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The so called cold [version bilingue]

Evanescence – Missing

Can you hear the lost souls ?

We’re all grieving
And crying
For things we cannot name

We’re all alone
We’re all alone in this together
So when we cry
We can’t hear others crying

A million tears
A million nights
Won’t erase the blood on our hands
A million tears
A million nights
We’re still fighting the silence of our home
Still struggling with the violence of our heart
A million tears
A million nights
Are still not enough

My eyes stay open at night
‘Cause i can hear the lost souls
Night after night
My eyes face the dark

No one hears me cry
No one can hear the cries at night
No one is heard at night

We’re all alone
Grieving
Trying
Alone
In the deadly cold night

There is à cold so cold
You think it’s hot
So hot you get naked
Until the cold bites you to death

We’re all alone
Crying in our deadly cold night
No one can hear you
No one is strong enough
We’re all alone together
Together in our deadly cold night

A million tears
A million nights
Maybe we’ll learn how to live
A million tears
A million night
Until we reach other souls
A million tears
A million nights
Until we seize the hand we can’t see
A million tears
A million nights
Being lost and alone
A million tears
A million nights
Before the sun comes up
And the deadly cold night comes to an end
And we survived
Together.

Can you hear the lost souls ?


Entends-tu les âmes perdues ?

Nous souffrons 
Et pleurons tous
Des choses qui ne peuvent être nommées

Nous sommes tous seuls
Tous seuls ici ensemble
Alors quand nous pleurons
Nous ne pouvons entendre les autres pleurer

Un million de larmes
Un million de nuits
N’effaceront pas le sang sur nos mains
Un million de larmes
Un million de nuits
Toujours nous affrontons le silence de nos maisons
Toujours nous luttons avec la violence de nos coeurs
Un million de larmes
Un million de nuits
Ne suffiront pas

Mes yeux restent ouverts la nuit
Car j’entends les âmes perduse
Nuit après nuit
Mes yeux fixent les ténèbres

Personne ne m’entend pleurer
Personne n’entend personne pleurer la nuit
Personne n’est entendue la nuit

Nous sommes tous seul
À souffrir
À essaye
Seul
Dans la nuit mortellement froide

Il existe un froid si froid
Que tu penses qu’il fait chaud
Si chaud que tu te déshabilles
Alors le froid te ronge jusqu’à la mort

Nous sommes tout seul
À pleurer nos nuits mortellement froides
Personne ne peut nous entendre
Personne n’est assez fort
Nous sommes tous seul ensemble
Ensemble dans nos nuits mortellement froides

Un million de larmes
Un million de nuits
Peut-être apprendrons-nous à vivre
Un million de larmes
Un million de nuits
Jusqu’à trouver d’autres âmes
Un million de larmes
Un million de nuits
Jusqu’à saisir la main que nous ne pouvons voir
Un million de larmes
Un million de nuits
À être seul et perdu
Un million de larmes
Un million de nuits
Avant que le soleil ne vienne
Et que la nuit mortellement froid ne touche à sa fin
Et que nous ayons survécu
Ensemble.

Entends-tu les âmes perdues ?

2h29 – 4h56 Sounds of night

Switchblade Symphony – Gutter Glitter

Les os en tessons de verre
Depuis quand ?

La dissolution se fait lente et efficace. Le corps s’alourdit autant qu’il s’efface. Le corps supplie autant qu’il oublie. Et toi au milieu tu comptes les tessons de verre. La conscience en charpie. Les larmes dans la gorge. Le temps vrille à la périphérie.Tu vois les images, ou plutôt tu les devines. Tu les sens sur ta peau. À leur contact tes muscles se raidissent et la nausée monte.

It’s Monster Time
Darling
Hide your kids hide your wives
The monsters are coming for you sweatheart

Les sons rebondissent et s’abîment. Toi au milieu tu ne peux plus bouger. Le corps se traîne d’un poids incalculable, et toi toujours à la traîne, tu ne parviens pas à rassembler les images. Au loin les incendies ravagent ce qui peut l’être. Au loin la mémoire gronde, la menace se précise. La peau retrouve les sensations. Les tessons de verre se multiplient. Il y a quelque chose à la périphérie de la conscience. Tu sais qu’il faudra en passer par là, qu’il faudra affronter les monstres et se frayer un chemin au milieu des rangées de dents qui n’attendent que toi.

Du wartest für ein Horizont, der nicht kommt.

La peau se souvient. Les langues de feu bien coincées dans ta gueule, lovées tout au fond de ta gorge. À attendre que tu étouffes, à attendre que tu ne puisses plus jamais prononcer le moindre mot. Les tiens vont mourir tu sais. les langues de feu brûleront tout et tes mots mourront. En cendres éparpillées dans l’estomac. En pourriture glissant dans les veines. Les langues de feu brûleront tout et tes mots mourront. Et toi avec.

