, pas pour des raisons idéologiques, mais juste parce que logique du plus simple (je vous renvoie à la vidéo de Linguisticae mise en début d’article). Si bien qu’aujourd’hui, il nous faut systématiquement choisir entre masculin et féminin. Je répète : il faut choisir entre féminin et masculin. BAM. Et nous avons donc choisi que le masculin serait le neutre, une sorte de genre par défaut. C’est ça, grammaticalement parlant, le masculin nous sert de genre par défaut.

Alors certes, il y a les évolutions de la langue expliquées plus tôt et qui se font plus ou moins sans nous, ou en tout cas sans notre intervention active. Cela fait d’ailleurs partie des reproches (pertinents) faits à l’écriture inclusive : les militants cherchent à forcer l’évolution de la langue, ce qui ne fonctionne jamais vraiment… D’autres explications de ce genrage de la langue ont été (justement) rappelées, par exemple par Kriss de Minute Papillon. Il rappelle par exemple que les termes généraux étaient féminins (la médecine, la loi), alors que les professions étaient mises au masculin (le médecin, l’avocat). J’avoue que je ne me souvenais aucunement de cette règle, mais ça c’est la mémoire sélective et ça ne me surprend pas plus (j’avais vu des règles similaires en allemand notamment). L’argument est intéressant et j’y ai réfléchi quelques temps avant de trouver pourquoi ça me chiffonait.

La langue est un symbole… Pour en revenir aux bases, elle associe une série de sons (grossièrement le mot « arbre » par exemple) à une image (grossièrement l’arbre que vous avez imaginé en lisant le mot arbre). C’est pour ça qu’on considère la langue comme un symbole : parce qu’elle représente quelque chose de réel (l’arbre dans le jardin / la rue / le parc / sur lequel votre chien fait pipi), à quelque chose d’irréel / immatériel (les sons et / ou les lettres formant le mort « arbre »). Cela permet par exemple d’envoyer des pétitions à la maire de Rennes pour lui dire qu’enlever les arbres du centre-ville est une mauvaise idée, sans avoir à lui envoyer les dits arbres par la poste (ça ferait beaucoup trop de timbres). Pratique non ?

Le truc, c’est que les symboles évoluent. Et donc, la langue avec.

Quand je galère terriblement à pondre cet article et à le rendre cohérent et logique et clair et bien organisé.

Effectivement, il fût sans aucun doute possible un temps où on pouvait totalement accepter que c’était « le médecin » parce que la profession, et « la médecine » parce que la notion générale. Alors la vraie question ne serait pas plutôt : pourquoi est-ce qu’on ne voit plus ça ? je me répète je sais, mais je ne me souvenais absolument pas de cette règle. Or, je pense que je l’ai vue, parce que ça me dit vaguement quelque chose, et que j’étais plutôt bon élève… Mais il n’y en a aucune trace dans mon cerveau. Et si je constate effectivement ce que dit Kriss dans le vocabulaire que j’emploie au quotidien, si on ne me l’avait pas dit, ça ne me paraîtrait pas évident du tout. Et je ne dois pas être la seule puisque l’une des batailles de l’écriture inclusive consiste en la féminisation de tous les titres, et donc de toutes les professions. On n’entend plus « le médecin » masculin parce que nom de profession, mais « le médecin » masculin parce que sauf preuve du contraire c’est un homme. Moi la première, alors même que mon médecin traitant, et ce depuis que je ne suis qu’un embryon, est une femme. Par défaut, quand on me dit « un médecin » j’imagine un homme, et ça me demande un petit effort de neurone pour visualiser une femme (effort que j’ai pris l’habitude de faire, mais ne nous voilons pas la face, il a quand même fallu apprendre).

Petite hypothèse personnelle : peut-être parce que justement, il faut choisir entre masculin et féminin. Ou pire, parce qu’on nous force à choisir à des endroits où la question ne devrait même pas se poser. Et comme une action appelle une réaction équivalente… Nous vivons dans une sociétés des extrêmes.  Les riches sont de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres. Les femmes, après des années et années et années de lutte ont obtenu le droit de vote de travailler d’avoir un compte d’être autonome, etc. Mais à l’inverse, les femmes de ma génération doivent faire avec un harcèlement de rue que nos grands-mères n’ont jamais connu, voire n’ont jamais imaginé. On pourrait continuer comme ça longtemps… le monde grossit et va de plus en plus vite, poussant chaque individu à se camper sur ses positions de plus en plus solidement. Si bien que quand d’un côté on pousse d’un cran (en limitant l’accès à la contraception par exemple), de l’autre on répond sur le même ton (en multipliant les initiatives et campagnes de don au planning familial par exemple). Et si on en arrive à proposer à la vente des globes terrestres roses spécialement pour les petites filles, il peut paraître logique de vouloir se battre pour qu’existe un féminin à médecin.

Alors question : pourquoi effectivement ne pas modifier la langue ? Si le symbole ne correspond plus à ce que l’on veut signifier tout simplement parce que le monde a évolué, il peut paraître logique, voire plutôt intelligent, de le modifier, afin que l’on puisse à nouveau dire ce que l’on souhaite vraiment dire non ? En quoi est-ce que ça pose problème finalement ? On admet volontiers d’un côté que le monde a changé (plus personne ou presque n’est choqué à l’idée qu’une femme soit médecin), et on admet tout aussi bien de l’autre que la langue évolue (cf tous les mots nouveaux qui apparaissent, mais aussi ceux qui disparaissent). Alors pourquoi est-ce un problème de vouloir que les deux évoluent de concert, quitte à donner un petit coup de pouce quand les rythmes ne sont pas synchronisés ?

Quand j’imagine les mecs de l’Académie Française en réunion.

Et là je suis un peu deg parce que je voulais partir de cette fabuleuse interview de Virginie Despentes, mais l’article est maintenant en accès payant (alors soit tu l’achètes, soit tu me fais confiance sur parole…)(mais vraiment ça vaut le coup, elle dit plein de choses passionnantes dedans, même si tu ne connais pas son travail). Je me rappelle qu’elle parlait justement de cette histoire de féminin du mot auteur. Elle expliquait notamment que finalement, écrire pour une femme restait subversif. Symbole encore une fois, elle expliquait qu’il n’y avait eu aucun soucis quand il s’était agi de féminiser « éboueur » ou « jardinier », par contre, féminiser « auteur » ? GRAND DIEU NON VOUS METTEZ LA LANGUE EN PÉRIL. Alors vraiment je m’interroge… L’idée de mettre toute une langue en péril juste parce qu’on veut rajouter des « e », symboliquement, c’est assez fort non ? Elle est donc si fragile que ça cette langue que lorsqu’on veut y rajouter un peu de féminin elle se recroqueville en PLS dans un coin de la pièce ? Diantre… ça valait bien le coup de survivre au langage SMS pour ça ! Notre genre masculin est-il si faible qu’à l’évocation d’un genre féminin un peu plus visible, il tremble ? Et au-delà de la grammaire, les hommes ont-ils si peur de voir les femmes exister, même uniquement de manière symbolique ?
Mais vous trouvez peut-être que Despentes y va un peu fort ? Cette année, sur sept prix littéraires, sept ont été remportés par des hommes (ha et bonus, sur le lien que je t’ai mis, le 8ème n’est pas encore décerné, mais il n’y a QUE des hommes en finale). À croire qu’aucune femme n’a écrit de roman cette année (spoiler alert : si si, et même des très bons). Alors on est d’accord, on ne va pas imposer la parité dans les remises de prix, ça ne rimerait à rien, mais vous trouvez pas ça un poil disproportionné ? Surtout après tout le tintamarre de l’année dernière parce que, oh mon dieu, le Goncourt ET le Renaudau avait été gagnés par des femmes ! Et bordel il va peut-être falloir arrêter avec la féminisation de la société ! C’est maaaaaaaal ! Les pauvres hommes sont castrés et invisibilisés ! Ouais. Ça crie au scandale quand deux femmes gagnent deux prix littéraire sur huit, par contre c’est normal que huit prix sur huit soient remportés par des hommes. Ces mêmes hommes qui viendront nous dire que l’écriture inclusive, la parité, ne sont pas des vrais combats et qu’on s’y prend mal. Parlez moi encore de chouineries, ça m’amuse.

Alors c’est vrai, l’écriture inclusive est pleine de défauts, dont certains très justement rappelés par l’Odieux Connard (même si beaucoup de choses me posent aussi problème dans son article) : lourdeur de la graphie (qui n’est déjà pas des plus légères)(mais bon, dans quelle langue la graphie est-elle vraiment légère ? c’est largement sujet à débat…), transcription en brail, accessibilité et lisibilité compromise, etc. Et effectivement, si je raffole de ces nouveaux pronoms (iel, celleux), qui sont pour moi des petites merveilles, véritables chefs d’oeuvre de néologisme, le point médian ne me paraît pas la solution la plus efficace… Mais question : pourquoi l’écriture inclusive n’est pas considérée comme n’importe quelle partie de la langue, à savoir sujette à une évolution future ? Effectivement, c’est une évolution qui a été consciemment lancée, mais pourquoi ne pas la considérer comme en test ? Pourquoi ne pas considérer que face à un symbole ne représentant plus la réalité contemporaine (ou de manière tronquée), certain·es ont souhaité réagir et proposer des solutions, solutions qui vont être testées et que le temps se chargera de confirmer… ou non ?

Pourquoi est-ce qu’on freine autant des quatre fers ? Encore plus si comme beaucoup d’hommes nous le disent, ça ne sert à rien ? C’est complètement con comme argument. Si ce n’est pas important, pourquoi ne pas l’accorder ? Je veux dire, dans un projet de groupe, ou dans un groupe d’ami·es, quand l’un des membres veut quelque chose parce que c’est important pour lui, que tu n’es certes pas hyper ok avec l’idée, mais que dans le fond, ça ne te fait ni chaud ni froid, en général, on l’accorde à la personne non ? Au mieux parce que comme ça la personne est satisfaite et se sent comprise, incluse, ce qui est cool. Au pire, on le fait de mauvaise grâce en se disant qu’au moins comme ça cette personne nous foutra la paix. Ça s’appelle un compromis. Si aujourd’hui, il y a militantisme pour rendre l’écriture plus inclusive, c’est bien parce que les femmes ne se sentent toujours pas incluses.

Oui, c’est un symbole.
Non, ce n’est pas inutile.

Tiens ça ferait peut-être un bon résumé de cet article.

Ce n’est pas inutile parce qu’on était sensé avoir une première ministre, et qu’à la place on se retrouve avec une secrétaire d’état aux droits des femmes dont le gouvernement tout entier se moque littéralement, voire même fait exactement le contraire de ce qu’elle dit comme des ados pourris (pléonasme). Je ne défends pas nécessairement le travail de Schiappa, il y a beaucoup de maladresses, voire de conneries. Mais encore une fois, action-réaction, quand toute façon par défaut on envoie chier tout ton travail, on t’écoute pas, bien obligé de gueuler des trucs, de merde, histoire de rappeler ton existence. Ça ne rend service à personne et ça n’excuse pas tout. mais ça aussi c’est un beau symbole finalement non ? Regarder comment on traite la femme chargée du droit des femmes dans notre gouvernement très majoritairement masculin me donne envie d’aller coller des e partout par pur principe alors que je m’accorde moi-même au masculin depuis bientôt un an et que je préférerais l’abolition des genres grammaticaux. Action, réaction… Comment est-ce que je peux espérer une once de respect quand même une fois secrétaire d’état, ou ministre, on continue de s’en battre l’œil de ce que tu racontes ? Symbole symbole encore une fois…

Donc ouai. Après avoir moi aussi pensé que virer mademoiselle du vocabulaire c’était une perte de temps, j’ai changé mon fusil d’épaule. Les symboles c’est extrêmement importants. Non, ça ne va pas changer les mentalités, d’ailleurs, personne ne prétend ça (ou alors iels ont tort et vivent au pays des bisounours). Mais ça participera à rendre visible ce qui est constamment balancé sous le tapis. L’écriture inclusive, sous une forme ou une autre, demande un effort car elle demande une modification de la langue que nous avons apprise et dans laquelle nous baignons. Adoptez l’écriture inclusive, sous une forme ou une autre, c’est peut-être finalement montrer qu’on est prêt à faire un effort pour inclure et rendre visible.

Et puis surtout : pourquoi faudrait-il faire un choix dans les luttes ? Si tout est lié, pourquoi faut-il choisir ? En théorie, nous sommes assez nombreuses et assez nombreux pour les mener de front, en fonction de nos compétences, de nos affinités, de nos besoins. Je suis par exemple bien plus qualifié pour parler de la mauvaise médiatisation des neuroatypies, ainsi que du sexisme par le biais de la langue, que pour parler de l’invisibilisation des personnes racisées, sujet sur lequel je dois plutôt fermer ma gueule et justement en apprendre plus. D’un côté, je peux être actif, apporter des informations, des explications, de l’autre, c’est sur moi que je dois travailler pour faire avancer les choses et être un allié digne de ce nom.

Si jamais vous avez encore un doute sur cette histoire de lien très fort entre langue, sexisme et violence, voici un bel exemple, bien dégoulinant de symbolisme. Voici sur quoi je me suis étouffé l’autre jour en donnant cours.
Peut-être as-tu entendu parler de la déferlante « me too ». Depuis deux mois, la parole des femmes a commencé à se libérer sur la question des agressions sexuelles subies, passant entre autres par une campagne virale à base de hashtag. La cynique que je suis a énormément de mal à le reconnaître, mais il semble que ça fasse (enfin) bouger des choses. Si bien que le Times a décidé de nommer comme personnalité de l’année 2017 « the Silence Breakers » (personnes qui brisent le silence). À la bibliothèque où je donne mes cours, on projette sur le mur les dépêches de l’AFP, AFP qui a donc relayé la nouvelle comme ceci : « Les briseurs de silence élus personnalité de l’année ». Et ça a été largement relayé comme tel. Oui, il y a un lien par mot, je retrouvais pas l’original de l’AFP. Mais il semble que personne ne se soit posé la question de la traduction. Le terme anglais est en effet non genré, mais le français DOIT choisir, on l’a déjà dit, et c’est souvent un (beau) défi pour les traducteurices. Les journalistes avaient donc le choix. Et ils ont choisi le masculin. Pour un mouvement de femmes visant à libérer la parole des femmes, notamment par rapport à la violence causée par des hommes. Un moyen symbolique de nous rappeler que le masculin l’emporte sur le féminin j’imagine ? Oh et pour couronner le tout… la traduction française efface donc la force dégagée par des milliers de femmes dans un moment de solidarité, alors que l’original effaçait déjà le fait que ce mouvement avait été lancé par une femme noire en 2006… En effet, Tarana Burle à l’époque constate que les services sociaux ne vont pas dans certains quartiers difficiles et cherche donc à recréer un mouvement de solidarité et d’empathie entre les femmes victimes de violences sexuelles Elle ne cherchait pas la viralité, mais bien quelque chose pouvant fonctionner sur le long terme. DONC, blanchisation, à laquelle on rajoute invisibilisation des femmes… dans leur propre combat (à chaque étape donc)… j’ai envie de dire. COMBO MOT COMPTE TRIPLE. Oui, tout est lié, définitivement.

Alors vraiment, je ne peux pas m’empêcher de me demander… les hommes sont-ils si fragiles que dès que les femmes disent quelque chose, il faut qu’ils se défendent ? se l’approprient ? nous effacent ? Qu’y a-t-il donc de si menaçant dans cette écriture inclusive ? Parce qu’au final, si l’écriture inclusive est, pour moi, clairement en phase de test quant à ce qui est de son application pratico-graphique, symboliquement, il est temps, il est même urgent, qu’on y vienne…

Sur ce, cet article est déjà affligeamment long (surtout sur internet où tout le monde préfère YouTube) et suffisamment bordélique… Mine de rien, j’ai dû couper un paquet de choses que j’avais en tête, alors peut-être une prochaine fois… En attendant on se retrouve sur les habituels  FB – Twitter pour celleux qui en ont envie, et je vous laisse en musique, avec cette nouvelle version de Fight like a girl d’Emilie Autumn… (plus à propos tu meurs)

La colère, le féminisme, les hommes blancs cis hétéro et plus si affinité.

J’ai tellement à dire que je ne suis pas sûr d’où je suis sensé commencer cet article. Il faut dire aussi que ça fait un an que je le rumine, que je le réfléchis. Parce qu’à la base, il y a une interrogation de mon frère suite à deux vidéos de Marion Séclin sur qui l’internet tout entier est tombé parce que diantre, elle s’énerve ! Et ça c’est mal. Comment voulez-vous qu’on comprenne quoi que ce soit si elle s’énerve ? C’est pas pédagogique. Et puis elle confond tout.

Mais le fait que quand tu démontes tout le truc, c’est plutôt ceux (ou en tout cas la plupart de ceux) qui lui sont tombés dessus qui mélangent tout, et valident ainsi l’argumentation, et sa forme. Alors on va essayer de démêler tout ça..

Tu sais que je suis très en colère quand je laisse tomber les chatons mignons.

Commençons par facile : la Pédagogie.
Oh qu’il est doux qu’il est beau l’argument de la pédagogie ! D’autant plus pervers qu’il n’est pas complètement faux. En effet, si vous voulez expliquer quelque chose à quelqu’un, il est en général admis que lui gueuler dessus ou l’insulter est une plutôt mauvaise idée. Le rabaissement systématique, l’humiliation ou encore la condescendance sont généralement reconnus comme de mauvais, de très mauvais moyens d’éducation. Je ne vais pas vous faire pas un cours sur les angoisses que se traînent les enfants élevés à grands coups de brimades, les souffrances infligées par des profs maladroits ou volontairement mauvais. Je vais honteusement partir du principe que c’est un postulat de base. En général, quand tu veux expliquer quelque chose à quelqu’un, qu’il s’agisse d’un théorème de math, de pourquoi mettre le hamster dans le congélateur c’est mal ou de pourquoi la peine de mort c’est mal, c’est mieux de le faire avec compréhension, patience et empathie. On est tous d’accord sur ça.

Mais ça ne veut pas dire qu’à l’occasion il n’est pas nécessaire de taper du poing sur la table.
Cette année j’ai donné cours à l’université à trois groupes différents. Pour deux d’entre eux, ça s’est très bien passé. Le troisième était infernal, insupportable, bruyant, dissipé, irrespectueux. Ma collègue et moi avons dû mettre en place des règles plus strictes pour permettre aux éléments motivés de pouvoir travailler. Et puis un jour, l’insomnie de trop, l’irrespect de trop. J’ai purement balance à trente élèves de fermer leur gueule (sic) « C’est quelque chose qu’on apprend en CP. En cours, quand quelqu’un parle, vous vous taisez. Vous êtes grands maintenant. Fermez. Vos. Gueules. » Bien entendu, il n’y a là pas de quoi être fier. Mais quand tu as usé toute la communication non violente du monde, toutes les approches et techniques, et qu’en face ça ne bouge toujours pas, clairement dire aux gens qu’ils déconnent à plein tube reste la solution la plus efficace. Est-ce que ça a marché ? Oui et non. Certains se sont effectivement calmés, une prof d’université n’est pas sensée parler comme ça, ce décalage dans la violence a permis de redessiner une limite. Il a aussi permis à ceux qui voulaient bosser de voir que je prenais le problème en compte. Même si on ne va pas se voiler la face, les pires sont rester pénibles…. mais ce sont pris une taule à leur exam parce que parfois il y a quand même une justice dans le monde.

Mon intervention coléreuse n’a donc pas résolu le problème, en tout cas pas complètement. Mais elle a clairement posé qu’il y avait un problème. Les personnes qui en souffraient se sont senties soutenues. Certains ont pris acte et ont rectifié le tir. Les autres ne se sont tout simplement pas senti concernés. Pour eux, ils n’étaient pas le problème. Mon cours ne servait à rien, et donc par extension moi non plus. Il n’était donc pas nécessaire, d’obéir aux règles basiques d’un cours. Il n’y avait donc, dans leur vision des choses, pas de problème.

Quand tu te dis qu’un exemple ne ferait pas de mal…

Si tu crois que je digresse lecteur, tu sous-estimes amplement ma capacité à filer les métaphores. Le problème de mes étudiants étaient donc de ne pas considérer leur attitude comme un problème. Au cas où cette mise en parallèle de pattern serait encore trop subtil, mettons les pieds dans le plat : beaucoup d’hommes (cis blancs hétéros) ne réalisent pas qu’ils font partie du problème. Je dirais même la plupart d’entre eux. Loin de moi l’idée de les réduire tous à des petits cons d’ado en pleine crise (même si c’est tentant)(affreusement tentant), mais il faut bien admettre que beaucoup n’arrive pas à comprendre ça : qu’ils sont une partie active du problème. Tranquillement mais sûrement, nous arrivons à ces merveilleuse notions que sont la culture du viol, l’oppression et compagnie. En bonne partie pour démonter le discours suivant : quand on dit à un moment que son discours et / ou son comportement tient de la culture du viol, celui-ci nous répondra très vraissemblablement qu’il n’est pas un violeur, not all men et bla et bla et bla.

