17/11/16 Des nouvelles du front (sans faute dans le titre)

C’est curieux la vie d’auteur des fois quand même.
Tu as une page blanche et il faut la remplir. À partir de rien. Ou presque.
En plus, moi je fais partie de ces auteurs-éponges qui servent surtout à connecter les points entre eux pour te faire le dessin. Des fois, j’ai pas vraiment l’impression de choisir les points. Alors quand même un peu si.
Genre tu vois, cet après-midi, je bossais sur mon NaNoWriMo. Et un de mes personnages s’est suicidé. C’était pas prévu. Mais genre pas du tout. Du coup je suis un peu embêtée. Déjà je suis triste parce que j’avais pas du tout prévu qu’il en arrive là. Genre je pensais que peut-être un happy end c’était possible. Et je suis emmerdée parce que mon perso principal va devoir se débrouiller encore plus tout seul. Ça m’emmerde pour lui parce que ça va lui rajouter un boulet de plus. Du coup pour finir bien, va falloir aller chercher encore plus loin si on veut que ça reste crédible.
Donc je suis emmerdée à tous les niveaux.
C’est rigolo NaNoWriMo parce que quand tu es un auteur-éponge, tu vois drôlement bien passer tout ce qui t’obsède, te fait peur, t’emmerde. Genre, si tu te rappelles la feuille jaune du début, bah finalement, j’ai à peine gardé ce qu’il y avait dessus. C’est une seconde version, mais elle n’a plus grand chose qui la rattache à sa version 1. À part peut-être ça : l’incohérence entre la langue et le monde, entre la langue et les gens, l’utilité des mots quand on n’a plus rien d’autre, la solitude, la folie quand on ne peut plus répondre aux questions.
Mon cerveau a été repêché une histoire en forme de vieux secret de famille, un truc à ma mère. Alors bien sûr, j’ai bougé déformé tordu parce que ça ne se fait pas de livrer les gens en pâture à la fiction comme ça. Mais quand même, c’est parti de là. Pourtant, pas faute d’avoir voulu chercher une histoire remplaçante, moins proche que celle-là. Mais non, mon cerveau avait décidé que c’était celle-là et pas une autre. J’avoue que j’ai un doute, peut-être que c’est même pas ça qu’elle m’avait raconté et que j’ai déformé. Du coup au final ça serait pas grave, j’aurais déformé la déformation, on serait plus à ça près. Toujours est-il que moi qui pensais avoir réussi à me déraciner, me voilà à ressortir les histoires de famille. Paye ton ironie. Et en même temps, c’est parfaitement logique puisque je suis dans une période où je n’ai plus de maison. Alors forcément, je me pose des questions sur mon choix de m’être déracinée, parce que là me voilà joyeusement à poil dans la neige à compter les flocons.
Et au final, ça se retrouve dans le roman. Même si c’était pas prévu. Comme mon personnage qui s’est suicidé. Alors qu’il était à peine né, qu’on commençait à peine à se connaître. Voilà qu’il a disparu (parce qu’en vrai pour le moment y a que moi qui sait qu’il s’est suicidé)(du coup si cette version a un jour le droit à une version publique, je vous ai tous spoilé, je compte sur votre mémoire saturée d’informations). Et pour le coup, même moi je sais pas trop où, ni pourquoi. En vrai, la seule raison, ça sera sans doute que « c’est pas juste ». Parce que ça aussi, ces derniers mois, ça me bouffe la gueule, à quel point rien n’est juste et les gens disparaissent comme ça sans prévenir, alors que tu commences tout juste à les connaître. Ou pas. Ça se trouve c’est juste des inconnus qui crèvent parce que le monde se tire une balle dans le pied, et dans leur tête au passage. Ça aussi, ça finit dans le roman…
Bref, y a plein de choses comme ça, que t’as à peine le temps de réfléchir, de raisonner, parce que t’as un mois, et que j’ai 3 000 mots de retard. Là je le vois, parce que forcément, je vois bien ce qui survit à la version de l’année passée, ce qui bouge, ce qui prend forme, ce qui se déforme, ce qui me brûle les doigts, ce dont je me fiche aujourd’hui. C’est amusant de voir tout ça se faire.
Tout ça pour vous dire que mon personnage s’est suicidé sans me prévenir et franchement, moi je trouve ça dégueulasse d’abord.

