La mort de la Femme-Pendule

                My Sleeping Karma – Ephedra

Un mouvement. Fin. Léger. Un frémissement peut-être. Une vibration. Un tremblement d’une délicatesse d’origami. Si petit et inexistant qu’on aurait pu passer à côté sans s’en rendre compte. Pourtant, le mouvement était bien là. Il essayait de prendre de l’ampleur. De soupir en ondulation, d’écho en résonnance, il voulait grossir.

                Il était temps.

La Femme-Pendule ne savait pas comment réagir. L’espace avait bougé. Elle l’avait senti. Alors même que son corps s’enlisait dans l’eau gelée, elle avait senti l’épave se déplacer. Rien, ce n’était rien. Ce n’était même pas censé arriver. Ce n’était pas possible. L’uroburos avait gelé le temps. Tout déplacement était par là même devenu impossible. La salle de bain dans son bateau bien amarré assurait ainsi la sécurité de tous. Ce n’était pas possible. Stopper la course du temps avait été salutaire. En échange, la Femme-Pendule avait donné sa peau pour enregistrer chaque seconde, mémoriser chaque image et chaque son. Aujourd’hui son épiderme tout entier était couvert d’instants-clés. Des clés qui n’ouvriraient peut-être plus jamais aucune porte si l’épave repartait de plus belle.

                Tout va bien maintenant.

Il fallait agir. Mais le froid lui avait raidi les membres jusqu’à l’inconscience. Jusqu’à passer de l’autre côté de la douleur Jusqu’à ce moment où la douleur n’est plus qu’un fantôme d’une autre vie. Il fallait pourtant qu’elle bouge. Quelqu’un devait constater l’ampleur des dégâts. Et ça ne pouvait être qu’elle. Quelqu’un devait bouger. Le mouvement s’amplifiait. Un simple contact avec le sol suffisait à prendre conscience de son existence.

                Si tant est qu’il y ait encore un sol.

La Femme-Pendule observa encore la salle de bain. L’eau avait envahi tout l’espace disponible. Les lignes du carrelage perdaient de leur régularité à son contact. Il n’y avait plus aucune rigueur dans leur agencement. Impossible de passer entre elles, impossible de les éviter. Impossible simplement. Les lignes étaient floues, menaçantes. Les lignes dissolues annonçaient la fin du monde. Peut-être une illusion d’optique, mais elles semblaient se brouiller sous la pression du mouvement, toujours grossissant, bientôt onde de choc. La vibration semblait prendre de l’élan pour mieux s’insinuer dans les failles.

Quelqu’un devait rester
Quelqu’un devait observer
Quelqu’un devait noter
étudier
cartographier
statistifier la chose

Mais il n’y avait personne. Il n’y avait jamais eu personne d’autre. Et peut-être qu’il n’y aurait jamais personne. Il fallait agir. Les vibrations les avaleraient bientôt tous.

Le Marchand de Sable ne pouvait pas. Entièrement dévoué à la panique du moment, il était incapable d’en comprendre les tenants et aboutissants. Il se dispersait en états d’urgence, toujours à la recherche d’un moyen de stopper l’eau. La montée semblait irréversible. Alors il courrait. Pas le temps de trouver la solution du problème. Pas le temps de trouver la fuite originelle. Alors il courrait, il se déversait en sacs de sable partout où il le pouvait. Il s’éparpillait, grain après grain, incapable de savoir s’il serait jamais assez fort pour endiguer la crue. Le Marchand de Sable s’essoufflait en panique dans cet espace où l’air se faisait rare. De l’eau glacée ou du sable rugueux, quel était le pire entre le poison et l’antidote ?

Il n’y avait personne d’autre et pourtant quelqu’un devait gérer l’urgence
Une de plus
Car sans l’écoulement du temps, tout était une urgence
Et la vibration enflait toujours.

Pandore avait créé la surprise. Elle avait bougé alors qu’on la croyait finalement morte. Inconsciente insouciance, ses bras s’effilochaient toujours un peu plus sous l’acide enfin libéré de la boîte. Sa peau en lambeaux était comme un voile délicat, prêt à l’envelopper si elle trouvait par quels mouvements elle pouvait agir sur la culpabilité qui la poussait à ravaler encore un peu plus la douleur. On lui aurait dit d’arrêter que ça n’aurait rien changé, elle aurait continué de nager, de forcer l’ondulation de son corps jusqu’à la boîte maintenant éventrée. Elle n’écoutait plus depuis longtemps. Prise à la gorge par le poids des messages contradictoires, Pandore n’écoutait plus personne.

                Débrouille toi
                Vous n’avez pas mal
                Il fallait venir plus tôt
                Je ne comprends pas pourquoi vous avez mal
                C’est de l’inconscience d’avoir traîné comme ça
                Pourquoi vous êtes venue
                Je ne vois pas où est le problème
                Vous ne pouvez pas gérer ça toute seule
                Débrouille toi
                               toute seule.

Pandore, la tête droite et la voix morte depuis longtemps, avait ravalé toutes les couleuvres passant un instant dans l’équipage. Pandore avait sans doute fini par s’arracher la langue à force de la mordre pour se taire, pour taire les faiblesses des rats de l’équipage : l’uroburos qui croulait sous son propre poids, le rire de Cassandre comme une malédiction qu’elle jetait aux autres autant qu’à elle-même, le sang de la morte incapable de mourir pour de vrai, la panique incapable du Marchand de Sable, la peau de la Femme-Pendule qui n’en pouvait plus de se souvenir… Pandore avait avalé sa propre langue, et dans le même mouvement des litres de son propre sang. Sans jamais émettre la moindre plainte. Et quand la boîte avait cédé sous la pression des hurlements, des cauchemars et de l’odeur de pourriture, quand on l’avait alors accusée de tous les maux, elle ne s’était pas plainte. Elle avait ri jusqu’à s’étouffer de l’eau qui montait. Parce que c’était la seule chose à faire. Parce que c’était tout ce qu’il restait à faire. Parce que c’était la seule option viable.

                Et maintenant les amarres ont lâché.

Pandore savait, mais Pandore ne pouvait pas dire. Pandore n’avait pas le droit de dire. Jamais. Elle avait juré. Elle plus que quiconque sur le bateau connaissait le prix du sang. Elle n’avait pas le droit de le dire. Avec le temps, elle en avait même oublié comment parler.

                Peut-on en vouloir aux gens de ne pas voir ce qu’on leur cache ?

La Femme-Pendule devait bouger. Il n’y avait personne. La vibration avait tellement grossi qu’elle n’avait plus rien d’une vibration. La vibration était devenue faille sismique. L’épave se cabrait avec toujours plus de force. Les lignes du carrelage n’auraient bientôt plus le moindre sens si on ne faisait rien. Les lignes du carrelage n’alignaient déjà plus la moindre pensée.

                Il était temps.

La Femme-Pendule devait bouger. Il n’y avait personne d’autre. Le Marchand de Sable ne pouvait pas arrêter sa course. Pandore nageait mollement à la recherche des fragments de la boîte. La Femme-Pendule devait bouger, c’était son rôle. Toujours, elle les ramenait à la maison. Elle leur avait promis.

Quand elle força son corps à se redresser, la douleur toute entière se réveilla. La violence de l’impact lui coupa le souffle l’espace d’une autre onde de choc. Inspirer, renvoyer la douleur là où personne ne pouvait l’entendre, avancer. Ce n’était pas la première fois. Mais cela faisait longtemps qu’une douleur n’avait pas hurlé autant pour se faire entendre. Longtemps qu’elle n’avait pas eu à serrer les dents au risque de les briser. Et il n’était plus possible de l’enfermer dans la boîte…

On s’habitue à tout même au pire
Surtout au pire
La mémoire corporelle est sans égal

La première impulsion était la plus dure. Forcer le corps à aller à l’encontre de lui-même. Forcer la boucle. Devenir L’uroburos. La première impulsion était la plus dure. L’élan, tout était dans l’élan. Il fallait savoir donner l’élan puis en profiter. Devenir le mouvement perpétuel… La clé était là. Le prix à payer était connu. Cassandre sourit entre les lignes effacées du carrelage. Cassandre avait toujours su. Elle avait simplement attendu. Quand son regard rencontra enfin celui de la Femme-Pendule qui l’avait si souvent ignorée, elle tendit simplement la main. Entre les doigts blancs de la vendeuse de malédiction, une simple fissure de carrelage. La Femme-Pendule savait… Mais il fallait la clé, il fallait forcer le corps à cette première impulsion. Il fallait sortir de l’eau glacée. La première impulsion était la plus dure…

                Les liens du sang ne sont jamais qu’une histoire dont on a oublié la fin.

La Femme-Pendule avala la fissure sans plus y réfléchir. Les ondes de choc se multipliaient, se rapprochaient. Elles s’écrasaient sur l’épave sans plus de cérémonie. Il était temps. Les jambes réagirent au poison avant même que le cerveau n’ait eu le temps de lui donner un nom. La première impulsion était donnée, la Femme-Pendule allait pouvoir regagner la surface… Dans son sillage, un mince filet de sang s’échappait tranquillement de la fissure dans son bras droit. La Femme-Pendule n’avait pas remarqué la blessure, ou avait fait mine de. Le Marchand de Sable chercha à jeter le sable nécessaire pour éponger. Pandore récolta les gouttes flottantes pour les ajouter au contenu de la boîte. Cassandre s’était déjà renfoncée dans les lignes du carrelage, pleurant silencieusement d’avoir eu raison cette fois encore.

                Il était temps.

Dehors, la tempête faisait rage. Une fois sur le pont de l’épave, la Femme-Pendule comprit. Les amarres avaient lâché. Et voilà maintenant qu’ils dérivaient sur l’océan. Le bateau sans carte ni boussole avait flotté au gré des vents mauvais. L’œil du cyclone ne les avait abrité qu’un temps avant de les abandonner, ils se retrouvaient maintenant piégés au cœur même de la tempête. Les vagues s’éclataient sur la coque avec la force de ceux qui n’ont plus rien à perdre. Le vent s’engouffrait dans les fissures de l’épave, tordant le bois qui hurlait tout le silence dont il était rempli. Du silence de l’épave prête à se déchirer de l’intérieur ou des hurlements des vagues affamées, impossible de savoir ce qui faisait le plus mal. Dans tous les cas, on n’entendait plus rien…

                Dis-moi, pourquoi les gens ont peur du noir ?
                Les monstres se cachent dans le silence…

Au milieu du vacarme aléatoire, la Femme-Pendule n’entendait plus rien. Il n’y avait plus rien. Il n’y a personne. Le rire de Cassandre, le craquement des os de Pandore, les cent pas du Marchand de Sable, le flottement de l’uroburos… plus rien. Il n’y avait plus rien. La Femme-Pendule ne s’était peut-être jamais sentie aussi seule que là, sur le pont de l’épave, nue au milieu de la tempête où elle n’entendait plus rien. Sa peau fatiguée ne pouvait plus suivre le rythme. La violence du vent à même l’épiderme décoloré ravivait toutes les cicatrices. Seule, nue, au milieu de la tempête, la Femme-Pendule en aurait pleuré, mais ses yeux avaient encore une fois oublié comment faire.

                Non, ce n’est pas ce que vous ressentez
                Ce n’est pas pour ça que vous allez mal
                Vous vous trompez
                Non mais en fait tu vas pas si mal

La Femme-Pendule n’entendait plus rien qui puisse la guider. Il n’y avait plus personne. La tempête avait pris ce qui n’aurait jamais dû être perdu. La solitude l’enserra d’une étreinte lourde et poisseuse, sans porte de sortie. La tempête continuait d’enrager. Elle commençait à croire qu’elle allait mourir étouffée sous le silence et la solitude quand la mer s’ouvrit… Appelées par l’odeur du sang, les sirènes avaient rejoint la surface. Elles en voulaient plus. On les avait appelées et il n’était pas question qu’elles repartent les mains vides. Tout avait un prix et la première impulsion était la plus dure. La Femme-Pendule enfin découvrit la fissure sur son bras.

                Après tout, ce n’était jamais qu’un sursis…

L’entaille était belle, d’une précision chirurgicale. Le sang coulait calmement, comme il l’avait toujours fait, traînant avec lui les flots de pourriture habituels, sorte de mal nécessaire… Le silence hurlait toujours autour d’elle, lui frappant les tympans comme autant de rappels incessants. Les sirènes firent ce qu’elles savaient faire de mieux, elles se mirent à chanter. Leur mélodie vint s’ajouter au vacarme de la tempête. Impossible d’entendre au travers. Impossible de trouver ses compagnons d’infortune. Il n’y avait plus personne maintenant. Les sirènes chantèrent l’énigme intérieure, l’équation insoluble.

                Quelqu’un devait mourir.

La Femme-Pendule le savait depuis longtemps. Mais qui sacrifier ? Ils avaient survécu à l’océan déchaîné tous ensemble pendant tellement d’années… Qui sacrifier ? Cassandre et ses prophéties maudites ? Pandore et ses os brisés par le silence ? Le Marchand de Sable qui ne réparait que les urgences immédiates ? Et pourquoi ?

Quelqu’un devait mourir
et quelqu’un devait choisir

Les sirènes chantaient encore, les sirènes chanteraient encore, et les sirènes chanteraient toujours jusqu’à ce qu’enfin on leur réponde. Il n’était plus temps de regarder ailleurs. Il fallait une réponse, et il la fallait maintenant.

                Il était temps.

Peut-être que c’était à elle de mourir. La peau à la merci du vent hurlait qu’on arrête la douleur. La première impulsion était la plus dure, mais le corps n’oublie pas pour autant. Nue sous les vents, la Femme-Pendule avait peut-être enfin compris. C’était à elle de mourir. Et c’était insupportable. Alors c’était ça, ce qu’avait ressentir la morte au moment où on l’avait tuée ? Rien d’autre qu’un profond sentiment d’abandon, enrobé d’un silence à plomber la Terre entière ? Cette espèce d’immense vide qui appelait son nom ? Les sirènes sourirent, la réponse était donnée. Seul le vide connaissait le nom de la Femme-Pendule. Un signe qui ne trompait pas. Mais qui aurait son sang sur les mains ? À qui la culpabilité nouvelle ? Le sacrifice était nécessaire, la culpabilité inévitable. Tout avait un prix, et il fallait un coupable.

                Alors maintenant, qui aura mon sang sur les mains ?

Peut-être qu’au fond de l’eau, les rats trouveraient quelqu’un d’autre pour la remplacer. Peut-être qu’il était temps de trouver quelqu’un d’autre au fond de l’eau. Il était temps d’avoir un nom. Reste qu’elle ne serait jamais complètement rassurée : qui les ramènerait à la maison une fois que l’eau l’aurait avalée ? Qui sortirait de la tempête ? Quelqu’un devait mourir…

Résignée, la Femme-Pendule escalada la rambarde, et plongea ses yeux dans le vide alentour. Les sirènes se préparèrent à l’accueillir. Leur mélodie se modifia légèrement, d’harmonies en accords parfaits, leurs chants promirent la paix, le silence loin du vacarme, et même un nom. Fallait-il les croire ? La chaleur de leur sourire ne mentait pas, elle… Alors peut-être qu’il était temps. Elle crispa encore ses mains, engluée du sang coagulé depuis des années, sans que personne ne se souvienne plus à qui il appartenait. Ses doigts cherchaient encore à s’accrocher, par réflexe, habitude. Alors, la Femme-Pendule ferma les yeux. Et dans l’épave, tous retinrent leur souffle.

                La première impulsion était toujours la plus difficile.

 

Le client est roi ou la tragique histoire de Bouton d’Or…

Qu’ouïs-je ? Qu’entends-je ? Cet article aurait déjà plus d’une semaine de retard ? Diantre, mais c’est terrible Sans doute qu’il était caché derrière les oeufs. Ou bien que j’avais des dossiers administratifs multicolores nécessitant donc la prise simultanée de cocaïne et de LSD. Ou encore que j’étais d’ores et déjà en train de chercher à nouveau du travail à peine rentrée dans mon fief rennais. Ou alors peut-être que je buvais des bières en terrasse. Ou que je rempotais Rambo qui a profité de ses vacances pour pousser, ainsi qu’une forêt de patates sauvages qui squattait mon placard de cuisine. Ou bien finalement un peu tout ça à la fois… Mais toujours est-il que je ne pouvais pas vous laisser sans faire un bilan de cette saison ! Le genre de bilan qui redonne foi en l’humanité et qui fait du bien et qui donne le sourire et qui donne envie de croire que nous ne sommes pas le cancer de cette planète ! Et bien Lecteur, je suis désolée, mais il y avait rupture de stock de ce type de bilan. Du coup, bah j’ai fait comme j’ai pu, j’ai pris la marque en dessous, tu sais, celle tout en bas du rayon, ou en tout en haut…Selon les usines, ça a exactement le même goût. Alors lecteur, es-tu prêt pour un bilan de l’humanité à la qualité lidl ? Non ? C’est balo.

Quand la fin de saison a été tellement intense que je mets un moment à récupérer un rythme de vie...

Quand la fin de saison a été tellement intense que je mets un moment à récupérer un rythme de vie… « Je suis allé jusqu’au boulot et puis je me suis souvenu… qu’on était samedi. »

Et je me rends compte que je n’ai pas dit un mot de ces clients qui en sont pas nécessairement méchants, juste maladroits… Ces clients qui savent que tu es en train de bosser à autre chose et qui aimerait te poser une question, tout en te faisant savoir qu’ils savent qu’ils te dérangent mais qu’ils veulent juste une info vite fait et puis après ils s’en retournent vers d’autres aventures… Ces clients ils sont rigolos parce que du coup, ils ont des façons originales d’entrer en contact avec toi. Des gens à peu près aussi doués socialement que je le suis.

« Bonjour, vous travaillez là ? »
Non non. J’ai un polo bleu avec écrit en gros lidl et je passe la serpillière, mais non, je ne travaille pas là. C’est juste mon kiff de passer la serpillière chez lidl dans un polo bleu moche qui gratte et qui pue. Y a des gens ils font du macramé, ou du coloriage pour se détendre, moi je passe la serpillière dans une grande surface. Ça me détend.

« Je vous dérange là ? »
Non non. Je suis en équilibre sur des pots de nutella avec des cartons de pots de confiture à bout de bras au-dessus de la tête. Moi je dis que c’est le moment parfait pour qu’on tape la causette. Dîtes moi tout. Quels sont vos rêves ? Vos peurs ? Plutôt slip ou caleçon ? Ça vous dérange si je me vautre comme une merde ?

« Je vois bien que vous êtes occupée, mais vous pouvez m’attraper ça ? »
Euh oui
« et ça ? »
oui…
« et ça »
dis donc tu veux pas que je fasse tes courses non plus !

Il y a aussi ce paradoxe incroyable qui entoure la personne mystérieuse qu’est la caissière… Parce que la caissière, tout le monde le sait, c’est un être un peu con, un être qui a raté sa vie et a donc a atterri dans le rebut de l’humanité, à peine humaine, la caissière a besoin qu’on lui explique tout lentement, qu’on lui répète et qu’on lui explique étape par étape. C’est important. La caissière, c’est l’autre. Il est donc essentiel de bien maintenir cette différence. Un peu comme on continue à dire « migrant » plutôt que « réfugié d’une guerre qu’on a nous même armé » ou bien « gens qui n’ont rien demandé à personne mais ont vu leur vie réduite en cendres en 30 secondes ». Ne surtout pas se rappeler que la caissière est une vraie personne. MAIS des fois, parce que c’est arrangeant, on prête à la caissière des pouvoirs quasi-surnaturels, une intelligence de prix nobel, et une connaissance du monde à faire pâlir les plus grandes bibliothèques du monde. On peut aller demander à la caissière mille et une choses… et être surpris qu’elle ne sache pas répondre.

