#2 Désexistons… La reine des neiges.

Bonjour à tous ! Et bienvenue dans ce deuxième désexistons dont je vous rappelle le principe : il s’agit de traquer nos schémas sexistes dans les films. Je tiens à préciser que nous parlons bien de schémas. J’entends par là des représentations, des idées plus ou moins reçues. Si je tiens à le repréciser c’est bien pour vous signaler que cela ne signifie pas nécessairement que le film en lui même soit sexiste. Les schémas sexistes font, comme beaucoup de choses, parti de ces éléments qu’une société entretient et se transmet pour se construire. Et comme on ne va pas passer notre temps à voir la paille dans l’oeil du voisin, chassons la poutre du nôtre voulez-vous… (surtout que je ne suis pas du genre à perdre deux heures de ma vie à visionner des films que je n’aime pas…)

Chouette, deux princesses pour le prix d’une !

Disney n’est pas franchement connu pour donner une représentation très émancipée des femmes. Qu’on parle du côté potiche qui attend son prince (même Mulan finit par se marier, comme s’il était impossible de sauter cette étape), ou de leurs mensurations (la taille dessinée pour être une barbie avant même la sortie en salle ! trop fort), tout cela n’était tout simplement pas folichon. Le premier pouvait en partie s’expliquer par l’héritage des divers contes et histoires populaires dans lesquels Disney a été pioché, et le deuxième par… euh… la connerie des représentations du 20ème siècle dirons-nous. Toutefois, on note ces dernières années une volonté de changer quelque peu la donne dans les studios de la fameuse souris américaine. C’est donc en toute logique que nous allons démonter La reine des neiges (non je ne ferai pas de commentaire sur la traduction de ce titre, non non) histoire de voir ce qu’il en est…

Comme pour Terminator, je vais principalement m’intéresser aux personnages principaux, c’est quand même le plus intéressant… Et nous allons commencer par… Anna ! Non ne cherchez pas de raison, c’est pas la peine. Anna est la jeune soeur d’Elsa et souffre beaucoup de vivre recluse sans voir personne. Déjà, on pourrait se demander ce qui l’empêche elle de sortir, puisque contrairement à sa soeur elle n’a aucune raison de s’enfermer loin du monde. Mais j’ai déjà dit qu’il ne fallait pas que j’attaque les faiblesses de scénario… La voilà donc tout ce qu’il y a de plus jouasse et enthousiaste à l’annonce du bal qui fêtera le couronnement d’Elsa. Et j’ai bien dit le bal. Non elle n’est pas en train de frétiller parce que le royaume rouvre ses frontières, pas parce qu’elle va enfin avoir des copains pour jouer, pas parce qu’elle va dire jouer à la marelle avec les lignes du trottoir d’en face (oui parce que d’un coup plus rien ne l’empêche de sortir du château… non mais sérieux ! y avait bien possibilité de rentrer et sortir un minimum, ne serait-ce que pour ramener de la bouffe !)(ouai non, j’y arrive pas hein..), mais parce qu’il va y avoir un foutu bal. Et pendant toute cette séquence chantée, après avoir expliqué ce qu’elle allait porter comme robe, matière couleur et mouvement du tissu, sujet hautement essentiel sur lequel il nous faut le plus de détails possibles (c’est pour les cosplays qui vont suivre, comprenez, on pense à tout chez Disney), elle évoque alors la possibilité de trouver Le Grand Amour. Parce qu’il est vrai que quand le grand trauma de ta vie, c’est que ta soeur, d’un coup, sans raison, refuse de te parler et que par la suite tu n’a jamais vu personne à part le mec qui repasse tes robes (pour que la matière, la couleur et le mouvement du tissu soient bien respectés), ta première préoccupation, c’est Le Grand Amour. Je sais pas, moi je passerai dix ans à jouer aux mikados avec mes tresses, n’importe quel humain désireux de communiquer un minimum serait le bienvenue. Parce qu’en général, au bout de dix ans de solitude, soit tu es devenu un fucking ermite (ce qui est le cas d’Elsa, mais on y reviendra plus tard), soit tu aimes le monde entier d’égale façon (ce qui est le cas d’Olaf, mais Olaf est un bonhomme de neige alors paye ton argumentation). Passons. On pourra toujours dire que c’est une ado qui a lu trop de romans à l’eau de rose, mais encore une fois, n’y avait-il que ça à sa disposition dans la bibliothèque royale ? Et quand tu vis reclus dix ans, bien que les histoires d’amour et plus si affinités soient plus qu’alléchantes, il en est sans doute de même pour les récits de voyage, de guerre, d’aventure, et j’en passe et des meilleurs. Mais tout ce qu’Anna a retenu, c’est GRAND AMOUR. Dix ans pour apprendre deux mots de vocabulaire alors qu’on a rien de mieux à foutre, non c’est encore pas aujourd’hui qu’on vantera l’intelligence des femmes. (alors que vu comment ça parle tout le temps quand même…)(note à moi-même : créer une alerte sarcasme…)

