Daily Archives: 14 février 2018

De A à Z

Eths – Amaterasu

Comment ça devait commencer ?
Comment arrêter surtout.
Fracas
Les os résonnent et le monde se floute. Ni logique ni mémoire. Aveugle seulement.

Pourquoi tu pleures j’ai demandé.
Elle n’a pas répondu.
Les murs se sont refermés et elle n’a pas répondu. Juste les larmes en continu entre l’immensité des pierres. Le monde en solide immobile. J’avais les mots l’autre jour. Cet autre jour où il faisait nuit et on marchait et j’avais les mots. Ça se bousculait tellement. Tu vois j’ai pas assez d’une seule bouche pour tous ces mots, pas assez d’une seule langue. Mais on marchait dans cet autre jour nocturne et les mots se jetaient en fracas contre mon crâne. Les mots cherchaient un moyen d’entrer les lettres toutes bien appuyées sur les os et fracas fracas fracas la nuit n’en finissait plus.

Qu’est-ce qui se passe qu’elle a demandé.
Ta gueule qu’on a dit.
Pourquoi tu pleures j’ai demandé.

Fracas inhumé mots calcifiés.
Les lettres se sont mélangées sous nos pieds. On a gardé la marche régulière, bien propre le long des pointillés. Et toujours dans la nuit les mots se jettent sur moi et cherchent ma bouche. Eu vois dans ma tête les mots c’est pas les miens. La nuit les mots c’est pas les miens. La nuit on marche et si on s’arrête les mots rentreront et demain ne sera pas. Demain n’est déjà plus.

Je suis fatigué.

Les mots fracas toujours plus et plus fort et plus loin. Les mots pénètrent toujours un peu plus au creux des muqueuses et mes dents se déplacent change l’espace laisse place au syllabes maudites. Les mots c’est pas les miens et j’en ai plein la bouche. Toujours marcher à la même vitesse, le long des pointillés. Prosodie parfaite. Ma syntaxe n’a d’égale que ma plastique et les mots pénètrent toujours plus loin. Ma langue a déjà laissé tomber.

Pourquoi tu pleures ? C’est ta faute.
Pardon. Laisse-moi m’en aller.
Pourquoi tu n’as jamais appris les langues de feu ? Ta langue de goudron toujours de céder et fondre un peu plus. Plus rien plus tiens. Sans les langues de feu tu n’as plus rien à dire que cracher la bouillie fumeuse qui te sert de langue. Les mots sont partis. Les mots t’ont laissé abandonné. Les mots n’ont rien dit. Les mots n’ont jamais rien eu à dire. Les mots fracas fracas fracas et tu ne peux pas t’arrêter il faut marcher toujours sur les pointillés qui tranchent tes pieds.

Les mots n’ont jamais rien pu y faire. Ils n’ont jamais arrêté le fracas. Quand tu marches dans les nuits de jour tu les vois tous les mots s’échouer s’écraser au sol tu les sens se planter dans la peau et chercher ta bouche parce que ta langue et le reste leur appartient depuis toujours.
Laisse-moi m’en aller.

Je est fatigué. Je n’est plus depuis longtemps. Depuis tout ce qu’on marche il n’y a plus de je. À croire qu’il n’y en a jamais eu. Je est coincé dans les murs, trop occupée à pleurer pour répondre aux questions. Je ne peut pas répondre parce que je n’a jamais appris à parler. Et toutes les nuits les mots se jettent sur les murs, égratignent la prison, réduisent en poudre neigeuse les souvenirs. Et toi tu regardes, la gorge brûlée par les langues de feu et tous ces mots qui ne t’appartiennent pas.

Pardon.

Mais qu’on la crève. Et toi avec. Qu’on la jette sur le lit et que les mots lui transpercent la gueule de A à Z une bonne fois pour toute. Que ta langue soit réduite à néant sous le poids de tous les mots qu’ils t’auront fait avaler. Que tes jambes se brisent que plus jamais tu ne puisses t’enfuir puisque ça ne nous a mené nulle part. Qu’elle crève et toi avec. Que les incendies ravagent ce qui restait encore de la pièce. Que les murs s’écroulent et nous avalent.

Je suis fatigué.
Laisse-moi m’en aller.

Tout va périr. Pardon. J’ai essayé promis. Mais maintenant tout va périr et plus partir possible. Ma langue de goudron s’enlise. Trop lente. Fondu. Fracas. Laisse-moi m’en aller.

Les mots sont morts
Je est mort
Et nous avec
Laisse-moi m’en aller.