« Dîtes le [insérez nom de vin de votre choix] c’est un vin plutôt amer non ?
_Aucune idée madame..
_Ha, parce que j’aime plutôt les vins doux, alors qu’est-ce que vous pouvez me conseiller ?
_Aucune idée madame…
_Comment ça ? Vous travaillez pourtant bien ici !
_Certes, mais je ne suis pas oenologue. D’ailleurs, je déteste le vin. Je les trouve tous dégueulasse pareil. À part qu’il y a des dégueulasses rouges et des dégueulasses blancs. Mais au goût c’est pareil. Je crois qu’il y a une très bonne cave à [nom de ville pas loin], ils sauront parfaitement vous conseiller par contre »

Car bien entendu, mes compétences en oenologies avaient été au centre de mon  entretient de recrutement…

« Vous connaissez une boîte de nuit dans le coin ?
_Non.
_Bah quand même ! Vous êtes jeunes pourtant.
_Oui, mais j’aime pas les boîtes de nuit. Y en a. Mais je sais pas où.
_Faut sortir voyons ! Regardez, nous on est jeune, on sort ! Jolie comme vous êtes !
_Je sors. J’aime pas les boîtes de nuit. J’aime pas danser. J’aime pas que vous me parliez comme ça. Au revoir bonne journée. »

Des fois, la caissière aussi est une marchandise.

Quand avec les collègues on fatigue et qu'on se dit qu'il va être urgent d'aller boire un verre

Quand avec les collègues on fatigue et qu’on se dit qu’il va être urgent d’aller boire un verre « Monte ! Je te conduis à ton verre »

Mais je suis mauvaise. Car grâce aux clients, j’ai aussi appris plein de choses. Par exemple, j’ai appris à quoi ressemblait l’alcoolisme !

« Excusez-moi, vous n’avez plus que ça en rosé ?
_Ha non, regardez j’ai tout ça encore. Vous avez largement le choix.
_Non mais en cubis.
_Ha ! [vérifie sa palette] Non en effet désolée… C’est ma dernière palette et je n »ai pas d’autres cubis de rosé dessus.
_Parce que du coup, j’ai été obligé de prendre un cubis de rosé pamplemousse et j’aime pas ça !
_Euh… mais en bouteille on a plein d’autres choses vous savez…
_Non je veux en cubis !
_Et bien en cubis je n’ai rien d’autre…
_Tant pis, j’aime pas le rosé pamplemousse mais bon »

Donc que je récapitule… l’élément essentiel, c’était que le vin soit en cubis ? Qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse ? Un truc du genre ? Donc, tu préfères boire un truc que t’aimes pas, mais le boire en quantité ? Je ne suis pas spécialiste en addictologie, mais je me dis que quand on en arrive à prendre en quantité un vin qu’on sait dégueulasse alors que d’autres options étaient largement ouvertes (ne rien prendre, plusieurs bouteilles d’un autre, prendre une bouteille d’un autre pour patienter et revenir plus tard, prendre un cubis de rouge ou de blanc), je ne sais pas, mais pour moi ça commencer sérieusement à ressembler à de l’addiction…

Et j’ai appris plein d’autres choses ! Par exemple, que certains mots avaient changé de sens. Ainsi, saviez-vous (bordel, j’ai failli écrire « sachiez-vous »…) que le mot « amabilité » avait changé de sens de telle sorte qu’il était devenu un synonyme de « serviabilité », voire même de « servitude ».
Alors que j’étais seule en caisse parce qu’il n’était que 8h40 (soit dix minutes après l’ouverture, pour rappel), le client qui faisait suite à celle que j’étais en train d’encaisser m’apostrophe, alors même que je n’ai même pas fini d’enregistrer les articles de la dame.

« Je voudrais un autre sac.
_Ils sont sous la caisse monsieur.
_Y en a plus à votre caisse.
_[contorsion façon tour d’horizon] Vous en avez aux autres caisses monsieur. Je ferai en sorte d’en remettre à la mienne dès que possible… »

Et je retourne à ma cliente pour finir de m’occuper d’elle. Le vieux ne bouge pas, puis finit par grommeler et s’en va chercher un sac à la caisse juste derrière moi. J’en termine avec la dame et commence à l’enregistrer. Quand d’un coup :

« Vous pourriez être aimable quand même ! Vous auriez pu aller le chercher le sac ! »

Et ça tombe bien, parce que toi aussi tu pouvais aller le chercher. Même que techniquement, tu avais beaucoup plus les moyens de le faire que moi, puisque tu n’avais rien de mieux à faire qu’attendre et tes courses, alors que je travaille et que ce n’est même pas ton tour… Qui plus est, si t’as vraiment la flemme, y a lecler et super U qui proposent des services drive, t’auras même pas à t’emmerder à le remplir le sac. D’un côté je n’ai pas le droit de dire tout ça, de l’autre, j’en ai marre de me faire agresser pour un oui pour un non, et je ne pense pas être en tort, et moi aussi j’aimerais un peu de respect. Alors finalement…

« De la même façon, vous auriez pu me dire bonjour. Comme ça on est quitte.
_Je vous ai dit bonjour !
_Non mais c’est pas grave monsieur, je vous souhaite quand même une bonne journée. »

PARCE QUE C’EST ÇA L’AMABILITÉ MA GUEULE !

Quand la défense des clients pour être des connards c'est que d'autres font pire...

Quand la défense des clients pour être des connards c’est que d’autres font pire… « Oh calme toi, t’en fais trop. T’as fait bien pire ! »

D’ailleurs, certains clients sont teeeeeeellement aimables qu’ils viennent nous apprendre notre boulot ! Rappelez vous, la caissière est un peu conne, alors des fois, il est de bon ton de lui réexpliquer comment elle doit faire pour encaisser des articles.

« Faut que vous retiriez votre carte.
_Mais j’ai pas fait mon code !
_Vous avez mis votre carte trop tôt. Si vous ne me dîtes pas que vous payez par carte, je ne peux pas dire à la machine que vous payez par carte
_Et alors ? On est à une caisse carte bleue uniquement !
_…. Non. C’est une caisse normale… et même si c’était carte bleue uniquement, faudrait quand même lui dire que vous allez payer.
_Mais j’ai vu le signe carte bleue !
_…. c’est le signe « handicapé » pour indiquer que c’est une caisse prioritaire… »

Sur ma dernière semaine, selon monsieur Lidl, on n’était plus en saison. Sauf qu’encore une fois, monsieur Lidl a oublié d’en avertir les clients, qui se sont du coup pointés en masse sous prétexte qu’on était lundi, alors que nous avions déjà trois collègues de moins… On a du monde au point d’avoir des files jusqu’à la moitié des rayons. Résultat, vers midi trente, ma responsable vient nous remplacer chacun notre tour pour qu’on ne pisse pas sur les clients prenne une pause. Lorsque je reviens, je la remercie d’avoir pris sur son temps pour qu’on puisse souffler. Elle termine avec son client et me rend ma place. Alors qu’elle s’en allait remplacer quelqu’un d’autre, celui-ci l’apostrophe :

« Il faudrait au moins une ou deux caisses de plus !
_Je sais monsieur, mais nous manquons de personnel, nous faisons de notre mieux. [s’en va un peu plus loin]
_[en la suivant] Non mais laissez moi vous expliquer pourquoi il vous manque une caisse ! »

Je n’ai pas entendu la suite mais… laisse moi deviner… parce que c’est la merde ? Parce que y a vraiment beaucoup de clients ? Parce que ça serait plus confortables pour tout le monde, clients comme caissiers ? Parce que les gens sur le terrain ne peuvent pas faire leur boulot correctement à cause du monde dans les rayons ? Parce que même aux urgences un 15 août t’attends pas aussi longtemps ? Parce que certains clients qui en ont marre d’attendre balancent leurs trucs partout et qu’il faudra ramasser derrière eux et qu’en attendant ça rajoute encore plus au bordel ambiant ? Parce que du coup le magasin devient de plus en plus dégueulasse de minutes en minutes mais personne n’est dispo pour s’en occuper ? parce que les clients nous crachent leur mauvaise humeur à la gueule en arrivant en caisse comme si c’était notre faute et qu’on n’en était pas victime au même titre qu’eux ? raaaaaah putain, c’est beaucoup trop difficile comme question ! Je n’arrive clairement pas à trouver la solution du problème… Heureusement que ce client était là ! Rien de tel qu’un peu de condescendance mêlée à une bonne dose de mansplaining sexiste pour améliorer ton quotidien ! Car grâce à l’explication courageuse de cet homme, ma responsable a pu résoudre le problème et pondre deux nouveaux caissiers qui sont venus renforcer nos rangs, nous permettant ainsi de libérer du monde du magasin ! Hein ? Ha non… non non… my bad… en fait ma responsable était juste un peu plus irritée et on a continué à galérer parce que sous-effectif tout ça tout ça. Hum. Je me demande ce qui n’a pas fonctionné… sûrement que ma responsable, en bonne caissière qu’elle est, n’a pas compris toute l’explication du monsieur… beaucoup trop de subtilités je pense… diantre, qu’est-ce qu’on va faire d’elle ?

J’ai aussi appris que le secret médical on s’en battait les couilles avec la porte-fenêtre du voisin (parce que ça ferait des tâches sur la nôtre). Un jour que j’avais la chance et la joie d’être à la caisse prioritaire, j’ai donc fait passer des gens… en priorité. Oui je sais, un tel niveau de suspens et de surprise dans ce métier, je vous jure, c’est éprouvant… Et personnellement, pourquoi ils ont une priorité, je m’en fous. Ce n’est pas mon job. Ils me disent bonjour, me montrent leur carte et ça me va, je me débrouille. Mais bien souvent, ces gens oublient tout simplement de signaler aux gens qu’ils doublent, bah qu’ils les doublent. Alors bien entendu, ils y ont le droit et les gens n’ont pas le droit de s’y opposer. Mais toujours dans notre envie de vivre dans un monde plus civilisé, ça ne coûterait rien de regarder son voisin « bonjour, je vous informe que je peux passer en priorité. Désolé du dérangement, passez une bonne journée » Serait-ce compliqué ? Non. Alors si tu en as pas mal qui s’en foutent royalement et prennent leur mal en patience, certains sont un peu exaspérés du manque e politesse minimum, me balançant que « nous aussi on pourrait avoir un handicap et une carte de priorité, juste ça ne se verrait pas », un argument très juste. Après en général quand ça arrive, les gens se signalent. Mais argument très juste quand même. La remarque ne me paraît pas démesurée. Certains à l’inverse, vont embarquer leur poussette avec moults grognements et soupirs pour bien faire entendre leur exaspération et attendre plus loin. « Non mais moi je trouve ça intolérable ! Ça me gonfle des trucs pareils sérieux quoi ! J’avais pas vu putain que c’était une caisse priorité ! » Encore une fois… mais pourquoi tu en fais toute une scène ? N’as-tu rien de mieux à faire de ton énergie ? Une autre fois, encore mieux :

« Pourquoi vous l’avez fait passé ? Vous avez pas l’impression qu’on se fout de votre gueule ? Ça se voit qu’elle a rien !
_Je n’en sais rien, elle avait la carte, ce n’est pas à moi de juger le besoin qu’elle a ou non de cette priorité
_Moi je vous dis qu’elle n’a rien !
_Vous avez un diplôme de médecine ? Parce que j’avais une grand-mère qui avait les reins pourris, voire qui n’avait plus de rein, en dyalise un jour sur deux, et une carte de priorité. Mais ça se voyait pas. Pourtant il suffisait d’un coup de vent pour qu’elle s’écroule. Alors vous pouvez râler, mais je n’ai pas à demander pourquoi un client possède une carte de priorité. Ce n’est pas mon travail. Moi, j’applique la consigne. Demandez à votre médecin si vraiment vous estimez être lésés. »

Merde. Des fois, faut juste arrêter de me faire chier.

Quand les clients font vraiment trop chier, qu'il y a beaucoup trop de pression et qu'on commence à tous se parler mal entre collègues...

Quand les clients font vraiment trop chier, qu’il y a beaucoup trop de pression et qu’on commence à tous se parler mal entre collègues… « Stop ! au nom de l’amour ! »

D’ailleurs, une autre cliente m’a aussi appris que je me faisais exploitée (nooooon sans déconner ? bordel ! je ne l’aurais jamais cru !). Un autre jour du mois d’août où nous avions du monde (ce qui élimine peu de jours… dîtes vous bien que de début à trois jours avant ma fin de contrat le 28, je n’ai pas fini une seule fois à l’heure), je me galère joyeusement en caisse parce que devinez quoi ? Il y a vraiment trop de monde. Arrive alors une cliente…

« Franchement vous pourriez ouvrir une autre caisse.
_J’aimerais bien, mais je n’ai pas de collègues disponibles pour cela.
_Et en rayon j’en ai vus !
_Oui, ils ont déjà d’autres tâches à finir, ils ne sont pas disponibles. Nous faisons au mieux madame pour limiter la gêne occasionnée…
_Quand même, c’est toujours pareil chez vous !
_[tiens c’est le moment où faut arrêter de faire chier] Mais madame, vous savez bien comment on fait pour garder des prix bas non ? La direction a deux possibilités : soit couper la qualité, soit couper les salaires. Et comme ils veulent que vous reveniez, devinez qui on a coupé dans l’affaire ? Le but du jeu est donc qu’on soit systématiquement en sous-effectif. À un moment, forcément, ça ne marche plus.
_[m’attrape la main pour me consoler] C’est vrai que vous êtes exploitée quand même ! C’est pas possible des choses pareilles… »

Réaction 1. J’avais tellement envie de lui rire jaune au nez… Mais comme je n’ai très bien trouvé comment faire, je me suis abstenue. Donc, non seulement tu sais que je bosse dans des conditions de merde qui sont pensées pour que je ne puisse même pas penser à respirer dans ma journée, mais en plus, tu trouves quand même le moyen de me reprocher les failles du système dont je suis la première victime puisque c’est ma santé qui y passe, quand c’est juste ton temps ? Vraiment… TU FOUS MA GUEULE ??? Ce qui nous mène à la réaction 2…. ha la politesse de l’enculé… Quand les clients te voient être l’heureux gagnant du jeu « qui va aller ramasser la merde sur le parking » et en profitent pour te coller dans ton sac les restes de leur pic-nic « merci hein » tout en te disant que les gens abusent quand même, avant de mieux laisser tomber leur ticket de caisse par terre en montant dans la voiture. Et des comme ça t’en as tellement tout le temps… la politesse de l’enculé… je vois pas mieux pour expliquer ce moment où un client compatis à ta situation après t’en avoir blâmé et foutu plein la gueule. Trop aimable. C’est le genre de situation qui fait qu’au bout d’un moment, tu ne crois purement et simplement plus qu’un client puisse avoir un mot gentil de façon totalement gratuite et désintéressée pour toi. Et pourtant, ça arrive.

Alors avant de passer à la partie finale où on tapera encore un coup sur monsieur Lidl histoire de finir en beauté, une petite mention spéciale aux quelques uns qui ont vraiment été gentils pour être gentils. Ceux qui disent bonjour juste parce qu’ils te croisent, ceux qui t’aident à ramasser le carton qu’un client vient de faire tomber de ta palette, ceux qui t’aident à nettoyer quand ils ont cassé une bouteille à ta caisse parce que « c’est normal, c’est pas votre travail de réparer mes conneries quand même, je suis désolé… », ceux qui te défendent parce que tu viens de te faire traiter de connasse, ceux qui chantent Eyes of the tiger pour le fun avec toi, ceux qui ont un mot gentil parce que ça se voit que tu es à quatre endroits à la fois, ceux qui te disent gentiment que tu t’es trompé, ils ont pas 45 baguettes mais 4, mais c’est pas grave ça arrive, merci de nous rembourser, ceux qui te demandent s’ils peuvent t’emprunter ta poubelle, ceux qui insistent auprès de leurs gamins pour qu’ils te disent bonjour et au revoir parce que c’est important, ceux qui disent haut et fort que c’est pas grave que tu ais mis du temps à venir en caisse, après tout tu fais ton travail, t’allais pas venir les mains pleines de jus de poubelle, désamorçant par là même les clients qui eux allaient te reprocher le temps d’attente, ceux qui te laissent le temps de boire parce qu’il fait 40 à l’ombre et que tu dégoulines jusque sur la caisse, ceux qui placent un petit compliment comme ça, ceux qui te sourient, ceux qui ont « tout bien rangé le tapis et les boissons dans le cadis pour que ça soit plus facile », ceux qui font l’effort de penser une blague juste pour toi, ceux qui se rappellent que si eux ils sont en vacances, ce n’est pas ton cas, ceux qui te filent leur recette pour aller avec tel produit, ceux qui s’inquiètent pour ton épaule, etc… Heureusement qu’il y en a des comme ça…

Quand les clients ne se donnent même plus la peine de faire des phrases complètes.

Quand les clients ne se donnent même plus la peine de faire des phrases complètes. « Toi ! Nourriture ! Maintenant ! »

Mais heureusement, pour compenser tout ça, nous avons la chance d’avoir une direction compréhensive, humaine et d’un soutien sans commun égal ! Enfin c’est ce qui est écrit sur les papiers qui sont suspendus partout dans les espaces des employés (contrairement aux papiers des syndicats qui eux sont cachés dans le couloir par où passent les convoyeurs pour accéder au coffre)(mais non voyons, je ne dis pas qu’on rend volontaire l’accès à l’information syndicale compliquée ! Je dis juste que dans les espaces informatifs disponibles, on fait des choix.)(Après comme disait mon prof d’éco au lycée « c’est un choix de société »). Mais tiens puisqu’on parle d’affiches suspendus… Y en a plein de types, outre celles qui te rappellent qu’il faut sourire, celles qui te rappellent des procédures que tu dois suivre dans le monde parfait et idéal de Monsieur Lidl, celles qui servent de mode d’emploi, tu as aussi l’affiche de l’auto-laveuse qui personnellement est une de mes préférées tant elle me fait sentir toute la considération que la société a pour ses employés. Au dessus de l’auto-laveuse, il y a donc un panonceau qui stipule qu’il faut bien entretenir l’auto-laveuse (et pas à coup de pieds) et qui te rappelle que la plupart des problèmes viennent du non-entretien de la dite machine. Si les choses s’étaient arrêtées là, pourquoi pas. Sauf qu’on te précise aussi que « votre auto-laveuse coûte 19 857€ » (non jle connais pas par coeur, c’est un ordre d’idée). Comme ça, tous les jours, quand tu remplis l’auto-laveuse (ce qui prend un temps fou) ou que tu la nettoie (ce qui éclabousse copieusement tes lunettes), tu peux tranquillement te rappeler que l’auto-laveuse vaut plus cher qu’un an de ton salaire, donc que tu vaux moins que l’auto-laveuse. Car si on se soucie de l’entretien de l’auto-laveuse, on se soucie beaucoup moins de ta santé, puisqu’après tout tu es remplaçable.

