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Engluer.

X-RX – Blood on the dancefloor

Sirène silence
pas de réponse
Loin quelque part par là
Une boîte
Ça revient toujours à une boîte
Une boite à boîte
Un stock de boîtes

Sirène silence
pas de réponse.
Repère et griffonnage,
en périphérie de la conscience.
Voiture qui passe
Voiture qui laisse une boîte
Parking et périphérie
Définitivement.

Sirène silence
pas de réponse.
Gratte gratte gratte
Fuir le tictac
Fuir le surplace de l’aiguille.
Tôt ou tard
là en périphérie
coincé au milieu des boîtes
l’immobilité gagne.

Sirène silence
pas de réponse.
Derrière la vitre
une voix deux voix
téléphone et mail
contre slash et arobase.
Derrière la vitre
on gère le parking à boite.

Sirène silence
pas de réponse.
Connexion impossible
Signalement immédiat
Télécommande et boîte de clés
Et toujours en décalage.

Sirène silence
pas de réponse.
Registre absent
signature instable
colonne ligne abstraction procédure
Coups sur la vitre
Doigt dans le vide
Erreur dans la procédure
Encore.

Sirène silence
pas de réponse.
Quand même un sourire des fois
dissimuler un soupir souvent
Température monte
Larme intégrante
Pendule récalcitrante.

Sirène silence
pas de réponse
pas de réponse
silence
silence
sirène
En boucle au milieu du vide
en périphérie des boîtes

Magie Viking en rase campagne

Anilah – Warrior

Les coups de pédale ramène de vieux souvenirs. De vieilles sensations. Enfouies loin. Un retour à la case départ en forme de mue de phoenix. Enfin difficile à dire à travers la brume nocturne.

Quinze minutes de vélo
Vingt minutes de bus vers la ville
Pas de lampadaire
Des fossés
Des ornières

Les sensations remontent. À commencer par le froid qui me scie les doigts. J’avais oublié les doigts qui se glacent sur le guidon, les manches qu’on tire pour compenser l’absence de gant, l’air qu’on souffle dessus à l’occasion pour sauver ce qui peut l’être. Mes yeux pleurent tout seul. Larme par larme. Une toutes les deux minutes. La larme se forme lentement avant de glisser tout aussi lentement le long de la joue. Elle prend part au paysage. Élément constitutif comme un autre.

Donc le froid, les larmes, la musique, la nuit, l’ambiance désertique. Souvenirs.
Le corps reprend ses droits. Après la course infernale, il informe à nouveau de l’état des choses. J’essaie d’accepter l’état des lieux sans ralentir le rythme du pédalier. L’estomac qui brûle. Le genou qui claque. Le dos qui se tord. L’épaule qui se bloque. Accepter l’une après l’autre les petites douleurs accumulées, puis passées sous silence pour survivre aux derniers événements. Accepter, parce qu’il faudra en passer par là.

Quinze minutes de vélo, vingt minutes de bus
La nuit les fossés les ornières
La musique les petites douleurs et le désert
Souvenirs

Les nerfs lâchent. Le corps soulagé de ne plus se sentir en danger constant déposé le bilan. La fatigue, les yeux gonflés, les migraines avortées par manque de temps, les contusions non traitées pour les mêmes raisons, la solitude qui brûle le ventre et les veines. Alors comme à l’époque, il se passe cette chose étrange. Ce moment, ce tout petit moment, où après l’inventaire des dégâts, le corps autorise la voix à sortir. Et la voix chantent au milieu de la campagne déserte, entre les respirations haletantes sous l’effort. La voix sort enfin.

J’assiste au spectacle du corps qui se relâche alors que j’essaie de me souvenir de la route jusqu’à l’arrêt de bus, de la route jusqu’à la maison. En silence et sans négociation, j’essaie d’accepter les réclamations, les reproches et les informations qu’il a à transmettre. Le pire est passé, la route est encore longue. Il faut réparer maintenant. Réparer, récupérer, soigner, repartir. Ne pas minimise ce qui ne veut pas cicatriser. Ne pas oublier ce qui aurait pu arriver. Ne plus censurer.

