Au moins, maintenant, on sait où sont les oeufs.

Mais quoi, mais qu’est-ce qui se passe ? Est-ce bien réel ? Mais oui ! Je suis d’ores et déjà de retour, une semaine à peine après le premier article de la saison… Que voulez-vous… je suis sensée ne pas avoir le temps d’écrire, du coup forcément je fais quasi que ça, et il faut bien avouer que cette réouverture me donne moult à raconter… Alors sans plus de préambule, c’est parti pour cette deuxième semaine !

Histoire de commencer la semaine par le début… (« moi quand je me rends compte que… demain c’est lundi ! »)

Et pendant cette semaine, je me suis dit que monsieur Lidl, il doit rêver du client parfait dans des conditions de travail parfaites. Ou alors il est très con. Ou alors comme il n’a jamais été sur le terrain il n’a aucune idée de ce que sont des « conditions de travail parfaites », du coup il fait un peu n’importe quoi. Souvent, quand on m’explique les procédures que je suis sensée suivre, je regarde mes responsables avec un oeil mi navré mi amusé mi désespéré. On a des nouvelles caisses. Youhou. Alors moi quand on m’a dit ça j’espérais… un système plus facile pour les annulations… pouvoir proposer le paiement en plusieurs cartes… déduire les retours des courses plutôt que devoir faire un remboursement… Mais en fait, on nous a juste remplacé les claviers blancs par des claviers noirs. Bon ok, il faut avouer que ça se salit quand même beaucoup moins vite. Ha et y a des touches dessus qui ne marchent plus, genre celles des sacs. Donc maintenant, au lieu d’appuyer sur un bouton pour ajouter un sac, il faut se faire chier à le scanner. Joie bonheur et coup de cutter. Qui a dit perte de temps indice de prod dans le cul ? Pas monsieur Lidl bien sûr ! Car c’est vrai qu’avec les anciennes caisses, on se galérait à regarder dans les caddies, il fallait passer par dessus et faire de la gym peu élégante. Alors non, a dit monsieur Lidl, je ne vais pas exploiter mes salariés de la sorte ! Les caisses sont maintenant beaucoup plus grandes, en fait, ce sont des doubles caisses. En gros, il y a deux petits chemins pour déposer les courses des clients (histoire que client A puisse finir de ranger tranquillement pendant qu’on encaisse client B le tout sans que les articles ne se mélangent). Et pour pouvoir voir dans le caddie, vue que tout ça c’est beaucoup plus large et qu’il est moins facile de sortir de caisse, monsieur Lidl a tout prévu ! Il a placé sur la porte de l’autre caisse un miroir dans lequel se reflète le caddie et son contenu. Alors attendez il faut limite que j’aille tirer au sort pour voir par où je commence ma diatribe assassine… Mais commençons donc par le miroir ! Mais oui ! C’est vrai que c’est une bonne idée, c’est pratique. On voit plutôt bien, on emmerde plus les clients, on ne se tord pas le dos, j’avoue c’est cool. Simplement… le client est fourbe, et des fois il se met entre le miroir et son caddie. Putain mais c’est bien sûr ! Mon dieu mais comment aurait-on pu y penser ! Et bien je ne sais pas moi, en supposant peut-être que le client n’est pas soumis à l’optimisation du moindre de ses faits et ses gestes, battements de paupière et envie de pisser comprises, et que du coup des fois il accompagne son caddie plus qu’il ne pousse ou alors fait des trucs bizarres avec son caddie tout simplement… On parle quand même pas d’un truc exceptionnel… genre, un client sur deux ne pousse pas son caddie…ce que tu sais quand tu sors de ton bureau. Sans compter que je dois quand même maintenir certaines procédures, du genre, vérifier les cartons de vin. Avec l’ancien système, je pouvais facilement sortir de ma caisse pour venir voir directement dans le caddie si le client avait du mal à le sortir (ou rechignait trop), parce que faut quand même dire qu’on a pas mal de petits vieux. Mais avec ces nouvelles caisses, je dois sortir par derrière et faire le tour de toute la caisse, ajoute à ça que si la caisse derrière moi est ouverte, je dois aussi les éviter. En bref, je perds bien deux minutes juste pour cette procédure… Ou alors, je dois passer par dessus ma caisse. Si le client est en forme, il me pose son carton sur la caisse et je peux vérifier sans soucis. Mais les petits vieux vont me le soulever sur les bords du caddie (d’une main qui plus est, ce qui me laisse le temps de paniquer sur la solidité du carton), du coup, je dois me mettre en appui sur ma caisse pour voir par dessus (et au passage m’exploser l’utérus sur mon caisson ce qui est bonheur quand t’as tes règles…)(tes règles traînent à se déclencher ? explose toi les ovaires sur une caisse de lidl ! efficacité prouvée !). Donc au final, retour à la gym ridicule et à la fatigue gratuite. Joie bonheur et mal au coeur.