Petit détour… vous vous rappelez ces foutues alarmes aux issues de secours ? On a passé tout l’été à s’en plaindre, tout l’été à dire que ça te niquait très sérieusement les oreilles, tout l’été à dire que c’était insupportable. On a mis en place des solutions que la direction a rejetées parce que « pas concept ». À force, à la mi-août, ils ont fini par nous dire qu’ils allaient mettre en place des bandes adhésives sur les portes pour que ça soit plus visible. À la fin août, toujours rien n’avait été fait, et personne n’en a reparlé. Après tout, c’est pas comme si à force de m’en bouffé toute une matinée juste avant la visite médicale professionnelle, la nana m’avait dit qu’il y avait un problème dans mon audition, par ailleurs excellente, qu’à part les sons aigus je ne percevais plus ceux que je devais percevoir. Quand j’ai expliqué le bordel sonore, l’infirmière m’a dit de ne pas m’inquiéter, qu’avec du repos ça reviendrait normalement. Parce que moi, je bossais là-bas deux mois et demi. Comment ça se passe pour mes collègues qui y bossent à l’année ? À quel moment ils vont se reposer ? À quel moment les dégâts de ces alarmes deviennent irréversibles ? De la même façon qu’ils ont attendu qu’un collègue se fasse cogner pour nous envoyer un vigile trois jours (sans doute pour qu’on l’ouvre pas trop), ils attendent quoi ? Que trois caissiers perdent l’usage d’une oreille ? Tout ça parce que c’était pas concept de mettre un panneau « sens interdit » comme dans environ toutes les autres enseignes ? Et quel recours pour ces gens-là que le système finit par persuader que c’est « normal » que ça fait partie du taf, tout en continuant de leur en demander plus sans augmenter ni les salaires ni les effectifs ? Et puisqu’on en est à lever le point, que dire de ce genre d’enquêtes qui font purement et simplement froid dans le dos et font que tu te réjouirais presque de ta situation ? Désolée pour cette minute pseudo-révolutionnaire, mais ça m’a tellement débecté de voir quelle peu d’estime finalement on accorde aux humains dans ce genre de boîte, de voir à quel point le système est pensé pour que tu trouves normal de ne pas avoir de pause, pour que tu en arrives même à en vouloir au collègue qui ne veut / peut pas terminer trente minutes plus tard. Ça m’a énervée de voir comment finalement, on finit tous par perdre ce qu’on a de meilleur pour ne finalement qu’être des espèces de machines, un bon élément du système, sur lequel on crache, mais qu’on continue quand même d’entretenir, persuadé de ne pas avoir d’autres choix… et j’avoue qu’aujourd’hui, je me pose justement beaucoup de questions sur la possibilité d’autres choix justement… J’ai pas de réponse. Tout ce que je sais c’est que y a plein de gens qui sont coincés dans ces systèmes et qui n’ont pas la possibilité de penser à d’autres issues, parce que quand t’es dedans, tu n’as absolument pas le temps d’y penser. Si tu arrives déjà à continuer d’en rire, à continuer d’être respectueux envers tes collègues et les clients, et bien c’est déjà énorme.

Désolée pour ce petit encart de sériosité, je ne m’y attendais pas moi-même, fallait que ça sorte. Alors histoire de détendre l’atmosphère, parlons de compacteuse maudite voulez-vous ! Parce que pour en revenir à notre auto-laveuse : bien sûr si c’est mal entretenu, ça entraîne des pannes qui auraient pu être évitées. D’un autre côté… si vous veniez réparer quand on vous dit qu’il y a un problème, peut-être que le problème n’empirerait pas jusqu’à ce qu’il faille purement et simplement changer la putain d’auto-laveuse ! Et j’ai pas fait de grandes études de chef, mais je sais que la banque est toujours gagnante : si vous préférez laisser l’auto-laveuse se détériorer, alors même que nous avons signalé un problème que nous ne pouvons régler, jusqu’à devoir la changer, c’est que vous estimez que vous perdez moins d’argent à remplacer la dite auto-laveuse plutôt que de la réparer. Alors venez pas me péter les burnes comme quoi l’auto-laveuse elle coûte tant et que j’ai intérêt à la laver correctement avec les larmes de mes yeux parce que y a un moment c’est quand même un peu facile de tout jeter sur la gueule du salarié tout en bas de l’échelle ! Parce que c’est ce qui s’est passé cet été. Dès la mi-juillet, on a commencé à signaler des défaillances de l’auto-laveuse (pourtant neuve). Comme souvent cet été, on a pris un putain de vent. Nous avons donc doublé les mesures à faire pour l’entretenir, histoire d’être sûr. Mais ce qui devait arriver finit par arriver, et à la mi-août, on aurait aussi vite fait d’organiser un combat de catch dans la boue entre le rayon poisson surgelé et pastis que de passer l’auto-laveuse. Il a donc fallu la changer. Et ce même si nous avons bien suivi tous les petits protocoles d’entretien.

Quand j'attends que l'auto-laveuse se remplisse...

Quand j’attends que l’auto-laveuse se remplisse… « Une bonne sieste te fait sentir mieux, mais pas seulement. Elle permet aussi de réduire le temps de travail »

Et quand on en a eu fini avec l’auto-laveuse, c’est la compacteuse qui s’est mise à faire des siennes… Pour ceux qui ne savent pas (ou qui n’ont pas lu The Punkedelike Circus, dans lequel un compacteur fait disparaître des artistes de cirque incapable…)(c’est mon site, jme fais de la pub si je veux), un compacteur, ou une compacteuse (le genre de la chose n’est pas vraiment arrêté… j’ai entendu l’un comme l’autre…), c’est une grosse machine qui écrase. En fonction des lieux, elle va écraser les ordures courantes, ou dans notre cas, les cartons. En gros ça te fait des cubes d’ordures, ça prend moins de place. Un jour, une flaque d’huile fut découverte sous la dite machine. Ce qui est quand même rarement bon signe. Et puis, la machine a commencé à faire du bruit;.. beaucoup de bruit… C’était vraiment impressionnant. Au choix, tu avais l’impression d’une chose à l’intérieur qui hurlait, ou d’un être vivant qui se faisait écrasé. En plus d’être un bruit extrêmement désagréable à l’oreille (parce que jusque là comme vous l’avez bien compris, on manquait de bruits extrêmement désagréable à l’oreille)(les parenthèses ne suffiront jamais à porter toute l’ampleur de mon cynisme sarcastique)(et pourtant j’en mets beaucoup…). Bien évidemment, nous avons cherché la cause du problème sans la trouver. Nous l’avons signalé. Et histoire de changer les bonnes habitudes, nul n’est venu. Bordel, on aurait eu plus de chance de recevoir de l’aide si on était une sonde spatiale perdue dans une putain de couronne d’astéroïdes ! En rentrant, alors que j’en parle à ma famille, mon frère suggère alors la chose suivante « elle est possédée ! C’est le démon qui cherche à se frayer un chemin jusqu’à nous ! Fuyez pauvres fous ! » À partir de ce moment, il était évident qu’il s’agissait là de la seule explication pertinente et qu’aucune autre suggestion n’était valide. J’en ai fait part à mes collègues, tout en suggérant un sacrifice, qu’il aurait suffi de jeter dans la compacteuse, afin d’apaiser la bête. Pour une bête raison de droit du travail (son décès n’était pas encore officiel à ce moment-là), on ne m’a pas autorisé à jeter un collègue ou un client. Je fus moulte déçue. On a donc continué à ne pas comprendre ce qui se passait. Le matin elle était à nouveau silencieuse, et au fur et à mesure de la journée, le bruit revenait et s’intensifiait, jusqu’au moment où on commençait à purement et simplement s’inquiéter de la voir nous exploser à la gueule. Puis elle n’a plus fait de bruit. Puis elle n’a plus marché du tout. Voilà, à force de ne nous envoyer personne, on avait gagné le jackpot. Plus rien ne marchait. Aucune commande ne réagissait. Même arrêter / redémarrer ça ne marchait pas. C’est te dire… On a appelé. Et alors là, accroche toi bien à ton slip, tu sais ce qu’on nous a répondu ? « Ça ne fait pas 48 heures, on ne vous enverra personne avant ce délai. » DONC, que je récapitule : nous sommes un magasin côtier qui bats des records de CA, pourtant tout le monde s’en bat de ce qui nous arrive, et en plus il est évident que cette augmentation violente du CA va de paire avec une augmentation non négligeable du nombre de cartons à compacter ALORS COMMENT ON FAIT QUAND LA COMPACTEUSE EST MORT À 10H DU MAT ?? Et on ne nous a jamais envoyé personne. On en a chié pendant deux jours. À force d’appuyer sur tous les boutons dans tous les sens possibles, les collègues ont réussi à la relance. Sans qu’on sache ce qui merdait. Sans que personne ne bouge son cul pour régler le problème. Alors, vraiment, avant de faire porter la responsabilité du non entretien du matériel au petit personnel, va peut-être falloir se remettre en cause deux secondes et demi sur la gestion générale du putain de bordel ! Et peut-être aussi arrêter de nous prendre pour des cons. ÇA ça serait top.

Parce qu’on va taper une dernière fois sur les chefs (mais c’est leur boulot, c’est ce qui justifie leur salaire). Une fois n’est pas coutume, on nous a rabaché les oreilles je sais pas combien de fois d’une « visite » (si tu as lu « inspection », non tu n’es pas pris d’une subite et violente dyslexie, tu as juste toi aussi appris que plein de mots avaient des synonymes inattendus et non validés par l’Académie Française)(qui de toute façon ne valide pas grand chose, mais c’est un autre sujet…). Parce que nouveau magasin, ils ont fait venir les chefs mag de toute la côte ouest pour faire de la pub sur comment ça allait partout maintenant. Et des responsables de ci ou ça en cravates qui ne se présentent jamais et pensent que tu vas tout lâcher pour leur serrer la main (non je n’ai pas pris un malin plaisir à mettre deux fois plus de temps à mettre mon vin en rayon, c’est pas mon genre. Je voulais impressionner le grand chef, parce comme il se présentait pas bah moi je pouvais que supposer que c’était le Super Méga Patron et alors il fallait bien que mes bouteilles soient parfaitement parallèles les unes aux autres, pour le « facing »)(je pourrais faire un article entier sur l’anglicisation des termes de travail… tu veux ?). Et un jour on nous annonce donc la visite du Grand Chef d’Allemagne (ces Allemands ils ont des noms bizarres quand même…). Branle bas de combat et tout le monde sur le pont. Pendant une semaine on récure tout de fond en comble, limite si on nous fait pas faire les joints du carrelage à la brosse à dent (mais pourquoi on se ferait chier à ce point sur ce foutu carrelage alors qu’ils l’ont même pas fini et que c’est pour ça qu’on peut pas le nettoyer correctement ?), on niquel tout. Le tout avec blinde de pression et de stress qu’on se balance à la gueule les uns les autres parce que tout le monde commence à être plus qu’épuisé et à ne plus pouvoir tenir ses nerfs. On se répartit en binôme, et on attaque la mise en rayon. Au bout de dix minutes, appel de ma responsable au micro pour nous demander de virer nos bouteilles d’eau du PC. Pour info, quand tu es en caisse, tu peux avoir ta bouteille d’eau à porter de main, c’est facile. Quand tu es sur le terrain, c’est un peu plus compliqué. Du coup, la plupart d’entre nous laissait sa bouteille  côté du PC, une espèce de bureau avec plein de trucs utiles, dans la réserve. Ce qui nous permettait de l’attraper assez vite en passant. Et bien figurez-vous que pour le grand chef d’Allemagne, ceci est du bordel non désiré. Et franchement, ça m’a putain de gonfler. Il a fait super chaud tout l’été, ces putain de polos de merde sont hyper chauds… Je trouvais à la limite de l’irrespect que d’un coup on nous demande de virer notre eau pour la mettre dans un endroit difficile d’accès (soit la laisser à un collègue en caisse où on ne va jamais du coup, soit en salle de repos un étage et un coup de badge au dessus de tout ça). Ma responsable était elle-même bien emmerdée « Moi tant que c’est pas le bordel et qu’on peut travailler, ça me dérange pas ». Bah non… tant qu’on en a pas 400 000 et qu’on en fout pas partout, c’est de l’évidence. Mais non. Pas de bouteille d’eau en vue pour le Grand Chef d’Allemagne. Et respirer ? On peut aussi dans le magasin ? Ou l’oxygène est réservé aux clients et nous faut qu’on sorte ? Oui bien sûr, uniquement par derrière, en passant par le local poubelle pas de problème… La santé du salarié, c’est définitivement pas concept. Bref, ce jour-là j’ai pas pu boire assez, je suis rentrée avec des chevilles qui avaient doublé de volume. Autant vous dire que ça ma mise de bonne humeur.

Quand j'en ai marre et que j'envisage de refaire le lidl à ma façon.

Quand j’en ai marre et que j’envisage de refaire le lidl à ma façon. « Bon, j’ai dû faire quelques petites « modifications »…. mais ton bureau ikea est fini maintenant ! »

Mais on ne va pas s’arrêter là ! Non non non. Comme les grands chefs allaient venir, il fallait éviter de dépoter. Alors dépoter, c’est quand tu bourrines un peu au moment de la mise en rayon, histoire de ne pas mettre un carton en reliquat alors que tu sais que l’article se vend très bien et que d’ici ce soir le carton en trop sera déjà quasi écoulé… Et bah là non. Et ça n’a l’air de rien… mais en plein été, on dépote beaucoup, mais genre BEAUCOUP. Résultat ? Avec ma binôme d’amour, on s’est donc retrouvé à faire de la triple manut car la boîte de notre palette de gâteaux ne passait pas sans dépoter… et pareil pour le vin… Au moment où on fait le vin, on nous demande de vraiment nous faire chier à tout refaire les facings tout bien (les bouteilles le plus avancées possible vers le client et les étiquettes vers lui aussi)(ce qui ne l’empêchera de toute façon pas de ne pas lire le bon prix alors que tout est bien écrit mais bon faut avouer que c’est plus joli)(t’as vu j’ai progressé pendant l’été sur l’appréciation de l’esthétique du magasin !)(la cote de parenthèse est un bon indicateur de la cote de sarcasme). Et puis d’un coup on nous dit de ranger la palette parce qu’ils arrivent alors faut faire de la finition. et c’est la panique et on a blinde de reliquat et je me retrouve toute seule pour ramener du reliquat de bouteilles qui cassent sur une palette non filmée en réserve alors que tout le monde me dit d’aller plus vite. BONHEUR. Et puis on attaque la mise à plat… encore… Et finalement, on nous fait lâcher la mise à plat pour retourner sur la mise en rayon parce que finalement… ils viendront pas. Non, je ne me suis pas énervé. Je suis restée très calme. Et j’ai explosé de rire. Parce que y a un moment je vois pas ce que tu es sensée faire d’autre. Des moments comme ça, on t’a tellement mis la pression, tellement tiré sur les nerfs, tellement rogné sur ce que tu pouvais être… que vraiment, à part rire, il reste rien à faire.

Et c’est sans doute la raison de ces chroniques. Même si pas toujours de qualité, et souvent plus sarcastique que vraiment drôle.

Donc bon, si vous avez suivi mes aventures tout l’été, vous l’aurez compris : soyez gentils avec votre caissier ou caissière. On vous demande pas de lui raconter votre vie ou de lui faire des cadeaux. Un bonjour un merci quand vous demandez un renseignement. Ne soyez pas Bouton d’Or, toujours à trouver que c’est trop ou pas assez. Vous ferez du bien à un être humain et au final vous y gagnez aussi… Et puis sinon bah… vous prenez le risque que le caissier ou la caissière écrive un blog et ainsi de vous retrouver affiché devant tout l’internet. TU RENDS COMPTE ! Alors dis bonjour. Namé. En plus, c’est contagieux des fois, ça désamorce certains clients comme ça ! Je compte sur vous pour être des héros du quotidien, ça demande beaucoup moins d’effort que d’être un héro de film d’action, et ça coûte vachement moins cher (surtout si tu profites des promos correctement tu vois).

Cet article est encore une fois dédié, et encore plus que les autres, à mes collègues avec qui j’ai quand même pu faire quelques beaux souvenirs, bien rigolé, et sans qui j’aurais sans doute fini par envoyer de la cervelle de fada sur les murs… Une grosse pensée et plein d’admiration pour vous. Du courage à ceux qui retournent à la case recherche de taf. Une bière à mon prochain retour par là-bas !

Je vous fais un gros Wall of Death à tous
Et on se retrouve bientôt pour d’autres aventures (parce qu’il m’est déjà arrivé plein de choses en deux semaines) quelque part sur  Facebook et twitter.

 

La Dame du Gifi

Le soleil me tape sur le crâne. À peine cinq minutes de boulevard et je sens déjà mes cheveux brûler sur le sommet de mon crâne. J’ai la tête en mode plaque à induction… Deux heures à tuer, j’ai oublié mon casque. Perdu l’habitude de la ville, perdu l’habitude de l’avoir sur la tête à peine la clé dans la serrure de l’appartement. Je ne sais pas si je cherche à fuir la chaleur ou le bruit dehors. C’est peut-être un moyen de faire taire le bruit dans ma tête que je finis par atterrir à Gifi, une façon de borner l’univers, compter les conneries, étudier chaque objet jusqu’à ce que le vacarme finisse enfin par revenir à un niveau humainement supportable.

Je cherche des conneries à offrir. Le genre qui fera les potes. Ou qui pourra faire office de surprise glissée dans une enveloppe. Beaucoup de couleurs. De gadgets tellement inventifs que je suis bien incapable de comprendre le pourquoi du comment. Des objets inutiles. Des voix qui sortent de téléviseurs planqués dans des coins d’allées, vantant les mérites de tel ou tel produit. Je leur répondrais bien que ce n’est jamais qu’une serpillière à frange, et qu’à part une mop de chez MacDo, on fait difficilement pire niveau pratique et efficacité. Mais il paraît qu’on n’est pas sensé parler avec les voix qui viennent de téléviseurs planqués dans des coins d’allées. Peut-être pour la même raison que petits on nous dit de ne pas parler aux étrangers : on finit par manger des bonbons qui laissent un goût amer…

Je traîne mollement entre les rideaux, les bougies parfumées et la vaisselle. Je regarde le prix des verres. Mais j’ai pas besoin de verre, l’appart est meublé. Peut-être des shooters, j’ai toujours pas de shooters. Je me rappelle la soirée où ce terrible constat a été fait, j’en ai toujours pas acheté depuis. Je me rappelle les shooters à même le bouchon de la bouteille après les soutenances. Je flotte entre sourire du souvenir et appréhension du mois de septembre quand je réalise que la voix me parle. Je croyais qu’elle parlait toute seule. Elle a dû changer d’adresse en cours de route et me voilà nommée destinataire exclusive et aléatoire d’un soliloque intérieur.

La Dame est blonde, d’un vieux blond qui lui voile son âge réel. Elle s’appuie sur un croisement de déambulateur et de panier roulant. Leggin imprimé noir et blanc, des triangles, des lignes je crois. D’habitude j’aime bien les lignes. J’aime bien essayer de relier les formes en essayant de ne faire qu’un seul trait. Ça aussi ça calme le bruit : trouver la ligne parfaite. Sauf que ça ne se fait pas sur les gens. Sauf que je ne sais pas où regarder. La Dame me parle en regardant dans ma direction mais sans me voir, me montre des choses sans me laisser les voir. Dans sa nuque un tatouage. Ça a dû être un code barre je crois, en un autre temps un autre lieu, je suis presque sûre que c’était un code barre. Souvent la nuque, cette forme-là, c’est pour faire un code barre. Mais le tatouage a bavé. Sans doute à force de rester au soleil des jours et des jours entiers comme celui-ci, le tatouage a fini par baver de tous les côtés, jusqu’à ne plus être qu’un vieux rectangle baveux au remplissage déplumé. Si c’était pas aussi moche, la symbolique frapperait. Ou alors c’est peut-être le fait que ça soit moche qui rend la symbolique aussi forte… enfin en même temps un code barre niveau artistique ça reste limité..

La Dame cherche un économe. Elle proteste, trouve que ceux-ci sont trop chers. Elle m’en montre deux, un noir, un marron. Mais j’ai à peine le temps de voir. Elle dit que le noir est plus hygiénique. J’essaie de comprendre en quoi. Je réponds vaguement « oui c’est vrai, le bois ça moisit… » Mais combien de vrai bois dans un économe en bois ? De toute façon elle écoute à peine, hoche la tête pour valider ma déclaration comme si je venais d’énoncer l’un des plus grands secrets de l’univers. Un genre de vérité absolue qui pourrait soigner même le pire cancer en phase terminale. La dame enchaîne aussitôt. Elle me dit qu’elle n’aime pas les autres… vous savez les… c’est large… et moi j’ai besoin de mettre mon pouce pour guider la lame… alors c’est pas pratique… j’aime vraiment pas… Encore une fois je hoche la tête en signe d’acquiescement. Je dis que oui, c’est vrai c’est pas pratique ces trucs. En vrai, je n’ai aucune idée de ce dont elle parle. Mais sans doute que c’est pas pratique. Au final elle compare les prix, c’est cher, trop cher pour ce que c’est. Elle dit que ça devrait être à 1€, 1,50€ peut-être, mais pas 2, encore moins 3. Je hoche la tête. C’est quoi le vrai pris d’un économe ? C’est quoi la vraie valeur d’un économe ? Est-ce que seulement quelqu’un sait combien ça devrait coûter pour de vrai un économe ? Et elle change d’économe tous les combiens ? J’ai traîné le mien pendant des années, j’en ai changé uniquement parce qu’un ancien coloc s’est barré avec… pas vraiment une cause d’usure… à part pour mes nerfs… mais bon toute façon ce mec c’était un connard, mais c’est pas la question. Parce que la dame cherche du couteau et qu’apparemment elle trouve pas ce qu’elle veut. Je comprends pas ce qu’elle veut, alors je peux même pas l’aider. Toute façon mes yeux sont fatigués alors je peux pas voir aussi loin…Elle en trouve, elle dit « c’est des couteaux à steaks », moi j’en sais rien, jamais fait la différence. Toute façon, j’ai pas les moyens d’avoir plein de couteaux différents, couteaux à pain couteaux à beurre couteaux à steak… puis j’ai pas les moyens du steak non plus. Je pourrais sans doute acheter les couteaux qu’elle tient, mais j’aurais pas grand chose d’autre à leur faire découper que l’espace dans le tiroir à couverts.