Prenons donc un instant voulez-vous, et prenons le maintenant histoire de ne plus abîmer nos pelles sur la tête des pro-NotAllMen. Parce que beaucoup te diront qu’ils n’aiment pas le terme de culture du viol parce que « on n’entretient pas ça activement ». Ce qui est occulter avec une mauvaise foi crasse qu’ici le terme culture a plus à voir avec la culture française / américaine / de ton coin du monde qu’avec la culture des betteraves. Que je sache, la plupart des gens autour de moi évoluent dans une culture française, d’héritage juédo-chrétien. En ce sens, certains de leurs comportements, de leurs valeurs, de leurs comportements s’inscrivent dans ces dîtes cultures. Oui oui oui, sachez que quand vous glorifiez tel ou tel artiste parce qu’il souffre teeeeellement mais que grââââce à ça il produit des trucs de dingue, vous êtes en pleine culture du martyr, très très très chrétien ça. Pour autant, vous n’en avez pas conscience, pas plus que vous ne cherchez à promouvoir la pensée chrétienne. C’est un trait que vous avez hérité, une façon de pensée qui valorise la souffrance et en fait l’échelle à partir de laquelle vous évaluez le monde et les gens. Avouez, c’est qu’à moitié glorieux formulé comme ça hein ? Vous n’y êtes pour rien : vous n’êtes pas si vieux, vous n’avez pas été élevé sur une île déserte, vous avez donc hérité d’une histoire, de valeurs, d’une vision du monde. Vous entretenez tout ça tout simplement parce que vous pensez et agissez tous les jours en suivant les règles dont vous disposez.

Et peut-être qu’un jour, pour une raison X ou Y, vous allez vous dire « mais est-ce que pas un peu pourri quand même de vivre dans un monde où ne sont légitimes que les gens qui se donnent corps et âme à leur travail, au détriment de leur propre santé physique et mentale ? pourquoi est-ce qu’on continue de faire ça ? ». À partir de là, vous allez réfléchir, regarder autour de vous. Vous allez essayer de retracer cette pensée. Et si vous êtes honnête, à un moment, vous allez vous demander à quel point vous perpétrez ces traditions-là vous aussi. Alors vous allez peut-être vous rendre compte que vous valorisez plus le travail d’un artiste si vous avez connaissance des tourments qu’il a traversé (hastag inspiration porn…) au point parfois de croire qu’il faut aller mal pour être artiste (non non et non, quand on va trop mal on se tire une balle dans la tête, et un artiste mal est un mauvais artiste. merde), vous allez peut-être arrêter de regarder votre collègue de travers parce qu’iel s’en va bel et bien à 18h, comme indiqué sur son planning, d’ailleurs, dans la foulée, vous allez peut-être même arrêter de considérer que votre valeur est corrélée au nombre d’heures sup que vous faîts. Et cetera. Et cetera.

Et bah la culture du viol, c’est pareil.

Quand tu prends conscience de toutes les saloperies sexistes, transphobes, racistes, homophobes, classistes, psychophobes et validistes que tu as pu prononcées.

BIEN SÛR que 99,9999% des hommes blancs cis hétéros ne cherchent pas consciemment à opprimer leur prochain (femme non-cis racisé non-hétéro). En vérité, l’homme blanc cis hétéro est une petite créature fragile à qui on a appris que tout lui était dû. Bien entendu, pas parce qu’il est un homme, cis, hétéro, ou blanc, juste parce qu’il est lui et qu’à partir de là le monde s’ouvre à lui, plein de possibilités, et que s’il bosse assez, il aura tout ce qu’il veut. De ce fait, l’homme blanc cis hétéro est naïvement persuadé qu’il en va de même pour tout le monde, puisque nul ne lui a précisé qu’il était avantagé. Donc, si les autres n’obtiennent pas ce qu’il obtient, c’est bien qu’ils ne s’y prennent pas comme il faut, puisque lui n’est qu’un homme et qu’aucun passe droit ne lui a été attribué.

Si bien que comme mes étudiants, sûr de leur bon droit à se foutre éperdument de ce que je racontais puisque mon cours « n’était pas utile », les hommes blancs cis hétéros sont sûrs de leur bon droit et ne voient aucun problème autour d’eux. Tout va très bien madame la marquise. En vérité, c’est là que les problèmes commencent. Parce que en soi, c’est vrai : on ne peut pas complètement leur en vouloir. Qui me dit que j’aurais fait mieux à leur place ? J’agis sur les privilèges que j’ai, mais est-ce que je ne le fais pas uniquement parce que j’ai conscience des oppressions que je subis et cherche donc à éviter de les répercuter sur autrui ? En tant que prof, je ne peux pas reprocher à mes élèves / étudiants de ne pas savoir quelque chose qu’on ne leur a pas expliquer. Le problème avec cette métaphore, c’est qu’à un moment le fil se casse : en tant que prof, je suis payée pour expliquer ci ou ça à mes élèves / étudiants, parfois je suis même payée pour l’expliquer et le réexpliquer et le reréexpliquer et ainsi de suite. C’est mon travail. L’évaluation de ce travail étant la compréhension de l’élève, c’est mon but final. Mais dans la vie… quand ce sont mes amis, mon frère, mon père, un collègue, à qui je dois expliquer tout ça, quel est le but final ? Comment évaluer la réussite de mon explication ? Les dés sont faussés dès le départ : parce que je suis humaine, je vais naturellement et naïvement supposer que les gens qui m’aiment vont faire, à la hauteur de leur moyen, en sorte de ne pas me blesser, voire même, faire en sorte que je me porte bien. Parce que je suis héritière d’une certaine culture du romantisme,  dans laquelle je baigne, je peux même des fois m’attendre à ce que ceci se fasse naturellement. Heureusement pour moi, j’ai eu la bonne idée de comprendre assez vite que les humains ça se lisaient pas comme des livres et que des explications de textes étaient quasiment systématiquement nécessaire (et ce quelle que soit la relation). Mais alors donc, c’est quoi le but ? Que les hommes autour de moi prennent conscience du mal qu’ils font aux femmes autour d’eux ? Du mal qu’ils me font ? Qu’ils changent ? Si oui quoi ? Dans quelle mesure ? Et surtout : à quelle vitesse ? Parce que si je souffre, je suis déjà occupée à gérer ma souffrance, puis-je me permettre d’expliquer encore et encore les conséquences du harcèlement de rue sur mon existence au risque de m’entendre balancées les saloperies d’usage qui ont de très fortes chances de sortir de la bouche des gens même que j’aime ? S’ils se ratent, suis-je capable de leur pardonner en me répétant encore et encore que l’intention était louable et que plus tard j’expliquerai, alors tant pis si en attendant je passe pour une hystérique qui s’énerve pour « rien » ? Suis-je capable d’accepter d’être à la fois l’oppressée et à la fois celle qui s’excuse s’efface s’explique constamment pour ces mêmes oppressions ? Suis-je capable de serrer les dents sur ma double peine jusqu’au moment où enfin, les hommes qui m’aiment se décident à bouger un tant soi peu ?

Et surtout : sont-ils capables de bouger ? D’accepter de reconnaître qu’ils ont des avantages sérieux sur moi et les autres et que donc s’ils veulent vraiment m’aider, moi et les autres, il va falloir qu’ils envisagent SÉRIEUSEMENT de changer ? Pas juste pour se donner bonne conscience, mais pour de vrai, pour que les choses bougent.

L’explication est-elle réussie quand les choses bougent ? Et quand bien même, ça veut dire quoi « bouger » ? Est-ce que je peux considérer ça comme une victoire si du coup les hommes qui m’aiment considèrent enfin mes problèmes comme de vraies problèmes mais refusent d’entendre ceux de mes ami.e.s homosexuel.le.s ?

Quand il va vraiment falloir arrêter de faire chier.

Parce que le problème, c’est qu’arrive à un moment on n’a plus la force ni l’énergie, et encore moins le temps, d’expliquer. À un moment, on a juste trop mal pour ça. Ou alors on a peur.

Parce que presque toutes les femmes savent faire de leur trousseau de clé un poing américain.
Parce que je ne compte plus les amies que j’ai raccompagnées chez elles parce qu’elles avaient peur.
Parce que comme beaucoup je calcule mes itinéraires en fonction de la masse d’emmerdes que je me sens capable de gérer
Parce qu’on m’a encore renvoyé au rang de plante décorative
Parce que je sais que ça ne sert à rien de porter plainte pour viol
Parce que je dois soutenir les amies qui décident quand même de porter plainte pour viol
Parce que je connais plus de gens qui se sont fait violé.e.s que de gens en CDI
Parce que tout le monde semble autorisé à juger mes choix vestimentaires, capillaires, sentimentaux, sexuels, de vie en général
Parce qu’il m’arrive de me mettre à pleurer devant ma commode le matin
Parce que j’en peux plus de devoir gérer les conséquences de mon choix de tenue (qui selon moi devrait s’arrêter à « ce tshirt est cool »)
Parce que tout le monde a décidé que non seulement j’aurai des gosses mais qu’en plus j’aimais ça
Parce que si jamais je me mets en colère on me dira que je suis hystérique, que je m’énerve pour rien
Parce que si je me mets en colère, on invalidera d’office ce que j’ai à dire pour « vice de forme »
Parce que quand tu es femme, tu ne peux jamais avoir raison, tes choix sont forcément mauvais et tout le monde a le droit de te le dire
Parce que la première fois que je me suis vraiment reconnue dans un perso féminin dans une série j’avais déjà 25ans
Parce qu’on fait pas tellement de rôles divers au féminin
Parce que des hommes expliquent aux femmes ce qui vaut la peine qu’elles se révoltent ou pas
Parce que des personnes cis expliquent aux non-cis où sont vraiment les problèmes
Parce que des blancs expliquent aux racisés quand et où ils peuvent se rassembler pour bien respecter la liberté d’expression
Parce que des hétéros expliquent aux non-hétéros de tous bords qu’ils sont pas « homophobes mais »..
Parce que cette liste est déjà terriblement longue, mais loin, très loin d’être exhaustive

Et certain.e.s cumulent. Certains jours tout ça arrive d’un coup. Certains jours des hommes m’expliquent que le harcèlement de rue et le manspreading c’est des faux problèmes montés en boucle par des mauvaises féministes sur internet, alors que ce jours-là, une voiture a ralenti à côté de moi pour me siffler puis me traiter de salope, que le vigile de l’inter avait soudain le droit de me tutoyer (ou de me eller ? oO) parce que j’ai la cuisse tatouée, d’ailleurs un inconnu dans le métro s’est senti autorisé à toucher celui de mon épaule, qu’un vélo à piler devant moi tellement je suis jolie (en me barrant le passage of course) et qu’enfin dans le métro le mec profitait de mettre sa main dans sa poche pour me la passer au cul tant qu’il y était. Alors des fois oui, tu es en colère et tu n’as pas la force d’expliquer parce que tu ne devrais même pas avoir à expliquer que tout ça n’est pas normal. Et là j’ai deux choix : soit je suis en colère, et tant pis pour les dégâts collatéraux, soit j’entre dans un cercle vicieux où je ne parle plus de cette part de ma vie aux hommes de ma vie, entretenant ainsi leur ignorance. On a plus la force d’expliquer parce qu’on a déjà tellement tout essayé pour arriver toujours au même résultat qu’on n’en peut plus. Parce qu’on sait que si on se met en colère personne n’écoutera en faisant passer ça pour une critique constructive de la façon dont on porte notre message. Alors que merde, y a pas un moment où vous pouvez juste admettre qu’il y a des putains de bonnes raisons d’être en colère ?

Alors, aux hommes de ma vie,
aux hommes que j’aime
aux hommes qui m’aiment

sachez le, la colère, c’est salutaire.

On est d’accord, ça va piquer. On est d’accord qu’à la base vous n’y êtes pour rien. Et même nous on le sait. Bien sûr qu’on fait la différence entre la culture du viol / l’oppression patriarcale et vous, individus qui peuplez, souvent avec bonheur, nos vies. Mais il arrive à un moment où je suis bien obligée de faire comme avec mes étudiants : fermez vos gueules, et écoutez.

Parce que si je ne me mets pas en colère contre tout ça, ça veut dire que je le considère comme acquis, comme normal. Je ne veux pas de ça pour vous : je vous aime, et considère donc que vous valez beaucoup mieux que ce que ce système veut faire de vous. Et je vais donc continuer de vous faire chier jusqu’à ce que vous montriez tout le potentiel de gens biens que vous contenez (dire que vous avez du potentiel, ça suffit pas, ça me fait même pas une belle jambe). Et surtout, je refuse tout ça pour moi. Je refuse d’être un objet de décoration. Je refuse que ma valeur ne soit jugée que par celle du mec avec qui j’aurais décidé de m’installer en tout bien tout honneur et selon les règles. D’ailleurs je refuse de suivre des règles autres que celles que j’aurais choisi avec l’hypothétique partenaire en question. je refuse d’arrêter d’aller aux endroits où j’ai envie d’aller. Je refuse de devoir systématiquement choisir mes vêtements en fonction du monde extérieur. Je refuse de considérer qu’il est normal que nos corps soient mis à la bonne disposition du reste du monde façon fast-food. Je refuse de considérer que les violences que j’ai subies soient normalisée. Je refuse que celles que mes amies ont subies restent impunies. Je refuse que mon seul argument pour dépasser tout ça soit « au moins je suis blanche et hétéro… », parce que c’est quand même bien un argument de merde (et un argument de connard égoïste).

Parce que si je ne mets pas en colère, je finis moi aussi par dire des saloperies sexistes racistes transphobes psychophobes validistes classistes et homophobes, perpétuant ainsi la chaîne de la haine et de l’oppression. Et je ne veux pas être cette personne. Alors je me mets en colère, parce que si je suis en colère pour ce qui m’arrive, alors je dois l’être aussi pour ce qui arrive aux autres, même si je ne suis pas directement concernée.

Parce que si je ne mets pas en colère, je ne sais pas si j’arriverai à me lever demain. Si j’arriverai à m’habiller. Si j’arriverai à trouver la force de mener mes projets. Si j’arriverai à fournir les efforts nécessaires pour faire partie de ce monde qui m’entoure. Si j’arriverai, paradoxalement, à continuer d’aimer les hommes de ma vie malgré tout.

J’adorerais pouvoir ne plus être en colère. J’adorerais vivre dans cette douce ignorance. Mais c’est pas le cas. Et si ma seule chance de survie dans un monde décidé à me voir crever parce que j’ai perdu à pile ou face c’est d’être en colère, alors soyez sûrs que vais cracher tous les incendies dont je suis capable.

Parce que la bombe au poivre c’est dépassé.

Un peu partout, je vois fleurir les articles, ou juste les conversations à mi-mots, à base de « j’en ai marre des hommes cis blancs hétéros ». On le dit pas trop parce que padamalgamemondieunonnotallmen. Mais j’avoue que je commence à en arriver là aussi. Parce que ça use, de tout le temps devoir tout expliquer en sachant la naïveté, l’incrédulité, et parfois le déni et la violence, qu’on trouvera en face, chez ces mêmes personnes sensées nous aimer et nous soutenir.

Donc oui, des fois on se met en colère, en généralisant, sans subtilité.
Parce que s’il est des étudiants à qui il suffit de faire les gros yeux pour avoir le silence,
il est aussi des étudiants à qui il faut dire de fermer leur gueule.

En espérant avoir été à peu près claire…
À bon entendeur

(sur ce, j’ai de la sociolingusitique à lire)

 

La vie est un Tetris lessivé.

Grands Dieux ! Il y a tellement longtemps que je n’ai pas écrit ici. Shame one me. Heureusement, j’ai emménagé dans mon nouvel appart il y a un peu plus d’un mois, et voilà que j’ai déjà de merveilleuses aventures à vous raconter !

Parce que, je n’avais pas emménagé depuis deux semaines que m’arriva cet événement extraordinaire. Il est 20h45, et je me cuisine une petite soupe avec tellement de vermicelle dedans que la cuillère tient toute seule (brave cuillère), quand soudain, on frappe à ma porte. Qu’ouïs-je qu’entends-je ? m’exclamai-je aussitôt (mais dans mon for intérieur, parce que c’est bizarre de se parler tout seul à haute voix)(en langage soutenu, parce que si tu jures comme un charretier c’est normal). À cette heure, je ne voyais pas trois cent raisons pour laquelle on pouvait venir ainsi importuner la préparation du souper (pun intended) : soit la musique était trop forte, soit un voisin était en panne de beurre, ce qui est dramatique. Il était fort peu probable que ce soit la musique, puisque bon, j’avais déjà baissé, et puis c’était jamais que Powerwolf, alors ça devrait le faire. L’hypothèse du beurre semblant la plus probable, j’ouvris la porte pour trouver un groupe de jeunes gens de fort bonne humeur :

« Bonjour, est-ce que par hasard vous vendriez de la drogue ?
_…. euh, non.
_D’accord, merci bonne soirée ! »

Des fois, même les probabilités sont improbables. Du coup, j’envisage de remplacer l’expression « what the fuck » par « ‘est-ce que vous vendriez de la drogue par hasard ». (le « par hasard » est essentiel ! Si vous comptez appliquer vous aussi cette révolution lexicale, ne l’omettez point, vous perdriez tout l’effet escompté)

Quand ma meilleure topine vient m’aider à monter mon clic-clac et qu’elle m’annonce qu’on y arrivera jamais car nous ne portons pas de salopette comme sur le mode d’emploi, mais qu’on y arrive quand même après avoir nous-même percé les trous manquants (« Bon, j’ai dû faire quelques « modifications »… mais ton bureau ikea est fini ! »)

Alors bien sûr, je pourrais vous raconter tous les petits trucs improbables qui me sont arrivés depuis… Et c’est vrai qu’au moment de défaire les cartons, les potes se sont bien marrés d’entendre la liste des trucs bizarres que je trouvais, puisque, rappelons-le, ayant fui mon précédent appartement dans un état de confusion et d’épuisement psychologique assez effarant, les cartons ont été faits… comment dire… et bien ils ont été faits, ce qui était déjà pas mal. Mais mon déménagement n’aurait jamais passé le niveau 3 à Tetris (ce qui est moult nul, mais genre, nul à la puissance beaucoup). En effet, après avoir réparti les livres en une jolie couche fine dans le fond des cartons, puis des sacs, j’ai recouvert le tout du reste de mes possessions. Et passés les trois premiers cartons, accompagnées des trois premières crises d’angoisse, j’ai opté pour la tactique du « fourre tout là dedans et barre toi bordel ». Une technique très efficace niveau rapidité mais niveau stockage… J’ai perdu plusieurs trucs, retrouvé une culotte dans un carton de livres (ce qui est logique puisqu’il y avait tellement des livres partout chez moi qu’il y en avait jusque dans le tiroir à sous-vêtements, l’inverse est donc hautement justifiable), la cuillère à nutella dans le carton contenant mon corpus de thèse (makes total sense pour le coup), des morceaux de Rambo la plante verte dans les fringues (je mets une parenthèse par pur équilibre avec les deux items précédents, je n’ai aucune explication), une balle de tennis dans le sac avec les câbles USB et autres technologies (les règles du tennis étant aussi claire que le fonctionnement d’un ordinateur, it makes total sense once again), etc etc ETC. Bref, on a bien rigolé. Et désespéré. La prochaine fois, je demande à mes amis devenir m’aider dès la phase d’encartonage…

Je pourrais raconter tout ça. Mais en vrai, ce qui vous intéresse vous, c’est une aventure dantesque, pas vrai ? Un moment d’epicness quotidien comme seules peuvent en produire la maladresse et la bêtise combinées n’est-ce pas ? Je commence à vous connaître. Et vous allez être servis. Vous connaissez tous le dicton qui dit « un papillon bat des ailes à New-York et ça déclenche un tremblement de terre en Chine » ? Et bien, si on omet que dire un « tremblement de terre en Chine » ne nous avance guère vue la taille de la Chine, cette histoire est de cet ordre-là. À ceci près que le papillon a déclenché un tremblement de terre, un tsunami, une fuite dans une centrale nucléaire, et un incendie criminel en Amazonie. (conclusion : sauvez des centrales nucléaires, tuez un papillon)

Ça faisait un moment que je ne vous en avais pas parlé, mais j’ai retrouvé mon endroit préféré sur Terre : la laverie. Après avoir connu le luxe de vivre dans un appartement doté d’une machine à laver pendant un an et demi, je me retrouve à nouveau condamnée à bloquer une heure et demi de ma vie toutes les deux semaines tout ça pour laver mon linge. La bonne nouvelle, c’est que je retrouve mon créneau préféré pour lire des mangas sans culpabiliser de lire des mangas. Ça, c’est plutôt chouette. De leur côté, mes sous-vêtements peuvent à nouveau se livrer à leur exhibitionnisme traditionnel en se jetant systématiquement sur la vitre, quelle que soit la stratégie de répartition du linge choisie. (chose your battle : j’ai arrêté de lutter, je me contente de faire semblant de ne pas connaître ce soutien-gorge)(le pire c’est pas tant quand ta lingerie s’expose que quand c’est la semaine où tu as eu tes règles)(POÉSIE BONJOUR) Qui plus est, aller à la laverie est une véritable expédition… Ma proprio semble avoir un gros problème avec les distances (et c’est une borgne qui le dit, c’est vous dire !). Quand elle nous avait filé le plan de l’appart pour que je puisse le meubler, ses mesures étaient presque le double de la réalité. De même, quand j’ai visité, elle m’avait dit qu’il y avait une laverie « juste derrière », ce à quoi je m’étais dit « cool » (des fois je sais être synthétique)(but not today). Il s’est avéré que le « juste derrière » nécessite de prendre le bus et descendre 7 arrêts plus loin. Ce qui implique de rajouter le temps de transport au temps de laverie. Ce qui implique de rajouter le temps de rater le bus à 30 secondes près et attendre le suivant au minimum dix minutes au temps de transport (oui parce que maintenant que je me déplace quasi uniquement en bus, j’ai développé ce super pouvoir consistant à le rater à une ou deux minutes près, quand je ne le vois pas purement et simplement me passer devant)(le sens du timing je vous dis !). UN BONHEUR

Mais ce bonheur n’était encore pas suffisamment grand… alors j’en ai rajouté une couche !

