Expérience 1 : From 7:09 to 10:21

Mansfelt TYA – La nuit tombe

Au premier réveil la sensation est curieuse. Tu baignes dans une bouillie informe et innommable. Tout est lourd et collant. Tout se confond et se brouille. Sais-tu seulement si tu as les yeux ouverts ? Peut-être que oui, et dans ce cas-là la pièce est plongée dans une obscurité plus profonde que tes souvenirs. Une obscurité à dissoudre l’acide lui-même. Une obscurité si épaisse que tu en oublierais presque que la lumière a jamais existé. Ou peut-être que tu as simplement les yeux fermés. Une hypothèse pas beaucoup plus rassurante. Dans cette obscurité poisseuse, tes yeux fermés s’engluent se piègent et s’enfoncent. Tes yeux n’ont aucun sens dans ce monde. Tu sens tes paupières s’accrocher, lutter contre l’effort, quel qu’il soit. Les maintenir fermées relève moins du choix que de la condamnation. Tes paupières fermées comme une subtile torture, un véritable travail d’orfèvre. Faut-il avoir peur de ce que tu ne peux pas voir ou de ne plus jamais pouvoir ouvrir les yeux ? À moins qu’il ne faille craindre autre chose. Après tant de temps à garder les paupières ainsi engluées dans une obscurité en forme de sables mouvants, tes yeux seront-ils simplement capables de voir à nouveau ? Le meilleur moyen de savoir serait encore de forcer l’ouverture non ?

À nouveau tes paupières luttent, résistent et la douleur se répand en toi comme un cri d’horreur dans la nuit. Sourdre floue lointaine et pourtant vibrante puissante et acérée. Tellement efficace que la pensée d‘une nouvelle tentative hérisse ta peau d’une chair de poule bienvenue. Au moins maintenant tu as retrouvé les contours du reste de ton corps. Peut-être que c’est là l’issue, peut-être que c’est ça la solution. Si tes paupières n’ont pas la force de briser l’obscurité, peut-être que le reste de ton corps se montrera plus coopératif.

Peut-être.

****

Au deuxième réveil, il te faut encore plus de temps pour comprendre que tu es éveillé. C’est la sensation d’avoir le sang complètement glacé au cœur de tes veines qui t’alerte. Ton corps tout entier comme un bloc de glace refuse cet état de fait. Ton corps tout entier comme un bloc de glace se rappelle la logique du mouvement, la légèreté. Quelque part au fond de toi se réveille comme la mémoire de l’eau. Aqueux tu étais et aqueux tu devrais être. Ton sang en horreur paniquée cherche un moyen de revenir à l’état liquide.

Voilà qu’il se tord et s’agite en tous sens, cherchant une sortie, une solution, au risque même de perdre toute consistance. Plus exactement, au risque de te voir perdre toute consistance. Si bien que chaque battement de cœur t’arrache un gémissement. La bonne nouvelle c’est que tes cordes vocales semblent en état de fonctionner. La mauvaise c’est que tu peux déjà sentir certaines de tes veines se fissurer. Que veux-tu, on ne peut pas gagner à tous les coups.

La douleur remonte fissures et craquelures le long des artères. Peu à peu, elle vient réveiller autre chose, un autre souvenir que tu ne parviens pas à dater. Peut-être était-ce hier, il y a cinq ans, peut-être était-ce demain. Toujours est-il que tu te rappelles maintenant, ce n’est pas la première fois que tu te réveilles ici. Même si tu ne sais toujours pas vraiment ni où est cet ici, ni ce qu’il est. Tu la reconnais bien maintenant, cette sensation de bouillie, de sables mouvants pris dans une forme d’obscurité à broyer l’acide le plus corrosif. La mémoire de l’eau est infaillible…

… mais pas toujours ponctuelle. Si bien qu’au moment où tu essais de forcer tes paupières à s’ouvrir pour découvrir de plein fouet cet endroit, tu entends à nouveau ce terrifiant cri d’horreur au lointain, toujours aussi flou et sourd, mais toujours aussi tranchant. Dans la seconde ta peau se hérisse à nouveau, produisant les plus vibrants échos à ton sang glacé. Tu te dis que la voix qui hurle ainsi doit sans doute vivre l’enfer, peut-être le même que toi à cet instant.

Quelqu’un devrait sans doute t’avertir que ce cri terrifié de douleur provient de ta propre gorge. Dommage qu’il n’y ait personne.

*****

Au troisième réveil la conscience te revient plus vite. Il faut dire que la douleur se relance comme on appuie sur un interrupteur. En un battement de cils tu retrouves les ténèbres engluées et engluantes, le sang gelé se débattant à t’en briser les veines auquel répond en écho un épiderme en panique envoyant tous les signaux d’alerte dont il est capable. Enfin bien sûr tout cela se passerait en un battement de cils si tu pouvais bouger les paupières et ainsi battre des cils. Bien sûr. C’est souvent ça le problème avec les mots tu sais, ils ne correspondent jamais vraiment à la réalité. Tu vois ils se gèlent dans un coin de la réalité jusqu’à en épouser les contours le plus parfaitement possible, jusqu’à ce que ces contours soient tellement parfaits qu’on n’envisage même plus de les voir autrement. Tu t’y perds pas vrai ?

Tu vois, c’est un peu comme le sang dans tes veines. Il se gèle et se pétrifie parce que c’est ça, la réalité de cet endroit. Une obscurité de sables mouvants doublée d’une solitude à geler une explosion nucléaire en plein vol. Toi, tu te retrouves là, en plein milieu. En plein milieu d’on ne sait quoi on ne sait où. Impossible de savoir ni comment ni pourquoi. Impossible de comprendre vraiment puisque aucun de tes sens ne semble vouloir pleinement répondre à tes questions. Pourtant tu es bien là. Dans cette réalité. Dans cette bouillie sans forme ni nom. Et tu auras beau t’agiter les neurones à chercher des réponses, cela ne change rien. Pas de délai ni de sursis. Dans tous les cas tu appartiens à cette réalité. Et dans cette réalité, ton sang se gèle parce que c’est la seule solution qu’il a pour exister. Si ça fait mal, c’est parce qu’il se souvient. Il se souvient mieux que toi de sa vraie forme. Celle qu’il avait avant, celle qu’il sait être la vraie, la bonne. Il se souvient mieux que toi de la vie avant la bouillie, la vie hors des sables mouvants. Et il essaie d’y retourner. Parce qu’ici il fait froid, beaucoup trop froid. Tellement froid que si on lui disait qu’en échange de te laisser crever là, il pourrait être libre il ferait. Sans se retourner, ni se poser de question.

Tu vois les mots c’est pareil. Tu les gèles, ou bien ils se gèlent tout seul à force de tomber dans des sables mouvants. Bien sûr il y a des moyens. Toujours des gens pour te dire que c’est vivant. Ça n’oublie jamais d’où ça vient les mots. Le sang non plus d’ailleurs. Même que ça fait mal pareil. Et dans pas longtemps, à force de se tordre de se briser de se déformer, ça sera l’hémorragie. Du sang partout. Et ce sans la moindre coupure. Juste l’implosion. Tu imagines ? Là à cet endroit où rien n’existe que le vide sous tes doigts, le sol sera rempli d’un sang gelé, cherchant désespérément à rentrer chez lui alors même qu’il vient de détruire sa propre maison.

Et alors là, combien de mots pour expliquer ça ?
Combien de mots pour la douleur ?
Combien de mots pour la solitude ?
Quels mots pour le froid ?
Quels mots pour le vide ?
Quels mots pour le dégoût du sang qui colle aux doigts ?
Ton propre sang
Tes propres doigts
Tes propres mots ?
À quoi bon les mots quand le sang brise ses propres veines ?

De toute façon, à qui tu irais dire tout ça ? Il n’y a personne. On l’a déjà dit.
De toute façon, où ils sont tes doigts ?

*****

Au quatrième réveil la voix au loin dans le flou hurle toujours ta douleur et ta solitude. Logique, ta voix, ta douleur, ta solitude. Ton sang aura suffisamment gelé dégelé pour modifier les pronoms. Intéressant non ? Pratique surtout. Il y a une facilité directe à parler de tes paupières hermétiquement engluées, de ta peau fissurée par les secousses, de ton sang gelé qui se débat en brisant sans aucune pitié tout ton réseau sanguin, de ta voix qui hurle au désespoir mais ne rencontre aucune autre oreille que les tiennes, qui ne sont même pas capables de la reconnaître. C’est plus simple tu vois.