Finalement, elle les repose. trop cher. « Vous connaissez Action ? _Non… _Il faut que vous y aller ! Vous verrez après vous vous demanderez comment vous avez fait pour faire vos courses ailleurs ! » La Dame commence alors à m’expliquer… Son débit s’est soudain accéléré. Son visage s’est ouvert. Enfin elle se tourne franchement vers moi. Fini le trois quarts timide, bienvenue à la franche discussion. La Dame veut m’expliquer, elle veut que je comprenne. Elle me raconte… un exemple, il faut un exemple pour que je comprenne pleinement… elle parle de la laine, la pelote achetée au Tissu du Renard, la pelote 250g pour 1€… et bien à Action, la pelote 500g, moitié moins chère, 50 centimes, ou 99 centimes… Moitié prix je vous dis ! Je suis fatiguée, j’ai d’abord l’impression qu’elle se fait avoir pour 1 centime de différence, tu parles d’une économie… Je passe à côté de l’économie. Sans doute parce que je découvre au passage qu’on vend les pelotes de laine au poids, moi qui pensais que c’était à la longueur… quand j’y repense, c’est quand même beaucoup plus logique… Elle me dit qu’il faut y retourner régulièrement parce que souvent ils ont des nouveaux produits. Bon sans doute la laine elle vient d’Irlande ou elle sait pas où, mais c’est pas pareil… Et puis c’est comme Lidl où leurs produits viennent d’Allemagne et ils sont très bien… Putain même un jour de repos l’enseigne en bleue et jaune me colle à la peau comme une vieille sueur de canicule… Je lui souris. C’est drôle comme énoncé comme elle fait, on dirait que l’Allemagne est régulièrement associée à des produits de mauvaises qualité… sans compter que les produits Lidl n’ont d’allemand que le mode d’emploi… ou le nom sur le carton… au moins maintenant je sais dire « asperge » en allemand… Spargel… Il faut que je sache où c’est. Sans doute pour me remercier de mon grand secret de l’univers, cette révélation sur le bois qui moisit, à son tour, la Dame souhaite m’offrir son secret. « Vous savez, tout le monde galère, mais c’est pas forcément facile de trouver les bonnes adresses ! » Alors elle m’explique. À chaque étape du trajet elle s’assure que je visualise toujours le lieu. En vérité, je n’ai aucune idée de ce dont elle parle… je ne connais pas, ou plus, assez bien cette ville et je ne vois que dans un flottement les lieux qu’elle évoque. Je culpabilise aussi un peu, parce qu’en vrai, je m’en fous… je serai partie avant d’avoir eu l’occasion d’aller y voir.. Mais je ne veux pas décevoir la Dame du Gifi. Alors je me concentre et j’essaie de repérer les lieux qu’elle me décrit, j’essaie de forcer ma mémoire à retenir, peut-être qu’à un moment, j’aurais une illumination et je saurais d’où elle parle. Je mémorise au mieux. Je mets mes pas imaginaires dans ceux creusés par son soudain enthousiasme. Elle s’est redressée, n’a plus l’air d’une petite vieille. Son corps se dénoue un peu. J’observe la transformation à mesure qu’elle me dessine le chemin, je retiens.

Finalement, elle fait mine de s’en aller. Elle peine à partir. Comme si j’étais une amie perdue de vue depuis longtemps qui elle était tombée au hasard et qu’elle n’était pas sûre de recroiser de si tôt. Elle me dit au revoir trois fois. Je souris à chaque fois, lui souhaite une excellente journée aussi, à chaque fois. Peut-être un peu déformation professionnelle. Peut-être juste parce que j’ai vraiment envie qu’elle passe une bonne journée, cette Dame et ses secrets pour vivre un peu mieux. Alors que mes yeux reviennent sur les lignes baveuses ancrées dans sa nuque, elle se retourne une dernière fois « Merci beaucoup en tout cas ».

Pour quoi ?
Je ne sais pas. Je remercie en retour. « Si on se recroise un jour, vous me direz si vous avez fait des affaires ! Vous me raconterez » Je promets. Peut-être un peu hypocritement : promesse facile, il faudrait que je revienne ici, que j’aille au dit magasin, puis qu’on se recroise… Statistiquement, on frise l’impossibilité.
Toutefois… si lors de mon prochain périple ici, je finis par aller me promener là-bas, et si plus tard je la recroise… sûr que je lui raconterais. J’espère juste qu’à ce moment, j’aurai quelque chose à raconter.

« Merci beaucoup »

La théorie du chorizo et ses mignardises…

Aujourd’hui, un énooooorme pot pourris de phrases de clients, de saloperies diverses et variées, sans oublier les blagues pourries et les questions connes bien sûr !

Quand j’arrive sur le parking du boulot, et qu’il est blindé, alors qu’il devrait pas l’être… « Arrivé jusqu’au boulot, mais tenté d’appeler pour dire que je suis malade alors que je suis sur le parking »

Remontons un peu en arrière, car j’avais oublié de vous parler de ça… (ou plus exactement, j’étais prise dans le tourbillon de ma vie avant de tomber dans un grand trou noir baptise « déprime devant l’inutilité fulgurante de ma vie »)(une destination que je ne vous recommande guère pour vos vacances !) Pour la réouverture du magasin, Monsieur Lidl, qui ne manque décidément jamais d’idées pour nous pourrir la vie, avait mis en place des bons de réductions.Le genre de trucs qui ne cause absolument aucun problème et qui fait que tout se passe bien. Nan j’déconne ! C’était la grosse merde. Un genre de samedi du mois d’août mais qui aurait duré les deux premières semaines de juillet. Si vous n’avez jamais eu l’occasion d’utiliser le moindre bon de réduction, voici comment ces petites choses fonctionnent : sur le bon, est indiqué le montant (en général ça se compte en centimes), sa date de validité, les conditions d’obtention (certains produits ou marques uniquement, ou bien telle quantité du même produit, produits complètement exclus du bon). Les bons lidl obéissaient donc aux conditions suivantes : 5€ pour 30€ d’achat, 7€ pour 50€ d’achat, deux premières semaines de juillet, hors alcool, uniquement dans le lidl où je travaille. Des conditions plutôt simples, tout est indiqué sur le bon. Sauf que, comme toujours, je suis une grande naïve (et toi aussi lecteur) : bien entendu personne ne l’a lu. Donc une semaine avant la date indiquée, qui était pourtant indiquée en gros dessus, les gens ont commencé à nous présenter leurs bons, que nous avons refusés. Certains ont ri de leur inattention, nous disant qu’ils reviendraient à ce moment-là (noooooooooon). D’autres ont râlé « putain vous faîtes chier franchement, comme si ça changeait quelque chose ! » Bah oui, ça change quelque chose. Il y a une règle, qui est clairement indiquée qui plus est, elle est faite pour être respectée. Comme toutes les règles. Qui plus est, comme Monsieur Lidl n’est pas trop là pour faire des cadeaux à la plèbe, il nous faut justifier toute réduction offerte, donc, tous les bons de réduction doivent être conservés. Et si on se trompe, on se fait taper sur les doigts. Parce que comme d’hab, si la règle est enfreinte, ce n’est pas le client qui se fera engueulé, ça sera le caissier. Alors forcément, oui, les règles, on les respecte. Mais tout ça n’est qu’un modeste échauffement !

Bien entendu, il y a eu tout ceux qui m’ont présenté le bon de 7€ de réduction alors qu’ils étaient loin des 50, là aussi ça a râlé. Mais passe encore. Parce que le hors alcool par contre, il était écrit un peu plus petit. Du coup ça demandait un effort (nous sommes des monstres placés là pour pourrir la vie du client, rappelez vous !). Alors forcément, personne, absolument personne n’a fait attention. La première fois que j’ai dû refuser un bon pour cette raison « mais en quel honneur ! vous faîtes chier franchement, c’est bon pour 5€ ! ». Putain, quand je pense que je me faisais chier à repérer si oui ou non on atteignait les 30 ou 50€ minimum d’achat hors alcool pour faire au plus simple, et que je me faisais insulter quand c’était pas le cas… Mais on en a eu des encore mieux ! Une cliente revient me voir après avoir été rangé ses courses dans sa voiture, elle me tend son bon « J’ai oublié de vous le donner, vous pouvez me faire la réduction ? ». Tu veux pas 100 balles et un mars tant que tu y es ? Je réponds donc poliment que non, ce n’est pas possible, ça ne marche pas comme ça. « C’est votre faute toute façon vous allez trop vite alors vous devez prendre mon bon ! » De deux choses l’une… Certes, je fais en sorte de respecter les cadences imposées par Monsieur Lidl, sauf que si je vois que la personne en face ne peut pas suivre le rythme, je ralentis car ça ne sert à rien : je serai obligée de l’attendre pour le règlement, les produits s’entassent, augmentant le risque de casse ou de les abîmer, et ça peut mettre certains clients de (très) mauvaise humeur. Je nique donc un peu ma prod pour m’adapter au client en face et compenser en « satisfaction » du client, et accessoirement, limiter mes chances de me faire insulter, ou de devoir perdre du temps, et donc encore plus de prod, à nettoyer pour eux. Donc venir me dire que je vais trop vite n’est pas un argument valable avec moi. Qui plus est, comme j’ai de toute façon dû l’attendre pour qu’elle paye, elle avait tout le temps de sortir son bon. Ce qu’elle n’a pas fait. Si elle avait effectivement sorti son bon mais que pour une raison X ou Y je suis allée beaucoup trop vite et que je ne l’ai as enregistré, là oui, c’est ma faute, je trouve une solution pour réparer. Mais là… bah t’as oublié t’as oublié, qu’est-ce que tu veux que je te dise ?? En plus, je veux dire, la nana a pris le temps d’aller ranger ses courses dans sa caisse, pour revenir me foutre son bon sous le nez et me dire que j’avais oublié. J’ai horreur de ça. J’ai horreur qu’on m’accuse ou qu’on m’engueule pour des choses dont je ne suis absolument pas responsable. Si bien que comme je devais justement sortir de caisse à ce moment-là, je l’ai plantée là avec son bon et je suis partie passer mon balais. Non mais.

Mais encore mieux ! Parce que certains n’ont vraiment peur de rien… Au tout début, genre le premier jour, toute l’équipe n’avait pas encore repérée que c’était hors alcool, et c’est justement suite à ce connard cette mésaventure que tout le monde a bien enregistré l’info. L’homme en question passe à la caisse d’une collègue, il en a pour presque 70€, uniquement de vin. Ma collègue l’encaisse et puis d’un coup, alors qu’il allait partir, le mec sort son bon et lui colle sur la gueule en exigeant qu’elle l’enregistre et donc lui rembourse les 7€ de réduction. Elle essaie d’expliquer que ça ne marche pas comme ça, mais le mec lui balance tellement qu’il est dans le commerce et que si, il sait que c’est possible qu’elle finit par douter et appelle une responsable (parce que toute façon elle aurait eu besoin pour faire la manip). La responsable vient et lui dit la même chose. Le mec continue d’insister et refuse de bouger. La chef mag finit par s’en mêler. Au final, il a fallu rembourser tout le caddie pour réencaisser tout le caddie et enregistrer le bon de réduction. Une heure après, une autre responsable signale que l’alcool est hors conditions. Voilà comment à force de gueuler, de faire chier, d’insister, tu fais buguer toute une équipe. Conclusion : arrêtez d’être gentil, soyez un connard.

Quand à 8h10 les clients sont déjà tous collés aux portes alors qu’on ouvre à 8h30. « Servante ! Pourquoi mon petit déjeuner au lit n’est pas encore prêt ? »

Et justement, vous vouliez devenir un Parfait Connard mais vous ne savez pas trop comment vous y prendre ? Ne vous inquiétez plus lecteurs ! Le client lidl est là pour vous ! C’est parti pour le pot pourris… (cette expression n’a jamais aussi bien exprimer ma pensée…)
Comme le système ne nous met pas assez la pression niveau productivité, certains clients se disent qu’ils en rajouteraient bien une couche. Ainsi, un jour la chef mag m’appelle pour me demander de commencer un peu plus tôt le lendemain. Ainsi, au lieu de commencer à 8h15, je commence à 6h. Joie. Je mets le frais en rayon (rejoie). J’ai fini un quart d’heure avant l’ouverture tandis que ma collègue chargée de mettre en rayon le non-food (le rayon « bazar » où les articles ne sont là qu’occasionnellement, on reçoit des nouveaux produits tous les lundis et jeudis) galère un peu. Je viens donc l’aider à terminer. Sauf que nous n’avons pas réussi à finir avant l’ouverture du magasin alors même qu’il nous restait une palette et demi. Sauf que, pour le non-food, certains se pointent au magasin dès 8h10, histoire d’être sûr qu’à 8h30 ils puissent se jeter sur une des 50 paires de cisailles qu’on a reçues. J’imagine qu’à 8h40 ils sont déjà en train de tailler leurs haies… ha bah non, en fait ils ont pas de haie. En fait la cisaille va dormir dans un cabanon à jardin au toit qui fuit pendant des mois, même que presque un an après, ils se pointeront au même lidl avec leur cisaille non entretenue et rouillée en exigeant un remboursement parce que la qualité lidl c’est vraiment de la merde. Mais je dérive (pour changer…). Donc nous galérons légèrement. Heureusement, c’est une collègue avec qui je fonctionne assez bien en binôme, donc on arrive quand même à s’organiser pour aller au plus vite. Mais enough is never enough et nous sommes harcelées par les clients « vous avez pas reçus ça ? y a rien dans la case… ». Si un jour en jeu de rôle vous vous retrouvez avec un perso catégorie « client lidl » sachez que vous avez des stats de merde niveau perception de votre environnement. Au bout de la quatrième fois qu’ils te font le coup, t’as juste envie de dire « mec, y a des box vides avec l’affiche du produit que tu veux, des cartons partout, dont plein non ouverts, et deux filles qui courent dans tous les sens, soit pour disposer les dits cartons, soit pour les ouvrir… que peux-tu déduire de ces informations subtiles ?? » Je ne sais pas mais moi quand je fais mes courses, que je suis dans un rayon ou des gens sont en train justement de mettre en rayon, si mon produit n’est pas là, j’en déduis que soit c’est en rupture totale, soit juste pas encore là… Et si seulement ça s’arrêtait à cette question con ! « Bah vous pouvez pas me le sortir maintenant ? jsuis pressé ! » Mais bien sûr ! Je vais me niquer le dos à dégager les cartons tout au-dessus de celui où il y a le produit que tu veux pour tes beaux yeux… Aller, passons que tu demandes par curiosité parce qu’on sait jamais (et c’est vrai que quand on peut, on fait, ne serait-ce que parce que ça les fait décoller de notre palette), mais t’en as qu’insistent ! « non mais vraiment, j’ai pas que ça à foutre moi ! » Parce que moi je suis en train de me toucher la nouille là… et on continue, parce que c’était vraiment une matinée merveilleuse. Ce jour-là, on avait aussi reçu… genouillères, coudières, poignetières (si si), pansements anti-ampoule, sparadraps, compresses… et fallait que je m’amuse à foutre tout ça dans le même bac alors même que c’était pour certains des tout petits cartons pas de la même taille les uns que les autres… bonheur (non, je n’ai pas fini par tout jeter comme une grosse bourrine argant que les clients mettraient tout en bordel en même pas une heure)(bon d’accord si jlai fait, mais j’ai d’abord bien mis les cinq premiers, mais le sixième était de trop…). Les espèces d’atèles de genou et compagnie étaient déjà en rayon, je mettais le reste (les trucs bien chiants). Un couple de petits vieux vient pour une atèle de genou. Elle me demande à quoi équivalent L XL et compagnie en taille… truc que je ne sais jamais déjà quand moi je me choisis des fringues. Je ne peux donc guère l’aider à part en lui indiquant ce qui est plus petit que l’autre. Elle relève un peu sa jupe et me montre son genou « à votre avis il me faut quelle taille ? ». …. Aller, encore une fois on va dire pourquoi pas… elle aurait pu tomber sur quelqu’un avec « l’oeil » qu’il faut pour les tailles et qui aurait pu la conseiller. Pas de chance, c’était moi, la borgne de service sans vision D ni perspective et absolument aucun intérêt pour la cause vestimentaire. Je réponds gentiment que je ne peux malheureusement pas l’aider, qu’à la limite, j’allais pour proposer une solution bis quand monsieur a balancé avec un sourire goguenard « non mais laisse elle sait pas, elle a commencé hier, ou alors c’est pas son rayon 😀 ». Mais oui, vas-y, déshumanise moi je vais mieux pouvoir t’aider oui ! C’est bien connu, quand on manque de respect aux gens soudainement ils ont des idées qui fusent. J’ai balancé un « non ELLE sait pas et ELLE a encore du boulot » avant de planter les gens et mon sixième carton pour aller mettre les fameuses cisailles en rayon.

Si vous voulez être un connard, la déshumanisation ça marche super bien comme vous pouvez le voir ! Parler à l’autre à la troisième personne marche bien. Une variante c’est de vous foutre ostensiblement de la gueule de cette personne quand elle ne peut clairement rien faire, ou qu’elle n’a pas le droit de répondre. Ça marche bien aussi. Un jour comme ça, alors que j’étais sur le frais (décidément), je galérais foutrement avec mes cartons (paye ta narration redondante…). Étagère du bas, j’ai le corps à moitié dans le frigo, j’essaie de trouver une façon de positionner ma tête et mes épaules pour que mes bras puissent dégager les cartons du fond. L’opération est un peu délicate, et chiante, et prend un peu de temps. Environ deux-trois minutes. Certains clients voulaient des produits sur les étagères du haut. Un client respectueux de ma personne aurait gentiment attendu deux minutes que je finisse de galérer pour accéder à son produit. C’est d’ailleurs ce que voulait faire madame quand elle a vu monsieur s’engager « mais attends qu’elle ait fini ! _Barf ! Elle a l’habitude qu’on l’emmerde c’est bon » … Dis moi connard de merde, tu veux pas t’essuyer les pieds sur mon dos non plus tant que tu y es ? Parce que le temps qu’il se décide (parce qu’en plus il hésitait entre le sandwich de gauche et le sandwich de droite bien sûr), moi j’étais coincée dans l’étagère du bas, le dos tordu, les bras en train de forcer pour maintenir mon équilibre et la prise sur le carton que j’allais pour remettre en place mais que je ne peux plus remettre en place parce que je ne peux tout simplement plus bouger. Mais c’est normal parce que « j’ai l’habitude » ??? Connard, va bien te faire éviscérer en enfer, mais t’inquiète ça sera pas grave, ils ont l’habitude d’éviscérer les gens en enfer. Putain, si les quinze personnes avant toi elles grillent le feu rouge, tu le grilles aussi parce que tout le monde en a rien à battre de mettre les autres en danger ? Les gens sont cons putain les gens sont cons…

Quand tu te rappelles qu’on t’a fait signer un avenant à ton contrat attestant que tu respecteras le SBAM, et que d’ailleurs les portes menant au magasin sont ornées de miroirs indiquant « souriez vous entrez en scène »…. « allez, sois mignon, c’est dans notre contrat ! »

Certains se croient tellement tout permis qu’ils n’hésitent même plus à rentrer dans les espaces pourtant clairement identifiables comme privés. Cela fait déjà deux trois fois qu’on doit faire sortir des clients de la réserve. Non contents de rentrer dans la boulangerie, certains vont jusqu’à te chercher dans la réserve parce qu’ils veulent « du pain pour leur chien ». Et pour vous dire à quel point ça ne leur pose aucun soucis, quand on leur demande de sortir de là, leur première réaction n’est pas de s’excuser; tel un gosse qui se rappellerait soudainement qu’il n’a pas le droit d’entrer dans le bureau, leur première réaction, c’est de rappeler leur demande. Ils sont tellement sûrs de leur bon droit qu’ils sont choqués du fait qu’on commence par leur dire de sortir. Ils insistent et insistent et si limite s’il faut pas qu’on les vire à coup de balais, ce qui bien sûr nous vaut de nous entendre qu’on n’est pas aimables.