Matière + couleur + mouvement de tissu + barque sur l’eau + grand + bien bati + sourire colgate = GRAND AMOUR

 Voici donc notre Anna parti courir le vaste monde avec sa belle robe toute neuve qui bouge tout bien comme il faut dans la lumière sans jamais prendre la moindre tâche de quoi que ce soit (ce point est sans doute celui qui a le plus ruiné mon enfance. Parce que personnellement, mes robes ne sont jamais sorties indemnes des parties de chats perchés dans les fossés.). Et alors, il se passe un truc incroyable que même avec toute la mauvaise foi du monde on n’aurait jamais pu prévoir : Anna rencontre un homme, et encore plus incroyable, c’est le coup de foudre ! Love at first sight ! Quelle chance dîtes donc. Ca fait dix ans qu’elle vit dans un château, la première personne à qui elle parle, POUF, n’amour. Heureusement qu’elle habite un trou paumé et non pas la cité interdite ouvrant sur Pékin… Devinez qui est la naïve ingénue du film. C’est un jeu très compliqué. Encore heureux qu’Anna ait vécue recluse dans son château, parce que sinon elle en aurait mangé des bonbons à la sortie des écoles… (pardon, je fais des attaques de cynisme quand le taux de niaiserie augmente trop vite…)

Le truc, c’est qu’Elsa n’aime pas les bonbons ni le monsieur qui les offre. Trouvant l’annonce de ce mariage un peu précipitée, elle le réfute. Ce qui déclenche la violente dispute des deux soeurs à la suite de laquelle Elsa s’enfuit en figeant Arendel dans l’hiver. Anna prend sur elle et part à la recherche de sa soeur. Et c’est là qu’elle devient intéressante. En fait le couple Anna – Hans est très intéressant pour la raison suivante : il inverse complètement le schéma classique du couple homme / femme. En effet, en théorie, dans nos représentations et chez Disney, c’est le prince qui s’en va sauver la belle (quelle que soit sa relation avec elle) tandis que la princesse l’attend sagement en repassant ses chemises et en faisant du pâté d’ours (un classique). Or ici, c’est Anna qui prend la décision de qui doit faire quoi. C’est elle qui part affronter la tempête, la neige et l’hypothétique méchante, tandis qu’Hans doit rester au château donner de la soupe et des couvertures aux miséreux. On a ici un revirement quasi total des rôles traditionnellement établis. D’ailleurs, puisqu’on parle de Hans… gros spoil : en fait il n’aime pas Anna, il ne cherche à l’épouser que pour son rang, sa fortune, son royaume. Ca ne vous rappelle rien ? Non ? Vous êtes sûrs ? Habituellement, c’est une conduite qu’on attribue aux femmes : la femme entretenue, « elle n’en veut qu’à ton argent », celle qui est devenue infirmière pour se caser avec un chirurgien, la fille à marier avec un héritier pour assurer le rang social de la famille, ETC. Ce n’est sans doute pas une première d’avoir un personnage masculin dans cette posture, mais je dois avouer que si je devais vous en citer d’autres, il me faudrait quelques minutes (voire plus) de réflexion pour trouver d’autres exemples. Alors que je n’aurais aucun mal à citer d’autres occurrences, féminines cette fois. D’ailleurs, puisqu’on en parle, souvent, quand une femme s’intéresse à un homme riche / socialement bien placé / plus âgé, les langues se délient aussitôt pour mieux lui baver dessus en expliquant qu’il y a quand même peu de chance pour qu’elle soit sincère. Pas besoin de chercher très loin. La prochaine fois que vous allez chez le médecin, vous ouvrez un de ces magazines A La Con, vous trouvez la nouvelle copine de Machin et vous devriez vraissemblablement trouver ces remises en doute de la sincérité de madame (argument valable même si le magazine en question a 10 ans d’âge)(en plus comme ça vous avez une chance de lire les mêmes que ceux avec lesquels Anna a grandi). Mais là, alors qu’il est explicitement dit qu’Hans a un rang plus qu’inférieur à celui d’Anna, qu’il n’a rien pour lui à part son sang, qu’il n’a pas la plus petite chance d’accéder au trône (en étant le 12ème fils, difficile de faire croire à un accident… 12 fois…), personne, à aucun moment ne remet en cause la sincérité de Hans. Même pas Elsa, qui ne fait que réfuter la légitimité de se marier alors qu’on se connaît depuis 10 minutes. (conclusion : si tu es une ordure, mieux vaut être doté d’un pénis, ça passera toujours mieux)