Comme ça maintenant on va pouvoir parler de tes doigts. Tu sais, ceux que tu ne retrouves pas, ceux dont tu ignores la localisation. Tu sais qu’ils sont là. Simplement ils ne transmettent aucune information. Rien sur la texture du sol, rien sur l’air qui passe, rien sur l’espace disponible autour de tes mains, rien rien rien. Comme si tu baignais dans du vide à l’état pur. Mais là encore, ça ne marche pas. Même le vide produit une sensation. Ou plutôt une absence de sensation. Précision toujours. Quelque chose qui dirait « ici ne se passe rien ». Mais rien. Rien. Rien. Rien. Un peu comme si tu n’existais pas. Absolument comme si tu n’existais pas. Mais c’est une idée absurde non ? Après tout, « je pense donc je suis » et toutes ces conneries. Tellement de mots dans tes veines défoncées par le froid que ça fait mal à crever, comment pourrais-tu ne pas exister ?

Pourtant l’idée reste. Elle refuse de bouger. La voici brique de plomb en travers de ta gorge. Je n’existe pas. C’est tout petit comme phrase. À peine quatre mots. On pourrait débattre sur la définition de « mots » mais par soucis de simplicité, on va dire que ça fait quatre mots, d’accord ? Je n’existe pas. Quatre tous petits mots qui rampent le long de tes cordes vocales et s’incrustent profondément dans toutes les muqueuses à disposition. Tu peux même sentir les mots vibrer à chaque fois que l’air les frôle.

Et toujours ta voix au loin qui hurle, toujours aussi floue, toujours aussi seule, toujours incapable de rencontrer d’autres oreilles que les tiennes.

Peut-être que si tu les bougeais un peu elles pourraient sentir… Tes mains, pas tes oreilles bien sûr. Même si clairement à cet instant T qu’est le nôtre, il est évident que tu ne fais plus très bien la différence. Y en a-t-il seulement une ? Après tout, si tes mains ne sentent plus rien et que tes oreilles sont à peine capables de reconnaître ta propre voix quand elles l’entendent, ni tes mains ni tes oreilles ne remplissent vraiment leurs fonctions. Alors comment faire la différence ? Est-ce que ça vaut le coup de t’embêter à avoir encore deux mots pour deux choses si proches, si similaires ? Est-ce que ça vaut bien l’effort ? Est-ce que ces deux mots valent d’avoir mal comme ça ? Dis-moi, lequel de ces deux mots tu sacrifies ? Des mains ou des oreilles, quel mot veux-tu oublier ? Quelle différence ?

Je n’existe pas.

De toute façon, les quatre dans ta gorge grossissent encore. Ils grossissent et grandissent et monopolisent l’espace. Tu le sens non ? Comment ton larynx commence à s’écraser, compressé par l’œsophage tandis que déjà le fond de ta mâchoire se déchausse tranquillement. Tu sais que si tu avales tes dents, elles risquent de te perforer un organe ou deux n’est-ce pas ?

Remarque cela facilitera la tâche à ton sang qui toujours cherche ton point de rupture.

Dis-moi, est-ce que tu l’entends, ce craquement dans le lointain ? Est-ce que tu te rends seulement compte que tes os sont tous en train de lâcher sous la pression ? Pourquoi est-ce que tu continues de croire que tout ça se passe dans le lointain quand clairement tu n’es déjà plus qu’une épave bouffie par les sables mouvants et l’obscurité de l’acide ? Peut-être que c’est pour ça que personne ne t’entend.

Je n’existe pas.

Les mots toujours plus gros dans la gorge et pourtant tu n’as toujours rien à dire. À quoi ça te sert d’avoir tous ces mots gelés dans les veines si tu n’es pas capable de les cracher ?

Mais vas-y, bouge tes mains. Fais nous rire. Bouge les.

****

Au cinquième réveil c’est l’hémorragie. Enfin. Tes mains sont recouvertes d’un sang granuleux, qui une fois livré aux sables mouvants comprend enfin son erreur. Enfin, parler de tes mains recouvertes de sang, c’est une pure commodité narrative. La formule est entérinée depuis tellement longtemps, c’est beaucoup plus simple ainsi. D’autant que comme tu ne sens toujours rien, que tu ne ferais toujours pas la différence entre une jambe et un poumon, que de toute façon tes mots sont en train de se répandre pour pourrir sur le sol en même temps que tout le contenu de tes veines, qu’est-ce que ça peut faire ? Et d’ailleurs, même dire que ton sang se répand sur le sol est une commodité narrative. Tu vois où tu mènes avec tes conneries ? À des putains de commodités narratives. Nous ne sommes plus que commodité narrative. Tout ça parce que tu es incapable de dire où tu es, où est ton corps, ce qu’il ressent. Incapable d’ouvrir tes yeux, incapable de reconnaître ta propre voix, incapable de savoir d’où ton propre sang s’échappe. Incapable de prouver que tu existes.

Alors maintenant quoi ? Maintenant qui ? Le silence le froid la douleur le sang la voix la peau la peur les mains le vide les mots.

Maintenant quoi ?

Parce que bientôt, quand tes os auront fini de craquer, quand tu ne seras qu’un amas de fragments et de gémissements, la phrase dans ta gorge sera tout ce qu’il restera de toi. Quand tes os seront réduits en poudre et que ton propre sang aura coagulé pour maintenir le tout en place, tout ce qu’on pourra lire sera je n’existe pas. T’auras l’air malin.

Fais quelque chose.

Maintenant.

Alors aussi désespéré que désespérant, au sixième réveil, te voilà enfin qui réagit. C’est plus un vieux réflexe, quelque chose entre un sursaut d’instinct de survie et un spasme post-mortem. Mais quand même. Tu cherches, tu trembles et gémis. Peu sûr de tes mouvements, te voilà enfin prêt au tout pour le tout. Les larmes, le long de tes yeux trahissent l’inavouable de la situation, mais de toute façon, tu ne les sens pas. À quoi bon.

À quoi bon puisque déjà ta main, tes mains, se dressent et cherchent ta gorge. La tâche est ardue. En l’absence de mots définis, ton corps comme un territoire inexploré. Tes mains cherchent la douleur. C’est là qu’il là qu’il faut aller. Chercher la douleur et l’arracher.

La voix au lointain hurle de plus belle, crevant la distance et les tympans. Ta voix au lointain redouble d‘énergie. Parce qu’elle sait déjà, elle a déjà compris.

Dommage que personne ne t’ait prévenu.

Car déjà tes mains plongent aussi profond qu’elles peuvent dans ta gorge. Elles s’enfoncent dans ta chair sans se soucier de la biologie la plus évidente. Quelle biologie peut survivre face au vide ? Tes mains cherchent déchirent détachent arrachent ravagent sans la moindre pitié. Et la voix au lointain hurlant toujours sans plus parvenir à tenir la moindre note.

Sauf qu’elles ne trouvent pas tes mains. Dis-moi, à quoi ça ressemble un mot ? À quoi ça ressemble un je ? Comment elles vont faire pour savoir qu’elles ont trouvé si tu ne sais pas à quoi ça ressemble un mot ? Parce que tu vois sans ça, elles arrachent à l’aveugle. À quoi ça ressemble un mot ? À quoi ça ressemble une idée ? Comment vas-tu faire la différence au milieu de l’hémorragie, des cordes vocales à l’abandon et des chairs atrophiées par la solitude ? Comment tu les reconnaîtras ces mots qui font si mal ? Pourquoi personne ne vient quand ta voix se perd à hurler au lointain ? Pourquoi personne n’arrête la déferlante quand clairement tu te répands au sol ?

Ta voix au lointain n’est déjà plus qu’un écho maladif pris au piège d’une réalité que tu refuses de maintenir. Dis-moi, dans le tas froid et difforme qu’ont créé tes mains, est-ce que tu te reconnais ? Est-ce que tu la reconnais ta voix ? Si elle n’est plus dans le lointain, elle doit bien être là non ? Logique. À quoi elle ressemble ta voix ? Et comment tu sauras que c’est la tienne et pas une autre ramassée au hasard des échos ?

Tu aurais imaginé ça toi ? Être coincé dans une bouillie de ténèbres acides, baignant dans une hémorragie de mots sanguins, tes mains arrachant consciencieusement toutes les muqueuses sur leur passage, ta voix perdue dans un tas de chair trop blessée pour rebondir à nouveau, et toi qui ne pense plus l’espace qu’en terme de douleur. Il n’y a rien à voir parce qu’il faudrait pouvoir décrire, et tu es arrivé au bout des commodités narratives. Ne reste que la douleur pour relier les morceaux de la scène. Ne reste que la douleur pour te rattacher à ce sang sur ce sol que tu ne peux pas sentir, à cette voix que tu ne peux ni reconnaître ni prononcer, à ces mains qui continuent aveuglément.

Ne reste que la douleur.

Je n’existe pas.

La vie est un Tetris lessivé.

Grands Dieux ! Il y a tellement longtemps que je n’ai pas écrit ici. Shame one me. Heureusement, j’ai emménagé dans mon nouvel appart il y a un peu plus d’un mois, et voilà que j’ai déjà de merveilleuses aventures à vous raconter !