It’s Monster Time
And you’re one of them
It’s Monster Time
Burn down the bridge
Rip your skin off
Der Horizont wachtet nicht
Der Horizont will dir nicht
Die Nacht kann nicht mehr enden

De loin en loin les échos. De près en près la douleur. Le noir et la solitude. Le froid et la solitude se confondent. Les muscles s’atrophient. L’appel du sang toujours plus fort. Peut-on éteindre l’incendie avec du sang ? Combien faudra-t-il que tu en verses pour espérer calmer la brûlure ? Les échos se mélangent se perdent et tes mots avec. Déjà tu ne vois plus les lignes dans ta tête. Les phrases se superposent se confondent et tout disparaît. The London Bridge did fall. Alors les langues de feu progressent, atrophiant ta syntaxe et ta mémoire, réduisant tes pronoms à néant. Les langues de feu bientôt jusque dans la conscient t’auront détruit de l’intérieur. Leur langue de feu. Dans ta tête.

Et la terre s’éloigne. Et le coeur n’y est plus.
Et le bruit grandit. Sans source naturelle.
Et le corps se dissout. Pas de limite garantie.
London Bridge is falling down
Falling down
Falling down

Take the key and walk along
walk along
Et les langues de feu brûlent. Et ta langue fond
À vue d’oeil
Bientôt plus rien

Dis moi pourquoi année après année elle pleure dans les murs sans que jamais tu ne trouves la réponse à ses larmes ? Dis moi quels mots te manquent-ils pour l’arrêter ? Dis moi quand ils t’auront tout brûlé, qu’est-ce que tu lui diras ? Quand ils t’auront brûlé toute entière, ils écriront quoi sur ta pierre ? Dans leur langue de feu qui mangera alors et la pierre et tes restes, pour que jamais ô grand jamais tu ne puisses plus dormir.

Alors au coeur de la nuit, la solitude te crible d’éclats de verre, et tu attends. Attends que le jour se lève, que le pont s’effondre pour de bon, que l’incendie meurt tout seul, que la douleur s’arrête de ne plus rien avoir à amoindrir. Que les monstres peut-être choisissent un autre disciple. Et s’il était déjà trop tard ? London Bridge is falling down. Si déjà leurs langues de feu t’avaient brûlé toute entière, te laissant coquille vide en proie aux échos de passage ? Si déjà leurs langues de feu avaient détruit tous les ponts et que plus jamais elle ne puisse arrêter de pleurer dans les murs ? Si déjà leurs langues de feu avaient réduit le jour à néant ?

Si seulement tu avais des mots suffisamment forts pour dire tout ça. Si seulement tu avais une grammaire suffisamment solide pour porter ton corps à ta place. Si seulement une syntaxe parfaite pouvait donner sens à ta conscience. Si seulement le jour pouvait manger la nuit.

Mais ton corps brûlé au milieu de la nuit cherche des mots en cendres pour cacher le goût du sang qui lui brûle la langue. La nuit s’éternise, les échos gonflent, les ponts s’écroulent au loin, elle pleure dans les murs, et à petits feux, tu meurs de solitude de n’avoir pas su dire. Tu sais que la mémoire va s’ouvrir, bientôt. Qu’elle videra des images d’un temps où les mots n’existaient pas. Et alors à ce moment, à ce moment uniquement, tu sauras ce que leurs langues de feu t’ont vraiment fait.

Take the key and walk along
Walk along

walk along…

Data Dance

Eurielle – City of the Dead

Aujourd’hui 2 août, nous avons usé les ressources de la planète pour l’année. Et de fil en aiguille, pour des raisons non poétisables en cet instant, te voilà plongeant tête baissée dans ta boîte mail, le doigt sur la touche supprimer. La tâche est monotone, et pourtant le voyage prend des proportions imprévues. Parce qu’en presque sept ans, c’est fou ce qu’une boîte mail accumule…

Tu retrouves les amis perdus de vue. Ou bien avec qui le mode de communication a changé. La surpuissance de Facebook et Twitter aidant, les conversations se sont délocalisées. Il y a ceux aussi qui ne te parlent plus par mail parce qu’ils sont devenus plus. Tu retrouves les mails de ces débuts de relation hésitants. Ces moments où chacun cherche ses marques, les limites et espaces à respecter. Tu vois au fur et à mesure des échanges et années qui passent, les phrases se faire moins ampoulées, moins froides. Tu vois apparaître des récurrences, un langage codé, des références communes. Tu vois les échanges se faire de moins en moins superficiels pour attaquer le fond des choses. Pour finir par les appels à l’aide, pour un petit service ou une énorme urgence. Les petites pensées rapides aussi, les invitations, les fêtes qu’on organise à plusieurs. Les étapes qui se marquent comme ça de célébration en célébration. Tu revois ainsi chacun grandir et franchir les étapes de son propre parcours dans lequel tu es parfois simple témoin, parfois acteur essentiel. Tu souris beaucoup, content de voir le chemin parcouru par chacun.

Tu retrouves les mails de rupture, l’engueulade fatidique qui met fin à une amitié datant d’avant les réseaux. Parfois la violence d’un blocage systématique, d’autres fois la douceur larmoyée d’un au revoir. Les raisons ne sont pas toujours très claires, beaucoup de non dits, et surtout beaucoup de vie en dehors de ce simple espace virtuel. C’est presque rassurant, gmail n’a pas encore englouti toute ta vie. Malgré les lacunes, tu retrouves sans mal l’étendu du désastre. Tu te demandes pourquoi tu n’avais pas déjà supprimé ces douleurs-là.