Quinze minutes de vélo vingt minutes de bus
La nuit les fossés les ornières
Le corps la voix la fatigue

Un mois d’errance à travers la campagne
pour réparer ce qui doit l’être
cicatriser ce qui peut l’être
se souvenir du meilleur
accepter le pire

Et enfin revenir.

Problématisons…

En temps mort et à brûle-pourpoint s’allonge la liste des choses à faire. Le temps se délite simplement. Le regard se dévide par la fenêtre, glisse le long des cheveux de Rayponce pour tomber directement dans le terrier du lapin blanc. La lune n’a jamais vraiment été concernée par les rêveries éveillées… L’oeil revient sur l’ordinateur, constate la non-progression du travail en cours. Les mains se replacent sur le clavier, test de la synchronisation, et à nouveau tentative. Les phrases se fixent, s’effacent, se détachent, reviennent à la case départ, se fragmentent en paragraphe avant de disparaître encore une fois dans les limbes. L’oeil est encore parti ailleurs. La raison ne suit plus.

Pouvez-vous reposer la question s’il vous plaît ?

Alors la tête part en vadrouille. Elle voudrait trouver la tresse où grimper, ou bien le terrier où se glisser. Malheureusement, le corps se refuse à pareilles fantaisies, et il y a des limites à ce que l’on peut tordre de la réalité. La tête creuse en corps. Au fin fond des neurones, trouve les matériaux non utilisés jusque là, les réponses sans questions, les sensations sans étiquettes, les puzzles émotionnels et les refusés à la transmission des rêves. La tête se perd dans son propre grenier. La tête ne fait plus la différence entre ce qu’elle pense et ce qu’elle trouve ici. N’est-ce pas la même chose ? Après tout, le grenier aussi fait parti de la maison. Pourquoi ne pas y dormir, voir ce que le monde peut bien y raconter ? La tête est sûre que sur les murs, on peut projeter toutes les tentatives du monde. Alors pour combler l’oeil, la tête se met à l’ouvrage.

Pouvez-vous reformuler la question s’il vous plaît ? Il semble qu’elle ne soit pas claire…

Alors la tête projette allègrement sur les murs du grenier. Le problème est que la tête manque de second degré. L’oeil est parti loin, la raison surveille les mains comme elle peut, un incident est si vite arrivé… La tête attrape tout ce qui traîne au sol pour le jeter sur les murs. Le fracas la met en joie à chaque fois. Le mur, auparavant si blanc, si ennuyant qu’on aurait pu le dire blancavant, se voit pourvu d’éclats, d’impacts. Déjà la peinture s’écaille et la tête hurle de joie devant les formes qui se apparaissent silencieusement. Voilà de quoi ravir l’oeil, voilà de quoi se réjouir, voilà une raison de ne pas trouver comment poser la question ! Et la tête danse de joie, continuant sa mise à mal du grenier dans de grands gestes maladroits. La tête s’en fout. L’oeil en vadrouille, elle se voit danseuse à la souplesse légendaire, ses figures se reflétant sur les murs effrités. La tête se raconte ce qu’elle veut. Le mur peut tout encaisser, il est moins regardant que l’oeil.

La question n’est toujours pas correctement formulée, ce n’est pas compréhensible.

Là, dans les boîtes retournées retombées fracturées, les oublis, et autres refoulés ignorés, remontent par fumerolles le long des murs. L’heure n’est plus à la fête. L’odeur carbonisée vient rapidement rendre l’atmosphère irrespirable. La tête est soudain prise de vertiges, mais prisonnière de son élan, elle ne peut rien faire d’autre que suivre la masse que ses jeux sont devenus. Déjà, les fumerolles prennent corps. Les écailles sur les murs font place à des yeux sans paupière décidés à fixer jusqu’à l’agonie finale. Un être sans visage est déjà pourvu de bras, les mains qui les terminent hésitent entre griffes et doigts. L’odeur du sang qui goutte commence elle aussi à s’imposer. Peut-être, peut-être qu’il faudrait regarder si ce sont les yeux sur les murs ou les mains de l’être qui gouttent ainsi… Le mouvement s’arrête soudain. La tête est prise au creux de la paralysie. De panique, elle cherche en vain la porte de sortie. Le grenier ne peut pas être sans issue. Mais les yeux guettent le moindre mouvement, si bien que même si elle parvenait à faire le moindre geste vers la sortie, ils le sauraient aussitôt. Il allait pourtant falloir prendre le risque. L’être sans visage commence alors à parler. Sa voix est grave, si grave qu’elle se perd quelque part dans les murs sans qu’il ne soit possible de comprendre ce qu’elle articule ainsi. Il va falloir choisir : trouver l’énergie pour sortir, ou bien l’utiliser pour comprendre les mots de l’être sans visage.