JEU ! Je tue Anna, je mange Kristoff, j’adopte Sven, j’épouse Olaf… Et toi ?

 Et comme pour un bon triangle amoureux il faut trois personnes, voici Kristoff ! (j’aime dire des évidences, ça me repose par moment) Le duo Anna – Kristoff revient sur un schéma plus classique qu’on connaît tous. Si si. On n’est effectivement plus dans le cadre classique et éculée de la princesse et du chevalier, mais dans une représentation beaucoup plus quotidienne qui est celle du couple moderne, et ça tombe plutôt bien vu que c’est lui qu’elle épouse à la fin (ce spoil vous était gracieusement offert par le Captain Obvious). Nous sommes face à une femme qui veut bien faire mais est extrêmement maladroite, qui doit prendre les décisions pour l’autre qui n’arrive jamais à se décider dans les temps, qui doit assumer, et qui éveille l’autre aux subtilités des relations entre êtres humains. Et à son côté, nous avons un homme gentil et généreux mais brut de décoffrage, incapable d’avoir une relation construite avec autrui, obsédé par sa voiture et son chien, indifférent à toute notion classique d’hygiène et de propreté, il est fort solitaire et joue de la guitare à ses heures perdues. Dîtes moi quand ça vous dit quelque chose, que je m’arrête… Parce que personnellement, après quatre saisons à lidl, c’est assez flagrant. (C’est fou ce qu’on apprend en se faisant insulter quotidiennement !) Si Disney fait un pas en avant côté réalisme en recadrant ses personnages dans des problématiques plus actuelles, c’est trois pas en arrière pour ce qui est de sortir des sentiers battus (bon d’accord, j’exagère peut-être un peu… un partout la balle au centre). Personnellement je trouve ça dommage. Ca aurait été drôle de voir notre princesse-pas-si-pétasse-finalement faire face au prince classique et que par surprise, ça marche quand même. Sortir d’un corset victorien pour rentrer dans une gaine en élastane n’est pas tout à fait synonyme de progrès (enfin après tout dépend de comment tu définis le progrès… un problème récurrent ça aussi tiens… Le progrès technique est-il synonyme d’un progrès du bien-être ? Vous avez quatre heures !) (y a pas de raison qu’il y ait que moi qui bosse) On constatera d’ailleurs que malgré son indépendance, sa débrouillardise, et tout le toutim (encore un mot trop peu utilisé ça tiens), il semble nécessaire qu’Anna se marie à la fin du film, enfin en tout cas qu’un mariage soit planifié pour finir comme il faut l’aventure.

Ce qui nous amène à parler (enfin) d’Elsa. Je trouve intéressant qu’on soit un peu sorti de la trame « un méchant très méchant » habituelle pour choisir celle du « méchant par accident ». Même si on a Hans, il est tellement accessoire par rapport au mal causé par Elsa. (oui j’ai enterré ma résolution de ne pas parler outils scénaristiques… il semble que je ne puisse résister à une si belle tentation… déformation professionnelle… que voulez-vous…) Pour cette raison Elsa a vraiment un statut à part. A tel point qu’au début, je me demandais ce que j’allais bien pouvoir trouver à dire sur elle. Et puis certains détails finissent par émerger : Elsa refuse tout contact physique, Elsa remet en cause toute possibilité d’un amour éclair quel qu’il soit, Elsa doit s’occuper de tout, Elsa doit se prendre en charge complètement…. Elsa finit seule et isolée dans une tour de glace, isolement qu’on lui reproche. En fait, celui-là, il a fallu que je creuse pour le voir et plusieurs interprétations sont possibles et bien entendu, vous pouvez les croiser comme bon vous semble. Soit vous prenez la lecture de l’ode à la différence : Elsa n’est pas comme les autres, de ce fait elle se voit rejetée et considérée comme un monstre. Soit vous suivez les pas de la femme indépendante : en opposition à sa soeur qui recherche à tout prix le Grand Amour, et ainsi à rentrer dans le schéma classique du couple, Elsa prend la voix de l’indépendance en rejetant de ce fait toute attache socialement ancrée et légitimée, de ce fait, elle est exclue de la société. Un peu comme on met au ban les vieilles filles, les « filles faciles » et autres libertines. Vous savez, ces femmes qui refusent le couple, le mariage, tout ça, et dont on considère qu’on ne peut rien tirer de bon comme si elles étaient purement et simplement cinglées (et vous commencez à connaître mon opinion sur la soi-disant non légitimité des freaks… venez jeter des pavés avec mes amis les psychotiques ! vous verrez on s’amuse bien). Et s’il vous vient l’envie d’être mauvaise langue jusqu’au bout (mais nul ici ne vous jettera la pierre pour ça ! pas d’inquiétude !), sans avoir à tirer trop loin, vous devriez pouvoir voir la femme frigide. Parce qu’après tout, Elsa, c’est quand même un glaçon, c’est même la reine des neiges… Notre belle langue ne manque pas d’allégorie météorologique pour qualifier un refus à une avance sexuelle. Et pas la peine d’argumenter qu’à l’origine, le film est anglais, on retrouve à peu près les mêmes images outre-atlantique. D’ailleurs, le titre original, c’est Frozen… « Belle princesse attend prince qui saura la faire fondre »