Tu retrouves l’ex bien sûr. La logique du duo voulait que beaucoup de vos communications passait par là. Bien entendu, les plus violents, ceux de la fin, ont déjà disparu depuis longtemps. Réflexe salutaire sans doute. Tu retrouves quand même avec le sourire quelques mots doux. Tu es quand même content de t’être laissé ces petites perles pour des jours comme celui-ci. Content aussi de constater que tu peux revenir dessus sans douleur, que tu peux maintenant te souvenir en majeure partie des bons moments plutôt que des mauvais. En tout logique, tu retombes sur le mail où vous vous étiez autorisés à recommencer à vous parler un peu. Mots dans le vent, ni toi ni lui n’a donné suite. La vie. Les regrets. Ou autre. Pas vraiment de réponse. Sourire quand même, c’est déjà une meilleure fin que celle écrite deux ans plus tôt.

Tu retrouves tous les projets auxquels tu a pris part. Un coup de pied dans l’ego. Les acteurs prêts à te suivre pour n’importe quel projet. Les coups de main pour des traductions, qui de fil en aiguille t’amènent à être interprète. Les textes qu’on t’envoie pour apprentissage. Les débats sur des costumes, des décors, des morceaux. Les textes à quatre mains. Les relectures contre bière et cookies.Les mails de tous les élèves que tu as aidés. Si certains noms sont flous, d’autres sont très clairs. Les noms se sont perdus, mais tu te souviens leur parcours, leur difficulté, leur motivation, la petite chose qui les faisait briller et que tu voulais qu’ils voient aussi. Évidemment, tous les mails de refus de candidature, mais toutes les candidatures aussi. Petit à petit le statut qui grandit.

Tu retrouves les mails où ta directrice de recherche te vouvoyait encore. Les mails d’absence des enseignants qui deviennent des mails d’invitation à des réunions de laboratoire, des colloques. On t’invite à t’intéresser à différents événements dans l’espoir d’un jour y prendre part. Aux newsletters de musiciens s’ajoutent celles des théâtres et universités, des organismes de recherche auxquels tu espères pouvoir prendre part un jour. Les mails impersonnels s’adressent maintenant directement à toi, te demandant ton avis, ou t’invitant à partager une invitation autour de toi.

Tu retrouves aussi tous les mails de confirmation de covoiturage, finalement tu as plus bougé que tu le pensais. Les mails de confirmation de commande, des Tshirts souvent, depuis que tu as décidé que tu en avais marre d’essayer d’être une fille. Tout aussi fréquemment des albums, nouvelles sorties ou pièce rare, des livres, souvent pour la thèse. Tu vois les titres évoluer avec tes goûts et ta pensée. Apparaissent aussi les newsletters féministes, tu les vois apparaître et disparaître en fonction des préférences et croyances que tu affines de plus en plus.

Tu retrouves les mails de ta mère. Beaucoup. Non, elle n’est jamais partie finalement. Ceux de ton père. Moins, plus timide, moins bavard, mais qui vise juste malgré tout. Encore plus rare, ton frère. « Parce que tu reçois pas les MMS ». Son chat, le tiens. « Merde, on est adulte en fait maintenant qu’on a nos propres chats. »

En sept ans de mail, tu retrouves un parcours tracé à grand peine, mais tracé quand même.
Tu hésites un instant, l’envie de recontacter tous les noms que tu as croisé dans cet étrange périple numérique, s’assurer que tout le monde va bien, voir ce qu’ils deviennent, avant d’à nouveau disparaître dans le tourbillon numérique.

Face A – Face B

Myrkur – Ulvinde

This is where the weak one goes

Éclats de voix
fragments de conscience
et les mots qui se délitent.
Au pays du signifiant sans signifié
les sons éclatent à même la peau.

Et les insomniaques désespérés
de se rassembler autour des pendules désaccordées.

Qui est je ?
C’est pas moi
Ni moi
Je n’était pas là le jour de cette décision
Ni moi
Je est une légende urbaine
Je est une histoire qu’elle se raconte
Je est une histoire qu’elle leur raconte
Je est un soucis de cohérence
Par soucis d’honnêteté
Je n’est qu’un mirage
une illusion
Nous n’y sommes pour rien
Mais sans je les voix éclatent en fracas
Sans je la grammaire se délite
Sans je la phrase n’a plus de sujet
Sans je nous n’est plus
Mais je n’est qu’un prétexte
Pourquoi préférer je à nous ?

Qui est tu ?
C’est pas moi
Ni moi
Tu n’est qu’une déformation
Une diversion
Une distorsion
Tu est parasite
Tu est un contournement
quand je ne peut plus fonctionner
Et nous là-dedans ?
Tu pour ramasser les voix
Tu pour recommencer redémarrer
Tu pour réessayer
Tu ne peut pas durer
Tu n’est pas moi
Tu n’est pas nous
Tu ne peut pas repousser l’inévitable

Et les insomniaques désincarnés
de se résoudre aux pendules désemparées.

