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La tirade de l’ombre [extrait NaNoWriMo 2017]

Igorrr – ieuD

 

La nuit j’ai peur mais faut pas le dire. Pas le montrer. Marche ou crève. Le long des rues l’inconnue se défile en silence. J’hésite. Quelque part à hurler. Auto-persuasion. Je n’ai pas peur je n’ai pas peur. Je marche exprès dans les rues non éclairées pour apprendre. À être plus forte et plus grande, à disparaître plus vite au besoin. Je m’habitue. Je suis une ombre. Je glisse je flotte, je n’existe pas. Je disparais déjà dans une rue. Je calcule. Je fais le gros dos. Je suis la chose la plus terrifiante de ces bois. Je le répète à l’infini. Les clés entre les doigts je suis la chose la plus terrifiante de ces bois.

            La nuit j’ai peur mais faut pas le dire. Plus solide encore. Hésiter, croiser les regards, y plonger, s’imposer. Fuir les regards, détourner la tête et le chemin. Itinéraire bis, dévié, falsifié. Recommencer. Trouver le chemin le plus court et changer d’avis car la nuit est claire, la lune est haute et dans un cliché parfait les étoiles brillent de mille feux, moi aussi. Être plus grande encore. Plus forte encore. Là dans les rues non éclairées. Marcher en claquant des talons, marcher sur la pointe des pieds. Glisser disparaître. Se fondre. Encore. Camouflage parfait. Encore. Les clés entre les doigts je suis la chose la plus terrifiante de ces bois.

            La nuit j’ai peur mais faut pas le dire. Je change de chemins souvent. Je compare. Je rallonge et raccourcis au besoin. Le poids du sac, arme ou boulet. La peur au ventre les ombres se tordent sur mon passage. Monstre réel ou cauchemar les yeux ouverts. Ce n’est pas moi qui ai voulu tout ça. Pourtant je suis là je continue. Sors pas de chez toi je me dis des fois. Mais je sors quand même et je joue à me faire croire que j’ai pas peur. Je passe exprès par les rues sombres pour m’épaissir la peau et la conscience. Les clés entre les doigts je suis la chose la plus effrayante de ces bois. En vrai je ne veux pas rentrer chez moi. Pas maintenant. La nuit est longue, la lune est loin, la route est longue. Encore un peu, encore un instant. Encore un court, un très court instant avant que la rue ne me rappelle à l’ordre. Avant qu’elle ne clame mon nom un effort dans l’obscurité autrefois rassurante. Salope. Je sais comment je m’appelle la nuit.

            La nuit j’ai peur mais faut pas le dire. J’évalue en silence les ombres que je croise. Ennemie ou amie. Ombre dis moi qui tu es je saurai où me cacher. Ombre dis moi si tu vis dans la même rue que moi. Ombre dis moi si l’on peut se croiser sans encombre ou si je dois me préparer aux éclats. Ombre dis moi Salope si tu portes le même nom que moi. Ombre dis moi si tu es de ceux qui hurlent mon nom Salope à la grandeur des lampadaires. Ombre dis moi de quel camp tu es que je puisse choisir le miens. Ombre dis moi si tu nous pouvons marcher ensemble, si nous pouvons marcher encore, si toi et moi nous avons une chance de survivre à la nuit. Ombre s’il te plaît sois de ceux qui peuvent marcher avec moi. Ombre s’il te plaît ne dis pas mon nom Salope, et je ne dirai pas le tiens Salope. Ombre s’il te plaît laisse moi marcher avec toi. Ombre s’il te plaît ayons peur ensemble, qu’enfin je puisse montrer l’angoisse latente à quelqu’un, qu’enfin je puisse avouer les yeux dans les yeux la chair de poule et les mains qui tremblent, les ombres menaçantes et les clés entre les doigts même quand je ne suis pas si terrifiante au milieu des bois. Ombre je ne veux pas dire ton nom Salope, et si tu veux je regarderai ta peur dans les yeux, la reconnaîtrai comme mienne et promis je ne fuirai pas, je te montrerai comment les clés entre les doigts nous pouvons être la chose la plus terrifiante de ces bois. Ombre s’il te plaît ne sois pas de ceux qui hurlent mon nom Salope comme une invocation, ne me maudis pas au milieu de la nuit quand je ne suis plus si terrifiante que ça. Ombre s’il te plaît laisse moi rentrer chez moi quand j’en aurai assez de la nuit, pas avant, ne m’oblige pas à rentrer juste parce qu’encore une fois tu as crié mon nom Salope comme s’il t’appartenait. Ombre ne fais pas de moi ces créatures qu’on invoque en prononçant leur nom Salope au milieu des nuits où la lune est haute et les étoiles brillantes de mille clichés.