Magie Viking en rase campagne

Anilah – Warrior

Les coups de pédale ramène de vieux souvenirs. De vieilles sensations. Enfouies loin. Un retour à la case départ en forme de mue de phoenix. Enfin difficile à dire à travers la brume nocturne.

Quinze minutes de vélo
Vingt minutes de bus vers la ville
Pas de lampadaire
Des fossés
Des ornières

Les sensations remontent. À commencer par le froid qui me scie les doigts. J’avais oublié les doigts qui se glacent sur le guidon, les manches qu’on tire pour compenser l’absence de gant, l’air qu’on souffle dessus à l’occasion pour sauver ce qui peut l’être. Mes yeux pleurent tout seul. Larme par larme. Une toutes les deux minutes. La larme se forme lentement avant de glisser tout aussi lentement le long de la joue. Elle prend part au paysage. Élément constitutif comme un autre.

Donc le froid, les larmes, la musique, la nuit, l’ambiance désertique. Souvenirs.
Le corps reprend ses droits. Après la course infernale, il informe à nouveau de l’état des choses. J’essaie d’accepter l’état des lieux sans ralentir le rythme du pédalier. L’estomac qui brûle. Le genou qui claque. Le dos qui se tord. L’épaule qui se bloque. Accepter l’une après l’autre les petites douleurs accumulées, puis passées sous silence pour survivre aux derniers événements. Accepter, parce qu’il faudra en passer par là.

Quinze minutes de vélo, vingt minutes de bus
La nuit les fossés les ornières
La musique les petites douleurs et le désert
Souvenirs

Les nerfs lâchent. Le corps soulagé de ne plus se sentir en danger constant déposé le bilan. La fatigue, les yeux gonflés, les migraines avortées par manque de temps, les contusions non traitées pour les mêmes raisons, la solitude qui brûle le ventre et les veines. Alors comme à l’époque, il se passe cette chose étrange. Ce moment, ce tout petit moment, où après l’inventaire des dégâts, le corps autorise la voix à sortir. Et la voix chantent au milieu de la campagne déserte, entre les respirations haletantes sous l’effort. La voix sort enfin.

J’assiste au spectacle du corps qui se relâche alors que j’essaie de me souvenir de la route jusqu’à l’arrêt de bus, de la route jusqu’à la maison. En silence et sans négociation, j’essaie d’accepter les réclamations, les reproches et les informations qu’il a à transmettre. Le pire est passé, la route est encore longue. Il faut réparer maintenant. Réparer, récupérer, soigner, repartir. Ne pas minimise ce qui ne veut pas cicatriser. Ne pas oublier ce qui aurait pu arriver. Ne plus censurer.

Quinze minutes de vélo vingt minutes de bus
La nuit les fossés les ornières
Le corps la voix la fatigue

Un mois d’errance à travers la campagne
pour réparer ce qui doit l’être
cicatriser ce qui peut l’être
se souvenir du meilleur
accepter le pire

Et enfin revenir.

What the hell am I doing here ?

Je sais plus quoi lui dire tu sais.

C’était ma mission. Ça a toujours été ma mission. De nous toutes, je devais nous ramener à la maison. Toujours. Et j’ai toujours réussi tu sais. Même bourrée à gerber, même avec des chevilles ayant triplé de volume, même perdue au milieu de ville hostile sans GPS, même en panne d’essence ou avec un pneu crevé et qu’il fallait traîner la mobylette sur deux kilomètres. Je nous ai toujours ramené à la maison. Même quand elle s’écroulait sur un coin de trottoir parce qu’il y avait trop de larmes pour marcher droit. Même quand le monde s’écroulait sur nous, que le sol se dévidait, que nos os se brisaient jusque dans nos tympans, que les murs toujours avaient plus d’yeux pour nous surveiller, que les monstres ne prenaient plus la peine de cacher leur sourire carnassier. Je nous ai toujours ramené à la maison. Même quand il fallait ramener des potes encore plus bourrés, ou qu’il fallait se battre pour eux parce qu’ils s’étaient foutu dans la merde. Même quand on n’avait plus envie de rentrer.