Au pays du signifiant sans signifié
les voix paniquent
quand la fissure encore grandit.
La terre tremble
à défaut de syntagme solide. 

Qui est elle ?
C’est pas moi
Ni moi
Parce qu’elle est morte
enfermée dans le mur
à pleurer pour l’éternité
pour un crime que nous n’avons pas commis
Mais qui ?
Pourquoi ?
Alors sans savoir
elle pour toujours dans le mure
Punition
Protection
Prétexte
Nous s’est amputé d’un e pour survivre
Le sacrifice d’un
pour sauver le groupe
Tu veux dire une ?
Quelle différence ?
Pas moi
Alors elle dans le mur pour un crime
qui ne veut pas se nommer
ni s’oublier
Dans le mur
elle pleure
les mains pleines de sang.
Mais nous n’y sommes pour rien.
Non ?
non.
NON
Non assistance à personne en danger.

Et les insomniaques délaissés
de s’avilir aux pendules désolidarisées.

Au pays du signifiant sans signifié
les voix se refusent
à nouer les noeuds qui doivent l’être.

Qui est il ?
Pas moi
Ni moi
Peut-être
Une mauvaise solution
Une mauvaise réponse
Il n’y a pas de mauvaise réponse
Seulement des question stupides
Il ne peut pas fonctionner
Nous savons
Effet placebo
à peine cathartique
Nous savons
Alors pourquoi ?
Grammaire insuffisante
choix obligatoire.

Pile ou face
Face A
Face B

Je est une légende
Tu un contretemps
Elle morte ou presque
Il insuffisant

Dis moi à quel moment la sémantique l’emporte sur le lexique.

Face A
j’essaie encore
ramasse les voix autour de moi
la morte pleurant dans le mur
lave le sang sur nos mains
change de nom
et repars pour un tour de manège

Face B
j’abandonne encore
m’adonne aux hurlements alentours
fracasse ma tête sur le mur
badigeonne de sang mes restes de conscience
oublie mon nom
et me jette sous le manège

Mais si je est illusion
construction d’usage,
alors dis-moi
c’est si grave que ça de tuer je ?
Dis moi
Face A fera-t-elle plus mal que Face B ?
Quelle chance de survie pour Face A ?
Quelle chance de réussite pour Face B

Der Horizont wartet nicht.

Des faces A
pas moi
Des faces B
pas nous

Et les insomniaques épuisés
d’effacer les pendules esseulées.

Face A

Face B

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


À force de bricoler un peu tous les jours, on finit par arriver à quelque chose avec un peu plus de densité (on va dire ça comme ça). Pas mal de choses en cours. Beaucoup de doutes et d’angoisses (histoire de changer de d’habitude)(ou pas). Je sors d’une passade où j’arrivais plus à écrire, et où le peu qui me sortait des doigts ne trouvait absolument aucune grâce à mes yeux. (mais genre même pas sous le taf « shit writing » quoi, c’est vous dire !) Bref, une belle sensation d’avoir perdu le feu sacré, et qu’est-ce que je fais de ma vie, pourquoi je m’acharne, en plus tout le monde s’en fout, t’écris des trucs trop bizarres on y comprend rien, puis c’est chiant, puis pourquoi des mots compliqués tout le temps tu nous emmerdes, bla bla bla tout ça tout ça. Le fait est que j’aime bien les mots compliqués. J’aime ce qu’ils racontent même quand on ne les comprends pas vraiment. Ils portent une poésie qu’on ne leur reconnaît que trop rarement parce que la plupart du temps on s’en sert pour se la péter (dit l’humain qui passe trop de temps dans les livres). J’aime bien les faire descendre de leur pied d’estale, voir ce qu’ils ont à nous dire si on veut bien leur en donner l’occasion. Qu’on sache ce qu’ils veulent dire ou pas, qu’on le devine ou qu’on se l’imagine, j’aime bien leur effet dans la bouche et sous les doigts… Quant aux trucs bizarres… pourquoi se fatiguer à écrire si c’est pour vous dire des choses que vous voyez tous les jours ? C’est quand même plus drôle de lui tordre un peu le coup à la réalité, voir ce qui se passe derrière les mots, justement quand on les fout un peu à poil dans la neige (genre en pondant des métaphores pareilles… I guess I made my point)(oui alors en plus c’est pareil faut que t’arrêtes le mélange des langues tout le monde parle anglais allemand en plus t’es nul en allemand tu fais plein de fautes)(ta gueule; merde)(utilisation #613516514 du plurilinguisme : exprimer le bordel dans mon cerveau. Y aura pas trop de trois langues pour en faire des phrases…). BREF. Phase de questionnement de doute de larmoiement d’auto-détestation. L’été quoi. (je vous ai déjà dit que je détestais l’été ?) Et puis d’un coup, à force de ruminer des tessons de mots sous la langue, d’essayer quand même, on finit par pondre un texte par jour, pas forcément les meilleurs, qui valent en tout cas leur existence sur la toile. Bienvenue dans mon laboratoire grammatique… (oui je sais on dit grammatical, mais vous trouvez pas que grammatique ça sonne moult mieux ? en plus ça fait hurler le correcteur orthographe DOUBLE FUN) J’espère qu’on est reparti… à voir. Si vous voulez des nouvelles entre mes périodes de silence :  Facebook (sur lequel j’ai enfin changé de nom ! youhou ! j’ai mon vrai nom (de plume) <3)et twitter . Un Wall of Death à vous.

