La théorie du complot et la politesse.

Mais voilà déjà trois semaines que je ne vous ais point raconté mes aventures lidliennes ! À tel point que je ne suis même pas sûre de me souvenir de tout ce qui a pu se passer depuis tout ce temps… je m’en vais donc essayer de vous retrouver les plus mémorables…Sans plus attendre et sans transition donc !

En effet, le café me paraît un bon début.

Ces dernières semaines, j’ai pu constater un truc assez étonnant chez nos amis les clients (dit-elle comme elle parlerait de « nos amis les bêtes »)(ha non non, je parle beaucoup mieux des bêtes), une espèce de tendance qui se résumerait ainsi : beaucoup d’entres eux sont intimement persuadés que nous sommes là pour les arnaquer. Alors qu’en fait non. On est là pour faire du fric. Pardon, je rectifie. On est là pour que Monsieur Lidl fasse du fric, la nuance est importante. Et je l’ai déjà dit, mais si Monsieur Lidl est un arnaqueur, c’est le plus mauvais arnaqueur de toute la terre. Genre même moi qui ne sait pas mentir et suis dotée d’un visage se sentant obligé de vous expliquer ce que je pense, je serai meilleure arnaqueuse que Monsieur Lidl si je me donnais la peine de cracher sur mon intégrité. Parce que Monsieur Lidl écrit les règles du jeu tout partout, il faut juste se donner la peine de les lire (juste). En attendant, le constat est simple : nous sommes sciemment là pour arnaquer volontairement les gens. Tels des méchants de comics, les employés lidl cherche à soutirer le plus d’argent possible des poches des honnêtes citoyen comme n’importe quel politicien d’ailleurs. Ça aussi ça revient souvent. Alors je ne sais pas si c’est juste la sensation d’enculage qui revient au même, où juste si le rapprochement entre capitalisme et politique est devenu tel qu’on ne fait plus la différence entre l’un et l’autre. En attendant, ça donne des situation au ridicule consommé sans modération.

Une collègue m’appelle en caisse, apparemment il y a une promotion sur les paquets de chips et elle ne s’est pas faite. Je vais voir en rayon ce qu’il en est et constate qu’il y a bien une promotion… sur trois paquets achetés. Or la cliente n’en avait que deux. La cliente n’a lu que le chiffre en gros sans voir qu’il était précisé « x€ l’unité, pour trois achetés, sinon c’est y€ ». Alors certes, le tarif Y était écrit en plus petit, mais c’était quand même très largement lisible. Je reviens donc en caisse et explique ceci à la cliente qui de rage décrète qu’elle veut être remboursée parce que c’est de l’arnaque votre truc.
Une collègue m’appelle parce que le melon ne passe pas au bon prix. Je vais « vérifier » en rayon. Je mets des guillemets dans la phase précédente car je vais moins vérifier que faire genre que je vérifie, le fait est que je sais déjà très bien ce qui s’est passé. Le melon du monsieur est passé au bon prix. C’est juste qu’une autre sorte de melon était moins chère, du coup le client a considéré que c’était à ce prix-là. « C’est mal foutu votre truc ! c’est pas clair ! ». Je me demande vraiment ce qu’il vous faut de plus que des pancartes « melon charentais » « melon canaris » « melon galia ». Si tu as un doute sur qui est qui (ce qui après tout est possible), tu demandes. Gentiment (on va y revenir à ça d’ailleurs, j’en ai marre faut que je vide mon sac à ce sujet.). Et voilà.
« La moustiquaire ne passe pas au bon prix ! C’est pas 23€ ! » « Dis moi chère Grande Responsable Non-Food de mon coeur, on a plusieurs références de moustiquaire ou on a un problème de prix ? _On a plusieurs références, plusieurs tailles donc plusieurs prix. Mais bon les gens ils voit le prix qu’ils veulent toute façon ! » J’explique donc à la cliente qu’il y a dû y avoir mélange dans les bacs et que celle-ci passe bien à ce prix-là. « Non non moi j’ai vu 16 ! _Ça devait être une autre référence madame. Du coup que fait-on ? Vous la prenez quand même ou je l’annule ? _Mais non ! Moi c’est une de cette taille et blanche que je veux ! _Donc elle est à 23€ _Non ! » MAIS SI ! Alors maintenant tu fermes ta gueule ou je te la fourres dans le cul ta moustiquaire !!! « Toute façon c’est mal foutu votre truc » Ça tombe bien, toi aussi. Voilà.
« Les vins ils sont sensés passer à -50% la deuxième bouteille. » S’en va vérifier, reviens. « Vous n’avez pas pris la bonne. C’est le fin en dessous qui est en promotion. _C’est mal foutu !!! Non mais vraiment c’est pas clair, comment on est sensé savoir ? _Il y a le nom du produit en promotion sur l’affiche du prix, ce même nom qui est aussi sur l’étiquette de la bouteille. _Alors partout ailleurs les affiches sont en dessous des produits sauf chez vous où c’est au dessus alors forcément on se fait avoir ! C’est de l’arnaque votre truc ! » Exactement. D’ailleurs quand ils ont choisi de mettre les affiches au dessus des produits plutôt qu’en dessous, c’est exactement ce qu’ils se sont dit. « On va indiquer très clairement sur toutes les affiches à quel produit elles correspondent MAIS on va les mettre AU DESSUS des produits ! _Putain Gérard, t’es un génie ! » Grands dieux, les réunions marketing chez lidl ça doit faire fumer du cerveau bac +5 c’est moi qui te le dit… Alors par contre pour la domination du monde on repassera…
« Le pain ciabatta il est indiqué à 29 centimes » Cette déclaration me laisse un peu circonspecte. Ça me paraît franchement pas cher du tout pour un pain. D’autant que je sais qu’il est en promo, et que le ticket indique bien qu’une réduction a été faite, et que le pain en question passe à 79 centimes au lieu de 99. Donc bon… Je me doute que vraissemblablement il y a erreur de la cliente (comme environ 80% des fois…), mais par acquis de conscience, je demande quand même à un collègue au micro d’aller vérifier de quoi il retourne. Par chance, le collègue en question avait enfin daigné sortir le micro de sa poche pour le mettre sur son oreille. « Il passe bien à 79centimes, mais M. s’est planté quand elle a mis dans les bacs, donc certains se retrouvent dans le mauvais bac, mais sur l’étiquette c’est bien marqué « croissants 29centimes » (NDR : j’ai pas compris c’était le bac de quoi au juste, mais dans l’histoire on s’en fout). J’explique donc à la cliente qu’il y a eu erreur de notre part au niveau de la mise en rayon, que si elle le souhaite je peux rembourser le pain si finalement elle n’en veut pas. Elle hausse un sourcil, commence à me dire qu’elle l’a vu à ce prix. Je la coupe aussitôt « il y a eu erreur de notre part au niveau de la mise en rayon mais le pain ciabatta est bien indiqué à 79 centimes et l’étiquette indique bien que ce sont les croissants qui sont à 29 centimes ».
« Votre collègue s’est planté ! Il n’a pas fait la réduction !!! » Oh ! Tout doux Tornado ! Déjà bonjour et c’est bon, y a pas mort d’homme. Ok, il n’a pas vu l’étiquette et n’a pas appliqué le rabais, mais c’est bon, je vais te le faire…
À ma caisse, une cliente achète deux pâtes feuilletées. L’une est en rabais (= la DLC est dans quelques jours, du coup le produit est à -30%), l’autre est en 0 gaspi (= nouvelle procédure de Monsieur Lidl que je valide à 100%, le jour de la DLC, les produits en rabais non vendus sont enregistrés en perte, et mis en vente à des prix dérisoires, genre 50 centimes pour de la viande, ou là 20 centimes, dont une partie s’en va au restau du coeur ou autres assos). Elle me demande si les deux sont passées à 20 centimes. Je suis alors prise d’un doute en me disant que j’ai peut-être raté l’étiquette 0 gaspi, je vérifie, il n’y en avait pas. La cliente ajoute « ce sont les mêmes ! ». Je comprends « ce sont les mêmes dates », du coup je vérifie les DLC en me disant que peut-être l’une d’elle a échappé au collègue en charge de ça. Les dates sont différentes alors je confirme que l’une est bien à 20 centimes et l’autre même pas 1€. « Oui mais j’aimerais bien qu’elle soit à 20 centimes ! » Bah oui, mais non. Et elle n’a pas à l’être… Il n’y a pas d’oubli de notre côté, et rien n’indique d’ailleurs qu’il puisse y en avoir. Tu aimerais certes, mais ça ne change rien…
Tiens tant qu’on parle du 0 gaspi… Quand on peut, on met aussi les légumes en 0 gaspi. En gros, on prend une cagette, et on la remplit de légume qui font un peu la gueule en rayon (et qui donc ne se vendront pas de toute façon), on met le tout en vente pour 1€. Et quand je dis qu’on remplit la cagette, ce n’est pas une expression. Pour 1€, vous pouvez donc avoir : un chou-fleur, une ou deux salades, des carottes, des courgettes, et quelques fruits. Alors certes, il faudra couper des bouts des fruits, enlever quelques feuilles à la salade et les pointes des carottes, mais ça reste quand même hyper avantageux. Ces cagettes sont mises en bout de caisse. Je vois des clients regarder alors je leur explique le principe. Ils regardent les différentes cagettes (leur contenu varie) : « elles font la gueule leurs carottes, pareil pour les salades ! feraient mieux de les donner oui « . Putain. Comme vous commencez à le savoir, je n’ai pas l’esprit corporatiste, et je suis la première à descendre l’entreprise en flèche quand elle prend des décisions avec lesquelles je ne suis pas d’accord mais alors là… Monsieur Lidl ne fait aucun profit sur cette vente, les légumes en question sont enregistrés en perte. Non seulement il ne fait aucun profit mais en plus l’argent est reversé à des assos caritatives. Et oui les légumes font la gueule, c’est le principe, mais franchement, pour le contenu, 1€, c’est donné. Pour la seule et unique fois dans ce magasin, tout le monde est gagnant, SAUF Monsieur Lidl (enfin si, il l’est quand même un peu, ça fait du bien à son image de marque, faut bien le dire). Alors merde. J’en ai marre de ces gens qui veulent tout tout de suite sur un plateau d’argent avec le petit doigt en l’air. Tu veux des légumes gratuits ? Fais les pousser dans ton jardin. Fin de la négociation.


Pendant ce temps-là, dans ma cuisine :

Ma mère : tu peux t’occuper des pâtes ?
moi : oui, tu veux quoi dedans ?
elle : Mets des fils.
moi : …. tu veux dire du fromage râpé ?
elle : bah oui !
moi : c’est quand tes vacances déjà ?

« Quand tu as pris trop d’herbe chat… et que tu commences à te demander si le chien ne complote pas pour te tuer »

Vous me dites quand vous en avez marre. Parce que ce genre de truc arrive une fois par jour au minimum. Ça arrive encore et encore et encore. Ça arrive tellement souvent qu’il y a des erreurs des clients qu’on connaît par coeur. On va vérifier par principe. Parce que le fait est que si l’erreur est humaine, la plupart du temps, c’est quand même bien le client qui se plante. Alors je me répète mais… c’est écrit.
C’est écrit c’est écrit c’est écrit c’est écrit c’est écrit
c’est écrit
c’est écrit
c’est écrit
c’est
écrit.
Merde.
Et ce que je ne m’explique pas, c’est que si tu pars du principe que de toute façon, tu vas te faire enculer, pourquoi tu n’amènes pas ton propre tube de vaseline ? Pourquoi tu ne fais pas plus attention ? Je veux dire, on le sait tous les promos, c’est comme au casino, c’est toujours la banque qui gagne. Il est évident que Monsieur Lidl (ou Super U ou Intermarché ou tout ce que tu veux) n’est pas perdant. À toi de voir si tu l’es. Est-ce que tu voulais vraiment des chips puisqu’apparemment tu t’en passes très bien ? Est-ce que tu voulais vraiment de ce vin puisqu’apparemment tu n’as pas lu l’étiquette sur al bouteille ? Est-ce que tu voulais vraiment un melon puisqu’apparemment tu n’as pas cherché à savoir à combien était vraiment celui que tu voulais ? Ou bien tu as juste vu le prix et tu as oublié tout le reste ? Tellement de fois je dois faire des remboursements ou des annulations à des gens qui sont les seuls responsables de leur erreur. Et en plus, en bonus, jme fais insulter pour avoir tenté de les enculer. (et non, cette vulgarité-là n’est pas la mienne). Alors soit les gens sont cons de base, soit de toute façon ils sont tellement persuadés que c’est comme ça que ça se passe qu’ils se disent que ça ne sert plus à rien de faire attention. Ou alors, je laisse libre court à la paranoïa, et je me dis qu’ils font exprès de se faire avoir pour nous engueuler de s’être fait avoir par la suite. Parce que oui la paranoïa c’est contagieux, à force de s’en prendre plein la gueule pour un oui pour un non, à force d’en voir chercher activement une raison de nous engueuler, on vire parano. On anticipe, on sait qu’on s’en prendra dans la gueule pour telle ou telle raison. On devient aigri par anticipation, fatigué par anticipation, usé par anticipation. Et les clients n’ont même pas le bon goût de nous donner tort. Quand je vous dis que je déteste ce que je deviens là-bas.

