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Translation High

[X]-Rx – Blood on the dancefloor

Connexion transmutation transcription
Saut à l’élastique, les deux pieds dans le vide et les yeux dans le vague.
Ligne ligne ligne dans la mémoire.
Structure et combinaison, grammaire à déformer, syntaxe à déconstruire, idées à retranscrire.
Poids et vitesse dans la ligne de mire, compte à rebours dans l’oreille, seconde et minutes à même le tympan.
Courses contre la montre une fois
course contre la montre deux fois
course contre la montre trois fois,
sauvegarde éparpillé, délais improvisés.
Transfusion traduction abandon
Choix du pronom
Amputation
Supposition
Pari perdu nouvel essai
Ligne ligne ligne en travers des dictionnaires
Assèchement
Saturation
Danse avec les mots
Danse avec le temps
Dans avec hier maintenant demain
Conjugaisons avortées et accords malheureux
Course contre la montre encore
Saut dans le vide plus loin
Mémoire à rebours
Compte décomptée
Grammaire démembrée
Nouvel essai retour à la ligne nouveau paragraphe
je il elles they
on one we you they je
Ligne ligne ligne encore une fois encore une fois encore une fois
Virgule deux points poing dans l’estomac
Déclinaison grande absente
Unilatéralement genre et nombre
Mécaniquement jusqu’à l’autre côté
Un pas en avant trois pas en arrière
Valse à l’envers
Assèchement dessèchement évitement
Chute encore saut dans le vide toujours plus loin
Navigation à l’aveugle
Assèchement assombrissement colision
De l’autre côté
Finition correction définition
Formulation approximative
Nouvel essai saut de page italique
De l’autre côté
Loin dans le vide
Ligne ligne ligne à pleines mains
Cerveau fissuré invasion confusion

bulle
bulle
bulle
suspension

The so called cold [version bilingue]

Evanescence – Missing

Can you hear the lost souls ?

We’re all grieving
And crying
For things we cannot name

We’re all alone
We’re all alone in this together
So when we cry
We can’t hear others crying

A million tears
A million nights
Won’t erase the blood on our hands
A million tears
A million nights
We’re still fighting the silence of our home
Still struggling with the violence of our heart
A million tears
A million nights
Are still not enough

My eyes stay open at night
‘Cause i can hear the lost souls
Night after night
My eyes face the dark

No one hears me cry
No one can hear the cries at night
No one is heard at night

We’re all alone
Grieving
Trying
Alone
In the deadly cold night

There is à cold so cold
You think it’s hot
So hot you get naked
Until the cold bites you to death

We’re all alone
Crying in our deadly cold night
No one can hear you
No one is strong enough
We’re all alone together
Together in our deadly cold night

A million tears
A million nights
Maybe we’ll learn how to live
A million tears
A million night
Until we reach other souls
A million tears
A million nights
Until we seize the hand we can’t see
A million tears
A million nights
Being lost and alone
A million tears
A million nights
Before the sun comes up
And the deadly cold night comes to an end
And we survived
Together.

Can you hear the lost souls ?


Entends-tu les âmes perdues ?

Nous souffrons 
Et pleurons tous
Des choses qui ne peuvent être nommées

Nous sommes tous seuls
Tous seuls ici ensemble
Alors quand nous pleurons
Nous ne pouvons entendre les autres pleurer

Un million de larmes
Un million de nuits
N’effaceront pas le sang sur nos mains
Un million de larmes
Un million de nuits
Toujours nous affrontons le silence de nos maisons
Toujours nous luttons avec la violence de nos coeurs
Un million de larmes
Un million de nuits
Ne suffiront pas

Mes yeux restent ouverts la nuit
Car j’entends les âmes perduse
Nuit après nuit
Mes yeux fixent les ténèbres

Personne ne m’entend pleurer
Personne n’entend personne pleurer la nuit
Personne n’est entendue la nuit

Nous sommes tous seul
À souffrir
À essaye
Seul
Dans la nuit mortellement froide

Il existe un froid si froid
Que tu penses qu’il fait chaud
Si chaud que tu te déshabilles
Alors le froid te ronge jusqu’à la mort

Nous sommes tout seul
À pleurer nos nuits mortellement froides
Personne ne peut nous entendre
Personne n’est assez fort
Nous sommes tous seul ensemble
Ensemble dans nos nuits mortellement froides

Un million de larmes
Un million de nuits
Peut-être apprendrons-nous à vivre
Un million de larmes
Un million de nuits
Jusqu’à trouver d’autres âmes
Un million de larmes
Un million de nuits
Jusqu’à saisir la main que nous ne pouvons voir
Un million de larmes
Un million de nuits
À être seul et perdu
Un million de larmes
Un million de nuits
Avant que le soleil ne vienne
Et que la nuit mortellement froid ne touche à sa fin
Et que nous ayons survécu
Ensemble.