Mais restons donc en caisse voyons ! Parce que monsieur Lidl ne s’est pas arrêté là dans les innovations ! Maintenant, on se ramène avec un caisson ET un « counter cash », comprendre une grosse boîte en metal qu’on ajoute en caisse. Dedans, on doit mettre : chèques, factures, retours, billets de 20, 50 et 100. Selon lui, c’est super parce que comme ça, on en a moins dans notre caisson, ce qui tente moins les gens quand il s’ouvre, et limite la perte en cas de braquage car nous n’avons pas accès à la clé de ce bousin. Si je dois avouer qu’au bout de sept heures de caisses, j’aime pas trop la masse qu’il y a dans mon caisson (je suis déjà montée à trois fois mon salaire en liquide dans ma caisse en fin de journée) et que donc c’est pas complètement une mauvaise idée, il nous faut conclure que c’est à nouveau une bonne grosse idée de merde qui ne correspond en rien à la réalité du terrain. D’une part, il rajoute au moins cinq minutes de temps au moment de compter ta caisse. Ah bah oui, parce qu’avant, quand tout allait dans ton caisson, tu triais tout bien. Le soir, tu n’avais plus qu’à peser les petits paquets. Là, il faut trier le tout, refaire les petits paquets, et les compter. Et si tu ajoutes qu’en plus, on n’a toujours pas de balance correctement calibrée ou connectée à l’ordinateur, faire ton caisson en ce moment, c’est un peu un sport. Près de dix minutes par caisson, alors que si tout est bon, cinq suffisent amplement. Encore une fois, ça n’a l’air de rien, mais si tu ajoutes que parfois, on peut être jusqu’à 5 caissiers à devoir compter leur caisse, on arrive à presque une heure juste pour compter les caisses (oui parce que sur 5 y aura forcément un bug, un ticket de retour qui s’est perdu ou un rouleau de monnaie oublié dans le fond du caisson). ENJOY. Je la sens bien la saison je la sens bien. Joie bonheur et remets les compteurs à 0.

« Mais attends, tu râles alors que c’est pour ta sécurité ! » Mais oui, parce que l’argument de monsieur Lidl c’est ça : en cas bracage, on risque moins (et lui risque de perdre moins d’argent)(surtout). Alors oui… mais non en vrai. Non parce que ça peut s’arracher ce truc. Et une fois rendu chez toi, tu peux le défoncer sans trop de soucis. Enfin en tout cas, je pense que si tu en es rendu à braquer un lidl de jour, tu peux bien trouver le moyen de défoncer une grosse boîte en métal… Bref, monsieur Lidl, il est gentil, mais quand il nous pond ses procédures, tu sens bien qu’il a autant connaissance du terrain qu’un statisticien de l’INSEE croisé avec un scientifique en labo stérilisé : dans un monde parfait, ça fonctionnerait, sauf que le monde n’est pas parfait. Ni stérilisé d’ailleurs.

Quand rappeler que le magasin a ouvert y a une semaine devient un running gag. (« Je déteste les corvées ménagères ! Tu fais le lit, la vaisselle… et puis 6 mois après il faut tout recommencer ! »)

Pendant ce temps-là, au téléphone :

_Coraline, c’est papa.
_oui oui.
_Ta mère est là ?
_ nope.
_Ha. Parce que je vais faire des courses là. Tu sais s’il faut des choses.
_Non.
_Mais, tu sers à rien en fait !
_Bah je suis universitaire quand même…
_Ouais remarque je suis éduc spé…
_oui donc pour la productivité tu repasseras !