Et quand on ne fait pas tout ce qu’on peut pour les arnaquer, on fait exprès de leur pourrir la vie. Parce qu’on a que ça à faire. C’est évident. C’est même clairement écrit dans nos contrats : « Vous accueillez la clientèle avec le respect qu’elle mérite ». Vraiment. Si ça, ça veut pas clairement dire qu’il faut qu’on les pourrisse, je comprends plus rien…

« Vous les recevez quand les crèmes desserts ?
_Pour le moment on ne peut pas en recevoir, le frigo est en panne.
_Oui je sais ! Mais vous les recevez quand ?
_Je ne sais pas madame, il faut réparer le frigo d’abord.
_Mais quand !
_Je ne sais pas. On ne va pas mettre les crèmes dans un frigo en panne ! »

« Évidemment là c’est l’été y a plein de caissiers. Y en a que pour les touristes ! »

Oh puis ces putains de caisse priorité… Alors je sais pas comment ça se passe dans les autres magasins… attendez… mais si ! en fait je sais comment ça se passe dans les autres magasins ! parce que des fois, je vais dans les autres magasins figurez-vous (c’est même ce que je fais la plupart du temps) ! Dans les autres magasins donc, il y a une, ou plusieurs, caisses étiquetées « prioritaires », ce qui veut dire, et vous serez tous d’accord (non ce n’est pas une question, vous n’avez pas le choix, vous êtes d’accord), que tout le monde peut s’y installer, mais, si une personne handicapées d’une façon ou une autre, ou une femme enceinte arrive, on la laisse passer. Et bien vous ne me croirez jamais, mais ça se passe comme ça chez nous aussi. INCROYABLE. Mais vrai. (remets toi cher lecteur, je sais c’est une immense surprise mais courage, ça va bien se passer) Bon le truc c’est qu’on n’a pas toujours quelqu’un installé à la caisse prioritaire pour des raisons aussi diverses que variées. Comme dans tous les autres magasins. Mais ça ne nous empêche pas de respecter les priorités des gens quand il y en a. On n’est pas con non plus. Sauf que… si les gens ne le signalent pas, on ne peut pas deviner. INCROYABLE LE RETOUR DU COME BACK, Mais vrai. (ça va lecteur ? oui je sais ça fait beaucoup d’incroyable d’un coup, mais ne t’inquiète pas, nous allons y arriver ensemble). Du coup, souvent les gens nous reprochent de ne pas les avoir fait passer en prioritaire comme ils en ont le droit. Alors à chaque fois j’explique calmement que s’ils nous le disent, nous mettons tout en oeuvre pour respecter la priorité à laquelle ils ont le droit (soit faire venir un collègue spécialement pour eux, soit leur faire une place sur le tapis, ou carrément prendre leurs articles en bout de caisse). Et ce n’est pas « que de la gueule », on le fait vraiment. Sans rechigner ou négocier ou remettre en cause quoi que ce soit. On n’a absolument aucun soucis avec ça. Il suffit de demander (gentiment si possible) (on y arrive on y arrive). Souvent les gens de nous balancer « y aurait pas besoin si la caisse prioritaire était ouverte ». Ha, je comprends. En fait vous avez une carte de priorité parce que vous avez un gros, un très gros, handicap : vous êtes cons. Si la caisse prioritaire était ouverte, il y aurait eu la file à cette caisse, comme à toutes les autres. Et si vous ne aviez rien dit, vous auriez fait la queue pareille. Mais à la caisse prioritaire. Cette caisse ne nous donne pas le pouvoir de lire dans les pensées. Elle permet juste de prévenir les gens à l’avance. Mais comme les gens s’en battent les couilles et ne lisent aucun panneau aussi gros et sous leur nez soit-il, ça ne change rien. Si vous montrez votre carte prioritaire, ou que vous vous signalez d’une quelconque façon, à une caisse non prioritaire, on vous fera passer en priorité. Même si la caisse prioritaire est ouverte d’ailleurs. Parce que la vérité c’est qu’on est vraiment pas aussi salaud que les clients semblent l’imaginer.

Alors maintenant, imaginez. On est samedi matin. Et comme on le dit si bien « le samedi tout le monde en chie ». C’est beau, ça rime. On est blindé de monde quel que soit le nombre de caisses ouvertes. Une cliente vient voir M, installée à la caisse derrière moi, lui faisant savoir qu’elles ont une carte de priorité. M. me demande comment on peut faire, comme les clientes en question n’ont pas beaucoup d’articles, je les invite à passer au bout de la caisse de ma collègue pour qu’elle puisse les encaisser de suite. Aussitôt les clients qu’elle était sensé faire passer lui signale qu’ils ont eux aussi une carte. J’invite donc les clientes à plutôt venir à la mienne pour que je m’occupe d’elle. Je termine d’encaisser mes deux clientes tandis que M. explique cette histoire de signalement de priorité à ses clients pour ne pas qu’ils attendent la prochaine fois. Une fois terminé, j’encaisse les deux clientes prioritaires (assez rapidement puisqu’elles avaient très peu d’articles). Dès que j’ai fini, les clientes d’avant m’apostrophent :

« Et pourquoi elles sont passées comme ça ??
_Parce qu’elles avaient une carte de priorité
_C’est facile ça ! Moi aussi j’ai une carte et vous ne m’avez pas fait passer devant tout le monde !
_Je ne pouvais pas le savoir madame… Si vous me l’aviez dit, j’aurais fait en sorte que vous puissiez passer en priorité comme vous y avez le droit. Comme vous pouvez le voir, quand on nous prévient, on s’arrange le plus vite possible pour vous faire passer rapidement.
_C’est n’importe quoi ! Regardez, je l’ai ma carte ! Elle est là ma carte ! [elle me la colle sous le nez]
_Je vois bien, mais encore une fois je ne pouvais pas le deviner… Si vous ne vous signalez pas je ne peux rien faire.
_C’est de l’incompétence ! »

Bordel, c’était quoi mon erreur là ? À votre avis ? Ne pas avoir remonté le temps pour lire dans ses pensées et m’écrier au dessus d’une file qui allait jusqu’au milieu du rayon « hey ! vous là-bas ! la grognasse engoncée dans un débardeur rose moche trop petit pour elle et cramée par le soleil tellement que ça fripe, vous avez une carte de priorité ! alors venez donc par là ! » ? Quelque chose me dit que ça ne lui aurait pas plus non plus. Les gens ne savent pas ce qu’ils veulent en vrai…

Les excuses que j’aimerais présentées parfois. « Je suis désolée. Je ne voulais pas vomir sur le nouveau tapis. Je visais tes chaussures… »

Pendant ce temps-là, dans le bureau de mon père…

lui : Coraline, tu peux m’aider à installer ma nouvelle imprimante ? Elle trouve pas le wi-fi…
moi : What ? Mais pourquoi une imprimante aurait besoin de wi-fi ?? T’es sûre que c’est pas le bluetooth qu’elle veut ?
lui : quoi ???
moi : Attends j’arrive… mais… c’est une imprimante-fax en fait ton truc… C’est pour ça qu’elle veut le wi-fi.
lui : Ah bon ça fait fax ? 
moi : Bah… oui, c’est écrit en gros sur la boîte… Bon mais avec un peu de chance l’imprimante a pas besoin que le wi-fi soit connecté pour fonctionner…
lui : Ça veut pas marcher y a rien à faire ! J’ai suivi le mode d’emploi mais ça marche pas.
moi : T’as essayé le CD là ? Celui avec marqué installation ?
lui : Non, tu crois qu’il faut ?
moi : Euh… si t’installes les pilotes pour faire fonctionner l’imprimante elle devrait beaucoup mieux marcher oui… sans ça l’ordi la trouvera jamais…
lui : Ha ouai. Faut un pilote dans l’avion en fait ! J’aurais jamais deviné.
moi : Mais t’as lu le mode d’emploi ?? Parce que c’est écrit dessus tu sais… C’est quand tes vacances ? Parce que là t’as le niveau d’un client Lidl…


En règle générale, quand vous avez un doute, il y a un truc qui marche bien : demander. Ha oui et aussi : la politesse, l’amabilité. Putain mais sérieux… l’énergie que certains perdent… Je veux dire… la même question pourrait être posée, la même réclamation pourrait être faite sans toute l’agressivité que certain y mette. On y serait tous tellement gagnant… on économiserait tous tellement d’énergie… Et même, voyons plus grand, soyons fou : l’humanité dans son entièreté s’en porterait tellement mieux ! Je ne sais pas moi ne serait-il pas possible de remplacer : « Vous allez en remettre quand des fromages ?? Putain c’est une honte ! Ça servait à rien de tout refaire si vous êtes même pas foutu d’avoir des frigos qui marchent ! » par « Excusez-moi, mais ça fait un moment que le frigo est en panne, avez-vous une idée de la date de réparation ? » Même question. Était-ce compliqué ? Non, ce n’était pas compliqué. De la même façon, est-ce qu’on ne pourrait pas tout simplement dire « Excusez-moi mais je crois que votre collègue s’est trompé. Normalement j’ai le droit à une promotion et si je ne me trompe pas il ne l’a pas compté. à quoi je pourrais répondre allègrement « Je vérifie ça tout de suite. En effet il y a eu une erreur, je m’en excuse, je vais vous rembourser la différence de ce pas ! » Était-ce compliqué ? Non, ce n’était pas compliqué. De la même façon, pourrait-on simplement dire « Excusez-moi mais cela fait plusieurs fois qu’il y a des erreurs sur mon ticket depuis le début de l’été, pourriez-vous revoir certaines choses avec vos équipes ? » au lieu « Putain ça commence à faire ! Toute façon tous les étés c’est pareil, y en a marre, même pas foutu de savoir compter ! » Est-ce compliqué. Non. Ce. N’est pas. Compliqué.