PS : en vrai, on a le droit d’être à la fois une Face A et une Face B. Mais ça sera sans doute un prochain texte…

4h26 At last we meet again

Il faudrait te raconter, encore et encore. Et moi je joue les équilibristes.
Voir le vide dévaler ta conscience.
Voir le vide avaler la mienne.
Quand il n’y a rien à dire mais qu’il faut le dire quand même, combien de soupirs pour paraître sincères ?

La nuit j’entends les plantes carnivores grandir
Dis moi pourquoi les gens ont peur du noir quand les monstres sont cachés dans le silence ?

Le poids est insoutenable et me dévisse l’épaule
Mes bras sont perdus, mes jambes ne réagissent pas, mes paupières n’obéissent plus.
Le poids de plus en plus. Les minutes défilent mais moi pas.
Le temps s’amenuise et moi avec.
Les minutes s’égrainent et moi avec.
Je me dilue à chaque seconde, toujours le sourire aux lèvres.
Souris putain saloperie.

Encore l’équilibre à trouver.
Entre les mots et les silences
Entre le déni et la conscience
Entre l’un et l’autre
Et encore il faudrait te raconter
Ce n’est plus l’histoire qui t’importe
Simplement que je sois là pour raconter.
Je n’écoute plus les mots qui sortent de ma bouche depuis longtemps.
Ce ne sont plus les miens quand je raconte à la commande.

La nuit j’entends les plantes carnivores grandir.
Souris saloperie souris

Et pourtant je raconte encore.
Parce qu’il te faut une histoire
Il te faut quelqu’un pour te raconter
Surtout
C’est ça l’importance
Quelqu’un pour prononcer les mots
Quelqu’un pour te les dire

Et pourtant je raconte encore.
Mon existence en corrélation au nombre de mots proférés
Ma grammaire un peu plus abîmée à chaque bosse
J’ai laissé tomber les cutters pour m’amocher directement la syntaxe.
Pas de corps symbolique qu’ils ont dit
Ils se sont trompés
Il n’y a plus de corps qui soit mien depuis longtemps.
Les mots c’est une question de vie ou de mort.
Dernier recours
Dernier fil auquel se tenir

La nuit j’entends grandir les plantes carnivores
Dis moi pourquoi les gens ont peur du noir ?

Je raconte encore
Nos histoires se croisent
se heurtent
se combinent
se meurtrissent
se fissurent
et se mélangent.
Trop de reflets qui n’ont plus de point de départ
D’échos déformés par l’espace temps.

Je raconte encore
Mais je ne sais plus pour qui.
Qui de toi ou de moi en a le plus besoin ?

Je raconte encore
parce que je ne sais rien faire d’autre

Je raconte encore
j’entretiens ma propre illusion
ma propre machination

Je raconte encore
et mêle ton fil au mien

Je raconte encore
quand c’est tout ce qui reste
même sans affinité

Je raconte encore
pour te sortir de ma carcasse
toi et tous les autres
parce qu’il n’y a plus ni corps ni mots qui m’appartiennent
je raconte encore

Je raconte encore et toujours
jusqu’à l’épuisement
jusqu’au point final

Je raconte encore
parce qu’un jour c’est tout ce qu’il restera
parce que peut-être déjà c’est tout ce qu’il reste

Le seul problème
c’est que même si tu n’écoutes que d’une oreille pour vérifier que quelqu’un raconte
je ne sais plus quoi te raconter.
Et je ne trouve plus d’histoire à laquelle me raccrocher.
Plus aucune de mes comptines
n’a le moindre effet sur ma conscience vrillée.

La nuit les plantes carnivores grandissent.
Qu’on les entende ou pas. 
Mais souris saloperie, souris. 

Un matin à la laverie

Rise Against – Ready to fall

Ce matin à la laverie j’ai enfin compris.
Ce matin à la laverie j’ai compris pourquoi certains en arrivaient à tirer dans le tas.
Au hasard. Sans revendication autre que celle de tuer.

C’est marrant comme ça m’a frappé d’un seul coup. La violence de l’inanité. De l’insoluble inanité. Interminable inanité. Tellement tellement, tellement tout le temps. C’est devenu évident. Genre clair comme de l’eau de roche et autre commodité littéraire d’usage. Enfin marrant… Faut une sacrée dose d’humour noir, je te l’accorde. C’est juste… tu vois comme on cherche des réponses dans toutes les impasses possibles et imaginables alors que la réponse était juste là. À attendre qu’on arrête de se voiler la face. Ce matin à la laverie j’ai compris pourquoi certains en arrivent à tirer dans le tas.