Parce que, je n’avais pas emménagé depuis deux semaines que m’arriva cet événement extraordinaire. Il est 20h45, et je me cuisine une petite soupe avec tellement de vermicelle dedans que la cuillère tient toute seule (brave cuillère), quand soudain, on frappe à ma porte. Qu’ouïs-je qu’entends-je ? m’exclamai-je aussitôt (mais dans mon for intérieur, parce que c’est bizarre de se parler tout seul à haute voix)(en langage soutenu, parce que si tu jures comme un charretier c’est normal). À cette heure, je ne voyais pas trois cent raisons pour laquelle on pouvait venir ainsi importuner la préparation du souper (pun intended) : soit la musique était trop forte, soit un voisin était en panne de beurre, ce qui est dramatique. Il était fort peu probable que ce soit la musique, puisque bon, j’avais déjà baissé, et puis c’était jamais que Powerwolf, alors ça devrait le faire. L’hypothèse du beurre semblant la plus probable, j’ouvris la porte pour trouver un groupe de jeunes gens de fort bonne humeur :

« Bonjour, est-ce que par hasard vous vendriez de la drogue ?
_…. euh, non.
_D’accord, merci bonne soirée ! »

Des fois, même les probabilités sont improbables. Du coup, j’envisage de remplacer l’expression « what the fuck » par « ‘est-ce que vous vendriez de la drogue par hasard ». (le « par hasard » est essentiel ! Si vous comptez appliquer vous aussi cette révolution lexicale, ne l’omettez point, vous perdriez tout l’effet escompté)

Quand ma meilleure topine vient m’aider à monter mon clic-clac et qu’elle m’annonce qu’on y arrivera jamais car nous ne portons pas de salopette comme sur le mode d’emploi, mais qu’on y arrive quand même après avoir nous-même percé les trous manquants (« Bon, j’ai dû faire quelques « modifications »… mais ton bureau ikea est fini ! »)

Alors bien sûr, je pourrais vous raconter tous les petits trucs improbables qui me sont arrivés depuis… Et c’est vrai qu’au moment de défaire les cartons, les potes se sont bien marrés d’entendre la liste des trucs bizarres que je trouvais, puisque, rappelons-le, ayant fui mon précédent appartement dans un état de confusion et d’épuisement psychologique assez effarant, les cartons ont été faits… comment dire… et bien ils ont été faits, ce qui était déjà pas mal. Mais mon déménagement n’aurait jamais passé le niveau 3 à Tetris (ce qui est moult nul, mais genre, nul à la puissance beaucoup). En effet, après avoir réparti les livres en une jolie couche fine dans le fond des cartons, puis des sacs, j’ai recouvert le tout du reste de mes possessions. Et passés les trois premiers cartons, accompagnées des trois premières crises d’angoisse, j’ai opté pour la tactique du « fourre tout là dedans et barre toi bordel ». Une technique très efficace niveau rapidité mais niveau stockage… J’ai perdu plusieurs trucs, retrouvé une culotte dans un carton de livres (ce qui est logique puisqu’il y avait tellement des livres partout chez moi qu’il y en avait jusque dans le tiroir à sous-vêtements, l’inverse est donc hautement justifiable), la cuillère à nutella dans le carton contenant mon corpus de thèse (makes total sense pour le coup), des morceaux de Rambo la plante verte dans les fringues (je mets une parenthèse par pur équilibre avec les deux items précédents, je n’ai aucune explication), une balle de tennis dans le sac avec les câbles USB et autres technologies (les règles du tennis étant aussi claire que le fonctionnement d’un ordinateur, it makes total sense once again), etc etc ETC. Bref, on a bien rigolé. Et désespéré. La prochaine fois, je demande à mes amis devenir m’aider dès la phase d’encartonage…

Je pourrais raconter tout ça. Mais en vrai, ce qui vous intéresse vous, c’est une aventure dantesque, pas vrai ? Un moment d’epicness quotidien comme seules peuvent en produire la maladresse et la bêtise combinées n’est-ce pas ? Je commence à vous connaître. Et vous allez être servis. Vous connaissez tous le dicton qui dit « un papillon bat des ailes à New-York et ça déclenche un tremblement de terre en Chine » ? Et bien, si on omet que dire un « tremblement de terre en Chine » ne nous avance guère vue la taille de la Chine, cette histoire est de cet ordre-là. À ceci près que le papillon a déclenché un tremblement de terre, un tsunami, une fuite dans une centrale nucléaire, et un incendie criminel en Amazonie. (conclusion : sauvez des centrales nucléaires, tuez un papillon)

Ça faisait un moment que je ne vous en avais pas parlé, mais j’ai retrouvé mon endroit préféré sur Terre : la laverie. Après avoir connu le luxe de vivre dans un appartement doté d’une machine à laver pendant un an et demi, je me retrouve à nouveau condamnée à bloquer une heure et demi de ma vie toutes les deux semaines tout ça pour laver mon linge. La bonne nouvelle, c’est que je retrouve mon créneau préféré pour lire des mangas sans culpabiliser de lire des mangas. Ça, c’est plutôt chouette. De leur côté, mes sous-vêtements peuvent à nouveau se livrer à leur exhibitionnisme traditionnel en se jetant systématiquement sur la vitre, quelle que soit la stratégie de répartition du linge choisie. (chose your battle : j’ai arrêté de lutter, je me contente de faire semblant de ne pas connaître ce soutien-gorge)(le pire c’est pas tant quand ta lingerie s’expose que quand c’est la semaine où tu as eu tes règles)(POÉSIE BONJOUR) Qui plus est, aller à la laverie est une véritable expédition… Ma proprio semble avoir un gros problème avec les distances (et c’est une borgne qui le dit, c’est vous dire !). Quand elle nous avait filé le plan de l’appart pour que je puisse le meubler, ses mesures étaient presque le double de la réalité. De même, quand j’ai visité, elle m’avait dit qu’il y avait une laverie « juste derrière », ce à quoi je m’étais dit « cool » (des fois je sais être synthétique)(but not today). Il s’est avéré que le « juste derrière » nécessite de prendre le bus et descendre 7 arrêts plus loin. Ce qui implique de rajouter le temps de transport au temps de laverie. Ce qui implique de rajouter le temps de rater le bus à 30 secondes près et attendre le suivant au minimum dix minutes au temps de transport (oui parce que maintenant que je me déplace quasi uniquement en bus, j’ai développé ce super pouvoir consistant à le rater à une ou deux minutes près, quand je ne le vois pas purement et simplement me passer devant)(le sens du timing je vous dis !). UN BONHEUR

Mais ce bonheur n’était encore pas suffisamment grand… alors j’en ai rajouté une couche !

Quand je commence à m’interroger sur la vraie nature de ma nouvelle proprio. (« Sérieusement Souris, faut payer ton loyer ! »)

Comme je vis dans un luxueux 18m² et que je suis une grosse bordélique désorganisée, le rangement est une lutte de tous les instants.La question du stockage de mon linge sale s’est très vite posée. Depuis des années et des années (comprendre : mon arrivée à Rennes…), le linge sale avait pour tradition de se ranger bien gentiment dans mon sac de voyage qui allait lui même bien gentiment se ranger sous mon lit. Ce qui était absolument parfait parce qu’alors le moment venu, il n’y avait plus qu’à fermer le sac et partir à la laverie (parce que c’est beaucoup plus facile de partir avec ton sac qui roule que de traîner tes fringues dans un sac de courses)(et ça t’évite de perdre tes chaussettes le long de la route façon petit Poucet)(car il ne restera plus aucune chaussette pour les lutins de la laverie). SAUF QUE cette brillante tradition a dû prendre fin devant l’absence de lit. Drame. Après un intense brainstorming (comprendre une semaine à laisser traîner le linge sale dans tous les coins possibles pour voir où c’était le mieux), j’ai finalement réalisé que le sac de voyage logeait parfaitement sous le meuble de la salle de bain, ce qui me permettait de conserver l’ingénieuse tradition. Que n’étais-je diablement fière de moi ! Jusqu’à ce dramatique samedi, deuxième Samedi de Laverie depuis mon emménagement.

Hier donc, je sors le sac de sous le meuble, pour trouver sous le dit meuble… une espèce de flaque bleu noir dégueulasse. VENDRIEZ-VOUS DE LA DROGUE PAR HASARD ! m’écriai-je alors. J’ai d’abord à la mini fuite du lavabo. Sauf que c’était complètement con puisque mon tas de fringues aurait dû absorbé la fuite si tel était le cas. Hypothèse repoussée. Finalement, je comprends assez vite que c’est de la lessive… Ma lessive, liquide, a fui. Le bouchon n’était pas hermétique et n’a donc pas très bien vécu d’être stocké allongé, pendant deux semaines. Le fond de mon sac est donc littéralement imbibé de lessive liquide. Le sol de la salle de bain est gluant de lessive dégueulassé par les huit années de crasse accumulées par mon sac. BON. Comment juguler le drame ?