Et on peut continuer hein… L’autre jour, grosse grosse journée… un truc de fou. Des files d’attente qui s’étiraient jusqu’à la moitié du magasin… J’étais persuadée d’embaucher à 13h. Je dis bonjour à un collègue que je croise et qui limite me traite comme le messie « ooooh ! la relève ! », je lui demande donc de m’expliquer la matinée… j’ai aucun mal à le croire dans la mesure où à 13h ils sont encore à six caisses et les files sont longues. En regardant sur le tableau des tâches, je réalise que je devais commencer à 13h30. Je ressors pour demander à mon collègue où est la responsable, histoire de savoir si elle veut que je prenne en avance « non mais demande pas ! s’il te plaît pointe ! ». Devant le bordel, je ne me fais pas prier… Du coup, en début d’aprem, je me suis retrouvée à faire plein de petites tâches diverses histoire de remonter le magasin (en gros le remettre en ordre). Je me fais bien sûr à chaque fois alpaguer par des clients qui me reprochent le chaos de la matinée, ou bien me reprochent de ne pas savoir ce qui s’était passé le matin… ce qui bien sûr me met d’excellente humeur. Dans mes missions, on me demande de passer l’auto-laveuse dans tout le magasin. L’auto-laveuse, cet espèce de gros veau super chiant à manipuler au milieu des clients. Un vrai bonheur. Je ne vais pas vite. Mais comme toute l’équipe est déjà hyper stressée de sa matinée (et te rebalance donc son stress dans la tronche), que les clients n’en ont rien à foutre de ta gueule, ce qui devait arriver a fini par arriver. En voulant tourner, j’ai tapé le pied d’un client qui me coupait devant. Je roulais à deux à l’heure, donc je ne pense pas lui avoir fait très mal, mais quand même. J’arrête tout, m’excuse (trois fois), lui demande si ça va et s’il y a besoin de nettoyer ou désinfecter. Si je peux comprendre que cela soit agaçant ainsi que le fait d’être en tort, je ne suis pas sûre de pouvoir cautionner la réponse suivante « non mais putain vous êtes vraiment trop con ! c’est de l’incompétence ! même pas foutue de faire un truc simple ! pis toute façon vous avez pas à faire ça à cette heure-là ! ». J’ai redémarré l’auto-laveuse et je me suis barrée sans un mot de plus. J’espère qu’il y avait une plaie et qu’elle va s’infecter. Na.T’auras une bonne raison de te plaindre si ta jambe est gangrenée !

Tiens d’ailleurs, avant l’auto-laveuse, ce jour-là, on m’a demandé de faire la mise à plat dans le frais (ce rayon me suit jusque dans mes rêves, faut que j’en fasse une nouvelle d’ailleurs…). La mise à plat, c’est quand on enlève tous les cartons vides, qu’on reconditionne ceux qui restent et qu’on range la merde laissée par les clients (parce que pour faire trois pas pour remettre ton article à sa place quand tu peux l’abandonner là ?) Alors que j’arrive enfin au bout et qu’il me reste à finir le rayon des yaourts, un homme ventripotent se sépare de son groupe d’amis parce qu’il veut des yaourts nature. Je suis un peu speed parce que j’ai bien compris qu’il fallait tout faire très vite alors que le rayon est dans un état désastreux. Du coup, je suis un peu hyper concentrée sur ce que font mes bras et mes mains et j’oublient un peu le reste du monde. Si bien que je n’entends pas tout de suite les « hey ! hé ho ! » sur ma gauche. Quand je les entends, je me dis d’abord qu’il appelle ces potes parce que quand même, on en est quand même pas à m’appeler comme si j’étais un chien. Bah si. Du coup ça m’a énervée, alors j’ai mis un point d’honneur à ne pas sortir la tête de mon frigo alors même que les « hého ho ! » continuaient. Quand je suis enfin sortie pour passer au suivant, le mec me balance limite son paquet de yaourt dans la gueule « hé ! Les yaourts là, ils sont sucrés ou pas ? » Je suis prodigieusement agacée de la situation. Ça fait deux minutes que le mec me hèle comme un chien pour une information qu’il pourrait avoir par lui-même ? « Je ne sais pas. Si c’est le cas ce doit être écrit dessus. _Je sais pas lire. » Trop bonne trop conne, je me sens stupide. Sur le moment, prise dans le stress de l’après-midi infernal qui s’annonce, je ne me dis pas « s’il savait vraiment pas lire, il le balancerait pas comme ça, rappelle toi quand c’est vraiment arrivé quelqu’un qui nous a demandé quelque chose de con parce qu’il savait pas lire ». Et puis j’ai pour principe de toujours commencer par croire les gens. Donc je dis que non ils ne le sont pas. Comme je le vois reposer son paquet du coin de l’oeil, je me dis qu’il en cherche peut-être des sucrés, et comme je me sens toujours cons de l’avoir envoyer chier s’il savait vraiment pas lire, je prends deux secondes pour lui indiquer où en trouver des sucrés « oui oui j’ai vu ». Pauvre connard de merde. Le mec en question avait décrété que je ferais le taf à sa place, alors voilà. Le mec n’avait aucun problème à perdre trois minutes de sa vie pour m’humilier pour son plaisir. Trop cool. Sans parler des gens qui ne peuvent vraiment pas lire…

Quand au final, j’ai bien envie de dire aux clients d’aller se faire enculer à sec, mais comme j’ai pas le droit je trouve le moyen de les planter dans leurs conneries. « Non je ne remets pas en cause ton autorité, tu n’en as aucune ! »

Et puisqu’on en est à parler des gens qui te hèlent comme un chiant… Une autre journée de fou (on les a un peu beaucoup collectionnées… d’où, paradoxalement, le manque d’article, comme vous pouvez le voir, j’étais plutôt d’humeur à arroser les gens de napalm que de mon humour noir dévastateur)… Je pointe à 10h, après avoir regardé sur le tableau des tâches, je vois que je suis en caisse. Je sors de la réserve pour trouver la responsable du coffre et récupérer mon caisson. Je n’ai pas fait deux pas hors de la réserve « hep hep hep ! ». Super. Je m’en vais donc voir les gens, qui bien sûr ne daignent pas me dire bonjour, « y a pas les prix ! c’est quoi les prix des abricots ? _Je ne sais pas, je vais aller demander en caisse et je vous dis ça. _Tant que vous y êtes on veut le prix des melons et des pêches ! Y aucune affiche dans votre rayon ! » Regard sur ma montre, il est 10h02… la journée sera longue. Je m’en vais en caisse, salue mes collègues, leur demande les tests prix nécessaires, écrit le tout sur mon bras parce que je sais que j’ai le temps d’être arrêté quatre fois avant de retrouver les clients en question, ce qui laissera le temps aux chiffres de complètement se mélanger dans ma tête. « Quand même. Et sinon l’autre jour on a acheté un filet de pêche, le lendemain elles étaient quasiment toutes pourries ! Vous faîtes quoi dans ce cas ? » Bah je remonte le temps, puis je bloque tes pêches dans un autre espace-temps pour qu’elles pourrissent moins vite. J’avais surtout envie de lui dire qu’elle avait qu’à mieux choisir. Comme jusque là je n’avais eu ni bonjour, ni s’il vous plaît, ni excusez-moi, ni merci… je l’ai plantée là. « Je suis désolée, des tris sont faits régulièrement pour éviter ce type de désagrément. Malheureusement moi je ne peux rien faire de plus. Bonne journée. » Tu veux me prendre pour une conne ? Pas de soucis, je suis pas contrariante, je serai conne, et je ne ferai aucun effort. Merde à la fin. Regard sur ma montre, 10h07. Oh putain…

Pardon lecteur ? Tu es trop jeune pour être un vieux con ? Oh mais ne t’inquiète pas ! J’ai aussi la recette pour être un jeune connard, pas de problème. L’autre jour, j’étais en caisse. Ma collègue me prévient par micro qu’un groupe de petits jeunes va se pointer avec de l’alcool, qu’elle n’a pas tout compris de leur conversation mais qu’elle trouvait ça étrange… une histoire de photo, qu’on n’allait pas poser de question… bref, elle m’enjoint à vérifier les pièces d’identité. Je repère le groupe, et en effet, ce beau monde paraît bien jeune. Genre tellement imberbe que même moi à 13 ans j’avais plus de poils que les mecs à ma caisse. Et effectivement, l’attitude un peu fuyante de qui sait qu’il est pas trop dans son bon droit. Au dernier moment, ils changent pour aller à la caisse de mon collègue derrière, Super Flèche, aka énorme boulet égoïste et non fiable de l’équipe. Ne l’entendant même pas demander de pièce d’identité (sans doute trop pressé d’aller en pause j’imagine…), je me retourne un peu colère et demande à ce qu’on nous présente une pièce. « non mais c’est bon ils sont majeurs _dans ce cas-là il n’y aura pas de soucis à nous montrer la pièce d’identité ». Et nos amis les jeunes ont fait la connerie à ne pas faire : ils se sont énervés. D’expérience, même quand tu te plantes de trois ans, les gens majeurs ne se mettent pas à te traiter de connasse quand tu leur demandes leur papier. S’ils ne l’ont pas ils soupirent, râlent un peu, mais vont la chercher et reviennent. Fin de l’histoire. « Non mais on est majeurs putain ! _Dans ce cas-là montrez-moi une pièce d’identité et nous n’aurons aucun soucis à vous vendre la bouteille. » Là-dessus, la nana me sort son smartphone et me montre la photo du papier temporaire qu’on reçoit après avoir passé le permis, le temps que la préfecture t’envoie le vrai. « Je suis désolé mais ceci n’est pas une pièce d’identité. _Bah si ! Y a mon nom ! Ça dit que j’ai le permis ! _Ce n’est pas suffisant. Ce papier n’est pas une pièce d’identité, il ne comporte ni photo ni date de naissance ni adresse. Qui plus est, une photo ne pourra jamais être considérée comme un papier d’identité. _Bah c’est tout ce que j’ai alors vous vous démerdez vous faîtes avec. _Non. Ce n’est pas une pièce d’identité. En ce qui me concerne c’est non, fin de l’histoire. _Non mais c’est bon elle est majeure putain ! Y a son nom dessus ! _En l’occurrence, rien ne me prouve qu’il s’agisse bien de son nom, de son papier. _Putain vous êtes con ! Hé tu t’appelles bien Ludivine… Ludivine… comment tu t’appelles déjà ? » Ha en voilà un mytho bien préparé ! Je commence à avoir sérieusement envie de leur dire que c’est pas en me gueulant dessus qu’il va leur pousser un poil de slip… Je campe donc sur mes positions, sort de ma caisse et commence les manipulations pour annuler le ticket sur la caisse de mon collègue, histoire de faire comprendre que c’est moi qui commande et que la discussion qui n’avait d’ailleurs jamais commencé est close. « Ouai bah on va aller la chercher la pièce d’identité ! Et ça vous fermera bien la bouche ! _Mais oui, y a pas de soucis Choupinou. Vous nous ramenez une pièce d’identité et je vous vends autant d’alcool que vous voulez. » J’imagine que si la porte coulissante pouvait se claquer ils l’auraient claqué avant de mettre du Maître Gims à fond histoire de faire savoir qu’ils étaient pas contents. Plus tard, je pars prendre ma pause. Au casque, ma collègue, la même que tout à l’heure, m’informe que les ados sont revenus, mais pas avec une pièce d’identité, avec un adulte. Preuve est donc faîte pour toute l’équipe. Quand je reviens, j’en reparle à Super Flèche en lui disant de faire plus attention la prochaine fois… « non mais c’était son père, et il m’a bien dit qu’elle était majeure » Je baisse les bras… y a un moment, qu’est-ce que tu veux dire ? Elle était tellement majeure qu’en rentrant chez elle, elle avait le choix entre sa carte et son père, elle choisit de ramener son père ? Et moi je suis la Grande Impératrice de toute la Chine.

Quand au bout d’un moment, il faut appeler un chat un chat : les clients sont cons et puis c’est tout. « Je pense que je vais renvoyer ce livre à Amazon « Tours d’évasion faciles pour Magicien Amateur » »

Il va être temps d’arriver au bout de cet article avec la fameuse Théorie du Chorizo, baptisée ainsi grâce à mon frère… Une des choses qui m’agacent est de passer mon temps à dire aux clients où sont les choses. Pourquoi ça m’agace ? Parce que si certains semblent vraiment paumés, si d’autres tournent depuis quinze minutes sans voir le truc sous leur nom, ou encore si Monsieur Lidl a décidé que les filtres à café seraient mieux avec l’aluminium et les sacs poubelle qu’avec le café (Monsieur Lidl doit boire du thé) ou bien les cacahuète d’un côté du magasin et les chips de l’autre, l’alcool et le vin d’à côté, la bière de l’autre… certains ne s’emmerdent tout simplement. Quand ils te voient, tu représentent un genre de Lidl Drive à toi tout seul, au point que des fois j’ai juste envie de tendre la main « une pièce pour le guide ». Comment on le sait ? Parce que trop souvent, il te suffit juste de tendre le bras parce que c’est à côté, ou qu’ils viennent purement et simplement de passer devant. Mais je t’entends petit lecteur ! « des exemples ! des exemples ! des exemples ! ». Tu vois comment tu es, en fait tu demandes que ça qu’on te livre l’humanité en pâture… Aller va, si t’as du napalm j’ai des allumettes.

Quand je dois indiquer un produit à un client alors que celui-ci n’est pas à côté, je préfère souvent utiliser un repère plutôt que dire « deuxième allée », je trouve que c’est plus pratique, plus direct. Mais comme d’hab, des fois jme trompe. Une fois donc, une petite vieille vient me demander où est l’huile. Je repère dans ma tête, regarde où on en est « Vous voyez les oeufs là ? _Oui. _Et bien ça sera dans ce rayon-là, juste en face madame ». Elle s’en va donc. Cinq minutes après elle revient me voir « vous vous êtes trompée. Ou Alors ça a dû être changé de place, en face c’est le lait » Ha ouai. J’aurais dû préciser qu’il fallait faire deux pas sur la gauche pour avoir l’huile. Honte à moi.

Une autre fois, alors que je faisais la mise à plat dans le frais (parce que ça faisait longtemps), j’entends une nana dire à sa gamine « non mais je vais pas m’emmerder à chercher quand même » avant de venir me demander où était le truc devant lequel elle venait de passer sans le voir puisqu’elle avait décidé que j’allais le trouver pour elle.

Un autre jour, je mettais le frais en rayon (incroyable non ? ), pareil, la gueule coincée dans l’étagère du bas, à me contorsionner entre deux portes et dix cartons de carottes râpées ou de piémontaise. « Excusez-moi » Oh chouette, une madame polie ! Je m’extraie de mon frigo, j’avais à peine retrouvé un équilibre stable sur mes genoux (parce que je suis accroupie hein, rappelez-vous) qu’elle me colle littéralement un prospectus dans la gueule pour me demander où étaient les tables à repasser, que du coup je ne pouvais pas voir, parce que je vois très mal quand les choses sont à 2 mm de mon visage. D’une, j’ai failli me vautrer, de deux, paye ton invasion d’espace privé… Surtout que si elle avait pris deux secondes pour le lire son putain de prospectus, elle aurait vu qu’il y avait la date à laquelle on les avait. En plus, c’était un mercredi. Alors sans réfléchir j’ai annoncé que c’était pas aujourd’hui, parce qu’on ne reçoit ce genre d’articles que les lundi et jeudi…

Et ce même jour, genre dix minutes après… alors que j’écrase un peu mes cartons avant de partir en pause (parce que j’ai un peu rappelé que j’étais là depuis 5h et que pour une fois j’aimerais bien ne pas me faire avoir en ayant ma pause à 11h…), un vieux me fonce dessus « c’est où le chorizo ? _Vous venez de passer devant… _hahaha » lol.i.lol. Comment on en arrive  la Théorie du Chorizo ? Je suis du genre à beaucoup prendre sur moi. Paradoxalement, je râle beaucoup sur mes machines, mais je perds assez rarement mon sang froid face aux clients, au point que mes collègues savent que je commence effectivement à le perdre, il devient urgent de me faire aller en pause sous peine de voir de la cervelle de fada sur les murs… Du coup, quand je rentre du taf, ou quand je suis avec des collègues à la pause, faut bien que j’évacue. Alors je raconte toutes les merdes, les petits et les grosses, les agressions, les petites et les grosses, jusqu’à ce que mon cerveau puisse à nouveau fonctionner correctement. Donc mes parents et mon frère ont l’habitude de me laisser un temps où je vide juste mon sac en insultant la terre entière et sa mère (carrément, j’ai peur de rien moi). Un jour une de ces conversations s’est fini ainsi :

Mon père : Vivement que t’ais fini de bosser là-bas… y a ta vision de l’humanité, qu’était déjà pas bien haute, qui est en train de sérieusement se dégrader.
Mon frère : Mais non, elle se dégrade pas. C’est tout pareil. C’est juste que maintenant elle a des mots. Tu vois les fois où elle s’énerve parce que la société fait n’importe quoi et que c’est pas juste ? Bah maintenant elle sait. Parce que si les gens ils ont la flemme de chercher le chorizo alors qu’ils passent devant, comment tu veux qu’ils travaillent à la paix dans le monde ?
moi : Putain t’es un génie OO

Bon d’accord, c’est un peu gros. Mais il y a des moments comme ça, où tu réfléchis quand même beaucoup au potentiel des gens… Quand tu les vois te faire un sourire gentil parce que tu viens de te faire lourdement draguer (je vous raconterai une autre fois), ou qu’un vieux à cramer ses fusibles en hurlant, quand ils ramassent un carton abandonné au milieu du rayon, quand ils laissent passer la femme enceinte ou le papy et sa jambe en plastoque sans qu’on leur demande de respecter la priorité, quand ils filent les 10 centimes qui manquent au client précédent, qu’ils te laissent boire un coup d’eau, qu’ils te demandent comment ils peuvent te rendre la tâche plus facile, etc etc c’est con, mais ce sont des actions d’empathie gratuites… Alors qu’à l’inverse, quand ils décrètent que c’est ok de te marcher dessus parce que tout le monde le fait, normal de même pas te dire bonjour, en ont rien à foutre de pourrir la vie, t’humilient pour leur plaisir, te rabaissent au stade de machine, t’accusent de tous les mots de la terre…  bah perso je me dis que j’aimerais pas que ma vie dépende de leur forfait téléphonique. Et voilà donc la Théorie du Chorizo : certaines personnes considéreront que c’est toi à de trouver le chorizo pour elle, de le couper et compagnie, et d’autres t’en proposeront une tranche.

C’est donc sur cette pseudo philosophie de comptoir que je vais vous laisser ! L’article est long, mais encore une fois, j’en ai laissé plein de côté… Comme toujours, on se retrouve sur Facebook et twitter.

La chanson de la semaine c’est le retour de Dir en Grey que je découvre avec un peu de retard… mais qui fait vraiment plaisir !