D’ailleurs, monsieur Lidl, il n’as pas trop bien saisi la notion de conditions de travail parfaites… Dès le premier jour, on a galéré avec la balance. Si vous n’avez jamais manié de l’argent en grande surface, voici comment on compte une caisse : on programme une balance pour qu’elle connaisse le poids de chaque sort de pièces et de chaque billets, on pèse ensuite chacun leur tour les petits godets de pièces, elle calcule le poids et à partir de là te dit combien tu as dans ton caisson. Ensuite on envoie à l’ordinateur qui compare avec ce que la caisse a enregistré et si oui ou non il y a écart. Avant, on râlait parce que la balance se faisait vieille et était affreusement lente. La nouvelle va vite, c’est cool. Mais elle est hyper mal calibrée. Genre, y a eu des jours, où on a dû tout recompté à la main. Mais genre, vraiment, tout. Pièces comprises. On pétait juste des gros putains de câbles. Ensuite y a eu du mieux, fallait juste compter les billets. Ensuite il fallait trier les anciens et les nouveaux billets de 10 et de 20 et les peser à part. Au bout d’une semaine et demi d’ouverture : la connexion entre la balance et l’ordinateur ne se fait toujours pas, donc il faut toujours rentrer le nombre de billets à la main dans l’ordinateur. Après avoir trié le merdier contenu dans le counter cash bien sûr. En bref, après une semaine et demi, on n’a toujours pas vraiment pu montrer et expliquer aux saisonniers comment faire leur caisson le soir parce que tout déconne tout le temps et qu’il faut toujours improviser et qu’on n’a pas le temps d’expliquer comment les responsables bricolent l’ordi et leur caisson pour arriver à bout du bordel. Ce qui est nuisible pour tout le monde : parce que si ça dure, ça pourrait être bien qu’ils comprennent afin de gagner du temps, mais pour comprendre comment on gère en cas de merdier, il aurait fallu expliquer en situation normale (dans un monde parfait et stérilisé), ce que nous n’avons toujours pas eu. Du coup, ils ne sont pas responsabilisés ni autonomisés, et en plus ils sentent perdus et incapables. Et plus la situation va durer, plus ça sera dur de les faire revenir sur une situation normale où ils doivent faire, plus il sera difficile de trouver le temps de leur expliquer la situation normale et leur rôle dedans, et plus il faudra continuer de faire pour eux, ce qui créera des tensions supplémentaires entre les saisonniers et l’équipe à l’année… un peu comme l’année dernière, mais avec un potentiel de pire assez impressionnant. (oui je suis très optimiste, comme vous le savez)

Mais on ne va pas s’arrêter en si bon chemin ! Car en une semaine et demi d’ouverture, on a eu presque une surprise empoisonnée par jour ! Tellement tellement de fun… On a eu les alarmes qui ne sont pas tombées en panne, mais marchaient beaucoup trop bien. On n’arrivait plus à les arrêter, ce qui était joie bonheur et broyeur à tympans. D’ailleurs, j’ai l’impression qu’ils nous les ont faites beaucoup plus aigües, et plus longues. Un vrai régal pour les mélomanes ! Par la suite, ce sont les caisses qui ont commencé à déconner. Nous avons déjà une caisse en panne ! Ce qui est génial. Ou pas. Parce que l’une des idées géniales de monsieur Lidl (non mais vraiment, mec, arrête d’avoir des idées, arrête de nous aider tu nous aides pas…), ça a été de créer des caisses carte bleu seulement. Génial. Dans un magasin dont le principe de base c’est l’ouverture de caisse en fonction de l’affluence, t’as pas intérêt de foirer ton ordre des caisses en fonction des horaires des collègues ! Parce que si t’as que deux caisses ouvertes donc une carte bleue seulement, je te raconte pas le merdier alors que papy vide son porte monnaie pendant que mamy te redemande encore si elle doit remplir son chèque… Donc je récapitule, en semaine 2, nous avons : 7 caisses dont 2 carte bleue seulement et une en panne. Brillant. Ha et vous vous rappelez des systèmes de numéros de caisse vert ou rouge pour l’ouverture ou la fermeture ? Et bien on en a une qui ne peut plus fermer ! Elle ne passe pas plus au rouge… Alors, c’est pas comme si de toute façon ça servait pour fermer ta caisse : les gens s’en foutent. J’ai eu un grand débat là-dessus avec une cliente qui croyait dur comme fer que le petit panneau en bout de caisse, ça marchait mieux. Alors, faisons un rapide détour pour démystifier ça. Comment le dire simplement… non. non. non. et RE NON ! Aucune différence. Statistiquement y autant de gens qui ne remarquent pas le panneau que de gens qui ne font pas attention à la couleur de la lumière. Pire, le panneau me donnait encore plus envie de les fracasser vu que certaines le voyaient clairement puisqu’ils le mettaient de côté, ou s’en servaient comme séparation. Que je sois cliente ou caissière, le fait que les gens ne regardent pas si la caisse est ouverte, il regarde s’il y a quelqu’un. Fin. Donc j’aimerais qu’on arrête de me dire que le panneau c’était mieux, ça ne l’était pas, ça ne réglait pas le problème de base : à force de faire croire au client qu’il était roi, il a fini par le croire.