J’attrape donc un rouleau de papier toilette et commence à éponger le fond du sac comme je peux. Ce qui prend une plombe cinq. L’intérieur étant couvert d’une matière façon kwai, ça se fait relativement bien, mais l’extérieur est, comme tous les sacs de voyage, fait dans un tissu hyper épais… Je m’en vais me saisir de l’éponge et essaie de retirer le reste. Sur le moment, j’ai l’impression que ça marche pas trop mal… D’autant que je n’ai pas le choix : le sac DOIT être un minimum utilisable puisque je DOIS aller à la laverie ce week-end. Comme je pars sur Paris la semaine prochaine, j’ai condensé ma douzaine d’heures de cours sur trois jours. Je n’aurai pas le temps d’y aller la semaine prochaine. Et la semaine suivante j’épongerai sans doute le retard pris en m’offrant un week-end de trois jours (et une énorme tartine de culpabilité avec)(en fait prendre un gros week-end en thèse c’est un peu comme boire cette cinquième pinte de bière : tu sais que c’est vraiment pas raisonnable, que tu vas être raide déchiré et que tu passeras ton lendemain dans le noir, mais bon sur le moment c’est tellement cool une cinquième pinte de bière !), donc je n’aurai pas le temps avant le week-end, ce qui voudra dire un mois de linge à laver. Je ne préfère pas imaginer le bordel. Bien sûr, j’aurais pu me contenter de passer le contenu du sac dans des sacs de course, mais encore une fois, je me connais : j’aurais semé toutes mes chaussettes tout le long de la route, et bien entendu, ça aurait été la route du retour, ce qui veut dire que j’aurais les dites chaussettes pour rien. Et ça, je ne pourrai pas le tolérer ! Je prie donc pour avoir effectivement épongé le plus gros et choisis d’embarquer mon drap à laver : comme ça je le foutrai dans le fond du sac pour le retour, s’il en restait à éponger, y aura que le drap à relaver. (c’est le moment où j’espère intérieurement passer pour quelqu’un de pragmatique et sensée. Quelque chose me dit que ça ne va pas suffire à vous convaincre, et je ne comprends pas pourquoi)(et non je n’ai pas l’intention de me relire pour comprendre).

Quand je me retrouve rayon « produits d’entretien » (« Quand je vois des pubs à la télé avec des femmes au foyer souriante et heureuse d’utiliser un nouveau produit ménager, la seule chose que je veux acheter c’est la drogue dont ils se gavent… »

Mais je suis encore loin de mes peines puisqu’il faut maintenant nettoyer le sol. Or, je n’ai pas encore acheté de serpillière (je ne sais jamais écrire ce mot, ça me désespère, un peu comme ascenseur…). Spoiler alert : si vous êtes à cours de produit pour serpiller, sachez que la lessive liquide n’est pas un bon remplacement. De rien. Je me réempare donc de mon éponge et commence donc à éponger (vous ne l’aviez pas vu venir pas vrai). C’est hyper galère… Non seulement parce que j’ai mes règles, ce qui implique de fortes douleurs aux reins et au ventre, entraînant donc que me retrouver à quatre pattes sous un meuble n’est pas vraiment synonyme de funitude, mais parce qu’en plus, la lessive ça s’éponge super mal ! Le tout forme un truc de plus en plus visqueux et gluant et collant… qui vient agglomérer poussière et cheveux en plus. Après avoir officiellement accordé le titre de Éponge Spécial Ménage à mon éponge, je constate, désemparée, que je ne vais pas pouvoir laisser les choses en l’état parce que j’ai peur que laisser sécher le tout ne forme un monstre de crasse et de lessive gélifiée. Notez que ça aurait pu être cool, je l’aurais appelé Ironie et je vous aurais raconté ses aventures, mais bon je vous rappelle que je n’ai que 18m² et que je ne suis pas prête à les partager avec un monstre mi-crasse mi-lessive au nom de la littérature (oui, cette phrase n’est pas crédible, je sais). Je décide donc de récupérer un vieux torchon et d’en improviser une serpillière pour au moins virer le plus con, le temps d’acquérir une vraie serpillière. Et pour le coup… et bah ça marche. Et je tiens à vous le dire parce qu’il faut bien compenser tout le reste. J’arrive à virer le plus gros et à faire que le sol ne colle plus. Ma salle de bain pue la lessive, mes mains aussi, mes fringues aussi. Je décide de mettre à sécher le torchon sur la tringle de douche, et quand je me retourne, je tilte que ça veut dire enjamber la petite zone que je viens de serpiller. Ce que je fais… mal. Je pose donc le pied dans la zone humide, et bien entendu, je glisse et m’explose la tronche dans la porte. (c’est convenu mais on ne résiste jamais à une bonne histoire de « tarte à la crème » n’est-ce pas ?)

J’embarque donc mon sac plein de lessive (dans la bouteille ET dans le sac) et file pour la lessive. Je constate en attendant le bus (après avoir raté le précédant de 3 minutes) que mon sac a viré au violet. Ce qui est aussi original qu’illogique. Vendriez-vous de la drogue par hasard?! me direz-vous, et sachez que je comprends votre désappointement. Mais à ce stade-là, j’aurais presque trouvé ça joli si le fond de mon sac ne suintait pas de lessive.  Bref, j’arrive tant bien que mal à la laverie, je charge ma lessive et pendant que mes soutien-gorges se la jouent danseuses du Moulin Rouge, je file au Super U d’à côté en quête de serpillière…et d’un goûter. J’ai bien trouvé un goûter, mais pas de serpillière. Encore une fois : vendriez-vous de la drogue par hasard ???!!!! m’écriais-je en plein milieu du rayon devant le regard mi-contrit mi-appelez les flics des autres clients. En tout et pour tout, ils ne vendaient que des serpillières à franges. Et si Lidl m’a bien appris une chose c’est que les gens sont méchants c’est toujours ta faute le client est roi ta vie vaut moins qu’une auto-laveuse il ne faut pas compter sur les mecs juste parce qu’ils ont été engagés parce qu’ils ont des gros bras démerde toi tout seul et vite où sont les oeufs les serpillière à frange, c’est le mal et ça n’éponge absolument rien. Ce qui est juste l’enfer sur Terre quand tu dois éponger ce qui a été renversé. Ce qui arrive relativement régulièrement quand tu es maladroit. Du coup c’était un peu le désespoir dans mon coeur à ce moment-là. J’ai dû me rabattre sur des lingettes imbibées, parce que je n’allais pas avoir le temps, ni le courage, d’aller au gros intermarché, et que j’ai pour principe de ne pas faire mes courses le dimanche, donc qu’il allait falloir trouver une solution pour tenir jusque là (oui, après plusieurs saisons, mon principe de ne pas faire de course le dimanche vaut mieux que mon appart puant et collant la lessive liquide. J’ai mes priorités !).

Une fois la machine, le sèche-linge et mon manga terminé, je rate le bus, j’attends le suivant, et rentre. Je vide le contenu du sac sur le lit, parce que c’est parti pour le nettoyage à grandes eaux… Je fous donc le sac dans la douche et commence à éclabousser joyeusement tout l’univers, parce que je ne suis pas douée. Le bac de la douche vire donc au bain moussant… bon d’accord, au pédiluve moussant. L’eau hésite entre le bleu de la lessive et le noir de sept ans de crasse… Magique je vous dis. J’essaie tant bien que mal de rincer le tout, mais c’est un peu compliqué de se rendre de si oui ou non c’est rincé. Mes fringues se retrouvent trempés, ce qui m’oblige à me dire que ça aurait été bien de pouvoir les emmener à la laverie dans la foulée LOLILOL. D’autant qu’une fois que je pense avoir fini, je prends conscience d’une chose : comment je vais faire pour faire sécher le tout ?? Je n’ai plus de balcon, il y a bien une grille entre l’extérieur et ma porte fenêtre, mais elle est placé tout proche pour que je puisse coincer le sac entre les deux. J’ai bien pensé au sèche-cheveux, mais un de mes anciens colocs a fait cramer le mien il y a trois ans (il a aussi fait sauter les plombs avec, ce qui lui a valu de manquer de se faire électrocuter. Il a donc unilatéralement pris la décision de le jeter. Ce garçon était quelque peu rancunier je pense), et puis bon, j’avais autre chose à faire que faire sécher un sac avec un sèche-cheveux (genre écrire un article dans lequel je raconte comment je n’ai pas fait sécher mon sac avec un sèche-cheveux). Je décide donc de laisser sécher la bête dans la douche pour la nuit…

Quand je constate l’étendue des dégâts (« Je peux avoir un pinceau »)