I’m standing on the rooftop

Ce matin à la laverie c’est donc devenu aussi évident qu’une introspection minimaliste.
Ce matin à la laverie j’ai calculé. Je travaille 7 jours sur 7. Je n’ai plus de vacances depuis des années, seulement des arrêts maladie quand le corps ne suit plus et monte à 40° de fièvre pour le plaisir de me voir redescendre. Tout ça pour rester bien sagement bien gentiment sous le seuil de pauvreté.
Ce matin à la laverie j’ai ri quand j’ai ajouté au bilan qu’en prime il fallait aussi que je passe mon temps libre à la laverie, donc.
Et ce matin la laverie c’était la sortie culturelle de la semaine. Tous les parents leurs paires de chiards à la main à attendre que les machines tournent alors que si les gosses ne savent pas faire une chose c’est attendre.

I think I’m at the edge now

Ce matin à la laverie entre les hurlements parce que « c’est moi qui met la pièce la lessive », les coups de pieds dans les hanches, le mec qui lorgne sur mes seins par dessus son tel, c’est devenu évident. La rage sourde et bouillonnante dans le fond des veines. Les larmes qui attendent patiemment de pouvoir se cacher derrière les lunettes de soleil. Les mains qui tremblent sur les pages du manga. Les yeux qui ont du mal à suivre la logique des cases. Vraiment, c’était évident. À ne pas comprendre pourquoi on continue de demander pourquoi.

I’m standing on the rooftop
Ready to fall
I think I’m at the edge now
But I could be wrong

Parce que ce matin à la laverie, moi et mon épuisement, les parents sans nulle part où mettre les gamins, alors sans doute les parents et leur épuisement, l’autre du même âge que moi qui remet son manteau pour éviter le regard de l’homme, et la petite vieille qui n’arrive même plus à faire sa lessive toute seule. Putain c’était tellement évident.

Now I’m standing on the rooftop
Ready to fall

Ce matin à la laverie c’est devenu tellement évident. L’épuisement chronique. Et surtout surtout comment on est tous gavés de haine jusqu’au fond de la gorge. Ça proteste pour les oies à Noël et ça oublie qu’on en a tous plein la gueule de cette haine. Haine de l’autre du monde de nous-même du système. Et c’est presque de l’art comment elle survit cette haine tu vois. Comment elle se nourrit de nous et comment on la nourrit on l’entretient on la polie on la vernit. Comment on fait en sorte que chacun se déteste soi-même un peu plus pour qu’on accepte toutes les humiliations qu’on ira consoler à grands coups d’achats divers. Et on a beau le savoir ça marche quand même. De l’art je te dis. Sauf que les canards les oies on finit par les égorger quand vient l’heure. Alors que toi moi les parents à la laverie et le mec et son regard vitreux et la petite vieille et les gosses qui courent et la nana planquée dans son manteau, va falloir qu’on fasse avec. Tous les jours. Avec cette haine de nous et nos vies. Avec le gavage interminable.

I think I’m at the edge now
But I could be wrong
I’m standing on the rooftop
Ready to fall
Ready to fall

Tu sais comme on aime bien dire que chaque personne a son prix ? Moi j’ai toujours dit que chaque personne avait une date de péremption. Si t’as de la chance ça correspond à peu de choses près à la date de ta mort. Si t’en n’as pas c’est l’avenir à garder les yeux dans le vide, ou pire, les yeux dans les souvenirs à ressasser des pourquoi et des si.

I’m standing on the rooftop
I’m standing on the rooftop

Alors ce matin à la laverie c’était tellement évident. Parce que putain il faut bien en faire quelque chose de toute cette haine non ? Sinon elle finit par te pourrir. On nous fout tellement dans la tête que c’est chasser ou être chassé, alors forcément à un moment t’ouvres le feu. La haine c’est terrible parce que ça marche. Et t’as beau le savoir, tôt ou tard ça finit par marcher. On pourrait vomir mais ça ne règle pas le problème. Pour vomir il a bien fallu avaler.

Ready to fall
Ready to fall

Alors ce matin à la laverie et toute cette haine et cette fatigue et cette lassitude bien pourries dans ma gorge j’ai compris pourquoi les gens en arrivent à tirer dans le tas et je me suis roulée en boule dans le coin entre les machines à laver et les sèche-linges.

READY TO FALL

Ce matin après la laverie à attendre le bus, je me suis demandée si c’était possible de terminer autrement qu’en foi gras sur la grande table d’un système sans pourquoi ni comment. D’habitude tu vois j’y arrive. J’écris, je raconte des histoires, je crée quelque chose. D’habitude tu vois mon cynisme c’est plus une blague qu’un réflexe de survie. Mais là j’ai plus que ça sur la peau pour ne pas tout lâcher. Peut-être c’est juste le blues annuel, la violence du mois de mars dans ma gueule.