Donc revenons à nos moutons… Cette caisse ne peut plus fermer, et encore mieux, tu ne peux plus appeler à ouvrir d’autres caisses. En gros, quand tu veux ouvrir une autre caisse, tu as un petit panneau où tu appuies sur le numéro de la caisse que tu veux ouvrir. C’est simple et pratique. Sauf que quand ça marche pas… il te faut sortir de caisse et aller appuyer sur les boutons d’une autre caisse pour que ça marche. Joie bonheur et télégrapheur… Depuis, il a aussi fallu ajouter : une panne de clim, les toilettes des employés condamnées car elles fuyaient devant la boulangerie, deux lettres du mot viennoiserie qui sont tombées, la ligne des TPE cartes et chèques qui déconnent à tout va. Et bien sûr la moitié des frigos en panne.

Quand mes responsables commencent à se dire qu’il va falloir me sortir de caisse avant que je ne morde un client à la jugulaire… (« non humain, je ne vais pas te briser le coeur, tu n’en as qu’un. Par contre, tes os… tu en as 206… »)

Pendant ce temps-là, dans ma chambre qui me sert de bureau…

Bon Gribouille… Ma directrice de thèse m’a dit de faire attention à l’effet récitation, qu’il faut que je travaille mon adresse. Comme Rambo n’est pas là, je te propose de me servir de cobaye. Je m’en vais donc te raconter ma thèse, tu vas voir c’est génial ! [je fais mon oral 2-3 fois] Gribouille… le froncement de moustaches, c’était clair, le retournement dans ton sommeil aussi… mais j’avoue avoir plus de mal à saisir ce que tu veux dire par ce léchage intensif d’anus. T’as qu’à le dire si ça t’emmerde ce que je raconte ! [le chat se barre] Mouhhaaaaaaahou ! Mouwaoooou ! Ce que nous pouvons traduire par « hé hé hé, j’ai ramené du manger ! regarde c’est moi qui l’ait attrapé ! » Gribouille, ta gueule. T’en avais rien à foutre de ma thèse, alors moi, j’en ai rien à foutre de ta souris. Na. 


Je mets les frigos en dernier parce qu’ils vont pouvoir me servir de merveilleuse transition avec votre partie préférée : les clients. L’autre jour, j’étais d’après-midi. D’habitude, je demande aux collègues s’il y a des choses à savoir (genre… des bugs, des trucs qui marchent pas comme il faudrait, etc), mais comme en ce moment tout le monde est en impro et en surcharge de boulot, pas toujours possible en ce moment. Je suis donc arrivée en caisse, et ça faisait pas vingt minutes que j’avais commencé à travailler qu’un mec se plante devant moi :