Je n’ai absolument aucun soucis à rembourser le client quand il y a eu erreur ou négligence de notre part. Si on s’est trompé, on répare l’erreur. C’est logique. Si je constate une erreur, je ne vais pas chercher à épiloguer. Je répare, dédommage, et présente nos excuses. Sauf que des fois, c’est demandé de telle sorte que j’ai juste envie de dire aux gens d’aller se faire éviscérer en enfer. Et ce même s’ils sont dans leur bon droit. Et surtout, surtout, il y a une phrase que je ne peux plus entendre. Plus jamais. C’est le fameux « c’est par pour X€, c’est pour le principe. » Mais bien sûr. Pourquoi ça m’énerve, me demanderez-vous… Je ne vous apprendrai sans doute rien en vous disant qu’il y a plein de façons d’être blessant avec son entourage, pas forcer besoin de hurler ou d’insulter. Et ce petit « c’est pour le principe » fait partie de ces vicieusetés qui vous pourrissent le cerveau bien sournoisement sans avoir le courage d’annoncer la couleur.
L’autre jour, un samedi, où tout le monde en chiait (suivez un peu), une collègue à compter une bouteille de perrier de trop. Rien de bien grave. Une bouteille qui a dû biper deux fois sans qu’elle puisse entendre parce qu’à 6 caisses ouvertes en même temps ça demande un peu d’entraînement pour faire la différence entre les bips des voisins et les tiens. Le truc c’est qu’elle s’en est rendu compte après avoir rangé les courses dans sa voiture. Elle revient juste avec son ticket et me montre, tout en me disant que « ce n’est pas pour les 49 centimes que coûte la bouteille, c’est pour le principe ». Sauf que techniquement, je n’ai rien le droit de faire : si je ne peux pas vérifier de mes yeux (y a une dérogation pour les borgnes, j’ai le droit ne vérifier qu’avec mon oeil valide, sont quand même pas complètement vaches), je n’ai rien le droit de faire, et que donc je ne peux pas la rembourser. Ce qui est logique en fait… La cliente monte alors sur ses grands chevaux, comme quoi c’est pas des manières de faire. Ça alors. Moi qui croyais que tu t’en foutais des 49 centimes, que c’était juste une question de principe… On finit par trouver une solution (tiens lecteur, tu veux la connaître la solution ? j’ai dû aller vérifier dans la voiture la présence de deux bouteilles uniquement, revenir dans le magasin faire la manip, retourner à la voiture rendre les 49 centimes et faire signer le papier, revenir donner le papier à ma collègue pour que sa caisse soit complète. Mais à part ça je fais tout ce que je peux pour enculer les gens à sec. Pour 49 centimes.). Pendant tout ce temps, elle me répète encore et encore que c’est pas pour les 49 centimes, c’est pour le principe. Un principe qui valait donc de perdre 10 minutes de mon temps et du sien pour 49 centimes. Et vous voulez le connaître ce principe ? Parce que c’est lui qui fait que je n’en peux plus de cette phrase. Le principe en question ce n’est pas le « vous avez fait une erreur, réparez la », c’est « dans cette relation, c’est moi qui commande. » Voilà. Ni plus ni moins. Ce principe, c’est que c’est une relation de pouvoir, et qu’ils tiennent à te rappeler qu’ils sont dans la position haute alors que tu es en bas.

Si jamais ce n’était pas assez clair dans cet exemple, en voici un autre. Un autre jour où on chiait (alors que c’était même pas un samedi), pour une raison qui m’échappe, les gens étaient tous hyper hostiles et agressifs. Je suis fatiguée, je cours partout, il fait chaud, je dois tenir ma caisse et récupérer les erreurs, les remboursements, les annulations des autres caissiers. En bref je dois constamment faire trois choses à la fois. O. m’appelle : grosse connerie, elle a mal compris la cliente et a enregistré le paiement en espèce alors qu’elle voulait régler en carte. À bout de nerfs je jure dans ma barbe histoire de ne pas vider mes nerfs sur la pauvre O. qui est déjà toute affolée. Je demande à la cliente si elle n’a pas d’espèce et si ça l’embêterait. Non elle n’a rien, elle veut payer en carte, fin de l’histoire. Je grince des dents, rerâle un coup et me lance dans une manip plus ou moins interdite : j’ai dû faire un « remboursement fantôme » du montant dû par la cliente, pour réencaisser en divers le même montant afin qu’elle puisse payer par carte sans qu’il y ait de trous dans la caisse de O. Normalement on ne devrait pas faire ça parce que du coup, ce que la cliente a pris n’est pas enregistré comme sortie (en gros, la dame a payé un « divers : 18,53€ au lieu que chaque article soit enregistré un par un pour arriver au dit montant). Je rerâle dans ma barbe parce que j’ai oublié de sortir une facture correspondant au bon ticket, histoire qu’on ait quand même une trace des articles qu’elle prend, et comme c’est pour ma gueule, je me traite ouvertement d’idiote entre les dents. Bref, je n’étais sans doute pas l’exemple de la caissière rayonnante, souriante, avenante. Mais je me suis débrouillée que ma frustration et ma colère restent dirigées contre moi et moi seule. Et j’ai réparé la bourde. Et la cliente a payé comme elle le souhaitait. J’avoue j’ai pas dit ni au revoir ni bonjour ni présenté d’excuse. Je n’en avais pas l’énergie. Je suis retournée à ma caisse. À peine une minute après, la cliente fait une escale avant la sortie à ma caisse pour me balancer « c’est pas parce que c’est les vacances que vous pouvez être désagréable ! Question de principe ! » et elle s’est barré sans attendre la moindre réponse. Ça tombait bien j’en avais pas. La manoeuvre n’avait aucun autre but que de me rappeler où était ma place et qui avait le pouvoir dans l’histoire. Ça sonne peut-être paranoïaque, mais retournez l’histoire dans tous les sens : où d’autre est-ce qu’elle voulait en venir ? Elle n’attendait pas d’excuse, elle est partie dans la foulée. Elle avait déjà obtenu gain de cause. Non. C’était juste signaler que j’avais manqué à mes devoirs en ne m’inclinant pas devant elle. Et vous savez le pire ? C’est qu’à force de se prendre ce genre de trucs-là dans les dents, on a beau avoir les meilleurs collègues du monde (ce qui est mon cas), beaucoup de recul et de cynisme, arrive un moment où on ne peut plus. Ce jour-là, quelques 10 minutes après, j’ai repris une remarque du même acabit dans les dents. J’ai planté tout le monde et j’ai pris 5 minutes de pause alors que c’était pas forcément le bon moment : je ne pouvais juste plus.

D’ailleurs, si jamais j’avais encore un doute sur la valeur de mon existence, depuis ce matin (un dimanche !!!) grâce à un gentil client, je sais que ma santé physique vaut moins chère qu’un chausson aux pommes. Ce qui est con car je n’aime pas trop les chaussons aux pommes. (le problème des chaussons aux pommes c’est que quelqu’un a eu l’idée saugrenue de mettre des pommes à la place du chocolat)
Il était 8h45 (il n’y a pas d’heure pour la connerie), un client rentre dans la boulangerie et hèle A. pour savoir si on a des chaussons aux pommes. À juste titre, celle-ci lui demande de sortir car c’est un espace privé dans lequel il n’est pas autorisé. « Je vous demande un truc ! ». Haaaa ! Donc si on demande un truc aux gens, on a le droit de rentrer chez eux sans leur autorisation ? Trop cool. Putain je crois que je vais aller taper un pic-nic sur la pelouse des voisins avant d’aller réaliser une enquête de voisinage ! Bon plan. Je savais pas qu’on pouvait ENTRER d’abord et DEMANDER la permission après. Merci client. Pendant ce temps, je mets du vin en rayon. Comme le dieu du Karma m’aime beaucoup aujourd’hui (tu la sens l’ironie ou je te mets un gros panneau ?), une bouteille laissée dans un équilibre précaire par un client a été rappelé par les lois de la gravité. Je ramasse donc les bouts de verre et me retrouve donc avec des bouts de verre dans la main (dans tous les sens du terme) et du vin absolument partout. Je me dirige vite vers la réserve qui se trouve être à côté de la boulangerie. J’ai des tessons de verres dans la main gauche et la main droite dégoulinante de vin, je tiens mes deux mains dans une position bizarre pour éviter de faire tomber les bouts de verre, de me les enfoncer dans la peau, et de me foutre du vin partout parce que je déteste cette odeur (et le vin, et mettre le vin en rayon, et ramasser le vin tombé par terre, et même les étiquettes façon design de page FB de start up des bouteilles de vin). Il est donc clairement visible que je ne suis pas dans une position confortable normale. Le même client me hèle avant que je n’ai pu atteindre le bouton de la réserve (ce qui n’est pas facile à faire vu l’état de mes mains, d’autant que le bouton tactile ne réagit qu’à la peau des doigts, je vous laisse imaginer ma galère pour ouvrir cette foutue porte et ainsi accéder au sacro saint lavabo dans le labo de pain…)

« Je veux voir un responsable.
_[tête d’innocente] À quel sujet monsieur ? Il y a un problème ?
_Je veux des chaussons aux pommes. [t’as raison ce problème réclame l’intervention de la CIA dans la seconde] Je les vois de l’autre côté et j’attends !
_S’ils ne sont pas en rayon c’est qu’ils doivent être encore chauds. Il faut attendre qu’ils refroidissent pour qu’on puisse les mettre en rayon.
_C’est bon ils vont refroidir dans le sac !
_On ne peut pas les mettre en rayon tant qu’ils sont brûlants monsieur…
_Mais moi je m’en fous, on prend avec la pelle on les touche pas. Mes enfants veulent des chaussons aux pommes.
_[j’avoue ma voix commence à monter d’agacement] Mais nous on les prend à la main monsieur ! Si mon collègue s’en charge maintenant il va se brûler les mains ! »

De un : t’avais qu’à pas faire de gosses. Je vois pas pourquoi je devrais être tenue pour responsable de leur sustentation.
De deux : bordel mais vous n’en avez à ce point rien à foutre de nous que vos désirs valent qu’on se brûle au troisième degré pour un putain de chausson aux pommes ??!!
De trois : putain mais ça se voit que je suis dans la merde là ! Que je galère ! J’ai littéralement les mains qui dégoulinent de bouts de verre et de vin ! Je m’en veux d’insister mais : ÇA SE VOIT ! C’est pas genre « il fait chier mais il peut pas savoir que ma vessie va exploser / mon tampon fuit / ma palette de surgelé est en train de décéder » ça se voit que je suis dans une sale position et que je galère.

Mais le client s’en bat les couilles deux derniers points. C’est pas son problème. Ses enfants veulent des chaussons aux pommes. (et moi jveux l’eau courant. Mais bon on a pas toujours ce qu’on veut dans la vie, donc tes enfants mangeront des pains au chocolat tandis que je laverai ma vaisselle à la cristaline) Et notre santé physique vaut moins qu’un chausson aux pommes à 32 centimes.

Mon état quand je rentre du taf depuis quelques temps…


Pendant ce temps-là, dans ma salle de bain, je réalise qu’il n’y a plus d’eau. Ce qui est balot car je viens de me brosser les dents et que j’aimerais bien me rincer la bouche. Je traverse toute la maison à la recherche d’une bouteille d’eau. Je me fais engueuler par Indi qui me fait savoir qu’elle n’a pas eu à manger depuis au moins dix heures, ce qui, par conséquent, fait d’elle la petite créature la plus malheureuse de tout le monde connu. Trois jours plus tôt elle m’avait engueulée parce qu’il faisait trop chaud… Je trouve ma bouteille, rince le dentifrice et part réamorcer la pompe. Hum. Le truc c’est qu’ils en ont changé depuis la dernière fois où j’ai été confrontée au problème. Tiens, un bouton on/off. Avec un peu de chance c’est comme les ordinateurs : turn it off and on again… Une petite prière au dieu des Décisions Malencontreuses et Maladroites… et ça marche ! Je ne savais pas encore que de toute façon, la pompe était décédée. J’aurais dû me douter que ça allait être une journée de merde… Après tout c’était dimanche !