Quand je commence à m’interroger sur la vraie nature de ma nouvelle proprio. (« Sérieusement Souris, faut payer ton loyer ! »)

Comme je vis dans un luxueux 18m² et que je suis une grosse bordélique désorganisée, le rangement est une lutte de tous les instants.La question du stockage de mon linge sale s’est très vite posée. Depuis des années et des années (comprendre : mon arrivée à Rennes…), le linge sale avait pour tradition de se ranger bien gentiment dans mon sac de voyage qui allait lui même bien gentiment se ranger sous mon lit. Ce qui était absolument parfait parce qu’alors le moment venu, il n’y avait plus qu’à fermer le sac et partir à la laverie (parce que c’est beaucoup plus facile de partir avec ton sac qui roule que de traîner tes fringues dans un sac de courses)(et ça t’évite de perdre tes chaussettes le long de la route façon petit Poucet)(car il ne restera plus aucune chaussette pour les lutins de la laverie). SAUF QUE cette brillante tradition a dû prendre fin devant l’absence de lit. Drame. Après un intense brainstorming (comprendre une semaine à laisser traîner le linge sale dans tous les coins possibles pour voir où c’était le mieux), j’ai finalement réalisé que le sac de voyage logeait parfaitement sous le meuble de la salle de bain, ce qui me permettait de conserver l’ingénieuse tradition. Que n’étais-je diablement fière de moi ! Jusqu’à ce dramatique samedi, deuxième Samedi de Laverie depuis mon emménagement.

Hier donc, je sors le sac de sous le meuble, pour trouver sous le dit meuble… une espèce de flaque bleu noir dégueulasse. VENDRIEZ-VOUS DE LA DROGUE PAR HASARD ! m’écriai-je alors. J’ai d’abord à la mini fuite du lavabo. Sauf que c’était complètement con puisque mon tas de fringues aurait dû absorbé la fuite si tel était le cas. Hypothèse repoussée. Finalement, je comprends assez vite que c’est de la lessive… Ma lessive, liquide, a fui. Le bouchon n’était pas hermétique et n’a donc pas très bien vécu d’être stocké allongé, pendant deux semaines. Le fond de mon sac est donc littéralement imbibé de lessive liquide. Le sol de la salle de bain est gluant de lessive dégueulassé par les huit années de crasse accumulées par mon sac. BON. Comment juguler le drame ?

J’attrape donc un rouleau de papier toilette et commence à éponger le fond du sac comme je peux. Ce qui prend une plombe cinq. L’intérieur étant couvert d’une matière façon kwai, ça se fait relativement bien, mais l’extérieur est, comme tous les sacs de voyage, fait dans un tissu hyper épais… Je m’en vais me saisir de l’éponge et essaie de retirer le reste. Sur le moment, j’ai l’impression que ça marche pas trop mal… D’autant que je n’ai pas le choix : le sac DOIT être un minimum utilisable puisque je DOIS aller à la laverie ce week-end. Comme je pars sur Paris la semaine prochaine, j’ai condensé ma douzaine d’heures de cours sur trois jours. Je n’aurai pas le temps d’y aller la semaine prochaine. Et la semaine suivante j’épongerai sans doute le retard pris en m’offrant un week-end de trois jours (et une énorme tartine de culpabilité avec)(en fait prendre un gros week-end en thèse c’est un peu comme boire cette cinquième pinte de bière : tu sais que c’est vraiment pas raisonnable, que tu vas être raide déchiré et que tu passeras ton lendemain dans le noir, mais bon sur le moment c’est tellement cool une cinquième pinte de bière !), donc je n’aurai pas le temps avant le week-end, ce qui voudra dire un mois de linge à laver. Je ne préfère pas imaginer le bordel. Bien sûr, j’aurais pu me contenter de passer le contenu du sac dans des sacs de course, mais encore une fois, je me connais : j’aurais semé toutes mes chaussettes tout le long de la route, et bien entendu, ça aurait été la route du retour, ce qui veut dire que j’aurais les dites chaussettes pour rien. Et ça, je ne pourrai pas le tolérer ! Je prie donc pour avoir effectivement épongé le plus gros et choisis d’embarquer mon drap à laver : comme ça je le foutrai dans le fond du sac pour le retour, s’il en restait à éponger, y aura que le drap à relaver. (c’est le moment où j’espère intérieurement passer pour quelqu’un de pragmatique et sensée. Quelque chose me dit que ça ne va pas suffire à vous convaincre, et je ne comprends pas pourquoi)(et non je n’ai pas l’intention de me relire pour comprendre).

Quand je me retrouve rayon « produits d’entretien » (« Quand je vois des pubs à la télé avec des femmes au foyer souriante et heureuse d’utiliser un nouveau produit ménager, la seule chose que je veux acheter c’est la drogue dont ils se gavent… »

Mais je suis encore loin de mes peines puisqu’il faut maintenant nettoyer le sol. Or, je n’ai pas encore acheté de serpillière (je ne sais jamais écrire ce mot, ça me désespère, un peu comme ascenseur…). Spoiler alert : si vous êtes à cours de produit pour serpiller, sachez que la lessive liquide n’est pas un bon remplacement. De rien. Je me réempare donc de mon éponge et commence donc à éponger (vous ne l’aviez pas vu venir pas vrai). C’est hyper galère… Non seulement parce que j’ai mes règles, ce qui implique de fortes douleurs aux reins et au ventre, entraînant donc que me retrouver à quatre pattes sous un meuble n’est pas vraiment synonyme de funitude, mais parce qu’en plus, la lessive ça s’éponge super mal ! Le tout forme un truc de plus en plus visqueux et gluant et collant… qui vient agglomérer poussière et cheveux en plus. Après avoir officiellement accordé le titre de Éponge Spécial Ménage à mon éponge, je constate, désemparée, que je ne vais pas pouvoir laisser les choses en l’état parce que j’ai peur que laisser sécher le tout ne forme un monstre de crasse et de lessive gélifiée. Notez que ça aurait pu être cool, je l’aurais appelé Ironie et je vous aurais raconté ses aventures, mais bon je vous rappelle que je n’ai que 18m² et que je ne suis pas prête à les partager avec un monstre mi-crasse mi-lessive au nom de la littérature (oui, cette phrase n’est pas crédible, je sais). Je décide donc de récupérer un vieux torchon et d’en improviser une serpillière pour au moins virer le plus con, le temps d’acquérir une vraie serpillière. Et pour le coup… et bah ça marche. Et je tiens à vous le dire parce qu’il faut bien compenser tout le reste. J’arrive à virer le plus gros et à faire que le sol ne colle plus. Ma salle de bain pue la lessive, mes mains aussi, mes fringues aussi. Je décide de mettre à sécher le torchon sur la tringle de douche, et quand je me retourne, je tilte que ça veut dire enjamber la petite zone que je viens de serpiller. Ce que je fais… mal. Je pose donc le pied dans la zone humide, et bien entendu, je glisse et m’explose la tronche dans la porte. (c’est convenu mais on ne résiste jamais à une bonne histoire de « tarte à la crème » n’est-ce pas ?)

J’embarque donc mon sac plein de lessive (dans la bouteille ET dans le sac) et file pour la lessive. Je constate en attendant le bus (après avoir raté le précédant de 3 minutes) que mon sac a viré au violet. Ce qui est aussi original qu’illogique. Vendriez-vous de la drogue par hasard?! me direz-vous, et sachez que je comprends votre désappointement. Mais à ce stade-là, j’aurais presque trouvé ça joli si le fond de mon sac ne suintait pas de lessive.  Bref, j’arrive tant bien que mal à la laverie, je charge ma lessive et pendant que mes soutien-gorges se la jouent danseuses du Moulin Rouge, je file au Super U d’à côté en quête de serpillière…et d’un goûter. J’ai bien trouvé un goûter, mais pas de serpillière. Encore une fois : vendriez-vous de la drogue par hasard ???!!!! m’écriais-je en plein milieu du rayon devant le regard mi-contrit mi-appelez les flics des autres clients. En tout et pour tout, ils ne vendaient que des serpillières à franges. Et si Lidl m’a bien appris une chose c’est que les gens sont méchants c’est toujours ta faute le client est roi ta vie vaut moins qu’une auto-laveuse il ne faut pas compter sur les mecs juste parce qu’ils ont été engagés parce qu’ils ont des gros bras démerde toi tout seul et vite où sont les oeufs les serpillière à frange, c’est le mal et ça n’éponge absolument rien. Ce qui est juste l’enfer sur Terre quand tu dois éponger ce qui a été renversé. Ce qui arrive relativement régulièrement quand tu es maladroit. Du coup c’était un peu le désespoir dans mon coeur à ce moment-là. J’ai dû me rabattre sur des lingettes imbibées, parce que je n’allais pas avoir le temps, ni le courage, d’aller au gros intermarché, et que j’ai pour principe de ne pas faire mes courses le dimanche, donc qu’il allait falloir trouver une solution pour tenir jusque là (oui, après plusieurs saisons, mon principe de ne pas faire de course le dimanche vaut mieux que mon appart puant et collant la lessive liquide. J’ai mes priorités !).

Une fois la machine, le sèche-linge et mon manga terminé, je rate le bus, j’attends le suivant, et rentre. Je vide le contenu du sac sur le lit, parce que c’est parti pour le nettoyage à grandes eaux… Je fous donc le sac dans la douche et commence à éclabousser joyeusement tout l’univers, parce que je ne suis pas douée. Le bac de la douche vire donc au bain moussant… bon d’accord, au pédiluve moussant. L’eau hésite entre le bleu de la lessive et le noir de sept ans de crasse… Magique je vous dis. J’essaie tant bien que mal de rincer le tout, mais c’est un peu compliqué de se rendre de si oui ou non c’est rincé. Mes fringues se retrouvent trempés, ce qui m’oblige à me dire que ça aurait été bien de pouvoir les emmener à la laverie dans la foulée LOLILOL. D’autant qu’une fois que je pense avoir fini, je prends conscience d’une chose : comment je vais faire pour faire sécher le tout ?? Je n’ai plus de balcon, il y a bien une grille entre l’extérieur et ma porte fenêtre, mais elle est placé tout proche pour que je puisse coincer le sac entre les deux. J’ai bien pensé au sèche-cheveux, mais un de mes anciens colocs a fait cramer le mien il y a trois ans (il a aussi fait sauter les plombs avec, ce qui lui a valu de manquer de se faire électrocuter. Il a donc unilatéralement pris la décision de le jeter. Ce garçon était quelque peu rancunier je pense), et puis bon, j’avais autre chose à faire que faire sécher un sac avec un sèche-cheveux (genre écrire un article dans lequel je raconte comment je n’ai pas fait sécher mon sac avec un sèche-cheveux). Je décide donc de laisser sécher la bête dans la douche pour la nuit…

Quand je constate l’étendue des dégâts (« Je peux avoir un pinceau »)

Et là vous êtes en train de vous dire « mais bordel, cette histoire de lessive n’a-t-elle donc pas de fin ? » (parce que vous aussi vous vous parlez à vous même dans un langage soutenu, ou presque, je n’en doute point), ce à quoi je répondrais « I KNOW RIGHT ?! », car nous sommes maintenant dimanche et cette histoire n’est toujours pas finie ! (et maintenant vous comprenez pourquoi vous n’avez eu le droit qu’à une autre anecdote en dehors de celle-ci)(pour cette raison et aussi parce que je voulais pouvoir m’écrier « vendriez-vous de la drogue par hasard » tout du long)

En effet, ce matin, j’ai voulu, comme toutes les semaines, laver mes cheveux. Un truc de fifou je vous jure. Il a donc fallu virer le sac humide de ma douche et trouver où le stocker. J’ai finalement décidé de sacrifier un tapis de bain et de laisser le sac sécher dessus (heureusement pour moi, ma mère m’en a refilé plein dont elle ne voulait plus), ce qui m’a permis de constater qu’il était encore imprégné de lessive… Mais il faudra que ça attende… parce que je m’apprête à découvrir qu’avec tout ça, j’ai bouché ma douche. Je rince un peu le bac qui est plein de saloperie, et qui met une plombe dix à se vider. Bien sûr, j’aurais pu décider d’être plus maligne et d’aller laver mes cheveux dans l’évier de la cuisine (parce que tu peux déjà à peine te laver les mains dans le lavabo de la salle de bain alors tes cheveux… à moins qu’ils soient sur tes mains je ne vois pas comment tu peux t’en sortir). Sauf que je n’avais pas encore fait la vaisselle. Depuis trois jours. Alors vous allez me dire « bah suffisait de la faire avant non ? », ce qui implique que clairement vous n’avez jamais vécu avec un bordélique. Parce que pourquoi faire la vaisselle à 12h15, alors que j’allais manger après, et donc que j’allais devoir ENCORE faire la vaisselle ? Autant attendre après manger et tout faire d’un coup. C’est logique. Donc j’ai éliminé cette option. Ce qui n’était pas raisonnable, mais tel un film d’horreur mal écrit, nous conduit au rebondissement suivant, et croyez moi, l’image vaut le détour.

Je tente quand même de prendre ma douche et de laver mes cheveux. Mais après le premier rinçage, j’ai de l’eau jusqu’aux chevilles et elle ne semble pas vraiment décidée à se vider. Comme je commence à me peler le jonc et que j’ai encore un deuxième lavage à faire, je décide de me draper dans une serviette, laissant ma dignité aux vestiaires vu ce que je m’apprêtais à faire. Et je file récupérer une bouteille de lait vide pour écoper le contenu du bac dans les toilettes. VOILÀ. Je vous laisse imaginer : me voilà assise à côté de la douche à vider l’eau du bac qui continue de faire remonter et de la lessive et la crasse de mon sac dans les toilettes en étant drapée dans une serviette et en maugréant parce que j’ai froid et que j’arrête pas de me cogner dans tous les murs à disposition (pourquoi est-ce qu’il faut toujours qu’ils mettent autant de murs partout ?). Et c’est à ce moment-là que je me dis « bordel, il va encore falloir rerincer le sac en plus… »

Quand je fais le bilan du week-end. (« On dit qu’on apprend de ses erreurs. C’est pour ça que je fais autant d’erreurs que possible, comme ça je serai bientôt un génie ! »

Du coup, demain il va falloir que je trouve le temps d’aller à acheter du produit pour déboucher la douche.
Et une (vraie) serpillière.
Et du lait.

Un Wall of Death à vous !
On se retrouve bientôt pour de la fiction (j’espère !), et en attendant sur les habituels  Facebook et twitter

Ça veut dire quoi savoir parler une langue ?

Bonjour Monde !

Dans la mesure où mon cerveau expérimente une phase de réchauffement climatique (comprendre : j’ai vraisemblablement la grippe, et avec certitude une putain de fièvre), je me vois contrainte d’annuler mes cours les uns après les autres depuis deux jours. Ce qui est quand même bien dommage. Du coup, entre deux rêves fiévreux où j’essaie d’expliquer à mes élèves la différence entre aimer et parler (sujet philosophique si l’en est), je me retrouve quand même à cogiter sérieux, d’autant que si cette fin de semaine est placée sous le signe d’une pile de mouchoirs, le début fût plutôt intensif et j’ai enchaîné les cours… et les préparations de TOEIC. Et je crois qu’il y a moult à dire. En plus, ça m’a énervée. Alors essayons de démêler tout ça… (quand j’aurai retrouvé le bouton « justifier » qui a soudainement disparu de l’éditeur de WordPress ce que je ne m’explique pas)(je sais pas pourquoi j’écris quand je suis dans cet état ça va être absolument abominable à suivre, j’espère que j’aurai l’intelligence de repasser derrière moi !) Comme la dernière fois, comme on a le goût du risque, des images à cliquer pour avoir un brin de musique, parce que ça adoucit les moeurs (et le mal de crâne).

Ces derniers temps, j’ai plusieurs élèves qui souhaitent / sont obligés de préparer le TOEIC. Si tu ne sais pas ce que c’est que cette bête-là, c’est une certification de langue. Il en existe plusieurs en fonction du milieu professionnel visé par la suite. Certaines sont payantes, d’autres non, certaines sont élaborées au niveau européen / international, d’autres par les états eux-mêmes. Pour une raison qui me dépasse un peu (ou plus exactement : j’ai plein de raisons en tête mais pas de balise HTML spécial cynisme)(SorryNotSorry), on parle surtout du TOEIC, une certification visant le milieu de l’entreprise, payante (plus ou moins cher, pour vous donner un ordre d’idée, grâce à la fac, je pourrais la passer avec un prix d’ami, entre 70 (étudiants en langue) et 90€ (les autres étudiants)), et n’est valide que deux ans. Il est organisé par un organisme américain, l’ETS, et peut être passé plus ou moins partout dans le monde. On y retrouve les quatre grandes compétences « classiques » en langue : compréhension orale et écrite, expression orale et écrite. Et plus je dois faire bosser des élèves là-dessus, plus j’ai envie de vomir dessus.

Alors qu’on se mette d’accord tout de suite : sans doute qu’aucune des certifications n’est parfaite. Simplement, à part le CLES que j’ai moi-même passé, je ne connais les autres que très rapidement, et aucun élève ne m’a jamais demandé une préparation à autre chose que le TOEIC. D’ailleurs, en général quand les gens ne connaissent qu’une certification de langue, c’est souvent celle-là. Alors forcément, moi, les positions de monopole, ou d’hégémonie, ça m’interroge…

Alors, le TOEIC… en général, je dois préparer mes élèves à la partie compréhension. Pour ce qui est de la compréhension orale, plusieurs épreuves. La première : sur leur fascicule, les participants ont des photos, ils vont entendre quatre propositions pour chacune et doivent choisir celle qui correspond. La seconde : ils entendent une question (soit une seule et unique phrase) suivie de trois réponses, il faut qu’ils choisissent celle qui correspond. Pour la troisième, on diffuse un dialogue, ils ont alors une question sur ce dialogue et plusieurs réponses proposées, ils doivent choisir la bonne. Pour la quatrième, c’est un monologue qu’on leur fait entendre, à nouveau une question et plusieurs réponses, ils doivent choisir la bonne. Du côté de l’écrit, plusieurs épreuves aussi. La première : phrases à trou, on enlève un bout (un mot ou groupe de mots), ils ont plusieurs propositions il faut choisir la bonne. La deuxième : texte à trou, on a enlevé des morceaux de phrases entiers, plusieurs propositions, il faut choisir la bonne. La troisième : des textes, une questions, plusieurs réponses, il faut choisir la bonne. Au plus long, les enregistrements n’excèdent pas la minute, et les textes ne font pas plus d’une demi-page. Tous ces éléments sont indépendants les uns des autres, il n’y a pas de cohérence thématique. Et plus je prépare des gens pour ces épreuves, plus je me demande ce que ça veut dire de savoir parler une langue. Parce que franchement, la langue du TOEIC ne ressemble pas tant que ça à une vraie langue. Pire, elle me donne même l’impression d’une langue morte, froide et mécanique, hors contexte, comme fabriquée en série.

« Mon psy m’a dit que pour atteindre la paix intérieur, je devais terminer ce que je commence. Jusque là, j’ai terminé deux paquets de M&Ms et un gâteau entier. Je me sens déjà beaucoup mieux. » Quand je viens de passer deux heures à faire faire les exos de grammaire du TOEIC à une dyslexique…

À la base, je me suis dit que c’était parce que je me retrouvais surtout à bosser ces espèces de QCM de grammaire… Les fameuses phrases à trou… Un véritable cauchemar d’arrachage de cheveux. Parce que tu te retrouves à interroger les gens sur des trucs tellement tellement précis… Peut-être qu’il vous viendrait l’envie de me dire que la grammaire c’est important tout ça tout ça. Et c’est pas moi qui vous dirai le contraire… qu’est-ce que je leur en fais bouffer de la grammaire à mes élèves ! Le problème n’est pas tellement là. Le problème est qu’on est face à un QCM, le problème est que c’est un exercice de grammaire bête et méchant (vous pouvez appeler ça « phrase à trou » si ça vous fait plaisir, ça change rien au fait) et que comme tout bon exercice de grammaire bête et méchant qui se respecte, il n’y a pas de contexte. Résultat des courses, parfois, deux réponses peuvent être grammaticalement correctes, impactant certes le sens de la phrase, mais comme il n’y a pas de contexte, comment savoir quel sens prévaut ? Parce que si d’un point de vue grammatical et sémantique deux réponses sont possibles, du point de vue de la correction, une seule réponse est attendue. Et ça, ça me pose un gros problème.