Et là vous êtes en train de vous dire « mais bordel, cette histoire de lessive n’a-t-elle donc pas de fin ? » (parce que vous aussi vous vous parlez à vous même dans un langage soutenu, ou presque, je n’en doute point), ce à quoi je répondrais « I KNOW RIGHT ?! », car nous sommes maintenant dimanche et cette histoire n’est toujours pas finie ! (et maintenant vous comprenez pourquoi vous n’avez eu le droit qu’à une autre anecdote en dehors de celle-ci)(pour cette raison et aussi parce que je voulais pouvoir m’écrier « vendriez-vous de la drogue par hasard » tout du long)

En effet, ce matin, j’ai voulu, comme toutes les semaines, laver mes cheveux. Un truc de fifou je vous jure. Il a donc fallu virer le sac humide de ma douche et trouver où le stocker. J’ai finalement décidé de sacrifier un tapis de bain et de laisser le sac sécher dessus (heureusement pour moi, ma mère m’en a refilé plein dont elle ne voulait plus), ce qui m’a permis de constater qu’il était encore imprégné de lessive… Mais il faudra que ça attende… parce que je m’apprête à découvrir qu’avec tout ça, j’ai bouché ma douche. Je rince un peu le bac qui est plein de saloperie, et qui met une plombe dix à se vider. Bien sûr, j’aurais pu décider d’être plus maligne et d’aller laver mes cheveux dans l’évier de la cuisine (parce que tu peux déjà à peine te laver les mains dans le lavabo de la salle de bain alors tes cheveux… à moins qu’ils soient sur tes mains je ne vois pas comment tu peux t’en sortir). Sauf que je n’avais pas encore fait la vaisselle. Depuis trois jours. Alors vous allez me dire « bah suffisait de la faire avant non ? », ce qui implique que clairement vous n’avez jamais vécu avec un bordélique. Parce que pourquoi faire la vaisselle à 12h15, alors que j’allais manger après, et donc que j’allais devoir ENCORE faire la vaisselle ? Autant attendre après manger et tout faire d’un coup. C’est logique. Donc j’ai éliminé cette option. Ce qui n’était pas raisonnable, mais tel un film d’horreur mal écrit, nous conduit au rebondissement suivant, et croyez moi, l’image vaut le détour.

Je tente quand même de prendre ma douche et de laver mes cheveux. Mais après le premier rinçage, j’ai de l’eau jusqu’aux chevilles et elle ne semble pas vraiment décidée à se vider. Comme je commence à me peler le jonc et que j’ai encore un deuxième lavage à faire, je décide de me draper dans une serviette, laissant ma dignité aux vestiaires vu ce que je m’apprêtais à faire. Et je file récupérer une bouteille de lait vide pour écoper le contenu du bac dans les toilettes. VOILÀ. Je vous laisse imaginer : me voilà assise à côté de la douche à vider l’eau du bac qui continue de faire remonter et de la lessive et la crasse de mon sac dans les toilettes en étant drapée dans une serviette et en maugréant parce que j’ai froid et que j’arrête pas de me cogner dans tous les murs à disposition (pourquoi est-ce qu’il faut toujours qu’ils mettent autant de murs partout ?). Et c’est à ce moment-là que je me dis « bordel, il va encore falloir rerincer le sac en plus… »

Quand je fais le bilan du week-end. (« On dit qu’on apprend de ses erreurs. C’est pour ça que je fais autant d’erreurs que possible, comme ça je serai bientôt un génie ! »

Du coup, demain il va falloir que je trouve le temps d’aller à acheter du produit pour déboucher la douche.
Et une (vraie) serpillière.
Et du lait.

Un Wall of Death à vous !
On se retrouve bientôt pour de la fiction (j’espère !), et en attendant sur les habituels  Facebook et twitter

Ça veut dire quoi savoir parler une langue ?

Bonjour Monde !

Dans la mesure où mon cerveau expérimente une phase de réchauffement climatique (comprendre : j’ai vraisemblablement la grippe, et avec certitude une putain de fièvre), je me vois contrainte d’annuler mes cours les uns après les autres depuis deux jours. Ce qui est quand même bien dommage. Du coup, entre deux rêves fiévreux où j’essaie d’expliquer à mes élèves la différence entre aimer et parler (sujet philosophique si l’en est), je me retrouve quand même à cogiter sérieux, d’autant que si cette fin de semaine est placée sous le signe d’une pile de mouchoirs, le début fût plutôt intensif et j’ai enchaîné les cours… et les préparations de TOEIC. Et je crois qu’il y a moult à dire. En plus, ça m’a énervée. Alors essayons de démêler tout ça… (quand j’aurai retrouvé le bouton « justifier » qui a soudainement disparu de l’éditeur de WordPress ce que je ne m’explique pas)(je sais pas pourquoi j’écris quand je suis dans cet état ça va être absolument abominable à suivre, j’espère que j’aurai l’intelligence de repasser derrière moi !) Comme la dernière fois, comme on a le goût du risque, des images à cliquer pour avoir un brin de musique, parce que ça adoucit les moeurs (et le mal de crâne).

Ces derniers temps, j’ai plusieurs élèves qui souhaitent / sont obligés de préparer le TOEIC. Si tu ne sais pas ce que c’est que cette bête-là, c’est une certification de langue. Il en existe plusieurs en fonction du milieu professionnel visé par la suite. Certaines sont payantes, d’autres non, certaines sont élaborées au niveau européen / international, d’autres par les états eux-mêmes. Pour une raison qui me dépasse un peu (ou plus exactement : j’ai plein de raisons en tête mais pas de balise HTML spécial cynisme)(SorryNotSorry), on parle surtout du TOEIC, une certification visant le milieu de l’entreprise, payante (plus ou moins cher, pour vous donner un ordre d’idée, grâce à la fac, je pourrais la passer avec un prix d’ami, entre 70 (étudiants en langue) et 90€ (les autres étudiants)), et n’est valide que deux ans. Il est organisé par un organisme américain, l’ETS, et peut être passé plus ou moins partout dans le monde. On y retrouve les quatre grandes compétences « classiques » en langue : compréhension orale et écrite, expression orale et écrite. Et plus je dois faire bosser des élèves là-dessus, plus j’ai envie de vomir dessus.

Alors qu’on se mette d’accord tout de suite : sans doute qu’aucune des certifications n’est parfaite. Simplement, à part le CLES que j’ai moi-même passé, je ne connais les autres que très rapidement, et aucun élève ne m’a jamais demandé une préparation à autre chose que le TOEIC. D’ailleurs, en général quand les gens ne connaissent qu’une certification de langue, c’est souvent celle-là. Alors forcément, moi, les positions de monopole, ou d’hégémonie, ça m’interroge…

Alors, le TOEIC… en général, je dois préparer mes élèves à la partie compréhension. Pour ce qui est de la compréhension orale, plusieurs épreuves. La première : sur leur fascicule, les participants ont des photos, ils vont entendre quatre propositions pour chacune et doivent choisir celle qui correspond. La seconde : ils entendent une question (soit une seule et unique phrase) suivie de trois réponses, il faut qu’ils choisissent celle qui correspond. Pour la troisième, on diffuse un dialogue, ils ont alors une question sur ce dialogue et plusieurs réponses proposées, ils doivent choisir la bonne. Pour la quatrième, c’est un monologue qu’on leur fait entendre, à nouveau une question et plusieurs réponses, ils doivent choisir la bonne. Du côté de l’écrit, plusieurs épreuves aussi. La première : phrases à trou, on enlève un bout (un mot ou groupe de mots), ils ont plusieurs propositions il faut choisir la bonne. La deuxième : texte à trou, on a enlevé des morceaux de phrases entiers, plusieurs propositions, il faut choisir la bonne. La troisième : des textes, une questions, plusieurs réponses, il faut choisir la bonne. Au plus long, les enregistrements n’excèdent pas la minute, et les textes ne font pas plus d’une demi-page. Tous ces éléments sont indépendants les uns des autres, il n’y a pas de cohérence thématique. Et plus je prépare des gens pour ces épreuves, plus je me demande ce que ça veut dire de savoir parler une langue. Parce que franchement, la langue du TOEIC ne ressemble pas tant que ça à une vraie langue. Pire, elle me donne même l’impression d’une langue morte, froide et mécanique, hors contexte, comme fabriquée en série.