Cte classe internationale. (ah oui, j’ai oublié de vous dire que c’était elle mon perso préféré… avec Olaf.)

Alors finalement, Disney, vrai progrès ou grosse arnaque ? Et bah ni l’un ni l’autre. (tada ! j’ai pour principe d’offrir des analyses d’une incroyable finesse, toujours) D’un côté, Disney nous présente enfin des femmes prenant leur destin à bras le corps et ne se contentant pas d’attendre gentiment, et ça fait un bien fou. Ca fait du bien de voir des femmes vraiment capables de faire des choses, sans avoir besoin de passer par la case « Je serai un homme mieux que les hommes » (oui Mulan, c’est toi que je regarde. Mais t’inquiète, je t’aime quand même)(toi aussi derrière ton écran, embrasse tes contradictions !).On observe aussi une répartition du temps beaucoup plus égalitaire, c’est à dire que mêmes les personnages principaux masculins passent légèrement au second plan pour se focaliser sur les deux soeurs qui mènent complètement l’intrigue. L’idée d’avoir une méchante qui n’en est pas vraiment une est fraîchissante, ça nous change des femmes qui veulent tuer la princesse parce qu’elle est plus belle / jeune / gentille / aimée du prince, ou des hommes qui veulent le pouvoir, le cul de la crémière et le pouvoir de multiplier le cul de la crémière. Les femmes de la Reine des neiges ne sont pas « à disposition » dans tous les sens du terme, et franchement ça fait plaisir. D’un autre côté, on se retrouve avec la preuve par 9 qu’on ne peut pas être forte et heureuse, il faut un mariage à la fin et si tu échappes à cette case, tu te retrouves seule avec quelque chose à compenser. Finalement, c’est assez parlant des représentations actuelles, que ça soit les représentations du couple, ou celle de la femme qui ne peut pas être heureuse sans mari / enfant / château / rang social (mettez le curseur où vous voulez). Si on a progressé depuis Blanche-Neige, il reste du chemin à faire. Mais que les aficionados de Disney (dont je fais parti) se rassurent, il restera toujours du chemin à faire. (c’est l’histoooooooire de la viiiiiiiiiiiie !)


Voilà ! J’espère que cette chronique vous aura plu. N’hésitez pas à discuter de tout ça dans les commentaires, je suis curieuse d’avoir votre avis. Désexistons sera une chronique mensuelle, il m’est difficilement possible de faire plus. Elle sortira autant que faire se peut les premiers mercredis du mois pour accompagner les sorties ciné. Vos propositions de films à désexister sont toujours les bienvenues ! (oui comme ça au passage j’étoffe mes choix de films à regarder… vous avez tout compris) De préférence, essayez d’en suggérer des assez connus, ça limite les gens spoilés après la lecture (et ça m’évite d’avoir à tout raconter de A à Z…) mais si vous avez des idées de génie, ne vous génez pas.

On discute de tout ça sur le facebook ! En attendant, comme je suis vraiment en plein sprintathon, je donne plus de nouvelles via twitter.. Je vous laisse sur une reprise de Let it go façon Death Metal ! Un Wall of Death à vous amis Termites.

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