« Pourquoi les frigos sont complètement vides ?! Y pas de fromage !
_[n’ai pas la réponse à ce moment, je réfléchis aux raisons possibles] Je viens d’arriver, mais j’imagine qu’il s’agit soit d’une rupture, soit d’une erreur de livraison, soit d’une panne. Si vous dîtes qu’il n’y a plus de fromage du tout je pencherai plutôt pour une panne.
_C’est pas une réponse ! Je veux savoir pourquoi, vous devez me dire pourquoi.
_[comme j’ai pas envie de me faire engueuler dès le début et que j’ai la naïveté de croire que répondre à la question me donnera la paix, je contacte mes collègues via le micro, celles-ci me confirment le scénario de la panne] Mes collègues me confirment bien qu’il s’agit d’une panne. Nous sommes désolés pour la gène occasionnée…
_Et pourquoi c’est pas affiché ??! Vous devez l’afficher ! on a le droit de savoir !
_[en fait il me gonfle] Parce que j’imagine qu’elles avaient autre chose à faire, comme chercher une solution au problème. Et puis je ne comprends pas ce que ça change pour vous, ça ne règle pas votre problème qui est de ne pas avoir de fromage.
_On a le droit de savoir, vous devez informer la clientèle ! C’est votre boulot. »

Non. Mon boulot consiste à ne pas t’éclater mon caisson en fonte sur le coin de la gueule. Encore une fois, l’écrit polit tout, mais il faut bien vous dire que le mec était tellement violent et agressif dans ses propos avec moi que les trois clients suivants ont tenu à s’excuser et me dire des choses gentilles pour compenser. Comme quoi il n’avait pas à me parler comme ça, qu’il y avait pire dans la vie, que eux avaient trouvé du fromage ailleurs, et puis voilà j’y suis pour rien, ni moi ni mes collègues. Pour que trois clients non concernés prennent ma défense, c’est vous dire l’agressivité du mec, qui oscillait soit entre théorie du complot, soit l’habituel mec qui a envie de se défouler sur ta gueule. J’hésite.

Je vous parlais d’une petite vieille et son concombre imaginaire… La semaine dernière, une petite vieille passe à ma caisse avec quelques 5-6 articles. Elle fout le tout dans son sac et s’en va. Elle revient plus tard, son sac vide flottant derrière elle et me brandit son ticket :

« Vous m’avez compte un concombre ! Mais moi j’avais pas de concombre !
_Euh… c’est possible madame, mais là je ne peux rien faire, je ne peux pas vérifier ni rien…
_Mais enfin je vous dis que j’avais pas de concombre.
_Je comprends bien mais là je n’ai aucun moyen de le vérifier…
_Enfin regardez vous même ! [brandit son sac vide] »

Sur le moment je n’ai pas bien compris et j’ai tenu ma position. Elle est finalement repartie, son sac toujours flottant derrière elle. En y reréflichissant, je me suis demandée dans quel état était la pensée de la petite dame. S’il est possible que je me sois trompée (même si fort peu probable, le code du concombre faisant 3 chiffres et ne ressemblant à aucun autre code)(et comme je sais faire la différence entre une courgette et un concombre…), je ne pouvais malheureusement pas le voir. Mais qu’est-ce qu’elle essayait de me dire à brandir comme ça son sac vide sous mon nez ? Est-il possible qu’elle ait oublié une fois ses courses rangées dans sa voiture ? Bref, c’était très bizarre et très dérangeant comme situation et j’étais vraiment désolée pour cette petite dame : si erreur il y a eu, je ne pouvais pas la réparer, si soucis il y a, je ne peux que constater.

Quand je me dis que je vais enfin pouvoir prendre une pause… mais qu’en fait non. (« le téléphone du bureau ne sonne pas ? mange une bouchée ! »)

Mais remontons d’un cran en agressivité ! Je galère un peu dans le nouveau magasin. Comme j’ai passé mes deux semaines essentiellement en caisse, je n’ai pas pu tout bien repéré des nouvelles allées. Du coup, je n’ai pas encore complètement conscience de ce qu’on vend, ce qu’on ne vend plus, et où c’est. La seule différence, c’est sans doute que les oeufs doivent être beaucoup mieux rangés vu que maintenant plus personne ne me demande où ils sont. Par contre, les filtres à café ne sont plus avec le café… mais avec l’aluminium. On cherche encore la logique de ce truc (monsieur Lidl ? qu’est-ce t’as fait encore ?!). Bref, lors d’une de mes rares sorties de caisse, une bonne femme m’attrape et me demande si nous avons du lait frais. Je m’arrête un peu et contemple les frigos à la recherche des potentiels endroits où ils pourraient être si nous en avions. J’ai quand même bien conscience de ne pas pouvoir offrir une réponse définitive alors j’ai répondu ainsi : « Je crois que nous n’en avons plus. Je sais que nous en avions l’été dernier mais apparemment plus maintenant. _Non mais vous en avez eu tout l’hiver mais c’est pas possible ça ! ». Je vais donc ajouter le lait frais à la liste des aliments qui légitiment le fait de m’agresser (pour rappel, cette liste comporte déjà : le pastis, la sangria, les yaourts)(et on va bientôt ajouter les fleurs !)