Pourtant j’aime la grammaire (c’est mon guilty pleasure à moi…). Et j’en fais bouffer pas mal à mes élèves. Apprendre une langue, c’est comme apprendre à faire du sport de haut niveau : toute ta vie, tu as marché sans réfléchir, sans penser à comment tout ça se faisait, et oubliant au passage qu’à une époque tu ne savais pas le faire du tout. Et puis un jour, tu veux devenir un grand champion, ce jour-là, va bien falloir que tu comprennes un peu mieux comment muscles, os, tendons et tout le bordel fonctionnent et s’articulent ensemble. Du coup, on révise aussi la grammaire française. Mon but n’est pas d’en faire des grammairiens (ou des gens bizarres comme moi), simplement qu’ils puissent voir les rouages et comment tout ça s’articule pour mieux le maîtriser par la suite. Lorsqu’on travaille une notion, je n’attends pas que l’élève me fasse un score de 100% pour considérer que la notion est comprise et passer à autre chose… Parce que sinon, on risquerait de ne jamais passer à autre chose, mais surtout parce que je considère que ne pas faire de faute et comprendre ce qu’on dit et pourquoi on le dit sont deux choses différentes. Si mes élèves sont conscients de l’impact qu’ont leur choix en grammaire sur le sens, s’ils comprennent où ils se trompent, à un moment, je passe à autre chose. Ça sera à la pratique de boucher les trous restants.

Je n’ai pas la prétention d’avoir La Réponse (puisque toute façon La Réponse c’est 42), encore une fois, ceci est mon avis. Mais d’un côté, on se retrouve avec une langue conditionnée à rentrer dans des petites cases, mais parfaite, et de l’autre, une langue consciente d’elle-même et adaptable à celui qui la parle, mais trouée. On pourra dire tout ce qu’on voudra, mais ceci n’est pas un choix neutre. Le TOEIC vise une excellence qui flirte avec l’élitisme, une efficacité certaine, un truc dont aucun poil ne dépasse. Dans la mesure où le TOEIC doit certifier une capacité à travailler en entreprise, le choix est pertinent. Je ne vais pas revenir sur le fait que si vous faîtes plein de fautes dans votre lettre de motivation, vous perdez tout autant de chances d’avoir le poste que vous escomptiez. Alors on peut imaginer sans trop de difficultés que si vous faîtes tout autant de fautes en pleine négociation internationale, ça la fout mal. Mais est-ce que savoir parler une langue se résume à la maîtrise bête et méchante de sa grammaire ?

« Tu connais l’histoire du chien dyslexique qui entre dans un wonderbar ? » (cette traduction de blague sucks bra = soutien-gorge, bar = bar…) Quand mes élèves dyslexiques font des fautes et qu’il faut pas rire.

À partir de quand sait-on parler une langue ? Ça veut dire quoi savoir parler une langue ? Le degré de maîtrise de la grammaire suit-il nécessairement le degré de maîtrise de la langue ? Je doute qu’il y ait une réponse absolue à ces questions. Quelles que soient les vôtres, il est important d’avoir conscience qu’aucune posture n’est vraiment objective face à ça. Or, des certifications comme le TOEIC se cachent justement derrière des allures de parfaite objectivité, neutralité. C’est la magie des chiffres. Le TOEIC réduit la langue à des chiffres : une série de QCM où il faut cocher la bonne réponse, même si dans la vraie vie, deux réponses peuvent être correctes. Et c’est bien là le drame. La langue est une chose tellement riche. On y fourre tellement tout et n’importe quoi… Elle est imprégnée de notre culture, de nos façons de pensée, de nos interdits et tabous (individuels et collectifs). Elle s’adapte au rapport entre les personnes, s’enrichit du contexte autour, est complétée par tout un tas de trucs (gestuelle, intonation, grimaces, smileys, photos de chat, etc). Elle est parfois tellement spécialisée que tu as l’impression que ce n’est pas la langue que tu connais qui est parlée devant toi, alors qu’en vrai tu es juste coincée au milieu d’un covoiturage avec que des gens spécialistes en physique (et en plus y a des bouchons). Bref, la langue y a plein de trucs dedans. Alors du coup, résumer ça avec des chiffres… Et pourtant.

En ce moment, je prépare une de mes élèves au TOEIC. Ça fait deux ans qu’on bosse ensemble. Quand elle me disait qu’elle était dyslexique, t’avais l’impression qu’elle te disait qu’elle était débile. Il a fallu deux mois pour qu’on sorte de là, deux mois juste pour lui faire comprendre que si, on pouvait faire avec les difficultés qui étaient les siennes. Un an pour lui redonner le plaisir de parler. Quand on a commencé, ça lui prenait un temps infini de faire une phrase simple, et quand elle finissait par la faire, ça relevait du Champolion tout terrain pour comprendre ce qu’elle voulait dire tellement y avait de fautes. Aujourd’hui, elle peut tenir une conversation simple, se  faire comprendre, et comprendre ce qu’on lui dit, ce qu’elle lit, dans les grandes lignes au moins. Maintenant, quand on bosse ces foutus QCM, ne reste que le nombre de fautes. On ne parle plus du fond, à peine du pourquoi (parce que toute façon leurs trucs sont tellement précis que soit je balance un ignoble « parce que c’est comme ça », soit je plonge au fin fond des grammaires et bouquins de linguistique comparative…), quant à la notion de plaisir, elle a presque complètement disparu. Le système compte les points, alors elle compte les fautes. C’est tout ce qu’il reste.

Cet exemple c’est pas pour t’émouvoir, c’est simplement une autre façon de montrer qu’on peut prendre la maîtrise de la langue par plein d’entrées différentes. Je suis une amoureuse des mots depuis qu’on a eu la bonne idée de me les foutre dans la bouche, pour moi, c’est important de transmettre ce plaisir-là, la beauté qu’il y a dans les mots, la poésie dans la grammaire (parce que si si y en a !), et surtout, c’est essentiel de se rappeler que la langue, les mots, permettent l’accès à des mondes fabuleux et des gens tout aussi divers et fabuleux. La grammaire n’est qu’un outil pour accéder à tout ça : voyager, parler avec d’autres, lire des histoire, en écrire, etc. Et ensuite, si tu veux aller plus loin, oui, on peut plonger dans les fins fonds de la grammaire et tout décortiquer au scalpel parce que c’est fun, et comparer avec la langue d’à côté. Mais faut faire dans l’ordre et en fonction des priorités, envies, moyens de chacun.

Parce que c’est ça aussi ce qui m’emmerde avec le TOEIC, ce côté froid et sans contexte. Une langue ça n’existe pas sans contexte, et même pire, l’apprentissage d’une langue ne se fait pas sans contexte ! Ne serait-ce qu’à mon échelle… Malgré toute la motivation du monde, mes élèves ont une vie à l’extérieure plus ou moins remplie, plus ou moins galère. Il y a toujours du temps de « pris » sur mon cours pour s’assurer du bien-être de l’autre. Ça peut aller de juste 5 minutes quand tu as des adultes qui te diront juste qu’ils sont sur un nouveau projet au boulot ou bien que les gosses ont été malades et c’était galère, jusqu’à 15 minutes pour les premières années de BTS qui découvrent la vie hors lycée. Il y aussi eu ceux qui annulent pour décès du père de la meilleure amie, ceux qui me racontent le roman familial parce que ça pèse et qu’en conversation t’as eu le malheur de demander s’ils avaient des frères et soeurs. Toutes ces choses, elles pèsent, elles ont de l’influence sur le temps de cerveau disponible. Du temps que même coca il peut pas racheter. Parce que le cerveau n’est pas doté d’un interrupteur et que les soucis vont continuer à carburer dans un coin, ou bien que les réserves d’énergie et de concentration sont pas élastiques à l’infini. Il y a ceux qui auraient besoin de te voir au moins deux fois par semaine mais galèrent déjà à te payer un cours par semaine, alors faut trouver d’autres façons de travailler. Etc. Etc. Etc. Et ça, c’est juste pour apprendre une langue secondaire ! Parce que ta langue primaire… tu peux encore multiplier les facteurs d’influence : si tu as été stimulé linguistiquement ou pas, si on t’a corrigé, comment, tes premiers contacts hors cercle familial, les différentes formes de langue que tu as pu croiser, la place de la langue chez toi. Etc. Etc. Etc. Il y a toujours un contexte. Alors quand je vois ces foutus QCMs, froid et sans possibilité d’aménagement, ça me donne envie de me passer la rétine à la javel.

« Pourquoi je devrais appuyer sur 1 pour anglais alors que vous allez me transférer à quelqu’un qui ne le parle même pas ? » Quand les QCMs de grammaire te ressortent une tournure qu’aucun anglophone n’utilise dans la vraie vie.

Alors plus ça va, plus je m’interroge : ça veut dire quoi savoir parler une langue ? Peut-on dire d’un pur grammairien qu’il survivra dans le monde de dehors ? Genre, peut-on demander à un académicien d’aller faire ses courses tout seul sans guide alors que les mecs sont capables de cracher sur des réformes qu’ils ont eux-mêmes validées trois ans plus tôt ? (ces questions sont posées avec une telle objectivité, c’est impressionnant…) J’ai vraiment l’impression qu’on rate quelque chose. We’re missing the point… Cette espèce de langue aseptisée, est-ce que c’est vraiment ça savoir parler ? Est-ce qu’on peut résumer ça à mettre les mots dans le bon ordre et avec l’accord correspondant ?

Franchement, j’ai beau être la première rebutée quand il y a vraiment trop de fautes partout, j’espère que non. Qu’on puisse résumer la langue à cocher la bonne case, à un nombre de points… ça me déprime. Ça m’agace, ça m’énerve, ça m’attriste et ça m’écœure. Alors vous me direz qu’il faut bien des outils pour évaluer les compétences… Certes. Mais la maîtrise de la grammaire ne peut pas aller sans un minimum de compétences sociales et culturelles, ce qui dans ces certifications passent complètement à l’as… Or, dans une négociation, certes, faire des fautes tous les trois mots, ça la fout mal, mais ne pas repérer une nuance, une subtilité, peut être tout aussi traître…

Bref, on va pas dire qu’il faut virer tout ça parce que c’est tout pourri (ha bon ? c’est parce qu’on est malade et qu’on a pas l’énergie qu’on va pas le faire ? parce que bon, y a trois jours on était beaucoup plus véhéments…), mais tout ça est quand même sérieusement incomplet, et ça serait bien d’en avoir conscience. Parce que dans le cas contraire, on continue à promulguer une langue joyeusement élitiste.

Sur ce, faut que je recode l’article, et que j’aille me regreffer de la peau de nez. On se retrouve sur  Facebook et twitter pour ceux que ça intéresse. Et tu peux bien sûr donner ton avis, c’est toujours intéressant.

Cet article est dédié à Amaury qui répond toujours à mes appels au secours quand je veux parler méthode ou grammaire <3
Merci à Solène pour sa relecture (mais genre tu m’as rien dit sur mes virgules, what’s wrong girl ?)

Le client est roi ou la tragique histoire de Bouton d’Or…

Qu’ouïs-je ? Qu’entends-je ? Cet article aurait déjà plus d’une semaine de retard ? Diantre, mais c’est terrible Sans doute qu’il était caché derrière les oeufs. Ou bien que j’avais des dossiers administratifs multicolores nécessitant donc la prise simultanée de cocaïne et de LSD. Ou encore que j’étais d’ores et déjà en train de chercher à nouveau du travail à peine rentrée dans mon fief rennais. Ou alors peut-être que je buvais des bières en terrasse. Ou que je rempotais Rambo qui a profité de ses vacances pour pousser, ainsi qu’une forêt de patates sauvages qui squattait mon placard de cuisine. Ou bien finalement un peu tout ça à la fois… Mais toujours est-il que je ne pouvais pas vous laisser sans faire un bilan de cette saison ! Le genre de bilan qui redonne foi en l’humanité et qui fait du bien et qui donne le sourire et qui donne envie de croire que nous ne sommes pas le cancer de cette planète ! Et bien Lecteur, je suis désolée, mais il y avait rupture de stock de ce type de bilan. Du coup, bah j’ai fait comme j’ai pu, j’ai pris la marque en dessous, tu sais, celle tout en bas du rayon, ou en tout en haut…Selon les usines, ça a exactement le même goût. Alors lecteur, es-tu prêt pour un bilan de l’humanité à la qualité lidl ? Non ? C’est balo.

Quand la fin de saison a été tellement intense que je mets un moment à récupérer un rythme de vie...

Quand la fin de saison a été tellement intense que je mets un moment à récupérer un rythme de vie… « Je suis allé jusqu’au boulot et puis je me suis souvenu… qu’on était samedi. »

Et je me rends compte que je n’ai pas dit un mot de ces clients qui en sont pas nécessairement méchants, juste maladroits… Ces clients qui savent que tu es en train de bosser à autre chose et qui aimerait te poser une question, tout en te faisant savoir qu’ils savent qu’ils te dérangent mais qu’ils veulent juste une info vite fait et puis après ils s’en retournent vers d’autres aventures… Ces clients ils sont rigolos parce que du coup, ils ont des façons originales d’entrer en contact avec toi. Des gens à peu près aussi doués socialement que je le suis.

« Bonjour, vous travaillez là ? »
Non non. J’ai un polo bleu avec écrit en gros lidl et je passe la serpillière, mais non, je ne travaille pas là. C’est juste mon kiff de passer la serpillière chez lidl dans un polo bleu moche qui gratte et qui pue. Y a des gens ils font du macramé, ou du coloriage pour se détendre, moi je passe la serpillière dans une grande surface. Ça me détend.

« Je vous dérange là ? »
Non non. Je suis en équilibre sur des pots de nutella avec des cartons de pots de confiture à bout de bras au-dessus de la tête. Moi je dis que c’est le moment parfait pour qu’on tape la causette. Dîtes moi tout. Quels sont vos rêves ? Vos peurs ? Plutôt slip ou caleçon ? Ça vous dérange si je me vautre comme une merde ?

« Je vois bien que vous êtes occupée, mais vous pouvez m’attraper ça ? »
Euh oui
« et ça ? »
oui…
« et ça »
dis donc tu veux pas que je fasse tes courses non plus !

Il y a aussi ce paradoxe incroyable qui entoure la personne mystérieuse qu’est la caissière… Parce que la caissière, tout le monde le sait, c’est un être un peu con, un être qui a raté sa vie et a donc a atterri dans le rebut de l’humanité, à peine humaine, la caissière a besoin qu’on lui explique tout lentement, qu’on lui répète et qu’on lui explique étape par étape. C’est important. La caissière, c’est l’autre. Il est donc essentiel de bien maintenir cette différence. Un peu comme on continue à dire « migrant » plutôt que « réfugié d’une guerre qu’on a nous même armé » ou bien « gens qui n’ont rien demandé à personne mais ont vu leur vie réduite en cendres en 30 secondes ». Ne surtout pas se rappeler que la caissière est une vraie personne. MAIS des fois, parce que c’est arrangeant, on prête à la caissière des pouvoirs quasi-surnaturels, une intelligence de prix nobel, et une connaissance du monde à faire pâlir les plus grandes bibliothèques du monde. On peut aller demander à la caissière mille et une choses… et être surpris qu’elle ne sache pas répondre.

« Dîtes le [insérez nom de vin de votre choix] c’est un vin plutôt amer non ?
_Aucune idée madame..
_Ha, parce que j’aime plutôt les vins doux, alors qu’est-ce que vous pouvez me conseiller ?
_Aucune idée madame…
_Comment ça ? Vous travaillez pourtant bien ici !
_Certes, mais je ne suis pas oenologue. D’ailleurs, je déteste le vin. Je les trouve tous dégueulasse pareil. À part qu’il y a des dégueulasses rouges et des dégueulasses blancs. Mais au goût c’est pareil. Je crois qu’il y a une très bonne cave à [nom de ville pas loin], ils sauront parfaitement vous conseiller par contre »

Car bien entendu, mes compétences en oenologies avaient été au centre de mon  entretient de recrutement…

« Vous connaissez une boîte de nuit dans le coin ?
_Non.
_Bah quand même ! Vous êtes jeunes pourtant.
_Oui, mais j’aime pas les boîtes de nuit. Y en a. Mais je sais pas où.
_Faut sortir voyons ! Regardez, nous on est jeune, on sort ! Jolie comme vous êtes !
_Je sors. J’aime pas les boîtes de nuit. J’aime pas danser. J’aime pas que vous me parliez comme ça. Au revoir bonne journée. »

Des fois, la caissière aussi est une marchandise.

Quand avec les collègues on fatigue et qu'on se dit qu'il va être urgent d'aller boire un verre

Quand avec les collègues on fatigue et qu’on se dit qu’il va être urgent d’aller boire un verre « Monte ! Je te conduis à ton verre »

Mais je suis mauvaise. Car grâce aux clients, j’ai aussi appris plein de choses. Par exemple, j’ai appris à quoi ressemblait l’alcoolisme !

« Excusez-moi, vous n’avez plus que ça en rosé ?
_Ha non, regardez j’ai tout ça encore. Vous avez largement le choix.
_Non mais en cubis.
_Ha ! [vérifie sa palette] Non en effet désolée… C’est ma dernière palette et je n »ai pas d’autres cubis de rosé dessus.
_Parce que du coup, j’ai été obligé de prendre un cubis de rosé pamplemousse et j’aime pas ça !
_Euh… mais en bouteille on a plein d’autres choses vous savez…
_Non je veux en cubis !
_Et bien en cubis je n’ai rien d’autre…
_Tant pis, j’aime pas le rosé pamplemousse mais bon »

Donc que je récapitule… l’élément essentiel, c’était que le vin soit en cubis ? Qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse ? Un truc du genre ? Donc, tu préfères boire un truc que t’aimes pas, mais le boire en quantité ? Je ne suis pas spécialiste en addictologie, mais je me dis que quand on en arrive à prendre en quantité un vin qu’on sait dégueulasse alors que d’autres options étaient largement ouvertes (ne rien prendre, plusieurs bouteilles d’un autre, prendre une bouteille d’un autre pour patienter et revenir plus tard, prendre un cubis de rouge ou de blanc), je ne sais pas, mais pour moi ça commencer sérieusement à ressembler à de l’addiction…

Et j’ai appris plein d’autres choses ! Par exemple, que certains mots avaient changé de sens. Ainsi, saviez-vous (bordel, j’ai failli écrire « sachiez-vous »…) que le mot « amabilité » avait changé de sens de telle sorte qu’il était devenu un synonyme de « serviabilité », voire même de « servitude ».
Alors que j’étais seule en caisse parce qu’il n’était que 8h40 (soit dix minutes après l’ouverture, pour rappel), le client qui faisait suite à celle que j’étais en train d’encaisser m’apostrophe, alors même que je n’ai même pas fini d’enregistrer les articles de la dame.

« Je voudrais un autre sac.
_Ils sont sous la caisse monsieur.
_Y en a plus à votre caisse.
_[contorsion façon tour d’horizon] Vous en avez aux autres caisses monsieur. Je ferai en sorte d’en remettre à la mienne dès que possible… »

Et je retourne à ma cliente pour finir de m’occuper d’elle. Le vieux ne bouge pas, puis finit par grommeler et s’en va chercher un sac à la caisse juste derrière moi. J’en termine avec la dame et commence à l’enregistrer. Quand d’un coup :

« Vous pourriez être aimable quand même ! Vous auriez pu aller le chercher le sac ! »

Et ça tombe bien, parce que toi aussi tu pouvais aller le chercher. Même que techniquement, tu avais beaucoup plus les moyens de le faire que moi, puisque tu n’avais rien de mieux à faire qu’attendre et tes courses, alors que je travaille et que ce n’est même pas ton tour… Qui plus est, si t’as vraiment la flemme, y a lecler et super U qui proposent des services drive, t’auras même pas à t’emmerder à le remplir le sac. D’un côté je n’ai pas le droit de dire tout ça, de l’autre, j’en ai marre de me faire agresser pour un oui pour un non, et je ne pense pas être en tort, et moi aussi j’aimerais un peu de respect. Alors finalement…

« De la même façon, vous auriez pu me dire bonjour. Comme ça on est quitte.
_Je vous ai dit bonjour !
_Non mais c’est pas grave monsieur, je vous souhaite quand même une bonne journée. »

PARCE QUE C’EST ÇA L’AMABILITÉ MA GUEULE !

Quand la défense des clients pour être des connards c'est que d'autres font pire...

Quand la défense des clients pour être des connards c’est que d’autres font pire… « Oh calme toi, t’en fais trop. T’as fait bien pire ! »

D’ailleurs, certains clients sont teeeeeeellement aimables qu’ils viennent nous apprendre notre boulot ! Rappelez vous, la caissière est un peu conne, alors des fois, il est de bon ton de lui réexpliquer comment elle doit faire pour encaisser des articles.