Envers et contre tout
je nous ai toujours ramené à la maison
Envers et contre tous
je l’ai toujours ramenée à la maison

Mais maintenant je ne sais plus quoi lui dire. Il n’y a plus d’endroits où la ramener. Il n’y a que des abris trop temporaires pour vraiment stopper l’angoisse. Comment savoir où les monstres se cachent quand d’une nuit à l’autre il faut tout recommencer ? Tu sais elle a les larmes au bord des cils tout le temps maintenant. Elle sourit, vieille habitude. En vrai, je ne sais plus où la ramener. Quand elle choisit de descendre trois stations plus tôt pour « prendre l’air », je sais qu’elle cherche où rentrer dans la marche. Je guide ses pas, je l’oblige à rentrer à l’abris, même si c’est juste une nuit ou deux. Je la force à ne pas regarder les monstres trop longtemps dans les yeux. Plus de maison, plus d’endroit où les confiner. Elle doit vivre avec continuellement maintenant. C’est lourd à porter un monstre. C’est lourd à vivre. Les frontières s’amenuisent et disparaissent quand on a rien à quoi les accrocher.

Je lui répète à longueur de journée que ça va aller. Que c’est bientôt fini. Je tiens les comptes pour elle. Je fais des listes. J’essaie de prévoir. Mais le temps se délite sous nos doigts. Pas de point fixe pour accrocher une horloge. Je lui que ça va aller, encore. Qu’elle peut le faire. Qu’on va finir par rentrer, c’est juste que cette fois, la route est un peu longue. Un peu trop longue. Mais il faut bien qu’elle aille quelque part.

Forcément, elle doit le sentir que j’y crois de moins en moins. Que je m’essouffle et fatigue.Et bientôt, je n’aurai plus la force de nous protéger des monstres qui voyagent sur nos épaules. J’accélère, je ramasse les porte-bonheurs, les éclats colorés. Il faudrait tenir, encore un peu. Le temps d’arriver au bout de la route. Le temps de la ramener à la maison qui doit bien exister quelque part. Je ne sais pas combien de temps encore j’ai devant moi avant l’extinction du compte à rebours. Il faut espérer que je tienne jusqu’à la maison, car déjà les monstres ont les dents enfoncées dans ses épaules.

Je ne sais plus quoi lui dire tu sais.
Et elle le sait.

I’m a fake with blood on my hands…

Des nouvelles du frond : NaNoWriMo 2016

Je rappelle le principe : un roman de 50 000 mots (ou plus) écrit en un mois.
Cette année j’ai décidé de réécrire le roman que j’avais écrit l’année dernière. Une toute nouvelle version 2 suite aux remarques d’Alexis et Solène qui ont bien voulu le tester (merci à eux au passage pour leurs retours et les pistes à suivre).
 
Le truc c’est que ça a vraiment été la merde pour moi ces derniers mois alors je suis franchement très mal préparée… J’avais donc plusieurs façons de faire possibles. J’ai finalement décidé de ne rien relire du tout de mon travail de l’année dernière. Ma préparation d’hier soir a donc consisté à retrouver de tête les éléments qui me paraissaient importants : personnages, événements marquants. C’est ce que vous pouvez (mal) voir sur la feuille jaune. Dans la marge j’ai aussi posé une série de questions auxquelles il va falloir que je trouve les réponses : soit pour les intégrer dans la narration, soit pour la construction du truc.
 
Je suis pas mal flippée pour plusieurs raisons… D’un côté, parce que c’est la première fois que je travaille comme ça. Pas la première fois que je réécris un roman, mais c’est la première fois que je fais une réécriture « sans filet ». C’est excitant et… putain de flippant ! Mais à un point… Je suis constamment en train de me dire « oui mais si j’avais écrit un truc génial pour décrire si ou ça… je vais le perdre là… c’est con quand même… » ou « et si je réécris un truc encore plus mauvais ? ». Et en même temps, je peux m’autoriser plein de choses. Je ne suis plus handicapée par la structure de la première version (qui était très mauvaise selon moi et mes deux relecteurs), et surtout, il y avait plein de choses que pour des raisons X ou Y j’avais réduits au minimum… Ce qui est dommage. Je trouve… d’autant plus dommage que non seulement j’ai pas pu m’amuser avec, mais en plus ce sont des idées qui se retrouvent à ne marcher qu’à moitié parce qu’elles n’ont pas eu la force nécessaire pour fonctionner…  Bref, en ne m’empêtrant pas de la première version, je peux ne récupérer que les idées qui fonctionnaient vraiment… et qui me sont revenues hier soir. 
De l’autre, ma situation n’est toujours pas complètement réglée. J’ai beaucoup de travail, en partie parce que j’ai pris du retard à cause des problèmes de logement que je traverse depuis un mois. J’ai pas encore raconté, mais ça fait déjà trois semaines que je fuis mon appartement et squatter les canapés de potes à gauche et à droite…et que ça va continuer jusqu’à début décembre. Alors vas-y pour écrire un roman quand tu sais pas toujours où tu dors le soir même, c’est un peu chaud patate ! Et du coup avec tout ça, la confiance d’auteure, elle a pris un sacrée coup dans l’aile. Alors j’en ai chié des ronds de pendule pour ce premier jour ! Incapable même d’ouvrir le document word, et un temps infini pour arracher ses bouts de phrase à la page blanche… Finalement, au bout d’une heure infructueuse ou presque, j’ai fini par lancer l’écoute de Piano is evil d’Amanda Palmer et j’ai enfin trouvé le rythme de croisière me permettant d’atteindre les 1667 mots quotidiens requis, et même d’atteindre les 1782. Cette version 2 gagne aussi un nouveau titre (parce que j’étais pas pleinement convaincue par Le temps du grenier) et s’appelle désormais L’océan littéralement ou Littéralement l’océan, suis pas encore complètement décidée, mais ça me plaît déjà beaucoup plus. Ça sonne moult mieux !
Bref, j’espère réussir à continuer sur cette lancée… d’autant que j’aime vraiment ce personnage et son univers, et écrire du fantastique c’est quand même bien trop génial…
Un Wall of Death à vous !