« Mon psy m’a dit que pour atteindre la paix intérieur, je devais terminer ce que je commence. Jusque là, j’ai terminé deux paquets de M&Ms et un gâteau entier. Je me sens déjà beaucoup mieux. » Quand je viens de passer deux heures à faire faire les exos de grammaire du TOEIC à une dyslexique…

À la base, je me suis dit que c’était parce que je me retrouvais surtout à bosser ces espèces de QCM de grammaire… Les fameuses phrases à trou… Un véritable cauchemar d’arrachage de cheveux. Parce que tu te retrouves à interroger les gens sur des trucs tellement tellement précis… Peut-être qu’il vous viendrait l’envie de me dire que la grammaire c’est important tout ça tout ça. Et c’est pas moi qui vous dirai le contraire… qu’est-ce que je leur en fais bouffer de la grammaire à mes élèves ! Le problème n’est pas tellement là. Le problème est qu’on est face à un QCM, le problème est que c’est un exercice de grammaire bête et méchant (vous pouvez appeler ça « phrase à trou » si ça vous fait plaisir, ça change rien au fait) et que comme tout bon exercice de grammaire bête et méchant qui se respecte, il n’y a pas de contexte. Résultat des courses, parfois, deux réponses peuvent être grammaticalement correctes, impactant certes le sens de la phrase, mais comme il n’y a pas de contexte, comment savoir quel sens prévaut ? Parce que si d’un point de vue grammatical et sémantique deux réponses sont possibles, du point de vue de la correction, une seule réponse est attendue. Et ça, ça me pose un gros problème.

Pourtant j’aime la grammaire (c’est mon guilty pleasure à moi…). Et j’en fais bouffer pas mal à mes élèves. Apprendre une langue, c’est comme apprendre à faire du sport de haut niveau : toute ta vie, tu as marché sans réfléchir, sans penser à comment tout ça se faisait, et oubliant au passage qu’à une époque tu ne savais pas le faire du tout. Et puis un jour, tu veux devenir un grand champion, ce jour-là, va bien falloir que tu comprennes un peu mieux comment muscles, os, tendons et tout le bordel fonctionnent et s’articulent ensemble. Du coup, on révise aussi la grammaire française. Mon but n’est pas d’en faire des grammairiens (ou des gens bizarres comme moi), simplement qu’ils puissent voir les rouages et comment tout ça s’articule pour mieux le maîtriser par la suite. Lorsqu’on travaille une notion, je n’attends pas que l’élève me fasse un score de 100% pour considérer que la notion est comprise et passer à autre chose… Parce que sinon, on risquerait de ne jamais passer à autre chose, mais surtout parce que je considère que ne pas faire de faute et comprendre ce qu’on dit et pourquoi on le dit sont deux choses différentes. Si mes élèves sont conscients de l’impact qu’ont leur choix en grammaire sur le sens, s’ils comprennent où ils se trompent, à un moment, je passe à autre chose. Ça sera à la pratique de boucher les trous restants.

Je n’ai pas la prétention d’avoir La Réponse (puisque toute façon La Réponse c’est 42), encore une fois, ceci est mon avis. Mais d’un côté, on se retrouve avec une langue conditionnée à rentrer dans des petites cases, mais parfaite, et de l’autre, une langue consciente d’elle-même et adaptable à celui qui la parle, mais trouée. On pourra dire tout ce qu’on voudra, mais ceci n’est pas un choix neutre. Le TOEIC vise une excellence qui flirte avec l’élitisme, une efficacité certaine, un truc dont aucun poil ne dépasse. Dans la mesure où le TOEIC doit certifier une capacité à travailler en entreprise, le choix est pertinent. Je ne vais pas revenir sur le fait que si vous faîtes plein de fautes dans votre lettre de motivation, vous perdez tout autant de chances d’avoir le poste que vous escomptiez. Alors on peut imaginer sans trop de difficultés que si vous faîtes tout autant de fautes en pleine négociation internationale, ça la fout mal. Mais est-ce que savoir parler une langue se résume à la maîtrise bête et méchante de sa grammaire ?

« Tu connais l’histoire du chien dyslexique qui entre dans un wonderbar ? » (cette traduction de blague sucks bra = soutien-gorge, bar = bar…) Quand mes élèves dyslexiques font des fautes et qu’il faut pas rire.

À partir de quand sait-on parler une langue ? Ça veut dire quoi savoir parler une langue ? Le degré de maîtrise de la grammaire suit-il nécessairement le degré de maîtrise de la langue ? Je doute qu’il y ait une réponse absolue à ces questions. Quelles que soient les vôtres, il est important d’avoir conscience qu’aucune posture n’est vraiment objective face à ça. Or, des certifications comme le TOEIC se cachent justement derrière des allures de parfaite objectivité, neutralité. C’est la magie des chiffres. Le TOEIC réduit la langue à des chiffres : une série de QCM où il faut cocher la bonne réponse, même si dans la vraie vie, deux réponses peuvent être correctes. Et c’est bien là le drame. La langue est une chose tellement riche. On y fourre tellement tout et n’importe quoi… Elle est imprégnée de notre culture, de nos façons de pensée, de nos interdits et tabous (individuels et collectifs). Elle s’adapte au rapport entre les personnes, s’enrichit du contexte autour, est complétée par tout un tas de trucs (gestuelle, intonation, grimaces, smileys, photos de chat, etc). Elle est parfois tellement spécialisée que tu as l’impression que ce n’est pas la langue que tu connais qui est parlée devant toi, alors qu’en vrai tu es juste coincée au milieu d’un covoiturage avec que des gens spécialistes en physique (et en plus y a des bouchons). Bref, la langue y a plein de trucs dedans. Alors du coup, résumer ça avec des chiffres… Et pourtant.

En ce moment, je prépare une de mes élèves au TOEIC. Ça fait deux ans qu’on bosse ensemble. Quand elle me disait qu’elle était dyslexique, t’avais l’impression qu’elle te disait qu’elle était débile. Il a fallu deux mois pour qu’on sorte de là, deux mois juste pour lui faire comprendre que si, on pouvait faire avec les difficultés qui étaient les siennes. Un an pour lui redonner le plaisir de parler. Quand on a commencé, ça lui prenait un temps infini de faire une phrase simple, et quand elle finissait par la faire, ça relevait du Champolion tout terrain pour comprendre ce qu’elle voulait dire tellement y avait de fautes. Aujourd’hui, elle peut tenir une conversation simple, se  faire comprendre, et comprendre ce qu’on lui dit, ce qu’elle lit, dans les grandes lignes au moins. Maintenant, quand on bosse ces foutus QCM, ne reste que le nombre de fautes. On ne parle plus du fond, à peine du pourquoi (parce que toute façon leurs trucs sont tellement précis que soit je balance un ignoble « parce que c’est comme ça », soit je plonge au fin fond des grammaires et bouquins de linguistique comparative…), quant à la notion de plaisir, elle a presque complètement disparu. Le système compte les points, alors elle compte les fautes. C’est tout ce qu’il reste.

Cet exemple c’est pas pour t’émouvoir, c’est simplement une autre façon de montrer qu’on peut prendre la maîtrise de la langue par plein d’entrées différentes. Je suis une amoureuse des mots depuis qu’on a eu la bonne idée de me les foutre dans la bouche, pour moi, c’est important de transmettre ce plaisir-là, la beauté qu’il y a dans les mots, la poésie dans la grammaire (parce que si si y en a !), et surtout, c’est essentiel de se rappeler que la langue, les mots, permettent l’accès à des mondes fabuleux et des gens tout aussi divers et fabuleux. La grammaire n’est qu’un outil pour accéder à tout ça : voyager, parler avec d’autres, lire des histoire, en écrire, etc. Et ensuite, si tu veux aller plus loin, oui, on peut plonger dans les fins fonds de la grammaire et tout décortiquer au scalpel parce que c’est fun, et comparer avec la langue d’à côté. Mais faut faire dans l’ordre et en fonction des priorités, envies, moyens de chacun.

Parce que c’est ça aussi ce qui m’emmerde avec le TOEIC, ce côté froid et sans contexte. Une langue ça n’existe pas sans contexte, et même pire, l’apprentissage d’une langue ne se fait pas sans contexte ! Ne serait-ce qu’à mon échelle… Malgré toute la motivation du monde, mes élèves ont une vie à l’extérieure plus ou moins remplie, plus ou moins galère. Il y a toujours du temps de « pris » sur mon cours pour s’assurer du bien-être de l’autre. Ça peut aller de juste 5 minutes quand tu as des adultes qui te diront juste qu’ils sont sur un nouveau projet au boulot ou bien que les gosses ont été malades et c’était galère, jusqu’à 15 minutes pour les premières années de BTS qui découvrent la vie hors lycée. Il y aussi eu ceux qui annulent pour décès du père de la meilleure amie, ceux qui me racontent le roman familial parce que ça pèse et qu’en conversation t’as eu le malheur de demander s’ils avaient des frères et soeurs. Toutes ces choses, elles pèsent, elles ont de l’influence sur le temps de cerveau disponible. Du temps que même coca il peut pas racheter. Parce que le cerveau n’est pas doté d’un interrupteur et que les soucis vont continuer à carburer dans un coin, ou bien que les réserves d’énergie et de concentration sont pas élastiques à l’infini. Il y a ceux qui auraient besoin de te voir au moins deux fois par semaine mais galèrent déjà à te payer un cours par semaine, alors faut trouver d’autres façons de travailler. Etc. Etc. Etc. Et ça, c’est juste pour apprendre une langue secondaire ! Parce que ta langue primaire… tu peux encore multiplier les facteurs d’influence : si tu as été stimulé linguistiquement ou pas, si on t’a corrigé, comment, tes premiers contacts hors cercle familial, les différentes formes de langue que tu as pu croiser, la place de la langue chez toi. Etc. Etc. Etc. Il y a toujours un contexte. Alors quand je vois ces foutus QCMs, froid et sans possibilité d’aménagement, ça me donne envie de me passer la rétine à la javel.