But I could be wrong…
READY TO FALL

Ce matin après la laverie j’ai été terrifiée par l’idée de ne plus avoir de mot. C’est tellement de plus en plus une torture d’ouvrir la bouche pour parler, que quand le dimanche soir arrive je peux déjà plus respirer rien qu’à compter le nombre de cours qu’il va falloir assurer. Tous ses bouts de verre dans ma bouche, tous ses tessons de bouteilles coincés dans ma gorge, tous ses débris dans la langue qu’il faudrait cracher. Alors tu vois je me suis demandé si cette fois-ci j’allais vraiment arriver à créer quelque chose plutôt que de laisser cette foutue haine tout détruire.

And if you see me 
Please just walk on by
Walk on by
Forget my name
And I’ll forget it too

Parce que ce matin à la laverie j’ai compris pourquoi certains tirent dans le tas. Et c’est tellement clair et évident que s’en était presque tentant. Tout le monde fait semblant de se demander pourquoi les gens font ça alors qu’en vrai c’est tellement évident. Tout le monde a une date de péremption. Il suffit juste d’attendre.

Ready to fall
Ready to fall
Ready to fall

Du coup ce matin en rentrant de la laverie je me suis demandée quels mots j’allais pouvoir trouver pour raconter ça, pour nommer ça. Quelle histoire j’arriverais à mettre en place pour raconter ces instants de désespoir dans le fond des laveries des bus ? Combien de mots quand tout le monde tôt ou tard se retrouve face au mur avec cette haine bouillonnante dans les veines et la gorge, à se dire qu’après tout, le monde l’aura bien cherché, qu’une fois gavé de haine, il faut bien la rendre, en faire quelque chose.

Now I’m standing on the rooftop

J’aurais bien aimé en rentrant de la laverie trouver une fin heureuse à raconter. Un truc pour dire qu’on va survivre et que ça ira. Que la haine c’est plus facile certes mais pas inextricable. J’aurais voulu pouvoir me prouver que cette fois encore, j’arriverais à me saisir de toute cette haine pour en faire quelque chose d’autre. Mais tu vois, en rentrant de la laverie, j’avais juste le temps de jeter le sac de linge sur le lit, chauffer un reste de riz et partir bosser. Encore. Et parce que j’avais fini par comprendre pourquoi certains tirent dans le tas, je me suis demandé encore combien de temps avant ma date de péremption, combien de temps avant que je tire dans le tas.

I think I’m at the edge 
But I could be wrong

Now I’m standing on the rooftop
Ready to fall


Citation additionnelle : Rise Against – Drones

Je ne suis pas sensée avoir le temps d’écrire. Du coup je fais que ça. Comme d’hab. Comme vous pouvez le constater. Dans les bonnes nouvelles : depuis la semaine dernière j’ai enfin trouvé quelqu’un qui vendrait de la glace. YOUHOU. Le bonheur c’est simple comme un cornet pistache – caramel beurre salé. On se retrouve sur Facebook et twitter où promis dès que j’ai deux neurones qui font de la lumière j’essaie de partager du plus positif.

Lettre au pianiste assourdi

Cher vous,

C’est étrange ce vouvoiement après tout ça, avec les confidences et les mots. Après que vous m’ayez raconté tant et tant, après m’avoir laissé tremper les mains dans votre histoire, la formalité me paraît absurde. Je suis de ceux qui fatigués des convenances erronées et baignés d’anglicisme jusqu’à la moelle passent au tutoiement en un instant. Mais comme vous semblez y être attaché, sans doute justement pour conserver ce semblant de distance, je respecterai votre volonté.

C’est étonnant comme on se raconte aux inconnus. C’est étonnant comme on est touché par des inconnus.
C’est étonnant que vous ayez voulu m’en raconter tant si vite, à moi qui n’étais que mots sur un écran.
Souvent je me suis demandé pourquoi. Mais après tout, vous n’étiez pas le premier à vouloir me confier son histoire. Sans doute qu’il ait logique que les raconteurs d’histoire de ma trempe se voient confier toutes les histoires du monde. Comme si finalement nous n’étions qu’une aire de repos pour des vies fatiguées d’avoir tant roulé leur bosse, avant de repartir toucher d’autres coeurs que ceux qu’elles ont éprouvés.

Vous jugiez important que « je sache ». Mais avais-je besoin de tant d’informations pour exécuter ma tâche ? Ou était-ce vous qui aviez besoin de vous assurer que je savais d’où venaient les mots que vous veniez me confier ? Une façon de vous assurer que je ne traduirais pas l’origine des mots qui vous ont compté si cher. Et même si je savais que tout cela ne me servirait pas tant, je reconnaissais tellement en vous l’angoisse brûlante de l’écrivain qui cherchant ses mots craint que le lecteur ne les trouve jamais vraiment. Je n’ai rien dit. J’ai consigné votre histoire dans un coin de ma mémoire, la douleur latente et silencieuse comprise, j’ai enregistré votre roman en pièces détachées dans un coin de l’ordinateur. Ainsi a commencé mon propre voyage dans votre vie.