The death of the Clock-Woman [English translation]

My Sleeping Karma – Ephedra

A motion. Thin. Light. A quivering maybe. A vibration. A quake delicate like an origami. So little and unreal one could have missed it without even noticing. Yet, the motion was here. It was trying to grow bigger. From sigh to wave, from echo to resonance, it wanted to grow.

It was time.

 The Clock-Woman didn’t know how to react. The space had moved. She felt it. While her body was slowly swallowed by the frozen water, she felt the wreck moving. Nothing, it was nothing. It wasn’t even supposed to happen. The uroburos had frozen time. Any move was impossible. So the bathroom, in the boat perfectly moored, could make everyone safe. Stopping the run of time had been life-saving. For this, the Clock-Woman had given her skin to record every single second, memorise any single image and sound. Today, her whole skin was covered in key moments. Keys that would never open any door again if the wreck was about to get lost at sea again

Everything is fine now.

 Something had to be done. But the cold had stiffened her body until the unconscious. Until she fell on the other side of pain. Until that moment where pain is just the ghost of another life. She had to move anyway. Someone had to face the extent of the damages. And she was the only one who could do it. Someone had to move. The motion was still getting bigger. A simple touch of the floor was enough to realise the motion was real

 Supposing that there was still a floor.

The Clock-Woman looked at the bathroom again. The water had invaded all the available space. The lines of the tiles were losing their consistency because of it. There was no precision in their layout anymore. Impossible to go between them, impossible to avoid them. Simply impossible. The lines were blurry, threatening. The disolved lines were announcing the end of the world. Maybe it was a trick of the eyes, but they seem to get mixed up under the pressure of the motion, still growing, and soon to be a shock wave. The vibration seemed to prepare itself to ingratiate themselves better in the flaws.

 Someone had to stay
Someone had to observe
Someone had to write it down
study
map
statisticate everything

But there was no one. There had never been anyone. Maybe there will never be anyone. Something had to be done. The vibrations would soon swallow them all.

The Sandman couldn’t. Entirely dedicated to the panic of the moment, he was unable to fully understand what was going on. He was splitting up himself in states of emergency, still looking for a way to stop the water. The rise seemed impossible to stop. And so he was running. No time to find a solution to the problem. No time to find the original leak. So he was running, he was spreading himself in sandbags everywhere he could.  He spread and spread, grain after grain, unable to know if he would ever be strong enough to stop the flood. The Sandman was getting out of breath in panic in this space where air was getting rarer by the mnute. Between the frozen water and the rough sand, what was worse between the poison and its antidote ?

There was no one else and yet someone had to handle the emergency
One more
Because without the usual run of time, everything was an emergency
And the vibration was still getting bigger.

Pandora had created the surprise. She had moved when everyone thought she was finaly dead. Unconscious lack of concern, her arms kept wearing away by the acid finaly freed from the box. Her skin in shred was like a delicate veil, ready to wrap her if she could find how to move to act on the guilt that kept making her swallow the pain even more. If someone had told her to stop, that would have changed nothing, she would keep swimming, forcing the waving of her body until the now-exploded box. She stopped to listen long ago. Her throat was trapped by the weight of contradictory messages, and so she stopped listening.