Entends-tu les âmes perdues ?

Data Dance

Eurielle – City of the Dead

Aujourd’hui 2 août, nous avons usé les ressources de la planète pour l’année. Et de fil en aiguille, pour des raisons non poétisables en cet instant, te voilà plongeant tête baissée dans ta boîte mail, le doigt sur la touche supprimer. La tâche est monotone, et pourtant le voyage prend des proportions imprévues. Parce qu’en presque sept ans, c’est fou ce qu’une boîte mail accumule…

Tu retrouves les amis perdus de vue. Ou bien avec qui le mode de communication a changé. La surpuissance de Facebook et Twitter aidant, les conversations se sont délocalisées. Il y a ceux aussi qui ne te parlent plus par mail parce qu’ils sont devenus plus. Tu retrouves les mails de ces débuts de relation hésitants. Ces moments où chacun cherche ses marques, les limites et espaces à respecter. Tu vois au fur et à mesure des échanges et années qui passent, les phrases se faire moins ampoulées, moins froides. Tu vois apparaître des récurrences, un langage codé, des références communes. Tu vois les échanges se faire de moins en moins superficiels pour attaquer le fond des choses. Pour finir par les appels à l’aide, pour un petit service ou une énorme urgence. Les petites pensées rapides aussi, les invitations, les fêtes qu’on organise à plusieurs. Les étapes qui se marquent comme ça de célébration en célébration. Tu revois ainsi chacun grandir et franchir les étapes de son propre parcours dans lequel tu es parfois simple témoin, parfois acteur essentiel. Tu souris beaucoup, content de voir le chemin parcouru par chacun.

Tu retrouves les mails de rupture, l’engueulade fatidique qui met fin à une amitié datant d’avant les réseaux. Parfois la violence d’un blocage systématique, d’autres fois la douceur larmoyée d’un au revoir. Les raisons ne sont pas toujours très claires, beaucoup de non dits, et surtout beaucoup de vie en dehors de ce simple espace virtuel. C’est presque rassurant, gmail n’a pas encore englouti toute ta vie. Malgré les lacunes, tu retrouves sans mal l’étendu du désastre. Tu te demandes pourquoi tu n’avais pas déjà supprimé ces douleurs-là.

Tu retrouves l’ex bien sûr. La logique du duo voulait que beaucoup de vos communications passait par là. Bien entendu, les plus violents, ceux de la fin, ont déjà disparu depuis longtemps. Réflexe salutaire sans doute. Tu retrouves quand même avec le sourire quelques mots doux. Tu es quand même content de t’être laissé ces petites perles pour des jours comme celui-ci. Content aussi de constater que tu peux revenir dessus sans douleur, que tu peux maintenant te souvenir en majeure partie des bons moments plutôt que des mauvais. En tout logique, tu retombes sur le mail où vous vous étiez autorisés à recommencer à vous parler un peu. Mots dans le vent, ni toi ni lui n’a donné suite. La vie. Les regrets. Ou autre. Pas vraiment de réponse. Sourire quand même, c’est déjà une meilleure fin que celle écrite deux ans plus tôt.

Tu retrouves tous les projets auxquels tu a pris part. Un coup de pied dans l’ego. Les acteurs prêts à te suivre pour n’importe quel projet. Les coups de main pour des traductions, qui de fil en aiguille t’amènent à être interprète. Les textes qu’on t’envoie pour apprentissage. Les débats sur des costumes, des décors, des morceaux. Les textes à quatre mains. Les relectures contre bière et cookies.Les mails de tous les élèves que tu as aidés. Si certains noms sont flous, d’autres sont très clairs. Les noms se sont perdus, mais tu te souviens leur parcours, leur difficulté, leur motivation, la petite chose qui les faisait briller et que tu voulais qu’ils voient aussi. Évidemment, tous les mails de refus de candidature, mais toutes les candidatures aussi. Petit à petit le statut qui grandit.