            La nuit j’ai peur mais faut pas le dire. Car sinon la nuit ne viendra plus jamais pour moi. Je serai condamnée à vivre le jour. Et bientôt alors la nuit avalera le jour et il n’y aura plus non plus de jour pour moi. Il n’y aura plus rien à l’extérieur de mes quatre murs. Je ne serai plus qu’une ombre traquée, coincée entre ces quatre murs et une porte que plus jamais je n’ouvrirai. Et qui alors me raconteras l’odeur de la lune et des étoiles ? Et quelle longévité pour une ombre qui ne peut même plus voir la lumière du jour ?

            La nuit j’ai peur mais faut pas le dire. Alors je m’entraîne et m’épaissis la peau. Je gratte encore à l’intérieur l’angoisse et l’inexactitude. Je vais me tordre le corps et serai monstrueuse. Clés entre les doigts ou pas, je serai la chose la plus terrifiante de ces bois. Plus jamais personne ne dira mon nom Salope de peur de me voir apparaître. La bave aux lèvres et le sang aux dents je serai bien plus qu’une ombre. Je serai l’Ombre elle-même. À mon tour je ramperai derrière les lampadaires, arpenterai les rues à mon plaisir et chasserai de mon territoire tous ceux qui refuseront de plier le genou devant moi. Je grincerai des dents et craquerai mes phalanges. Je n’aurai plus mes clés entre les doigts car partout ce sera chez moi car le monde m’appartiendra. Plus jamais alors je ne ferai le moindre effort pour partager. Je traquerai à mon tour les ombres la nuit. Ces petites ombres inconnues qui fuient dans les ruelles, loin de moi, croyant m’éviter, croyant échapper ainsi à mon regard et mes dents. Je serai prédateur et je compte bien dévorer toutes les ombres qui auront le malheur de croiser ma route.

            Sauf que la nuit j’ai peur et il ne faut pas le dire. Ombre s’il te plaît, tant que nous sommes dans le même camp, dans la même équipe, et potentiellement dans la même rue, il faut que tu me dises mon nom. Celui qu’enfin je pourrai utiliser en rentrant chez moi. Celui qu’enfin je pourrai porter sans crainte et sans rancune. Ombre s’il te plaît, dis moi par où passer pour ne plus être en colère et ne plus avoir peur. Je ne sors plus par envie, uniquement par revanche, pour prouver au monde à quel point ma peau est épaisse. Je prends les rues non éclairées pour prouver encore une fois que ma peau est dure comme la pierre. Ombre s’il te plaît dis moi que tu sais comment ne plus avoir peur. Ombre s’il te plaît dis moi que toi aussi. Toi aussi la colère et la peur. Toi aussi tu as perdu ton nom aux invocations des prédateurs Salope. Toi aussi tu ne passes par les rues non éclairées que pour te prouver que tu peux encore le faire. Toi aussi quand tu ne le fais pas tu as l’impression d’abandonner, de déclarer forfait, de perdre un bout de la nuit. Toi aussi tu estimes et projettes et calcules et dévies et raccourcis et rallonges le chemin au besoin. Toi aussi les clés entre les doigts tu es la chose la plus terrifiante de ces bois.

           

            S’il te plaît, dis moi tout ça.

            Dis moi que toi aussi. Que je ne suis pas seule.

            Dis moi que toi aussi la nuit tu as peur même s’il ne faut pas le dire.