Et une découverte musicale grâce à L’Oiseau Lyre

I am one…

Karyn Crisis’ Gospel of the Witches – The Alchemist

La Femme-Pendule, les pieds dans le ciment, écroulée au fond de l’eau, la baignoire est floue dans ses yeux, l’encre de ses bras se dilue le long du carrelage. L’eau devient noire. L’eau devient lourde. Bientôt ne pourra plus respirer. Elle ne bouge plus. Il n’y a plus rien à bouger. Il n’y a plus rien à faire. C’est l’heure. Il est temps. C’était l’heure il y a longtemps déjà. Changement d’heure et fuseaux horaires auront brouillé les lignes un temps infini. Mais rien n’est éternel, pas même l’éternité.

L’uroburos a fini son tour.
Puis le sien.
Et celui d’un inconnu qui passait par là.

Dans les eaux rampent les serpents aux longues dents. Dans les os grouillent les dents brisées. Au moindre mouvement sentir la morsure s’infecter un peu plus. Tu sais hier soir ils ont changé mes dents de place. Alors je pouvais pas aller dormir. Parce que si j’allais dormir, mes dents allaient finir par se déchausser… Alors je les aurais avalées et elles m’auraient déchirée de l’intérieur. Mais comment on sait quel dent va où ? Alors une nuit comme ça, au hasard, de l’intérieur elle s’est déchirée. Les dents étaient tombées. Les eaux ont rampé et les os ont grouillé tandis que les serpents brisaient leurs dents.

Carry me home carry me home

Il n’y avait plus de larmes à verser. Ses yeux avaient oublié quelle procédure il fallait suivre. La Femme-Pendule se desséchait au milieu des océans qui continuaient de monter au coeur de la salle de bain. À quoi aurait servi les larmes au milieu des eaux mortes ? Cette nuit j’ai rêvé en capslock. Le monde hurlait encore et encore. Alors même quand je serai sourde, j’entendrai les hurlements. L’eau ne se fatigue même pas à esquisser le moindre remous. L’eau est plus morte que la morte elle-même. La Femme-Pendule en sourirait presque. Mais les dents pourraient se déchausser.

Carry me home carry me home

Elle sent grouiller. Il suffirait d’ouvrir la bouche. Alors les torrents de vermine se déverseraient dans l’océan de la salle de bain. Peut-être qu’elle serait libérée, enfin, si elle trouvait les moyens de les cracher une bonne fois pour toute ces putains d’asticot. Ou peut-être juste qu’elle serait obligée de comprendre à quel point la pourriture s’était installée jusque dans ses os. Une fois, j’ai dit au médecin que j’avais l’impression que mes os avaient avalé des aiguilles. Le grammage sur l’ordonnance a grimpé. J’ai continué d’avoir mal. Les mots sont morts la nuit qui a suivi. Pourquoi se donner la peine ? 

Carry me home carry me home

L’uroburos refait un tour, resserrant encore un peu plus la corde. Le poids de l’eau augmente encore. Elle ne sait pas. La Femme-Pendule croit se rappeler que quelqu’un avait parlé du silence sous l’eau. Pourtant elle entend les hurlements de Pandore, les mains complètement rongées par l’acide maintenant, et pourtant toujours incapable de sentir la moindre douleur. Elle entend la morte taper sur les murs, suppliant que quelqu’un enfin se souvienne d’elle. La Femme-Pendule en est incapable, le nom a été enterrée… J’ai rêvé que je n’avais pas le droit de sortir de l’ombre des murs. Il a dit que j’avais toujours voulu disparaître. Les voix ont répondu que je n’avais jamais existé. Elle entend le sifflement continu de l’uroburos au plafond, cette façon lancinante de rappeler le temps qui passe alors que plus rien d’autre ne se passe.

Tu n’existes pas.
Tu n’as jamais existé.
Mensonge.

Menteuse.

Carry me home carry me home

L’eau est noire. Elle croupit à vue d’oeil. Ou bien elle l’a toujours été. Il en a toujours été ainsi. Seulement personne ne voulait voir. Ou bien on avait mis en place les moyens les plus sûrs pour tenir l’eau confinée dans les recoins. Alors les os de la Femme-Pendule ont pourri. Ses dents se sont déchaussées. Et la vermine a bouché les trous qui restaient. Elle est folle tu sais. Elle est folle. Elle fait semblant de pas savoir. Elle n’écoute pas. Elle croit que ça suffira. Mais ses dents vont finir par tomber. Elle va se déchirer de l’intérieur. Et la vermine dans ses os pourra enfin se répandre à l’air libre.

J’ai toujours mal.

Carry me home carry me home…

Du coin de l’oeil, loin vers la surface, floutée par l’encre noire dissolue, la Femme-Pendule a cru la voir… Pandore, abrutie par l’amputation forcée, tentait pourtant de ramener ce qui lui restait de vie… Pandore cherchait à nager vers la boîte… Pandore pour une fois avait arrêté son rire en grincement de dents… Sous l’oeil de l’uroburos amusé, Pandore cherchait à changer la boucle…

Carry me home.

Le concept, le pragmatisme et Gérard.

La dernière fois, je parlais de la paranoïa des clients, mais peut-être qu’il est temps que je parle de la mienne. Parce qu’à force de bosser là-bas, je finis vraiment par avoir la sensation que tout est fait pour m’emmerder. Et je ne dis pas ça parce que mon bras droit a l’air de sortir tout droit d’un film de zombis de mon frère après avoir passé deux jours à mettre le frais en rayon. Je dis ça parce que, clairement, les cartons veulent ma peau.

« Quand tu te réveilles le matin en pensant qu’on est vendredi… mais qu’en fait on est seulement jeudi. »

Le nouveau truc maintenant dans ce nouveau magasin, à chaque fois que je signale quelque chose, ou demande une modification histoire de nous simplifier la vie, on me répond de façon quasi systématique « c’est pas concept ». Ha. Passons sur le fait que ça ne veut absolument rien dire (non, on ne peut pas utiliser un nom comme si c’était un adjectif et prétendre que ça fait parfaitement sens. On. ne. peut. pas. Fuck you marketing team…), et faisons semblant que ça veuille dire quoi que ce soit… Je sais, ça demande un effort, mais comme tout mot pseudo-technique employé dans n’importe quel milieu professionnel, à force de te l’entendre répéter, tu finis par croire que ça veut vraiment dire quoi quelque chose. (genre à MacDo, je trouvais très français de dire « je fais la close ce soir ». Voilà voilà)(la domination sera linguistique ou ne sera pas)(et la parenthèse n’est pas domination malheureusement) Commençons simplement voulez-vous…

Maintenant, toute la façade du magasin est une immense baie vitrée, ce que la claustrophobe en moi apprécie moultement tandis que la photosensible en moi le déplore tout aussi fortement. La sortie se fait dans le coin du magasin. En fait avant, on avait un sas de sortie et un sas d’entrée bien distincts, alors que maintenant on a un seul grand sas en coin qui donne d’un côté sur la porte d’entrée, de l’autre sur la sortie (c’est très clair je te jure). Le long de la baie vitrée, deux issues de secours, des portes qu’il faut ouvrir en appuyant sur une poignée. Dessus, il est clairement écrit « issue de secours » à « hauteur d’yeux » (les guillemets c’est parce que l’hauteur d’yeux en question elle est réglementaire, pour ne pas dire réglementée…) en vert. Bien entendu, les issues de secours sont ouvertes dans la journée, sinon ça servirait un peu à rien (mais juste un peu). Et les issues de secours sont mises sous alarme à longueur de journée, si bien que comme n’importe quelle porte du magasin, si on l’ouvre sans le badge, l’alarme sonne. Vous commencez à le voir venir où je prends quand même la peine de vous le raconter ? Aller je vous raconte, j’ai rien d’autre à foutre (à part regarder Indi dormir au bout du canapé, ce qui est tellement mignon que j’ai presque l’impression de ne pas passer un été de merde par excellence). Régulièrement, nous avons donc des clients qui sortent par l’issue de secours, ce qui fait retentir l’alarme, ce qui nous oblige à appeler un responsable pour qu’il ou elle arrête le supplice d’un coup de badge magique. Plusieurs choses… Déjà, que quelqu’un m’explique pourquoi les issues de secours sont sous alarme. Une alarme dans un magasin, c’est pour te faire savoir quand quelqu’un force l’entrée non ? Quelle est la logique ? Qu’on les branche quand le magasin est fermé, là aussi ça a du sens (quoique, j’imagine que tout est centralisé, alors si le mec a niqué l’alarme au centre, il les a toutes niquées non ? genre ça n’arrive pas ça : « mouhahaha, j’ai niqué l’alarme de l’entrée et même celle du coffre ! je suis trop fort ! tiens pour le fun je vais sortir par l’issue de secours » *TULUTULUTULUTLUTUTLUTUTLUTLUTLU* Non, je ne pense pas…), mais en journée ? Quelle est l’utilité d’une telle démarche ?? Qu’on m’explique pourquoi mes tympans méritent pareille agression régulièrement dans ma journée de travail… Sérieusement, je vais me coucher, j’entends encore les alarmes dans ma tête… Que les gosses ne voient pas l’inscription, je peux entendre. Pour certains, elle est genre trois têtes plus haut que leurs yeux… et d’autres savent même pas lire… ou alors pas le français… Quant aux adultes… deux choses. À notre défense : quand vous allez dans un magasin, à part celle des toilettes (si tant est qu’il y en ait), est-ce que vous ouvrez la moindre porte ? Non. Le client étant roi, faudrait pas trop qu’il se fatigue, alors les portes s’ouvrent par magie devant lui. TADA. Du coup, les clients qui sortent par là ne devraient-ils pas tilter que s’ils doivent produire un effort, aussi risible soit-il, pour sortir, c’est sans doute qu’il y a un soucis ? À la défense des clients (autres que les enfants que pour une fois je vais excuser)(après tout leur plus grand crime est d’exister mais à la limite, ça non plus ils y sont pour rien) : il est bien indiqué issue de secours, mais en vert avec une vue dégagée sur le parking gris et les plates bandes vertes, dans une écriture toute fine police 12 (et encore). Du coup, si tes yeux ne tombent pas dessus, je peux entendre que tu ne vois pas l’indication. Bon je peux l’entendre parce que je n’ai pas entendu l’alarme ce matin et que j’écoute du Dir en Grey… parce que dans les faits, cet alarme me vrille tellement la gueule sur le moment que j’ai juste envie de leur éclater les dents sur le mur.

Mais comme un tel comportement ne rentre pas dans le cadre du SBAM, j’ai demandé à ma responsable s’il ne serait pas plutôt possible d’accrocher une affiche rouge sur la porte, histoire que cette fois les gens tiltent vraiment : c’est visible et ça ne bloque pas la sortie. « c’est pas concept ». Ha. C’est quoi le concept ? Qu’on soit tous sourd à la fin de l’été ? Qu’on ait tellement bouffé cette alarme dans la gueule qu’on démolisse le coupable alors que dans le fond l’erreur peut être compréhensible ? Et du coup, un taser c’est concept ou pas ? Non mais je demande hein… y a peut-être une case dans le bon de commande pour ça…


Pendant ce temps-là, dans le salon, mon frère rentre alors que j’écoute Moonspell un peu fort

moi : je t’avais pas entendu rentrer.
lui : non je me doute. 
moi : faut bien que la campagne ait des avantages !
lui : non pis je comprends, t’as des enceintes géantes alors t’es là « oh un peu plus fort, tiens encore un peu plus fort, un petit plus fort encore, bon j’ai les oreilles qui saignent mais on doit pouvoir mettre un peu plus fort »
moi : ah bah comme dirait papa, « les guitares c’est comme les graisses on les aime saturées » ! 


« Je suis à moitié procrastinateur et à moitié sociopathe. Donc je te tuerai demain… ou peut-être le jour d’après. »

Mais continuons donc sur nos bons concepts ! Figurez-vous qu’une poubelle non plus, c’est pas concept. Voilà. Alors qu’est-ce qu’on nous a collé comme poubelles ? Dans le hall d’entrée, nous avons des « poubelles » : dans un renfoncement du mur, vous avez quatre trappes « déchets quotidiens » « papier, carton » « pile » « ampoule ». Du coup vous allez me dire « mais qu’est-ce qu’elle nous chie, elle voit bien que y en a des poubelles ». Ha haha. Que tu es naïf petit lecteur ! Sache que le monde recèle autant de secrets dégueulasses que ces poubelles cachent de merde ! Car si elles ont tout de l’apparence designée de la poubelle « concept », dedans, c’est tout vide. Rien n’est prévu pour un sac, ou un éventuel contenant. Alors qu’est-ce qu’on met ? Des cartons de boulangerie dans lesquels nous sont livrées les baguettes. Résultat ? La poubelle « piles » doit être vidée régulièrement sous peine de ne pas pouvoir la soulever puisque pas de prise (et les cartons lidl c’est pas les plus solides du monde)(mais on va y revenir !). Quant à la poubelle « déchets quotidiens », il faut la vider à la main dans un sac poubelle digne de ce nom parce qu’il faudra quand même recycler le carton. Conseil : mettre des gants. Parce qu’entre les bouts de verre (bande de connards), les canettes pas vraiment finies, les trucs qui ont commencé à moisir et dégouliner, c’est pas trop la joie. Je veux bien que bosser à MacDo m’est quelque peu endurcie niveau dégueulasserie (si toi aussi tu as déjà eu à vider les bacs de graisse des grills, tu sais de quoi je parle), c’est quand même pas la joie quand après faut que tu retournes en caisse. Un vrai putain de bonheur. Changer une poubelle devrait me prendre cinq minutes top chrono. Mais avec ce brillant système très concept, il m’en faut quinze. Vous êtes des génies les mecs ! C’est joli, certes, mais ce n’est ni pratique, ni efficace, et pas tellement hygiénique. Well done.

Mais non, je n’ai pas fini ! Comme ce n’est pas suffisant (parce que dans un monde capitaliste, enough is never enough, on n’en fait jamais assez), il n’y a pas de poubelle dehors du tout. Par contre, il y a un cendrier. Au début, je trouvais ça plutôt bien, ça manquait dans l’ancienne configuration, du coup les gens les jetaient partout et c’était franchement dégueulasse (surtout quand t’es le couillon désigné pour aller ramasser). Au moins maintenant, on en retrouve plus partout. Un bon point pour Monsieur Lidl. Sauf que comme y a pas de poubelle, que se passe-t-il ? Et bien il arrive que les clients n’aient pas l’idée d’abandonner leur ticket de caisse ou la petite merde X ou Y à ta caisse, ou par terre dans le hall. Ils sont pris d’un regain de non connerie, et du coup, ils le mettent… dans le cendrier. Alors là lecteur, il va falloir que tu sois très attentif… À ton avis, il se passe quoi quand on met des bouts de papier dans un cendrier où des gens éteignent leurs mégots ? Ne crois pas que je te pose la question parce que je te crois débile ! Loin de moi cette idée saugrenue, après tout on ne se connaît pas… Mais apparemment la réponse est loin, très loin d’être évidente, alors je me dis que peut-être on pourrait jouer aux devinettes… Eh bien figure-toi lecteur que quand on met des bouts de papier et un élément en feu (même tout petit) dans un tube d’acier, et bien ça brûle. Incroyable non ? En une semaine, ça fait déjà deux fois qu’ils nous mettent le feu au cendrier. Ce qui amuse drôlement la pyromane en moi, mais bon quand même. J’ai donc eu l’occasion de passer pour une psychopathe puis que la conversation s’est déroulée comme suit : une dame rentre un peu paniquée dans le magasin et me saute dessus : « y a le feu ! le cendrier brûle, ça fume ». Effectivement, je constate que ça fume sacrément noir. Deux secondes de réflexion afin d’évaluer le potentiel danger direct… mon cerveau arrive à la conclusion que dans la mesure où le cendrier est un tube clos, le feu va mourir de lui même tôt ou tard, et comme le truc fume comme pas permis, personne ne va avoir l’idée de le toucher, donc personne ne risque de se brûler. J’en conclus que je peux terminer ce que je fais et aller m’occuper de l’importun. « Bah, il va pas aller bien loin de toute façon, je finis de m’occuper de mes clients et j’y vais. » Apparemment, vue la tête de la dame, ce n’était pas la réaction attendue. Ceci dit j’avais raison : dix minutes après même pas, n’écoutant que mon courage, je me saisis d’un seau d’eau ayant contenu des fleurs et m’en vais affronter les flammes. Le combat fut bref, mais elles luttèrent héroïquement. Le souvenir de leur agonie restera à jamais gravé dans ma mémoire, toujours je porterai ce poids sur ma conscience. Attendez je crois que des tartines de nutella m’appellent, je reviens !


Pendant ce temps-là, dans les rues de Nantes, je marche avec ma super copine, quand soudain, elle s’arrête net et s’écrit : « Regarde ! Une librairie ! On y va ? ». Mais que voilà une définition du shopping qui me plaît !


Quand mes cartons commencent à me gonfler et que je leur apprends la vie. « Je pense qu’il a compris la leçon, maintenant il y réfléchira à deux fois avant de squatter le coin de soleil ! »

Cette fin de semaine, j’ai gagné le droit de faire le frais… j’ai eu la joie d’y passer pas mal de temps… un vrai bonheur… comme peuvent d’ailleurs en témoigner tous les points de suspension de cette phrase… Le frais c’est la quintessence de tout ce qui est chiant dans la mise en rayon… Tout y est pour te faire chier… Rotation des produits (dates les plus « loin » dans le fond), « ouverture » cartons à faire (arracher un bout du carton pour que les clients puissent avoir accès facilement au produit, notamment pour les étagères du haut), rapidité obligatoire car chaîner du froid à respecter, palettes mal conditionnées, clients qui se servent directement dessus, et surtout, cartons mal pensés et rayon conditionnés au poil de cul près. Sérieusement, tu sens que le truc est pensé pour qu’il n’y ait pas un millimètre carré sans marchandise proposée à la vente. Tout est hyper serré, des produits sont placés hyper haut (à tel point que j’hésite toujours à faire ma rotation à l’envers, car les clients se serviront dans les cartons du bas de la pile puisque ce sont eux qu’ils atteignent le plus facilement… mais comme je risque d’être la seule à le faire, ça va tout mélanger les dates alors je m’abstiens) et vraiment… ces putains… de cartons… de merde… Bordel mais même le carton il est lidl ! Je vous jure, on la sent l’économie de bout de chandelle sur la matière première ! Les cartons sont fins au possible, si bien que la moindre humidité les ramollit et les fait se déchirer sous le poids des yaourts… ce qui n’est absolument pas un problème puisque comme chacun sait : y a jamais la moindre humidité dans un frigo ! Jamais ô grand jamais ! J-A-M-A-I-S ! MAIS BORDEL DE CONS DE MERDE ! Donc… tu prends ton carton sur ta palette, celui-ci commence déjà à se tordre, se plier. Tu constates qu’il faut que tu fasses une rotation complète, à savoir, sortir les six cartons du même produits déjà en rayon pour foutre le tiens en dessous, puis remettre le tout. SAUF QUE ! Ces six cartons-là, ils avaient eux aussi déjà commencé à se tordre et se plier sur la palette quand ils ont été mis en rayon… et ils sont encore plus humides après le frigo… et comme ils sont serrés ratatinés contre ceux autour parce que limite t’es obligé de les enfoncer à coup de marteau pour qu’ils rentrent entre les références autour parce qu’il n’y a pas d’air du tout ! y a pas un millimètre de marge de manoeuvre ! Alors forcément, bah le carton humide, quand tu essaie de le sortir avec son poids de marchandises dedans, que tu dois l’extirper du rayon plus que le retirer, il se passe quoi ? Bah il se déchire ! Et si t’es un gros winner of da life, et bah des fois, les packs de yaourts dedans, et bah ils font pareil ! Voilà. Tout se déchire sous tes mains au point qu’au bout de la moitié d’une palette tes mains sont bleues à cause de l’humidité et de la peinture des cartons. Et attends parce qu’une fois que tu as quand même réussi à extirper le tout en réussissant à n’avoir aucune perte, sans déloter les yaourts, mais pas sans avoir insulter leurs mères à tous, cartons et yaourts (l’autre matin avant l’ouverture, ma responsable m’entend râler et jurer vertement, mais a eu la bonne idée de me laisser m’énerver dans mon coin), que tu as trié tes dates au cas où la rotation ça serait un peu la fête du slip, que tu as posé le carton que tu voulais mettre en rayon, non sans avoir forcé comme un bourrin, parce qu’en plus les coins des cartons se coincent les uns dans les autres, ou encore dans les équerres des étagères, et bah après, IL FAUT REMETTRE LE TOUT ! Il faut remettre des cartons encore plus humides, encore plus disloqués, encore plus déchirés, encore plus abîmés, dans un rayon tellement au poil de cul que tu te demandes s’il faudrait pas mettre dix plaquettes de beurre en frais magasin direct parce que peut-être ça glisserait mieux, sans te tromper dans l’ordre des dates, avec parfois des clients qui viennent t’interrompre, et la petite voix dans ta tête qui calcule combien de temps ces cartons ont passé hors du frigo, combien de temps tu mets sur ta palette totale et elle se demande à partir de quand tu auras définitivement rompu la chaîne du froid et putain y a un fromage blanc qui vient de t’éclater à la gueule ET BORDEL DE TA MÈRE LA PUTE EN STRING DE BORDEL DE BITE À CUL ! Merde. Même un fist dans un mec constipé ça passe plus facilement bordel. Ha oui pis bien sûr, j’ai oublié de vous dire que pendant ce temps-là, les cartons en question vous déchirent les bras parce que mettre des cartons en rayon c’est encore plus dangereux que de jouer avec un chat.