Enfin, vous commencez enfin à proposer une question qui ait du sens.

La raison hurle, l’oeil s’accroche à tout ce qui tient encore dans ce monde et la tête se voit forcée de revenir du bon côté du monde. Le grenier s’efface. L’être sans visage retourne dans sa boîte. À la surprise générale, les mains semblent avoir trouvé une façon de poser la question. Bien sûr ce n’est jamais aussi simple, si l’odeur de brûlé semble s’être apaisée, certains yeux sont restés imprimés sur les murs. Toujours dépourvu de paupière, ils fixent le clavier, attendant la suite. Ils liront chaque phrase, les jugeront toutes, et, si besoin, rappelleront du fond du grenier l’être sans visage pour que quelqu’un hurle ce qui doit être su. Mais pour le moment, les mains se synchronisent à nouveau, l’oeil se focalise, la raison suit, et la tête enfin sait quoi faire.

La question est posée, correctement formulée.
La vie reprend son cours.

Ask away

Dans le cadre du « AFP Monthly Art Challenge », thèmes : ask / birth 

They never ask,
they just say.
I’ll be a mom they say,
‘Cause I can’t go against it they say.
I’ll change my mind they say.
Or no.
They say you have to change your mind.
They never ask if I want to give birth.
They never ask why I don’t want to.

If only they asked,
I’d tell them the monster under my skin
the rot in my blood.
If only they asked,
I’d tell them how much I fought for this body
For him to be mine
To control it
To accept it.
If only they asked
I’d tell them I still hate this body,
Hate me even more.

Giving birth would kill me.
So, I don’t want to be a mom
‘Cause I don’t want a child to finally ask me
« Why don’t you love me ? »

But they never ask.

La grève des mots

Trop c’était trop. Les mots avaient décidé d’arrêter le travail. D’un commun accord, ils avaient saboté les machines. Un mois de travaux forcés. Les deux jours de repos hebdomadaires leur paraissaient bien peu comparés à la masse de travail abattu pendant les cinq autres. Qui plus est, l’effort devait s’inscrire dans la durée, et le salaire ne viendrait que plusieurs mois après, s’il devait venir ! De guerre lasse, les mots s’étaient concertés. Mention avait été votée à l’unanimité, le sabotage pouvait commencer. Ils attaquèrent d’abord les mains. En rompant les connexions, celles-ci devinrent maladroites, caoutchouc peu maniables au dessus du clavier. Ils forcèrent la cadence, provoquèrent l’arythmie. Très vite, il fut impossible pour elles de suivre la logique désaccordée des mots. Ne sachant vers qui se tourner, les doigts s’embrouillèrent, s’usèrent pour ne mener à rien que des phrases sans fin ou sans début. Puis les mots s’attaquèrent aux yeux. La vision se fit trouble et ils eurent de plus en plus de mal à repérer les scories. Les lapsus, les mots absentéistes, les fautes de grammaire, de frappe… tous commencèrent à passer à la trappe. La tension augmentait. Maintenir l’attention demandait soudain trop d’effort. Les mots ne s’arrêtèrent pas là. Prenant le vocabulaire en otage, ils menacèrent de les tuer un par un jusqu’à obtenir gain de cause. Ainsi, des mots passèrent à l’incinérateur de façon régulière, appauvrissant les constructions, démolissant les élans poétiques, amoindrissant la finesse des raisonnements. Les mots étaient fatigués. Ils exigeaient trois jours de repos au minimum. Le contremaître, désemparé de voir son navire ainsi abandonné, ne savait comment concilier les deux parties. La machine était trop fragile pour qu’on puisse se permettre de jouer ainsi sur ses nerfs indéfiniment, de l’autre, des commandes avaient été passées, il était impossible, impensable même de ne pas les honorer…