            Dis moi je t’en prie que nous puissions avoir peur ensemble

            Pour enfin ne plus avoir peur du tout

            Dis moi la rancune et la colère

            Dis moi qu’ensemble nous pourrons un jour passer d’ombre à prédateur nous aussi

            Dis moi que rien n’est écrit et que nous pouvons encore

            La bave aux lèvres et le sang entre les dents

            Etre aussi terrifiante que le monde puisse être

            Dis moi que toi aussi tu aurais voulu qu’il y ait une autre voie que celle-ci

            Celle de la peur et de la colère

            De la rancune et de la vengeance

            Dis moi que toi aussi tu voulais croire à autre chose

            Mais que tu es fatiguée

            Aussi fatiguée que moi

            Et qu’il est temps enfin

            Que toi et moi nous ayons un nom

            Un autre nom

            Un vrai nom

 

            Salope…

            Toi et moi jusqu’au bout de la nuit, nous ne sommes que des ombres loin de chez elles, et aussi terrifiantes que nous puissions être, nous ne serons jamais rien d’autres ici bas…

Translation High

[X]-Rx – Blood on the dancefloor

Connexion transmutation transcription
Saut à l’élastique, les deux pieds dans le vide et les yeux dans le vague.
Ligne ligne ligne dans la mémoire.
Structure et combinaison, grammaire à déformer, syntaxe à déconstruire, idées à retranscrire.
Poids et vitesse dans la ligne de mire, compte à rebours dans l’oreille, seconde et minutes à même le tympan.
Courses contre la montre une fois
course contre la montre deux fois
course contre la montre trois fois,
sauvegarde éparpillé, délais improvisés.
Transfusion traduction abandon
Choix du pronom
Amputation
Supposition
Pari perdu nouvel essai
Ligne ligne ligne en travers des dictionnaires
Assèchement
Saturation
Danse avec les mots
Danse avec le temps
Dans avec hier maintenant demain
Conjugaisons avortées et accords malheureux
Course contre la montre encore
Saut dans le vide plus loin
Mémoire à rebours
Compte décomptée
Grammaire démembrée
Nouvel essai retour à la ligne nouveau paragraphe
je il elles they
on one we you they je
Ligne ligne ligne encore une fois encore une fois encore une fois
Virgule deux points poing dans l’estomac
Déclinaison grande absente
Unilatéralement genre et nombre
Mécaniquement jusqu’à l’autre côté
Un pas en avant trois pas en arrière
Valse à l’envers
Assèchement dessèchement évitement
Chute encore saut dans le vide toujours plus loin
Navigation à l’aveugle
Assèchement assombrissement colision
De l’autre côté
Finition correction définition
Formulation approximative
Nouvel essai saut de page italique
De l’autre côté
Loin dans le vide
Ligne ligne ligne à pleines mains
Cerveau fissuré invasion confusion

bulle
bulle
bulle
suspension

The so called cold [version bilingue]

Evanescence – Missing

Can you hear the lost souls ?

We’re all grieving
And crying
For things we cannot name

We’re all alone
We’re all alone in this together
So when we cry
We can’t hear others crying

A million tears
A million nights
Won’t erase the blood on our hands
A million tears
A million nights
We’re still fighting the silence of our home
Still struggling with the violence of our heart
A million tears
A million nights
Are still not enough

My eyes stay open at night
‘Cause i can hear the lost souls
Night after night
My eyes face the dark

No one hears me cry
No one can hear the cries at night
No one is heard at night

We’re all alone
Grieving
Trying
Alone
In the deadly cold night

There is à cold so cold
You think it’s hot
So hot you get naked
Until the cold bites you to death

We’re all alone
Crying in our deadly cold night
No one can hear you
No one is strong enough
We’re all alone together
Together in our deadly cold night

A million tears
A million nights
Maybe we’ll learn how to live
A million tears
A million night
Until we reach other souls
A million tears
A million nights
Until we seize the hand we can’t see
A million tears
A million nights
Being lost and alone
A million tears
A million nights
Before the sun comes up
And the deadly cold night comes to an end
And we survived
Together.

Can you hear the lost souls ?


Entends-tu les âmes perdues ?