Figute it out
No, you’re not hurting
You should have came earlier
I don’t understand why you hurt
It’s pure stupidity to have waited so long
Why did you come
I don’t see where is the problem
You can’t handle that alone
Figure it out
         on your own.

Pandora held her head straight and her voice dead for long now, she had swallowed all the snakes coming, even for a moment, in the crew. Pandora might have ended up pulling off her own tongue. She had bitten it so much to shut up, to shut up the weaknesses of the rats from the crew :   the uroburos who was dying under its own weight, the laugh of Cassandra like a curse she threw to the others as much as to herself, the blood of the dead girl unable to die for real, the unabling panic of the Sandman, the skin of the Clock-Woman who was so sick of remembering…  Pandora has swallowed her own tongue and tones of her own blood in the time. Never ever complaining. And when the bow had broken under the pressure of the screaming, the nightmares and the smell of rot, when she has been accused of every miseries, she did not complain. She laughed until she suffocated under the rising water. Because it was the only thing to do. Because it was all that was left to do. Because it was the only reasonable option.

And now the mooring lines have broken.  

Pandora knew, but Pandora couldn’t tell. Pandora was not allowed to tell. Never. She swore. She, more than anyone on the ship, knew the price of blood. She was not allowed to tell. Time passing by, she had even forgotten how to speak.

Can you blame people for not seeing what you hide from them ?

The Clock-Woman had to move. There was no one. The vibration had got so big it has nothing to do with a vibration anymore. The vibration turned into a seismic rift. The wreck was struggling with even more rage. The lines of the tiles would soon have lost all sense if nothing was done. The lines of the tiles were not lining up any though now.

It was time.

The Clock-Woman had to move. There was no one else. The Sandman couldn’t stop his run. Pandora was swimming without any faith, looking for the pieces of the box. The Clock-Woman had to move, it was her job. She always brings them home. She promised.

When she forced her body to stand up, the whole pain woke up. The violence of the shock cut off her breath during another shock wave. Breathe, send back the pain where no one could hear it, move on. It wasn’t the first time. But so much time had passed by since a pain screamed so loud to be heard. So much time since she had to tighten her teeth so strongly she could break them. It was impossible to lock this pain in the box.

One gets used to anything, even the worst
Especially the worst
Body memory has no equal

The first impulse is always the hardest. Force the body to go against its instinct. Force the loop. Become the uroburos. The first impulse is still the hardest. The run-up, everything lies in the run-up. You had to know how to prepare the run-up and use it for the best. Becoming the evergoing motion. That was the key. The price to pay was known. Cassandra smiled between the erased lines of the tiles. Cassandra had always known. She had simply waited. When her eyes met the Clock-Woman’s, who ignored her so often, she simply landed her hand. Between the white fingers of the curse seller, a simple crack of the tiles. The Clock-Woman knew… but the key was needed, she had to force this body to make the first impulse. She had to get out of the frozen water. The first impulse is always the hardest…

Blood relationships are nothing more than a story with an unknown ending

The Clock-Woman swallowed the crack without a second thought. The waves of shock were multiplying and getting closer. They were throwing themselves on the wreck with no warning. It was time. Her legs reacted to the poison before her brain could even name it. The first impulse was given, the Clock-Woman was now able to reach the surface… Following her, a thin line of blood was slowly flowing out of the crack in her right arm. The Clock-Woman didn’t notice the wound, or she pretented so. The Sandman tried to throw the necessary sand to wipe it off. Pandora collected the drops to add them into the box. Cassandra was already back into the lines of the tiles, silently crying and blaming herself for being right once again.

It was time.

Outside, the storm was raging. Once she arrived on the deck of the wreck, the Clock-Woman understood. The mooring lines had broken. And now they were wandering onto the ocean. Without a map or a compass, the boat had floated away, following every passing winds. The eye of the storm only hid them for a moment before abandoning them. And now they were trapped right in the middle of the storm. The waves were throwing themselves one the hull like they had nothing left to lose. The wind was rushing into the cracks of the wreck, twisting the wood that was screaming all the silence filling it. From the silence of the wreck ready to split from the inside or the screaming of the hungry waves, it was impossible to know what was the most hurtful. Anyway, they couldn’t hear a thing anymore…

Tell me why people are afraid of the dark ?
The monsters hide in the silence…

In the middle of the random row, the Clock-Woman couldn’t hear a thing anymore. There was nothing anymore. There is no one. Cassandra’s laughter, the crack of Pandora’s bones, the Sandmand’s wandering steps, the Uroburos’s floatting… nothing anymore. There was nothing anymore. The Clock-Woman might have never felt so alone than here, on the deck of the wreck, naked in the middle of the storm where whe couldn’t hear a thing anymore. Her tired skin couldn’t follow the rythm. The violence of the wind right on her bleached skin revived every scar. Alone, naked, in the middle of the storm, the Clock-Woman would have cried, but her eyes had once again forgotten how to do it.