« Faut que vous retiriez votre carte.
_Mais j’ai pas fait mon code !
_Vous avez mis votre carte trop tôt. Si vous ne me dîtes pas que vous payez par carte, je ne peux pas dire à la machine que vous payez par carte
_Et alors ? On est à une caisse carte bleue uniquement !
_…. Non. C’est une caisse normale… et même si c’était carte bleue uniquement, faudrait quand même lui dire que vous allez payer.
_Mais j’ai vu le signe carte bleue !
_…. c’est le signe « handicapé » pour indiquer que c’est une caisse prioritaire… »

Sur ma dernière semaine, selon monsieur Lidl, on n’était plus en saison. Sauf qu’encore une fois, monsieur Lidl a oublié d’en avertir les clients, qui se sont du coup pointés en masse sous prétexte qu’on était lundi, alors que nous avions déjà trois collègues de moins… On a du monde au point d’avoir des files jusqu’à la moitié des rayons. Résultat, vers midi trente, ma responsable vient nous remplacer chacun notre tour pour qu’on ne pisse pas sur les clients prenne une pause. Lorsque je reviens, je la remercie d’avoir pris sur son temps pour qu’on puisse souffler. Elle termine avec son client et me rend ma place. Alors qu’elle s’en allait remplacer quelqu’un d’autre, celui-ci l’apostrophe :

« Il faudrait au moins une ou deux caisses de plus !
_Je sais monsieur, mais nous manquons de personnel, nous faisons de notre mieux. [s’en va un peu plus loin]
_[en la suivant] Non mais laissez moi vous expliquer pourquoi il vous manque une caisse ! »

Je n’ai pas entendu la suite mais… laisse moi deviner… parce que c’est la merde ? Parce que y a vraiment beaucoup de clients ? Parce que ça serait plus confortables pour tout le monde, clients comme caissiers ? Parce que les gens sur le terrain ne peuvent pas faire leur boulot correctement à cause du monde dans les rayons ? Parce que même aux urgences un 15 août t’attends pas aussi longtemps ? Parce que certains clients qui en ont marre d’attendre balancent leurs trucs partout et qu’il faudra ramasser derrière eux et qu’en attendant ça rajoute encore plus au bordel ambiant ? Parce que du coup le magasin devient de plus en plus dégueulasse de minutes en minutes mais personne n’est dispo pour s’en occuper ? parce que les clients nous crachent leur mauvaise humeur à la gueule en arrivant en caisse comme si c’était notre faute et qu’on n’en était pas victime au même titre qu’eux ? raaaaaah putain, c’est beaucoup trop difficile comme question ! Je n’arrive clairement pas à trouver la solution du problème… Heureusement que ce client était là ! Rien de tel qu’un peu de condescendance mêlée à une bonne dose de mansplaining sexiste pour améliorer ton quotidien ! Car grâce à l’explication courageuse de cet homme, ma responsable a pu résoudre le problème et pondre deux nouveaux caissiers qui sont venus renforcer nos rangs, nous permettant ainsi de libérer du monde du magasin ! Hein ? Ha non… non non… my bad… en fait ma responsable était juste un peu plus irritée et on a continué à galérer parce que sous-effectif tout ça tout ça. Hum. Je me demande ce qui n’a pas fonctionné… sûrement que ma responsable, en bonne caissière qu’elle est, n’a pas compris toute l’explication du monsieur… beaucoup trop de subtilités je pense… diantre, qu’est-ce qu’on va faire d’elle ?

J’ai aussi appris que le secret médical on s’en battait les couilles avec la porte-fenêtre du voisin (parce que ça ferait des tâches sur la nôtre). Un jour que j’avais la chance et la joie d’être à la caisse prioritaire, j’ai donc fait passer des gens… en priorité. Oui je sais, un tel niveau de suspens et de surprise dans ce métier, je vous jure, c’est éprouvant… Et personnellement, pourquoi ils ont une priorité, je m’en fous. Ce n’est pas mon job. Ils me disent bonjour, me montrent leur carte et ça me va, je me débrouille. Mais bien souvent, ces gens oublient tout simplement de signaler aux gens qu’ils doublent, bah qu’ils les doublent. Alors bien entendu, ils y ont le droit et les gens n’ont pas le droit de s’y opposer. Mais toujours dans notre envie de vivre dans un monde plus civilisé, ça ne coûterait rien de regarder son voisin « bonjour, je vous informe que je peux passer en priorité. Désolé du dérangement, passez une bonne journée » Serait-ce compliqué ? Non. Alors si tu en as pas mal qui s’en foutent royalement et prennent leur mal en patience, certains sont un peu exaspérés du manque e politesse minimum, me balançant que « nous aussi on pourrait avoir un handicap et une carte de priorité, juste ça ne se verrait pas », un argument très juste. Après en général quand ça arrive, les gens se signalent. Mais argument très juste quand même. La remarque ne me paraît pas démesurée. Certains à l’inverse, vont embarquer leur poussette avec moults grognements et soupirs pour bien faire entendre leur exaspération et attendre plus loin. « Non mais moi je trouve ça intolérable ! Ça me gonfle des trucs pareils sérieux quoi ! J’avais pas vu putain que c’était une caisse priorité ! » Encore une fois… mais pourquoi tu en fais toute une scène ? N’as-tu rien de mieux à faire de ton énergie ? Une autre fois, encore mieux :

« Pourquoi vous l’avez fait passé ? Vous avez pas l’impression qu’on se fout de votre gueule ? Ça se voit qu’elle a rien !
_Je n’en sais rien, elle avait la carte, ce n’est pas à moi de juger le besoin qu’elle a ou non de cette priorité
_Moi je vous dis qu’elle n’a rien !
_Vous avez un diplôme de médecine ? Parce que j’avais une grand-mère qui avait les reins pourris, voire qui n’avait plus de rein, en dyalise un jour sur deux, et une carte de priorité. Mais ça se voyait pas. Pourtant il suffisait d’un coup de vent pour qu’elle s’écroule. Alors vous pouvez râler, mais je n’ai pas à demander pourquoi un client possède une carte de priorité. Ce n’est pas mon travail. Moi, j’applique la consigne. Demandez à votre médecin si vraiment vous estimez être lésés. »

Merde. Des fois, faut juste arrêter de me faire chier.

Quand les clients font vraiment trop chier, qu'il y a beaucoup trop de pression et qu'on commence à tous se parler mal entre collègues...

Quand les clients font vraiment trop chier, qu’il y a beaucoup trop de pression et qu’on commence à tous se parler mal entre collègues… « Stop ! au nom de l’amour ! »

D’ailleurs, une autre cliente m’a aussi appris que je me faisais exploitée (nooooon sans déconner ? bordel ! je ne l’aurais jamais cru !). Un autre jour du mois d’août où nous avions du monde (ce qui élimine peu de jours… dîtes vous bien que de début à trois jours avant ma fin de contrat le 28, je n’ai pas fini une seule fois à l’heure), je me galère joyeusement en caisse parce que devinez quoi ? Il y a vraiment trop de monde. Arrive alors une cliente…

« Franchement vous pourriez ouvrir une autre caisse.
_J’aimerais bien, mais je n’ai pas de collègues disponibles pour cela.
_Et en rayon j’en ai vus !
_Oui, ils ont déjà d’autres tâches à finir, ils ne sont pas disponibles. Nous faisons au mieux madame pour limiter la gêne occasionnée…
_Quand même, c’est toujours pareil chez vous !
_[tiens c’est le moment où faut arrêter de faire chier] Mais madame, vous savez bien comment on fait pour garder des prix bas non ? La direction a deux possibilités : soit couper la qualité, soit couper les salaires. Et comme ils veulent que vous reveniez, devinez qui on a coupé dans l’affaire ? Le but du jeu est donc qu’on soit systématiquement en sous-effectif. À un moment, forcément, ça ne marche plus.
_[m’attrape la main pour me consoler] C’est vrai que vous êtes exploitée quand même ! C’est pas possible des choses pareilles… »

Réaction 1. J’avais tellement envie de lui rire jaune au nez… Mais comme je n’ai très bien trouvé comment faire, je me suis abstenue. Donc, non seulement tu sais que je bosse dans des conditions de merde qui sont pensées pour que je ne puisse même pas penser à respirer dans ma journée, mais en plus, tu trouves quand même le moyen de me reprocher les failles du système dont je suis la première victime puisque c’est ma santé qui y passe, quand c’est juste ton temps ? Vraiment… TU FOUS MA GUEULE ??? Ce qui nous mène à la réaction 2…. ha la politesse de l’enculé… Quand les clients te voient être l’heureux gagnant du jeu « qui va aller ramasser la merde sur le parking » et en profitent pour te coller dans ton sac les restes de leur pic-nic « merci hein » tout en te disant que les gens abusent quand même, avant de mieux laisser tomber leur ticket de caisse par terre en montant dans la voiture. Et des comme ça t’en as tellement tout le temps… la politesse de l’enculé… je vois pas mieux pour expliquer ce moment où un client compatis à ta situation après t’en avoir blâmé et foutu plein la gueule. Trop aimable. C’est le genre de situation qui fait qu’au bout d’un moment, tu ne crois purement et simplement plus qu’un client puisse avoir un mot gentil de façon totalement gratuite et désintéressée pour toi. Et pourtant, ça arrive.

Alors avant de passer à la partie finale où on tapera encore un coup sur monsieur Lidl histoire de finir en beauté, une petite mention spéciale aux quelques uns qui ont vraiment été gentils pour être gentils. Ceux qui disent bonjour juste parce qu’ils te croisent, ceux qui t’aident à ramasser le carton qu’un client vient de faire tomber de ta palette, ceux qui t’aident à nettoyer quand ils ont cassé une bouteille à ta caisse parce que « c’est normal, c’est pas votre travail de réparer mes conneries quand même, je suis désolé… », ceux qui te défendent parce que tu viens de te faire traiter de connasse, ceux qui chantent Eyes of the tiger pour le fun avec toi, ceux qui ont un mot gentil parce que ça se voit que tu es à quatre endroits à la fois, ceux qui te disent gentiment que tu t’es trompé, ils ont pas 45 baguettes mais 4, mais c’est pas grave ça arrive, merci de nous rembourser, ceux qui te demandent s’ils peuvent t’emprunter ta poubelle, ceux qui insistent auprès de leurs gamins pour qu’ils te disent bonjour et au revoir parce que c’est important, ceux qui disent haut et fort que c’est pas grave que tu ais mis du temps à venir en caisse, après tout tu fais ton travail, t’allais pas venir les mains pleines de jus de poubelle, désamorçant par là même les clients qui eux allaient te reprocher le temps d’attente, ceux qui te laissent le temps de boire parce qu’il fait 40 à l’ombre et que tu dégoulines jusque sur la caisse, ceux qui placent un petit compliment comme ça, ceux qui te sourient, ceux qui ont « tout bien rangé le tapis et les boissons dans le cadis pour que ça soit plus facile », ceux qui font l’effort de penser une blague juste pour toi, ceux qui se rappellent que si eux ils sont en vacances, ce n’est pas ton cas, ceux qui te filent leur recette pour aller avec tel produit, ceux qui s’inquiètent pour ton épaule, etc… Heureusement qu’il y en a des comme ça…

Quand les clients ne se donnent même plus la peine de faire des phrases complètes.

Quand les clients ne se donnent même plus la peine de faire des phrases complètes. « Toi ! Nourriture ! Maintenant ! »

Mais heureusement, pour compenser tout ça, nous avons la chance d’avoir une direction compréhensive, humaine et d’un soutien sans commun égal ! Enfin c’est ce qui est écrit sur les papiers qui sont suspendus partout dans les espaces des employés (contrairement aux papiers des syndicats qui eux sont cachés dans le couloir par où passent les convoyeurs pour accéder au coffre)(mais non voyons, je ne dis pas qu’on rend volontaire l’accès à l’information syndicale compliquée ! Je dis juste que dans les espaces informatifs disponibles, on fait des choix.)(Après comme disait mon prof d’éco au lycée « c’est un choix de société »). Mais tiens puisqu’on parle d’affiches suspendus… Y en a plein de types, outre celles qui te rappellent qu’il faut sourire, celles qui te rappellent des procédures que tu dois suivre dans le monde parfait et idéal de Monsieur Lidl, celles qui servent de mode d’emploi, tu as aussi l’affiche de l’auto-laveuse qui personnellement est une de mes préférées tant elle me fait sentir toute la considération que la société a pour ses employés. Au dessus de l’auto-laveuse, il y a donc un panonceau qui stipule qu’il faut bien entretenir l’auto-laveuse (et pas à coup de pieds) et qui te rappelle que la plupart des problèmes viennent du non-entretien de la dite machine. Si les choses s’étaient arrêtées là, pourquoi pas. Sauf qu’on te précise aussi que « votre auto-laveuse coûte 19 857€ » (non jle connais pas par coeur, c’est un ordre d’idée). Comme ça, tous les jours, quand tu remplis l’auto-laveuse (ce qui prend un temps fou) ou que tu la nettoie (ce qui éclabousse copieusement tes lunettes), tu peux tranquillement te rappeler que l’auto-laveuse vaut plus cher qu’un an de ton salaire, donc que tu vaux moins que l’auto-laveuse. Car si on se soucie de l’entretien de l’auto-laveuse, on se soucie beaucoup moins de ta santé, puisqu’après tout tu es remplaçable.

Petit détour… vous vous rappelez ces foutues alarmes aux issues de secours ? On a passé tout l’été à s’en plaindre, tout l’été à dire que ça te niquait très sérieusement les oreilles, tout l’été à dire que c’était insupportable. On a mis en place des solutions que la direction a rejetées parce que « pas concept ». À force, à la mi-août, ils ont fini par nous dire qu’ils allaient mettre en place des bandes adhésives sur les portes pour que ça soit plus visible. À la fin août, toujours rien n’avait été fait, et personne n’en a reparlé. Après tout, c’est pas comme si à force de m’en bouffé toute une matinée juste avant la visite médicale professionnelle, la nana m’avait dit qu’il y avait un problème dans mon audition, par ailleurs excellente, qu’à part les sons aigus je ne percevais plus ceux que je devais percevoir. Quand j’ai expliqué le bordel sonore, l’infirmière m’a dit de ne pas m’inquiéter, qu’avec du repos ça reviendrait normalement. Parce que moi, je bossais là-bas deux mois et demi. Comment ça se passe pour mes collègues qui y bossent à l’année ? À quel moment ils vont se reposer ? À quel moment les dégâts de ces alarmes deviennent irréversibles ? De la même façon qu’ils ont attendu qu’un collègue se fasse cogner pour nous envoyer un vigile trois jours (sans doute pour qu’on l’ouvre pas trop), ils attendent quoi ? Que trois caissiers perdent l’usage d’une oreille ? Tout ça parce que c’était pas concept de mettre un panneau « sens interdit » comme dans environ toutes les autres enseignes ? Et quel recours pour ces gens-là que le système finit par persuader que c’est « normal » que ça fait partie du taf, tout en continuant de leur en demander plus sans augmenter ni les salaires ni les effectifs ? Et puisqu’on en est à lever le point, que dire de ce genre d’enquêtes qui font purement et simplement froid dans le dos et font que tu te réjouirais presque de ta situation ? Désolée pour cette minute pseudo-révolutionnaire, mais ça m’a tellement débecté de voir quelle peu d’estime finalement on accorde aux humains dans ce genre de boîte, de voir à quel point le système est pensé pour que tu trouves normal de ne pas avoir de pause, pour que tu en arrives même à en vouloir au collègue qui ne veut / peut pas terminer trente minutes plus tard. Ça m’a énervée de voir comment finalement, on finit tous par perdre ce qu’on a de meilleur pour ne finalement qu’être des espèces de machines, un bon élément du système, sur lequel on crache, mais qu’on continue quand même d’entretenir, persuadé de ne pas avoir d’autres choix… et j’avoue qu’aujourd’hui, je me pose justement beaucoup de questions sur la possibilité d’autres choix justement… J’ai pas de réponse. Tout ce que je sais c’est que y a plein de gens qui sont coincés dans ces systèmes et qui n’ont pas la possibilité de penser à d’autres issues, parce que quand t’es dedans, tu n’as absolument pas le temps d’y penser. Si tu arrives déjà à continuer d’en rire, à continuer d’être respectueux envers tes collègues et les clients, et bien c’est déjà énorme.

Désolée pour ce petit encart de sériosité, je ne m’y attendais pas moi-même, fallait que ça sorte. Alors histoire de détendre l’atmosphère, parlons de compacteuse maudite voulez-vous ! Parce que pour en revenir à notre auto-laveuse : bien sûr si c’est mal entretenu, ça entraîne des pannes qui auraient pu être évitées. D’un autre côté… si vous veniez réparer quand on vous dit qu’il y a un problème, peut-être que le problème n’empirerait pas jusqu’à ce qu’il faille purement et simplement changer la putain d’auto-laveuse ! Et j’ai pas fait de grandes études de chef, mais je sais que la banque est toujours gagnante : si vous préférez laisser l’auto-laveuse se détériorer, alors même que nous avons signalé un problème que nous ne pouvons régler, jusqu’à devoir la changer, c’est que vous estimez que vous perdez moins d’argent à remplacer la dite auto-laveuse plutôt que de la réparer. Alors venez pas me péter les burnes comme quoi l’auto-laveuse elle coûte tant et que j’ai intérêt à la laver correctement avec les larmes de mes yeux parce que y a un moment c’est quand même un peu facile de tout jeter sur la gueule du salarié tout en bas de l’échelle ! Parce que c’est ce qui s’est passé cet été. Dès la mi-juillet, on a commencé à signaler des défaillances de l’auto-laveuse (pourtant neuve). Comme souvent cet été, on a pris un putain de vent. Nous avons donc doublé les mesures à faire pour l’entretenir, histoire d’être sûr. Mais ce qui devait arriver finit par arriver, et à la mi-août, on aurait aussi vite fait d’organiser un combat de catch dans la boue entre le rayon poisson surgelé et pastis que de passer l’auto-laveuse. Il a donc fallu la changer. Et ce même si nous avons bien suivi tous les petits protocoles d’entretien.

Quand j'attends que l'auto-laveuse se remplisse...

Quand j’attends que l’auto-laveuse se remplisse… « Une bonne sieste te fait sentir mieux, mais pas seulement. Elle permet aussi de réduire le temps de travail »

Et quand on en a eu fini avec l’auto-laveuse, c’est la compacteuse qui s’est mise à faire des siennes… Pour ceux qui ne savent pas (ou qui n’ont pas lu The Punkedelike Circus, dans lequel un compacteur fait disparaître des artistes de cirque incapable…)(c’est mon site, jme fais de la pub si je veux), un compacteur, ou une compacteuse (le genre de la chose n’est pas vraiment arrêté… j’ai entendu l’un comme l’autre…), c’est une grosse machine qui écrase. En fonction des lieux, elle va écraser les ordures courantes, ou dans notre cas, les cartons. En gros ça te fait des cubes d’ordures, ça prend moins de place. Un jour, une flaque d’huile fut découverte sous la dite machine. Ce qui est quand même rarement bon signe. Et puis, la machine a commencé à faire du bruit;.. beaucoup de bruit… C’était vraiment impressionnant. Au choix, tu avais l’impression d’une chose à l’intérieur qui hurlait, ou d’un être vivant qui se faisait écrasé. En plus d’être un bruit extrêmement désagréable à l’oreille (parce que jusque là comme vous l’avez bien compris, on manquait de bruits extrêmement désagréable à l’oreille)(les parenthèses ne suffiront jamais à porter toute l’ampleur de mon cynisme sarcastique)(et pourtant j’en mets beaucoup…). Bien évidemment, nous avons cherché la cause du problème sans la trouver. Nous l’avons signalé. Et histoire de changer les bonnes habitudes, nul n’est venu. Bordel, on aurait eu plus de chance de recevoir de l’aide si on était une sonde spatiale perdue dans une putain de couronne d’astéroïdes ! En rentrant, alors que j’en parle à ma famille, mon frère suggère alors la chose suivante « elle est possédée ! C’est le démon qui cherche à se frayer un chemin jusqu’à nous ! Fuyez pauvres fous ! » À partir de ce moment, il était évident qu’il s’agissait là de la seule explication pertinente et qu’aucune autre suggestion n’était valide. J’en ai fait part à mes collègues, tout en suggérant un sacrifice, qu’il aurait suffi de jeter dans la compacteuse, afin d’apaiser la bête. Pour une bête raison de droit du travail (son décès n’était pas encore officiel à ce moment-là), on ne m’a pas autorisé à jeter un collègue ou un client. Je fus moulte déçue. On a donc continué à ne pas comprendre ce qui se passait. Le matin elle était à nouveau silencieuse, et au fur et à mesure de la journée, le bruit revenait et s’intensifiait, jusqu’au moment où on commençait à purement et simplement s’inquiéter de la voir nous exploser à la gueule. Puis elle n’a plus fait de bruit. Puis elle n’a plus marché du tout. Voilà, à force de ne nous envoyer personne, on avait gagné le jackpot. Plus rien ne marchait. Aucune commande ne réagissait. Même arrêter / redémarrer ça ne marchait pas. C’est te dire… On a appelé. Et alors là, accroche toi bien à ton slip, tu sais ce qu’on nous a répondu ? « Ça ne fait pas 48 heures, on ne vous enverra personne avant ce délai. » DONC, que je récapitule : nous sommes un magasin côtier qui bats des records de CA, pourtant tout le monde s’en bat de ce qui nous arrive, et en plus il est évident que cette augmentation violente du CA va de paire avec une augmentation non négligeable du nombre de cartons à compacter ALORS COMMENT ON FAIT QUAND LA COMPACTEUSE EST MORT À 10H DU MAT ?? Et on ne nous a jamais envoyé personne. On en a chié pendant deux jours. À force d’appuyer sur tous les boutons dans tous les sens possibles, les collègues ont réussi à la relance. Sans qu’on sache ce qui merdait. Sans que personne ne bouge son cul pour régler le problème. Alors, vraiment, avant de faire porter la responsabilité du non entretien du matériel au petit personnel, va peut-être falloir se remettre en cause deux secondes et demi sur la gestion générale du putain de bordel ! Et peut-être aussi arrêter de nous prendre pour des cons. ÇA ça serait top.