« Pourquoi je devrais appuyer sur 1 pour anglais alors que vous allez me transférer à quelqu’un qui ne le parle même pas ? » Quand les QCMs de grammaire te ressortent une tournure qu’aucun anglophone n’utilise dans la vraie vie.

Alors plus ça va, plus je m’interroge : ça veut dire quoi savoir parler une langue ? Peut-on dire d’un pur grammairien qu’il survivra dans le monde de dehors ? Genre, peut-on demander à un académicien d’aller faire ses courses tout seul sans guide alors que les mecs sont capables de cracher sur des réformes qu’ils ont eux-mêmes validées trois ans plus tôt ? (ces questions sont posées avec une telle objectivité, c’est impressionnant…) J’ai vraiment l’impression qu’on rate quelque chose. We’re missing the point… Cette espèce de langue aseptisée, est-ce que c’est vraiment ça savoir parler ? Est-ce qu’on peut résumer ça à mettre les mots dans le bon ordre et avec l’accord correspondant ?

Franchement, j’ai beau être la première rebutée quand il y a vraiment trop de fautes partout, j’espère que non. Qu’on puisse résumer la langue à cocher la bonne case, à un nombre de points… ça me déprime. Ça m’agace, ça m’énerve, ça m’attriste et ça m’écœure. Alors vous me direz qu’il faut bien des outils pour évaluer les compétences… Certes. Mais la maîtrise de la grammaire ne peut pas aller sans un minimum de compétences sociales et culturelles, ce qui dans ces certifications passent complètement à l’as… Or, dans une négociation, certes, faire des fautes tous les trois mots, ça la fout mal, mais ne pas repérer une nuance, une subtilité, peut être tout aussi traître…

Bref, on va pas dire qu’il faut virer tout ça parce que c’est tout pourri (ha bon ? c’est parce qu’on est malade et qu’on a pas l’énergie qu’on va pas le faire ? parce que bon, y a trois jours on était beaucoup plus véhéments…), mais tout ça est quand même sérieusement incomplet, et ça serait bien d’en avoir conscience. Parce que dans le cas contraire, on continue à promulguer une langue joyeusement élitiste.

Sur ce, faut que je recode l’article, et que j’aille me regreffer de la peau de nez. On se retrouve sur  Facebook et twitter pour ceux que ça intéresse. Et tu peux bien sûr donner ton avis, c’est toujours intéressant.

Cet article est dédié à Amaury qui répond toujours à mes appels au secours quand je veux parler méthode ou grammaire <3
Merci à Solène pour sa relecture (mais genre tu m’as rien dit sur mes virgules, what’s wrong girl ?)

17/11/16 Des nouvelles du front (sans faute dans le titre)

C’est curieux la vie d’auteur des fois quand même.
Tu as une page blanche et il faut la remplir. À partir de rien. Ou presque.
En plus, moi je fais partie de ces auteurs-éponges qui servent surtout à connecter les points entre eux pour te faire le dessin. Des fois, j’ai pas vraiment l’impression de choisir les points. Alors quand même un peu si.
Genre tu vois, cet après-midi, je bossais sur mon NaNoWriMo. Et un de mes personnages s’est suicidé. C’était pas prévu. Mais genre pas du tout. Du coup je suis un peu embêtée. Déjà je suis triste parce que j’avais pas du tout prévu qu’il en arrive là. Genre je pensais que peut-être un happy end c’était possible. Et je suis emmerdée parce que mon perso principal va devoir se débrouiller encore plus tout seul. Ça m’emmerde pour lui parce que ça va lui rajouter un boulet de plus. Du coup pour finir bien, va falloir aller chercher encore plus loin si on veut que ça reste crédible.
Donc je suis emmerdée à tous les niveaux.
C’est rigolo NaNoWriMo parce que quand tu es un auteur-éponge, tu vois drôlement bien passer tout ce qui t’obsède, te fait peur, t’emmerde. Genre, si tu te rappelles la feuille jaune du début, bah finalement, j’ai à peine gardé ce qu’il y avait dessus. C’est une seconde version, mais elle n’a plus grand chose qui la rattache à sa version 1. À part peut-être ça : l’incohérence entre la langue et le monde, entre la langue et les gens, l’utilité des mots quand on n’a plus rien d’autre, la solitude, la folie quand on ne peut plus répondre aux questions.
Mon cerveau a été repêché une histoire en forme de vieux secret de famille, un truc à ma mère. Alors bien sûr, j’ai bougé déformé tordu parce que ça ne se fait pas de livrer les gens en pâture à la fiction comme ça. Mais quand même, c’est parti de là. Pourtant, pas faute d’avoir voulu chercher une histoire remplaçante, moins proche que celle-là. Mais non, mon cerveau avait décidé que c’était celle-là et pas une autre. J’avoue que j’ai un doute, peut-être que c’est même pas ça qu’elle m’avait raconté et que j’ai déformé. Du coup au final ça serait pas grave, j’aurais déformé la déformation, on serait plus à ça près. Toujours est-il que moi qui pensais avoir réussi à me déraciner, me voilà à ressortir les histoires de famille. Paye ton ironie. Et en même temps, c’est parfaitement logique puisque je suis dans une période où je n’ai plus de maison. Alors forcément, je me pose des questions sur mon choix de m’être déracinée, parce que là me voilà joyeusement à poil dans la neige à compter les flocons.
Et au final, ça se retrouve dans le roman. Même si c’était pas prévu. Comme mon personnage qui s’est suicidé. Alors qu’il était à peine né, qu’on commençait à peine à se connaître. Voilà qu’il a disparu (parce qu’en vrai pour le moment y a que moi qui sait qu’il s’est suicidé)(du coup si cette version a un jour le droit à une version publique, je vous ai tous spoilé, je compte sur votre mémoire saturée d’informations). Et pour le coup, même moi je sais pas trop où, ni pourquoi. En vrai, la seule raison, ça sera sans doute que « c’est pas juste ». Parce que ça aussi, ces derniers mois, ça me bouffe la gueule, à quel point rien n’est juste et les gens disparaissent comme ça sans prévenir, alors que tu commences tout juste à les connaître. Ou pas. Ça se trouve c’est juste des inconnus qui crèvent parce que le monde se tire une balle dans le pied, et dans leur tête au passage. Ça aussi, ça finit dans le roman…
Bref, y a plein de choses comme ça, que t’as à peine le temps de réfléchir, de raisonner, parce que t’as un mois, et que j’ai 3 000 mots de retard. Là je le vois, parce que forcément, je vois bien ce qui survit à la version de l’année passée, ce qui bouge, ce qui prend forme, ce qui se déforme, ce qui me brûle les doigts, ce dont je me fiche aujourd’hui. C’est amusant de voir tout ça se faire.
Tout ça pour vous dire que mon personnage s’est suicidé sans me prévenir et franchement, moi je trouve ça dégueulasse d’abord.

Magie Viking en rase campagne

Anilah – Warrior

Les coups de pédale ramène de vieux souvenirs. De vieilles sensations. Enfouies loin. Un retour à la case départ en forme de mue de phoenix. Enfin difficile à dire à travers la brume nocturne.

Quinze minutes de vélo
Vingt minutes de bus vers la ville
Pas de lampadaire
Des fossés
Des ornières

Les sensations remontent. À commencer par le froid qui me scie les doigts. J’avais oublié les doigts qui se glacent sur le guidon, les manches qu’on tire pour compenser l’absence de gant, l’air qu’on souffle dessus à l’occasion pour sauver ce qui peut l’être. Mes yeux pleurent tout seul. Larme par larme. Une toutes les deux minutes. La larme se forme lentement avant de glisser tout aussi lentement le long de la joue. Elle prend part au paysage. Élément constitutif comme un autre.

Donc le froid, les larmes, la musique, la nuit, l’ambiance désertique. Souvenirs.
Le corps reprend ses droits. Après la course infernale, il informe à nouveau de l’état des choses. J’essaie d’accepter l’état des lieux sans ralentir le rythme du pédalier. L’estomac qui brûle. Le genou qui claque. Le dos qui se tord. L’épaule qui se bloque. Accepter l’une après l’autre les petites douleurs accumulées, puis passées sous silence pour survivre aux derniers événements. Accepter, parce qu’il faudra en passer par là.