Et je sais que cet article est déjà affreusement long ! Mais je ne pouvais pas repousser cette histoire à la semaine prochaine… oh non… Car cette année, je commence à me demander s’il n’y a pas un concours du plus gros connard ! Et nous avons de très sérieux participants…

L’autre jour, un petit vieux de 60/70 ans vient à ma caisse pour un remboursement. Pour l’histoire on va dire que c’était un camescope, c’est ce que j’ai cru voir mais apparemment c’était pas ça. Mais pour l’histoire on s’en fout, là encore, ce n’est pas pertinent. Sauf que le dit appareil avait été acheté en  novembre, et qu’en magasin, sorti d’un délai d’un mois, on ne peut rien faire. Ce qui en veut pas dire qu’il n’y a pas de garanti ou de SAV. Juste que ça ne fonctionne pas comme ailleurs. J’explique donc la procédure au client, en précisant bien qu’il pourra opérer sans soucis son droit à sa garantie sans que ça ne lui coûte quoi que ce soit. Pour cela, il lui suffit d’appeler le numéro présent dans le mode d’emploi et…

« Ha parce qu’en plus c’est moi à moi d’appeler ?!
_Euh oui…
_Vous êtes pas foutu de me le réparer et en plus c’est à moi d’appeler !
_Le SAV de lidl n’est certes pas classique mais il fonctionne très bien si vous y faîtes appel…
_Vous croyez que j’ai que ça à foutre moi d’appeler ! [oui.] Alors ça pour faire de la pub à la télé avec l’argent du consommateur y a du monde ! [wait, what ? mais… c’est de l’argent privé ! Monsieur Lidl il en fait ce qu’il veut de ton pognon après coup ! Il a de compte à rendre à personne ! C’est pas l’état…] Ha bah ça c’est comme la poltique toute façon ! On se fait toujours avoir ! Mais je vous en faire de la pub moi vous allez voir ! Je vais appeler la télé moi ! [chiche. Même à télé vendée je vois pas ce que peut leur foutre…] Vous m’appelez un responsable tout de suite ! »

Et comme je suis décidément une grosse veinarde, les responsables qui avaient toutes commencé à 5h étaient en pause clope. Alors le temps qu’elles viennent…

« Vous voyez ça ? Regardez bien mon talon parce que c’est la dernière fois que vous allez le voir ! [j’aurais préféré qu’il n’y ait jamais de première fois.] J’étais un très bon client chez vous bah je reviendrai plus ! Ça sera votre faute ! Et pour 7€ ! »

Je crois que j’ai atterri dans un sketch. En fait, télé vendée ils sont bien venus, c’était pour une caméra cachée. Et à un moment y a des gens qui vont sortir de sous les caisses avec des serpentins et des confettis en criant « surpriiiiiiise ! c’était lolilol hein ? ». Non. Le temps qu’elles arrivent, il nous refait le coup du talon, nous redit qu’il va appeler la télé, et nous dit qu’il est prêt à rester là toute la journée s’il faut. Donc, tu n’as pas le temps d’appeler le numéro qui te permettra de réparer ton truc ou de le faire réparer, par contre tu peux camper devant les caisses pour expliquer au responsable que son système pour te rembourser ou réparer ton truc est nul ? Mec tu n’as pas l’impression de dire une chose et son contraire ? Non ? Ha bon. Ma Super Responsable d’amour finit donc par arriver, pour le principe (voyez comme les principes c’est sournois), s’occupe de l’annulation dont une collègue avait besoin alors même que j’aurais pu le faire en deux secondes, et vient voir notre client qui lui retient le même discours. Elle lui réexplique ce que j’ai dit. Le ton monte un peu.

« Vous voyez mon talon ? Regardez bien c’est la dernière fois que vous le voyez ! [oui je vous le remets parce que c’est tellement improbable, comment s’en lasser ?] [d’ailleurs elle aussi elle se serait passée de cette première fois]
_Très bien monsieur.
_Pour 7€ vous êtes même pas foutue de rembourser !
_C’est pas une question de montant. C’est la règle, c’est la même pour tout le monde, il n’y a pas de raison qu’on vous rembourse quand on a dit non à d’autres pour la même raison. »

Du coup, il a jeté son truc dans le mur.
Et non lecteur, tu ne te trompes pas. Un homme de 60/70 ans a donc choisi de jeter son truc dans le mur « pour le principe » parce qu’il « n’avait pas que ça à foutre d’appeler ». Voilà.

« Parfait. Comme ça le problème est réglé. Ni réparation, ni remboursement. Bonne journée monsieur. »

Le plus drôle, c’est que tout son cirque visait en partie à mettre les clients dans son camp. Mais comme aucun d’entre nous n’a réagi, comme il était visiblement agressif là où n’avions clairement rien fait, tous les clients nous ont soutenu. Au moins, pendant tout le temps qu’a duré sa crise, les clients ont été aimables avec nous, nous ont soutenu, souri, été polis. C’est cool. Enfin, d’un côté c’est agréable, de l’autre, c’est quand même dommage de constater qu’il faut qu’un vieux craque son slip et jette des trucs dans les murs pour qu’on soit considérés comme des êtres humains dignes de respect.

Non, ça ne serait pas compliqué.


Comme ça fait longtemps, vous avez le droit à deux chansons de la semaine, bande de veinards !

Ce que j’écoute pour me motiver d’aller au taf à 5h du mat :

Ce que j’ai dans la tête pendant ce genre de scène :

 

4h12 Monster Time

Tic tac
Monster time
Hide yourself
Hide your scars
Don’t breathe
Don’t say a word
They’ll find you anyway
They’ll always find you

Tic tac
Monster attak
Watch for your feet
Watch for your breathe
They can smell fear
They can smell blood
For they are fear and blood
For you are nothing but fear and blood

Tic tac
Monster’s back
Hear the sound
Hear the crack
Hear the laugh
Hear the scream
Hear the tear
But where the hell are you ?

Tic tac
Monster’s right
Where are your pride ?
Where is your name ?
Where’s your shadow ?
Where’s your past ?
Where are your words ?
Where the hell are you ?

Tic tac
Monster time
You can’t wake up
You can’t end it up
You can’t move
Night is not over
Until monters are back under the bed
You’re nothing but fear and blood…

Home sweet home… [English version]

Epica – Sancta Terra

I want to go home…

In the middle of the noise, someone wanted to go home. In the middle of what was once his village, the man wish he could go home, but only ashes remain. The screaming, the tears… The man was tired. How many times will he have to rebuild everything again ? How many times will he have to start from scratch again ? His house is in ashes in the middle of the white noise, this nagging background noise which remains days and days after the fear, this nagging background nose which becomes the fear itself. The man watches the ruins, he doesn’t try to think. His mechanical arms are already working on the emergencies. The habit is merciless, after the bombs, after the shot, after the fear to die, pick up what can be picked up, rebuild one more time, hope it’s for the last time. The man is sad, but he doens’t know how to do otherwise. His house is in the middle of the ashes, his house is nothing more than ashes now, but it’s still his home. He knows that under the ashes, under the nagging noise et beyond the deadly habit, his home is still here. He hopes that time will bring it back to him. He hopes the day where he will not have the strength or the will to hope will never come. He hangs on to this simple idea : maybe one day, the madness will stop, the ashes will scatter, the noise will become music et his home will appear from the ruins of his house.

I want to go home…

In the middle of the crowd that squeezes together to get some warmth, in the middle of the camps which never ends being built and rebuilt again, the woman wish she could go home. The time to pray for the end of the madness is gone and forgotten. Its last day was when surviving worths more than a home.  She has insisted. Her family under one arm, a compass in her hand, she followed the hordes to a safer future, if a better one was impossible. They left everything behind. During the travel, they left little by little the few things they brought. During the travel, she sowed her home to the winds, hoping a breeze would bring her back some pieces of it. She doesn’t know the name of the country where they stopped. She forces herself to be happy to be alive. Some didn’t even survived the travel. Some should have never left their house. Sometimes, in the middle of the gates and the improvised houses, she regrets to have left. What does she think she will find over there ? She doesn’t really know anymore. She wish she could go home, but she already can’t remember very well where it was. Between there where she should have died, and here where she wants to die, her hearts can’t decide. She must still hope that somewhere there is still a home for her.

I want to go home…

In the middle of the disenchantments and the pieces of dreams, in the middle of the futures that are closing one after another, he wants to go home. He doesn’t know anymore. The man can’t recognise his country anymore. The man doesn’t recognise the world where he grew up. He keeps telling himself he’s lucky. His house still stands. His house is not threatened. He doesn’t risk to die anytime he goes out. He eats when he’s hungry. He sleeps under a roof. He has an address where he can come back, the same address that figures on his ID. Even though, the man doesn’t feel home. The emptiness is huge. He can feel it in his belly, he can feel it in his lungs. Useless. It’s the first word that comes to his mind when he sees himself in the mirror. His life is easy, meaningless, he has no point. His absence would not change a thing to the world. The man wants to go home but he doesn’t know where it is… He tried, but everytime, he went back to the landing point and it burnt his wings. The man is useless, he’s an item that can be changed with any other item among a lot more items. The man can’t do it anymore. The man doesn’t know how to move on. The man wish he could go home when everything shows him he owns a house. So why can he never go home ?

I want to go home…

In the middle of the news that always tell the same, in the middle of shooting broadcasted live and in several languages, she wants to go home. She’s looking for a reason to get up. Once again the shots. It could have been her. The feeling is tough, so tough it cuts her breath. It could have been her in this gay club, not so long ago, she was hanging up in places like that. It could have been her on this square, she loves fireworks so much. It could have been her daughter, after all she’s been through to become a mother. She can’t move of her sofa anymore. Her house doesn’t comfort her anymore. The walls are too thin, the world is too heavy. It could have been her. The thought is getting so strong that she doesn’t feel home anymore. The thought kicked her out of her home. The thought broke her completely. It could have been her. It still can be her. She doesn’t know anymore if she must be happy to be here, alive, on the sofa, watching the corpses falling et the shot running everywhere, or if she must cry for being obliged to watch the deadly show. It could have been her. And now, she will never really feel home anymore.

I want to go home….

In the middle of the world that’s freaking out, in the middle of the question with no answer, he wants to go home, but for the moment, he just tries to find his way. The man is still trying. One thing after another. He cut himwelf from the rest of the world. He has no idea of what’s going on in the world. He just has a blurry picture. This is how he protects himself. He can be seen as selfish, but the man follows his way. He listens to the stories he meets, he smiles to the people he discovers. During his travel, the draws all the pieces of happiness he can find. He immortalised those moments doomed to pass away if we don’t care enough. He wish we remembered nature. The man wish we seeked for the light. The man draws again and again to hide the darkness that are slowly eating his brain. The man can’t forget what he saw. He will always wonder if it’s fault. The man can’t really fix himself. The man wants to go home, but he knows he probably will never be allowed to do so. He rather not hope anymore. But sometimes, despair is too strong : the man wish he could go home. He comes to think the world is unfair : he gave so much, but he’s still not allowed to come back home.

I want to go home…

In this world where everyone is looking for his cat, the grass always seen greener everywhere else. Stories get mixed, lines get blurry, and the hierarchy of the worst softly break every souls in its spirals.

And while we’re killing each other, while we seek for a way to pay the bills, while we fight to give smiles, while we fight our own inner demons, while we run from the dead bodies, while we mourn them, while we fear them, or just while we look for a place in the world, I try to explain to twelve years old kid…

« You see, in English, you can’t say « I buy a home », because in English, there is two words to say « maison » : « house » and « home ». A house is building, it’s the walls and the roof. But a home, it’s where you belong, where you feel safe and you wanna come back. So, you can buy a house, but you can’t buy a home, it’s not possible in English. »

In the middle of nowhere, on my way back, I think the tears will come faster than the bus 52, terminus Villejean-Université on Sunday and hollidays.

Home sweet home…

Epica – Sancta Terra

Je voudrais rentrer chez moi…

Au milieu du bruit, quelqu’un voulait rentrer chez lui. Au milieu des ruines de ce qui fut un jour son village, l’homme voudrait rentrer, mais il ne restait que des cendres. Les hurlements, les larmes… L’homme est fatigué. Combien de fois encore reconstruire ? Combien de fois encore recommencer à zéro ? Sa maison en cendres au milieu du bruit blanc, ce bruit de fond lancinant qui reste longtemps après la peur, ce bruit de fond incessant qui devient la peur elle-même. Il regarde les débris, il ne cherche pas à réfléchir. Ses bras mécaniques opèrent déjà les opérations d’urgence. L’habitue est sans pitié, après les bombes, après les coups, après la peur de mourir, ramasser ce qui peut l’être, reconstruire encore une fois, espérer pour la dernière fois. L’homme est triste, mais il ne voit pas comment faire autrement. Sa maison est au milieu des cendres, sa maison n’est plus que cendres, mais ça reste chez lui ici. Il sait que sous les cendres, sous le bruit lancinant et derrière l’habitude mortelle, son chez lui est encore. Il espère que le temps lui ramènera. Il espère que n’arrivera jamais le jour où il n’aura plus ni la force ni l’énergie d’espérer. Il s’accroche à cette simple idée : un jour peut-être, la folie va s’arrêter, les cendres s’éparpilleront, le bruit laissera place à la musique, et son chez lui alors apparaîtra au grand jour des décombres de sa maison.