Pendant ce temps, sur la voie de contournement :

mon frère : elle sert à rien cette route, ça m’énerve. Remarque c’était bien pratique pour t’emmener à l’hosto. 
_J’avoue.
_Tu veux pas te recouper à coups de cutter ?
_Ça va pas la tête ? M’a déjà fallu presque une semaine pour les convaincre de m’en filer un !
_Non mais tu vois y a un nouveau macdo qu’a ouvert pas loin de l’hosto alors faut pouvoir le tester en allant acheter des glaces pour attendre sur le parking de l’hôpital. 
_Et t’as besoin que je me coupe à 3cm de profondeur pour tester le macdo ? T’y es pas encore allé ?
_Si si. Mais faut tester dans ces circonstances ! C’est pas pareil !


Dans la série « il est beau votre magasin », je vais à nouveau vous donner l’impression que vos vies sont merveilleuses ! Cette semaine on change un peu, cette fois j’ai atterri dans une chanson des Rois de la Suède. Car est arrivé à ma caisse un mec très accroché à son smartphone en pleine conversation : « C’est magnifique ce qu’ils ont fait ! Faut absolument que tu viennes voir ! Il vaut le détour ce magasin ! » euh… Donc on est vraiment arrivé à ce moment où le magasin est un lieu qu’on visite ?? Je m’en veux d’insister mais… c’est un putain de truc pratique ! Le côté agréable c’est une stratégie marketing pour te faire cracher du pognon. Et pourquoi ça m’énerve ? Parce que c’est les mecs qui sont fiers de cracher du fric parce que monsieur Lidl a refait les peintures (d’ailleurs il a pas nettoyé les coulures sur le bois !) sont les mêmes qui attendent 10 minutes que la responsable que je suis vienne leur rembourser 14 centimes parce que le sac il passe pas au bon prix. Sérieusement, votre vie est-elle si affreuse que votre kif c’est visiter un magasin alimentaire ? Si merdique que vous préférez perdre 10 minutes de votre vie pour moins cher que le salaire d’un gamin chinois ? Putain… et lorsqu’il arrive à mon niveau, l’homme lâche son téléphone « je suis désolé, je suis au téléphone avec un ami, il est aussi fan de lidl que moi ! C’est limite une addiction au stade où on en est ! » Une addiction… à lidl… Oua. D’un seul coup je culpabilise beaucoup moins d’être sur le point de claquer 50€ pour retourner voir Epica en concert pour la cinquième fois… Joie bonheur et colimateur…