Nous souffrons 
Et pleurons tous
Des choses qui ne peuvent être nommées

Nous sommes tous seuls
Tous seuls ici ensemble
Alors quand nous pleurons
Nous ne pouvons entendre les autres pleurer

Un million de larmes
Un million de nuits
N’effaceront pas le sang sur nos mains
Un million de larmes
Un million de nuits
Toujours nous affrontons le silence de nos maisons
Toujours nous luttons avec la violence de nos coeurs
Un million de larmes
Un million de nuits
Ne suffiront pas

Mes yeux restent ouverts la nuit
Car j’entends les âmes perduse
Nuit après nuit
Mes yeux fixent les ténèbres

Personne ne m’entend pleurer
Personne n’entend personne pleurer la nuit
Personne n’est entendue la nuit

Nous sommes tous seul
À souffrir
À essaye
Seul
Dans la nuit mortellement froide

Il existe un froid si froid
Que tu penses qu’il fait chaud
Si chaud que tu te déshabilles
Alors le froid te ronge jusqu’à la mort

Nous sommes tout seul
À pleurer nos nuits mortellement froides
Personne ne peut nous entendre
Personne n’est assez fort
Nous sommes tous seul ensemble
Ensemble dans nos nuits mortellement froides

Un million de larmes
Un million de nuits
Peut-être apprendrons-nous à vivre
Un million de larmes
Un million de nuits
Jusqu’à trouver d’autres âmes
Un million de larmes
Un million de nuits
Jusqu’à saisir la main que nous ne pouvons voir
Un million de larmes
Un million de nuits
À être seul et perdu
Un million de larmes
Un million de nuits
Avant que le soleil ne vienne
Et que la nuit mortellement froid ne touche à sa fin
Et que nous ayons survécu
Ensemble.

Entends-tu les âmes perdues ?

Data Dance

Eurielle – City of the Dead

Aujourd’hui 2 août, nous avons usé les ressources de la planète pour l’année. Et de fil en aiguille, pour des raisons non poétisables en cet instant, te voilà plongeant tête baissée dans ta boîte mail, le doigt sur la touche supprimer. La tâche est monotone, et pourtant le voyage prend des proportions imprévues. Parce qu’en presque sept ans, c’est fou ce qu’une boîte mail accumule…

Tu retrouves les amis perdus de vue. Ou bien avec qui le mode de communication a changé. La surpuissance de Facebook et Twitter aidant, les conversations se sont délocalisées. Il y a ceux aussi qui ne te parlent plus par mail parce qu’ils sont devenus plus. Tu retrouves les mails de ces débuts de relation hésitants. Ces moments où chacun cherche ses marques, les limites et espaces à respecter. Tu vois au fur et à mesure des échanges et années qui passent, les phrases se faire moins ampoulées, moins froides. Tu vois apparaître des récurrences, un langage codé, des références communes. Tu vois les échanges se faire de moins en moins superficiels pour attaquer le fond des choses. Pour finir par les appels à l’aide, pour un petit service ou une énorme urgence. Les petites pensées rapides aussi, les invitations, les fêtes qu’on organise à plusieurs. Les étapes qui se marquent comme ça de célébration en célébration. Tu revois ainsi chacun grandir et franchir les étapes de son propre parcours dans lequel tu es parfois simple témoin, parfois acteur essentiel. Tu souris beaucoup, content de voir le chemin parcouru par chacun.

Tu retrouves les mails de rupture, l’engueulade fatidique qui met fin à une amitié datant d’avant les réseaux. Parfois la violence d’un blocage systématique, d’autres fois la douceur larmoyée d’un au revoir. Les raisons ne sont pas toujours très claires, beaucoup de non dits, et surtout beaucoup de vie en dehors de ce simple espace virtuel. C’est presque rassurant, gmail n’a pas encore englouti toute ta vie. Malgré les lacunes, tu retrouves sans mal l’étendu du désastre. Tu te demandes pourquoi tu n’avais pas déjà supprimé ces douleurs-là.

Tu retrouves l’ex bien sûr. La logique du duo voulait que beaucoup de vos communications passait par là. Bien entendu, les plus violents, ceux de la fin, ont déjà disparu depuis longtemps. Réflexe salutaire sans doute. Tu retrouves quand même avec le sourire quelques mots doux. Tu es quand même content de t’être laissé ces petites perles pour des jours comme celui-ci. Content aussi de constater que tu peux revenir dessus sans douleur, que tu peux maintenant te souvenir en majeure partie des bons moments plutôt que des mauvais. En tout logique, tu retombes sur le mail où vous vous étiez autorisés à recommencer à vous parler un peu. Mots dans le vent, ni toi ni lui n’a donné suite. La vie. Les regrets. Ou autre. Pas vraiment de réponse. Sourire quand même, c’est déjà une meilleure fin que celle écrite deux ans plus tôt.