Parce qu’on va taper une dernière fois sur les chefs (mais c’est leur boulot, c’est ce qui justifie leur salaire). Une fois n’est pas coutume, on nous a rabaché les oreilles je sais pas combien de fois d’une « visite » (si tu as lu « inspection », non tu n’es pas pris d’une subite et violente dyslexie, tu as juste toi aussi appris que plein de mots avaient des synonymes inattendus et non validés par l’Académie Française)(qui de toute façon ne valide pas grand chose, mais c’est un autre sujet…). Parce que nouveau magasin, ils ont fait venir les chefs mag de toute la côte ouest pour faire de la pub sur comment ça allait partout maintenant. Et des responsables de ci ou ça en cravates qui ne se présentent jamais et pensent que tu vas tout lâcher pour leur serrer la main (non je n’ai pas pris un malin plaisir à mettre deux fois plus de temps à mettre mon vin en rayon, c’est pas mon genre. Je voulais impressionner le grand chef, parce comme il se présentait pas bah moi je pouvais que supposer que c’était le Super Méga Patron et alors il fallait bien que mes bouteilles soient parfaitement parallèles les unes aux autres, pour le « facing »)(je pourrais faire un article entier sur l’anglicisation des termes de travail… tu veux ?). Et un jour on nous annonce donc la visite du Grand Chef d’Allemagne (ces Allemands ils ont des noms bizarres quand même…). Branle bas de combat et tout le monde sur le pont. Pendant une semaine on récure tout de fond en comble, limite si on nous fait pas faire les joints du carrelage à la brosse à dent (mais pourquoi on se ferait chier à ce point sur ce foutu carrelage alors qu’ils l’ont même pas fini et que c’est pour ça qu’on peut pas le nettoyer correctement ?), on niquel tout. Le tout avec blinde de pression et de stress qu’on se balance à la gueule les uns les autres parce que tout le monde commence à être plus qu’épuisé et à ne plus pouvoir tenir ses nerfs. On se répartit en binôme, et on attaque la mise en rayon. Au bout de dix minutes, appel de ma responsable au micro pour nous demander de virer nos bouteilles d’eau du PC. Pour info, quand tu es en caisse, tu peux avoir ta bouteille d’eau à porter de main, c’est facile. Quand tu es sur le terrain, c’est un peu plus compliqué. Du coup, la plupart d’entre nous laissait sa bouteille  côté du PC, une espèce de bureau avec plein de trucs utiles, dans la réserve. Ce qui nous permettait de l’attraper assez vite en passant. Et bien figurez-vous que pour le grand chef d’Allemagne, ceci est du bordel non désiré. Et franchement, ça m’a putain de gonfler. Il a fait super chaud tout l’été, ces putain de polos de merde sont hyper chauds… Je trouvais à la limite de l’irrespect que d’un coup on nous demande de virer notre eau pour la mettre dans un endroit difficile d’accès (soit la laisser à un collègue en caisse où on ne va jamais du coup, soit en salle de repos un étage et un coup de badge au dessus de tout ça). Ma responsable était elle-même bien emmerdée « Moi tant que c’est pas le bordel et qu’on peut travailler, ça me dérange pas ». Bah non… tant qu’on en a pas 400 000 et qu’on en fout pas partout, c’est de l’évidence. Mais non. Pas de bouteille d’eau en vue pour le Grand Chef d’Allemagne. Et respirer ? On peut aussi dans le magasin ? Ou l’oxygène est réservé aux clients et nous faut qu’on sorte ? Oui bien sûr, uniquement par derrière, en passant par le local poubelle pas de problème… La santé du salarié, c’est définitivement pas concept. Bref, ce jour-là j’ai pas pu boire assez, je suis rentrée avec des chevilles qui avaient doublé de volume. Autant vous dire que ça ma mise de bonne humeur.

Quand j'en ai marre et que j'envisage de refaire le lidl à ma façon.

Quand j’en ai marre et que j’envisage de refaire le lidl à ma façon. « Bon, j’ai dû faire quelques petites « modifications »…. mais ton bureau ikea est fini maintenant ! »

Mais on ne va pas s’arrêter là ! Non non non. Comme les grands chefs allaient venir, il fallait éviter de dépoter. Alors dépoter, c’est quand tu bourrines un peu au moment de la mise en rayon, histoire de ne pas mettre un carton en reliquat alors que tu sais que l’article se vend très bien et que d’ici ce soir le carton en trop sera déjà quasi écoulé… Et bah là non. Et ça n’a l’air de rien… mais en plein été, on dépote beaucoup, mais genre BEAUCOUP. Résultat ? Avec ma binôme d’amour, on s’est donc retrouvé à faire de la triple manut car la boîte de notre palette de gâteaux ne passait pas sans dépoter… et pareil pour le vin… Au moment où on fait le vin, on nous demande de vraiment nous faire chier à tout refaire les facings tout bien (les bouteilles le plus avancées possible vers le client et les étiquettes vers lui aussi)(ce qui ne l’empêchera de toute façon pas de ne pas lire le bon prix alors que tout est bien écrit mais bon faut avouer que c’est plus joli)(t’as vu j’ai progressé pendant l’été sur l’appréciation de l’esthétique du magasin !)(la cote de parenthèse est un bon indicateur de la cote de sarcasme). Et puis d’un coup on nous dit de ranger la palette parce qu’ils arrivent alors faut faire de la finition. et c’est la panique et on a blinde de reliquat et je me retrouve toute seule pour ramener du reliquat de bouteilles qui cassent sur une palette non filmée en réserve alors que tout le monde me dit d’aller plus vite. BONHEUR. Et puis on attaque la mise à plat… encore… Et finalement, on nous fait lâcher la mise à plat pour retourner sur la mise en rayon parce que finalement… ils viendront pas. Non, je ne me suis pas énervé. Je suis restée très calme. Et j’ai explosé de rire. Parce que y a un moment je vois pas ce que tu es sensée faire d’autre. Des moments comme ça, on t’a tellement mis la pression, tellement tiré sur les nerfs, tellement rogné sur ce que tu pouvais être… que vraiment, à part rire, il reste rien à faire.

Et c’est sans doute la raison de ces chroniques. Même si pas toujours de qualité, et souvent plus sarcastique que vraiment drôle.

Donc bon, si vous avez suivi mes aventures tout l’été, vous l’aurez compris : soyez gentils avec votre caissier ou caissière. On vous demande pas de lui raconter votre vie ou de lui faire des cadeaux. Un bonjour un merci quand vous demandez un renseignement. Ne soyez pas Bouton d’Or, toujours à trouver que c’est trop ou pas assez. Vous ferez du bien à un être humain et au final vous y gagnez aussi… Et puis sinon bah… vous prenez le risque que le caissier ou la caissière écrive un blog et ainsi de vous retrouver affiché devant tout l’internet. TU RENDS COMPTE ! Alors dis bonjour. Namé. En plus, c’est contagieux des fois, ça désamorce certains clients comme ça ! Je compte sur vous pour être des héros du quotidien, ça demande beaucoup moins d’effort que d’être un héro de film d’action, et ça coûte vachement moins cher (surtout si tu profites des promos correctement tu vois).

Cet article est encore une fois dédié, et encore plus que les autres, à mes collègues avec qui j’ai quand même pu faire quelques beaux souvenirs, bien rigolé, et sans qui j’aurais sans doute fini par envoyer de la cervelle de fada sur les murs… Une grosse pensée et plein d’admiration pour vous. Du courage à ceux qui retournent à la case recherche de taf. Une bière à mon prochain retour par là-bas !

Je vous fais un gros Wall of Death à tous
Et on se retrouve bientôt pour d’autres aventures (parce qu’il m’est déjà arrivé plein de choses en deux semaines) quelque part sur  Facebook et twitter.

 

La théorie du chorizo et ses mignardises…

Aujourd’hui, un énooooorme pot pourris de phrases de clients, de saloperies diverses et variées, sans oublier les blagues pourries et les questions connes bien sûr !

Quand j’arrive sur le parking du boulot, et qu’il est blindé, alors qu’il devrait pas l’être… « Arrivé jusqu’au boulot, mais tenté d’appeler pour dire que je suis malade alors que je suis sur le parking »

Remontons un peu en arrière, car j’avais oublié de vous parler de ça… (ou plus exactement, j’étais prise dans le tourbillon de ma vie avant de tomber dans un grand trou noir baptise « déprime devant l’inutilité fulgurante de ma vie »)(une destination que je ne vous recommande guère pour vos vacances !) Pour la réouverture du magasin, Monsieur Lidl, qui ne manque décidément jamais d’idées pour nous pourrir la vie, avait mis en place des bons de réductions.Le genre de trucs qui ne cause absolument aucun problème et qui fait que tout se passe bien. Nan j’déconne ! C’était la grosse merde. Un genre de samedi du mois d’août mais qui aurait duré les deux premières semaines de juillet. Si vous n’avez jamais eu l’occasion d’utiliser le moindre bon de réduction, voici comment ces petites choses fonctionnent : sur le bon, est indiqué le montant (en général ça se compte en centimes), sa date de validité, les conditions d’obtention (certains produits ou marques uniquement, ou bien telle quantité du même produit, produits complètement exclus du bon). Les bons lidl obéissaient donc aux conditions suivantes : 5€ pour 30€ d’achat, 7€ pour 50€ d’achat, deux premières semaines de juillet, hors alcool, uniquement dans le lidl où je travaille. Des conditions plutôt simples, tout est indiqué sur le bon. Sauf que, comme toujours, je suis une grande naïve (et toi aussi lecteur) : bien entendu personne ne l’a lu. Donc une semaine avant la date indiquée, qui était pourtant indiquée en gros dessus, les gens ont commencé à nous présenter leurs bons, que nous avons refusés. Certains ont ri de leur inattention, nous disant qu’ils reviendraient à ce moment-là (noooooooooon). D’autres ont râlé « putain vous faîtes chier franchement, comme si ça changeait quelque chose ! » Bah oui, ça change quelque chose. Il y a une règle, qui est clairement indiquée qui plus est, elle est faite pour être respectée. Comme toutes les règles. Qui plus est, comme Monsieur Lidl n’est pas trop là pour faire des cadeaux à la plèbe, il nous faut justifier toute réduction offerte, donc, tous les bons de réduction doivent être conservés. Et si on se trompe, on se fait taper sur les doigts. Parce que comme d’hab, si la règle est enfreinte, ce n’est pas le client qui se fera engueulé, ça sera le caissier. Alors forcément, oui, les règles, on les respecte. Mais tout ça n’est qu’un modeste échauffement !

Bien entendu, il y a eu tout ceux qui m’ont présenté le bon de 7€ de réduction alors qu’ils étaient loin des 50, là aussi ça a râlé. Mais passe encore. Parce que le hors alcool par contre, il était écrit un peu plus petit. Du coup ça demandait un effort (nous sommes des monstres placés là pour pourrir la vie du client, rappelez vous !). Alors forcément, personne, absolument personne n’a fait attention. La première fois que j’ai dû refuser un bon pour cette raison « mais en quel honneur ! vous faîtes chier franchement, c’est bon pour 5€ ! ». Putain, quand je pense que je me faisais chier à repérer si oui ou non on atteignait les 30 ou 50€ minimum d’achat hors alcool pour faire au plus simple, et que je me faisais insulter quand c’était pas le cas… Mais on en a eu des encore mieux ! Une cliente revient me voir après avoir été rangé ses courses dans sa voiture, elle me tend son bon « J’ai oublié de vous le donner, vous pouvez me faire la réduction ? ». Tu veux pas 100 balles et un mars tant que tu y es ? Je réponds donc poliment que non, ce n’est pas possible, ça ne marche pas comme ça. « C’est votre faute toute façon vous allez trop vite alors vous devez prendre mon bon ! » De deux choses l’une… Certes, je fais en sorte de respecter les cadences imposées par Monsieur Lidl, sauf que si je vois que la personne en face ne peut pas suivre le rythme, je ralentis car ça ne sert à rien : je serai obligée de l’attendre pour le règlement, les produits s’entassent, augmentant le risque de casse ou de les abîmer, et ça peut mettre certains clients de (très) mauvaise humeur. Je nique donc un peu ma prod pour m’adapter au client en face et compenser en « satisfaction » du client, et accessoirement, limiter mes chances de me faire insulter, ou de devoir perdre du temps, et donc encore plus de prod, à nettoyer pour eux. Donc venir me dire que je vais trop vite n’est pas un argument valable avec moi. Qui plus est, comme j’ai de toute façon dû l’attendre pour qu’elle paye, elle avait tout le temps de sortir son bon. Ce qu’elle n’a pas fait. Si elle avait effectivement sorti son bon mais que pour une raison X ou Y je suis allée beaucoup trop vite et que je ne l’ai as enregistré, là oui, c’est ma faute, je trouve une solution pour réparer. Mais là… bah t’as oublié t’as oublié, qu’est-ce que tu veux que je te dise ?? En plus, je veux dire, la nana a pris le temps d’aller ranger ses courses dans sa caisse, pour revenir me foutre son bon sous le nez et me dire que j’avais oublié. J’ai horreur de ça. J’ai horreur qu’on m’accuse ou qu’on m’engueule pour des choses dont je ne suis absolument pas responsable. Si bien que comme je devais justement sortir de caisse à ce moment-là, je l’ai plantée là avec son bon et je suis partie passer mon balais. Non mais.

Mais encore mieux ! Parce que certains n’ont vraiment peur de rien… Au tout début, genre le premier jour, toute l’équipe n’avait pas encore repérée que c’était hors alcool, et c’est justement suite à ce connard cette mésaventure que tout le monde a bien enregistré l’info. L’homme en question passe à la caisse d’une collègue, il en a pour presque 70€, uniquement de vin. Ma collègue l’encaisse et puis d’un coup, alors qu’il allait partir, le mec sort son bon et lui colle sur la gueule en exigeant qu’elle l’enregistre et donc lui rembourse les 7€ de réduction. Elle essaie d’expliquer que ça ne marche pas comme ça, mais le mec lui balance tellement qu’il est dans le commerce et que si, il sait que c’est possible qu’elle finit par douter et appelle une responsable (parce que toute façon elle aurait eu besoin pour faire la manip). La responsable vient et lui dit la même chose. Le mec continue d’insister et refuse de bouger. La chef mag finit par s’en mêler. Au final, il a fallu rembourser tout le caddie pour réencaisser tout le caddie et enregistrer le bon de réduction. Une heure après, une autre responsable signale que l’alcool est hors conditions. Voilà comment à force de gueuler, de faire chier, d’insister, tu fais buguer toute une équipe. Conclusion : arrêtez d’être gentil, soyez un connard.

Quand à 8h10 les clients sont déjà tous collés aux portes alors qu’on ouvre à 8h30. « Servante ! Pourquoi mon petit déjeuner au lit n’est pas encore prêt ? »

Et justement, vous vouliez devenir un Parfait Connard mais vous ne savez pas trop comment vous y prendre ? Ne vous inquiétez plus lecteurs ! Le client lidl est là pour vous ! C’est parti pour le pot pourris… (cette expression n’a jamais aussi bien exprimer ma pensée…)
Comme le système ne nous met pas assez la pression niveau productivité, certains clients se disent qu’ils en rajouteraient bien une couche. Ainsi, un jour la chef mag m’appelle pour me demander de commencer un peu plus tôt le lendemain. Ainsi, au lieu de commencer à 8h15, je commence à 6h. Joie. Je mets le frais en rayon (rejoie). J’ai fini un quart d’heure avant l’ouverture tandis que ma collègue chargée de mettre en rayon le non-food (le rayon « bazar » où les articles ne sont là qu’occasionnellement, on reçoit des nouveaux produits tous les lundis et jeudis) galère un peu. Je viens donc l’aider à terminer. Sauf que nous n’avons pas réussi à finir avant l’ouverture du magasin alors même qu’il nous restait une palette et demi. Sauf que, pour le non-food, certains se pointent au magasin dès 8h10, histoire d’être sûr qu’à 8h30 ils puissent se jeter sur une des 50 paires de cisailles qu’on a reçues. J’imagine qu’à 8h40 ils sont déjà en train de tailler leurs haies… ha bah non, en fait ils ont pas de haie. En fait la cisaille va dormir dans un cabanon à jardin au toit qui fuit pendant des mois, même que presque un an après, ils se pointeront au même lidl avec leur cisaille non entretenue et rouillée en exigeant un remboursement parce que la qualité lidl c’est vraiment de la merde. Mais je dérive (pour changer…). Donc nous galérons légèrement. Heureusement, c’est une collègue avec qui je fonctionne assez bien en binôme, donc on arrive quand même à s’organiser pour aller au plus vite. Mais enough is never enough et nous sommes harcelées par les clients « vous avez pas reçus ça ? y a rien dans la case… ». Si un jour en jeu de rôle vous vous retrouvez avec un perso catégorie « client lidl » sachez que vous avez des stats de merde niveau perception de votre environnement. Au bout de la quatrième fois qu’ils te font le coup, t’as juste envie de dire « mec, y a des box vides avec l’affiche du produit que tu veux, des cartons partout, dont plein non ouverts, et deux filles qui courent dans tous les sens, soit pour disposer les dits cartons, soit pour les ouvrir… que peux-tu déduire de ces informations subtiles ?? » Je ne sais pas mais moi quand je fais mes courses, que je suis dans un rayon ou des gens sont en train justement de mettre en rayon, si mon produit n’est pas là, j’en déduis que soit c’est en rupture totale, soit juste pas encore là… Et si seulement ça s’arrêtait à cette question con ! « Bah vous pouvez pas me le sortir maintenant ? jsuis pressé ! » Mais bien sûr ! Je vais me niquer le dos à dégager les cartons tout au-dessus de celui où il y a le produit que tu veux pour tes beaux yeux… Aller, passons que tu demandes par curiosité parce qu’on sait jamais (et c’est vrai que quand on peut, on fait, ne serait-ce que parce que ça les fait décoller de notre palette), mais t’en as qu’insistent ! « non mais vraiment, j’ai pas que ça à foutre moi ! » Parce que moi je suis en train de me toucher la nouille là… et on continue, parce que c’était vraiment une matinée merveilleuse. Ce jour-là, on avait aussi reçu… genouillères, coudières, poignetières (si si), pansements anti-ampoule, sparadraps, compresses… et fallait que je m’amuse à foutre tout ça dans le même bac alors même que c’était pour certains des tout petits cartons pas de la même taille les uns que les autres… bonheur (non, je n’ai pas fini par tout jeter comme une grosse bourrine argant que les clients mettraient tout en bordel en même pas une heure)(bon d’accord si jlai fait, mais j’ai d’abord bien mis les cinq premiers, mais le sixième était de trop…). Les espèces d’atèles de genou et compagnie étaient déjà en rayon, je mettais le reste (les trucs bien chiants). Un couple de petits vieux vient pour une atèle de genou. Elle me demande à quoi équivalent L XL et compagnie en taille… truc que je ne sais jamais déjà quand moi je me choisis des fringues. Je ne peux donc guère l’aider à part en lui indiquant ce qui est plus petit que l’autre. Elle relève un peu sa jupe et me montre son genou « à votre avis il me faut quelle taille ? ». …. Aller, encore une fois on va dire pourquoi pas… elle aurait pu tomber sur quelqu’un avec « l’oeil » qu’il faut pour les tailles et qui aurait pu la conseiller. Pas de chance, c’était moi, la borgne de service sans vision D ni perspective et absolument aucun intérêt pour la cause vestimentaire. Je réponds gentiment que je ne peux malheureusement pas l’aider, qu’à la limite, j’allais pour proposer une solution bis quand monsieur a balancé avec un sourire goguenard « non mais laisse elle sait pas, elle a commencé hier, ou alors c’est pas son rayon 😀 ». Mais oui, vas-y, déshumanise moi je vais mieux pouvoir t’aider oui ! C’est bien connu, quand on manque de respect aux gens soudainement ils ont des idées qui fusent. J’ai balancé un « non ELLE sait pas et ELLE a encore du boulot » avant de planter les gens et mon sixième carton pour aller mettre les fameuses cisailles en rayon.