Quinze minutes de vélo, vingt minutes de bus
La nuit les fossés les ornières
La musique les petites douleurs et le désert
Souvenirs

Les nerfs lâchent. Le corps soulagé de ne plus se sentir en danger constant déposé le bilan. La fatigue, les yeux gonflés, les migraines avortées par manque de temps, les contusions non traitées pour les mêmes raisons, la solitude qui brûle le ventre et les veines. Alors comme à l’époque, il se passe cette chose étrange. Ce moment, ce tout petit moment, où après l’inventaire des dégâts, le corps autorise la voix à sortir. Et la voix chantent au milieu de la campagne déserte, entre les respirations haletantes sous l’effort. La voix sort enfin.

J’assiste au spectacle du corps qui se relâche alors que j’essaie de me souvenir de la route jusqu’à l’arrêt de bus, de la route jusqu’à la maison. En silence et sans négociation, j’essaie d’accepter les réclamations, les reproches et les informations qu’il a à transmettre. Le pire est passé, la route est encore longue. Il faut réparer maintenant. Réparer, récupérer, soigner, repartir. Ne pas minimise ce qui ne veut pas cicatriser. Ne pas oublier ce qui aurait pu arriver. Ne plus censurer.

Quinze minutes de vélo vingt minutes de bus
La nuit les fossés les ornières
Le corps la voix la fatigue

Un mois d’errance à travers la campagne
pour réparer ce qui doit l’être
cicatriser ce qui peut l’être
se souvenir du meilleur
accepter le pire

Et enfin revenir.

What the hell am I doing here ?

Je sais plus quoi lui dire tu sais.

C’était ma mission. Ça a toujours été ma mission. De nous toutes, je devais nous ramener à la maison. Toujours. Et j’ai toujours réussi tu sais. Même bourrée à gerber, même avec des chevilles ayant triplé de volume, même perdue au milieu de ville hostile sans GPS, même en panne d’essence ou avec un pneu crevé et qu’il fallait traîner la mobylette sur deux kilomètres. Je nous ai toujours ramené à la maison. Même quand elle s’écroulait sur un coin de trottoir parce qu’il y avait trop de larmes pour marcher droit. Même quand le monde s’écroulait sur nous, que le sol se dévidait, que nos os se brisaient jusque dans nos tympans, que les murs toujours avaient plus d’yeux pour nous surveiller, que les monstres ne prenaient plus la peine de cacher leur sourire carnassier. Je nous ai toujours ramené à la maison. Même quand il fallait ramener des potes encore plus bourrés, ou qu’il fallait se battre pour eux parce qu’ils s’étaient foutu dans la merde. Même quand on n’avait plus envie de rentrer.

Envers et contre tout
je nous ai toujours ramené à la maison
Envers et contre tous
je l’ai toujours ramenée à la maison

Mais maintenant je ne sais plus quoi lui dire. Il n’y a plus d’endroits où la ramener. Il n’y a que des abris trop temporaires pour vraiment stopper l’angoisse. Comment savoir où les monstres se cachent quand d’une nuit à l’autre il faut tout recommencer ? Tu sais elle a les larmes au bord des cils tout le temps maintenant. Elle sourit, vieille habitude. En vrai, je ne sais plus où la ramener. Quand elle choisit de descendre trois stations plus tôt pour « prendre l’air », je sais qu’elle cherche où rentrer dans la marche. Je guide ses pas, je l’oblige à rentrer à l’abris, même si c’est juste une nuit ou deux. Je la force à ne pas regarder les monstres trop longtemps dans les yeux. Plus de maison, plus d’endroit où les confiner. Elle doit vivre avec continuellement maintenant. C’est lourd à porter un monstre. C’est lourd à vivre. Les frontières s’amenuisent et disparaissent quand on a rien à quoi les accrocher.

Je lui répète à longueur de journée que ça va aller. Que c’est bientôt fini. Je tiens les comptes pour elle. Je fais des listes. J’essaie de prévoir. Mais le temps se délite sous nos doigts. Pas de point fixe pour accrocher une horloge. Je lui que ça va aller, encore. Qu’elle peut le faire. Qu’on va finir par rentrer, c’est juste que cette fois, la route est un peu longue. Un peu trop longue. Mais il faut bien qu’elle aille quelque part.

Forcément, elle doit le sentir que j’y crois de moins en moins. Que je m’essouffle et fatigue.Et bientôt, je n’aurai plus la force de nous protéger des monstres qui voyagent sur nos épaules. J’accélère, je ramasse les porte-bonheurs, les éclats colorés. Il faudrait tenir, encore un peu. Le temps d’arriver au bout de la route. Le temps de la ramener à la maison qui doit bien exister quelque part. Je ne sais pas combien de temps encore j’ai devant moi avant l’extinction du compte à rebours. Il faut espérer que je tienne jusqu’à la maison, car déjà les monstres ont les dents enfoncées dans ses épaules.

Je ne sais plus quoi lui dire tu sais.
Et elle le sait.

I’m a fake with blood on my hands…

Des nouvelles du frond : NaNoWriMo 2016

Je rappelle le principe : un roman de 50 000 mots (ou plus) écrit en un mois.
Cette année j’ai décidé de réécrire le roman que j’avais écrit l’année dernière. Une toute nouvelle version 2 suite aux remarques d’Alexis et Solène qui ont bien voulu le tester (merci à eux au passage pour leurs retours et les pistes à suivre).
 
Le truc c’est que ça a vraiment été la merde pour moi ces derniers mois alors je suis franchement très mal préparée… J’avais donc plusieurs façons de faire possibles. J’ai finalement décidé de ne rien relire du tout de mon travail de l’année dernière. Ma préparation d’hier soir a donc consisté à retrouver de tête les éléments qui me paraissaient importants : personnages, événements marquants. C’est ce que vous pouvez (mal) voir sur la feuille jaune. Dans la marge j’ai aussi posé une série de questions auxquelles il va falloir que je trouve les réponses : soit pour les intégrer dans la narration, soit pour la construction du truc.
 
Je suis pas mal flippée pour plusieurs raisons… D’un côté, parce que c’est la première fois que je travaille comme ça. Pas la première fois que je réécris un roman, mais c’est la première fois que je fais une réécriture « sans filet ». C’est excitant et… putain de flippant ! Mais à un point… Je suis constamment en train de me dire « oui mais si j’avais écrit un truc génial pour décrire si ou ça… je vais le perdre là… c’est con quand même… » ou « et si je réécris un truc encore plus mauvais ? ». Et en même temps, je peux m’autoriser plein de choses. Je ne suis plus handicapée par la structure de la première version (qui était très mauvaise selon moi et mes deux relecteurs), et surtout, il y avait plein de choses que pour des raisons X ou Y j’avais réduits au minimum… Ce qui est dommage. Je trouve… d’autant plus dommage que non seulement j’ai pas pu m’amuser avec, mais en plus ce sont des idées qui se retrouvent à ne marcher qu’à moitié parce qu’elles n’ont pas eu la force nécessaire pour fonctionner…  Bref, en ne m’empêtrant pas de la première version, je peux ne récupérer que les idées qui fonctionnaient vraiment… et qui me sont revenues hier soir. 
De l’autre, ma situation n’est toujours pas complètement réglée. J’ai beaucoup de travail, en partie parce que j’ai pris du retard à cause des problèmes de logement que je traverse depuis un mois. J’ai pas encore raconté, mais ça fait déjà trois semaines que je fuis mon appartement et squatter les canapés de potes à gauche et à droite…et que ça va continuer jusqu’à début décembre. Alors vas-y pour écrire un roman quand tu sais pas toujours où tu dors le soir même, c’est un peu chaud patate ! Et du coup avec tout ça, la confiance d’auteure, elle a pris un sacrée coup dans l’aile. Alors j’en ai chié des ronds de pendule pour ce premier jour ! Incapable même d’ouvrir le document word, et un temps infini pour arracher ses bouts de phrase à la page blanche… Finalement, au bout d’une heure infructueuse ou presque, j’ai fini par lancer l’écoute de Piano is evil d’Amanda Palmer et j’ai enfin trouvé le rythme de croisière me permettant d’atteindre les 1667 mots quotidiens requis, et même d’atteindre les 1782. Cette version 2 gagne aussi un nouveau titre (parce que j’étais pas pleinement convaincue par Le temps du grenier) et s’appelle désormais L’océan littéralement ou Littéralement l’océan, suis pas encore complètement décidée, mais ça me plaît déjà beaucoup plus. Ça sonne moult mieux !
Bref, j’espère réussir à continuer sur cette lancée… d’autant que j’aime vraiment ce personnage et son univers, et écrire du fantastique c’est quand même bien trop génial…
Un Wall of Death à vous !