Tu retrouves tous les projets auxquels tu a pris part. Un coup de pied dans l’ego. Les acteurs prêts à te suivre pour n’importe quel projet. Les coups de main pour des traductions, qui de fil en aiguille t’amènent à être interprète. Les textes qu’on t’envoie pour apprentissage. Les débats sur des costumes, des décors, des morceaux. Les textes à quatre mains. Les relectures contre bière et cookies.Les mails de tous les élèves que tu as aidés. Si certains noms sont flous, d’autres sont très clairs. Les noms se sont perdus, mais tu te souviens leur parcours, leur difficulté, leur motivation, la petite chose qui les faisait briller et que tu voulais qu’ils voient aussi. Évidemment, tous les mails de refus de candidature, mais toutes les candidatures aussi. Petit à petit le statut qui grandit.

Tu retrouves les mails où ta directrice de recherche te vouvoyait encore. Les mails d’absence des enseignants qui deviennent des mails d’invitation à des réunions de laboratoire, des colloques. On t’invite à t’intéresser à différents événements dans l’espoir d’un jour y prendre part. Aux newsletters de musiciens s’ajoutent celles des théâtres et universités, des organismes de recherche auxquels tu espères pouvoir prendre part un jour. Les mails impersonnels s’adressent maintenant directement à toi, te demandant ton avis, ou t’invitant à partager une invitation autour de toi.

Tu retrouves aussi tous les mails de confirmation de covoiturage, finalement tu as plus bougé que tu le pensais. Les mails de confirmation de commande, des Tshirts souvent, depuis que tu as décidé que tu en avais marre d’essayer d’être une fille. Tout aussi fréquemment des albums, nouvelles sorties ou pièce rare, des livres, souvent pour la thèse. Tu vois les titres évoluer avec tes goûts et ta pensée. Apparaissent aussi les newsletters féministes, tu les vois apparaître et disparaître en fonction des préférences et croyances que tu affines de plus en plus.

Tu retrouves les mails de ta mère. Beaucoup. Non, elle n’est jamais partie finalement. Ceux de ton père. Moins, plus timide, moins bavard, mais qui vise juste malgré tout. Encore plus rare, ton frère. « Parce que tu reçois pas les MMS ». Son chat, le tiens. « Merde, on est adulte en fait maintenant qu’on a nos propres chats. »

En sept ans de mail, tu retrouves un parcours tracé à grand peine, mais tracé quand même.
Tu hésites un instant, l’envie de recontacter tous les noms que tu as croisé dans cet étrange périple numérique, s’assurer que tout le monde va bien, voir ce qu’ils deviennent, avant d’à nouveau disparaître dans le tourbillon numérique.

Les os creux

Entends-tu l’appel du vide ?
Le chant du silence
résonne aux oreilles
la solitude bat la mesure
J’ai mal au froid
Le temps se répand
Avalanche
Corps gelé
Os pétrifiés
Mémoire effacée
Nous sommes loin de tout
Nous sommes seuls
Ma mémoire se glace
Entends-tu l’appel du vide ?
Le mordant du froid
L’éphémère
Une main pour s’accrocher
Des bras pour s’abriter
Le froid pour nous avaler
Avalanche
Der Horizont wartet nicht
And we can’t move
Avalanche
Les bras en miettes
La tête lourde
Le dos rempli de cailloux
Gravats
Je suis un tas de gravier
Nous sommes poussière démolie
Nous sommes fatigués
Anguleuses
Wer ist der Horizont ?
Wir konnen nicht mehr warten
Mon monde en noir et blanc
Les couleurs sont mortes
Entends-tu l’appel du vide ?
C’est le seul son qui sortira de ma bouche
Je n’ai plus de mot
Parole à la javel
Je ne parlerai plus que silence
Maintenant que le vide m’a appelée
Avalanche from head to toe
We’re frozen to death

Engluer.