Et vous vous rappelez des sacs gratuits ? Bien. Parce qu’il va falloir arrêter de m’emmerder avec ces putains de sac ! Parce que j’ai encore eu une petite vieille pour réclamer « ça marchait comment les sacs en cadeaux ? Parce que moi je suis venue deux fois la semaine dernière et j’ai rien eu ». Et t’auras toujours rien parce que j’ai pas le droit de te filer un sac à l’oeil comme ça et parce que j’ai horreur de devoir répondre à des questions qu’on pose sans poser. Je fais exprès de pas les entendre. (oui si tu veux jouer au plus con avec moi, viens bien entraîné) Et toujours suite à l’ouverture, j’ai eu encore mieux que le « vous êtes contente de votre magasin », j’ai eu le droit à « vous êtes fière de votre magasin ? ». Sachez-le, j’ai un énorme défaut, en fait deux : je ne sais pas mentir, et quand on me pose une question, je réponds. Soyez donc sûr de vraiment vouloir la réponse quand vous me posez une question. Du coup, je me suis entendue répondre un sobre « non. » La nana m’a regardé avec des yeux outrés comme si j’avais dit un truc du genre « en fait moi je mange des enfants ». Alors soyons clairs, je ressens de la fierté pour les choses dont je suis responsable et qui étaient dures… Je suis fière de mon mémoire, mes romans, mes pièces, d’avoir pu aider mes amis dans des moments critiques, d’avoir fait progressé une élève dyslexique en anglais, à lidl d’avoir pu gérer quatre choses en même temps, d’avoir résolu un nouveau problème sans appeler mes collègues à l’aide, d’avoir réussi à trouver du temps pour réexpliquer calmement quelque chose  un saisonnier, de ne pas me mettre à hurler sur les clients alors qu’ils le mériteraient, de continuer à me lever le matin malgré les insomnies, etc. Mais la construction et la conception du lidl… bah j’y suis pour rien. Mais alors rien du tout. Alors en dégager de la fierté ? Je suis désolée, mais j’ai pas l’esprit d’entreprise. J’ai l’esprit d’équipe, mais d’entreprise, non. Macdo s’est chargé de m’en dégoûter complètement (toi aussi crève de soif au dessus d’une friteuse jusqu’à la limite du malaise pendant trois heures parce qu’il faut faire un meilleur CA que le macdo d’à côté y a concours, tu vois c’est pour motiver les gens. Connard.)  Je ne dégage donc aucune fierté à travailler dans un lidl tout neuf. Tout comme je ne ressens aucune culpabilité devant la panne des frigos ou les livraisons non effectuées : je ne suis pas responsable dans un cas comme dans l’autre. Que je sois là ou pas ne change rien, ces choses se seraient passées, et exactement pareil. Je n’ai donc ni fierté ni culpabilité à en éprouver. Je dois juste faire avec (ou sans quand on parle des frigos…)

Quand j’ai bien envie de suggérer une nouvelle campagne marketing hyper honnête. (« Promo du jour : acheter 2 pitas et payer pour les deux ! »)

Mais reparlons donc des promos qui passent pas ! Parce que je vous le rappelle, j’entube tout le monde. (ha bah faut poser le décor, et le client lidl est presque autant capable de nuances que moi à 3h du matin coincée entre une cuite à la bière et une violente déprime) La semaine dernière, nous avions donc des promos sur les fleurs. Un genre de double promo même. Deux bouquets achetés = un prix, et 50% sur ce prix-là. Je crois que je l’avais raconté la semaine dernière, mais j’ai eu le problème une première fois. Ma charmante responsable avait alors calculé à quel prix ces deux bouquets devaient être. Si bien que quand une seconde cliente est revenue, j’ai pu vérifié que son bouquet passait au bon prix, ce qui était bien le cas. Ma responsable avait pu mettre l’ordinateur à jour et tout était bon. Mais selon la cliente non. Je persiste et signe en lui disant que c’est bien à ce prix que sont sensées passer les fleurs, que ça a été vu avec ma responsable qui a calculé à la machine et vérifier dans la base de données que ça correspondait et que je ne pouvais donc rien faire. « Vous faîtes de la publicité mensongère ! C’est tout ce que vous faîtes ! Vous êtes pas foutue de calculer ! Putain j’aurais su je les aurais pas prises ! » Alors, rappel : sur internet, si c’est gratuit c’est toi le produit, dans la vie, si y a promo, t’es quand même le plus gros perdant de l’affaire. Lidl, au même titre que n’importe quelle grande surface, n’est pas une association caritative. Monsieur Lidl, il veut faire du chiffre, et il veut le faire vite. Un autre mot pour promo, c’est attrape-couillon. En vrai, à lidl, comme partout, les promos sont rarement des vrais promos. Et tout le monde le sait. Alors la chanson de la publicité mensongère, on ira la faire à quelqu’un d’autre… C’est un secret pour personne : il faut lire TOUTE l’étiquette et recalculer dans sa tête.