Tu retrouves les mails où ta directrice de recherche te vouvoyait encore. Les mails d’absence des enseignants qui deviennent des mails d’invitation à des réunions de laboratoire, des colloques. On t’invite à t’intéresser à différents événements dans l’espoir d’un jour y prendre part. Aux newsletters de musiciens s’ajoutent celles des théâtres et universités, des organismes de recherche auxquels tu espères pouvoir prendre part un jour. Les mails impersonnels s’adressent maintenant directement à toi, te demandant ton avis, ou t’invitant à partager une invitation autour de toi.

Tu retrouves aussi tous les mails de confirmation de covoiturage, finalement tu as plus bougé que tu le pensais. Les mails de confirmation de commande, des Tshirts souvent, depuis que tu as décidé que tu en avais marre d’essayer d’être une fille. Tout aussi fréquemment des albums, nouvelles sorties ou pièce rare, des livres, souvent pour la thèse. Tu vois les titres évoluer avec tes goûts et ta pensée. Apparaissent aussi les newsletters féministes, tu les vois apparaître et disparaître en fonction des préférences et croyances que tu affines de plus en plus.

Tu retrouves les mails de ta mère. Beaucoup. Non, elle n’est jamais partie finalement. Ceux de ton père. Moins, plus timide, moins bavard, mais qui vise juste malgré tout. Encore plus rare, ton frère. « Parce que tu reçois pas les MMS ». Son chat, le tiens. « Merde, on est adulte en fait maintenant qu’on a nos propres chats. »

En sept ans de mail, tu retrouves un parcours tracé à grand peine, mais tracé quand même.
Tu hésites un instant, l’envie de recontacter tous les noms que tu as croisé dans cet étrange périple numérique, s’assurer que tout le monde va bien, voir ce qu’ils deviennent, avant d’à nouveau disparaître dans le tourbillon numérique.

Les os creux

Entends-tu l’appel du vide ?
Le chant du silence
résonne aux oreilles
la solitude bat la mesure
J’ai mal au froid
Le temps se répand
Avalanche
Corps gelé
Os pétrifiés
Mémoire effacée
Nous sommes loin de tout
Nous sommes seuls
Ma mémoire se glace
Entends-tu l’appel du vide ?
Le mordant du froid
L’éphémère
Une main pour s’accrocher
Des bras pour s’abriter
Le froid pour nous avaler
Avalanche
Der Horizont wartet nicht
And we can’t move
Avalanche
Les bras en miettes
La tête lourde
Le dos rempli de cailloux
Gravats
Je suis un tas de gravier
Nous sommes poussière démolie
Nous sommes fatigués
Anguleuses
Wer ist der Horizont ?
Wir konnen nicht mehr warten
Mon monde en noir et blanc
Les couleurs sont mortes
Entends-tu l’appel du vide ?
C’est le seul son qui sortira de ma bouche
Je n’ai plus de mot
Parole à la javel
Je ne parlerai plus que silence
Maintenant que le vide m’a appelée
Avalanche from head to toe
We’re frozen to death

Engluer.

X-RX – Blood on the dancefloor

Sirène silence
pas de réponse
Loin quelque part par là
Une boîte
Ça revient toujours à une boîte
Une boite à boîte
Un stock de boîtes

Sirène silence
pas de réponse.
Repère et griffonnage,
en périphérie de la conscience.
Voiture qui passe
Voiture qui laisse une boîte
Parking et périphérie
Définitivement.

Sirène silence
pas de réponse.
Gratte gratte gratte
Fuir le tictac
Fuir le surplace de l’aiguille.
Tôt ou tard
là en périphérie
coincé au milieu des boîtes
l’immobilité gagne.

Sirène silence
pas de réponse.
Derrière la vitre
une voix deux voix
téléphone et mail
contre slash et arobase.
Derrière la vitre
on gère le parking à boite.

Sirène silence
pas de réponse.
Connexion impossible
Signalement immédiat
Télécommande et boîte de clés
Et toujours en décalage.

Sirène silence
pas de réponse.
Registre absent
signature instable
colonne ligne abstraction procédure
Coups sur la vitre
Doigt dans le vide
Erreur dans la procédure
Encore.