X-RX – Blood on the dancefloor

Sirène silence
pas de réponse
Loin quelque part par là
Une boîte
Ça revient toujours à une boîte
Une boite à boîte
Un stock de boîtes

Sirène silence
pas de réponse.
Repère et griffonnage,
en périphérie de la conscience.
Voiture qui passe
Voiture qui laisse une boîte
Parking et périphérie
Définitivement.

Sirène silence
pas de réponse.
Gratte gratte gratte
Fuir le tictac
Fuir le surplace de l’aiguille.
Tôt ou tard
là en périphérie
coincé au milieu des boîtes
l’immobilité gagne.

Sirène silence
pas de réponse.
Derrière la vitre
une voix deux voix
téléphone et mail
contre slash et arobase.
Derrière la vitre
on gère le parking à boite.

Sirène silence
pas de réponse.
Connexion impossible
Signalement immédiat
Télécommande et boîte de clés
Et toujours en décalage.

Sirène silence
pas de réponse.
Registre absent
signature instable
colonne ligne abstraction procédure
Coups sur la vitre
Doigt dans le vide
Erreur dans la procédure
Encore.

Sirène silence
pas de réponse.
Quand même un sourire des fois
dissimuler un soupir souvent
Température monte
Larme intégrante
Pendule récalcitrante.

Sirène silence
pas de réponse
pas de réponse
silence
silence
sirène
En boucle au milieu du vide
en périphérie des boîtes

Magie Viking en rase campagne

Anilah – Warrior

Les coups de pédale ramène de vieux souvenirs. De vieilles sensations. Enfouies loin. Un retour à la case départ en forme de mue de phoenix. Enfin difficile à dire à travers la brume nocturne.

Quinze minutes de vélo
Vingt minutes de bus vers la ville
Pas de lampadaire
Des fossés
Des ornières

Les sensations remontent. À commencer par le froid qui me scie les doigts. J’avais oublié les doigts qui se glacent sur le guidon, les manches qu’on tire pour compenser l’absence de gant, l’air qu’on souffle dessus à l’occasion pour sauver ce qui peut l’être. Mes yeux pleurent tout seul. Larme par larme. Une toutes les deux minutes. La larme se forme lentement avant de glisser tout aussi lentement le long de la joue. Elle prend part au paysage. Élément constitutif comme un autre.

Donc le froid, les larmes, la musique, la nuit, l’ambiance désertique. Souvenirs.
Le corps reprend ses droits. Après la course infernale, il informe à nouveau de l’état des choses. J’essaie d’accepter l’état des lieux sans ralentir le rythme du pédalier. L’estomac qui brûle. Le genou qui claque. Le dos qui se tord. L’épaule qui se bloque. Accepter l’une après l’autre les petites douleurs accumulées, puis passées sous silence pour survivre aux derniers événements. Accepter, parce qu’il faudra en passer par là.

Quinze minutes de vélo, vingt minutes de bus
La nuit les fossés les ornières
La musique les petites douleurs et le désert
Souvenirs

Les nerfs lâchent. Le corps soulagé de ne plus se sentir en danger constant déposé le bilan. La fatigue, les yeux gonflés, les migraines avortées par manque de temps, les contusions non traitées pour les mêmes raisons, la solitude qui brûle le ventre et les veines. Alors comme à l’époque, il se passe cette chose étrange. Ce moment, ce tout petit moment, où après l’inventaire des dégâts, le corps autorise la voix à sortir. Et la voix chantent au milieu de la campagne déserte, entre les respirations haletantes sous l’effort. La voix sort enfin.

J’assiste au spectacle du corps qui se relâche alors que j’essaie de me souvenir de la route jusqu’à l’arrêt de bus, de la route jusqu’à la maison. En silence et sans négociation, j’essaie d’accepter les réclamations, les reproches et les informations qu’il a à transmettre. Le pire est passé, la route est encore longue. Il faut réparer maintenant. Réparer, récupérer, soigner, repartir. Ne pas minimise ce qui ne veut pas cicatriser. Ne pas oublier ce qui aurait pu arriver. Ne plus censurer.

Quinze minutes de vélo vingt minutes de bus
La nuit les fossés les ornières
Le corps la voix la fatigue

Un mois d’errance à travers la campagne
pour réparer ce qui doit l’être
cicatriser ce qui peut l’être
se souvenir du meilleur
accepter le pire

Et enfin revenir.