Alors du coup, forcément, quand je suis levée depuis 4h du mat, que j’attaque la 5ème palette de frais, que mon collègue râle autant que moi (mais pas tout à fait dans le même style, disons qu’il est moins véhément), je me mets à imaginer à quoi peut bien ressembler la réunion des monsieurs en cravate de chez Lidl qui nous ponde ces chouettes petites idées…

« Ouai alors dans la nouvelle version, les frigos, on met des portes ? Aller ! On met des portes ! C’est grave stylé les portes !
_Le truc Gérard c’est que si on met des portes, bah c’est pas pratique pour la mise en rayon… tu sais ils vont pas avoir assez de mains pour les tenir ouvertes, et puis y aura forcément des articles qui tomberont en plein entre deux portes…
_Bah, pendant ce temps-là ils ont pas le temps de lire la convention collective !
_Bien ouèj Gérard ! Comment on fait pour les commandes ?
_Alors moi je propose qu’on leur colle 25 cartons de crème aux oeufs.
_Mais pourquoi autant ??
_Parce que j’adore la crème aux oeufs. Alors il faut qu’ils aient plein de crèmes aux oeufs. C’est bon la crème aux oeufs.
_T’abuses Gérard, ça va les faire chier quand même.
_Mais non ! T’as qu’à les envoyer à la place d’un truc genre les brassés aux fruits.
_Ça se vend pas vachement bien les brassés aux fruits ?
_Aucune idée, j’en achète jamais. Du coup c’est pas trop grave s’ils ont pas de stock.
_D’ailleurs en parlant des stocks, on a réglé cette histoire de date ?
_T’emmerdes pas ! Tu leur envoies trois quatre dates différentes par référence, ça aussi ça va bien les faire chier !
_Putain Gérard t’es on fire aujourd’hui !
_Ouai, j’ai vidé ma corbeille à papiers dans le cendrier !
*rires gras autour de la table*
_Attendez attendez ! Je sais ! Tu sais les cartons pour les bocaux d’anchois ? Pense à les faire tous fins, et surtout, pas assez haut pour empêcher l’anchois de se casser la gueule.
_T’as déjà fait mieux Gérard.
_Ok, alors que dis-tu de mettre tous les cartons de surimis en dessous de la palette, et dessus, on monte des piles et des piles de cartons de salades toutes faites genre piémontaise et autre ? Histoire de les faire voyager jusqu’à la tour de Pise.
_Gérard… t’es un génie… putain, c’est tellement beau quand tu parles j’en ai la larme à l’oeil… »

Je suis sûre que ça passe à peu près comme ça ! Bon d’accord, on n’est pas à la virgule près non plus, mais je suis persuadée que je suis pa loin… Y a beaucoup trop de Gérard à lidl !


Pendant ce temps-là, dans le couloir, mon frère rentre en imitant le chat :

« Je suis làààà ! Est-ce que tu as bien entendu que j’étais là ? Parce que je suis là ! je suis rentré !
_Pourquoi tu fais ton Gribouille ?
_Bah parce que comme t’es toute seule tout le temps à la maison en ce moment, jme suis dit ça se trouve elle en profite pour se balader à poil. Alors du coup je te préviens ! Comme ça on évite les incidents ! »


Aller promis, la prochaine fois on parle à nouveau des conneries des clients… J’avais juste envie de changer !
Comme toujours, on se retrouve sur Facebook et twitter (ce qu’il est un peu con de préciser vu que la plupart d’entre vous arrive de là mais bon, question de principe !)

La chanson de la semaine, le retour de Betraying the Martyrs :

#11 Désexistons… Célibataire, mode d’emploi

Nous revoilà ici !

Je vous peins le tableau : on est dimanche, je suis au milieu de mes sacs, j’attends que mon frère passe me récupérer pour faire les 300 bornes de retour vers la vendée où je passe l’été. Le bougre peut arriver à tout moment alors je ne peux pas trop me lancer dans un épisode d’Orphan Black sous peine de devoir couper mon épisode. Mais comme je suis déjà en train de manger un reste de pizza par terre devant l’ordi, je me demande ce que je pourrai bien regarder histoire de tuer le temps et d’illuminer un tant soit peu la journée. Alors bon, pourquoi pas une comédie romantique à la con ? Si je vois pas la fin pas de soucis, et bon, ça fait pas de mal. Des fois, ma naïveté n’a d’égal que la quantité de vodka dans mon congélo. J’opte donc pour How to be single, ou Célibataire, mode d’emploi en français. C’était tellement merveilleux comme film que j’ai passé une bonne partie du film à pourrir la merveilleuse Lou de SMS, d’autant que ça faisait un bon écho à la conversation de la veille (que nous ne reproduirons pas ici par soucis de décence)(et par respect envers les éléphants). À tel point qu’elle a fini par me signifier que ça ferait un très bon article… C’est elle qu’il faut donc remercier pour cette diatribe que je m’apprête à vomir en ces lieux ! Trêve de présentation, allons-y…

Alison mais qu’es-tu donc allée faire dans cette galère ?

Ce qui est merveilleux c’est qu’on te colle le mot célibataire dès le titre, mais qu’au bout de même pas 30 secondes, avant même la fin de la séquence d’introduction, on a tous compris que tout le monde serait casé, ou en passe de l’être, avant la fin du film (qui fait deux heures). D’ailleurs monde, je te préviens direct, je vais joyeusement te spoiler parce qu’en vrai, il n’y a pas grand chose à spoiler tant tout ça est creux à force d’être rempli de clichés puissance au carré. Des clichés tellement vides et creux que j’ai vu le film y a même pas deux jours mais qu’il faut que j’ai la fiche IMDB sous les yeux parce que je ne me rappelle du prénom de personne. Pire, la madame blonde sur l’affiche, j’ai chopé son prénom juste 10 minutes avant la fin. C’est vous dire le niveau général de cette chose ! Et accessoirement va vraiment falloir en finir avec cette mode des histoires qui se croisent tant qu’on aura pas des scénaristes capables de nous faire ça correctement. Merde. J’ai dit. Na. (j’essaie de me mettre à la hauteur niveau argument, du coup il a été nécessaire que je me pète le genou à la masse, il est possible que la douleur m’égare)

Le film s’ouvre sur Bouc Émissaire (j’ai la flemme d’aller chercher leur prénom, ça leur apprendra à être interchangeable) qui te raconte que y a plusieurs façons d’être célibataire (moi qui pensais que ça consistait majoritairement à ne pas être en couple et que le reste ça s’appelait juste la vie… diantre, j’ai encore rien compris), les bonnes et les mauvaises. Bien entendu, on s’en va t’expliquer ce qui est bien et ce qui est pas bien. Pendant cette petite séance, on voit Bouc Émissaire rencontrer son petit copain : douche publique à la fac, sa serviette s’accroche dans la porte, et comme elle a trois cent milles trucs dans les bras, forcément, elle peut pas trop ouvrir la porte pour la débloquer. Si bien que la serviette finit par tomber, sous les rires de ses petits camarades aussi évolués que des collégiens. Mais ni une ni deux, le Fils de Vitrier (parce qu’on peut voir à travers tellement ce personnage a de charisme) vient la secourir ! Tatatin ! Il la recouvre d’une serviette, la sienne, la protégeant alors des regards moqueurs, auxquels il offre par la même occasion son blanc popotin (à défaut de blanc destrier). C’est cuto-lolilol et c’est l’amour au premier regard. Parfait. Donc un film sur le célibat s’ouvre sur le chevalier qui sauve la princesse… bien bien… Sur l’échelle du facepalm, on est déjà à 1 alors qu’on est à peine à 5 minutes de film. Mais attention ! ellipse narrative ! Quelques années sont passées (combien ? va savoir). Bouc Émissaire et Fils de Vitrier vivent ensemble. Le truc, c’est que Bouc Émissaire aimerait bien vivre un peu toute seule, parce que comprenez, elle est passée de chez ses parents au dortoir de la fac à Fils de Vitrier, du coup elle sait pas trop ce que c’est. Alors faisons un break ! Mais oui vraiment. Je me demande vraiment comment ça va finir un couple qui fait un break au début d’un film avec célibataire dans le titre. Mon dieu ce suspens me tue !

Sur ces entrefaites, Bouc Émissaire trouve un boulot comme assistante judiciaire dans un super cabinet d’avocat hyper prestigieux où les hommes sont des avocats et les femmes des assistantes judiciaires / secrétaires / machines à café. La vie est tellement bien faite je vous jure… Et là elle rencontre donc sa nouvelle collègue : Sidekick. Sérieusement ce personnage ne sert à rien d’autres qu’à donner la réplique à Bouc Émissaire, faire des trucs débiles (mais vraiment), et éventuellement servir de Deux ex machina. Au début tu vois l’affiche, le trailer, et tu es ravie parce que tu te dis que c’est trop cool qu’une femme forte avec des formes comme ça puisse faire partie des persos principaux et tu es contente parce que tu es vraiment trop conne et naïve et putain retourne donc boire une vodka, une anesthésie est nécessaire. Sérieusement, elle fait une taille 50 mais elle a autant de visibilité que le ministre de l’environnement aux USA… Bordel, mais elle le dit elle-même à un moment : « tu viens me voir que quand t’as besoin d’être consolée ! » Bordel ! Mais même les personnages sont réalistes sur leur existence ! Putain film, si t’es pas foutu d’être honnête avec moi tu pourrais au moins être honnête avec toi-même ! MERDE. Sur l’échelle du facepalm, on est déjà à 2, ce qui revient à foncer à travers la porte vitrée alors qu’elle n’était pas ouverte. Mais je m’avance peut-être un peu trop…

Vu que Sidekick lui apprend à faire la fête (ce qui apparemment est synonyme d’être célibataire…), elle lui apprend aussi à gérer la gueule de bois, ce qui consiste majoritairement à se préparer pour la fête suivante…

Parce qu’avant que Sidekick lui apprenne à se beurrer la gueule comme il se doit, ce que vous ne savez pas faire si vous êtes en couple, sachez le, il faut que je vous présente les autres personnages… Pendant ce temps-là, dans un bar, (attendez je leur cherche un surnom, ça demande du travail !) LaPallisse le barman essuie ses verres tandis que Princesse Ecstasy squatte le wifi pour pouvoir surfer sur les sept sites de rencontres où elle est inscrite afin de trouver l’âme soeur. Comment on le sait ? Mais parce qu’elle raconte toute sa super stratégie à LaPallisse. Et alors je vous laisse deviner quel genre d’homme est LaPallisse. Vraiment. Faites au moins semblant. Pendant ce temps-là je me ressers une vodka. Ça y est c’est bon ? Et bien figurez-vous que LaPallisse est un casanova de service allergique à la moindre forme d’engagement qu’il considère comme une putain d’hypocrisie. Ce suspens me tue tellement qu’on va bientôt pouvoir l’ajouter à la liste des façons de se suicider. Alors forcément, c’est un peu le choc des cultures, mais à ce moment le film nous offre l’une des rares scènes qui valent un minimum la peine d’être regardé. On a d’abord le droit au discours habituel du « mais que fais-tu sur des sites de rencontre ? olala, tu es jolie et puis y a plein de gens dehors c’est cool la vie olala reprends un martini », ce qui me pousse toujours à me demander : mais alors, quelle est la bonne façon de rencontrer des gens ? vu qu’apparemment il y en a des mauvaises. Non parce que c’est pas comme si internet avait inventé quoi que ce soit avec les sites de rencontre. Avant y avait des rallies, blind dates, speed dating, réunion de célibataire, club échangiste, ta mère, le rendez-vous des amoureux des figurines en cure-dents, les soirées chez tes potes, une entremetteuse… BREF. S’il est sensé se passer quoi que ce soit entre deux personnes, ne peut-on pas considérer que pour que ce quelque chose se produise, il importe que le lieu / mode de rencontre convienne aux deux parties engagées ? À partir de là, d’où on peut dire qu’un mode de rencontre est meilleur qu’un autre ? Mais bon ne réfléchissez pas trop parce que de toute façon le film ne souhaite pas poser la question en ces termes, et en plus vous allez rater la scène des cacahuètes, l’un des trois moments du film dont je me souviens agréablement (dois-je ENCORE rappeler que le film fait deux heures ?) et ce serait balo. Après cette réplique, Princesse Ecstasy vide le bol de cacahuète sur le bar pour expliquer pourquoi le coup de l’âme soeur qu’on croisera au hasard du rayon saucisse de chez lecler est fort peu probable statistiquement parlant : une fois retirée la moitié des cacahuètes représentant le genre qui ne t’intéresse pas, il faut retirer celles qui sont trop jeunes, celles qui sont trop vieilles, il faut retirer celles qui sont mariées, celles qui ne seront jamais compatibles pour diverses raisons. À ce stade, il ne reste qu’une seule cacahuète, qu’elle écrase pour montrer que sur la partie qui reste, il faut retirer les hommes qui sont plus petits qu’elles, qui n’ont pas le bon taf, etc. Ainsi donc si elle veut trouver l’âme soeur, c’est un peu plus compliqué que prévu mais heureusement, elle a mis au point un algorithme qui va faire le tri pour elle et TADA ! Bon moi j’aimais bien cette démonstration parce qu’elle prouvait surtout que l’histoire de l’âme soeur c’est un peu de la connerie en bar, mais oui bien sûr scénario, ça peut aussi servir à jeter comme ça des compétences informatiques dignes du plus grand maniaque et auxquelles on ne reviendra jamais pour tout le reste, d’ailleurs on comprendra jamais vraiment en quoi consiste l’algorithme en question (genre… lire les profils des gens ? oua. Ça valait le coup de devenir ingénieur en informatique !), mais on le citera à l’occasion. Pointless pointless pointless… Ha et bien sûr on ne sait pas non plus ce que la dame fait dans la vie à part chercher l’âme soeur. Dieu ce que c’est chiant d’être une princesse… j’ai bien fait de choisir la vodka…

Et il me reste encore un personnage à présenter (ne vous plaignez pas je vous rajoute de la substance…) ! Il s’agit de la soeur de Bouc Émissaire, que nous appellerons Indépendantou Presque. Donc, Indépentou Presque est docteur à l’hosto, ou gynéco, ou sage-femme, non ça doit être gynéco vu qu’elle a fait de looooongues études, va pour gynéco ! (Gosh, ce film introduit tellement bien ses personnages, on dirait qu’il les chie…) On la voit alors qu’elle assiste à un énième accouchement où la maman hurle et a besoin qu’on la rassure, elle a peur de se chier dessus au moment de l’accouchement (parce que même pendant que tu essaies d’expulser une pastèque par un trou de la taille d’un citron, tu dois t’inquiéter de ton apparence, et non de ta douleur, ou genre, donner la vie ! merde femme, le sens des priorités). Indépendantou Presque lui raconte des trucs, genre elle s’en fout et tout, et la really-soon-to-be maman lui demande alors si elle a elle-même des enfants. S’en suit donc une tirade sur le fait qu’elle a choisi sa carrière, que c’est trop cool, et puis qu’elle a pas besoin d’un gosse pour se sentir épanouie et puis que bon ça gâche la vie et ça te pourrit le corps, le tout toujours entre les jambes de la nana qui va accoucher d’une seconde à l’autre. Et c’est fou comme tout ça est écrit avec juste ce qu’il faut d’auto-apitoiement et de fausse assurance pour qu’on sente bien que c’est de l’auto-persuasion parce que bordel femme tu vas avoir 30 ans et tu n’as toujours pas procréer ! Ne sens-tu pas en tes ovaires le cri de l’horloge biologique résonner et clamer qu’on lui paie son dû ? Ha ces bonnes femmes j’te jure… Quelques temps (jours ?? heures ?? sérieusement quand on fait mumuse avec les ellipses on donne des indices temporels lisibles ! c’est quand même la base)(pardon parce que ça n’a vraiment pas l’air clair pour ce film : c’est la putain de base merde !), elle fait un check-up avec une jeune maman qui lui demande de garder son chiard deux minutes le temps qu’elle aille pisser. (sur la liste des raisons de ne pas avoir d’enfants, on peut ajouter ça : tu ne peux plus aller aux toilettes comme tu veux quand tu en as besoin) S’en suit une scène où « eh non tu vois ! moi je ne craque pas, je ne te trouve pas mignon ! parce que je suis médecin, alors je sais que ça c’est un tic, pas un sourire et je résiste et je résiste, mais bon quand même t’as des petites jambes potelées et des petites joues et oh putain je veux un gosse » PUTAIN ON L’AVAIT TELLEMENT PAS VU VENIR ! Ha bah si. En fait si. Et ainsi Indépendantou Presque décide de se faire inséminer artificiellement. Voilà. Ha bah je vous l’avais dit, zéro substance. Alors pendant que vous vous servez une vodka, ou tout autre alcool fort à votre convenance, nous allons direct passer au niveau 5 sur l’échelle du facepalm en jetant nos petits orteils contre tous les meubles de la maison.

Princesse Ecstasy et LaPallisse. Avouez qu’il y a dans cette image plus de suspens que vous ne pouvez en supporter et que vous n’en pouvez plus d’attendre que je vous dise où tout ça va.

C’est fait. Je vous ai présenté tous les personnages. Et j’ai commencé cet article il y a trois jours alors je ne suis plus bien sûre de comment je voulais le continuer. Ça promet. Vraiment.