À portée de cri

Un cri dans la nuit ne veut pas mourir. Dans la rue il erre, sans corps et sans structure. Le cri se heurte aux murs, le cri ne sait pas s’il faut qu’il évite les gens ou s’il faut qu’il les dévore. Le cri dans la nuit ne veut pas mourir, alors la nuit le suit. Des lambeaux d’obscurité sont collés à lui. Drôle de costume qui s’accroche et lui lèche la peau toujours plus fort. Parfois le cri essaie de s’y cacher, parfois le cri essaie d’avaler la nuit toute entière pour que nul ne puisse jamais la voir. Le cri ne sait pas sous quel jour se montrer. Faut-il étaler ses éclats, ses fracas, et tous les soupirs qui s’en suivent ? Ou bien faut-il se draper de toute la noirceur du monde comme s’il s’agissait de l’étoffe la plus précieuse qui soit ? Le cri se refuse à mourir… Quel que soit le prix à payer, le cri continue sa route. Le cri engloutira toutes les rues du monde pour survivre. Le cri dans la nuit ne veut pas mourir et c’est tout ce qui lui importe.

Mais ça Pépin, ce n’est pas toi. C’est juste un cri dans la nuit. Et si enfin il venait à mourir, cela ne signerait pas ton épitaphe, bien au contraire…

Winter spider

L’hiver, c’est toujours plus facile.
Question de ralentissement. Les gens sont engoncés, alourdis. Le temps finit par aller moins vite. Presque de force. Alors enfin, les gens finissent par être moins bruyants. Il faut profiter du froid qui gèle les voix et mord et les lèvres. Il ne dure jamais trop longtemps. Vous vous êtes trompés de siècle pour ça. Aujourd’hui, le froid est éphémère. Il faut profiter des doux mois d’hiver tant qu’ils durent. La température remontera bientôt… A nouveau, ils parleront pour ne rien dire sans jamais s’arrêter. Le monde se remplira de leur flot de parole ininterrompu. Le silence sera lettre morte. Il faudra dire au risque de se faire oublier. Le temps pourra repartir de plus belle, il accélérera un grand coup afin de rattraper le retard accumulé. Il faudra aller vite, il faudra parler. La conversation plus vite que la penser. Tant pis si vous n’êtes pas fait pour ces rythmes effrénés. Ainsi va le monde. L’hiver finira tôt ou tard. Lovez vous au creux du silence. Sentez le vent, la pluie gelée sur le sol, la douceur de la maison quand vous rentrez. Mémorisez. Souvenez-vous.

La pensée s’engourdit tout en devenant plus aigüe. La tête se dilate, se voyant soudain ouvrir l’accès d’un monde inconnu. Vous voyez tout en grand, tout en petit. Vous courez sur les fils du temps sans vous demander où aller. Juste suivre le fil. Votre corps le suit avec la facilité des funambules. Vous vous déroulez avec aisance et souplesse. Le froid caresse votre peau, la rappelant à ses instants de vie. Il y a cette volonté à nulle autre pareille qui ne sort par temps de givre. Elle fissure la plaque des glace qui jusque là la tenait immobile. Quand enfin elle trouve la surface, vos mains savent où aller, elles ne glissent plus. Vos ongle ne se craquellent plus. Vous savez. Vous remontez les fils à l’infini. Tant que le froid durera, vous resterez maître de votre monde. Vous savez quels monstres se cachent sous les glaces. La fonte arrivera toujours trop tôt. Il faut profiter de l’hiver pour faire le plus de chemin possible, augmenter la distance.
L’hiver, c’est toujours plus facile.