Je voudrais rentrer chez moi…

Au milieu de la foule qui se serre pour se tenir chaud, au milieu des camps qui n’en finissent pas de se construire pour mieux se déconstruire, la femme voudrait rentrer. Il est passé oublié le temps d’espérer que la folie s’arrête. Il a fini par le jour où il valait mieux survivre que rester chez soi. Elle a insisté. La famille sous le bras, la boussole à la main, elle a suivi les cohortes vers un avenir plus sûr, à défaut d’être meilleur. Ils ont tous laissé en arrière. En route, ils ont abandonné petit à petit le peu qu’ils avaient emmené. Sur la route, elle a semé sa maison aux quatre vents, espérant qu’une brise un jour lui en ramène un morceau. Elle ne connaît pas le nom du pays où ils se sont arrêtés. Elle se force à sourire d’être en vie. Certains n’ont survécu à la traversée. Certains n’auraient jamais dû quitter leur maison. Parfois, au milieu des grilles et des logements de fortune, elle regrette d’être partie. Qu’espère-t-elle trouver là-bas ? Elle ne sait plus très bien. Elle voudrait rentrer chez elle, mais déjà elle ne sait plus très bien où c’est. Entre là-bas où elle aurait dû mourir, et ici où elle voudrait mourir, son coeur balance. Il faut pourtant continuer d’espérer que quelque part encore il lui reste un chez elle.

Je voudrais rentrer chez moi…

Au milieu des désillusions et des bris de rêves, au milieu des avenirs qui se ferment les uns après les autres, il voudrait rentrer chez lui. Il ne sait plus. L’homme ne reconnaît plus son pays. L’homme ne reconnaît plus le monde dans lequel il a grandi. Il se répète qu’il a de la chance. Sa maison a lui, elle tient encore debout. Sa maison à lui n’est pas menacée. Il ne risque pas la mort à chaque fois qu’il sort. Il mange à sa faim. Il dort au chaud. Il y a une adresse où il peut rentrer, la même que sur sa carte d’identité. Pourtant l’homme n’est pas chez lui. Le vide est immense. Il le sent dans son ventre, il le sent dans ses poumons. Inutile. C’est le premier mot auquel pense l’homme quand il se voit dans le miroir. Sa vie est facile, dépourvue de sens, il ne sert à rien. Son absence ne changerait rien à l’état du monde. L’homme voudrait rentrer chez lui mais n’a pas la moindre idée d’où le trouver… Il a essayé, mais à chaque fois le retour à la case départ lui a brûlé les ailes. L’homme ne sert à rien, il est une pièce, un élément interchangeable parmi tant d’autres. L’homme n’y arrive plus. L’homme ne sait plus comment avancer. L’homme voudrait rentrer chez lui alors même que tout lui prouve qu’il est bien détenteur d’une maison. Alors pourquoi l’homme jamais n’arrive à rentrer chez lui ?

Je voudrais rentrer chez moi…

Au milieu des JTs qui se répètent, au milieu des tueries retransmises en direct et en multilingue à la télé, elle voudrait rentrer chez elle et cherche une raison de se lever. Encore une fois les coups de feu. Ça aurait pu être elle. Le sentiment est implacable, tellement qu’il lui coupe la respiration. Ça aurait pu être elle au milieu de la boîte gay, il n’y a pas si longtemps, elle traînait encore tous les week-ends dans ce genre d’endroits. Ça aurait pu être elle au milieu de la place, elle qui aime tellement les feux d’artifice. Ça aurait pu être sa fille, après toutes les luttes pour enfin de venir mère. Elle ne peut plus bouger de son canapé. Sa maison pourtant jamais ne la rassure. Les murs sont trop fins, le monde trop lourd. Ça aurait pu être elle. La pensée devient tellement forte qu’elle n’est plus chez elle. La pensée l’a chassée de son foyer. La pensée l’a broyée toute entière. Ça aurait pu être elle. Ça peut encore être elle. Elle ne sait plus s’il faut se réjouir d’être là sur le canapé à contempler les corps qui tombent et les coups qui partent, ou s’il faut pleurer de devoir assister au spectacle. Ça aurait pu être elle. Et maintenant, elle ne sera plus jamais vraiment chez elle.

Je voudrais rentrer chez moi….

Au milieu du monde qui s’affole et panique, au milieu des questions sans réponse, il cherche à rentrer chez lui, mais en attendant, il veut simplement à mener sa barque. L’homme tente encore. Une chose et puis une autre. Il s’est coupé du monde extérieur. L’homme n’a aucune idée de ce qui se passe dans le monde dans le détail. Il n’en a qu’une image très vague. C’est sa façon de se protéger. On aurait pu le dire égoïste, pourtant l’homme suit son chemin. Il écoute les histoires qu’il croise, il sourit aux gens qu’il découvre. Sur la route de son voyage il dessine tous les fragments de bonheur qu’il peut trouver. Il éternise ces moments condamnés à passer si on ne fait pas attention. Il voudrait qu’on se souvienne de la nature. L’homme voudrait qu’on cherche la lumière. L’homme la dessine encore et toujours pour cacher les ténèbres qui lui grignotent la tête. L’homme n’arrive pas à oublier ce qu’il a pu voir. L’homme se demandera toujours si c’était sa faute. L’homme ne peut pas vraiment se réparer. L’homme voudrait rentrer chez lui, mais il sait qu’il n’y aura sans doute jamais vraiment droit. Il se dit qu’il préfère ne plus espérer. Mais il arrive que le désespoir soit trop fort : l’homme voudrait rentrer chez lui. L’homme trouve alors le monde injuste : lui qui a tant donné, il ne comprend pas pourquoi il n’arrive jamais à rentrer…

Je voudrais rentrer chez moi…

Au pays où chacun cherche son chat, l’herbe est toujours plus verte ailleurs. Les histoires se croisent, les lignes se brouillent, et la hiérarchie du pire brisent tendrement les consciences dans ses méandres.

Et pendant ce temps-là, pendant qu’on s’entretue, pendant qu’on cherche à payer les factures, pendant qu’on lutte pour offrir des sourires, pendant qu’on combat ses démons intérieurs, pendant qu’on fuit les morts, pendant qu’on les pleure, pendant qu’on les craint, ou simplement quand on cherche sa place dans le monde, j’explique à un gamin de douze ans…

« Tu vois, en anglais on ne peut pas dire « I buy a home », parce qu’en anglais il y a deux mots pour dire maison : « house » et « home ». House, c’est le bâtiment, les murs et le toit si tu veux. Home par contre, c’est plutôt l’idée de se sentir chez soi, d’avoir un endroit où rentrer. Du coup, on peut acheter « a house » mais on ne peut pas acheter « a home », ça ne marche pas. »

Sur la route du retour au milieu de nulle part, je me dis que les larmes viendront plus vite que le bus 52, terminus Villejean-Université les dimanches et jours féries.

4h16 Alarme

Rotting Christ – Ze Nigmar

Quelque chose comme une conscience fracassée colle au mur. On peut entendre les morceaux sécher, s’incruster à la tapisserie. Le temps va passer et bientôt ça sera comme si c’était normal. Comme s’ils avaient toujours été là. On sent déjà le goût du sang se fondre au fond de la gorge. Une habitude. Vieille habitude. Et les habitudes ont la dent dure.

Parce que l’alarme a à peine commencé à retentir que le monstre aux dents d’acier sourit déjà de toute salive au dessus des consciences encore en vie.
On a retrouvé son nom dans la poubelle mais impossible de savoir laquelle c’était. Peut-être que c’était elle la vraie, la seule l’unique. Sauf qu’il n’y a pas d’unique. Photocopie falsifiée, traçabilité incertaine. Que quelqu’un mette le feu aux ordures maintenant.
Le sourire s’agrandit. Son haleine envahit déjà toute la pièce étouffant ceux qui avaient pris possession des réserves d’air restantes. La bestiole en tremble déjà : quelqu’un devra bien mourir ce soir, les monstres ne sortent pas repartir les mains vides. La conscience fracassée au mur comme autant de rappels de ce qui aurait dû être.

Seulement voilà, comment faire quand les dents sont déjà plantées bien au fond de la gorge ? D’un côté l’immobilité, et dans ce cas lentement mais sûrement sentir les dents broyer les os, écraser les muscles, désosser la pensée, jusqu’à enfin s’éteindre. De l’autre la fuite, et alors sentir la peau se déchirer céder sous la pression, voir le sang se répandre au plafond et la conscience se fracasser au mur. Choisir vite et bien. Entre la peste et le choléras retrouver la mémoire des échappatoires oubliées.
Sauf que tu peux pas crever connasse. 

Au fond de la poubelle le nom a déjà perdu sa couleur et ses accents. Il ne reste déjà plus rien. Laquelle est la bonne ? Le sourire toujours plus grand découvre des dents démesurées de jour en jour. Alors maintenant quoi ? L’alarme retentit, les monstres sont sortis et de ce fait quelqu’un devra bien mourir ce soir. La nuit s’épaissit encore. La bestiole se déforme à chercher de l’air qui n’a jamais existé ailleurs que dans sa tête. La conscience fracassée sur le mur refuse cette nuit encore de divulguer ses secrets. Alors cette nuit encore, chercher la sortie à l’aveugle, la tête la première au fond de la bassine d’eau…
Elle a dit j’ai mal j’ai mal j’ai mal j’ai mal, on voit bien que les mots lui arrachent la gorge, mais il faut bien que quelqu’un le s crache. Il faudra bien que quelqu’un se décide à mourir une bonne fois pour toute.

Au moins, maintenant, on sait où sont les oeufs.

Mais quoi, mais qu’est-ce qui se passe ? Est-ce bien réel ? Mais oui ! Je suis d’ores et déjà de retour, une semaine à peine après le premier article de la saison… Que voulez-vous… je suis sensée ne pas avoir le temps d’écrire, du coup forcément je fais quasi que ça, et il faut bien avouer que cette réouverture me donne moult à raconter… Alors sans plus de préambule, c’est parti pour cette deuxième semaine !

Histoire de commencer la semaine par le début… (« moi quand je me rends compte que… demain c’est lundi ! »)