No, this is not how you feel
That’s not why you’re not fine
You’re wrong
No, you’re not so down that this               

The Clock-Woman couldn’t hear anything to guide her anymore. There was no one anymore. The storm took what should have never been lost. Loneliness hugged with her with sticky and heavy arms, with no possible exit. The storm was still raging. She started to believe she would die suffocating under the silence and the loneliness when the sea opened… Summoned by the smell of blood, mermaids had reached the surface. They wanted more. They have been called and they wouldn’t leave empty-handed. Everything comes with a price and the first impulse was always the hardest. The Clock-Woman finally discovered the crack in her arm.

After her, it was nothing but a  suspended sentence…

The cut was beautiful, precise as surgery. The blood was peacefully flooding, as it has always done, bringing with it the usual floods of rot like some kind of necessary evil… Silence was still screaming around her, hitting her ears as an ever-going reminder. The mermaids did what they knew best, they started singing. Their song pilled up in the row of the storm. Impossible to hear through this. Impossible to find her mates. There was no one anymore now. The mermaids sang the enigma from inside, the unsolvable equation.

Someone had to die.

The Clock-Woman understood that long ago. But who was to sacrifice ? They survived to the mad ocean, together for so many years…. Who was to scarifice ? Cassandra and her cursed prophecies ? Pandora and her bones broken by the silence ? The Sandman who fixed only the immediate emergencies ? And why ?

Somone had to die
and someone had to chose

The mermaids were still singing, the mermaids would keep singing, and the mermaid would sing forever until finally someone answer. The time to look away was out. An answer was needed, an it was needed now.

It was time.

Maybe she had to die. Her skin still suffering from the wind was begging for the pain to stop. The first impulse was always the hardest, but the body never really forgets. Naked under the winds, the Clock-Woman had finally understood, maybe. She had to die. And it was unbearable. Was it what the dead girl felt when she was killed ? Nothing else but a deep feeling of being abandonned, a feeling covered by silence heavy enough to weight the whole world ? This kind of huge emptiness that screamed her name ? The mermaids smiled, the answer was given. Only the emptiness knew the name of the Clock-Woman. One could trust that kind of signs. But who would have her blood on their hands ? Who would take this new blame ? The sacrifice was compulsory, the guilt unavoidable. Everything comes with a price and someone had to be guilty.

So now who will have my blood on their hands ?

Maybe deep under the water, the rats would find someone to replace her. Maybe it was high time for them to find someone else in the deep water. It was time to have a name. Even though, she would never be completely reassured : who would bring them home once the water will have swallow her ? Who would come out of the storm ? Someone had to die…

Resigned, the Clock-Woman climbed the guardrail, and her eyes dived into the emptiness around. The mermaids were getting prepared to welcome her. They song slightly changed, from chord to perfect harmony, their voices promised peace, silence far away from the row, and even a name. Could she believe them ? The warmth of their smile didn’t lie… Maybe it was time. She tensed her hand one more time, they were numb by the blood dried by for years, without anyone being able to remember whose blood it was. Her fingers were still trying to hang on to something, as an old habit. Finally, the Clock-Woman closed her eyes. And in the wreck, they all held their breathe.

The first impulse was always the hardest.

The year of wandering [English translation]

Zywiolak – Psychoteka

More light, less tunnel
And how many tears in you coffe ?

To me, the future is nothing but steam on my glasses. A blurry stuff hiding my sight. If I take off my glasses to clean them, my sight gets terrible in a second. I can’t see well anymore, can’t see far, can’t see in details. My eyes get tired quicker, they blow up and my blood pressure climbs up to the migraine. If I keep my glasses cloudy, the world totally disappears. My face gets twisted in a grimace to find the right angle, the single little space where my sight can go through. The world is grey, I can only imagine things.
The future is nothing but steam on my glasses, it makes the world blurry. I can’t do as if it didn’t exist, deny its existence, block it out of my life. The operation is too hazardous. I can’t try to break the blurry. I’m stuck with glasses with no horizon. Like when you open the hoven without thinking of the heat getting out, the future hit me right in the face and here I am, blind in the middle of the kitchen, making crappy metaphor just so I can root out the evil.