Sirène silence
pas de réponse.
Quand même un sourire des fois
dissimuler un soupir souvent
Température monte
Larme intégrante
Pendule récalcitrante.

Sirène silence
pas de réponse
pas de réponse
silence
silence
sirène
En boucle au milieu du vide
en périphérie des boîtes

Magie Viking en rase campagne

Anilah – Warrior

Les coups de pédale ramène de vieux souvenirs. De vieilles sensations. Enfouies loin. Un retour à la case départ en forme de mue de phoenix. Enfin difficile à dire à travers la brume nocturne.

Quinze minutes de vélo
Vingt minutes de bus vers la ville
Pas de lampadaire
Des fossés
Des ornières

Les sensations remontent. À commencer par le froid qui me scie les doigts. J’avais oublié les doigts qui se glacent sur le guidon, les manches qu’on tire pour compenser l’absence de gant, l’air qu’on souffle dessus à l’occasion pour sauver ce qui peut l’être. Mes yeux pleurent tout seul. Larme par larme. Une toutes les deux minutes. La larme se forme lentement avant de glisser tout aussi lentement le long de la joue. Elle prend part au paysage. Élément constitutif comme un autre.

Donc le froid, les larmes, la musique, la nuit, l’ambiance désertique. Souvenirs.
Le corps reprend ses droits. Après la course infernale, il informe à nouveau de l’état des choses. J’essaie d’accepter l’état des lieux sans ralentir le rythme du pédalier. L’estomac qui brûle. Le genou qui claque. Le dos qui se tord. L’épaule qui se bloque. Accepter l’une après l’autre les petites douleurs accumulées, puis passées sous silence pour survivre aux derniers événements. Accepter, parce qu’il faudra en passer par là.

Quinze minutes de vélo, vingt minutes de bus
La nuit les fossés les ornières
La musique les petites douleurs et le désert
Souvenirs

Les nerfs lâchent. Le corps soulagé de ne plus se sentir en danger constant déposé le bilan. La fatigue, les yeux gonflés, les migraines avortées par manque de temps, les contusions non traitées pour les mêmes raisons, la solitude qui brûle le ventre et les veines. Alors comme à l’époque, il se passe cette chose étrange. Ce moment, ce tout petit moment, où après l’inventaire des dégâts, le corps autorise la voix à sortir. Et la voix chantent au milieu de la campagne déserte, entre les respirations haletantes sous l’effort. La voix sort enfin.

J’assiste au spectacle du corps qui se relâche alors que j’essaie de me souvenir de la route jusqu’à l’arrêt de bus, de la route jusqu’à la maison. En silence et sans négociation, j’essaie d’accepter les réclamations, les reproches et les informations qu’il a à transmettre. Le pire est passé, la route est encore longue. Il faut réparer maintenant. Réparer, récupérer, soigner, repartir. Ne pas minimise ce qui ne veut pas cicatriser. Ne pas oublier ce qui aurait pu arriver. Ne plus censurer.

Quinze minutes de vélo vingt minutes de bus
La nuit les fossés les ornières
Le corps la voix la fatigue

Un mois d’errance à travers la campagne
pour réparer ce qui doit l’être
cicatriser ce qui peut l’être
se souvenir du meilleur
accepter le pire

Et enfin revenir.

Problématisons…

En temps mort et à brûle-pourpoint s’allonge la liste des choses à faire. Le temps se délite simplement. Le regard se dévide par la fenêtre, glisse le long des cheveux de Rayponce pour tomber directement dans le terrier du lapin blanc. La lune n’a jamais vraiment été concernée par les rêveries éveillées… L’oeil revient sur l’ordinateur, constate la non-progression du travail en cours. Les mains se replacent sur le clavier, test de la synchronisation, et à nouveau tentative. Les phrases se fixent, s’effacent, se détachent, reviennent à la case départ, se fragmentent en paragraphe avant de disparaître encore une fois dans les limbes. L’oeil est encore parti ailleurs. La raison ne suit plus.

Pouvez-vous reposer la question s’il vous plaît ?