Hier, j’ai enfin compris pourquoi est-ce que si souvent on avait des soucis avec les promos à base de « – 20% ». Je suis appelée en caisse pour une promo qui ne s’est pas faite. Je vérifie en rayon et constate qu’il s’agit d’une promo à -20% du produit initial. Dans le micro, je demande à ma responsable si elle peut me calculer vite fait à combien le produit est sensé passer (je suis pas douée en math, je rappelle, je pourrais le calculer à la main, mais ça prendrait du temps). Il ne me restait donc qu’à calculer la différence pour pouvoir la rembourser. Quand j’arrive à la caisse du collègue, vu que je suis fatiguée, j’attrape un bout de papier et pose ma soustraction (t’as l’air con, mais au moins t’es sûr de pas te tromper). Mon collègue et la cliente se moque (ce qui fait toujours plaisir quand tu viens résoudre leur problème, au passage). J’annonce un remboursement de 54 centimes (ou un truc du genre) et commence ma manip. La cliente s’esclaffe alors que je me suis trompée (bah oui, vu que tu prends le temps de poser ton opération, on en déduit que tu es forcément une bille totale. Alors que non, c’est juste que contrairement aux mots, les chiffres ont une tendance maladive à se mélanger et se brouiller dans ma tête, mais une fois sur papier ils font à peu près ce que je veux). Elle attrape donc mon papier et recommence un truc sans rien expliquer de ce qu’elle fait, mon collègue, très aidant, en rajoute une couche en disant que lui non plus ne pensait pas à ce résultat. Alors qu’une minute plus tôt, lorsque je lui ai demandé une soustraction de tête il m’a regardé avec des yeux vitreux (donc bien le lol pour se moquer de moi et mon bout de papier après). Tandis que la cliente continue de poser son opération qui ne correspond à rien. Comme tout ce petit monde m’emmerde à me prendre pour une conne alors même que je suis sensée résoudre le soucis, je continue dans ma voix, sûre du prix donné par ma responsable (armée d’une calculatrice et plusieurs années de métier) et de mon bout de papier. Et en fait, je crois qu’ils n’ont pas du tout calculé la même chose que moi. Je crois qu’ils ne calculent jamais ce qu’il faudrait, parce que c’est récurrent. Certains semblent considérer que le montant de la réduction est en fait ce qu’ils doivent payer. D’autres se la jouent gros matheux mais sont en fait autant des billes que moi, sauf qu’ils ne veulent pas le reconnaître. Bref, je pense que je vais continuer sur cette stratégie : demander à ma responsable de vérifier à la calculatrice et poser mes soustractions sur papier si j’ai un doute. Comme ça, au pire, si on se plante, on se plante à deux. Joie bonheur et jets de fleurs.

Pour finir sur une note plus légère, je dirai simplement qu’au bout de six heures de caisse, mon cerveau a un peu de mal avec la fonction « pensée » et « à haute voix », ce qui peut parfois me mettre dans des situations délicates. Un couple passe à ma caisse. Au compteur, 5 gosses. Sauf qu’une a réussi à filer dès qu’elle en a eu l’occasion. Les parents paniquent un peu (mais pas trop) et la mère part à sa recherche en hurlant son prénom dans tout le magasin. Le père regarde de loin, la cliente suivante panique comme devant un direct de BFM depuis le Bataclan, le père revient du côté des caisses « c’est bon elle l’a retrouvée ». Je me dis tant mieux. La cliente de dire au père « cinq quand même c’est beaucoup, ça fait du travail ! ». La mère revient avec la fugueuse qu’on peut toute façon facilement retrouver au radar tant elle fait péter le compteur de décibels, et la petite famille s’en va gaiement dans le soleil couchant. La cliente suivante passe alors :

« Alala ! Vous vous rendez compte, ils en ont cinq, c’est pas rien quand même ! C’est dur de tous les surveiller !
_Oui mais l’avantage c’est que s’ils en perdent ils en ont quatre autres pour remplacer. »

C’est en voyant sa tête que j’ai réalisé que j’avais dit ça à haute voix, alors que d’habitude c’est le genre de blague que je garde pour moi (ou les SMS pour les amis pendant la pause)(parce que bon sinon c’est frustration !)… Et j’ai bien vu que là, ça aurait été une chouette idée.

En fait la seule chose qui ait vraiment changé dans ce nouveau lidl, c’est que plus personne ne me demande où sont les oeufs. (si si, deux personnes en deux semaines, par rapport à avant, je maintiens, c’est rien !)


Sans doute pas de chronique la semaine prochaine, puisque je voguerai vers Rennes pour passer mon dernier oral de financement de thèse… Croisez vos didis et sacrifiez des poulets ! La chanson de la semaine est un classique, et c’est le moment parfait pour le réviser.

Un Wall of Death à vous !

 

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