More light, less tunnel
And how many tears in your coke ?

So here I am, in the kitchen, I’m making crappy metaphors and plan to go to the moon. Once again. Once more, once again holding on to dreams. The skin is burnt, everything is painful. The eyes are too blown, too swollen and I keep teling myself it’s gonna be ok. Because there is no other choice, it will have to be ok soon. The tunnels get longer and the claustrophobia is crawling on every walls. Anyway. Still. So, stille here, in the kitchen, my glasses full of future, or steam, or both, making lists. Vainly trying to prioritize. I make Freudian slip that can’t even work in English, and I’m crying again  because fucking translation is fucking impossible. I’m lost in translation. The body never forgets, the blood vibrates and the going back to the worst starts looking ok. The future is nothing but steam on my glasses, a blinker hiding the best when all my plans are collapsing.
So here in the kitchen, foggy glasses, my hands full of crappy metaphors and Freudian slip, I try to forget the worse. I pray for those hands, so full of bloody mess, keep finding the strength to hold on. To the slightest branch next to the precipice, the singlest hand that shows up, the slippery edge of the pool. Now, when I write a letter, the sender lives in the « Sadness Swamp » et the recipient is only a hypothesis. The converstion can go on for years…

More light less tunnel
And how many tears in your chocolate ?

In the Sadness Swamp, the time gets stuck and the future smells like rot. Like a dead end at the end of the tunnel. Or maybe it’s just my eyes that are not used to it anymore, they can’t tell the difference. They’re getting armed until the end of the eyelids. I twist my hands, looking for a way out. The hands get mixed up, tearing each other apart. Go, leave me here, but where do you go ? I’m still in the kitchen with my glasses full of a future which does not make sense. I hope that one day will come when my tears will get tired. Easy, if I stop drinking, my body will flirt with deshydration if it keeps crying with no warming. It’s not dumb enough to commit suicide isn’t it ? Just to be sure, I fill the bottle of water one more time. Still blind, I miss the tap. In the Sadness Swamp the dampness is mistress.
Still blind and bail out the kitchen. So now, the future is not only blurry, but also wet, and there is no way to find better metaphor in it. As if the words lost their color and shape in so much water. There is nothing about that in the dictionnary. Some word can’t handle more than 30° anxiety, others can’t go in the dryer without getting out of it covered in anger. A washing machine for love and a bleach for feelings… In the Sadness Swamp we recycle every word until it dies. You know, it’s all we have.

More light, less tunnel
And how many tears on your floor ?

In the Sadness Swamp, the future is nothing but steam on my glasses. I don’t know what to tell my mother anymore when she calls. Through the steam, I’m doing my best to stop the kitchen flooding. It’s going to be ok, sooner or later, it’s going to be ok. You just need to keep fighting. Just a litte bit. Just an effort. And it’s going to work. Soon the water will evaporate. Through my glasses the horizon will be seen again. Just have to wait a little bit more. Feet in the water, keep telling it’s going to be ok. Sooner or later, there will be light at the end of the tunnel. Hoping I will find out before the flooding…

L’année de l’errance.

Zywiolak – Psychoteka

Plus de lumière, moins de tunnel.
Et combien de larmes dans ton café ?

Pour moi, l’avenir c’est rien d’autre que de la buée sur mes lunettes. Un truc flou qui bouche la vue. Si j’enlève mes lunettes pour essuyer mes verres, ma vue se trouble aussitôt. Je vois moins bien, moins loin, moins précisément. Mes yeux se fatiguent plus vite, ils gonflent et sous l’effort ma tension monte jusqu’à la migraine ophtalmique. Si je garde mes verres embués, le monde disparaît totalement. Mon visage se tord en grimace pour trouver l’angle parfait, le tout petit espace où mon regard pourra percer. La vue est grise, je devine les choses.
L’avenir c’est de la buée sur mes lunettes. Il rend le monde flou. Je ne peux pas faire comme s’il n’existait, refuser son existence, la rayer complètement de ma vue. La manœuvre est trop risquée. Je ne peux pas essayer de percer le flou. Je suis bloquée, coincée avec des lunettes qui n’ont plus d’horizon. Un peu comme quand j’ouvre le four sans avoir fait attention à la buée qui s’échappe, j’ai pris l’avenir en pleine gueule et me voilà aveugle en plein milieu de la cuisine de la vie à faire des métaphores médiocres dans le seul but de crever l’abcès.