DONC. Bouc Émissaire est embarquée dans une soirée au bar de LaPallisse. Sidekick lui explique que comme elle est une femme, elle n’a pas à payer son verre, un homme le fera. À ce moment j’envisage déjà de boire ma vodka directement au goulot. Histoire de gagner du temps, vu que de toute façon il n’y a pas d’homme dans les parages pour me payer un verre (mais alors comment expliquer l’état de mon foie à la sortie du master ?). Comme de par hasard (haaaan ! ce scénario est tellement bien foutu ! je n’en crois pas mes yeux !), LaPallisse commence à dragouiller Bouc Émissaire, parce que chair fraîche tout ça. Ils filent dans son appart histoire de baiser (on suppose, parce que ELLIPSE !) puis grande conversation sur les relations, parce que bon là elle réalise que c’est nul d’être alone in da wold. Et LaPallisse de lui sortir son grand discours sur comment il est anti-relation et que tout le monde se ment et est hypocrite. Et alors grande leçon du film, voici comment faire tomber les filles (et les mecs tant que vous y êtes) à coup sûr, attention, accrochez vous à votre slip (et pas à celui de l’être désiré)(enfin pas avant d’avoir mis en oeuvre cette incroyable technique, après vous verrez c’est sans soucis) : LaPallisse raconte exactement aux filles ce qu’elles veulent entendre. Et oui ceci est bien un point final. Oui oui, c’est tout. La grand technique du dragueur de service, c’est de dire à l’autre ce qui lui fait plaisir. Voilà. Merci Captain Obvious, on n’y aurait jamais pensé. Je comprends mieux pourquoi j’arrivais pas à pécho avec comme phrase d’accroche « dis donc gueule d’anus, tu sais pas te fringuer alors tant qu’à faire fous toi à poil on verra si t’es sauvable pour la France ». Tout s’explique. Oua. Je sais pas si c’est la vodka mais ce film commence sérieusement à m’éblouir les neurones. S’en suit une visite de son super appartement où tout est prévu pour que les nanas ne restent pas : un frigo rempli de trucs à la con ne permettant pas de faire un petit dej, pas de vaisselle, et il a même trafiqué la plomberie pour ne pas avoir l’eau courante. Ce qui nous oblige à avoir la réflexion suivante : si LaPallisse n’a pas l’eau courante, il doit puer la vieille charogne, ce qui doit faire fuir les filles, ce qui prouve que sa technique « dire à l’autre ce qu’il veut entendre » est putain d’efficace. Ou alors ce film se fout complètement de ma gueule et nous allons passer au niveau 6 sur l’échelle du facepalm en relisant tout ce qu’on a pu écrire (virtuellement ou non) quand on avait 14 ans. Je vous laisse commencer, y a du level de mon côté. Je vous passe les détails mais Bouc Émissaire va ensuite plus ou moins craquer sur LaPallisse avant de tilter qu’elle est toujours amoureuse  du Fils de Vitrier, qui en fait vient lui apprendre que pendant le temps merveilleux de leur break bah il est tombé amoureux d’une autre mais bon quand même il l’invite quand même à leur réveillon du nouvel an et puis il lui répare sa télé pendant qu’elle s’extasie du fait que « you’re so handy » (et non pas la peine de chercher un sous-entendu sexuel, en anglais c’est juste « qu’il sache tellement tout réparer ». Donc oui basiquement « toi homme, toi savoir bricoler, moi femme moi fermer ma gueule ». Voilà. Ne cherchez pas le phallus) avant que finalement elle se mette en couple avec un autre qui finalement la largue parce qu’il a toujours pas digéré la mort de sa femme qui se trouvait aussi être la mère de son enfant. Oui, Bouc Émissaire est un personnage tellement creux que tu fais tomber une bite pièce dedans t’en a pour une minute avant d’entendre le ploc. Soyons clair : tu ne peux pas baser ton personnage juste sur le fait qu’il ne sait pas ce qu’il veut. Ce n’est pas suffisant ! Y a rien à quoi se rattacher ! T’as juste envie d’y foutre des grosses tartes dans sa gueule en hurlant « mais arrête de chialer putain ! ». C’est comme la fin du film… elle se retrouve dans une fête, et comme de par hasard les trois mecs avec qui elle a couché se retrouvent là et elle panique comme une dinde qu’ils puissent se croiser. Mais POURQUOI ? Dans la chronologie des faits, elle n’a trompé personne, elle en a largué un qui est maintenant happy ever after en couple, celui du milieu s’en fout de sa tronche comme de sa première capote et le dernier lui a fait comprendre que c’était mort. Alors c’est quoi ton problème ?? S’ils se croisent il va se passer quoi ? Ils vont réaliser que t’es une adulte libre de faire ce qu’elle veut de sa vie ? Que t’as eu une vie avant et après eux ? WHAT IS WRONG WITH YOU ? C’est quoi le message ? Putain je comprends qu’elle conclue le film en disant que le « célibat c’est bien ça permet d’apprendre à se connaître », bah oui tu m’étonnes ! Ils ont oublié de t’écrire une personnalité hors couple… Just married… ou presque a fait la même chose : un personnage qui ne se connaît tellement pas qu’elle suit bêtement tous les mecs qui la trouvent intéressante avant de s’enfuir en courant. Mais les scénaristes ont pensé à lui construire une vie, et surtout, à un moment, lui donne la possibilité de se sortir les doigts du cul et de se faire une personnalité, une vraie. Est-ce qu’on se tape un plan de Julia Roberts devant le Grand Canyon avec la voix de Julia Roberts en off « c’est trop cool j’ai enfin pu faire ma rando dans le Grand Canyon » ? BAH NON. Pourquoi ? Parce que c’est chiant. Et creux. Ce qui est logique après tout c’est le Grand Canyon (oui je mets mes blagues à niveau).

Changeons donc d’histoire un temps que je me désenerve un peu et parlons de sa soeur… Indépendantou Presque réussit donc à se faire engrosser par du sperme congelé, et histoire de faire genre ce film a de la substance, le premier essai rate tu vois. Histoire qu’on puisse voir qu’elle est triste parce que vraiment elle le veut ce gosse. (mon dieu ces ficelles scénaristiques de la mort sont tellement bien cachées qu’on doit pouvoir s’y pendre 10 fois sans user la dite corde) Une fois engrossée, elle se retrouve à la fête de Noël de la boîte de Bouc Émissaire et Sidekick où elle rencontre un charmant jeune homme qui lui fait de l’oeil que nous appelleront Essaie Encore (parce que moi aussi je commence à manquer d’idée), ce qui selon elle est impossible parce qu’elle est moche vu qu’elle a bientôt 30 ans alors vraiment nooooon (ce bruit c’est ma tête qui s’écrase sur le clavier alors que je tape ces lignes). Ils se dragouillent puis finissent par copuler dans la joie et l’allégresse. Et à un moment, tu te dirais presque que « oh mais tiens donc, ce film essaierait-il de briser les carcans ? » car oui, monsieur est standardiste. Genre dans la hiérarchie c’est en dessous de la secrétaire. Et puis non. On se tape la blague nulle de « comment on dit standardiste au masculin ? », qui soit dit en passant, est encore plus nulle en anglais qu’en français puisqu’en anglais il n’y a pas de genre. En gros, la blague sert bien à t’indiquer que cette position n’est pas habituelle pour un homme, ce qui par effet miroir te rappelle que la position de madame n’est pas habituelle pour une femme, ce qui fait que l’équilibre de cette relation est encore moins habituel. En gros, c’est comme si sur une peinture, le mec avait écrit « rouge » sur le rouge, « bleu » sur le bleu etc. C’est comme si on te tapait sur l’épaule « hey hey hey t’as vu, je suis progressiste ! ceci n’est pas normal mais on l’a fait quand même ! » FILM ASSUME ! Soit tu mets un homme standardiste et une femme chef de service en médecine et tu fermes ta gueule sur le sujet, tu te contentes d’observer ce que ça implique, ce qu’on fait quand on raconte une histoire, soit, tu fermes ta gueule. Juste tu fermes ta gueule. C’est d’autant plus frustrant qu’apparaissent parfois des embryons d’idées intéressantes. Pour une raison X ou Y (pour ne pas dire « parce que ce film est creux et vide et dénué de la moindre substance » parce que je l’ai déjà trop dit), elle ne veut pas lui dire qu’elle est enceinte. D’ailleurs elle imaginait que ça serait juste un coup d’un soir. Mais finalement le garçon reste. Et s’accroche. Alors bon, y a un moment elle peut plus lui cacher. (quand je vous dis que y a du niveau côté ficelle scénaristique) Elle a peur qu’il s’enfuit, mais une fois qu’il a digéré la pilule, il a envie d’être papa. Ils s’engueulent, elle lui balance un « et tu vas faire quoi ? père au foyer _bah oui ! » OH MON DIEU ! Oserait-on ? Ce serait merveilleux ça si un film avait les couilles de nous présenter un père au foyer et une mère chef de service comme une chose parfaitement normale et acceptable. Mais ce merveilleux courage scénaristique dure environ trente secondes.. sur deux heures. Car dès le lendemain, alors qu’ils font des courses pour futur bébé, ils finissent par s’engueuler au sujet de je ne sais plus quelle connerie (parce qu’encore une fois, beaucoup trop de qualité dans ce scénario), ce à quoi il lui répond qu’elle est folle et elle s’énerve « tu ne dis pas à une femme enceinte qu’elle est folle » ……… attendez je vais casser des trucs et je reviens. Non parce qu’avant de m’énerver, tant qu’à faire, faut que j’aille jusqu’au bout du scénario, histoire que je m’énerve tout d’un coup. Ils rompent, il se tire. Ellipse, mais encore une fois on sait pas trop combien de temps passe, puisqu’à part que le temps passe, on a aucune indication de temps. On ne nous épargne pas la traditionnelle scène avec le pot de glace post rupture. Et Indépendantou Presque s’en va accoucher. Le lendemain, par on ne sait quelle faille scénaristique, Essaie Encore rapplique pour nous faire le beau discours de réconciliation doublée de la déclaration d’amour qu’on est sensé avoir tous envie d’entendre un jour (je te fais une explication des ficelles, au cas où elles seraient trop subtiles pour ton taux d’alcoolémie) et le tout se conclue par « alors oui tu es folle, désolé de te le dire mais tu es folle et je t’aime ! ».

C’est bon je peux m’énerver maintenant ?
LES MOTS ONT UN SENS BANDE DE CONS DE SCÉNARISTES DE MERDE.
Il va falloir arrêter de mettre la folie à la place de tous les autres mots que vous pourriez imaginer comme si c’était pas grave. La décision d’Indépendantou Presque de se faire inséminée artificiellement est impulsive, stupide, ridicule, irraisonnée, mal calculée. En aucun cas elle ne relève de la folie. La folie c’est avoir son corps qui dit une chose tandis que la raison dit le contraire et être écartelé entre les deux et expliquer ça par « c’est juste un lundi », parce que c’est normal dans cette réalité. La folie n’a rien de romantique, de drôle, de jolie. Ça n’est pas un compliment. Ça n’est pas synonyme de exubérant, extraverti, extravagant. La langue est pleine de mots, utilisez les. Merde. Dire « t’es folle je t’aime », c’est du même acabit que de dire « t’es un connard je t’aime » ou « tu mens comme tu respires je t’aime ». C’est un handicap, ou un défaut (dépend comment vous voulez le voir), et si vous aimez quelqu’un, peut-être que vous pouvez l’accepter, mais faut arrêter de penser que c’est un compliment. Vous avez déjà dit à une personne en fauteuil « t’es handicapé jte kiffe ! » ? Non ? Bah voilà. Donc, même si elle était folle, ce qui, j’insiste sur ce point, n’est pas le cas, ça n’aurait rien à faire dans une déclaration d’amour, ou en tout cas pas comme ça. Alors maintenant on arrête et on utilise les mots correctement merci.

Et on va direct monter le niveau de facepalm à 8 et aller conduire en sens inverse sur l’autoroute.

Cette scène aurait pu être l’epicness même. Mais non. Je te hais film. Je te hais.

Mais retrouvons Princesse Extasie et qu’on en finisse ! Son algorithme de la mort finit par marcher et elle trouve Le Gars sur un des multiples sites de rencontre où elle est et la voilà en couple et tout est beau et merveilleux. Évidemment elle va beaucoup trop vite (elle a pas réservé les tombes côte à côte au cimetière mais c’est uniquement parce qu’on est à New York et que c’est difficile de trouver un cimetière). Mais bon de toute façon on s’en fout puisque lui il avait prévu de la larguer au bout de trois mois parce que c’est comme ça qu’il fait. Wouahou. Je dirais même. Wou. Ha. Hou. Tant de clichés en si peu de temps… ça devient du sport de haut niveau ! Donc, d’un côté, la femme qui ne peut imaginer sa vie que mariée avec des gosses et la voiture qui va avec, et de l’autre, l’homme, qui utilise les femmes comme des kleenexs histoire de passer le temps (un genre de youporn mais en 3D). Wou-ha-hou. Du coup elle est triste et déprimée parce que c’est la fin du monde et les happy endings ça n’existe pas. Et cette scène aurait pu être tellement plus drôle si ça s’était arrêté là… Il se trouve qu’elle fait la lecture aux enfants dans une librairie. Lecture de conte. Qui doit finir par un… mariage ! Mais oui ! Le truc c’est que dans sa colère post-rupture, comme elle n’avait pas de pot de glace sous la main (Bouc Émissaire et Indépendantou Presque ont déjà tout mangé le budget glace du film), elle a déchiré la fin avec le happy ever after. Du coup, elle improvise et pète drôlement les câbles. Comme quoi la princesse est un mensonge parce qu’elle doit se faire poser des implants et porter des collants gainant qui l’empêchent de respirer pendant que le prince s’en va s’en taper une autre. Si vous ne devez voir qu’une scène de ce film (parce que c’est plus que votre foie ne peut en supporter lors d’un jeu à boire, croyez moi), c’est celle-là. Elle est épique. C’est pas nouveau, mais loin de s’arrêter au simple fait de raconter, on peut voir l’actrice s’arracher les cheveux, défoncer son maquillage et se battre contre son collant avec une paire de ciseaux pour enfants. Ça vaut le détour. J’ai presque ri, mais j’étais déjà trop saoulée du reste. Le patron de la librairie finit par réagir en évacuant les enfants et en disant aux parents que la séance de lecture c’est tous les samedis. Il se retrouve donc seul avec Princesse Extasie « vous êtes vraiment géniale on sort ensemble ? ». Et puis après c’est le grand amour de sa vie.

…….

En fait, je vais me reénerver.
Film, il faut arrêter ce genre de conneries. Vraiment. Tout de suite. Ça fait du mal aux gens ce genre de connerie.
Alors quel est le problème… Princesse Extasie va clairement mal, je veux dire, ça se voit que c’est un pétage de câble à la limite de la dépression (après qu’on trouve le motif de la dépression risible, c’est autre chose, une autre chose qui ne change rien au problème de base). La réaction qu’on pourrait trouver légitime, c’est de lui demander comment elle va,et si elle veut en parler autour d’un café. Par la suite Princesse Extasie va mieux, du coup ils peuvent parler d’autre chose que du fait qu’elle allait mal et oh mon dieu mais en fait vous m’êtes très sympathique, mais il se trouve que vous aussi, on copule ?, hell yeah ! [fête du slip]. Voilà. Mais non. À la place, le film nous propose le dangereux raccourcis suivant : elle pète les plombs de douleur, il tombe amoureux, genre coup de foudre. En résumé, il tombe amoureux de Princesse Extasie qui va mal…. Non mais, je suis la seule à trouver ça extrêmement glauque ?? Que quand tu aimes quelqu’un, que ce soit d’amitié ou d’amour (ou de toutes les nuances entre ces deux-là, ou autour de ces deux-là)(je vous laisse vous démerder avec vos étiquettes), tu acceptes les crises de l’autre, et ça n’entache en rien ce que tu ressens, normal. Même qu’il paraît que ça sert à ça. Genre j’ai des amis chez qui je peux atterrir alors que je prononce maximum dix mots en deux heures pour m’engueuler avec mes lacets tout en surveillant constamment par dessus mon épaule parce que j’ai pas dépassé les deux heures par nuit depuis trois semaines, tandis que d’autres atterrissent chez moi pour pleurer sur mon épaule tandis que je leur raconte des conneries. BREF. J’accepte même qu’on puisse se sentir flatté que l’autre se montre à nous dans ces moments-là : d’une certaine façon c’est une preuve de confiance d’accepter d’être vulnérable devant un autre. MAIS TOMBER AMOUREUX ??? Putain mais sérieux… « tu me montres le pire de toi, et j’en tombe amoureux », j’arrive pas à voir ce qu’il y a de romantique là dedans. C’est dangereux… juste dangereux. Parce qu’on a toujours tendance à vouloir conserver l’image qu’on a de l’autre quand on tombe amoureux, ce moment où il est tout beau tout propre tout parfait. Alors quand cette image c’est toi en train de souffrir tout ce que tu sais et joyeusement péter les plombs de désespoir… tu fais quoi ? Tu restes mal pour que l’autre continue de t’aimer ? C’est quoi le deal ? Alors oui, on a tous eu des potes (homme ou femme) qui tombaient systématiquement amoureux / ses d’oiseaux cassés dans le but plus ou moins conscient de les réparer… mais merde… C’est dangereux. C’est aussi simple que ça. Putain ça aurait coûté quoi de rajouter deux scène : scène 1 elle vide son sac autour d’un café, scène 2 ils se revoient plus tard ça va mieux pis du coup ils parlent de la pluie et du beau temps et c’est trop méga cool. Au stade où on en était. MAIS NON FALLAIT SE TAPER CETTE CONNERIE DE MERDE.

Alors vous allez directement au niveau 10 du facepalm et vous vous enfoncez votre vodka direct en intraveineuse parce que c’est tout ce qu’il reste à faire.

Comme j’en ai marre et que je suis franchement énervée, je vous fais la fin en accéléré.
À la même fête que Bouc Émissaire, LaPallisse veut avouer ses sentiments pour Princesse Extasie (parce qu’on n’avait vraiment rien vu venir), mais finalement se ravise quand il voit qu’elle est en couple. L’Autre Con comprenant qu’il aurait bien voulu qu’il y ait quelque chose, lui fait la grande scène du II genre je suis jaloux si tu l’approches je te pète la gueule, mais bon on est pote pour elle alors ça me fait plaisir que tu viennes au mariage, mais sérieusement jte pète la gueule si tu l’approches… MAIS BORDEL ASSUME ET COGNE OU FERME TA GUEULE. Voilà, parce que bien sûr le fait qu’elle ait fait son choix et qu’elle s’en foute clairement de LaPallisse n’entre absolument pas en ligne de compte parce que TU N’ES QU’UNE FAIBLE FEMME, tu vas quand même pas disposer de ton vagin comme si c’était le tiens merde.

JE N’AI PAS DU TOUT UNE GROSSE TÊTE DE PSYCHOPATHE !

Et le film se termine sur un beau monologue pour te dire que le célibat c’est trop bien et qu’il faut en profiter… pourquoi ? Parce que le couple c’est tout pourri ça te détruit ? Dans ce cas pourquoi on vient de passer deux heures à m’expliquer qu’il FALLAIT être en couple et que les autres modes de vie étaient quand même bien pourris ?

Parce qu’au final…
Sidekick est ridiculisée constamment et n’a aucune crédibilité
Bouc Émissaire est plus vide que les émissions de Cyril Hannouna
Indépendantou Presque finit comme tout le monde par avoir un gosse parce qu’elle peut pas vivre sans c’est une femme
le Fils de Vitrier se remet en couple bien gentiment
Essaie Encore finit par rentrer dans le cadre et on en sait même pas ce qu’il en est de sa proposition d’être père au foyer
Princesse Extasie finit par se marier suite à un coup de foudre arrivé quand elle s’y attendait le moins
LaPallisse renonce à sa vie de Dom Juan pour chercher à se caser car c’est ça la vraie vie (et rétablit l’eau courante parce qu’il a fini par tilter qu’il puait le fennec moisi)

Donc on partait sur un film sur les biens faits du célibat, on se retrouve avec un film à la gloire du couple hétéronormé. voilà voilà. C’était bien. Moi qui voulais me détendre au milieu de mes cartons et ma pizza en attendant mon frère, c’était bien bien raté.
Ajoutez à cela une succession de personnages creux et vides… sérieusement, si tu veux multiplier les intrigues, il faut que tes personnages soient plus denses encore que dans une intrigue simple ! Parce qu’ajouter du vide au vide, ça fait juste plus de vide… Dans le lot y en a absolument aucun de crédible, à part peut-être le père de la gosse qui a perdu sa femme. C’est le seul à être cohérent comme personnage. Ça fait court !

Bref, à part une excuse pour picoler, ce film n’a pas grand chose à offrir… (genre même pas une conclusion digne de ce nom, c’est triste hein ?)


N’hésitez pas à proposer vos films / chansons pour le prochain numéro, en attendant on se retrouve sur Facebook et twitte comme d’habitude !