Si vous voulez être un connard, la déshumanisation ça marche super bien comme vous pouvez le voir ! Parler à l’autre à la troisième personne marche bien. Une variante c’est de vous foutre ostensiblement de la gueule de cette personne quand elle ne peut clairement rien faire, ou qu’elle n’a pas le droit de répondre. Ça marche bien aussi. Un jour comme ça, alors que j’étais sur le frais (décidément), je galérais foutrement avec mes cartons (paye ta narration redondante…). Étagère du bas, j’ai le corps à moitié dans le frigo, j’essaie de trouver une façon de positionner ma tête et mes épaules pour que mes bras puissent dégager les cartons du fond. L’opération est un peu délicate, et chiante, et prend un peu de temps. Environ deux-trois minutes. Certains clients voulaient des produits sur les étagères du haut. Un client respectueux de ma personne aurait gentiment attendu deux minutes que je finisse de galérer pour accéder à son produit. C’est d’ailleurs ce que voulait faire madame quand elle a vu monsieur s’engager « mais attends qu’elle ait fini ! _Barf ! Elle a l’habitude qu’on l’emmerde c’est bon » … Dis moi connard de merde, tu veux pas t’essuyer les pieds sur mon dos non plus tant que tu y es ? Parce que le temps qu’il se décide (parce qu’en plus il hésitait entre le sandwich de gauche et le sandwich de droite bien sûr), moi j’étais coincée dans l’étagère du bas, le dos tordu, les bras en train de forcer pour maintenir mon équilibre et la prise sur le carton que j’allais pour remettre en place mais que je ne peux plus remettre en place parce que je ne peux tout simplement plus bouger. Mais c’est normal parce que « j’ai l’habitude » ??? Connard, va bien te faire éviscérer en enfer, mais t’inquiète ça sera pas grave, ils ont l’habitude d’éviscérer les gens en enfer. Putain, si les quinze personnes avant toi elles grillent le feu rouge, tu le grilles aussi parce que tout le monde en a rien à battre de mettre les autres en danger ? Les gens sont cons putain les gens sont cons…

Quand tu te rappelles qu’on t’a fait signer un avenant à ton contrat attestant que tu respecteras le SBAM, et que d’ailleurs les portes menant au magasin sont ornées de miroirs indiquant « souriez vous entrez en scène »…. « allez, sois mignon, c’est dans notre contrat ! »

Certains se croient tellement tout permis qu’ils n’hésitent même plus à rentrer dans les espaces pourtant clairement identifiables comme privés. Cela fait déjà deux trois fois qu’on doit faire sortir des clients de la réserve. Non contents de rentrer dans la boulangerie, certains vont jusqu’à te chercher dans la réserve parce qu’ils veulent « du pain pour leur chien ». Et pour vous dire à quel point ça ne leur pose aucun soucis, quand on leur demande de sortir de là, leur première réaction n’est pas de s’excuser; tel un gosse qui se rappellerait soudainement qu’il n’a pas le droit d’entrer dans le bureau, leur première réaction, c’est de rappeler leur demande. Ils sont tellement sûrs de leur bon droit qu’ils sont choqués du fait qu’on commence par leur dire de sortir. Ils insistent et insistent et si limite s’il faut pas qu’on les vire à coup de balais, ce qui bien sûr nous vaut de nous entendre qu’on n’est pas aimables.

Et on peut continuer hein… L’autre jour, grosse grosse journée… un truc de fou. Des files d’attente qui s’étiraient jusqu’à la moitié du magasin… J’étais persuadée d’embaucher à 13h. Je dis bonjour à un collègue que je croise et qui limite me traite comme le messie « ooooh ! la relève ! », je lui demande donc de m’expliquer la matinée… j’ai aucun mal à le croire dans la mesure où à 13h ils sont encore à six caisses et les files sont longues. En regardant sur le tableau des tâches, je réalise que je devais commencer à 13h30. Je ressors pour demander à mon collègue où est la responsable, histoire de savoir si elle veut que je prenne en avance « non mais demande pas ! s’il te plaît pointe ! ». Devant le bordel, je ne me fais pas prier… Du coup, en début d’aprem, je me suis retrouvée à faire plein de petites tâches diverses histoire de remonter le magasin (en gros le remettre en ordre). Je me fais bien sûr à chaque fois alpaguer par des clients qui me reprochent le chaos de la matinée, ou bien me reprochent de ne pas savoir ce qui s’était passé le matin… ce qui bien sûr me met d’excellente humeur. Dans mes missions, on me demande de passer l’auto-laveuse dans tout le magasin. L’auto-laveuse, cet espèce de gros veau super chiant à manipuler au milieu des clients. Un vrai bonheur. Je ne vais pas vite. Mais comme toute l’équipe est déjà hyper stressée de sa matinée (et te rebalance donc son stress dans la tronche), que les clients n’en ont rien à foutre de ta gueule, ce qui devait arriver a fini par arriver. En voulant tourner, j’ai tapé le pied d’un client qui me coupait devant. Je roulais à deux à l’heure, donc je ne pense pas lui avoir fait très mal, mais quand même. J’arrête tout, m’excuse (trois fois), lui demande si ça va et s’il y a besoin de nettoyer ou désinfecter. Si je peux comprendre que cela soit agaçant ainsi que le fait d’être en tort, je ne suis pas sûre de pouvoir cautionner la réponse suivante « non mais putain vous êtes vraiment trop con ! c’est de l’incompétence ! même pas foutue de faire un truc simple ! pis toute façon vous avez pas à faire ça à cette heure-là ! ». J’ai redémarré l’auto-laveuse et je me suis barrée sans un mot de plus. J’espère qu’il y avait une plaie et qu’elle va s’infecter. Na.T’auras une bonne raison de te plaindre si ta jambe est gangrenée !

Tiens d’ailleurs, avant l’auto-laveuse, ce jour-là, on m’a demandé de faire la mise à plat dans le frais (ce rayon me suit jusque dans mes rêves, faut que j’en fasse une nouvelle d’ailleurs…). La mise à plat, c’est quand on enlève tous les cartons vides, qu’on reconditionne ceux qui restent et qu’on range la merde laissée par les clients (parce que pour faire trois pas pour remettre ton article à sa place quand tu peux l’abandonner là ?) Alors que j’arrive enfin au bout et qu’il me reste à finir le rayon des yaourts, un homme ventripotent se sépare de son groupe d’amis parce qu’il veut des yaourts nature. Je suis un peu speed parce que j’ai bien compris qu’il fallait tout faire très vite alors que le rayon est dans un état désastreux. Du coup, je suis un peu hyper concentrée sur ce que font mes bras et mes mains et j’oublient un peu le reste du monde. Si bien que je n’entends pas tout de suite les « hey ! hé ho ! » sur ma gauche. Quand je les entends, je me dis d’abord qu’il appelle ces potes parce que quand même, on en est quand même pas à m’appeler comme si j’étais un chien. Bah si. Du coup ça m’a énervée, alors j’ai mis un point d’honneur à ne pas sortir la tête de mon frigo alors même que les « hého ho ! » continuaient. Quand je suis enfin sortie pour passer au suivant, le mec me balance limite son paquet de yaourt dans la gueule « hé ! Les yaourts là, ils sont sucrés ou pas ? » Je suis prodigieusement agacée de la situation. Ça fait deux minutes que le mec me hèle comme un chien pour une information qu’il pourrait avoir par lui-même ? « Je ne sais pas. Si c’est le cas ce doit être écrit dessus. _Je sais pas lire. » Trop bonne trop conne, je me sens stupide. Sur le moment, prise dans le stress de l’après-midi infernal qui s’annonce, je ne me dis pas « s’il savait vraiment pas lire, il le balancerait pas comme ça, rappelle toi quand c’est vraiment arrivé quelqu’un qui nous a demandé quelque chose de con parce qu’il savait pas lire ». Et puis j’ai pour principe de toujours commencer par croire les gens. Donc je dis que non ils ne le sont pas. Comme je le vois reposer son paquet du coin de l’oeil, je me dis qu’il en cherche peut-être des sucrés, et comme je me sens toujours cons de l’avoir envoyer chier s’il savait vraiment pas lire, je prends deux secondes pour lui indiquer où en trouver des sucrés « oui oui j’ai vu ». Pauvre connard de merde. Le mec en question avait décrété que je ferais le taf à sa place, alors voilà. Le mec n’avait aucun problème à perdre trois minutes de sa vie pour m’humilier pour son plaisir. Trop cool. Sans parler des gens qui ne peuvent vraiment pas lire…

Quand au final, j’ai bien envie de dire aux clients d’aller se faire enculer à sec, mais comme j’ai pas le droit je trouve le moyen de les planter dans leurs conneries. « Non je ne remets pas en cause ton autorité, tu n’en as aucune ! »

Et puisqu’on en est à parler des gens qui te hèlent comme un chiant… Une autre journée de fou (on les a un peu beaucoup collectionnées… d’où, paradoxalement, le manque d’article, comme vous pouvez le voir, j’étais plutôt d’humeur à arroser les gens de napalm que de mon humour noir dévastateur)… Je pointe à 10h, après avoir regardé sur le tableau des tâches, je vois que je suis en caisse. Je sors de la réserve pour trouver la responsable du coffre et récupérer mon caisson. Je n’ai pas fait deux pas hors de la réserve « hep hep hep ! ». Super. Je m’en vais donc voir les gens, qui bien sûr ne daignent pas me dire bonjour, « y a pas les prix ! c’est quoi les prix des abricots ? _Je ne sais pas, je vais aller demander en caisse et je vous dis ça. _Tant que vous y êtes on veut le prix des melons et des pêches ! Y aucune affiche dans votre rayon ! » Regard sur ma montre, il est 10h02… la journée sera longue. Je m’en vais en caisse, salue mes collègues, leur demande les tests prix nécessaires, écrit le tout sur mon bras parce que je sais que j’ai le temps d’être arrêté quatre fois avant de retrouver les clients en question, ce qui laissera le temps aux chiffres de complètement se mélanger dans ma tête. « Quand même. Et sinon l’autre jour on a acheté un filet de pêche, le lendemain elles étaient quasiment toutes pourries ! Vous faîtes quoi dans ce cas ? » Bah je remonte le temps, puis je bloque tes pêches dans un autre espace-temps pour qu’elles pourrissent moins vite. J’avais surtout envie de lui dire qu’elle avait qu’à mieux choisir. Comme jusque là je n’avais eu ni bonjour, ni s’il vous plaît, ni excusez-moi, ni merci… je l’ai plantée là. « Je suis désolée, des tris sont faits régulièrement pour éviter ce type de désagrément. Malheureusement moi je ne peux rien faire de plus. Bonne journée. » Tu veux me prendre pour une conne ? Pas de soucis, je suis pas contrariante, je serai conne, et je ne ferai aucun effort. Merde à la fin. Regard sur ma montre, 10h07. Oh putain…

Pardon lecteur ? Tu es trop jeune pour être un vieux con ? Oh mais ne t’inquiète pas ! J’ai aussi la recette pour être un jeune connard, pas de problème. L’autre jour, j’étais en caisse. Ma collègue me prévient par micro qu’un groupe de petits jeunes va se pointer avec de l’alcool, qu’elle n’a pas tout compris de leur conversation mais qu’elle trouvait ça étrange… une histoire de photo, qu’on n’allait pas poser de question… bref, elle m’enjoint à vérifier les pièces d’identité. Je repère le groupe, et en effet, ce beau monde paraît bien jeune. Genre tellement imberbe que même moi à 13 ans j’avais plus de poils que les mecs à ma caisse. Et effectivement, l’attitude un peu fuyante de qui sait qu’il est pas trop dans son bon droit. Au dernier moment, ils changent pour aller à la caisse de mon collègue derrière, Super Flèche, aka énorme boulet égoïste et non fiable de l’équipe. Ne l’entendant même pas demander de pièce d’identité (sans doute trop pressé d’aller en pause j’imagine…), je me retourne un peu colère et demande à ce qu’on nous présente une pièce. « non mais c’est bon ils sont majeurs _dans ce cas-là il n’y aura pas de soucis à nous montrer la pièce d’identité ». Et nos amis les jeunes ont fait la connerie à ne pas faire : ils se sont énervés. D’expérience, même quand tu te plantes de trois ans, les gens majeurs ne se mettent pas à te traiter de connasse quand tu leur demandes leur papier. S’ils ne l’ont pas ils soupirent, râlent un peu, mais vont la chercher et reviennent. Fin de l’histoire. « Non mais on est majeurs putain ! _Dans ce cas-là montrez-moi une pièce d’identité et nous n’aurons aucun soucis à vous vendre la bouteille. » Là-dessus, la nana me sort son smartphone et me montre la photo du papier temporaire qu’on reçoit après avoir passé le permis, le temps que la préfecture t’envoie le vrai. « Je suis désolé mais ceci n’est pas une pièce d’identité. _Bah si ! Y a mon nom ! Ça dit que j’ai le permis ! _Ce n’est pas suffisant. Ce papier n’est pas une pièce d’identité, il ne comporte ni photo ni date de naissance ni adresse. Qui plus est, une photo ne pourra jamais être considérée comme un papier d’identité. _Bah c’est tout ce que j’ai alors vous vous démerdez vous faîtes avec. _Non. Ce n’est pas une pièce d’identité. En ce qui me concerne c’est non, fin de l’histoire. _Non mais c’est bon elle est majeure putain ! Y a son nom dessus ! _En l’occurrence, rien ne me prouve qu’il s’agisse bien de son nom, de son papier. _Putain vous êtes con ! Hé tu t’appelles bien Ludivine… Ludivine… comment tu t’appelles déjà ? » Ha en voilà un mytho bien préparé ! Je commence à avoir sérieusement envie de leur dire que c’est pas en me gueulant dessus qu’il va leur pousser un poil de slip… Je campe donc sur mes positions, sort de ma caisse et commence les manipulations pour annuler le ticket sur la caisse de mon collègue, histoire de faire comprendre que c’est moi qui commande et que la discussion qui n’avait d’ailleurs jamais commencé est close. « Ouai bah on va aller la chercher la pièce d’identité ! Et ça vous fermera bien la bouche ! _Mais oui, y a pas de soucis Choupinou. Vous nous ramenez une pièce d’identité et je vous vends autant d’alcool que vous voulez. » J’imagine que si la porte coulissante pouvait se claquer ils l’auraient claqué avant de mettre du Maître Gims à fond histoire de faire savoir qu’ils étaient pas contents. Plus tard, je pars prendre ma pause. Au casque, ma collègue, la même que tout à l’heure, m’informe que les ados sont revenus, mais pas avec une pièce d’identité, avec un adulte. Preuve est donc faîte pour toute l’équipe. Quand je reviens, j’en reparle à Super Flèche en lui disant de faire plus attention la prochaine fois… « non mais c’était son père, et il m’a bien dit qu’elle était majeure » Je baisse les bras… y a un moment, qu’est-ce que tu veux dire ? Elle était tellement majeure qu’en rentrant chez elle, elle avait le choix entre sa carte et son père, elle choisit de ramener son père ? Et moi je suis la Grande Impératrice de toute la Chine.

Quand au bout d’un moment, il faut appeler un chat un chat : les clients sont cons et puis c’est tout. « Je pense que je vais renvoyer ce livre à Amazon « Tours d’évasion faciles pour Magicien Amateur » »

Il va être temps d’arriver au bout de cet article avec la fameuse Théorie du Chorizo, baptisée ainsi grâce à mon frère… Une des choses qui m’agacent est de passer mon temps à dire aux clients où sont les choses. Pourquoi ça m’agace ? Parce que si certains semblent vraiment paumés, si d’autres tournent depuis quinze minutes sans voir le truc sous leur nom, ou encore si Monsieur Lidl a décidé que les filtres à café seraient mieux avec l’aluminium et les sacs poubelle qu’avec le café (Monsieur Lidl doit boire du thé) ou bien les cacahuète d’un côté du magasin et les chips de l’autre, l’alcool et le vin d’à côté, la bière de l’autre… certains ne s’emmerdent tout simplement. Quand ils te voient, tu représentent un genre de Lidl Drive à toi tout seul, au point que des fois j’ai juste envie de tendre la main « une pièce pour le guide ». Comment on le sait ? Parce que trop souvent, il te suffit juste de tendre le bras parce que c’est à côté, ou qu’ils viennent purement et simplement de passer devant. Mais je t’entends petit lecteur ! « des exemples ! des exemples ! des exemples ! ». Tu vois comment tu es, en fait tu demandes que ça qu’on te livre l’humanité en pâture… Aller va, si t’as du napalm j’ai des allumettes.

Quand je dois indiquer un produit à un client alors que celui-ci n’est pas à côté, je préfère souvent utiliser un repère plutôt que dire « deuxième allée », je trouve que c’est plus pratique, plus direct. Mais comme d’hab, des fois jme trompe. Une fois donc, une petite vieille vient me demander où est l’huile. Je repère dans ma tête, regarde où on en est « Vous voyez les oeufs là ? _Oui. _Et bien ça sera dans ce rayon-là, juste en face madame ». Elle s’en va donc. Cinq minutes après elle revient me voir « vous vous êtes trompée. Ou Alors ça a dû être changé de place, en face c’est le lait » Ha ouai. J’aurais dû préciser qu’il fallait faire deux pas sur la gauche pour avoir l’huile. Honte à moi.

Une autre fois, alors que je faisais la mise à plat dans le frais (parce que ça faisait longtemps), j’entends une nana dire à sa gamine « non mais je vais pas m’emmerder à chercher quand même » avant de venir me demander où était le truc devant lequel elle venait de passer sans le voir puisqu’elle avait décidé que j’allais le trouver pour elle.

Un autre jour, je mettais le frais en rayon (incroyable non ? ), pareil, la gueule coincée dans l’étagère du bas, à me contorsionner entre deux portes et dix cartons de carottes râpées ou de piémontaise. « Excusez-moi » Oh chouette, une madame polie ! Je m’extraie de mon frigo, j’avais à peine retrouvé un équilibre stable sur mes genoux (parce que je suis accroupie hein, rappelez-vous) qu’elle me colle littéralement un prospectus dans la gueule pour me demander où étaient les tables à repasser, que du coup je ne pouvais pas voir, parce que je vois très mal quand les choses sont à 2 mm de mon visage. D’une, j’ai failli me vautrer, de deux, paye ton invasion d’espace privé… Surtout que si elle avait pris deux secondes pour le lire son putain de prospectus, elle aurait vu qu’il y avait la date à laquelle on les avait. En plus, c’était un mercredi. Alors sans réfléchir j’ai annoncé que c’était pas aujourd’hui, parce qu’on ne reçoit ce genre d’articles que les lundi et jeudi…

Et ce même jour, genre dix minutes après… alors que j’écrase un peu mes cartons avant de partir en pause (parce que j’ai un peu rappelé que j’étais là depuis 5h et que pour une fois j’aimerais bien ne pas me faire avoir en ayant ma pause à 11h…), un vieux me fonce dessus « c’est où le chorizo ? _Vous venez de passer devant… _hahaha » lol.i.lol. Comment on en arrive  la Théorie du Chorizo ? Je suis du genre à beaucoup prendre sur moi. Paradoxalement, je râle beaucoup sur mes machines, mais je perds assez rarement mon sang froid face aux clients, au point que mes collègues savent que je commence effectivement à le perdre, il devient urgent de me faire aller en pause sous peine de voir de la cervelle de fada sur les murs… Du coup, quand je rentre du taf, ou quand je suis avec des collègues à la pause, faut bien que j’évacue. Alors je raconte toutes les merdes, les petits et les grosses, les agressions, les petites et les grosses, jusqu’à ce que mon cerveau puisse à nouveau fonctionner correctement. Donc mes parents et mon frère ont l’habitude de me laisser un temps où je vide juste mon sac en insultant la terre entière et sa mère (carrément, j’ai peur de rien moi). Un jour une de ces conversations s’est fini ainsi :

Mon père : Vivement que t’ais fini de bosser là-bas… y a ta vision de l’humanité, qu’était déjà pas bien haute, qui est en train de sérieusement se dégrader.
Mon frère : Mais non, elle se dégrade pas. C’est tout pareil. C’est juste que maintenant elle a des mots. Tu vois les fois où elle s’énerve parce que la société fait n’importe quoi et que c’est pas juste ? Bah maintenant elle sait. Parce que si les gens ils ont la flemme de chercher le chorizo alors qu’ils passent devant, comment tu veux qu’ils travaillent à la paix dans le monde ?
moi : Putain t’es un génie OO

Bon d’accord, c’est un peu gros. Mais il y a des moments comme ça, où tu réfléchis quand même beaucoup au potentiel des gens… Quand tu les vois te faire un sourire gentil parce que tu viens de te faire lourdement draguer (je vous raconterai une autre fois), ou qu’un vieux à cramer ses fusibles en hurlant, quand ils ramassent un carton abandonné au milieu du rayon, quand ils laissent passer la femme enceinte ou le papy et sa jambe en plastoque sans qu’on leur demande de respecter la priorité, quand ils filent les 10 centimes qui manquent au client précédent, qu’ils te laissent boire un coup d’eau, qu’ils te demandent comment ils peuvent te rendre la tâche plus facile, etc etc c’est con, mais ce sont des actions d’empathie gratuites… Alors qu’à l’inverse, quand ils décrètent que c’est ok de te marcher dessus parce que tout le monde le fait, normal de même pas te dire bonjour, en ont rien à foutre de pourrir la vie, t’humilient pour leur plaisir, te rabaissent au stade de machine, t’accusent de tous les mots de la terre…  bah perso je me dis que j’aimerais pas que ma vie dépende de leur forfait téléphonique. Et voilà donc la Théorie du Chorizo : certaines personnes considéreront que c’est toi à de trouver le chorizo pour elle, de le couper et compagnie, et d’autres t’en proposeront une tranche.