Plus de lumière, moins de tunnel
Et combien de larmes dans ton coca ?

Donc je suis là, dans la cuisine, je fais des métaphores foireuses et des plans sur la comète. Un énième. Encore un, encore un peu s’accrocher à des fumerolles. La peau est vif, tout est douloureux. Les yeux trop gonflés, trop bouffis, à se répéter que ça va aller. Parce qu’il va bien falloir que ça aille à un moment. Les tunnels s’allongent et la claustrophobie se fait rampante. Mais quand même. Mais encore. Donc, toujours là, dans la cuisine, les lunettes pleines d’avenir, ou de buée, ou les deux, à faire des listes. Tenter vainement de prioriser. Je fais des lapsus affreusement révélateur. Deux lignes après, constater avoir écrit « veinement », passer deux minutes à chercher l’erreur. Le corps n’oublie pas, le sang vibre, le retour au pire redevient envisageable. L’avenir c’est de la buée sur mes lunettes, des œillères au meilleur quand tous les plans s’écroulent les uns après les autres.
Donc là dans la cuisine, lunettes embuées, métaphores foireuses et lapsus révélateurs plein les mains, j’essaie de mettre de côté le pire. Je prie pour que ces mains, tellement pleines de bordel, continuent de trouver la force de s’agripper. La moindre branche au bord sur précipice, la moindre main qui se tend, le rebord de la piscine. Maintenant quand j’écris une lettre, l’expéditeur habite « Marais de la Tristesse » et le destinataire n’est plus qu’une hypothèse. La conversation s’éternise…

Plus de lumière, moins de tunnel
Et combien de larmes dans ton chocolat ?

Au Marais de la Tristesse, le temps s’enlise et l’avenir a une odeur de moisi. Comme une impasse à la fin du tunnel. Ou alors c’est juste mes yeux qui n’ont plus l’habitude, ils ne font plus la différence. Ça se blinde jusqu’au bout des paupières, ça se tord les mains ça cherche son chemin. Les mains s’embrouillent, s’arrachent se déchirent. Allez y sans moi, mais aller où ? Je suis toujours dans la cuisine avec les lunettes pleines d’un avenir qui ne claircit pas. Je me dis qu’à un moment les larmes vont fatiguer. Facile, si j’arrête de boire, mon corps va frôler la déshydratation à pleurer comme ça sans préavis. Et il va quand même pas tenter de se suicider sans moi ce con ? Dans le doute, quand même, je remplis la bouteille d’eau encore un coup. En aveugle, je rate le robinet et inonde la cuisine. Au Marais de la Tristesse, l’humidité est maîtresse.
Alors toujours en aveugle écoper la cuisine. Donc maintenant, en plus d’être flou, l’avenir est humide, et pas moyen d’y trouver une métaphore de meilleure qualité. Comme si les mots s’étaient délavés gondolés à force d’autant d’eau. Ils te le disent pas ça, dans les dictionnaires, si le mot il peut résister à l’eau ou pas. Il y a des mots qui ne supportent pas l’angoisse à plus de 30°, d’autre qui ne peuvent pas passer au sèche-linge sous peine d’en ressortir couvert de rancoeur. L’amour à la machine et autre javel des sentiments. Au Marais de la Tristesse on recycle le moindre mot jusqu’à plus soif. Tu sais c’est tout ce qu’on a.

Plus de lumières, moins de tunnel
Et combien de larmes sur ton carrelage ?

Au Marais de la Tristesse, l’avenir c’est de la buée sur mes lunettes. Je sais plus quoi dire à ma mère quand elle appelle. Au travers de la buée, je jugule tant bien que mal l’inondation de la cuisine. Ça va aller, ça va finir par aller. Faut juste continuer de se battre. Encore un peu. Encore un effort. Et ça va marcher. À un moment l’eau va s’évaporer. À travers mes lunettes l’horizon sera à nouveau accessible. Faut juste attendre encore un peu. Les pieds dans l’eau, se répéter que ça va aller. À un moment, il y aura forcément de la lumière au bout du tunnel. En espérant la trouver avant l’inondation…