Et pendant cette semaine, je me suis dit que monsieur Lidl, il doit rêver du client parfait dans des conditions de travail parfaites. Ou alors il est très con. Ou alors comme il n’a jamais été sur le terrain il n’a aucune idée de ce que sont des « conditions de travail parfaites », du coup il fait un peu n’importe quoi. Souvent, quand on m’explique les procédures que je suis sensée suivre, je regarde mes responsables avec un oeil mi navré mi amusé mi désespéré. On a des nouvelles caisses. Youhou. Alors moi quand on m’a dit ça j’espérais… un système plus facile pour les annulations… pouvoir proposer le paiement en plusieurs cartes… déduire les retours des courses plutôt que devoir faire un remboursement… Mais en fait, on nous a juste remplacé les claviers blancs par des claviers noirs. Bon ok, il faut avouer que ça se salit quand même beaucoup moins vite. Ha et y a des touches dessus qui ne marchent plus, genre celles des sacs. Donc maintenant, au lieu d’appuyer sur un bouton pour ajouter un sac, il faut se faire chier à le scanner. Joie bonheur et coup de cutter. Qui a dit perte de temps indice de prod dans le cul ? Pas monsieur Lidl bien sûr ! Car c’est vrai qu’avec les anciennes caisses, on se galérait à regarder dans les caddies, il fallait passer par dessus et faire de la gym peu élégante. Alors non, a dit monsieur Lidl, je ne vais pas exploiter mes salariés de la sorte ! Les caisses sont maintenant beaucoup plus grandes, en fait, ce sont des doubles caisses. En gros, il y a deux petits chemins pour déposer les courses des clients (histoire que client A puisse finir de ranger tranquillement pendant qu’on encaisse client B le tout sans que les articles ne se mélangent). Et pour pouvoir voir dans le caddie, vue que tout ça c’est beaucoup plus large et qu’il est moins facile de sortir de caisse, monsieur Lidl a tout prévu ! Il a placé sur la porte de l’autre caisse un miroir dans lequel se reflète le caddie et son contenu. Alors attendez il faut limite que j’aille tirer au sort pour voir par où je commence ma diatribe assassine… Mais commençons donc par le miroir ! Mais oui ! C’est vrai que c’est une bonne idée, c’est pratique. On voit plutôt bien, on emmerde plus les clients, on ne se tord pas le dos, j’avoue c’est cool. Simplement… le client est fourbe, et des fois il se met entre le miroir et son caddie. Putain mais c’est bien sûr ! Mon dieu mais comment aurait-on pu y penser ! Et bien je ne sais pas moi, en supposant peut-être que le client n’est pas soumis à l’optimisation du moindre de ses faits et ses gestes, battements de paupière et envie de pisser comprises, et que du coup des fois il accompagne son caddie plus qu’il ne pousse ou alors fait des trucs bizarres avec son caddie tout simplement… On parle quand même pas d’un truc exceptionnel… genre, un client sur deux ne pousse pas son caddie…ce que tu sais quand tu sors de ton bureau. Sans compter que je dois quand même maintenir certaines procédures, du genre, vérifier les cartons de vin. Avec l’ancien système, je pouvais facilement sortir de ma caisse pour venir voir directement dans le caddie si le client avait du mal à le sortir (ou rechignait trop), parce que faut quand même dire qu’on a pas mal de petits vieux. Mais avec ces nouvelles caisses, je dois sortir par derrière et faire le tour de toute la caisse, ajoute à ça que si la caisse derrière moi est ouverte, je dois aussi les éviter. En bref, je perds bien deux minutes juste pour cette procédure… Ou alors, je dois passer par dessus ma caisse. Si le client est en forme, il me pose son carton sur la caisse et je peux vérifier sans soucis. Mais les petits vieux vont me le soulever sur les bords du caddie (d’une main qui plus est, ce qui me laisse le temps de paniquer sur la solidité du carton), du coup, je dois me mettre en appui sur ma caisse pour voir par dessus (et au passage m’exploser l’utérus sur mon caisson ce qui est bonheur quand t’as tes règles…)(tes règles traînent à se déclencher ? explose toi les ovaires sur une caisse de lidl ! efficacité prouvée !). Donc au final, retour à la gym ridicule et à la fatigue gratuite. Joie bonheur et mal au coeur.

Mais restons donc en caisse voyons ! Parce que monsieur Lidl ne s’est pas arrêté là dans les innovations ! Maintenant, on se ramène avec un caisson ET un « counter cash », comprendre une grosse boîte en metal qu’on ajoute en caisse. Dedans, on doit mettre : chèques, factures, retours, billets de 20, 50 et 100. Selon lui, c’est super parce que comme ça, on en a moins dans notre caisson, ce qui tente moins les gens quand il s’ouvre, et limite la perte en cas de braquage car nous n’avons pas accès à la clé de ce bousin. Si je dois avouer qu’au bout de sept heures de caisses, j’aime pas trop la masse qu’il y a dans mon caisson (je suis déjà montée à trois fois mon salaire en liquide dans ma caisse en fin de journée) et que donc c’est pas complètement une mauvaise idée, il nous faut conclure que c’est à nouveau une bonne grosse idée de merde qui ne correspond en rien à la réalité du terrain. D’une part, il rajoute au moins cinq minutes de temps au moment de compter ta caisse. Ah bah oui, parce qu’avant, quand tout allait dans ton caisson, tu triais tout bien. Le soir, tu n’avais plus qu’à peser les petits paquets. Là, il faut trier le tout, refaire les petits paquets, et les compter. Et si tu ajoutes qu’en plus, on n’a toujours pas de balance correctement calibrée ou connectée à l’ordinateur, faire ton caisson en ce moment, c’est un peu un sport. Près de dix minutes par caisson, alors que si tout est bon, cinq suffisent amplement. Encore une fois, ça n’a l’air de rien, mais si tu ajoutes que parfois, on peut être jusqu’à 5 caissiers à devoir compter leur caisse, on arrive à presque une heure juste pour compter les caisses (oui parce que sur 5 y aura forcément un bug, un ticket de retour qui s’est perdu ou un rouleau de monnaie oublié dans le fond du caisson). ENJOY. Je la sens bien la saison je la sens bien. Joie bonheur et remets les compteurs à 0.

« Mais attends, tu râles alors que c’est pour ta sécurité ! » Mais oui, parce que l’argument de monsieur Lidl c’est ça : en cas bracage, on risque moins (et lui risque de perdre moins d’argent)(surtout). Alors oui… mais non en vrai. Non parce que ça peut s’arracher ce truc. Et une fois rendu chez toi, tu peux le défoncer sans trop de soucis. Enfin en tout cas, je pense que si tu en es rendu à braquer un lidl de jour, tu peux bien trouver le moyen de défoncer une grosse boîte en métal… Bref, monsieur Lidl, il est gentil, mais quand il nous pond ses procédures, tu sens bien qu’il a autant connaissance du terrain qu’un statisticien de l’INSEE croisé avec un scientifique en labo stérilisé : dans un monde parfait, ça fonctionnerait, sauf que le monde n’est pas parfait. Ni stérilisé d’ailleurs.

Quand rappeler que le magasin a ouvert y a une semaine devient un running gag. (« Je déteste les corvées ménagères ! Tu fais le lit, la vaisselle… et puis 6 mois après il faut tout recommencer ! »)

Pendant ce temps-là, au téléphone :

_Coraline, c’est papa.
_oui oui.
_Ta mère est là ?
_ nope.
_Ha. Parce que je vais faire des courses là. Tu sais s’il faut des choses.
_Non.
_Mais, tu sers à rien en fait !
_Bah je suis universitaire quand même…
_Ouais remarque je suis éduc spé…
_oui donc pour la productivité tu repasseras !


D’ailleurs, monsieur Lidl, il n’as pas trop bien saisi la notion de conditions de travail parfaites… Dès le premier jour, on a galéré avec la balance. Si vous n’avez jamais manié de l’argent en grande surface, voici comment on compte une caisse : on programme une balance pour qu’elle connaisse le poids de chaque sort de pièces et de chaque billets, on pèse ensuite chacun leur tour les petits godets de pièces, elle calcule le poids et à partir de là te dit combien tu as dans ton caisson. Ensuite on envoie à l’ordinateur qui compare avec ce que la caisse a enregistré et si oui ou non il y a écart. Avant, on râlait parce que la balance se faisait vieille et était affreusement lente. La nouvelle va vite, c’est cool. Mais elle est hyper mal calibrée. Genre, y a eu des jours, où on a dû tout recompté à la main. Mais genre, vraiment, tout. Pièces comprises. On pétait juste des gros putains de câbles. Ensuite y a eu du mieux, fallait juste compter les billets. Ensuite il fallait trier les anciens et les nouveaux billets de 10 et de 20 et les peser à part. Au bout d’une semaine et demi d’ouverture : la connexion entre la balance et l’ordinateur ne se fait toujours pas, donc il faut toujours rentrer le nombre de billets à la main dans l’ordinateur. Après avoir trié le merdier contenu dans le counter cash bien sûr. En bref, après une semaine et demi, on n’a toujours pas vraiment pu montrer et expliquer aux saisonniers comment faire leur caisson le soir parce que tout déconne tout le temps et qu’il faut toujours improviser et qu’on n’a pas le temps d’expliquer comment les responsables bricolent l’ordi et leur caisson pour arriver à bout du bordel. Ce qui est nuisible pour tout le monde : parce que si ça dure, ça pourrait être bien qu’ils comprennent afin de gagner du temps, mais pour comprendre comment on gère en cas de merdier, il aurait fallu expliquer en situation normale (dans un monde parfait et stérilisé), ce que nous n’avons toujours pas eu. Du coup, ils ne sont pas responsabilisés ni autonomisés, et en plus ils sentent perdus et incapables. Et plus la situation va durer, plus ça sera dur de les faire revenir sur une situation normale où ils doivent faire, plus il sera difficile de trouver le temps de leur expliquer la situation normale et leur rôle dedans, et plus il faudra continuer de faire pour eux, ce qui créera des tensions supplémentaires entre les saisonniers et l’équipe à l’année… un peu comme l’année dernière, mais avec un potentiel de pire assez impressionnant. (oui je suis très optimiste, comme vous le savez)

Mais on ne va pas s’arrêter en si bon chemin ! Car en une semaine et demi d’ouverture, on a eu presque une surprise empoisonnée par jour ! Tellement tellement de fun… On a eu les alarmes qui ne sont pas tombées en panne, mais marchaient beaucoup trop bien. On n’arrivait plus à les arrêter, ce qui était joie bonheur et broyeur à tympans. D’ailleurs, j’ai l’impression qu’ils nous les ont faites beaucoup plus aigües, et plus longues. Un vrai régal pour les mélomanes ! Par la suite, ce sont les caisses qui ont commencé à déconner. Nous avons déjà une caisse en panne ! Ce qui est génial. Ou pas. Parce que l’une des idées géniales de monsieur Lidl (non mais vraiment, mec, arrête d’avoir des idées, arrête de nous aider tu nous aides pas…), ça a été de créer des caisses carte bleu seulement. Génial. Dans un magasin dont le principe de base c’est l’ouverture de caisse en fonction de l’affluence, t’as pas intérêt de foirer ton ordre des caisses en fonction des horaires des collègues ! Parce que si t’as que deux caisses ouvertes donc une carte bleue seulement, je te raconte pas le merdier alors que papy vide son porte monnaie pendant que mamy te redemande encore si elle doit remplir son chèque… Donc je récapitule, en semaine 2, nous avons : 7 caisses dont 2 carte bleue seulement et une en panne. Brillant. Ha et vous vous rappelez des systèmes de numéros de caisse vert ou rouge pour l’ouverture ou la fermeture ? Et bien on en a une qui ne peut plus fermer ! Elle ne passe pas plus au rouge… Alors, c’est pas comme si de toute façon ça servait pour fermer ta caisse : les gens s’en foutent. J’ai eu un grand débat là-dessus avec une cliente qui croyait dur comme fer que le petit panneau en bout de caisse, ça marchait mieux. Alors, faisons un rapide détour pour démystifier ça. Comment le dire simplement… non. non. non. et RE NON ! Aucune différence. Statistiquement y autant de gens qui ne remarquent pas le panneau que de gens qui ne font pas attention à la couleur de la lumière. Pire, le panneau me donnait encore plus envie de les fracasser vu que certaines le voyaient clairement puisqu’ils le mettaient de côté, ou s’en servaient comme séparation. Que je sois cliente ou caissière, le fait que les gens ne regardent pas si la caisse est ouverte, il regarde s’il y a quelqu’un. Fin. Donc j’aimerais qu’on arrête de me dire que le panneau c’était mieux, ça ne l’était pas, ça ne réglait pas le problème de base : à force de faire croire au client qu’il était roi, il a fini par le croire.

Donc revenons à nos moutons… Cette caisse ne peut plus fermer, et encore mieux, tu ne peux plus appeler à ouvrir d’autres caisses. En gros, quand tu veux ouvrir une autre caisse, tu as un petit panneau où tu appuies sur le numéro de la caisse que tu veux ouvrir. C’est simple et pratique. Sauf que quand ça marche pas… il te faut sortir de caisse et aller appuyer sur les boutons d’une autre caisse pour que ça marche. Joie bonheur et télégrapheur… Depuis, il a aussi fallu ajouter : une panne de clim, les toilettes des employés condamnées car elles fuyaient devant la boulangerie, deux lettres du mot viennoiserie qui sont tombées, la ligne des TPE cartes et chèques qui déconnent à tout va. Et bien sûr la moitié des frigos en panne.