Alors la tête part en vadrouille. Elle voudrait trouver la tresse où grimper, ou bien le terrier où se glisser. Malheureusement, le corps se refuse à pareilles fantaisies, et il y a des limites à ce que l’on peut tordre de la réalité. La tête creuse en corps. Au fin fond des neurones, trouve les matériaux non utilisés jusque là, les réponses sans questions, les sensations sans étiquettes, les puzzles émotionnels et les refusés à la transmission des rêves. La tête se perd dans son propre grenier. La tête ne fait plus la différence entre ce qu’elle pense et ce qu’elle trouve ici. N’est-ce pas la même chose ? Après tout, le grenier aussi fait parti de la maison. Pourquoi ne pas y dormir, voir ce que le monde peut bien y raconter ? La tête est sûre que sur les murs, on peut projeter toutes les tentatives du monde. Alors pour combler l’oeil, la tête se met à l’ouvrage.

Pouvez-vous reformuler la question s’il vous plaît ? Il semble qu’elle ne soit pas claire…

Alors la tête projette allègrement sur les murs du grenier. Le problème est que la tête manque de second degré. L’oeil est parti loin, la raison surveille les mains comme elle peut, un incident est si vite arrivé… La tête attrape tout ce qui traîne au sol pour le jeter sur les murs. Le fracas la met en joie à chaque fois. Le mur, auparavant si blanc, si ennuyant qu’on aurait pu le dire blancavant, se voit pourvu d’éclats, d’impacts. Déjà la peinture s’écaille et la tête hurle de joie devant les formes qui se apparaissent silencieusement. Voilà de quoi ravir l’oeil, voilà de quoi se réjouir, voilà une raison de ne pas trouver comment poser la question ! Et la tête danse de joie, continuant sa mise à mal du grenier dans de grands gestes maladroits. La tête s’en fout. L’oeil en vadrouille, elle se voit danseuse à la souplesse légendaire, ses figures se reflétant sur les murs effrités. La tête se raconte ce qu’elle veut. Le mur peut tout encaisser, il est moins regardant que l’oeil.

La question n’est toujours pas correctement formulée, ce n’est pas compréhensible.

Là, dans les boîtes retournées retombées fracturées, les oublis, et autres refoulés ignorés, remontent par fumerolles le long des murs. L’heure n’est plus à la fête. L’odeur carbonisée vient rapidement rendre l’atmosphère irrespirable. La tête est soudain prise de vertiges, mais prisonnière de son élan, elle ne peut rien faire d’autre que suivre la masse que ses jeux sont devenus. Déjà, les fumerolles prennent corps. Les écailles sur les murs font place à des yeux sans paupière décidés à fixer jusqu’à l’agonie finale. Un être sans visage est déjà pourvu de bras, les mains qui les terminent hésitent entre griffes et doigts. L’odeur du sang qui goutte commence elle aussi à s’imposer. Peut-être, peut-être qu’il faudrait regarder si ce sont les yeux sur les murs ou les mains de l’être qui gouttent ainsi… Le mouvement s’arrête soudain. La tête est prise au creux de la paralysie. De panique, elle cherche en vain la porte de sortie. Le grenier ne peut pas être sans issue. Mais les yeux guettent le moindre mouvement, si bien que même si elle parvenait à faire le moindre geste vers la sortie, ils le sauraient aussitôt. Il allait pourtant falloir prendre le risque. L’être sans visage commence alors à parler. Sa voix est grave, si grave qu’elle se perd quelque part dans les murs sans qu’il ne soit possible de comprendre ce qu’elle articule ainsi. Il va falloir choisir : trouver l’énergie pour sortir, ou bien l’utiliser pour comprendre les mots de l’être sans visage.

Enfin, vous commencez enfin à proposer une question qui ait du sens.

La raison hurle, l’oeil s’accroche à tout ce qui tient encore dans ce monde et la tête se voit forcée de revenir du bon côté du monde. Le grenier s’efface. L’être sans visage retourne dans sa boîte. À la surprise générale, les mains semblent avoir trouvé une façon de poser la question. Bien sûr ce n’est jamais aussi simple, si l’odeur de brûlé semble s’être apaisée, certains yeux sont restés imprimés sur les murs. Toujours dépourvu de paupière, ils fixent le clavier, attendant la suite. Ils liront chaque phrase, les jugeront toutes, et, si besoin, rappelleront du fond du grenier l’être sans visage pour que quelqu’un hurle ce qui doit être su. Mais pour le moment, les mains se synchronisent à nouveau, l’oeil se focalise, la raison suit, et la tête enfin sait quoi faire.

La question est posée, correctement formulée.
La vie reprend son cours.