Pour moi c’est toujours la même peur, la même angoisse au ventre devant ce genre de mission. À chaque relecture, à chaque roman qu’on me confie, à chaque mémoire qu’on soumet à mon oeil… la peur de trahir ce que son auteur a voulu dire. Il n’y a bien que sur le papier que mon travail consiste en corrections grammaticales. Il n’y a que les mots sur le papier pour dire des bêtises pareilles. Il y a longtemps que je sais que mon vrai travail consistait à faire en sorte que ceux, comme vous, venus me confier leurs mots, puissent avoir l’assurance d’avoir dit ce qu’ils voulaient, l’assurance qu’ils seront compris. Il y a longtemps que j’ai compris que je n’étais ni écrivain ni traducteur ni même relecteur. Longtemps que je sais que mon travail c’est de dompter les mots jusqu’à les forcer à raconter ce que l’on veut qu’il soit. Aujourd’hui que les événements se sont faits pour vous plus tragiques encore, je suis bien obligée d’admettre que l’angoisse d’échouer dans ma mission a été plus forte en plongeant dans vos pages que dans n’importe quelles autres.

Il y a des gens comme moi qui n’ont jamais compris qu’on puisse avoir peur du mot écrit.
Il y a des gens comme moi qui seulement dans les livres et le temps mesurable de la page écrite trouvent la liberté qu’ils se voient refusés partout ailleurs.
Il y a des gens comme moi qui paniquent à l’idée même d’être livrés à l’immensité du monde, loin de la sécurité offerte par les contours du mot écrit, de la page noircie et des virgules correctement apposées.
Il y a des gens comme moi qui n’ont jamais rien connu de plus merveilleux que la beauté des métaphores, les arabesques des analogies et les contreforts des oxymores.

Malgré tout cela, je n’ai pu m’empêcher de compatir à la perte que fût la vôtre. Quelle douleur cela a dû être que de perte la légèreté éphémère de la musique pour être contraint à la rigidité grammaticale. De dix doigts libres de courir de mesures en mesures, vous avez été forcé de passer au poids des mots alourdis durant des siècles. De la musique vous êtes passé au silence, et sans doute que ni moi ni personne ne comprendra jamais vraiment le poids de l’absence. Vous avez été cherché consolation et réconfort dans ces mots de pierre après avoir perdu ce qui enchantait votre monde depuis toujours…

Et devant ce poids, moi, je me suis sentie si petite. Inutile et vaine. Arriverai-je à dompter les mots pour qu’ils acceptent de se plier à votre volonté ? Arriverai-je à vous aider à trouver en eux ne serait-ce que la moitié de la magie que la musique vous donnait ?

Et voilà qu’aujourd’hui encore, alors que je vous avais perdu de vue avec mes excuses habituelles, j’apprends que la perte s’ajoute encore à la perte. Aujourd’hui, plus encore, il vous faudrait des mots magiques. Aujourd’hui plus encore il faudrait plomber les mots de tout le silence du monde pour qu’enfin ils puissent réellement dire votre absence.

Pourtant, je sais déjà la tâche impossible… Ces mots-là, on me les a tellement demandés… tant et tant de fois, tant et tant de larmes se sont tournées vers moi à la recherche de ces mots magiques qui effaceraient la peine et la douleur, qui au moins l’espace d’un instant rempliraient le vide. Combien de fois j’ai essayé, combien de fois j’ai vidé mon propre sang à leur recherche, creuser mon estomac en espérant les y découvrir, combien de fois j’ai échoué, combien de fois j’ai jeté mes métaphores et mes arabesques dans les murs de la pièce en hurlant tout le silence que ma gorge pouvait contenir… Car malheureusement, des mots pareils n’existent pas. Sans doute que c’est pour cette raison que je n’aurai peut-être pas le courage de vous envoyer cette lettre.

Pourtant je n’ai toujours pas laissé tomber. Obstinée jusqu’à l’épuisement, ou parce que dompter les mots sur la page c’est finalement la seule chose que je sache faire correctement… Je n’ai pas renoncé. Parce qu’à défaut des mots magiques, j’aurais tellement voulu vous offrir leur beauté et leurs secrets. J’aurais espéré qu’au moins, vous puissiez trouvé en haut de quoi réchauffer vos nuits, de quoi contourner vos absences à défaut de les remplir, de quoi traverser le silence qui vous a été si violemment imposé. Sans prétention aucune. Même les gens comme moi peuvent comprendre que pour vous, les mots n’auront jamais cette poésie qu’avaient les touches du piano. J’aurais espéré qu’au moins, vous y trouviez une étincelle, une lumière au bout du tunnel, même chancelante. Sans doute que c’est pour cette raison que je finirai peut-être par vous envoyer cette lettre.

En attendant de réussir à trancher, je vous envoie toutes les condoléances que j’ai pu trouvées, vidées de toutes les convenances erronées et remplies des pensées les plus sincères que j’ai pu trouvé.
Votre roman est toujours soigneusement rangé dans un coin de mon ordinateur. Un marque page où je me suis arrêté, mes notes pour la suite. Il n’attend que votre autorisation pour continuer à apparaître sur l’écran. En attendant de pouvoir à nouveau vous lire, je tacherai de dompter pour vous autant de mots que possible…

Bien à vous.