Quand mes responsables commencent à se dire qu’il va falloir me sortir de caisse avant que je ne morde un client à la jugulaire… (« non humain, je ne vais pas te briser le coeur, tu n’en as qu’un. Par contre, tes os… tu en as 206… »)

Pendant ce temps-là, dans ma chambre qui me sert de bureau…

Bon Gribouille… Ma directrice de thèse m’a dit de faire attention à l’effet récitation, qu’il faut que je travaille mon adresse. Comme Rambo n’est pas là, je te propose de me servir de cobaye. Je m’en vais donc te raconter ma thèse, tu vas voir c’est génial ! [je fais mon oral 2-3 fois] Gribouille… le froncement de moustaches, c’était clair, le retournement dans ton sommeil aussi… mais j’avoue avoir plus de mal à saisir ce que tu veux dire par ce léchage intensif d’anus. T’as qu’à le dire si ça t’emmerde ce que je raconte ! [le chat se barre] Mouhhaaaaaaahou ! Mouwaoooou ! Ce que nous pouvons traduire par « hé hé hé, j’ai ramené du manger ! regarde c’est moi qui l’ait attrapé ! » Gribouille, ta gueule. T’en avais rien à foutre de ma thèse, alors moi, j’en ai rien à foutre de ta souris. Na. 


Je mets les frigos en dernier parce qu’ils vont pouvoir me servir de merveilleuse transition avec votre partie préférée : les clients. L’autre jour, j’étais d’après-midi. D’habitude, je demande aux collègues s’il y a des choses à savoir (genre… des bugs, des trucs qui marchent pas comme il faudrait, etc), mais comme en ce moment tout le monde est en impro et en surcharge de boulot, pas toujours possible en ce moment. Je suis donc arrivée en caisse, et ça faisait pas vingt minutes que j’avais commencé à travailler qu’un mec se plante devant moi :

« Pourquoi les frigos sont complètement vides ?! Y pas de fromage !
_[n’ai pas la réponse à ce moment, je réfléchis aux raisons possibles] Je viens d’arriver, mais j’imagine qu’il s’agit soit d’une rupture, soit d’une erreur de livraison, soit d’une panne. Si vous dîtes qu’il n’y a plus de fromage du tout je pencherai plutôt pour une panne.
_C’est pas une réponse ! Je veux savoir pourquoi, vous devez me dire pourquoi.
_[comme j’ai pas envie de me faire engueuler dès le début et que j’ai la naïveté de croire que répondre à la question me donnera la paix, je contacte mes collègues via le micro, celles-ci me confirment le scénario de la panne] Mes collègues me confirment bien qu’il s’agit d’une panne. Nous sommes désolés pour la gène occasionnée…
_Et pourquoi c’est pas affiché ??! Vous devez l’afficher ! on a le droit de savoir !
_[en fait il me gonfle] Parce que j’imagine qu’elles avaient autre chose à faire, comme chercher une solution au problème. Et puis je ne comprends pas ce que ça change pour vous, ça ne règle pas votre problème qui est de ne pas avoir de fromage.
_On a le droit de savoir, vous devez informer la clientèle ! C’est votre boulot. »

Non. Mon boulot consiste à ne pas t’éclater mon caisson en fonte sur le coin de la gueule. Encore une fois, l’écrit polit tout, mais il faut bien vous dire que le mec était tellement violent et agressif dans ses propos avec moi que les trois clients suivants ont tenu à s’excuser et me dire des choses gentilles pour compenser. Comme quoi il n’avait pas à me parler comme ça, qu’il y avait pire dans la vie, que eux avaient trouvé du fromage ailleurs, et puis voilà j’y suis pour rien, ni moi ni mes collègues. Pour que trois clients non concernés prennent ma défense, c’est vous dire l’agressivité du mec, qui oscillait soit entre théorie du complot, soit l’habituel mec qui a envie de se défouler sur ta gueule. J’hésite.

Je vous parlais d’une petite vieille et son concombre imaginaire… La semaine dernière, une petite vieille passe à ma caisse avec quelques 5-6 articles. Elle fout le tout dans son sac et s’en va. Elle revient plus tard, son sac vide flottant derrière elle et me brandit son ticket :

« Vous m’avez compte un concombre ! Mais moi j’avais pas de concombre !
_Euh… c’est possible madame, mais là je ne peux rien faire, je ne peux pas vérifier ni rien…
_Mais enfin je vous dis que j’avais pas de concombre.
_Je comprends bien mais là je n’ai aucun moyen de le vérifier…
_Enfin regardez vous même ! [brandit son sac vide] »

Sur le moment je n’ai pas bien compris et j’ai tenu ma position. Elle est finalement repartie, son sac toujours flottant derrière elle. En y reréflichissant, je me suis demandée dans quel état était la pensée de la petite dame. S’il est possible que je me sois trompée (même si fort peu probable, le code du concombre faisant 3 chiffres et ne ressemblant à aucun autre code)(et comme je sais faire la différence entre une courgette et un concombre…), je ne pouvais malheureusement pas le voir. Mais qu’est-ce qu’elle essayait de me dire à brandir comme ça son sac vide sous mon nez ? Est-il possible qu’elle ait oublié une fois ses courses rangées dans sa voiture ? Bref, c’était très bizarre et très dérangeant comme situation et j’étais vraiment désolée pour cette petite dame : si erreur il y a eu, je ne pouvais pas la réparer, si soucis il y a, je ne peux que constater.

Quand je me dis que je vais enfin pouvoir prendre une pause… mais qu’en fait non. (« le téléphone du bureau ne sonne pas ? mange une bouchée ! »)

Mais remontons d’un cran en agressivité ! Je galère un peu dans le nouveau magasin. Comme j’ai passé mes deux semaines essentiellement en caisse, je n’ai pas pu tout bien repéré des nouvelles allées. Du coup, je n’ai pas encore complètement conscience de ce qu’on vend, ce qu’on ne vend plus, et où c’est. La seule différence, c’est sans doute que les oeufs doivent être beaucoup mieux rangés vu que maintenant plus personne ne me demande où ils sont. Par contre, les filtres à café ne sont plus avec le café… mais avec l’aluminium. On cherche encore la logique de ce truc (monsieur Lidl ? qu’est-ce t’as fait encore ?!). Bref, lors d’une de mes rares sorties de caisse, une bonne femme m’attrape et me demande si nous avons du lait frais. Je m’arrête un peu et contemple les frigos à la recherche des potentiels endroits où ils pourraient être si nous en avions. J’ai quand même bien conscience de ne pas pouvoir offrir une réponse définitive alors j’ai répondu ainsi : « Je crois que nous n’en avons plus. Je sais que nous en avions l’été dernier mais apparemment plus maintenant. _Non mais vous en avez eu tout l’hiver mais c’est pas possible ça ! ». Je vais donc ajouter le lait frais à la liste des aliments qui légitiment le fait de m’agresser (pour rappel, cette liste comporte déjà : le pastis, la sangria, les yaourts)(et on va bientôt ajouter les fleurs !)


Pendant ce temps, sur la voie de contournement :

mon frère : elle sert à rien cette route, ça m’énerve. Remarque c’était bien pratique pour t’emmener à l’hosto. 
_J’avoue.
_Tu veux pas te recouper à coups de cutter ?
_Ça va pas la tête ? M’a déjà fallu presque une semaine pour les convaincre de m’en filer un !
_Non mais tu vois y a un nouveau macdo qu’a ouvert pas loin de l’hosto alors faut pouvoir le tester en allant acheter des glaces pour attendre sur le parking de l’hôpital. 
_Et t’as besoin que je me coupe à 3cm de profondeur pour tester le macdo ? T’y es pas encore allé ?
_Si si. Mais faut tester dans ces circonstances ! C’est pas pareil !


Dans la série « il est beau votre magasin », je vais à nouveau vous donner l’impression que vos vies sont merveilleuses ! Cette semaine on change un peu, cette fois j’ai atterri dans une chanson des Rois de la Suède. Car est arrivé à ma caisse un mec très accroché à son smartphone en pleine conversation : « C’est magnifique ce qu’ils ont fait ! Faut absolument que tu viennes voir ! Il vaut le détour ce magasin ! » euh… Donc on est vraiment arrivé à ce moment où le magasin est un lieu qu’on visite ?? Je m’en veux d’insister mais… c’est un putain de truc pratique ! Le côté agréable c’est une stratégie marketing pour te faire cracher du pognon. Et pourquoi ça m’énerve ? Parce que c’est les mecs qui sont fiers de cracher du fric parce que monsieur Lidl a refait les peintures (d’ailleurs il a pas nettoyé les coulures sur le bois !) sont les mêmes qui attendent 10 minutes que la responsable que je suis vienne leur rembourser 14 centimes parce que le sac il passe pas au bon prix. Sérieusement, votre vie est-elle si affreuse que votre kif c’est visiter un magasin alimentaire ? Si merdique que vous préférez perdre 10 minutes de votre vie pour moins cher que le salaire d’un gamin chinois ? Putain… et lorsqu’il arrive à mon niveau, l’homme lâche son téléphone « je suis désolé, je suis au téléphone avec un ami, il est aussi fan de lidl que moi ! C’est limite une addiction au stade où on en est ! » Une addiction… à lidl… Oua. D’un seul coup je culpabilise beaucoup moins d’être sur le point de claquer 50€ pour retourner voir Epica en concert pour la cinquième fois… Joie bonheur et colimateur…

Et vous vous rappelez des sacs gratuits ? Bien. Parce qu’il va falloir arrêter de m’emmerder avec ces putains de sac ! Parce que j’ai encore eu une petite vieille pour réclamer « ça marchait comment les sacs en cadeaux ? Parce que moi je suis venue deux fois la semaine dernière et j’ai rien eu ». Et t’auras toujours rien parce que j’ai pas le droit de te filer un sac à l’oeil comme ça et parce que j’ai horreur de devoir répondre à des questions qu’on pose sans poser. Je fais exprès de pas les entendre. (oui si tu veux jouer au plus con avec moi, viens bien entraîné) Et toujours suite à l’ouverture, j’ai eu encore mieux que le « vous êtes contente de votre magasin », j’ai eu le droit à « vous êtes fière de votre magasin ? ». Sachez-le, j’ai un énorme défaut, en fait deux : je ne sais pas mentir, et quand on me pose une question, je réponds. Soyez donc sûr de vraiment vouloir la réponse quand vous me posez une question. Du coup, je me suis entendue répondre un sobre « non. » La nana m’a regardé avec des yeux outrés comme si j’avais dit un truc du genre « en fait moi je mange des enfants ». Alors soyons clairs, je ressens de la fierté pour les choses dont je suis responsable et qui étaient dures… Je suis fière de mon mémoire, mes romans, mes pièces, d’avoir pu aider mes amis dans des moments critiques, d’avoir fait progressé une élève dyslexique en anglais, à lidl d’avoir pu gérer quatre choses en même temps, d’avoir résolu un nouveau problème sans appeler mes collègues à l’aide, d’avoir réussi à trouver du temps pour réexpliquer calmement quelque chose  un saisonnier, de ne pas me mettre à hurler sur les clients alors qu’ils le mériteraient, de continuer à me lever le matin malgré les insomnies, etc. Mais la construction et la conception du lidl… bah j’y suis pour rien. Mais alors rien du tout. Alors en dégager de la fierté ? Je suis désolée, mais j’ai pas l’esprit d’entreprise. J’ai l’esprit d’équipe, mais d’entreprise, non. Macdo s’est chargé de m’en dégoûter complètement (toi aussi crève de soif au dessus d’une friteuse jusqu’à la limite du malaise pendant trois heures parce qu’il faut faire un meilleur CA que le macdo d’à côté y a concours, tu vois c’est pour motiver les gens. Connard.)  Je ne dégage donc aucune fierté à travailler dans un lidl tout neuf. Tout comme je ne ressens aucune culpabilité devant la panne des frigos ou les livraisons non effectuées : je ne suis pas responsable dans un cas comme dans l’autre. Que je sois là ou pas ne change rien, ces choses se seraient passées, et exactement pareil. Je n’ai donc ni fierté ni culpabilité à en éprouver. Je dois juste faire avec (ou sans quand on parle des frigos…)

Quand j’ai bien envie de suggérer une nouvelle campagne marketing hyper honnête. (« Promo du jour : acheter 2 pitas et payer pour les deux ! »)