C’est donc sur cette pseudo philosophie de comptoir que je vais vous laisser ! L’article est long, mais encore une fois, j’en ai laissé plein de côté… Comme toujours, on se retrouve sur Facebook et twitter.

La chanson de la semaine c’est le retour de Dir en Grey que je découvre avec un peu de retard… mais qui fait vraiment plaisir !

Et une découverte musicale grâce à L’Oiseau Lyre

Le concept, le pragmatisme et Gérard.

La dernière fois, je parlais de la paranoïa des clients, mais peut-être qu’il est temps que je parle de la mienne. Parce qu’à force de bosser là-bas, je finis vraiment par avoir la sensation que tout est fait pour m’emmerder. Et je ne dis pas ça parce que mon bras droit a l’air de sortir tout droit d’un film de zombis de mon frère après avoir passé deux jours à mettre le frais en rayon. Je dis ça parce que, clairement, les cartons veulent ma peau.

« Quand tu te réveilles le matin en pensant qu’on est vendredi… mais qu’en fait on est seulement jeudi. »

Le nouveau truc maintenant dans ce nouveau magasin, à chaque fois que je signale quelque chose, ou demande une modification histoire de nous simplifier la vie, on me répond de façon quasi systématique « c’est pas concept ». Ha. Passons sur le fait que ça ne veut absolument rien dire (non, on ne peut pas utiliser un nom comme si c’était un adjectif et prétendre que ça fait parfaitement sens. On. ne. peut. pas. Fuck you marketing team…), et faisons semblant que ça veuille dire quoi que ce soit… Je sais, ça demande un effort, mais comme tout mot pseudo-technique employé dans n’importe quel milieu professionnel, à force de te l’entendre répéter, tu finis par croire que ça veut vraiment dire quoi quelque chose. (genre à MacDo, je trouvais très français de dire « je fais la close ce soir ». Voilà voilà)(la domination sera linguistique ou ne sera pas)(et la parenthèse n’est pas domination malheureusement) Commençons simplement voulez-vous…

Maintenant, toute la façade du magasin est une immense baie vitrée, ce que la claustrophobe en moi apprécie moultement tandis que la photosensible en moi le déplore tout aussi fortement. La sortie se fait dans le coin du magasin. En fait avant, on avait un sas de sortie et un sas d’entrée bien distincts, alors que maintenant on a un seul grand sas en coin qui donne d’un côté sur la porte d’entrée, de l’autre sur la sortie (c’est très clair je te jure). Le long de la baie vitrée, deux issues de secours, des portes qu’il faut ouvrir en appuyant sur une poignée. Dessus, il est clairement écrit « issue de secours » à « hauteur d’yeux » (les guillemets c’est parce que l’hauteur d’yeux en question elle est réglementaire, pour ne pas dire réglementée…) en vert. Bien entendu, les issues de secours sont ouvertes dans la journée, sinon ça servirait un peu à rien (mais juste un peu). Et les issues de secours sont mises sous alarme à longueur de journée, si bien que comme n’importe quelle porte du magasin, si on l’ouvre sans le badge, l’alarme sonne. Vous commencez à le voir venir où je prends quand même la peine de vous le raconter ? Aller je vous raconte, j’ai rien d’autre à foutre (à part regarder Indi dormir au bout du canapé, ce qui est tellement mignon que j’ai presque l’impression de ne pas passer un été de merde par excellence). Régulièrement, nous avons donc des clients qui sortent par l’issue de secours, ce qui fait retentir l’alarme, ce qui nous oblige à appeler un responsable pour qu’il ou elle arrête le supplice d’un coup de badge magique. Plusieurs choses… Déjà, que quelqu’un m’explique pourquoi les issues de secours sont sous alarme. Une alarme dans un magasin, c’est pour te faire savoir quand quelqu’un force l’entrée non ? Quelle est la logique ? Qu’on les branche quand le magasin est fermé, là aussi ça a du sens (quoique, j’imagine que tout est centralisé, alors si le mec a niqué l’alarme au centre, il les a toutes niquées non ? genre ça n’arrive pas ça : « mouhahaha, j’ai niqué l’alarme de l’entrée et même celle du coffre ! je suis trop fort ! tiens pour le fun je vais sortir par l’issue de secours » *TULUTULUTULUTLUTUTLUTUTLUTLUTLU* Non, je ne pense pas…), mais en journée ? Quelle est l’utilité d’une telle démarche ?? Qu’on m’explique pourquoi mes tympans méritent pareille agression régulièrement dans ma journée de travail… Sérieusement, je vais me coucher, j’entends encore les alarmes dans ma tête… Que les gosses ne voient pas l’inscription, je peux entendre. Pour certains, elle est genre trois têtes plus haut que leurs yeux… et d’autres savent même pas lire… ou alors pas le français… Quant aux adultes… deux choses. À notre défense : quand vous allez dans un magasin, à part celle des toilettes (si tant est qu’il y en ait), est-ce que vous ouvrez la moindre porte ? Non. Le client étant roi, faudrait pas trop qu’il se fatigue, alors les portes s’ouvrent par magie devant lui. TADA. Du coup, les clients qui sortent par là ne devraient-ils pas tilter que s’ils doivent produire un effort, aussi risible soit-il, pour sortir, c’est sans doute qu’il y a un soucis ? À la défense des clients (autres que les enfants que pour une fois je vais excuser)(après tout leur plus grand crime est d’exister mais à la limite, ça non plus ils y sont pour rien) : il est bien indiqué issue de secours, mais en vert avec une vue dégagée sur le parking gris et les plates bandes vertes, dans une écriture toute fine police 12 (et encore). Du coup, si tes yeux ne tombent pas dessus, je peux entendre que tu ne vois pas l’indication. Bon je peux l’entendre parce que je n’ai pas entendu l’alarme ce matin et que j’écoute du Dir en Grey… parce que dans les faits, cet alarme me vrille tellement la gueule sur le moment que j’ai juste envie de leur éclater les dents sur le mur.

Mais comme un tel comportement ne rentre pas dans le cadre du SBAM, j’ai demandé à ma responsable s’il ne serait pas plutôt possible d’accrocher une affiche rouge sur la porte, histoire que cette fois les gens tiltent vraiment : c’est visible et ça ne bloque pas la sortie. « c’est pas concept ». Ha. C’est quoi le concept ? Qu’on soit tous sourd à la fin de l’été ? Qu’on ait tellement bouffé cette alarme dans la gueule qu’on démolisse le coupable alors que dans le fond l’erreur peut être compréhensible ? Et du coup, un taser c’est concept ou pas ? Non mais je demande hein… y a peut-être une case dans le bon de commande pour ça…


Pendant ce temps-là, dans le salon, mon frère rentre alors que j’écoute Moonspell un peu fort

moi : je t’avais pas entendu rentrer.
lui : non je me doute. 
moi : faut bien que la campagne ait des avantages !
lui : non pis je comprends, t’as des enceintes géantes alors t’es là « oh un peu plus fort, tiens encore un peu plus fort, un petit plus fort encore, bon j’ai les oreilles qui saignent mais on doit pouvoir mettre un peu plus fort »
moi : ah bah comme dirait papa, « les guitares c’est comme les graisses on les aime saturées » ! 


« Je suis à moitié procrastinateur et à moitié sociopathe. Donc je te tuerai demain… ou peut-être le jour d’après. »

Mais continuons donc sur nos bons concepts ! Figurez-vous qu’une poubelle non plus, c’est pas concept. Voilà. Alors qu’est-ce qu’on nous a collé comme poubelles ? Dans le hall d’entrée, nous avons des « poubelles » : dans un renfoncement du mur, vous avez quatre trappes « déchets quotidiens » « papier, carton » « pile » « ampoule ». Du coup vous allez me dire « mais qu’est-ce qu’elle nous chie, elle voit bien que y en a des poubelles ». Ha haha. Que tu es naïf petit lecteur ! Sache que le monde recèle autant de secrets dégueulasses que ces poubelles cachent de merde ! Car si elles ont tout de l’apparence designée de la poubelle « concept », dedans, c’est tout vide. Rien n’est prévu pour un sac, ou un éventuel contenant. Alors qu’est-ce qu’on met ? Des cartons de boulangerie dans lesquels nous sont livrées les baguettes. Résultat ? La poubelle « piles » doit être vidée régulièrement sous peine de ne pas pouvoir la soulever puisque pas de prise (et les cartons lidl c’est pas les plus solides du monde)(mais on va y revenir !). Quant à la poubelle « déchets quotidiens », il faut la vider à la main dans un sac poubelle digne de ce nom parce qu’il faudra quand même recycler le carton. Conseil : mettre des gants. Parce qu’entre les bouts de verre (bande de connards), les canettes pas vraiment finies, les trucs qui ont commencé à moisir et dégouliner, c’est pas trop la joie. Je veux bien que bosser à MacDo m’est quelque peu endurcie niveau dégueulasserie (si toi aussi tu as déjà eu à vider les bacs de graisse des grills, tu sais de quoi je parle), c’est quand même pas la joie quand après faut que tu retournes en caisse. Un vrai putain de bonheur. Changer une poubelle devrait me prendre cinq minutes top chrono. Mais avec ce brillant système très concept, il m’en faut quinze. Vous êtes des génies les mecs ! C’est joli, certes, mais ce n’est ni pratique, ni efficace, et pas tellement hygiénique. Well done.

Mais non, je n’ai pas fini ! Comme ce n’est pas suffisant (parce que dans un monde capitaliste, enough is never enough, on n’en fait jamais assez), il n’y a pas de poubelle dehors du tout. Par contre, il y a un cendrier. Au début, je trouvais ça plutôt bien, ça manquait dans l’ancienne configuration, du coup les gens les jetaient partout et c’était franchement dégueulasse (surtout quand t’es le couillon désigné pour aller ramasser). Au moins maintenant, on en retrouve plus partout. Un bon point pour Monsieur Lidl. Sauf que comme y a pas de poubelle, que se passe-t-il ? Et bien il arrive que les clients n’aient pas l’idée d’abandonner leur ticket de caisse ou la petite merde X ou Y à ta caisse, ou par terre dans le hall. Ils sont pris d’un regain de non connerie, et du coup, ils le mettent… dans le cendrier. Alors là lecteur, il va falloir que tu sois très attentif… À ton avis, il se passe quoi quand on met des bouts de papier dans un cendrier où des gens éteignent leurs mégots ? Ne crois pas que je te pose la question parce que je te crois débile ! Loin de moi cette idée saugrenue, après tout on ne se connaît pas… Mais apparemment la réponse est loin, très loin d’être évidente, alors je me dis que peut-être on pourrait jouer aux devinettes… Eh bien figure-toi lecteur que quand on met des bouts de papier et un élément en feu (même tout petit) dans un tube d’acier, et bien ça brûle. Incroyable non ? En une semaine, ça fait déjà deux fois qu’ils nous mettent le feu au cendrier. Ce qui amuse drôlement la pyromane en moi, mais bon quand même. J’ai donc eu l’occasion de passer pour une psychopathe puis que la conversation s’est déroulée comme suit : une dame rentre un peu paniquée dans le magasin et me saute dessus : « y a le feu ! le cendrier brûle, ça fume ». Effectivement, je constate que ça fume sacrément noir. Deux secondes de réflexion afin d’évaluer le potentiel danger direct… mon cerveau arrive à la conclusion que dans la mesure où le cendrier est un tube clos, le feu va mourir de lui même tôt ou tard, et comme le truc fume comme pas permis, personne ne va avoir l’idée de le toucher, donc personne ne risque de se brûler. J’en conclus que je peux terminer ce que je fais et aller m’occuper de l’importun. « Bah, il va pas aller bien loin de toute façon, je finis de m’occuper de mes clients et j’y vais. » Apparemment, vue la tête de la dame, ce n’était pas la réaction attendue. Ceci dit j’avais raison : dix minutes après même pas, n’écoutant que mon courage, je me saisis d’un seau d’eau ayant contenu des fleurs et m’en vais affronter les flammes. Le combat fut bref, mais elles luttèrent héroïquement. Le souvenir de leur agonie restera à jamais gravé dans ma mémoire, toujours je porterai ce poids sur ma conscience. Attendez je crois que des tartines de nutella m’appellent, je reviens !


Pendant ce temps-là, dans les rues de Nantes, je marche avec ma super copine, quand soudain, elle s’arrête net et s’écrit : « Regarde ! Une librairie ! On y va ? ». Mais que voilà une définition du shopping qui me plaît !


Quand mes cartons commencent à me gonfler et que je leur apprends la vie. « Je pense qu’il a compris la leçon, maintenant il y réfléchira à deux fois avant de squatter le coin de soleil ! »

Cette fin de semaine, j’ai gagné le droit de faire le frais… j’ai eu la joie d’y passer pas mal de temps… un vrai bonheur… comme peuvent d’ailleurs en témoigner tous les points de suspension de cette phrase… Le frais c’est la quintessence de tout ce qui est chiant dans la mise en rayon… Tout y est pour te faire chier… Rotation des produits (dates les plus « loin » dans le fond), « ouverture » cartons à faire (arracher un bout du carton pour que les clients puissent avoir accès facilement au produit, notamment pour les étagères du haut), rapidité obligatoire car chaîner du froid à respecter, palettes mal conditionnées, clients qui se servent directement dessus, et surtout, cartons mal pensés et rayon conditionnés au poil de cul près. Sérieusement, tu sens que le truc est pensé pour qu’il n’y ait pas un millimètre carré sans marchandise proposée à la vente. Tout est hyper serré, des produits sont placés hyper haut (à tel point que j’hésite toujours à faire ma rotation à l’envers, car les clients se serviront dans les cartons du bas de la pile puisque ce sont eux qu’ils atteignent le plus facilement… mais comme je risque d’être la seule à le faire, ça va tout mélanger les dates alors je m’abstiens) et vraiment… ces putains… de cartons… de merde… Bordel mais même le carton il est lidl ! Je vous jure, on la sent l’économie de bout de chandelle sur la matière première ! Les cartons sont fins au possible, si bien que la moindre humidité les ramollit et les fait se déchirer sous le poids des yaourts… ce qui n’est absolument pas un problème puisque comme chacun sait : y a jamais la moindre humidité dans un frigo ! Jamais ô grand jamais ! J-A-M-A-I-S ! MAIS BORDEL DE CONS DE MERDE ! Donc… tu prends ton carton sur ta palette, celui-ci commence déjà à se tordre, se plier. Tu constates qu’il faut que tu fasses une rotation complète, à savoir, sortir les six cartons du même produits déjà en rayon pour foutre le tiens en dessous, puis remettre le tout. SAUF QUE ! Ces six cartons-là, ils avaient eux aussi déjà commencé à se tordre et se plier sur la palette quand ils ont été mis en rayon… et ils sont encore plus humides après le frigo… et comme ils sont serrés ratatinés contre ceux autour parce que limite t’es obligé de les enfoncer à coup de marteau pour qu’ils rentrent entre les références autour parce qu’il n’y a pas d’air du tout ! y a pas un millimètre de marge de manoeuvre ! Alors forcément, bah le carton humide, quand tu essaie de le sortir avec son poids de marchandises dedans, que tu dois l’extirper du rayon plus que le retirer, il se passe quoi ? Bah il se déchire ! Et si t’es un gros winner of da life, et bah des fois, les packs de yaourts dedans, et bah ils font pareil ! Voilà. Tout se déchire sous tes mains au point qu’au bout de la moitié d’une palette tes mains sont bleues à cause de l’humidité et de la peinture des cartons. Et attends parce qu’une fois que tu as quand même réussi à extirper le tout en réussissant à n’avoir aucune perte, sans déloter les yaourts, mais pas sans avoir insulter leurs mères à tous, cartons et yaourts (l’autre matin avant l’ouverture, ma responsable m’entend râler et jurer vertement, mais a eu la bonne idée de me laisser m’énerver dans mon coin), que tu as trié tes dates au cas où la rotation ça serait un peu la fête du slip, que tu as posé le carton que tu voulais mettre en rayon, non sans avoir forcé comme un bourrin, parce qu’en plus les coins des cartons se coincent les uns dans les autres, ou encore dans les équerres des étagères, et bah après, IL FAUT REMETTRE LE TOUT ! Il faut remettre des cartons encore plus humides, encore plus disloqués, encore plus déchirés, encore plus abîmés, dans un rayon tellement au poil de cul que tu te demandes s’il faudrait pas mettre dix plaquettes de beurre en frais magasin direct parce que peut-être ça glisserait mieux, sans te tromper dans l’ordre des dates, avec parfois des clients qui viennent t’interrompre, et la petite voix dans ta tête qui calcule combien de temps ces cartons ont passé hors du frigo, combien de temps tu mets sur ta palette totale et elle se demande à partir de quand tu auras définitivement rompu la chaîne du froid et putain y a un fromage blanc qui vient de t’éclater à la gueule ET BORDEL DE TA MÈRE LA PUTE EN STRING DE BORDEL DE BITE À CUL ! Merde. Même un fist dans un mec constipé ça passe plus facilement bordel. Ha oui pis bien sûr, j’ai oublié de vous dire que pendant ce temps-là, les cartons en question vous déchirent les bras parce que mettre des cartons en rayon c’est encore plus dangereux que de jouer avec un chat.

Alors du coup, forcément, quand je suis levée depuis 4h du mat, que j’attaque la 5ème palette de frais, que mon collègue râle autant que moi (mais pas tout à fait dans le même style, disons qu’il est moins véhément), je me mets à imaginer à quoi peut bien ressembler la réunion des monsieurs en cravate de chez Lidl qui nous ponde ces chouettes petites idées…

« Ouai alors dans la nouvelle version, les frigos, on met des portes ? Aller ! On met des portes ! C’est grave stylé les portes !
_Le truc Gérard c’est que si on met des portes, bah c’est pas pratique pour la mise en rayon… tu sais ils vont pas avoir assez de mains pour les tenir ouvertes, et puis y aura forcément des articles qui tomberont en plein entre deux portes…
_Bah, pendant ce temps-là ils ont pas le temps de lire la convention collective !
_Bien ouèj Gérard ! Comment on fait pour les commandes ?
_Alors moi je propose qu’on leur colle 25 cartons de crème aux oeufs.
_Mais pourquoi autant ??
_Parce que j’adore la crème aux oeufs. Alors il faut qu’ils aient plein de crèmes aux oeufs. C’est bon la crème aux oeufs.
_T’abuses Gérard, ça va les faire chier quand même.
_Mais non ! T’as qu’à les envoyer à la place d’un truc genre les brassés aux fruits.
_Ça se vend pas vachement bien les brassés aux fruits ?
_Aucune idée, j’en achète jamais. Du coup c’est pas trop grave s’ils ont pas de stock.
_D’ailleurs en parlant des stocks, on a réglé cette histoire de date ?
_T’emmerdes pas ! Tu leur envoies trois quatre dates différentes par référence, ça aussi ça va bien les faire chier !
_Putain Gérard t’es on fire aujourd’hui !
_Ouai, j’ai vidé ma corbeille à papiers dans le cendrier !
*rires gras autour de la table*
_Attendez attendez ! Je sais ! Tu sais les cartons pour les bocaux d’anchois ? Pense à les faire tous fins, et surtout, pas assez haut pour empêcher l’anchois de se casser la gueule.
_T’as déjà fait mieux Gérard.
_Ok, alors que dis-tu de mettre tous les cartons de surimis en dessous de la palette, et dessus, on monte des piles et des piles de cartons de salades toutes faites genre piémontaise et autre ? Histoire de les faire voyager jusqu’à la tour de Pise.
_Gérard… t’es un génie… putain, c’est tellement beau quand tu parles j’en ai la larme à l’oeil… »

Je suis sûre que ça passe à peu près comme ça ! Bon d’accord, on n’est pas à la virgule près non plus, mais je suis persuadée que je suis pa loin… Y a beaucoup trop de Gérard à lidl !


Pendant ce temps-là, dans le couloir, mon frère rentre en imitant le chat :

« Je suis làààà ! Est-ce que tu as bien entendu que j’étais là ? Parce que je suis là ! je suis rentré !
_Pourquoi tu fais ton Gribouille ?
_Bah parce que comme t’es toute seule tout le temps à la maison en ce moment, jme suis dit ça se trouve elle en profite pour se balader à poil. Alors du coup je te préviens ! Comme ça on évite les incidents ! »


Aller promis, la prochaine fois on parle à nouveau des conneries des clients… J’avais juste envie de changer !
Comme toujours, on se retrouve sur Facebook et twitter (ce qu’il est un peu con de préciser vu que la plupart d’entre vous arrive de là mais bon, question de principe !)

La chanson de la semaine, le retour de Betraying the Martyrs :