Mais reparlons donc des promos qui passent pas ! Parce que je vous le rappelle, j’entube tout le monde. (ha bah faut poser le décor, et le client lidl est presque autant capable de nuances que moi à 3h du matin coincée entre une cuite à la bière et une violente déprime) La semaine dernière, nous avions donc des promos sur les fleurs. Un genre de double promo même. Deux bouquets achetés = un prix, et 50% sur ce prix-là. Je crois que je l’avais raconté la semaine dernière, mais j’ai eu le problème une première fois. Ma charmante responsable avait alors calculé à quel prix ces deux bouquets devaient être. Si bien que quand une seconde cliente est revenue, j’ai pu vérifié que son bouquet passait au bon prix, ce qui était bien le cas. Ma responsable avait pu mettre l’ordinateur à jour et tout était bon. Mais selon la cliente non. Je persiste et signe en lui disant que c’est bien à ce prix que sont sensées passer les fleurs, que ça a été vu avec ma responsable qui a calculé à la machine et vérifier dans la base de données que ça correspondait et que je ne pouvais donc rien faire. « Vous faîtes de la publicité mensongère ! C’est tout ce que vous faîtes ! Vous êtes pas foutue de calculer ! Putain j’aurais su je les aurais pas prises ! » Alors, rappel : sur internet, si c’est gratuit c’est toi le produit, dans la vie, si y a promo, t’es quand même le plus gros perdant de l’affaire. Lidl, au même titre que n’importe quelle grande surface, n’est pas une association caritative. Monsieur Lidl, il veut faire du chiffre, et il veut le faire vite. Un autre mot pour promo, c’est attrape-couillon. En vrai, à lidl, comme partout, les promos sont rarement des vrais promos. Et tout le monde le sait. Alors la chanson de la publicité mensongère, on ira la faire à quelqu’un d’autre… C’est un secret pour personne : il faut lire TOUTE l’étiquette et recalculer dans sa tête.

Hier, j’ai enfin compris pourquoi est-ce que si souvent on avait des soucis avec les promos à base de « – 20% ». Je suis appelée en caisse pour une promo qui ne s’est pas faite. Je vérifie en rayon et constate qu’il s’agit d’une promo à -20% du produit initial. Dans le micro, je demande à ma responsable si elle peut me calculer vite fait à combien le produit est sensé passer (je suis pas douée en math, je rappelle, je pourrais le calculer à la main, mais ça prendrait du temps). Il ne me restait donc qu’à calculer la différence pour pouvoir la rembourser. Quand j’arrive à la caisse du collègue, vu que je suis fatiguée, j’attrape un bout de papier et pose ma soustraction (t’as l’air con, mais au moins t’es sûr de pas te tromper). Mon collègue et la cliente se moque (ce qui fait toujours plaisir quand tu viens résoudre leur problème, au passage). J’annonce un remboursement de 54 centimes (ou un truc du genre) et commence ma manip. La cliente s’esclaffe alors que je me suis trompée (bah oui, vu que tu prends le temps de poser ton opération, on en déduit que tu es forcément une bille totale. Alors que non, c’est juste que contrairement aux mots, les chiffres ont une tendance maladive à se mélanger et se brouiller dans ma tête, mais une fois sur papier ils font à peu près ce que je veux). Elle attrape donc mon papier et recommence un truc sans rien expliquer de ce qu’elle fait, mon collègue, très aidant, en rajoute une couche en disant que lui non plus ne pensait pas à ce résultat. Alors qu’une minute plus tôt, lorsque je lui ai demandé une soustraction de tête il m’a regardé avec des yeux vitreux (donc bien le lol pour se moquer de moi et mon bout de papier après). Tandis que la cliente continue de poser son opération qui ne correspond à rien. Comme tout ce petit monde m’emmerde à me prendre pour une conne alors même que je suis sensée résoudre le soucis, je continue dans ma voix, sûre du prix donné par ma responsable (armée d’une calculatrice et plusieurs années de métier) et de mon bout de papier. Et en fait, je crois qu’ils n’ont pas du tout calculé la même chose que moi. Je crois qu’ils ne calculent jamais ce qu’il faudrait, parce que c’est récurrent. Certains semblent considérer que le montant de la réduction est en fait ce qu’ils doivent payer. D’autres se la jouent gros matheux mais sont en fait autant des billes que moi, sauf qu’ils ne veulent pas le reconnaître. Bref, je pense que je vais continuer sur cette stratégie : demander à ma responsable de vérifier à la calculatrice et poser mes soustractions sur papier si j’ai un doute. Comme ça, au pire, si on se plante, on se plante à deux. Joie bonheur et jets de fleurs.

Pour finir sur une note plus légère, je dirai simplement qu’au bout de six heures de caisse, mon cerveau a un peu de mal avec la fonction « pensée » et « à haute voix », ce qui peut parfois me mettre dans des situations délicates. Un couple passe à ma caisse. Au compteur, 5 gosses. Sauf qu’une a réussi à filer dès qu’elle en a eu l’occasion. Les parents paniquent un peu (mais pas trop) et la mère part à sa recherche en hurlant son prénom dans tout le magasin. Le père regarde de loin, la cliente suivante panique comme devant un direct de BFM depuis le Bataclan, le père revient du côté des caisses « c’est bon elle l’a retrouvée ». Je me dis tant mieux. La cliente de dire au père « cinq quand même c’est beaucoup, ça fait du travail ! ». La mère revient avec la fugueuse qu’on peut toute façon facilement retrouver au radar tant elle fait péter le compteur de décibels, et la petite famille s’en va gaiement dans le soleil couchant. La cliente suivante passe alors :

« Alala ! Vous vous rendez compte, ils en ont cinq, c’est pas rien quand même ! C’est dur de tous les surveiller !
_Oui mais l’avantage c’est que s’ils en perdent ils en ont quatre autres pour remplacer. »

C’est en voyant sa tête que j’ai réalisé que j’avais dit ça à haute voix, alors que d’habitude c’est le genre de blague que je garde pour moi (ou les SMS pour les amis pendant la pause)(parce que bon sinon c’est frustration !)… Et j’ai bien vu que là, ça aurait été une chouette idée.

En fait la seule chose qui ait vraiment changé dans ce nouveau lidl, c’est que plus personne ne me demande où sont les oeufs. (si si, deux personnes en deux semaines, par rapport à avant, je maintiens, c’est rien !)


Sans doute pas de chronique la semaine prochaine, puisque je voguerai vers Rennes pour passer mon dernier oral de financement de thèse… Croisez vos didis et sacrifiez des poulets ! La chanson de la semaine est un classique, et c’est le moment parfait pour le réviser.

Un Wall of Death à vous !

 

Crues.

Du fond de l’eau, la femme-pendule observe le monde. De guerre lasse elle s’est laissée couler jusqu’au fond des océans. Le carrelage de la salle de bain commence lentement à se fissurer sous la pression. À la surface, le rire de Pandore continue d’hanter les vaguelettes. Depuis qu’elle a cédé, on ne la reconnaît plus. La morte a chuchoté et chuchoté encore, et Pandore a fini par obéir : elle a ouvert la boîte. Sa peau s’est détachée sous les marées d’acide, et personne n’a su qui riait. Le rire a rebondi de paroi en paroi, glissant parfois pour mieux repartir. Son sourire s’est dénaturé figé crispé jusqu’à ce que les muscles eux-mêmes demandent qu’on les épargne. Pandore allait bientôt éclater en mille morceaux. Il y aurait ce soir encore du sang les murs.

Peut-être que c’était la morte qui riait. Peut-être qu’elle se réjouissait à l’idée d’enfin ne plus être seule.
Mais la solitude est usuelle, intrinsèque, inévitable. Elle n’a toujours pas compris.
En même temps, une morte qui ne meurt pas, qu’est-ce que tu veux que ça comprenne ?
Clairement le principe même de la vie n’est pas acquis.
Nous étions d’accord : si les morts ne meurent plus, la solitude est inévitable. Le conseil avait statué.
C’était non négociable.
Avec un bac d’acide on peut toujours négocier…

Alors avant le grand démembrement, la panique s’était installée, de ces paniques qui ravagent les pierres les plus solides comme s’il s’agissait de poussière agglomérée. Dans un geste de folie pseudo-salutaire, le marchand de sables avait craché à qui le voulait bien ses cocktails mal dosés. Endorphine et mélatonine ne s’était jamais aussi mal mariées qu’en ces temps de soudaines inondations. Le manque se faisait sentir avant même le répit. Le vide en était venu ainsi à prendre plus de place que tout le reste. Pourtant, les sables s’étendaient à perte de vue dans la salle de bain bientôt trop exigüe.

Combien de fois faudra-t-il que nous ayons cette discussion ?
Une fois de plus
jusqu’à la fois de trop
Les morts ne meurent pas
Je n’est plus première personne du singulier
Nous sommes vides
et illusion
Laquelle est la bonne ?

Les sables jetés à tout va devenait rapidement étouffant. Déjà chacun voyait poumons et gorges se brûler à chaque goulée d’air. De la tornade d’acide qui se déversait de la boîte de Pandore, qui n’en pouvait plus de se démembrer sous le poids du rire trop longtemps contenu, ou des sables jetés à la cantonade par le marchand, il allait falloir choisir le moindre mal. Les votes étaient ouverts, mais le temps manquait. Alors la femme-pendule avait fini par décider. D’un geste ample et las, elle avait fait sauter toute la robinetterie de la sempiternelle salle de bain. L’eau avait dilué l’acide, le rendant quelque peu moins corrosif. Elle avait aussi dissipé les tempêtes de sable, les ralentissant ainsi pour un temps. Il était toutefois impossible de faire demi-tour : il n’y avait aucun moyen d’arrêter la crue ainsi provoquée. Pourtant, la femme-pendule le savait : il ne fallait jamais réveiller l’eau qui dort.

Et maintenant ?
Il faut rebrancher, relancer le système.
il faut repenser, reprogrammer.
Les échecs s’enchaînent, il faut un coupable.
Il faut une nouvelle carcasse, celle-ci est défectueuse.
Mauvais branchement. Mauvaise qualité.
La gangrène s’est trop propagée.
Vous savez, on s’en fiche un peu. On ne peut rien nous reprocher, on a fait avec ce qu’on avait.
Nous n’y sommes pour rien si le matériau de base était inutilisable.
Nous avons déjà fait tant avec si peu…
De toute façon tout le monde s’en fout
Nous premiers.
Jetons le reste aux ordures et mettons le feu !

Maintenant que l’eau est montée, la femme-pendule regarde le monde depuis le fond de l’eau. Elle avait résolu de s’allonger et d’attendre. Peut-être qu’il était temps d’en finir, de mourir, enfin, disparaître au moins, se diluer comme ça, dans l’eau dans l’air, dans un autre mensonge que celui qui l’avait vu naître. Il n’y avait de toute façon plus de place sur sa peau pour la moindre heure de plus. Elle avait perdu le compte depuis trop longtemps, sans doute au moment où elle aurait dû compter plus que jamais. La mémoire est parfois plus aléatoire que sélective… Maintenant qu’elle ne bougeait plus, qu’elle se contentait d’attendre la fin du décompte au fond de l’eau, elle voyait tout. Le temps s’était arrêté. Elle voyait le corps disloqué de Pandore, flottant sans aucune logique d’un côté ou de l’autre. Elle voyait le rire qui grossissait ou s’épuisait en fonction des vagues. Elle voyait la morte se traîner sur les murs, à la recherche toujours du tueur aux mains en sangs. Elle voyait les dents, les yeux et les serpents se perdre dans l’eau comme autant d’épaves oubliés. Elle voyait le marchand de sable nager au ralentis dans un monde qui le dépasserait toujours quoi qu’il arrive. Elle voyait le temps geler l’eau en strates de cauchemars, d’espoirs meurtris, de rêves oubliés, peut-être que quelques éclats de lumière parviendraient à se faire une place au milieu des tourbillons immobiles. Et surtout, elle voyait sur les murs, en immenses lettres emmêlées fatiguées, la seule vérité à laquelle elle pouvait se raccrocher maintenant.
Je n’est pas moi.
Restait à savoir laquelle était la bonne.